ultragauche – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Sun, 09 Aug 2015 14:29:17 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! Le Fléau Social, juin 1972 https://depavage.noblogs.org/post/2015/08/01/cours-camarade/ Sat, 01 Aug 2015 18:45:19 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1787 Continuer la lecture →]]> vlcsnap-2013-06-21-19h47m58s255Édito du numéro 1 du Fléau social, journal du groupe 5 du FHAR. « Si on s’appelle Le Fléau Social c’est cause de l’amendement Mirguet de 1962 qui nous assimile à l’alcoolisme et à la tuberculose. Ouai ! »     fléau-social-01

Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! Depuis le temps qu’on en parlait, depuis le temps qu’on nous le demandait, eh bien c’est fait, le F.H.A.R. (ou ce qu’il en reste) a un journal. Comme tout le monde, on a notre joujou, notre gadget, le réceptacle et le média de toutes nos bonnes pensées du soir. Cette feuille de chou que vous avez entre les mains est un journal du F.H.A.R., ça ne signifie nullement qu’il soit le journal du F.H.A.R., il a été conçu par un groupe, minoritaire comme tout groupe, issu du F.H.A.R., membre de l’I.H.R., et qui, en ayant archi-marre de la pagaille et du bordel sciemment entretenu, a décidé de se donner à lui-même un instrument de travail et de diffusion de ce travail. Ce canard, on l’a voulu clair, simple et facile à lire. On aurait pu comme c’est à la mode le faire avec plein de couleurs et puis un air un peu bricolé de traviole, ça aurait été très dans le vent, très « in », mais les modes, on s’en branle. Certains diront qu’il est chiant, eh bien il est l’image de la vie qu’on mène, moderne et glacée. Notre chaleur humaine et notre joie de vivre, c’est pas dans du papier journal qu’on l’enveloppe. En exergue, il faudrait noter cette phrase : C’est que toute pensée dès qu’on la fixe devient débile et est forcément dépassée. Sur cette bonne parole (c’est sûrement encore un masque), il faudrait préciser pour que la récupération soit tout à fait claire notre conception d’un front homosexuel d’action révolutionnaire et pour la raison énoncée plus haut c’est pas facile. Pour commencer, on est censé être un mouvement politique volontairement inorganisé (pas de centralisme), un front c’est-à-dire un large éventail de filles et de garçons de tous âges que rassemble une lutte spécifique : la lutte sur le front sexuel et non pas seulement homosexuel et encore, cette approche est-elle une manière d’aborder le sujet plus vaste qu’est la révolution communiste globale.

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On s’explique, l’oppression dont sont victimes celles et ceux qui ne baisent pas comme le voudrait l’évangile n’est que l’épigone le plus voyant d’une répression beaucoup plus subtile dont sont victimes sur le plan sexuel tous les individus. En effet, le sexe est ce qu’il y a de plus fort et de plus vivant dans l’homme, c’est sa force vive et toute cette formidable énergie est entièrement canalisée au profit de la société : au profit de la reproduction, au profit de la famille (structure aliénante et réduite de la société) et au profit de la production-consommation. Eu schématisant, on peut dire que les structures économiques de la société capitaliste bourgeoise et judéo-chrétienne reposent sur des pulsions sexuelles déviées de leur objet, d’où la hantise qu’a toujours manifesté cette société dès qu’on aborde ce sujet, dès qu’on essaye d’analyser ces problèmes autrement que sur le plan strictement individuel et « médical ». Les rapports « spectaculaires-marchands » qui régissent cette société sont des rapports sexuels déviés et les rapports dits sexuels sont devenus des rapports spectaculaires-marchands (voir problème du désir). La société judéo-chrétienne n’est qu’une énorme supercherie et tous ses prétendus idéaux sont faussés à la base, d’où l’échec de toutes les tentatives révolutionnaires qui n’osent pas remettre en question les «valeurs traditionnelles » que sont : la sexualité dite « normale », la famille, la situation de la femme, l’Etat, le pouvoir, le travail, la production et les notions mêmes de société, de culture et de civilisation (piège à con). Heureusement, depuis 1968, et, n’en déplaise aux révolutionnaires professionnels, tout cela bouge et est remis en question, d’où la naissance et l’intérêt d’un mouvement comme le F.H.A.R. qui, à la limite, se situe comme une structure d’accueil pour tous ceux qui pensent que la révolution c’est d’abord dans leur tête et dans slip qu’elle doit se faire ou, plus exactement, que repenser les rapports économiques est inutile si on ne repense pas en même temps les rapports sociaux et les rapports sexuels, si on ne transforme pas radicalement en même temps les codes de référence (culture) de la société aliénée.

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QUELQUES PROPOSITIONS :

1″ L’homosexualité, ça n’existe pas (seulement dans la tête de ceux qui se croient hétéros ou que les prétendus hétéros ont réussi à persuader qu’ils étaient homos, ouf!).

2″ L’hétérosexualité n’existe pas davantage, la sexualité ne peut être que globale et ne souffre pas de partition ou de division, toute spécification est arbitraire et illusoire et les comportements fixés ne le sont que face aux archétypes que propose notre culture.

3″ Toute spécialisation est inventée et flattée par la classe dominante pour favoriser les uns au détriment des autres et vice versa afin de mieux s’imposer ; d’ailleurs, les transgressions quand elles n’entraînent pas une modification du statut social sont parfaitement tolérées.

4″ Homos et hétéros sont à titre égal les victimes du système, ils sont simplement utilisés, exploités et opprimés à des niveaux différents.

5″ Normal et naturel sont des mots à bannir, rien de ce qui touche à l’homme n’est naturel, en quittant le règne animal pour devenir social, le bipède humain a abandonné tout naturel, il s’est dégagé de la nature. Rien de ce qui est spécifiquement humain n’est naturel.

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AUTRES PROPOSITIONS :

6″ Repenser l’éducation des enfants dans un sens non autoritaire assurant leur libre développement (rien à voir avec les expériences-bidon, type méthode Frenet ou Summerhill).

7″ Destruction de la famille en tant que mini-société répressive et hiérarchisée.

8″ Destruction de tous les rôles.

9″ Destruction de toute « échelle de valeur», les valeurs sont une notion bourgeoise.

10″ La culture est une notion bourgeoise.

11″ Toute domination physique ou intellectuelle d’un individu sur un autre est une déviation de l’instinct sexuel non épanoui (domination des hommes sur les femmes, des adultes sur les enfants).

12″ Le but de la révolution n’est pas la prise du pouvoir par le « prolétariat », c’est la destruction de l’idée même de pouvoir et de prolétariat.

13″ Le concept de «lutte des classes » est à repenser complètement.

14″ La démocratie est une latrine.

15″ Autogestion généralisée de la vie.

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PROPOSITION SUBSIDIAIRE :

L’esprit fait plus de chemin que le cœur mais va moins loin. Le projet révolutionnaire global qui semblait utopique autrefois est aujourd’hui parfaitement réalisable dans les sociétés occidentales grâce à l’accumulation du capital, grâce aux « progrès» techniques réalisés.

Ces quelques propositions au hasard parmi tant d’autres ne constituent absolument pas une plate-forme politique, ce sont simplement des idées de discussion.

Si nous voulons faire la révolution, il faut nous en donner les moyens et pas seulement les moyens techniques mais aussi les moyens moraux, c’est-à-dire les motivations. Ça n’est pas sur des problèmes de salaire ou d’aménagement du travail qu’on mobilisera les masses pour autre chose qu’un aménagement du système.

Changer la vie, c’est bien joli, mais, comme disait Léon (Trotro) « pour changer la vie, faut d’abord la connaître », et pour l’instant nous n’en sommes qu’à la survie à l’intérieur d’un système injustifiable et dégradant.

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On le voit, il n’est pas pour nous question de nous cantonner sur le terrain d’une lutte pour la «révolution sexuelle» laquelle est totalement récupérée, le cul, ça se vend bien et les pédés, croyez-moi, il y a tout un marché (et les gouines donc !), la prospection ne fait que commencer, suffit de jeter un oeil sur les films qui sortent en ce moment sur le sujet, c’est encore timide mais la saloperie gagne, la gangrène s’étale. Bien sûr, avec l’étiquette d’homosexuel, qu’on assume volontairement la liaison avec les luttes ouvrières, ça va pas être du gâteau, le mythe du prolo à gros bras et grosse pine et de la femme reproductrice a les reins solides et pourtant c’est là qu’il va falloir frapper.

Libérer les bourgeois n’a aucun intérêt, bien que ce soit pourtant eux qui les premiers viennent au F.H.A.R., qui prennent les attitudes les plus radicales en apparence, tentant de monopoliser le mouvement et nous offrant en spectacle le psychodrame de leurs contradictions intimes et de leur paranoïa dont on a vraiment rien à foutre. La lutte des classes, c’est d’abord à l’intérieur du mouvement qu’on doit la mener contre ceux qui imposent la violence et le terrorisme de l’intellect ou qui confondent maquillage et révolution, Mme Arthur et Rosa Luxemburg. Tout ça, c’est très rapide, c’est des idées jetées comme ça, c’est à vous et à nous de les développer et de les mettre dès maintenant en pratique. La révolution, ça n’attend .pas, elle est déjà commencée. « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi… »

 

GROUPE 5 du FHAR.

in Le Fléau Social n°1 – juin 1972

 

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photos tirées du film Le Sexe des anges de Lionel Soukaz (1977)
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Le FHAR et le Fléau social, par CM, éditions Blast&Meor https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/15/le-fhar-et-le-fleau-social-par-cm-editions-blastmeor/ Mon, 15 Jun 2015 16:06:39 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1503 Continuer la lecture →]]>

Le Fléau social.02.octobre novembre 1972Le Fléau social est une revue publiée par le Groupe 5 du Front Homosexuel Révolutionnaire (F.H.A.R) entre 1972 et 1974. Les animateurs du blog Fragments d’Histoire de la gauche radicale ont numérisé l’ensemble des numéros. On trouvera les sommaires des cinq numéros (1972-1974) ainsi que les PDF. Les éditions Blast & Meor promettent de rééditer les articles en un recueil, en attendant, voici un texte d’introduction à leur propos, sorti en avril 2015 dans la brochure Du féminisme illustré.

Le FHAR et Le Fléau social

« Vous dites que la société doit intégrer les homosexuels,
moi je dis que les homosexuels doivent désintégrer la société
. » Françoise d’Eaubonne

C’est au creux du MLF que va naître le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire).

Des lesbiennes fuyant ou exclues du club Arcadie (association homophile prout-prout) rejoignent le MLF et invitent leurs copains pédés à certaines réunions.

L’acte fondateur généralement retenu est la perturbation de l’émission de radio de Ménie Grégoire consacrée à l’homosexualité le 10 mars 1971. C’est à la suite de cette action menée à l’initiative du MLF que se constitue le FHAR. L’alliance entre femmes et homosexuels contre cette France phallocrate, réac et poussiéreuse est alors une évidence

En avril c’est un dossier publié dans le journal Tout (numéro interdit) qui détourne le manifeste fémministe : « Nous sommes plus de 343 salopes, nous nous sommes fait enculer par des arabes et nous en sommes fiers ». Le 1er mai, derrière le cortège du MLF, ils sont une cinquantaine d’homosexuels à manifester dans Paris avec pour banderoles : « A bas la dictature des normaux ! », « Mâle, femelle, ras le bol ! ». Les Comité d’Action Lycéen les suivant, un des slogans est « Les lycéens sont mignons ! ».

La même année ils publient chez Champ Libre le pamphlet mythique Rapport sur la normalité.

Le mode de fonctionnement du FHAR est copié sur le MLF : des AG informelles aux Beaux-Arts pour seule structure. Mais cela « donne de fait le pouvoir aux stars. L’enthousiasme chaleureux du début laisse bientôt place à l’agressivité, qui devient un mode de fonctionnement » (Girard). D’une trentaine au début (surtout des femmes) le nombre de participant pourra atteindre à un moment jusqu’à 600 personnes (surtout des hommes). Il faut dire que le lieu est réputé pour la drague et les partouzes.

Outrances, provocations sont au programme des actions, comme lors des obsèques de Pierre Overney en 1972 (c’est peut-être la cause du départ du trotskiste libertaire Daniel Guérin).

Théoriquement, le FHAR est embourbé entre l’affirmation et la critique d’une identité homosexuelle.

Sociologiquement il regroupe majoritairement des étudiants, enseignants et intellectuels ; la plupart de militants sont issus de groupes d’extrême gauche trotskistes ou maoïstes.

1972 est une année charnière pour un jeune FHAR déjà en crise, « comme les autres groupuscules gauchistes » avouera le plus beau de ses chefs, Guy Hocquenghem. Et d’ajouter : « On nous a emprisonnés dans le jeu de la honte que nous avons transformé en jeu de la fierté. Ce n’est jamais que dorer les barreaux de notre cage. Nous ne sommes pas des homosexuels libres et fiers de l’être ».

Fin mai, fatiguées par la misogynie des mecs, des lesbiennes constituent les Gouines rouges et s’éloignent progressivement du FHAR.

En juin, le groupe 5 du FHAR publie le premier numéro de son journal, Le Fléau social (contre la famille, les organisations politiques « dans la fosse à purin ») ; fortement influencé par les situationnistes (sans qu’on puisse le résumé à cela). On y trouve les signatures de Françoise d’Eaubonne, Pierre Hahn et Alain Fleig. C’est ce dernier qui en sera le principal animateur. Il y dénonce en particulier le ghetto commercial homo (pas encore gay) qui commence à se mettre en place et qui, pour lui, n’est que « la soumission de la libido à la loi de la valeur ».

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Mais le Fléau c’est aussi la critique radicale du gauchisme et du militantisme. En désaccord, une partie du groupe 5 rejoint le 11 et commence la publication de L’Antinorm, journal qui va se rapprocher des trotskistes de la LCR. Par rapport à l’extrême gauche, le FHAR laisse donc « échapper deux courants, l’un de haine et l’autre de soumission, respectivement Le Fléau social et L’Antinorm » (Girard).

A partir du n° 3, Le Fléau prend des distances critiques vis-à-vis du FHAR et du MLF ; il cesse progressivement de parler d’homosexualité.

La fin de l’histoire arrive vite, dès 1974. C’est le dernier numéro du Fléau. En février la police investit les Beaux-Arts depuis longtemps désertés.

Difficile de remplir le vide laissé par une météorite en furie. S’y essayent les groupes de libération homosexuels, GLH, au départ créés par des anciens d’Arcadie et des jeunes du FHAR. Les GLH connaissent de nombreuses scissions mais se multiplient en province. Le style est tout autre : abandon de toute prétention révolutionnaire, revendications spécifiques raisonnables (contre les discriminations), volonté de s’adresser à tous les homosexuels, stratégie assumée de contre-culture communautariste, recherche de reconnaissance. Les GLH ont apporté une idée neuve et fondamentale : « le militantisme politique homosexuel transcende l’appartenance à une classe sociale, à une idéologie ou un parti » (Girard)

Ayant pour but de déstabiliser la société et d’abolir la normalité sexuelle, le FHAR reste coincé entre l’apologie du sujet homosexuel et sa critique : après avoir reconstitué le ghetto qu’il dénonçait, il aboutit qu’à une normalité homosexuelle.

C. M.  (pour Blast & Meor)

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Sur le FHAR et Le Fléau social :

Jacques Girard, Le Mouvement homosexuel en France, 1945-1980, Syros, 1981 (à lire absolument !)

FHAR, Rapport contre la normalité, Champ libre, 1971 (réédité par Gaykitschcamp en 2013).

Alain Fleig, Lutte de con et piège à classe, Stock, 1977.

Frédéric Martel, Le Rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968, Seuil, 2008.

Massimo Prearo, Le Moment politique de l’homosexualité. Mouvements, identités et communautés en France, Presses universitaires de Lyon, 2014.

 

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