SIDA / sérophobie – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Tue, 28 Jul 2015 18:28:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 [Livre] La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/27/livre-la-main-devant-le-soleil-experiences-militantes-et-homosexualites-en-afrique-francophone/ Mon, 27 Jul 2015 18:13:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1754 Continuer la lecture →]]> devantlesoleil-ariane Extraits de l’introduction et de la préface (par Patrick Awondo) du livre La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone, 2014, Éditions Le Tamis, Marseille.

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Du déni à la reconnaissance

(Extrait de l’introduction)

Dans la nuée des idées reçues et colportées sur le continent africain, celle selon laquelle l’homosexualité serait une déviance d’origine « occidentale », étrangère aux « cultures africaines », persiste et signe d’une encre tenace, et en fait couler abondamment sur les pages de presses. Ce rejet farouche découle des relations socio-politiques complexes, historiquement sédimentées, qui lient le continent avec le reste du monde. Des travaux récents montrent, en effet, comment l’entreprise coloniale a pu propager ses propres conceptions des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, notamment par le biais de lois répressives des métropoles promulguées dans les colonies. Le plus souvent maintenues par les administrations des États devenus indépendants, ces dispositions répressives ont été réappropriées et retournées de manière inédite contre les anciennes puissances coloniales. Ainsi, pour beaucoup, l’homosexualité incarne aujourd’hui « l’Occident décadent », et la lutte contre cet héritage exogène présumé est utilisée comme un moyen d’affirmation de la singularité et de la souveraineté des États africains face à la communauté internationale.

Le milieu scientifique a, quant à lui, longtemps ajouté son silence à propos des pratiques homosexuelles sur le continent. Alors que des ouvrages et témoignages historiques, parfois antérieurs au XXe siècle, évoquaient l’existence de pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, il faut attendre les années 2000 pour que les chercheurs en sciences sociales s’intéressent à la question et fassent, selon l’expression de Christophe Broqua, la « découverte scientifique » de l’homosexualité en Afrique – masculine, essentiellement. Cette « découverte » est étroitement liée à la lutte contre le sida, mais avec un décalage surprenant. En effet, dès l’apparition de l’épidémie du VIH/sida dans les années 1980, les homosexuels masculins sont considérés, aux États-Unis et en Europe, comme un « groupe à risque » et focalisent l’attention des chercheurs. Mais tandis que l’épidémie se répand rapidement sur le continent africain, sa transmission hétérosexuelle est la seule à être reconnue et prise en charge. Après deux décennies de latence, la lutte contre le sida joue finalement un rôle dans le processus de visibilisation de ces pratiques.

En effet, quelques travaux précurseurs lèvent peu à peu le voile sur les pratiques homosexuelles du continent et témoignent de la vulnérabilité, tant sociale que sanitaire, des hommes concernés. Les conférences internationales sur le sida de Bangkok (2004) et de Toronto (2006) impulsent rapidement une dynamique de recherche d’envergure internationale, s’attachant à documenter les pratiques des hommes ayant des relations homosexuelles dans des contextes sociaux, économiques et sanitaires variés. Ainsi, ces premières études montrent que, sur le continent africain, ces hommes sont fortement exposés au risque de contracter le virus : en plus des risques accrus de transmission par voie anale, les discriminations et stigmatisations dont ils sont l’objet les éloignent des consultations médicales et des contenus de la prévention, amplifiant les risques de contamination. En objectivant la dimension homosexuelle de l’épidémie en Afrique, ces études légitiment la prise en charge de ces hommes par la santé publique qui, dès lors, les affecte à la catégorie de « groupe-cible » des actions mondiales de lutte contre le sida.

(…)

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(Extrait de la préface)

par Patrick Awondo

(…) Au cours des deux dernières décennies, l’oeuvre de documentation des expériences africaines au sujet de l’homosexualité, a surtout porté l’accent sur l’analyse des polémiques et des dynamiques liées à l’homophobie. Il est vrai qu’il se passe difficilement un mois entier sans qu’un acte d’homophobie ne soit signalé dans l’un des pays concernés par les récits présentés dans ce livre. Par ailleurs, il reste beaucoup à dire sur les dispositifs légaux à l’encontre des pratiques homosexuelles et des identités de genre non-hétérosexuel, ou sur les discriminations dans l’accès aux services de santé pour une partie des personnes concernées. De façon générale, les personnes affichant leur engagement, en tant que personnes homosexuelles militant contre le sida, en payent le lourd tribut. Les narrateurs des récits présentés dans ce recueil, vivent un quotidien tissé de peurs, dans lequel la violence risque à chaque instant un devenir endémique. Les figures de cette brutalité, à laquelle les militants africains doivent faire face, oscillent entre persécution policière et harcèlement familial. Ce tableau s’inscrit dans des contextes où pèse un certain conservatisme culturel et religieux et où s’exercent des politiques néfastes aux libertés individuelles. Il en va de même des accusations faites aux personnes homosexuelles d’appartenir à des cercles ésotériques, dans lesquels l’homosexualité serait une modalité de passation du pouvoir, et par conséquent, une figure du « mal » – accusations renforcées, en Afrique Centrale, par un retour en force de l’exorcisme. Dans ce sillage, sont entretenues des confusions scandaleuses entre homosexualité et franc-maçonnerie, ou encore homosexualité et pédophilie. Dans la banalisation de la parole de haine anti-homosexuelle, le Christianisme et l’Islam sont engagés dans une course effrénée dont les résultats, en terme de renforcement des stéréotypes et de stigmatisation des personnes soupçonnées d’homosexualité, sont nettement perceptibles. La force de tels imaginaires ne devrait pas être négligée. Partout, les médias répandent impunément des idées liberticides, sexistes et homophobes. Sous le fallacieux couvert d’une moralisation des sociétés, ces « paniques morales » ouvrent une véritable chasse aux sorcières. Qui a oublié la publication de ces listes de personnalités camerounaises accusées d’homosexualité, et ses conséquences dramatiques ? Le même scénario s’est reproduit deux ans plus tard au Sénégal, accompagné cette fois des photographies de jeunes hommes accusés d’homosexualité, et aboutissant aux mêmes résultats, c’est-à-dire des arrestations de personnes jugées comme transgressant les normes de sexualité et de genre. Autant de situations de violence qui font reculer la réponse à l’épidémie du sida, pourtant décrétée comme enjeu majeur de santé publique.

La « question homosexuelle » semble alors, le plus souvent, être un instrument dans les mains de personnalités de tous ordres – journalistes, responsables religieux, intellectuels, politiciens ou jeunes leaders en quête de popularité – qui usent de postures pseudomoralistes et nationalistes légitimant leur discours et participent à faire de l’homosexualité une figure de l’anti-impérialisme culturel. Encouragés par les manifestations anti-homosexuelles de pays occidentaux comme la France, où une partie de la population s’est opposée au « mariage pour tous », les anti-homosexuels rêvent, depuis le continent africain, à une coalition transnationale. La question de la possibilité d’une mobilisation à même de freiner le développement de l’homophobie se pose, dès lors, chez les observateurs de tous les horizons.

(…)

Lire la totalité de la préface en pdf.

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« Qu’on le veuille ou non, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes existent. Il faut faire avec cette population. Comme on dit chez nous, on ne cache pas le soleil avec la main. Tu as beau le cacher, le soleil est toujours là ! Ces hommes existent, on le sait. Il faut s’occuper d’eux, et c’est tout. »

La main devant le soleil sur le site des Éditions Le Tamis.

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En Afrique, l’homosexualité est traditionnelle, mais… (interview, avril 2012) https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/13/en-afrique-lhomosexualite/ Mon, 13 Jul 2015 15:55:49 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1691 Continuer la lecture →]]> 1368780564744En Afrique, l’homosexualité est traditionnelle, mais elle prend maintenant des formes inspirées par l’Occident. Interview de Patrick Awondo, anthropologue, réalisée en avril 2012 par Eric O. Lembembe, journaliste camerounais assassiné en juillet 2013.

L’homosexualité a une longue histoire en Afrique, dit l’anthropologue Patrick Awondo, contrairement aux affirmations de politiciens qui la considèrent comme une importation occidentale récente.

Mais Awondo admet dans une interview le mois dernier que deux éléments clés dans le débat sur l’homosexualité en Afrique est venu de l’Ouest – en premier lieu, les lois de l’époque coloniale contre les activités homosexuelles et, plus récemment, l’émergence des mobilisations homosexuelles qui demandent des droits basés sur ses pratiques sexuelles.

Patrick Awondo (Photo par Eric O. Lembembe)

« L’homosexualité a toujours existée, mais certaines des formes actuelles de son identification ou des mobilisations qui accompagnent cette identification sont nées à un endroit précis avant d’inspirer d’autres contrées du monde dont l’Afrique », at-il dit.

Awondo était au Cameroun le mois dernier pour coordonné sessions de formation sur le VIH / SIDA.

Citant des documents historiques au sujet des pratiques homosexuelles en Afrique, Awondo mentionné des mœurs homosexuelles au Cameroun, Zimbabwe, Burkina Faso et Bénin.

Il est utile pour les Africains de connaître les pratiques anciennes telles que les rois Mossi qui avaient des relations sexuelles avec leurs pages et les mariages entre des femmes au Dahomey, il a dit.

Savoir les vérités historiques nous permet d’éviter les contre-vérités, a-t-il dit.

Awondo est docteur en sociologie politique et anthropologie de la santé de l’ École des hautes études en sciences sociales (EHESS-Paris).

Propos recueillis par Eric O. Lembembe, journaliste Camerounais, le 27 avril 2012 à Yaoundé.

Depuis quand travaillez-vous avec le Réseau Africain des Formations sur le VIH/SIDA ?

Session de formation au Cameroun géré par le Réseau africain de formation sur le VIH / Sida.

(Photo par Eric O. Lembembe)

Je suis associé à ce panel depuis son montage à Ouagadougou (Burkina Faso) en mars 2011 par les Docteurs Jean-Baptiste Guiard-Scmidt et Steave Nemandé, en tant que “expert anthropologue”. J’ai notamment coordonné les deux sessions concernant d’une part le volet socio-anthropologique des questions concernant le groupe dit “MSM” (men who have sex with men), précisément la question de l’identité sexuelle et du comportement sexuel ou encore l’histoire de ce groupe sur le continent et les perceptions que les gens en ont.

Pourquoi au fond c’est si difficile pour les gens sur le continent africain (comme ailleurs aussi) d’accepter l’émergence d’un groupe homosexuel. D’autre part, j’ai aidé à retracer l’implication du mouvement associatif dans la lutte contre le SIDA sur le continent africain.

Comment en fait des personnes se mobilisent autour de ces enjeux pour permettre une plus grande visibilité et ce que cela fait à la question cruciale de la lutte contre le SIDA pour ces populations les plus à risque. Il s’agit en fait de montrer la différence entre l’identité sexuelle et le comportement sexuel qui dans une logique de santé publique est le plus important pour les professionnels de santé que nous formons.

De plus en plus de nos jours, lors des débats sur l’homosexualité en Afrique, il y a une certaine opinion qui laisse croire que la pratique vient d’ailleurs. Que cela n’a jamais existé sous nos cieux, d’où son rejet total. D’entrée de jeu, peut-on dire que l’homosexualité en Afrique est une occidentalisation des mœurs ?

Au regard des travaux d’historiens, d’anthropologues et même dans une certaine mesure d’archéologues, il est difficile de dire que l’homosexualité est une occidentalisation des mœurs, puisqu’il semble de plus en plus clair que des groupes sur toute l’étendue du continent ont connu dans leur histoire des pratiques homosexuelles.

Ces cas sont documentés. Mais, il est clair que comme partout dans le monde, les sociétés humaines ont souvent opposées une très forte résistance à la “normalisation” de l’homosexualité. En réalité soucieuse de se reproduire, toutes les sociétés du monde, ont souvent regardé l’homosexualité ou les pratiques homosexuelles comme un danger pour la survie du groupe ou pour son équilibre. Un argument qui du reste n’a jamais été vérifié.

Ce qui peut être considéré de mon point de vue comme une “occidentalisation” c’est à la fois la pénalisation de l’homosexualité par les Etats postcoloniaux, puisque comme nous le savons , la plupart des lois introduites contre l’homosexualité le sont sur le modèle des anciennes tutelles coloniales; mais aussi l’émergence d’un groupe social et politique qui revendique l’identité homosexuelle comme une identité politique, c’est-à-dire qui demande des droits basés sur ses pratiques sexuelles, et en fait une question citoyenne.

On peut en effet considérer que l’émergence des mobilisations homosexuelles, de l’identité homosexuelle en tant marqueur social d’un style de vie, des lieux particuliers, bref une certaine identification à l’homosexualité, ce qu’on nomme la “culture gay” et qui est née aux Etats-Unis à la fin des années 60 avant de “gaer” l’Europe de l’Ouest. Oui, cette forme d’identification à ce groupe particulier aux revendications et styles de vie bien spécifiques, cela peut constituer dans une certaine mesure une ” occidentalisation “.

Mais comprenons-nous bien, cela est une “occidentalisation” comme on pourrait dire de la démocratie qu’elle est occidentale, puisque sa forme actuelle a émergé à partir d’un lieu précis qui est l’Occident, ou du moins une partie de ce que l’on nomme l’Occident; mais le principe de la recherche de la liberté est historiquement universelle. Pour faire simple, l’homosexualité a toujours existée, mais certaines des formes actuelles de son identification ou des mobilisations qui accompagnent cette identification sont nées à un endroit précis avant d’inspirer d’autres contrées du monde dont l’Afrique.

Y a-t- il donc des traces dans l’histoire des mœurs africaines de la pratique de l’homosexualité ? Si possible, quelques exemples.

En tant que spécialiste de sciences sociales, je ne peux que vous renvoyer à des travaux venant de ces disciplines là. Je citerai pour faire court un très bel ouvrage de Murray et Roscoe publié en 1998 qui a pour titre – Boy wives and female husband. Studies of African homosexualities – qui est en fait un recueil de récits des premiers travaux d’ethnologues et même parfois d’explorateurs lors des premiers contacts avec les Africains.

Ces récits rapportent des discours sur l’homosexualité, chez ce que l’on appelait alors les “indigènes”. Cet ouvrage rapporte des histoires concernant l’ensemble du continent. Je citerai également le travail d’un historien comme Marc Epprecht, notamment son très bel ouvrage – Hungoschani. A story of a dissident sexuality in southern Africa – qui retrace la trajectoire historique des pratiques homosexuelles dans la zone de l’actuelle Zimbabwé.

J’ai moi-même repris certains de ces travaux dans ma thèse et j’y ai consacré un chapitre à retrouver les discours anciens sur la perception de l’homosexualité chez les Béti du Cameroun à partir des rituels précoloniaux comme le “Mevungu”, qui était un rituel ayant court dans une société secrète féminine.

L’analyse des discours “indigènes” recueillis par les premiers ethnologues permet d’avoir une idée de ce que représentait l’homosexualité, mais surtout et c’est le plus intéressant, l’existence d’un discours sur la question qui montre tout cela a existé. Maintenant, on est dans l’époque contemporaine dans un contexte de resignification considérable d’un certain nombre de faits, mais cela évidemment est un autre débat.

Comment les homosexuels africains vivaient-ils avant l’ère de mondialisation ( ou de la colonisation) ?

C’est difficile de répondre à une telle question, dans la mesure où comme je l’ai dit, il n’y avait pas vraiment la catégorie reconnue aujourd’hui comme “homosexuel”. Pour autant, ce que montre les travaux que j’ai cité plus haut c’est que les situations étaient très variées selon que l’on se situait dans une région ou dans une autre et au-delà des régions, selon les classes d’âges et aussi les caractéristiques sociologiques.

Concrètement, les pratiques homosexuelles n’avaient pas le même sens selon qu’on était par exemple Roi, comme chez les Mossi de l’actuel Burkina Faso, ou selon qu’on était un Page, au service du Roi dans la même région et dans le même groupe. Les Pages par exemple de jeunes hommes parfois travestis en femme et au service du Roi pouvaient jouer le rôle dévolu aux femmes dans certaines circonstances où il lui était interdit de toucher aux femmes. Ce dernier avait alors des pratiques homosexuelles avec ses Pages et cela était plus ou moins reconnu et “institutionnalisé”.

Melville Herkovits a aussi décrit des “mariages” entre femmes dans l’ancien royaume Dahomey, soit l’actuel Bénin. Dans ce cas les femmes nantis et souvent plus âgées prenaient pour épouse des femmes parfois en l’absence d’hommes, ces épouses pouvaient avoir des amants et les enfants étaient reconnus comme ceux de la “femme-époux”. Il y a toutes sortes de configurations sur le continent et le travail d’historicisation doit continuer, non pas par simple propagande, mais parce qu’il est bon que notre histoire soit faite, toute l’histoire même celle dont certains ne veulent pas. Ça permet d’éviter les contre-vérités.

 

Pourquoi les relations sexuelles en personnes de même sexe sont- elles très mal perçues en Afrique ? De quoi ont peur les personnes non homosexuelles ?

J’ai évoqué certains éléments plus, entre autres l’histoire récente du continent Africain, la question de la colonisation, mais aussi des faits universels comme la dimension hétéronormée des sociétés humaines, ou encore la resignification d’un certain nombre de choses à l’époque contemporaine. Le fait par exemple que les pratiques rituelles de l’époque ancienne soient considérées comme constituantes de l’identité homosexuelle actuelle. Bref, il y a beaucoup de causes, pas une seule. Cet ensemble de causes peut aussi se résumer par ce que j’appelle “les tensions postcoloniales”.

Ces tensions surviennent entre les anciennes puissances coloniales comme la France et les pays Africains comme le Cameroun. Le fait est que certaines de ces anciennes puissances coloniales sont considérées et se posent comme des “leaders moraux” pour ce qui est de la défense des minorités sexuelles, même si cela peut parfois se discuter. Les injonctions constantes de ces “leaders moraux” qui essayent notamment d’influencer la dépénalisation universelle de l’homosexualité, provoquent des réactions conservatrices dans de nombreux pays.

Un cas concret ?

A titre d’exemple, le financement de l’Union Européenne à des associations Camerounaises s’occupant des personnes aux pratiques homosexuelles en vue de renforcer leurs capacités en 2011 a provoqué de très vives réactions d’indignation d’une partie de l’opinion médiatique et de la classe politique, qui s’alignait ainsi de façon presque populiste à ces opinions. Ce type de situations ravive le souvenir de la colonisation et l’homosexualité se retrouve au cœur d’un procès postcolonial.

Les gens sur le continent fortement incité dans ce sens par un contexte généralisé de “moralisation” des mœurs publiques, sont amenés à considérer l’homosexualité comme une expression de la décadence de l’occident. L’autre enjeu actuel sur le continent africain, c’est celui des stratégies morales des leaders politiques qui s’appuie sur une critique morale de la société pour se légitimer dans l’espace public. C’est que l’anthropologue Saskia Weiringa appelait les “stratégies morales sexuelles”.

Nous observons toutes sortes d’acteurs politiques qui usent de ces “stratégies morales” pour se faire connaitre. C’est le cas de tous ces groupes de jeunes sur le continent qui publient des textes “contre l’homosexualité” mais où en réalité ils tentent de faire entendre leur voix sur d’autres questions, comme la corruption, le népotisme, la prévarication des dirigeants etc.

A côté de tout ceci, il y a évidemment l’hétérosexisme qui là aussi est un fait universel, même si dans les analyses de l”homophobie africaine”, on tente de montrer que c’est un cas particulier. La résistance de la “norme d’hétérosexualité” et de son double la phallocratie, c’est-à-dire le pouvoir des hommes sont à considérer sérieusement. Tout ces faits et d’autres peuvent expliquer la perception négative de l’homosexualité sur le continent.

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A lire : L’homosexualité dans les représentations sociales camerounaises : esquisse d’une anthropologie à partir des Beti, par Simon Patrick Awondo, 2006.

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Algérie : « Homosexualité, ou la mort sociale » https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/algerie-homosexualite-ou-la-mort-sociale/ Thu, 11 Jun 2015 16:55:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1355 Continuer la lecture →]]>

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Un article sur l’homosexualité en Algérie publié par Le Monde diplomatique en août 2014, un second de juin 2010 du blog A corps à coeur.

Sexe, jeunes et politique en Algérie

Homosexualité, ou la « mort sociale »

par Pierre Daum, août 2014

A première vue, comme le dit Latifa, une lesbienne rencontrée à Oran, « la vie des homosexuels est beaucoup plus simple et joyeuse en Algérie. » En effet, dans cette société où chacun vit cloisonné entre personnes du même sexe depuis le plus jeune âge, les possibilités de rencontres et de plaisirs homosexuels sont beaucoup plus nombreux. A 15 ans ou 25 ans, un garçon peut faire venir son amoureux à la maison, s’enfermer avec lui dans sa chambre, et même lui proposer de passer la nuit, sans que ses parents n’y voient malice. Pareil pour les filles. A 30 ans, 40 ans, deux hommes ou deux femmes peuvent partir en week-end, louer une chambre double à l’hôtel, personne ne dira rien.

Zoheir Djazeiri est un activiste important parmi les homosexuels algériens. Militant à l’association Abu Nawas (1), son action est strictement clandestine, et Zoheir Djazeiri (Zoheir L’Algérien) est un pseudonyme. « Tout cela est vrai, admet-il, mais attention, le pendant négatif est très lourd ! Nous vivons dans une société machiste. Etre homosexuel, pour un mec, c’est se dégrader au niveau inférieur de la femme. » Sans parler de la loi, qui réprime très durement ces pratiques à la fois « contre nature » et interdites par la religion d’Etat, l’islam (article 2 de la Constitution) (2). « Se faire arrêter pour homosexualité signifie la mort sociale, poursuit Zoheir. Tu es obligé de tout quitter : ta ville, ta famille, ton travail, tout ! » Détail important : En Algérie, aucun avocat n’est prêt à défendre publiquement les homosexuels. « Sa carrière serait ruinée. »

Malgré cela, non seulement il est possible d’avoir une vie homosexuelle, avec ses lieux de rendez-vous, ses bars et ses cabarets à Alger, Oran et Bejaia, mais beaucoup d’hétérosexuels algériens ont des pratiques homosexuelles : à l’école, lors du service militaire, à la cité U, etc. « La femme étant un produit rare, on se rabat sur les hommes. », rigole Mourad, 25 ans, rencontré à Alger, qui ne sait pas « si [il] préfère les hommes ou les femmes ». Un universitaire français travaillant sur l’homosexualité masculine à Alger raconte : « Les copains homos que j’ai rencontrés il y a huit ans sont tous en train de se marier. Avec le mariage, ils cessent plus ou moins leur vie homosexuelle. »

Tout engagement social ou politique représente un immense danger. L’association Abu Nawas, qui revendique via le Net 1.500 adhérents, est considérée par l’Etat comme une organisation faisant l’apologie d’un crime. « Nous sommes un noyau d’une vingtaine de militants, tous passibles de 10 ans de prison », explique Zoheir L’Algérien. Lors des mouvements contre un 4e mandat du président Abdelaziz Bouteflika (finalement réélu sur un fauteuil roulant le 17 avril 2014), Zoheir a dû s’enfuir pendant deux mois à l’étranger. Une chaine de télévision avait diffusé un reportage intitulé « Le complot », montrant sa photo entourée d’un cercle. A-t-il eu peur de se faire agresser, voire tuer ? « Non, ce n’est pas ça. Mais comme ma mère et les gens du quartier regardent ces chaines, j’avais trop peur qu’elle apprenne la vérité. »

Pierre Daum, Journaliste.

(1) Voir le site d’Abu Nawas. Il existe une deuxième association homosexuelle en Algérie, Alouen.

(2) L’article 333 du code pénal sanctionne l’« outrage public à la pudeur ». Et l’article 338 mentionne spécifiquement l’homosexualité : « Tout coupable d’un acte d’homosexualité est puni d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 500 à 2.000 DA. » Il est régulièrement appliqué, sans qu’aucun chiffre ne soit disponible.

Être gay en Algérie aujourd’hui

Vivant leur sexualité dans la clandestinité, les gays d’Algérie, occupent de plus en plus l’espace public et font face à une mentalité réactionnaire. Dans ce pays, où le code pénal condamne durement l’homosexualité, les gays sont confrontés à de sévères difficultés. A côté de cette bataille sexuelle, se joue aussi un combat social, déterminant pour leur avenir.

Alger : Avec ses faubourgs, ses minarets, et ses rues où déambulent les passants, un air de paix réside sur cette ville baignée par la mer et le soleil. Il est dix heures du matin. Salim, 25 ans, coiffeur aux allures de mannequin, quitte à pied son domicile afin d’aller au travail. Résidant le quartier populaire de Badjarah, à l’est d’Alger, il fait partie des gays qui vivent cachés.

Bien qu’il ait le sourire auprès de sa clientèle, il ne cache pas son désespoir.  » Je me demande pourquoi je ne suis pas comme les autres, assène le coiffeur. La vie est difficile ; pour échapper au jugement des autres, la seule solution reste la discrétion « Pour faire face à ses soucis du quotidien, Salim s’adonne à un seul plaisir, la musculation.  » Quand je vais à la salle de sport, je me sens radieux. Parfois, on peut faire de formidables rencontres. A la salle, les hommes créent parfois des affinités, alors que sur internet, on ne peut pas savoir qui se cache derrière  » raconte le jeune homme.

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Internet n’arrange pas les choses : Contrairement à certains pays arabo-musulmans, en Algérie, les sites gays ne sont guère bloqués par l‘administration. Nombreux sont les internautes qui surfent sur le web pour rencontrer leur prince charmant. Farouk, 30 ans, conseiller en communication, connaît bien le système.  » Sur le web, il s’agit de faire de la prise de rendez-vous. Pour ne pas se faire avoir, le mieux, c’est d’avoir une webcam, et de donner rendez-vous à la personne sur un lieu neutre « . Le système web n’est que la première étape. Un seul souci, la galère. Beaucoup de gays vivent soit en famille soit en couple avec leur femme. De ce fait, rares sont les gays qui peuvent se permettre de recevoir. Seule alternative : l’hôtel.  » Si on se présente à deux dans certains hôtels, le réceptionniste peut trouver que la situation est louche et nous empêcher de louer une chambre, et là, c’est cause perdue pour les gays « , déclare le conseiller.

Jeu de chat et de souris : Quand on ne trouve pas d’endroits, l’ultime solution est la fréquentation des lieux de dragues. Et là, la situation se complique, au point de voir les homos se faire embarquer par la police. Situés au centre, les principaux lieux de dragues sont l’escalier de la Pêcherie, du nom de Sahat Souhada, ainsi que la Kasbah. Dès la tombée de la nuit, les gays sont nombreux à s’y croiser. Mis à part le fait de jouer au chat et à la souris avec la police, les homos craignent d’être la cible d’agressions homophobes. Le conte de fée pourrait donc avoir des allures de cauchemar. Car c’est aussi dans ce même quartier que résident de nombreux islamistes modérés.  » Venir draguer, c’est bien. Mais même si on ressent l’air frais, dans le fond, c’est une prison, affirme Mahmoud, jeune homme de 26 ans. On a du mal à se libérer, mais les lieux de dragues sont les seuls endroits accessibles  » . Comme beaucoup de jeunes homos, Mahmoud est confronté à des difficultés sociales. Disposant d’un maigre budget, il ne peut que satisfaire ses besoins primaires.  » Si j’avais les moyens de quitter le pays, je l’aurais fait depuis un certain moment, déclare le jeune homme. La société nous rejette et la religion nous condamne. Dans tout ça, personne ne nous écoute « . Pour faire face à cette situation d’extrême précarité, l’instruction reste le seul remède.  » La seule solution, c’est la réussite professionnelle. Plus je me sens démuni, plus je me donne les moyens de me battre « .

La boïte de nuit : un luxe ! Hydra, quartier riche situé sur les hauteurs de la Capitale. C’est dans ce quartier huppé que se situe le principal endroit gay officieux ( sic : officiellement, l‘Algérie ne compte aucun endroit gay ), le bar, le Cappucino. A la terrasse, les familles dévorent des chawarma ( équivalent du kebab, NDRL ), tandis qu’à l‘étage, les gays et lesbiennes de la capitale se rassemblent.

Pour la plupart, ils ont connu Paris et le Marais. L’ambiance est plutôt bon enfant. Détendus comme ils ont l’air, les jeunes passent leur soirées à rigoler et à se connaître.  » Ici, on peut passer de meilleurs moments qu’à Paris. Bien qu’il n’ y ait pas de liberté pour les gays, tout se passe bien au Cappuccino  » résume Lotfi, étudiant en Commerce. Mais ne serait-ce pas juste une façade ? Etant une trentaine à squatter le bar, ils ne sont pas à même de représenter une part importante de la communauté LGBT établie en Algérie. Après la fermeture du bar, à 3 heures du matin, la soirée continue. Descendant la côte à bord de leurs voitures sentant le neuf, les gays les plus aisés passent leur temps à fréquenter les boîtes de nuit les plus denses. Le Pacha, night club côtoyant le prestigieux hôtel, El Djazair ( ancien Saint-Georges ), devient le deuxième quartier général des aficionados du Cappuccino.  » C’est là où y a les hommes les plus sexy de la capitale. En plus, les gens sont ouverts et accueillants, affirme Lotfi, on s’éclate comme au Queen à Paris « . Or, se payer un droit d’accès en boîte, reste bien sûr un luxe pour beaucoup de jeunes à travers le pays.

La santé en question : La situation des LGBT en Algérie est préoccupante. A côté des soucis relatifs à l’identité sexuelle, la communauté homosexuelle doit faire face à la recrudescence des cas de VIH et d‘IST ( Infections sexuellement transmissibles ). A ce jour, deux mille personnes séropositives sont recensées en Algérie. Stigmatisant les sidéens, la population intensifie de façon cruelle la culture du rejet et du mépris. Parmi les plus touchés, on retrouve comme partout : les homosexuels.  » La prévention à l’égard des gays commence à décoller en Algérie, déclare un activiste d’une association locale. Avec l’association Aides Maghreb, on met en place un projet visant à favoriser la prévention auprès de cette catégorie « . N’étant pas clairement informés des risques du VIH, les homosexuels sont en quelque sorte les  » martyrs  » de la maladie. Pour faire face à ce fléau, Yahia et son équipe en appelle à la solidarité internationale.

Ni l’Etat, ni les politiques, et encore moins la population algérienne ne porte une sensibilité à l’égard de la communauté gay. Les homosexuels n’ont qu’une seule envie : partir loin, de manière à échapper à une société qui leur fait tant de mal. La patience reste pour eux le seul moyen de faire face à cette crise sexuelle. Auront-ils assez de courage pour affronter leur différence ? Comme partout dans le monde musulman, les LGBT, n’attendent qu’une seule chose : le changement. La devise du président américain, Barack Obama :  » yes, we can  » , fera-t-elle recette, dans ce pays où le peuple a tant souffert ?

Une pensée : La communauté LGBT d’Algérie commémore tous les 10 octobre une journée internationale pour les droits LGBT en Algérie. Les Algériens et Algériennes du Maghreb, les beurs de France et de Belgique se retrouvent par la pensée en mettant à brûler une bougie chez eux, à la maison, dans leurs chambre, discrètement pour ne pas se faire pincer par les parents, voisins ou autres anti LGBT ou homophobes. Les plus hardis d’entre eux en mettent une à brûler sur le balcon, ou au salon.

Un site à découvrir : G.L.A ( Gays et Lesbiennes d’Algérie ) est un forum fondé par un groupe d’amis, dont l’objectif est de rassembler la communauté, promouvoir les activités des associations à orientation LGBT, échanger sur les sujets qui les intéressent, quel que soit le sexe, la race, la religion, et surtout, l’orientation sexuelle des membres.

Gays et Lesbiennes d’Algérie, Le forum des LGBT algériens : http://gay-lesbienne-dz.positifforum.com/

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En finir avec le placard, brochure https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/en-finir-avec-le-placard-brochure/ Sun, 15 Feb 2015 17:58:57 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1314 Continuer la lecture →]]> prisongay

Recueil de textes de prisonnièrEs politiques LGBT américainEs et de groupes queer de soutiens aux prisonnierEs.

brochure

LA BROCHURE AU FORMAT PDF :

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« Les militant.e.s (radicaux) de la fin des 1980s et des 1990s doivent se réapproprier l’histoire de la résistance qui a éclos, puis s’est poursuivie tout au long des 1970s et des 1980s. Tant que le gouvernement et les médias continueront de définir qui et quoi est important, les vraies leçons contenues dans nos expériences et celles des autres seront perdues. Les gens n’ont pas entendu parler de nous (sauf un vague souvenir de gros titres – et encore) parce qu’il y a une vraie stratégie gouvernementale de contre-insurrection pour enterrer les révolutionnaires qui ont été capturé.e.s. Je suis en prison depuis six ans, et j’ai passé plus de la moitié du temps à l’isolement ou dans des quartiers d’isolement à des milliers de kilomètres de ma communauté et de ma famille. Mon expérience ressemble à celle des 100-150 prisonnier.e.s politiques aux USA. Si les individus de différents mouvements (c’est-à-dire, les noir.e.s, les portoricain.ne.s, les amérindien.ne.s et les mouvements blancs qui ont vu la nécessité d’organiser la résistance à l’oppression) sont détruits, c’est une façon de délégitimer les revendications de ces mouvements. Je suis en prison depuis six ans, et j’ai passé plus de la moitié du temps à l’isolement ou dans des quartiers d’isolement à des milliers de kilomètres de ma communauté et de ma famille. Mon expérience ressemble à celle des 100-150 prisonnier.e.s politiques aux USA. Si les individus de différents mouvements (c’est-à-dire, les noir.e.s, les portoricain.ne.s, les amérindien.ne.s et les mouvements blancs qui ont vu la nécessité d’organiser la résistance à l’oppression) sont détruits, c’est une façon de délégitimer les revendications de ces mouvements. »

« Quand les opprimé.e.s se battent pour la liberté, en utilisant des moyens violents parmi d’autres moyens, alors je pense qu’il faut les soutenir. Auriez-vous condamné des esclaves africain.ne.s aux USA pour avoir tué leurs maitre.sse.s ou pour avoir usé de violences dans leur combat pour la liberté ? Pour moi, la question est comment nous combattons effectivement – et humainement – pour l’émancipation. En construisant la lutte, nous devons être capable d’autocritique et autant conscient.e.s de comment nous luttons que de pour quoi nous luttons. Mais je pense aussi que nous devons nous battre pour gagner – et je pense que ça veut dire s’engager dans un combat pour le pouvoir. »

« C’est important pour notre mouvement de se préoccuper de tou.te.s les prisonnier.e.s, et je pense que c’est tout particulièrement important pour le mouvement gay et lesbien que nous nous occupions de lutter contre les attaques à l’encontre des prisonnier.e.s gays/lesbiennes et de soutenir tou.te.s les prisonnier.e.s infecté.e.s par le VIH. Se préoccuper de tou.te.s les prisonnier.e.s et du rôle répressif et d’enfermement qu’a la prison dans notre société est une autre façon de se battre contre le racisme, puisque la majorité des prisonnier.e.s viennent de communautés du Tiers Monde. Les prisonnier.e.s sont enfermé.e.s – loin des yeux, loin du coeur – et les rares droits qui ont été obtenus dans les luttes menées par les prisonnier.e.s sont réduits ou sapés. Les droits humains sont quasi-inexistants en prison, et s’il n’y a pas de soutien communautaire ni de conscientisation, le gouvernement peut continuer son escalade dans sa politique répressive, et les conditions vont continuellement empirer. C’est tout particulièrement vrai pour les prisonnier.e.s infecté.e.s par le VIH, puisque la stigmatisation du SIDA est encore pire en prison que dans le reste de la société. Les prisonnier.e.s infecté.e.s par le VIH meurent plus rapidement que les malades dehors car les traitements sont intermittents et limités, et les conditions de vie sont si mauvaises. Donc je ne dirais jamais aux gens de soutenir les prisonnier.e.s politiques comme si c’était opposé au soutien des autres prisonnier.e.s. Il n’y a pas de contradictions entre nos intérêts en prison. »

« Je crois que toute lutte venant d’abord de « gens blancs de la classe moyenne » risque de ne pas être pertinent si elle ne s’allie pas avec les luttes des personnes opprimées. Dans ce pays, nous avons vu souvent des populations déjà privilégiées être soudoyées. Quand cela arrive, non seulement les choses restent pareilles, mais elles empirent. Mais au-delà de ça, je ne pense pas qu’on puisse être vraiment des êtres humains si on ne se bat pas pour tou.te.s les opprimé.e.s. Sinon, notre lutte est aussi individualiste et raciste que le reste de la société dominante. Dans ce cas, nous ne gagnerons rien qui vaille de mener une lutte. Je pense que le mouvement queer doit discuter avec les autres mouvements et les autres communautés afin de trouver des stratégies communes et de comprendre comment nous soutenir mutuellement. Je pense que nous avons besoin de parler aux groupes qui luttent pour la libération nationale afin de définir notre agenda politique et notre stratégie – par exemple, quelles revendications devons nous porter dans la lutte contre le VIH qui puissent aider les autres communautés luttant contre le VIH ? C’est une lutte, pas forcément un processus facile, mais c’est crucial. C’est vrai également que notre mouvement a déjà appris des autres mouvements – souvent sans même le réaliser ou le reconnaitre. Nous avons en particulier assimilé des concepts stratégiques développés (au prix cher) par la lutte de libération noire, depuis le mouvement des droits civiques jusqu’au Black power et à la lutte pour les droits humains. Ce n’est pas par hasard que les leaders de Stonewall* étaient des gays et des lesbiennes du Tiers Monde. Je pense donc qu’il est important de reconnaitre, quand se pose la question des alliances et des coalitions, que nous n’avons pas besoin d’« inclure » les autres gens – nous avons besoin de nous allier avec eux.elles, d’apprendre d’eux.elles, et de nous battre à leurs côtés. Nous devons les soutenir. Et nous devons nous battre pour eux.elles comme pour nous, car dès que nous acceptons les divisions ou ignorons l’urgence de lutter contre le racisme, nous perdons. »

« Le mouvement homosexuel tel qu’il est aujourd’hui constitué est réapparu depuis que je suis en prison, donc je n’ai pas participé à son développement. Je ne pense pas que le mouvement homosexuel soit pertinent pour les autres personnes oppressées et pour les luttes que celles-ci mènent sans une analyse anti-impérialiste des racines de l’oppression des homosexuel.le.s et donc, une pratique qui mette en place un changement. En d’autres termes, un mouvement conduit par des hommes blancs de la classe moyenne – même ceux opprimés en raison de leur orientation / identité sexuelle – qui n’accorderaient pas du pouvoir (au sein du mouvement) à des hommes et des femmes du Tiers Monde, en s’occupant de leur agenda politique, ne sera jamais qu’un mouvement réformiste. Un mouvement pour les droits des homosexuel.le.s qui ne lutte pas pour les droits (humains et démocratiques) de ceux.celles dans le besoin, en particulier ceux.celles qui sont oppressé.e.s en tant que nationalité, installe une compétition entre les luttes plutôt qu’une opposition radicale et cohérente au gouvernement. »

« Les hors-la-loi sexuels de toutes sortes ont toujours lutté pour une transformation radicale de la société. Par exemple, des gays noirs ont été des leaders et des participants clés de la lutte pour les droits civiques, depuis Bayard Rustin jusqu’à James Baldwin. Et depuis les émeutes de Stonewall* de 1969, des milliers de lesbiennes, de gays, de bisexuel.le.s, de personnes transgenres et à deux spiritualités ont participé, en étant out, à toutes les grandes luttes pour la justice sociale. Depuis les mouvements contre la guerre du Vietnam et pour la libération des femmes des années 1960 et 1970 jusqu’aux mouvements contre l’apartheid et pour l’indépendance de Porto-Rico dans les années 1980 et 1990, pour ne citer que quelques exemples, les queers ont été là, à la fois en tant qu’individus et en tant que groupes, revendiquant fièrement nos sexualités. »

« Quiconque est soucieux.se de la lutte des queers et contre le VIH devrait aussi être scandalisé.e de l’imminente exécution de Mumia. Beaucoup d’entre nous ont fait l’expérience de violences policières violemment homophobes et sérophobes* à l’égard de nos mouvements. L’injustice à l’égard de Mumia se nourrit de son histoire comme journaliste et comme militant engagé contre les violences policières, et son appartenance antérieure au Black Panther Parthy a été utilisée pour inciter le jury à le condamner à mort. Cela en fait un cas emblématique. Si Mumia peut être exécuté sans avoir eu un procès équitable, c’est un précédent dangereux qui autoriserait une intensification de la répression contre toutes les sortes de militant.e.s. C’est pourquoi des groupes qui travaillent rarement ensemble se sont unis aujourd’hui dans l’action. De plus, beaucoup d’entre nous s’opposent à l’utilisation de la peine de mort en général. »

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Cuba : Les homosexuels après la Révolution cubaine https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/15/homosexuels-apres-la-revolution-cubaine/ Sat, 15 Nov 2014 00:00:02 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=649 Continuer la lecture →]]> dd3ecbdcd3e8930f310f6a7067007d11-4_3Fragments du livre “Cuba. Depuis la Révolution de 1959″ de Samuel Farber, publiés en décembre 2011 sur le site HAVANA TIMES.

Même si les femmes cubaines n’ont pas été autorisées à s’organiser de façon indépendante pour articuler et défendre leurs intérêts, elles bénéficièrent de différentes manières du processus révolutionnaire. Certaines formes de sexisme patriarcal ont été affaibli, comme le pouvoir des hommes au foyer.

L’intégration des femmes dans les forces productives et la mise en œuvre sporadique de politiques d’action positive ont conduit à une  plus grande différenciation professionnelle chez les femmes et a augmenté le nombre de femmes ayant des postes importants dans l’économie et la société.

Cependant, il se passa le contraire pour les cubains gays, qui ont beaucoup souffert, surtout pendant les trente premières années de la Révolution. Pour des raisons discutées plus en avant, le gouvernement cubain contraint les gays à sortir du placard et il politisa la situation afin d’accentuer leur oppression. Dans le cadre de ce processus, les leaders révolutionnaires ont créés un climat dans l’opinion qui, en plus de ne pas tenir compte de l’oppression des homosexuels comme problème important, présentait la vie des homosexuels comme une manifestation de la décadence sociale.

Par exemple, quand en 1967, la Chambre des Lords a accepté le rapport Wolfenden et qu’il abolit les lois contre la sodomie en Grande-Bretagne, la presse cubaine présenta l’événement comme un exemple de déclin de l’Empire britannique. Bohemia, la revue le plus influente à Cuba, présenta le début du mouvement de libération gay aux États-Unis avec une caricature qui montrait d’une manière très désobligeante deux hommes en train de se marier dans une église. (160)

Une longue série d’événements marquent les moments les plus forts dans la trajectoire de la persécution des homosexuels cubains menée par le gouvernement révolutionnaire. Déjà en 1962, le gouvernement mena un raid massif, connu comme “la nuit des trois P” – pour prostitas, proxenetas et pajaros*. Des milliers de personnes furent arrêtés et transportés au siège de la police et dans les prisons de La Havane. L’opération” inclut des raids aveugles dans certains quartiers, tels que celui de Colon près de la Vieille Havane et connus pour avoir une forte concentration de prostituées. Ceci a été accompagné par des détentions ciblés de personnes qui avaient  été signalés comme sexuellement déviantes dans les listes préparées par les CDRs**. C’est ainsi que le célèbre dramaturge Virgilio Piñeira finit par être arrêté à son domicile dans la banlieue de La Havane. (161)

Dans son discours du 13 mars 1963, à l’Université de La Havane, Fidel Castro attaqua les enfants oisifs de la bourgeoisie qui imitaient Elvis Presley et organisaient des “spectacles efféminés gratuits” et il souligna que ce n’était pas facile de rééduquer un adulte homosexuel ou, selon ses propres mots, “un arbre qui avait poussé tordu”. Aucune mesure drastique ne fut prise contre les homosexuels, mais pour les jeunes qui aspiraient devenir homosexuels ce fut une autre affaire. Fidel ajouta qu’il avait observé que la campagne cubaine ne pas produisait pas d’homosexualité en tant que sous-produit 162.

Puis, en 1965, le gouvernement créa les UMAPS*, où durant environ trois ans les homosexuels avec les Témoins de Jéhovah gay, de nombreux catholiques pratiquants, des membres des sociétés secrètes afro-cubaines comme les Abakuá**** et d’autres “déviants ont été obligés de fournir leur force de travail de façon mal rémunérés, ils ont été enrégimentées par l’État cubain. (163) À la même époque, le gouvernement créa également le Centre pour l’éducation spéciale pour les enfants considérés comme “efféminés” et pour les enfants de mères célibataires, qui sont considérés comme des enfants courant le “risque” de devenir homosexuels. Il fut nécessaire de séparer ces enfants des écoles publiques, car on croyait qu’ils pouvaient “infecter” leurs camarades de classe. (164)

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L’année révolutionnaire international de 1968 coïncida avec une “offensive révolutionnaire” sur l’île dirigée par l’État cubain. Mais cette attaque n’était pas une attaque contre les structures puissantes et oppressive de l’État ou du secteur privé comme cela arriva dans les villes de Mexico, de Chicago, de Paris et de Prague, mais contre les secteurs les plus pauvres et les plus marginaux de ce qui restait de la bourgeoisie cubaine.

Pour s’assurer qu’il ne restait plus aucun recoin de l’économie cubaine hors de son pouvoir et de son contrôle, l’État s’empara et ferma toutes les petites entreprises, y compris les nombreux petits bars et les petites caves du pays.

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Cette offensive s’est accompagnée d’une nouvelle persécution des homosexuels et des prostituées. Dans son discours du 28 septembre 1968, pour marquer le huitième anniversaire de la fondation des CDR, Fidel Castro dénonça la jeunesse cubaine qui selon lui vivait de façon “extravagante”. Cela comprenait ceux qui portaient des cheveux longs et qui s’habillaient de façon élégante, signe d’une dégénérescence morale qui finirait par les amener au sabotage politique et économique.

Selon Castro, ces jeunes tentaient d’introduire dans le pays une version renouvelée du Printemps de Prague avec des prostituées dans les rues, la traite des blanches, le parasitisme et l’affaiblissement idéologique. Il proposa comme moyen de les rééduquer de façon disciplinaire de les contraindre à des travaux à la campagne. (165)

Aux déclarations de Castro et d’autres porte-paroles de la Révolution, suivirent une série de raids contre des garçons et des hommes aux cheveux longs à qui on taillait publiquement les cheveux par la force et contre les filles accusées d’être des débauchées en s’habillant en minijupe et que l’on envoyait au travail forcé dans les campagnes. 165 En février de cette même année Castro purgea et emprisonna la micro faction” des vieux communistes et en août il soutenu l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie.

Suivi le “Quinquenio gris”***** qui débuta en 1971 avec la décision du Congrès national de la culture et de l’éducation de ne plus tolérer “les homosexuels reconnus» en dépit de leur “valeur artistique” pour l’influence qu’ils pourraient avoir sur la jeunesse cubaine. Les homosexuels qui pouvaient directement influencer la jeunesse par la voie artistique et culturelle seraient  transférés à d’autres organisations que celles de la culture et de l’éducation..

Le Congrès décida également d’exclure de tous les groupes d’artistes représentant de Cuba à l’étranger quiconque sape le prestige de la Révolution. (166) Certains artistes et certains intellectuels parvinrent à repousser les effets drastiques des résolutions de 1971 en raison de leurs liens avec des institutions qui jouissaient d’un certain degré d’influence sur Fidel Castro, en partie parce qu’ils étaient dirigés par des personnalités de renommée internationale. Ce fut le cas du Ballet national d’Alicia Alonso, de l’ICAIC (Institut cubain de l’art cinématographique et de l’industrie) d’Alfredo Guevara et de la Casa de las Americas (Maison des Amériques), le centre culturel de renommée international de La Havane dirigé par Haydée Santamaria.

La marginalisation officielle des homosexuels fut anticipée par l’Université de La Havane quand elle inaugura, à la moitié des années soixante, une campagne homophobique qui dura trois années, au cours desquelles on distribua de la littérature contre les homosexuels en encourageant les étudiants à répudier les malades, on jugea ainsi publiquement plus d’une centaine de personnes. Les dépurations contraignaient les étudiants inscrits dans certains départements à participer à de grandes assemblées et à contester les attitudes et le comportement politique de leurs compagnons.

Le “jury” de l’organisation officielle des étudiants et de la Jeunesse communiste appela plusieurs personnes à témoigner en public, mais beaucoup craignaient de défendre les étudiants accusés par peur de finir par être accusés eux-mêmes. L’objectif de ces purges était les “contre-révolutionnaires” et les homosexuels, qui la plupart du temps finirent par subir des verdicts unanimes de culpabilité suivis par leur expulsion de l’université et l’enregistrement des délibérations de l’assemblée dans leurs dossiers personnels (dossiers tenus constamment par l’Etat au sujet des performances individuelles et au sujet du comportement au travail). Des dossiers qui commencèrent à être utilisés à cette époque. Les purges devinrent si fréquentes qu’à la fin de 1965, le leader de l’Union communiste promis de les conduire en dehors des heures scolaires. (167)

Les années quatre-vingt ont débuté avec l’exode de Mariel****** au printemps de 1980. Le gouvernement  utilisa cette opportunité pour non seulement pour ridiculiser et attaquer les homosexuels, mais aussi pour les forcer à quitter le pays. Il y eut des Cubains “normaux” qui se firent passer pour des homosexuels pour obtenir du gouvernement les permis et le visa nécessaire pour quitter l’île. Selon les estimations du Groupe homosexuel national de travail  des États-Unis, 125 000 personnes quittèrent Cuba à cette époque, entre 2000 et 10 000 d’entre eux étaient gays et lesbiennes. (168)

Peu de temps après l’exode de Mariel la crise du sida éclata aux États-Unis, dans d’autres pays et enfin elle arriva à Cuba. Le gouvernement cubain a réagi en adoptant certaines mesures parmi les plus dures au monde. En 1986, il ordonna des tests obligatoires pour détecter l’infection par le VIH. Les premiers tests furent consacrés aux groupes à risque : ceux qui avaient voyagé à l’étranger après 1975, spécialement ceux qui avaient servi comme soldats en Afrique. En avril 1991, 9 771 691 personnes, presque toute la population de l’île, avait subi les tests. Ceux qui furent déclarés positif pour le VIH (902 cas au début de 1993) ont été mis en quarantaine dans des sanatoriums et lorsqu’ils atteignirent un stade avancé du sida ont les transféra vers des hôpitaux. (169)

Tout en reconnaissant que les personnes infectées reçurent une bonne attention médicale et qu’ils jouirent de bonnes conditions de vie dans les sanatoriums, et même si la politique d’isolement parvint à réduire la propagation, le gouvernement cubain fut critiqué au niveau international pour la dureté inutile de sa politique et la manière impitoyable par laquelle il exerça son contrôle. Cette politique força des gens en bonne santé à vivre de façon recluse et improductive en attendant que leur SIDA se développe, un processus qui pouvait durer plusieurs années, pour enfin finir leur vie à l’hôpital.

Comme le signala Marvin Leiner, le gouvernement eut recours à la politique d’isolement des malades, au lieu de mettre en place un programme éducatif sur le sida. À l’égal de la réponse des victoriens anglais à la crise de la syphilis et de la gonorrhée en son temps, les dirigeants cubains ont essayé de maîtriser le sida en évitant un débat public et une campagne d’éducation sur le sexe sûr pour limiter la transmission du virus (170).

La politique d’isolement fut abandonné dans les années quatre-vingts dix, mais les premiers choix que le gouvernement adopte pour faire face au SIDA sont très révélateurs de l’énorme pouvoir du Léviathan cubain et de son attitude historique envers les choses du sexe et de l’éducation sexuelle.

160. Allen Young, Gays under the Cuban Revolution (San Francisco: Grey Fox Press, 1981), 31.

161. Carlos Franqui, Portrait de famille avec Fidel (Barcelone: Editorial Seix Barral, 1981), 280-86; Manuel Zayasl, “Carte de l’homophobie”, cubaencuentro, 15 février 2010, http://

cubaencuentro.com/es/cuba/articulos/mapa-de-la-homofobia-10736.

162. Departamento de Versiones Taquigráficas del Gobierno Revolucionario, “Discours prononcé par le Commandant Fidel Castro Ruz, premier ministre du gouvernement révolutionnaire de Cuba, à la cérémonie de clôture pour commémorer le sixième anniversaire de l’assaut du palais présidentiel célébré sur les marches de l’Université de La Havane, 13 mars 1963″, cuba.cu, www.cuba.cu/gobierno/discursos/1963/esp/f130363e.html.

163. Ian Lumsden, Machos, Maricones and Gays: Cuba and Homosexuality, Philadelphie : Temple University Press, 1996, 65-70.

164. Lillian Guerra, Gender Policing, Homosexuality and the New Patriarchy of the Cuban Revolution, 1965-1970, Social History, 35, n°. 3 (August 2010): 274.

165. Hugh Thomas, Cuba : The Pursuit of Freedom, New York: Harper and Row, 1971, 1435, Guerra, «Genre de police, l’homosexualité et le Patriarcat Nouveau”, 271.

166. Citation tirée de sélections revue hebdomadaire Granma, le 9 mai 1971, 5, dans l’affaire Young, Gays sous la Révolution cubaine, 32-33.

167. Jeunes, Gays sous la Révolution cubaine, 53; Guerre, “Gender Policing, Homosexuality and the New Patriarchy,” 271.

168. Young, Gays under the Cuban Revolution, 34-35.

169. Marvin Leiner, Sexual Politics in Cuba: Machismo, Homosexuality and AIDS, Boulder, CO: Westview Press, 117-18.

170. Ibid., 122, 138.

*Oiseaux, l’un des nombreux termes péjoratifs utilisés à Cuba pour désigner les hommes homosexuels)

**Les Comités de défense de la Révolution ont été créés en 1960 pour faire face aux sabotages et actions ennemies, ils ont ensuite évolués selon les besoins. Les CDR existent dans chaque rue, ils s’occupent du nettoyage, des dons de sang, des vaccinations, mais aussi de la surveillance des habitants du quartier. Il s’agit d’un véritable réseau d’espionnage gouvernemental.

***Entre 1965 et 1967, des centaines d’homosexuels hommes et femmes, et de travestis furent envoyés dans des unités militaires d’aide à la production (UMAP). Il s’agissait de camps de concentration où ils devaient être “rééduqués”: les prisonniers vivaient dans des conditions très difficiles, ils étaient astreints au travail forcé, étaient mal nourris et subissaient des mauvais traitements.

****Abakuá est une fraternité masculine afro-cubaine à rites initiatiques. Ses  groupes fermés ont tous pour emblème le léopard , preuve de prouesse virile au combat et d’autorité politique dans leurs communautés. Le système de croyances et de rites Abakuá dérive de ceux des esprits censés vivre dans la forêt.

*****  Le “quinquenio gris”, les quinze années grises durant lesquelles on officialisa le “réalisme socialiste” comme unique voie possible pour les artistes en les soumettant à la censure.

******L’exode de Mariel eu lieu entre avril et octobre 1980. Le régime de Fidel Castro expulsa près de 125 000 cubains, considérés comme contre-révolutionnaires. Ils embarquent au port de Mariel en direction des côtes de Floride.

CUBA SINCE THE REVOLUTION OF 1959
A Critical Assessment
Copyright Samuel Farber 2011.
(www.haymarketbooks.org)

Trouvé sur www.polemicacubana.fr

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[actu] Existrans 2014 : fête et défaite des trans et des intersexes ? https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/22/existrans-2014/ Tue, 21 Oct 2014 23:02:22 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=445 Continuer la lecture →]]> L’Existrans 2014, c’était le 18 octobre.

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« La France, comme d’autres pays d’Europe, dégringole vers les idéologies réactionnaires, naturalistes et misogynes. Chaque nouvelle indignité de la majorité nous fait craindre plus encore qu’auparavant celles et ceux qui lui succèderont. Le nationalisme est une menace pour les trans, tout comme il constitue un danger pour les séropositifVEs. »

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(…) nous exigeons :

  • Le changement d’état-civil libre et gratuit devant un officier d’état-civil, sans condition médicale (ni stérilisation ni suivi psychiatrique), sans homologation par un juge
  • Le libre choix des parcours médicaux, sur la base du consentement éclairé, avec le maintien des remboursements en France et à l’étranger
  • Le démantèlement des équipes et protocoles hospitaliers et la formation des médecins et chirurgiens français pour un suivi médical de qualité, respectueux et dépsychiatrisé
  • La formation et la sensibilisation des personnels en contact avec les personnes trans et Intersexes (santé, éducation, social, administratif, justice, prisons, etc), en lien avec les associations trans et Intersexes
  • La mise en place de mesures pour favoriser l’accès au monde du travail et aux études et pour protéger les salariéEs trans et Intersexes
  • Le financement de campagnes de sensibilisation, en collaboration avec les associations trans et Intersexes, pour lutter contre la transphobie et pour la visibilité des Intersexes
  • Le financement de la recherche et de la communication sur la santé des personnes trans et Intersexes et de leurs partenaires (VIH/sida, hépatites, IST, effets des traitements à long terme, interactions médicamenteuses, etc)
  • L’abandon des projets de lois contre le travail du sexe précarisant et mettant en danger les personnes trans et Intersexes concernées et l’abandon de tout projet visant à pénaliser les clientEs
  • Le respect des droits humains pour les personnes trans et Intersexes en milieu carcéral
  • La reconnaissance et la prise en compte de l’extrême fragilité sociale des personnes trans et Intersexes migrantEs sans papiers dans les demandes de régularisation
  • La prise en compte par les médias du kit de l’Association des Journalistes LGBT (AJL) pour le respect des personnes trans et Intersexes
  • L’arrêt immédiat des opérations et des mutilations sur les enfants Intersexes, l’accompagnement psychologique de leurs parents et l’accompagnement à l’auto-détermination des Intersexes, conformément à la résolution 1952 (2013) du Conseil de l’Europe pour le droit des enfants à l’intégrité physique
  • L’accompagnement des enfants et adolescents dans leur autodétermination, y compris le respect et la protection de toute expression de genre, le respect des prénoms et genre choisis, notamment dans le cadre scolaire, l’accès sur la base du consentement éclairé aux traitements hormonaux et/ou bloquant la puberté, comme aux autres traitements ou opérations, et l’accès au changement d’état-civil

(…)

Sans aucun droit, stigmatiséEs et maintenuEs dans un système violent, discriminant, et injuste, les personnes trans et intersexes restent soumiSEs à l’arbitraire médical et juridique, à la psychiatrisation et à la pathologisation, à la stérilisation ou à la non reconnaissance légale de leurs identités.

 

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Extrait d’un article sur le site Contrepoints :

« Intersexe, avec un ‘i’ comme ‘invisible’

Pour les personnes intersexes, (…) juges, fonctionnaires de l’état civil et requérants font face à un flou total, la loi ne reconnaissant ni l’existence de sexe variable, plus ou moins « intermédiaire » ou absent, ni la possibilité d’un genre autre ou ambigu. Un manque souligné par l’évolution des autres pays de l’Union Européenne : ainsi outre-Rhin il est possible d’être reconnu à la naissance comme relevant d’un troisième genre, ni féminin ni masculin, depuis le 1er novembre 2013. Mais même cette avancée ne suffit pas à couvrir la complexité de la réalité : seule une partie de la cinquantaine (environ) de conditions d’intersexualité connues, dont beaucoup restent très sous-diagnostiquées même aujourd’hui, sont visibles à la naissance, les autres n’étant décelables qu’à la puberté ou à l’âge adulte.

Dans les cas décelés à la naissance, en dehors de rares complications mettant en péril leur santé, les nouveau-nés sont souvent opérés pour « normalisation génitale » dans un pur souci de confort social et cosmétique pour les parents (souvent très mal informés des conséquences par les médecins). Au prix, pour les victimes de telles réassignations sexuelles forcées, d’une perte de fonction sexuelle voire reproductrice, et d’effets secondaires néfastes (risques infectieux accrus, cicatrices importantes), quand ils ne se voient pas carrément assignés un genre qui ne leur correspond pas.

Pour toutes ces raisons, Existrans réclame comme l’OII l’arrêt de ces opérations de normalisation, afin de laisser les enfants se développer le plus naturellement possible et décider par eux-mêmes, une fois en âge de choisir, s’il y a lieu d’intervenir.

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Communiqué d’Act Up-Paris :

Act Up-Paris sera présente ce samedi 18 octobre à l’Existrans, la marche des trans et intersexes et de celles et ceux qui les soutiennent.

Au-delà du plaisir de nous retrouver, de marcher et d’être visibles, ensemble, cette marche est proprement désolante. Elle entérine une défaite.

En 2006 déjà, à la suite d’une action d’Act Up-Paris, François Hollande, alors premier secrétaire du Parti Socialiste, assurait qu’il était favorable au changement d’état civil libre et gratuit.

Il s’engageait également à une réelle politique de lutte contre le sida chez les personnes trans, notamment en encourageant la recherche sur la santé des trans séropositives et par la mise en place de campagnes de prévention ciblées et vigoureuses.

Après bientôt deux ans et demi de mandat, qu’en est-il aujourd’hui ?

Les réactionnaires de tous poils et de toutes obédiences sont sortiEs de leurs égoûts. Le gouvernement, effrayé de risquer la perte de quelques soutiens, se terre dans l’inaction, ne mentionnant notre existence qu’à de rares occasions, dont l’apparente sollicitude masque mal le mépris.

Lorsque, pétrie de fantasmes transphobes, une part grossissante de l’opinion s’inquiète de la « théorie du genre », le gouvernement se fait conciliant : il n’est pas question d’encourager les élèves des écoles à commencer une transition. Nous voilà rassuréEs !

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Le gouvernement n’a pas déposé de projet de loi facilitant le changement d’état-civil. De temps à autres, quelques parlementaires s’attellent à la question. Dire que le résultat n’est pas à la hauteur est un euphémisme : les propositions de loi qui en découlent nous mettent directement en danger, comme celle qui proposait que les changements d’état-civil soient publiés au Journal Officiel ! Le récent retour du Sénat à droite rend encore plus improbable l’adoption d’une loi qui n’aille pas de pair avec l’institutionnalisation des violences contre tout ou partie d’entre nous.

Lourde défaite. Le changement d’état civil libre et gratuit, sans condition d’opération ou de traitement hormonal ni de test de vie réelle, sans passer devant un juge, aurait permis, sans pour autant les faire disparaître, d’atténuer les violences, discriminations et exclusions auxquelles nous faisons face.

L’état-civil est un vecteur essentiel de notre exclusion sociale : il pèse un poids très important dans l’échec scolaire, universitaire, dans l’extrême difficulté de l’accès à l’emploi, dans les violences récurrentes au sein des institutions médicales. Ces déboires législatifs ne doivent pas être notre seule préoccupation : les gouvernements reculent, le VIH et les IST avancent.

Les femmes trans sont en France un des groupes les plus touchés par l’épidémie de sida. La prévalence parmi elles équivaut à plusieurs dizaines de fois celle de la population générale, et s’élève à plus d’un tiers parmi les femmes trans migrantes ayant exercé le travail du sexe.

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Si cela ne suffisait pas, des chiffres inquiétants nous parviennent de divers hôpitaux : les autres IST se répandent. Sur une file active de personnes trans traitées pour le VIH, ce sont ici 31 %, là-bas 51 % d’entre elles qui doivent en plus faire face à la syphilis. Une syphilis, une hépatite, une gonorrhée multi-résistante sur un sida sont autant de difficultés supplémentaires dans le parcours de soin. Difficultés que seul le préservatif permet pour l’instant d’éviter.

De campagnes de prévention vigoureuses et ciblées, nous n’entendons pas parler. Elle existent pourtant dans d’autres pays : les pouvoirs publics français sont à la traîne, tant ils craignent de froisser l’opinion publique, ou rechignent à attribuer des financements suffisants pour permettre une diffusion optimale des rares campagnes existantes.

La France, comme d’autres pays d’Europe, dégringole vers les idéologies réactionnaires, naturalistes et misogynes. Chaque nouvelle indignité de la majorité nous fait craindre plus encore qu’auparavant celles et ceux qui lui succèderont. Le nationalisme est une menace pour les trans, tout comme il constitue un danger pour les séropositifVEs. Une menace à laquelle le gouvernement nous expose chaque jour un peu plus, et un danger dont une loi, bien que nécessaire, ne nous protègera pas.

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C’est pour cela, et parce que nous savons combien les violences et discriminations nous rendent vulnérables face au virus, que nous le répétons : plus que jamais nous devons rester solidaires, soudéEs, organiséEs, nous parler, constituer des réseaux… arracher des conquêtes.

(ActUp-Paris)

Photos Naïel

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Queer Nation Manifesto https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/08/queer-nation-manifesto/ Wed, 08 Oct 2014 15:29:40 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=429 Continuer la lecture →]]> Brochure à télécharger sur infokiosques.net !

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Ils nous ont appris que les bons queers ne se mettent pas en colère. Ils nous l’ont si bien appris que nous ne faisons pas que leur cacher notre colère, nous nous la cachons les unEs aux autres. Nous nous la cachons à nous-mêmes. Nous la cachons par l’abus de substances et le suicide et en visant haut avec l’espoir de prouver notre valeur.

Queer Nation était un groupe queer (transpédégouine) radical fondé en mars 1990 à New York aux Etats Unis par des militantEs d’ACT UP. Les quatres activistes à l’origine du groupe étaient outragéEs par l’augmentation de la violence homophobe et lesbophobe dans les rues et les préjugés dans les arts et les médias. Le groupe est connu pour ses stratégies « dans ta face », ses slogans, et la pratique du « outing » (le fait de révéler publiquement, sans son consentement, qu’une personnalité a des relations homosexuelles). Queer Nation était un groupe d’action directe, se démarquant ainsi des associations lesbiennes, gaies, bi et trans assimilationnistes.

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Le texte est un manifeste initialement distribué en 1990 par des personnes marchant aux côtés du contingent d’Act Up à la Gay Pride de New York.

Etre queer n’a rien à voir avec un droit à la vie privée, il s’agit de la liberté à être public, à être ni plus ni moins que ce que nous sommes. Cela signifie se battre contre l’oppression chaque jour, l’homophobie, le racisme, la misogynie, le sectarisme des hypocrites religieux et notre propre haine de nous-même (on nous a soigneusement appris à nous haïr nous mêmes). Et maintenant bien sûr cela signifie combattre un virus également, et tous ces homophobes qui utilisent le SIDA pour nous effacer de la surface de la Terre. Etre queer signifie mener une vie différente. Il ne s’agit pas de la tendance dominante, de profit sur la marge, de patriotisme, de patriarcat ou d’être assimiléE. Il ne s’agit pas de PDG, de privilèges ou d’élitisme mais d’être dans les marges, de se définir, il s’agit de niquer son genre, de secrets, de ce qui est sous la ceinture et tout au fond du coeur ; il s’agit de la nuit. Etre queer émane de la base parce que nous savons que chacunE de nous, chaque corps, chaque chatte, chaque coeur et cul et bite est un monde de plaisir qui attend d’être exploré. ChacunE de nous est un monde d’infinies possibilités. Nous sommes une armée parce que nous devons l’être.

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L’épidémie n’est pas finie ! (On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/lepidemie-nest-pas-finie/ Sun, 05 Oct 2014 21:47:09 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=420 Continuer la lecture →]]> On est pas des cadeaux, émission transpédégouine et féministe, septembre 2014

Le 12 Avril 2014 avait lieu à Lyon, une lecture de soutien à ActUp Paris. ActUp est une association d’activistes en luttes contre le sida. Illes ont depuis fin 2013 des problèmes financiers qui pourraient les faire arrêter.

Pour mieux connaître leurs luttes et implications dans ce domaine, nous diffusons aujourd’hui l’intégralité de la lecture animée qui retrace des années de révoltes.

 

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« Les queers sont les maoïstes du genre ! » (Hélène Hazéra, On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/les-queers-sont-les-maoistes-du-genre/ Sun, 05 Oct 2014 19:08:53 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=400 Continuer la lecture →]]> Emission On est pas des cadeaux!  de 2012.

Un nouveau volet de la série « En quête de notre histoire », l’histoire des luttes transpédégouines et la vie de personnes qui ont marqué ces luttes. Cette émission est consacrée à Hélène Hazera, à l’occasion d’un entretien réalisé pendant les UEEH en 2010. Dans ce portrait, elle nous raconte son histoire, son parcours de militante dans quelques groupes politiques depuis les années 1970, du FHAR  à Act Up-Paris.

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En prison, être homosexuel, c’est la pire des choses. Témoignage, 2002. https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/01/en-prison-etre-homosexuel-cest-la-pire-des-choses-temoignage-2002/ Wed, 01 Oct 2014 00:16:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=373 Continuer la lecture →]]> 2670-04-Halard

Témoignage recueilli par Act Up, 2002

J’ai vingt-deux ans, je suis homosexuel, je vis avec mon compagnon depuis juillet 1999. Il a trente-trois ans, il est séropositif et a été incarcéré en mars 2001. Nous avons alors été arrêtés ensemble et écroués dans la même maison d’arrêt. J’ai été libéré en mai. Lui est toujours en prison. Ce témoignage le concerne.

Trois mois après son incarcération, en mai, mon ami devient auxiliaire à la maison d’arrêt, son travail consiste à servir la « gamelle » aux autres détenus. En novembre, en compagnie de son codétenu, il surprend un surveillant en train de déchirer une lettre et de voler les timbres contenus dans l’enveloppe. Après vérification des morceaux de papiers, il s’agit du courrier d’un détenu. Mon compagnon interpelle le surveillant pour lui signaler que ce n’est pas légal, l’autre rétorque « ta gueule, PD ! ». Il décide alors de s’adresser au chef de secteur. Après une enquête, il est décidé que le surveillant ne travaillera plus dans le même bâtiment.

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A la même époque, la situation de mon ami se complique. La division où il est affecté apprend qu’il est homosexuel. Et qu’il est séropo. Par crainte de contamination, les détenus réclament qu’il cesse de les servir. Quelques jours après cette plainte, on le transfère. L’Administration pénitentiaire déclare qu’il n’est pas « apte » à exercer ce travail. Il est envoyé dans un autre bâtiment. Deux heures après son arrivée, on le déplace à nouveau. Il atterrit finalement dans la division où le surveillant a été muté. Lorsqu’ils se rencontrent, celui-ci lui glisse : « Pour moi, t’es déjà mort. Tu vas vivre un véritable enfer ». Rapidement, le maton fait circuler la rumeur qu’il est PD, ce qui déclenche insultes et représailles physiques. Agressions, intimidations, pression constante, plus de balade, plus de douche, plus d’appétit, il est terrorisé. En prison, être homosexuel, c’est la pire des choses.

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Mi-décembre 2001, nous obtenons enfin son transfert dans une autre maison d’arrêt. Quelques jours après son arrivée, un médecin lui délivre un certificat médical attestant que c’est un patient particulièrement fragile et sensible, qui doit être placé en isolement en raison de sa pathologie. Le chef de secteur refuse ce certificat médical. Aujourd’hui, mon ami est sous traitement. On lui fournit des médicaments sans qu’il ne connaisse les prescriptions. Depuis un mois et demi, il demande à accéder à son dossier médical. A ce jour nous n’avons toujours aucune réponse.

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Mais le pire s’est produit récemment et au moment où vous lisez ce témoignage, mon ami est dans un service psychiatrique, suite à une tentative de suicide. J’ai effectivement appris récemment qu’il a été violé par trois détenus sous les douches quelques jours avant son transfert. Comme d’habitude en prison, ses cris n’ont pas été entendus. Les trois détenus et les surveillants ont probablement tous supposé qu’un homosexuel apprécierait de se faire enculer violemment par des inconnus. En 11 ans, mon ami aura donc subi deux viols en milieu carcéral. Première incarcération : premier viol : transmission du VIH. Deuxième incarcération : second viol : tentative de suicide.

2002.

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Traitement préventif contre le VIH ? En finir avec la dépolitisation ! https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/14/traitement-preventif-contre-le-vih-en-finir-avec-la-depolitisation/ Sun, 14 Sep 2014 15:25:37 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=258 Continuer la lecture →]]> Morgane Merteuil et Thierry Schaffauser, militant-e-s du Syndicat du travail sexuel (STRASS), reviennent ici sur le débat associé à un nouveau mode de prévention du VIH, et pointent notamment les effets néfastes d’une stratégie de lutte contre le sida dépolitisée.

 La récente Conférence mondiale sur le sida qui s’est déroulée à Melbourne du 20 au 25 Juillet 2014 a notamment été l’occasion de faire le point sur une stratégie de lutte contre l’épidémie qui fait de plus en plus parler d’elle : la Prophylaxie pré-exposition (PrEP) ; il s’agit, pour les personnes séronégatives, de prendre un traitement anti-rétroviral contre le VIH (le Truvada), afin de diminuer les probabilités d’être infecté en cas de prise de risque. Face au constat qu’en dépit d’énormes progrès réalisés au niveau des différents moyens mis en œuvre pour lutter contre le virus (notamment : accès aux préservatifs, dépistages rapides, Traitements Post-Exposition, Treatment as Prevention, amélioration des traitements existants), l’épidémie progresse toujours au sein des populations clés comme les gays et HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes), les usagers de drogues et les travailleur-se-s du sexe (si le nombre de contaminations parvient à baisser dans certains pays, en France il y en a toujours environ 7000 par an), la PrEP apparaît alors comme un nouvel outil de lutte qui pourrait permettre de réduire le nombre de celles-ci. Si les premiers résultats des essais mis en place tendent à prouver qu’avec une bonne observance du traitement, la PrEP protégerait autant que le préservatif, sa promotion amène tout de même à quelques interrogations. Ce qui peut apparaître comme positif sur un plan purement statistique, ne se traduit pas toujours tel que souhaité une fois mis en place, et des effets non désirés peuvent émerger.

Certaines contraintes, comme le fait de devoir prendre un traitement lourd entraînant de possibles effets indésirables, trouveront certainement leurs réponses dans le futur, au fur et à mesure de l’amélioration de l’outil tout en sachant que le Truvada est en fait déjà connu comme un des médicaments anti-VIH le mieux supporté par les patients séropositifs qui l’expérimentent depuis plusieurs années. D’autres questions, d’ordres plus politiques, méritent en revanche d’être posées dès aujourd’hui, puisque les essais d’une PrEP destinée aux HSH ont commencé en France, via Ipergay (qui vise à tester l’efficacité du Truvada en prise préventive à la demande, c’est à dire de manière ponctuelle, en fonction des périodes d’activité sexuelle des participants)1. Dans le même temps, plusieurs questionnaires ont été soumis aux travailleur-se-s du sexe afin de recenser leurs connaissances et intérêt potentiel pour la PrEP. Il nous semble en effet qu’au-delà des débats sur la potentielle efficacité de cet outil, ou sur les conditions de son utilisation, peu de questionnements ont émergé en ce qui concerne les implications du choix d’une telle stratégie, et notamment des implications politiques et économiques.

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Truvada Whores et travailleur-se-s du sexe

Alors que le Truvada en PrEP a été autorisé l’an dernier par la FDA (Food and Drug Administration) afin d’être commercialisée aux États-Unis, une expression nouvelle a fait son entrée dans les milieux gays, utilisée par ceux (travailleurs du sexe ou non) qui ont opté pour cette méthode de prévention pour s’auto-désigner « Truvada whore » (pute à Truvada). À l’heure où des questionnaires sont distribués et des réunions organisées2 afin de connaître l’opinion de celles qui semblent être la prochaine population cible au sein de laquelle sera promue la PrEP, il nous paraît nécessaire d’énoncer les limites d’une transposition de la PrEP aux travailleur-se-s du sexe, en rappelant notamment les revendications des travailleuses du sexe elles-mêmes quant à l’épidémie de VIH.

Pour commencer, il nous semble nécessaire de rappeler que le débat sur la PrEP au sein de la communauté gay s’inscrit dans la continuité d’autres débats qui l’ont traversée notamment depuis la fin des années 1990 et le phénomène accru de prises de risques sexuels avec l’arrivée des trithérapies. Depuis le milieu des années 2000, le traitement comme prévention (TasP) part du constat qu’une personne séropositive sous traitement, qui est bien suivie, et dont la charge virale est indétectable, n’est plus contaminante. Cela a permis à de nombreux gays d’avoir une sexualité sans préservatifs, et est apparu comme un grand soulagement pour les couples sérodifférents qui vivaient auparavant dans la peur d’une contamination en cas de rupture ou de non usage du préservatif. Les débats sur les politiques de prévention axées sur le préservatif ou des stratégies dites de réduction des risques se prolongent donc avec l’arrivée de la PrEP. En effet, il s’agit d’un important changement de paradigme dans les stratégies de prévention des gays. Tandis que le préservatif restait le seul moyen de ne pas devenir séropositif, dont une des principales conséquences est de devoir prendre un traitement à vie, il sera désormais possible de prendre un traitement pour ne pas devenir séropositif.

Par ailleurs, le monde de la lutte contre le sida étant dominé par les gays, les autres populations clés ne sont pas épargnées par ces débats, dont bien entendu la communauté des travailleur-se-s du sexe. La différence est que la PrEP ne fait en réalité pas débat chez les travailleur-se-srSEs du sexe. Il ressort ainsi de l’enquête menée sur les attentes concernant cet outil au sein de la communauté3 que la PrEP n’est pas encore aussi connue qu’elle peut l’être chez les gays, mais surtout qu’elle ne suscite pas le même enthousiasme. Dans l’enquête menée, à l’échelle internationale cette fois, par le NSWP, il apparaît également que :

 « Les travailleuses du sexe ont exprimé une grande incertitude à l’égard de la PrEP et d’une mise sous traitement précoce. La majorité des participants étaient sceptiques quant à ces stratégies et beaucoup ont déclaré qu’ils ne voudraient pas adopter la PrEP comme stratégie de prévention »4.

Cette différence d’enthousiasme s’explique par le fait que les problématiques de prévention chez les travailleur-se-s du sexe sont assez différentes de celles chez les gays. Par exemple, la problématique d’une potentielle baisse de plaisir sexuel avec le préservatif qui est exprimée par certains gays, ne l’est a priori pas pour l’instant de la part des travailleur-se-s du sexe, dont le but premier du rapport sexuel avec leurs clients est l’obtention d’un revenu plus que la recherche de plaisir. Ainsi, on note également que la relâche des outils de prévention chez les gays travailleurs du sexe se constate bien plus dans leurs pratiques « privées » que « professionnelles »5. Par ailleurs, comme le remarquait la « Note du STRASS sur la PrEP »6, « le préservatif sert parfois de barrière émotionnelle avec les clients et permet de faire la différence entre le travail et la vie sexuelle et affective privée ».

Il est vrai en revanche qu’il existe une demande de rapports non-protégés de la part des clients des travailleur-se-s du sexe. Cette demande est d’ailleurs une des raisons principales des craintes des travailleur-se-s du sexe face à une potentielle mise en avant de la PrEP à leur destination, puisqu’il est probable qu’il s’ensuivrait une concurrence accrue entre les travailleur-se-s du sexe qui, utilisant la PrEP, accepteraient ces pratiques, et les autres. Il est à craindre, dès lors, que de nombreuses travailleur-se-s du sexe optent pour cette stratégie de prévention non par préférence personnelle pour cet outil, mais pour s’adapter au marché. Comme toujours, cette pression sera encore plus néfaste aux travailleur-se-s les plus précaires et qui ont déjà un moindre pouvoir de négociation. Plus inquiétant encore, ce sont justement les travailleur-se-s les plus précaires qui risquent d’avoir un accès plus difficile à la PrEP, puisque la précarité est bien souvent une entrave majeure à l’accès aux services de santé, avec la répression qui touche, elle aussi, en priorité les travailleur-se-s précaires.

Si l’on peut souhaiter que les recherches progressent de manière à rendre la PrEP de moins en mois contraignante, il n’en reste pas moins que la prise régulière d’un traitement est inenvisageable pour de nombreux-se-s travailleur-se-s du sexe. La nécessité d’un suivi médical amenant forcément les travailleur-se-s du sexe à devoir déclarer leur activité, la stigmatisation apparaît déjà en tant que telle comme une barrière conséquente même pour les travailleur-se-s du sexe qui pourraient être intéressées par cet outil de prévention, puisque la révélation d’une utilisation de la PrEP équivaudrait alors à une révélation de l’activité professionnelle de la personne. Inversement, dans les pays réglementaristes qui imposent déjà des tests médicaux aux travailleur-se-s du sexe, il est à craindre que le droit élémentaire de refuser un traitement, alors qu’on n’est pas malade, fasse peu de poids face aux volontés de certainEs de contrôler l’état de santé des travailleur-se-s du sexe par crainte qu’elles ne contaminent le reste de la société.

La PrEP pourrait ainsi dans certains contextes servir d’argument supplémentaire pour imposer le dépistage et une mise sous traitement obligatoires pour toutes les travailleur-se-s du sexe, et justifier d’autant plus la criminalisation de la transmission du VIH existant dans des pays comme la Grèce ou la Suède. Ainsi, la Suède oblige tout séropositif à déclarer son statut sérologique à ses partenaires sexuels, ce qui pousse les travailleur-se-s du sexe à enfreindre la loi pour ne pas prévenir leurs clients, tandis qu’en Grèce, une véritable chasse aux sorcières7 à eu lieu contre des personnes séropositives, travailleur-se-s du sexe ou non, comprenant raids policiers, emprisonnements, dépistages obligatoires et publication dans les médias et sur le site de la police des photos de celles dépistées positives et identifiées (quand bien même ce n’était pas le cas) comme travailleur-se-s du sexe . Quand bien même, dans d’autres contextes, il pourrait sembler qu’il s’agit de protéger non le reste de la société mais les travailleur-se-s du sexe, la logique ne serait pas différente de celle qui a mené au XIXe siècle au régime français des maisons closes ou au Contagious Diseases Act anglais. Ainsi, on lit, toujours dans la consultation réalisée par le NSWP, que : « Les participants ont noté que ces technologies ont augmenté la surveillance des travailleur-se-s du sexe et intensifié le risque de violations des droits, y compris le dépistage, le fichage et le traitement obligatoire des travailleur-se-s du sexe. »8

La répression, première cause de vulnérabilité des travailleur-se-s du sexe

La répression a déjà comme conséquence que de nombreuxSEs travailleur-se-s du sexe séropositifVEs voient leur accès au traitement entravé, puisqu’elles ne peuvent pas toujours y avoir accès lorsqu’elles sont en garde-à-vue ou en prison. C’est également la répression qui réduit le pouvoir de négociation des travailleur-se-s du sexe face aux clients qui veulent des rapports non protégés, puisque plus les travailleur-se-s sont précarisées, moins elles peuvent se permettre d’imposer leurs conditions.

Au contraire, en Nouvelle-Galle du Sud (État Australien), aucune contamination entre une travailleuse du sexe et un client n’a été documentée depuis le début de l’épidémie. On notera que cet État a décriminalisé le travail sexuel à la fin des années 1970 avant même l’apparition du sida. Comme le recommandent d’ailleurs de plus en plus de médecins et d’institutions, en plus des organisations de travailleur-se-s du sexe elles-mêmes, la décriminalisation totale des industries du sexe apparaît comme la première mesure à prendre si l’on veut lutter contre le VIH chez les travailleur-se-s du sexe, puisqu’en contexte criminalisé, les préservatifs peuvent être utilisés comme preuve de prostitution, et les travailleur-se-s du sexe disposent d’un pouvoir de négociation moindre pour imposer leurs conditions en termes de pratiques protégées. Lors du congrès de Melbourne, a notamment été publiée par The Lancet, célèbre revue médicale, une étude confirmant que la criminalisation du travail sexuel était l’entrave la plus grande à la prévention chez les travailleur-se-s du sexe9. Mais cette revendication demande de s’attaquer à des causes structurelles, et non pas individuelles et comportementales, de s’attaquer directement aux États prohibitionnistes, non d’établir avec eux ou leurs relais, des partenariats pour cartographier les populations considérées comme étant à risque.

La dépolitisation de la lutte contre le sida

L’arrivée de la PrEP dans le débat public, et plus exactement les modalités de ce débat, nous semblent manquer des enjeux politiques essentiels. La lutte contre le sida, mais plus généralement les luttes pour la santé, demandent la mise en place de politiques plus ambitieuses que celles consistant à mettre un pansement sur un symptôme. La lutte contre le sida a d’ailleurs été, peu après l’apparition de la maladie et des ravages qu’elle a causés, l’occasion d’une affirmation politique radicale de la part d’associations comme, par exemple, Act Up qui, très vite, ont lié l’expansion de l’épidémie à un contexte politique plus global, et ont ainsi su rattacher la question du VIH à des enjeux politiques tels que l’économie de l’industrie pharmaceutique, le pouvoir des patients face au monde médical, l’homo/transphobie structurelle, ou encore la répression d’État et la situation des prisonnierEs. La position d’Act Up a fait l’objet de nombreuses critiques, puisque l’association a toujours préféré mettre en avant une approche de la prévention par le préservatif, le développement d’une responsabilisation communautaire, et la lutte politique, plutôt qu’une approche de « non-jugement » des pratiques individuelles et la réduction des risques comme adaptation à un contexte propice à l’épidémie, tel que l’a défendu par exemple l’association Aides10. S’il semble évident aujourd’hui que c’est cette dernière approche qui, grâce au soutien institutionnel, l’a emporté, il s’agit alors pour nous de penser l’étape suivante, et de rappeler que si la lutte contre le sida est une lutte politique, elle ne saurait ignorer les enjeux dans lesquels elle s’inscrit également en partie.

Si nous nous emparons de cette question aujourd’hui (et si nous espérons que la gauche le fera également), c’est justement parce que cet agenda nous est déjà imposé. En ce qui concerne les travailleur-se-s du sexe, par exemple, jamais la PrEP n’a été une revendication des organisations qui les représentent. Dans un tel contexte, il serait inacceptable de ne pas, au moins, porter un regard critique sur les modalités de cette imposition, et de ne pas tenter de rectifier le tir, afin de ne pas subordonner les intérêts à la fois des travailleur-se-s du sexe et des personnes pour qui la PrEP pourrait être bénéfique à des intérêts politiques et économiques qui ne sont pas les nôtres. Il nous semble en effet particulièrement regrettable que, face à la proposition d’un outil qui pose tout de même un certain nombre de questions, les seules qui semblent émerger des discussions et différents articles, que ce soit dans la presse gay ou généraliste, soient des questions strictement circonscrites aux enjeux de santé individuelle (efficacité ou pas, prise ponctuelle ou pas, dé-stigmatisation du bareback ou pas, etc.) comme si le domaine de la santé lui-même n’était pas lié à d’autres intérêts plus généraux. Mais comme le rappellent les auteurs d’une tribune11 parue sur Yagg et VIH.com, les questions sur les implications politiques plus larges que les stricts enjeux de santé « peuvent agacer ».

Les questions concernant strictement l’efficacité de la PrEP étant délaissée aux scientifiques et spécialistes du virus, nous espérons au moins, en tant que militant-e-s d’une communauté exclue de ces débats, faire émerger d’autres questions qui nous semblent cependant centrales. Ainsi, la question de l’imposition d’un agenda, que ce soit aux HSH ou aux travailleur-se-s du sexe, nous mène à la question de ce que nous voulons, en tant que personnes potentiellement concernées par le VIH. Lorsque nous constatons l’énergie et les financements investis (entre autres par l’industrie pharmaceutique) dans la recherche et la promotion de la PrEP, qui pourrait devenir une manne financière considérable si des millions de séronégatifs perçus comme « à risque » se voyaient encouragés à prendre ces traitements coûteux, nous nous demandons pourquoi si peu d’argent de la lutte contre le sida est alors investi dans des programmes de plaidoyer contre la criminalisation du travail sexuel, étant donné que ce contexte est la première cause structurelle de notre vulnérabilité. Pourtant, lors de la lutte pour l’ouverture du mariage par exemple, il semblait alors évident pour de nombreuses associations et personnalités de la lutte contre le VIH que la lutte contre l’homophobie et pour l’accès aux droits des gays était un enjeu de lutte contre le sida. Pourquoi n’en est-il pas autant de même avec les droits des travailleur-se-s du sexe, des usagerEs de drogue, des prisonnierEs, des trans, ou des étrangerEs ? Nous nous demandons également pourquoi gouvernements et institutions envisagent la promotion de nouveaux outils de prévention plutôt que de réfléchir aux conséquences néfastes de leurs politiques répressives et stigmatisantes. Cela revient, au sujetes travailleur-se-s du sexe, à fermer les yeux sur les causes du problème que l’État a lui-même créé et divertir notre attention en proposant des réponses qui ne sont pas demandées par les concernées.

Comme l’écrivait le STRASS : « L’efficacité de tel ou tel outil de prévention est liée principalement à son contexte d’usage. Quand notre priorité est de devoir nous défendre contre des violences policières et des discriminations accrues, la santé passe après »12. L’intérêt de la PrEP parmi les travailleur-se-s du sexe, mais aussi parmi toutes les populations concernées, sera conditionné à un contexte d’usage favorable qui permette que cet outil apparaisse véritablement comme un choix supplémentaire et non comme une option vers laquelle nous poussent des contraintes d’ordre structurel.

Prostitution-illustration

Comme le rappelait l’avis du Conseil National du Sida, il s’agit avec la PrEP de « faire le pari de l’autonomie et de l’intelligence ». Mais de quelle autonomie parlons-nous lorsque sous prétexte que le travail sexuel est une réponse à une nécessité, celles et ceux qui l’exercent font l’objet d’un traitement d’exception ? De quelle intelligence parlons-nous lorsque l’approche répressive des questions sociales n’est toujours pas remise en question, quand les mouvements de lutte contre le sida ont mis tant de temps à comprendre l’importance de la décriminalisation du travail sexuel et de sa reconnaissance comme travail, ou encore peinent à s’emparer de la terminologie mise au point par les personnes concernées pour les désigner ? Ainsi, lors de la récente évaluation du Plan National de Lutte contre le Sida 2010-2014, les remarques des travailleur-se-s du sexe quant à la non-réalisation des objectifs de celui-ci n’ont été suivies d’aucun effet. Pourquoi nous demander notre avis sur la PrEP si c’est pour dans le même temps esquiver ainsi nos critiques de l’action gouvernementale en matière de lutte contre le VIH chez les travailleur-se-s du sexe ? Tant que ces questions ne seront pas posées, tant que l’agenda ne semblera pas dirigé par et pour les personnes potentiellement concernées par l’épidémie, tant que des conditions claires ne seront pas posées aux laboratoires sur les prix des traitements et la garantie de leur accès universel, et pas uniquement sur la PrEP, mais également sur les trithérapies s’adressant aux personnes séropositives dont nombreuSEs sont les travailleur-se-s du sexe dans le monde à en manquer l’accès, tant que les encouragements institutionnels à la responsabilisation individuelle face aux questions de santé continueront de s’accompagner d’un tel désengagement de l’Etat des services publiques de santé et d’un sous financement de nos associations de santé communautaires, les discours qui prétendent que la promotion de la PrEP constituerait une solution à l’épidémie ne nous convaincrons pas, et nous continuerons à émettre des doutes légitimes sur les intérêts finaux au nom desquels ces recherches sont effectuées.

 Publié par Contretemps.

 

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