Répression de l’homosexualité – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Thu, 06 Aug 2015 23:20:38 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 [Livre] La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/27/livre-la-main-devant-le-soleil-experiences-militantes-et-homosexualites-en-afrique-francophone/ Mon, 27 Jul 2015 18:13:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1754 Continuer la lecture →]]> devantlesoleil-ariane Extraits de l’introduction et de la préface (par Patrick Awondo) du livre La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone, 2014, Éditions Le Tamis, Marseille.

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Du déni à la reconnaissance

(Extrait de l’introduction)

Dans la nuée des idées reçues et colportées sur le continent africain, celle selon laquelle l’homosexualité serait une déviance d’origine « occidentale », étrangère aux « cultures africaines », persiste et signe d’une encre tenace, et en fait couler abondamment sur les pages de presses. Ce rejet farouche découle des relations socio-politiques complexes, historiquement sédimentées, qui lient le continent avec le reste du monde. Des travaux récents montrent, en effet, comment l’entreprise coloniale a pu propager ses propres conceptions des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, notamment par le biais de lois répressives des métropoles promulguées dans les colonies. Le plus souvent maintenues par les administrations des États devenus indépendants, ces dispositions répressives ont été réappropriées et retournées de manière inédite contre les anciennes puissances coloniales. Ainsi, pour beaucoup, l’homosexualité incarne aujourd’hui « l’Occident décadent », et la lutte contre cet héritage exogène présumé est utilisée comme un moyen d’affirmation de la singularité et de la souveraineté des États africains face à la communauté internationale.

Le milieu scientifique a, quant à lui, longtemps ajouté son silence à propos des pratiques homosexuelles sur le continent. Alors que des ouvrages et témoignages historiques, parfois antérieurs au XXe siècle, évoquaient l’existence de pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, il faut attendre les années 2000 pour que les chercheurs en sciences sociales s’intéressent à la question et fassent, selon l’expression de Christophe Broqua, la « découverte scientifique » de l’homosexualité en Afrique – masculine, essentiellement. Cette « découverte » est étroitement liée à la lutte contre le sida, mais avec un décalage surprenant. En effet, dès l’apparition de l’épidémie du VIH/sida dans les années 1980, les homosexuels masculins sont considérés, aux États-Unis et en Europe, comme un « groupe à risque » et focalisent l’attention des chercheurs. Mais tandis que l’épidémie se répand rapidement sur le continent africain, sa transmission hétérosexuelle est la seule à être reconnue et prise en charge. Après deux décennies de latence, la lutte contre le sida joue finalement un rôle dans le processus de visibilisation de ces pratiques.

En effet, quelques travaux précurseurs lèvent peu à peu le voile sur les pratiques homosexuelles du continent et témoignent de la vulnérabilité, tant sociale que sanitaire, des hommes concernés. Les conférences internationales sur le sida de Bangkok (2004) et de Toronto (2006) impulsent rapidement une dynamique de recherche d’envergure internationale, s’attachant à documenter les pratiques des hommes ayant des relations homosexuelles dans des contextes sociaux, économiques et sanitaires variés. Ainsi, ces premières études montrent que, sur le continent africain, ces hommes sont fortement exposés au risque de contracter le virus : en plus des risques accrus de transmission par voie anale, les discriminations et stigmatisations dont ils sont l’objet les éloignent des consultations médicales et des contenus de la prévention, amplifiant les risques de contamination. En objectivant la dimension homosexuelle de l’épidémie en Afrique, ces études légitiment la prise en charge de ces hommes par la santé publique qui, dès lors, les affecte à la catégorie de « groupe-cible » des actions mondiales de lutte contre le sida.

(…)

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(Extrait de la préface)

par Patrick Awondo

(…) Au cours des deux dernières décennies, l’oeuvre de documentation des expériences africaines au sujet de l’homosexualité, a surtout porté l’accent sur l’analyse des polémiques et des dynamiques liées à l’homophobie. Il est vrai qu’il se passe difficilement un mois entier sans qu’un acte d’homophobie ne soit signalé dans l’un des pays concernés par les récits présentés dans ce livre. Par ailleurs, il reste beaucoup à dire sur les dispositifs légaux à l’encontre des pratiques homosexuelles et des identités de genre non-hétérosexuel, ou sur les discriminations dans l’accès aux services de santé pour une partie des personnes concernées. De façon générale, les personnes affichant leur engagement, en tant que personnes homosexuelles militant contre le sida, en payent le lourd tribut. Les narrateurs des récits présentés dans ce recueil, vivent un quotidien tissé de peurs, dans lequel la violence risque à chaque instant un devenir endémique. Les figures de cette brutalité, à laquelle les militants africains doivent faire face, oscillent entre persécution policière et harcèlement familial. Ce tableau s’inscrit dans des contextes où pèse un certain conservatisme culturel et religieux et où s’exercent des politiques néfastes aux libertés individuelles. Il en va de même des accusations faites aux personnes homosexuelles d’appartenir à des cercles ésotériques, dans lesquels l’homosexualité serait une modalité de passation du pouvoir, et par conséquent, une figure du « mal » – accusations renforcées, en Afrique Centrale, par un retour en force de l’exorcisme. Dans ce sillage, sont entretenues des confusions scandaleuses entre homosexualité et franc-maçonnerie, ou encore homosexualité et pédophilie. Dans la banalisation de la parole de haine anti-homosexuelle, le Christianisme et l’Islam sont engagés dans une course effrénée dont les résultats, en terme de renforcement des stéréotypes et de stigmatisation des personnes soupçonnées d’homosexualité, sont nettement perceptibles. La force de tels imaginaires ne devrait pas être négligée. Partout, les médias répandent impunément des idées liberticides, sexistes et homophobes. Sous le fallacieux couvert d’une moralisation des sociétés, ces « paniques morales » ouvrent une véritable chasse aux sorcières. Qui a oublié la publication de ces listes de personnalités camerounaises accusées d’homosexualité, et ses conséquences dramatiques ? Le même scénario s’est reproduit deux ans plus tard au Sénégal, accompagné cette fois des photographies de jeunes hommes accusés d’homosexualité, et aboutissant aux mêmes résultats, c’est-à-dire des arrestations de personnes jugées comme transgressant les normes de sexualité et de genre. Autant de situations de violence qui font reculer la réponse à l’épidémie du sida, pourtant décrétée comme enjeu majeur de santé publique.

La « question homosexuelle » semble alors, le plus souvent, être un instrument dans les mains de personnalités de tous ordres – journalistes, responsables religieux, intellectuels, politiciens ou jeunes leaders en quête de popularité – qui usent de postures pseudomoralistes et nationalistes légitimant leur discours et participent à faire de l’homosexualité une figure de l’anti-impérialisme culturel. Encouragés par les manifestations anti-homosexuelles de pays occidentaux comme la France, où une partie de la population s’est opposée au « mariage pour tous », les anti-homosexuels rêvent, depuis le continent africain, à une coalition transnationale. La question de la possibilité d’une mobilisation à même de freiner le développement de l’homophobie se pose, dès lors, chez les observateurs de tous les horizons.

(…)

Lire la totalité de la préface en pdf.

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« Qu’on le veuille ou non, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes existent. Il faut faire avec cette population. Comme on dit chez nous, on ne cache pas le soleil avec la main. Tu as beau le cacher, le soleil est toujours là ! Ces hommes existent, on le sait. Il faut s’occuper d’eux, et c’est tout. »

La main devant le soleil sur le site des Éditions Le Tamis.

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[actu] Cameroun : les forces de l’ordre torturent et menacent les activistes https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/12/actu-cameroun-les-forces-de-lordre-torturent-et-menacent-les-activistes/ Sun, 12 Jul 2015 14:49:24 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1656 Continuer la lecture →]]> ???????????????????????????????Tentatives de racket, dénonciations, harcèlement, cambriolages, coups, arrestations, assassinats… sont les armes utilisées pour tenter de déstabiliser et de réduire au silence les activistes qui dénoncent l’homophobie et luttent contre la répression de l’homosexualité au Cameroun.

[Repères] Le Cameroun est un pays qui a été colonisés par la Grande Bretagne, l’Allemagne et la France. Dans les année soixante, l’armée française à aider le régime à mener une opération de répression de grande ampleur : guerre psychologique, torture, exécutions sommaires…
En 1982, Paul Biya succède à Ahmadou Ahidjo à la tête de la République du Cameroun. Il est encore aujourd’hui au pouvoir.
En février 2008, un mouvement populaire contre le projet de modification de la constitution par Biya est réprimé dans le sang. En savoir plus.

La situation des personnes homosexuelles :

L’article 347bis du code pénal camerounais « puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs (CFA) toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe. »

« Les lesbiennes, les homosexuels, les hommes qui couchent avec les hommes, les femmes qui couchent avec les femmes, les hommes efféminés… tout cela est réprimé par la loi. (…) Ce sont des personnes animées par un esprit diabolique » Donatus Sembé, officier de gendarmerie en charge de l’arrestation de 7 hommes « en flagrant délit d’homosexualité et la prostitution » à Yaoundé en septembre 2014.

Roger Jean-Claude Mbédé, condamné en 2011 à 3 ans de prison pour homosexualité, est décédé le 10 janvier 2014. Il est mort après sa libération, isolé de sa famille et faute de ne pouvoir payer les soins dont il avait besoin. Il avait été reconnu coupable d’avoir envoyé par SMS « Je suis très amoureux de toi » à un autre homme.

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Eric Lembembe, militant de la cause homosexuelle, collaborateur de l’ONG Humans Right Watch a été torturé et assassiné en juillet 2013.   (En savoir plus.)

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Dans l’actualité récente, les persécutions continuent. Le 30 juin 2015, le domicile de la directrice du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale a été cambriolé, énième acte d’intimidation à l’égard de militants contre la répression au Cameroun…

Lire Le potentat sexuel. À propos de la sodomie, de la fellation et autres privautés postcoloniales, article d’Achille Mbembe, dans le quotidien camerounais « Le Messager », en 2006.

Le président de Humanity First séquestré et arnaqué

Témoignage publié le 25 juin 2015.

Alors qu’il revenait d’un séjour en Europe, Jules ELOUNDOU, président d’Humanity Firstk s’est vu accusé d’homosexualité, après que ses amis venus l’attendre, aient été agressés, séquestrés par un sergent-chef de gendarmerie.

Il est un peu plus de 1 heure du matin, ce mercredi 24 juin, quand l’avion  transportant Jules ELOUNDOU  atterrit à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Celui-ci revient d’un séjour en Europe.
Il est alors interpellé par le sergent chef de gendarmerie, TAGNE Joël, qui lui fait comprendre qu’il a surpris deux  amis, venus l’attendre en train de s’amouracher.

Il demande alors à Jules, de lui verser la somme de 200 euros, afin qu’il n’intente pas une procédure judiciaire contre eux. L’un de ces amis, JP, fait des signes des yeux, insistants à Jules, pour lui demander de ne pas croire ce que ce sergent prétend.

Jules tombant de nue, balaie cette proposition, en répondant au sergent-chef qu’il n’a rien à payer, parce qu’il n’y comprend d’ailleurs rien, et qu’il n’a pas d’argent à donner. Devant les accusations  insistantes de TAGNE Joël, qui prétend toujours avoir surpris une scène d’amour entre JP et Gaël, les deux amis venus accueillir Jules, celui-ci répond au gendarme, qu’il connait les mœurs de JP, et quand bien même ces deux là seraient homosexuels, ce n’est a pas en public qu’il viendrait s’amouracher, car dit-il, « il y a le cadre privé pour le faire ! ».

Se rendant compte de la ferme résistance de Jules, TAGNE Joël change de ton, et accuse Jules d’être lui-même un homosexuel. Il retient alors les pièces d’identité de Jules, après avoir confisqué, quelques heures auparavant, celles de JP et Gaël. Jules entre alors dans une exaspération, et s’exclame à voix haute, « dans quel pays vit-on comme ça ? » devant une foule de voyageurs. Il dénonce des pratiques abusives et restrictives des libertés individuelles.

Face à cet énervement de Jules qui attire l’attention des usagers de l’aéroport, TAGNE Joel, le gendarme, se sentant humilié se met à sont tour à menacer Jules et ses amis, il les insulte avec des termes : « des sales pédés comme vous». Il les met  au défi « appelez qui vous voudrez ici; c’est moi qui commande. Je vous tue si je veux ! »

La tension monte alors d’un cran et Jules et ses amis sont retenus par le gendarme. Leurs pièces d’identité sont jetées et éparpillées au loin. Plus grave, le gendarme fait appel à ses collègues en renfort. Dans cette équipe constituée aussi de femmes, Jules et ses deux compagnons d’infortune essuient toutes les insultes dégradantes. Ils sont tenus d’être les responsables de toutes les tares de la Société camerounaise, car comme le déclare une d’entre eux : « C’est à cause des pédés comme vous que nous n’avançons pas professionnellement. Vous bloquez le pays, partout ! ».

Le mauvais film continue. Jules et ses amis, pris de cours, ne peuvent que compter sur leur fibre activiste pour résister à ce torrent d’acharnement et de persécution.

Même le taximan qui a conduit JP et Gale à l’aéroport est aussi accusé d’être homosexuel, car lui balance-t-on, « il faut être un pédé pour accepter transporter des pédés ».

Le cauchemar avait commencé quelques heures plus tôt, quand JP et Gaël qui font des tours au hall de l’aéroport, en attendant que l’avion, qui est en retard, atterrisse, sont interpellés par ce gendarme. Il leur demande de se présenter. Gaël à qui JP avait remis sa carte nationale d’identité, sort leurs pièces à tous les deux. Le gendarme lui demande alors pourquoi il détient la carte de JP, et de déduire, que « c’est parce que vous êtes un couple ». Il poursuit en disant « Vous ne saviez pas, mais je vous file depuis, et je vous ai vu vous amouracher ». Ce qui est complètement faux, puisque ces deux là, visitaient tout simplement les galeries dans l’aéroport.

TAGNE Joël, le gendarme, retiens alors leurs pièces d’identité, et les conduit dans un premier temps, dans une sorte de cellule, là à l’aéroport. Il  profère des injures.

Dévoilant ses véritables motivations visant à extorquer de l’argent, il propose, à JP et Gaël qui sont retenus, de les relâcher contre une somme de $274 (130.000 FCFA), que ces derniers devront demander à Jules,  dès son atterrissage. Une somme qui lui sera remise en échange de leur liberté.
Ayant décliné son offre, il s’en est suivi des injures de toutes sortes et des coups sévères en l’endroit des deux jeunes garçons et c’est manu militari que Mr le sergent TAGNE Joël les traine arguant qu’il allait les garder en cellule pour homosexualité. Il regrette d’ailleurs publiquement de ne pas avoir son arme sur lui, pour les éliminer.

Néanmoins, le gendarme se rue sur Gaël, le roue de coups, et le blesse sur plusieurs parties du corps, au bas des lèvres, et lui enfonce la jambe.
Malgré autant d’hostilité et de violences, le courage de Jules, militant convaincu des droits humains des LGBT, JP et Gaël ne cèdent pas. Leur ténacité en est certainement venue à faire vaciller TAGNE Joël, et tous ses collègues, puisque à 4 heures du matin, les trois victimes sont relâchées. Au passage, Jules aura perdu son téléphone, et le gendarme aura quand même réussi à les racketter en les faisant payer le parking à 3.000 FCFA (environ $6), pourtant institué à 500 FCFA (environ $1).

Une plainte collective des trois victimes a été déposée. Gaël qui a été blessé, a établit un certificat médical.  Par ailleurs, un avocat  a été saisi pour suivre ce dossier.

L’auteur de cet article est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun.

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Cameroun: ‘Les forces de l’ordre torturent et menacent’

Publié le 27 juin 2015

Après l’incident du mercredi, quand le président de Humanity First Cameroun a été séquestré et arnaqué  par un gendarme, l’association a publié cette déclaration:

Face à tous ces cas de violences favorisés par l’article 347 bis du code pénal camerounais,  on en vient à se demander si les forces de l’ordre Camerounaises sensées garantir l’ordre et la sécurité des citoyens, sont conscientes de ces missions ? Ces dernières au contraire torturent et menacent de mort des personnes sans défenses mais aussi livrent les livrent à la vindicte populaire à leur guise.

Nous demandons donc aux autorités judiciaires que justice soit rendu, que les torts causés aux victimes soient réparés, et enfin que les responsables de ces actes sont punis conformément à la législation en vigueur.

Nous demandons aussi au gouvernement d’abroger cette article 347 bis qui sert de prétexte à toutes les formes de violation des droits de certaines personnes aujourd’hui au Cameroun et aussi qui restreint les libertés individuelles notamment celle de jouir librement de son orientation sexuelle et ce dans le respect des autres.

Informations trouvées sur le blog 76 crimes.

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[Brochure] Islam homophobe, Occident tolérant ? suivi de Elèves modèles et apprentis sorciers, 2011 https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/brochure-islam-homophobe-occident-tolerant-suivi-de-eleves-modeles-et-apprentis-sorciers-2011/ Fri, 03 Jul 2015 18:44:55 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1620 Continuer la lecture →]]> gay-muslim« L’islam est homophobe, l’Occident tolérant », c’est cette formulation simpliste que l’auteur veut réfuter dans le premier article. Quant au second, il montre que l’islam moderne, qu’il soit radical ou modéré, ne peut être considéré comme en continuité avec l’islam traditionnel, et qu’il doit plus aux valeurs imposées par la colonisation qu’à ses racines historiques. (première parution en 2011)

Trouvé sur Infiokiosques.net (publié le 1 juin 2015).

Lire en pdf.

Le sociologue berlinois Georg Klauda étudie ce qu’on appelle l’hétéronormativité, un concept qui décrit sociologiquement comment, depuis les années 1990, l’hétérosexualité est imposée comme norme et de quelle manière l’amour au sein du même sexe est considéré comme une déviance définissable scientifiquement. Il pense que le concept de l’hétéronormativité est une nouvelle forme de répression d’une sexualité libre. L’islam est homophobe, l’Occident tolérant, c’est cette formulation simpliste qu’il veut réfuter dans cet article.

ISLAM HOMOPHOBE, OCCIDENT TOLÉRANT ?

En 2005, le gouvernement du Land de Bade-Wurtemberg élaborait un questionnaire sous le nom de « test musulman », destiné à servir de fil conducteur dans les entretiens avec des immigrés venant de pays musulmans qui veulent obtenir la nationalité allemande. Une partie de ce questionnaire vise à vérifier si le candidat fait preuve de la tolérance nécessaire face à des modes de vie homosexuels. Ce procédé contient une double insinuation : d’abord que l’acceptation de l’amour entre personnes du même sexe [1] ferait partie de la culture dominante allemande et deuxièmement que les immigrés d’origine musulmane représenteraient une menace pour cette culture dominante.
Pour mettre en évidence à quel point cette affirmation est grotesque, on ne rappellera jamais assez que ce sont justement les auteurs de ce questionnaire, c’est-à-dire les membres de la CDU (Parti Chrétien Démocrate allemand), qui ont voulu qu’à la fin de la Seconde guerre mondiale, le paragraphe anti-homosexuels (§ 175), rendu plus répressif par les nazis, fût maintenu inchangé. Jusqu’en 1969, ce paragraphe a servi dans pas moins de 100.000 procédures judiciaires pour « attentat à la pudeur », et ce n’est qu’en 1994 que le parlement allemand s’est décidé à abolir complètement cet instrument de répression anti-homosexuels.
On pourrait néanmoins être tenté de se demander si la situation n’a pas complètement changé aujourd’hui. Un film sorti deux ans avant ce fameux « test musulman » met sérieusement en question une telle vision. Je n’en connais aucun, seul parmi des hétéros est un film documentaire de Jochen Hicks qui tente de montrer l’existence marginale d’homosexuels dans les régions rurales du Bade-Wurtemberg. Il démontre bien que leur destin déplorable n’est évidemment pas dû aux musulmans, mais bien aux électeurs et aux sympathisants de la CDU. Ce sont eux qui font subir un véritable calvaire à ceux qui ont des relations amoureuses homme-homme ou femme-femme. Et qui sont les boucs émissaires punis pour cela par le gouvernement ? Les immigrés musulmans en Allemagne.

L’image européenne de l’Orient

Dans l’histoire européenne, les musulmans ont toujours été les boucs émissaires quand il s’agissait de sexualité entre hommes, sauf que la stigmatisation était, jusqu’à il y a peu, encore tout à fait différente. Depuis l’époque des Croisades, les musulmans, qu’on appelait alors Sarrasins, étaient décriés comme ayant une sexualité débordante et contre nature. Dans le livre de Wilhelm Adams, paru en 1317, De modo Sarracenos extirpandi (Comment éliminer les Sarrasins), l’auteur reproche aux chrétiens de s’enrichir en vendant à des musulmans de jeunes coreligionnaires masculins qu’ils ont entrepris de rendre plus « roses et tendres » avec de la bonne nourriture et des boissons délicates : « Quand ces hommes concupiscents, criminels et sans scrupules – les Sarrasins, qui pervertissent la nature humaine –, voient ces jeunes hommes, déjà pris dans le piège du diable, ils s’enflamment de désir sexuel et se hâtent comme des chiens en rut pour les acheter afin de s’adonner à la fornication. » C’est entre autres à cause de cette hystérie pendant la période des Croisades que la peine de mort fut mise en place en Europe entre 1250 et 1300 pour les actes de sodomie.
En Angleterre, un peu plus tard, le Good Parliament [2] soumit une pétition au roi en 1376, en lui demandant d’expulser hors du royaume les artisans et les commerçants étrangers, surtout « les juifs et les Sarrasins ». Ce sont eux qui auraient importé sur l’île « ce terrible vice qu’il ne faut pas nommer par son nom » et qui risque de détruire le royaume. En Angleterre, pendant toute la modernité, les rapports sexuels entre hommes sont ainsi appelés le « vice turc ».
Pendant l’époque du colonialisme, ces clichés ont été réactualisés au sein des puissances coloniales européennes qui étaient de nouveau en contact avec des musulmans, cette fois-ci sous le prétexte de leur apporter notre civilisation et notre mode de vie. Charles Sonnini, ingénieur français dans la marine de guerre, s’offusque, dans un rapport de voyage datant de 1798, des mœurs en Egypte, conquise cette année-là par Napoléon : « L’amour contre nature (…) est le plaisir, ou disons plutôt l’infamie des Egyptiens. Leurs chansons d’amour ne sont pas composées pour les femmes, leurs cajoleries ne s’adressent pas à elles, ce sont d’autres objets qui allument la flamme en eux. (…) La dépravation des mœurs qui leur est propre fait honte aux nations civilisées. Mais cette infamie est très répandue en Egypte ; les riches y sont tout autant infectés que les pauvres. »
En 1886, dans le dernier article de sa traduction en dix tomes des Mille et une nuits, accessible uniquement à des souscripteurs privés, Richard F. Burton, orientaliste et chercheur sur l’Afrique, s’étend sur plus de cinquante pages sur le sujet qui est « pour le lecteur anglais, même le moins prude, tout à fait dégoûtant ». Mais la confrontation avec ce sujet serait indispensable « afin de combattre ce mal grandissant qui est mortel pour le taux de natalité, pilier essentiel de la prospérité nationale ».
Pour tenter d’expliquer l’augmentation intolérable de relations amoureuses au sein du même sexe dans le monde non occidental, Burton a développé une espèce de théorie raciale couplée à l’étude climatologique et il définit ainsi une « zone de sodomie ». Il s’agit d’une ceinture géographique qui s’étendrait de la Méditerranée en passant par l’Asie mineure, la Mésopotamie, la Perse, l’Afghanistan, la partie musulmane de l’Inde, la Chine, le Japon et enfin l’Amérique latine. Le climat dans ces zones serait responsable du fait que « les tempéraments masculins et féminins se mélangent » de sorte que l’homme devient tout autant actif que passif et que la femme devient « tribade » [3].
Dans cette zone, ce que nos voisins appellent le vice contre la nature est « populaire et endémique », et est traité, au pire, comme une « simple peccadille », c’est-à-dire un péché véniel, « alors que les races au sud et au nord de cette zone définie ne le pratiquent que très rarement et se font mépriser par leurs concitoyens ». En tant qu’orientaliste, pour Burton il n’y a pas de doute, le Coran interdit cet « amour pathologique ». Malgré cela, « ni le christianisme, ni l’islam n’ont pu amener un changement significatif ». Néanmoins, dans les quarante années pendant lesquelles Burton a côtoyé le monde musulman, il a pu constater certains changements de comportement dans la population. Il pense que c’est dû à l’influence positive de la morale que des gens comme lui leur ont apportée. Il écrit : « De nos jours, le contact régulier avec des Européens n’a certes pas entraîné une réformation mais quand même une certaine discrétion parmi les représentants des classes supérieures. Ils sont toujours aussi dépravés, mais ils veillent à cacher leur vice du regard moqueur des étrangers. »

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La vision ottomane de l’Occident

Jusqu’au 19ème siècle, les élites perses et ottomanes ne se rendaient pas compte à quel point l’Europe chrétienne avait horreur de l’amour entre hommes, très répandu chez les musulmans. Cette ignorance saute aux yeux quand on étudie l’œuvre d’Enderunlu Fazil, poète turc, mort en 1810. Dans son manuscrit brillamment illustré, Hubannme (Le livre des beautés), Fazil se demande « dans quelle nation se trouvent les plus beaux hommes ». Avec son savoir, il prétend satisfaire la curiosité de son amant. Voici ce qu’il dit par exemple sur les Grecs : « Autant les hommes que les femmes sont d’une beauté éclatante. Leurs corps sont étonnamment bien faits. Oh Allah, quel délice pour l’œil, et quel regard profond. Ce cou en ivoire et ces cheveux noirs comme du jais rendent toute résistance impossible. (…) Et il n’y a pas une trace de barbe, même pas sur le visage du garçon le plus grand. Ils marchent comme des courtisanes et au travail dans les tavernes de Galata, ils peuvent séduire les meilleurs hommes. Quand une mèche tombe sur ta joue, tu perds l’esprit, et quand il cède, tu meurs de lascivité. » Par contre, son jugement sur les Hollandais est court et sobre ; apparemment, il a appris à connaître leur rigueur calviniste : « Avec leur peau froide, ils sont loin d’être attractifs. Ils ressemblent à des Russes, en couleur crème. Ils passent le plus beau de leur temps à l’église au lieu d’être avec un amant. »
En écrivant ces lignes libres de tout souci, Fazil ne pouvait savoir que dans le nord-ouest de l’Europe s’était déjà formée une subculture « homosexuelle » séparée de la société et persécutée par l’État. Par centaines, ils étaient cloués au pilori, enfermés à vie dans des cachots, pendus publiquement, exécutés par le fer ou alors noyés dans des tonneaux. Inconscient de ces faits, Fazil proclame, fier comme un coq, connaître les qualités sexuelles des hommes anglais de par sa propre expérience. « Les roses anglaises : ce sont des beautés calmes mais très désirées. Ils te font tourner la tête. Ils habitent sur une île calme. Ces jeunes hommes, imberbes de nature, sont de taille moyenne et ont le teint blanc comme le plus blanc des nénuphars dans une rivière. La plupart de ces hommes, beaux comme des poissons, sont marins et ont un appareil sexuel bien développé. Malgré cela, je ne peux pas dire qu’ils offrent une grande satisfaction sexuelle. »
Ce n’est que dans les années qui ont suivi la mort de Fazil, au moment où les armées napoléoniennes envahissaient l’Egypte, que les Perses et les Ottomans ont commencé à réaliser à quel point les Occidentaux les méprisaient pour leur attitude, comme ils disaient, « contre nature ». Le cheik Rifa al-ah awi en est un exemple frappant. Il est envoyé à Paris en 1826 par Ali Pacha, le vice-roi d’Egypte pour suivre des études pendant cinq ans. Dans son journal intime, il remarque, en 1834 : « En France, il est mal vu de dire : ‘J’aime ce garçon’. Ce serait mal vu et considéré comme répugnant. Si donc quelqu’un traduit un de nos livres, il écrit, pour cette phrase : ‘J’aime cette fille’ ou alors, pour échapper à ce problème : ‘J’aime cette personne.’ » Chose étonnante, Rifa al-ah awi est favorable à cette manière de voir, qu’il considère comme moralement supérieure. Il essaye de convaincre ses concitoyens au moyen des lois scientifiques du magnétisme. Au sujet des Parisiens, il écrit : « C’est une belle caractéristique de leur langue et de leur poésie que de refuser l’érotisme entre deux membres du même sexe. Et ils ont bien raison, car il est vrai qu’un sexe possède une certaine propriété pour l’autre, ce qui le rend attractif. On peut comparer cela à la propriété qu’a l’aimant d’attirer le fer, ou à celle de l’ambre qui (après avoir été frotté) attire d’autres corps. Dans l’amour au sein du même sexe, cette propriété se perd, et on constate un phénomène contre nature. »
Mais quand Rifa al-ah awi vient à parler du racisme des Français, on voit à quel point ses positions sont encore contradictoires. Dans un domaine où il ne réfléchit pas explicitement à la question de l’« homosexualité », c’est-à-dire quand il veut critiquer la suffisance raciste des Français, il cite tout à fait normalement une poésie d’amour avec un jeune garçon noir :
« (Les Parisiens) ne pensent pas que les Noirs puissent avoir quoi que ce soit de beau. Chez eux, la peau noire est synonyme de laideur. (…) d’après eux, ce qu’un poète a dit au sujet d’un garçon noir manque tout à fait de tact :
‘Ton visage est comme si c’étaient mes doigts qui l’avaient écrit Comme un mot qui dicte mes espoirs.
La beauté de la pleine lune est son sens,
Et c’est la nuit qui l’a saupoudrée de ses pigments.’ »

Au fond, on touche un problème qui s’est posé aux élites arabes jusqu’à nos jours. La poésie arabe est complètement pénétrée par des histoires d’amour au sein du même sexe, et ceux qui veulent faire appel à une renaissance nationaliste sur la base de leur héritage littéraire sont confrontés à un dilemme. D’un côté, ils doivent critiquer leur propre histoire et de l’autre, c’est précisément cette critique qu’ils veulent adresser à l’Occident, c’est-à-dire d’être décadent, dépravé et homosexuel.
Les analyses relatives de Carl Brockelmanns [4] ont été largement reprises par les philologues arabes et on peut lire dès 1925 dans les manuels d’éducation supérieure égyptiens que la poésie concernant l’amour entre jeunes hommes est un « crime contre la littérature et une honte pour l’histoire de la poésie arabe ».

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Poésie et religion

Le rapport entre l’islam traditionnel et le contenu de cette poésie peut être explicité de manière symptomatique avec un exemple de la littérature datant du 11ème siècle.
C’est l’histoire d’amour entre Al-Mu’tamid, 17 ans, futur émir de Séville et le poète Ibn Ammâr, son aîné de neuf ans. L’histoire a commencé quand Al-Mu’tamid, après une journée festive passée à boire du vin et réciter de la poésie, dit à son ami : « Ce soir, tu dormiras sur le même oreiller que moi. » Plus tard, Ibn Ammâr écrira au père d’Al-Mu’tamid : « Pendant la nuit de l’union, je sentais dans ses caresses le parfum du crépuscule. Mes larmes coulaient sur les jolis jardins de ses joues, pour arroser ses myrtes et ses lys. »
Ce poème est plein d’amertume et de lamentation, car Ibn Ammâr vivait à ce moment déjà en exil à Saragosse. Après le mariage de son fils, le père d’Al-Mu’tamid avait jugé nécessaire de mettre fin à l’amitié des deux hommes en expulsant hors de Séville Ibn Ammâr. Mais dix ans plus tard, quand Al-Mu’tamid devient lui-même émir, il fait immédiatement revenir son ami à la cour, et lui confie des postes importants. Douze ans après, l’amitié va se briser sur des questions de rivalité politique, et Ibn Ammâr écrira au sujet de son ancien amant (qui va plus tard le tuer dans une crise de colère) :
« Te rappelles-tu notre jeunesse, Quand tu ressemblais au croissant de lune dans le ciel ? J’avais l’habitude d’embrasser ton corps frais, Et je tétais l’eau pure de tes lèvres, Me satisfaisant de t’aimer juste avant haram, Et tu jurais que ce que nous faisions était halal ! »
Haram et halal sont les mots pour désigner les actes interdits ou acceptés par l’islam. A travers cette histoire, on voit très bien le rôle de la religion. Dire que l’islam interdit l’« homosexualité » est absurde car les interdits de la charia ne visent que des actes spécifiques comme par exemple la sodomie entre hommes. On ne peut donc pas affirmer que l’islam classique condamnait l’amour entre personnes du même sexe.

Un exemple très éloquent est fourni par l’argumentation de l’un des intellectuels les plus reconnus du monde musulman d’Andalousie. Dans son livre consacré à l’amour, Le collier de la colombe, on trouve des narrations et des poèmes consacrés à la liaison entre hommes et femmes mais également à l’amour passionnel entre deux hommes. A un niveau abstrait, Ibn Hazm (mort en 1064), ainsi que tous les auteurs arabes d’avant la modernité, met toujours au masculin l’amant et l’amoureux. C’est comme si les relations homosexuelles représentaient le modèle de base usuel qu’on a en tête quand on ne pense pas à un couple d’amoureux spécifique.
Dans la préface de son œuvre, il explique pourquoi la religion n’interdit aucune forme d’amour en tant que telle : « La piété ne condamne pas l’amour, et la loi ne l’interdit pas, les cœurs sont dans les mains de Dieu le Tout-puissant, au dessus de nous. »
Plus loin, il explicite : « Il suffit que le musulman s’abstienne de ce que Dieu le Tout-puissant a en principe interdit. Il peut néanmoins faire ce que sa volonté lui dicte mais le jour du Jugement dernier, il en sera responsable. Mais le plaisir devant la beauté et la domination de l’amour est tout à fait naturel, et n’a besoin d’être ni commandé ni interdit. »

Il n’est donc pas étonnant que des juristes religieux aient participé sans problème au genre littéraire qu’on appelle la poésie d’amour entre hommes (Ghazal al-Mudhakkar). Comme par exemple l’imam al-Schafii, fondateur du shafiitisme, la plus importante école de droit musulmane. Il écrit : « Tenez cet animal pour responsable de la perte de ma vie, il m’a tué avec les flèches de son regard et de son désir. Mais ne le tuez pas, car je suis son esclave. Et d’après mon école, un homme libre ne meurt pas à cause d’un esclave. »
On voit ici la différence entre l’islam dans sa version traditionaliste, qui a évidemment une approche restrictive à l’égard de toute forme de sexualité, au sein du même sexe ou non, et le système d’homophobie moderne, né dans un contexte européen. Le système occidental ne se voit pas obligé d’interdire certains actes, son pouvoir se déploie en classifiant les gens en sujets normaux et anormaux selon la différence de leurs désirs. Même dans les périodes les plus répressives, il ne serait jamais venu à l’idée des juristes musulmans de définir des gens comme malades ou anormaux uniquement parce qu’ils désiraient quelqu’un du même sexe. Bien au contraire, le juriste ultraconservateur Ibn al-Dschauzi par exemple se fâchait quand quelqu’un voulait nier qu’il était attiré par des jeunes hommes. « Celui qui prétend ne pas ressentir le désir monter en lui quand il voit un joli garçon est un menteur. S’il fallait le croire, c’est que ce serait un animal et non pas un être humain. »

La charia

Quelle est alors la peine que prévoit la charia pour la pénétration anale (en arabe liwat) ? La question est très complexe et je ne peux ici que donner quelques indications. L’histoire musulmane connaît sept différentes écoles de droit qui varient toutes à ce sujet. La plus importante de ces écoles est celle des Hanafites, d’un côté parce qu’elle est encore suivie aujourd’hui par presque la moitié des sunnites et de l’autre parce qu’elle était l’école de droit officielle de l’empire ottoman. Contrairement à la plupart des autres écoles, les Hanafites ne considèrent pas la liwat entre hommes comme un acte d’adultère. La peine relève donc de l’appréciation. Dans l’empire ottoman, cela pouvait aller d’une amende jusqu’à 39 coups de fouet. Dans des cas exceptionnels, pour maintenir l’ordre public ou alors en cas de récidive, l’État pouvait prononcer des peines de siaysa. C’est ce qui s’est passé en 1713 à Çankiri, une ville du nord de l’Anatolie, où un groupe de cinq hommes était accusé d’avoir battu et violé un autre garçon. Après leurs aveux, tous les cinq avaient été condamnés à mort.

Mais de manière générale, il était très rare que des relations sexuelles illicites fussent punies. Bien que l’adultère fût passible de lapidation, il n’y a qu’un seul cas connu, pendant l’empire ottoman, où des rapports sexuels extraconjugaux furent punis par lapidation. C’était en 1680, quand la condamnée fut exécutée dans l’hippodrome d’Istanbul en présence du sultan Mehmed IV. L’événement était tellement remarquable qu’il fut consigné dans les chroniques officielles.
C’est la particularité de la procédure pénale de la charia qui explique pourquoi aussi peu de peines ont été prononcées. Pour les crimes de type Hadd [5], la charia n’accepte pas les preuves par indices. Toutes les écoles de droit prévoient normalement qu’une condamnation ne peut être prononcée que s’il y a quatre témoins masculins, sans antécédents judiciaires, qui ont vu l’acte litigieux de leurs propres yeux.
L’autre possibilité est que le coupable avoue ses actes : pour cela il faut qu’il avoue quatre fois chez un juge. Mais dans le cas de liwat et de l’adultère, accusations et aveux sont socialement mal vus. Il faut ajouter à cela que si jamais il n’y a pas quatre témoins ou qu’ils se contredisent sur des détails importants, les témoins risquent jusqu’à 80 coups de fouet pour diffamation.
Les juristes n’étaient pas traumatisés par le fait que la procédure pénale rendait presque impossible une condamnation pour liwat ou pour adultère. Bien au contraire, ils ont souvent soulevé ce fait avec approbation comme Ali al-Qari al-Harawi (mort en 1605), un savant de Médine : « C’est parce que Dieu le tout puissant aime que les péchés de ses sujet restent voilés, que l’exigence de réunir quatre témoins pour pouvoir condamner quelqu’un pour adultère a été instaurée. Il est très rare que quatre témoins voient ce péché et cela va donc dans ce sens. »

Les persécutions en Iran

Vers la fin du 19ème siècle, presque tous les pays musulmans, à l’exception de l’Arabie Saoudite, ont aboli la charia en la jugeant mal appropriée pour les poursuites pénales. Elle a été remplacée par le droit anglais ou français. Mais ces deux systèmes de droit présentent une grande différence. Depuis Napoléon, le droit français (mis en place en Egypte et en Turquie) avait complètement dépénalisé les rapports sexuels consentants, alors que le droit anglais (repris par exemple au Pakistan) prévoyait des peines d’emprisonnement allant jusqu’à dix ans pour des rapports sexuels entre hommes.
L’échec du nationalisme panarabe et la montée de l’islamisme ont entraîné, dans les années 1970, la réintroduction de la charia dans toute une série de pays : d’abord en Libye, ensuite au Pakistan, en Iran, au Soudan, en Afghanistan et finalement en 2000 au nord du Nigeria. C’est précisément en Iran, pays sécularisé de force par le Shah, que ce fondamentalisme a pris le plus d’ampleur. Très vite, Khomeiny a identifié « l’homosexualité » avec l’Occident tant haï.
La Fondation Boroumand [6], qui tient à jour une base de données à ce sujet, affirme que les tribunaux révolutionnaires ont fusillé en cinq ans, entre mars 1979 et janvier 1984, pas moins de 98 hommes accusés « d’homosexualité ». Par la suite, entre 1984 et 2004, en application de la charia régulière, au minimum huit hommes ont été exécutés pour des actes de liwat (en persan : lawat). Depuis l’arrivée à la présidence de Mahmud Ahmadinejad, islamiste radical, le nombre de rapports sur de telles exécutions augmente de nouveau. Mais avec la politique de désinformation du gouvernement iranien, il est souvent difficile de connaître les causes exactes d’une exécution. Souvent, des accusations telles que liwat, adultère, trafic de stupéfiants, banditisme ou espionnage sont ajoutées, pêle-mêle. En tout cas, aujourd’hui, les juges iraniens peuvent contourner l’obstacle que représente la procédure pénale de la charia en faisant faire des recherches criminalistiques sur les suspects. Ils peuvent prononcer des peines capitales s’ils trouvent des traces de sperme dans l’anus. La spécificité de l’interprétation shiite de la charia, qui accepte le savoir du juge comme preuve, permet même de maintenir une espèce de vitrine d’État de droit. Amir, un réfugié iranien de 22 ans, cite un juge dans un tribunal de la charia : « Si le médecin peut garantir que ton anus a été pénétré d’une manière ou d’une autre, tu seras condamné à mort. »
Il est important de signaler ici que, dans son délire de persécution, le régime des mollahs utilise déjà le concept moderne d’« homosexualité ». Le néologisme persan hamdschens bazi, qui veut dire « comportement avec quelqu’un du même sexe », en est un bon exemple. La différence avec le concept de liwat est très claire : il ne parle plus d’un acte sexuel spécifique, mais peut englober tout ce qui touche à l’intimité entre deux hommes ou deux femmes, embrasser, étreindre, ou même juste n’importe quelle attitude romantique. Une construction conceptuelle telle que hamdschens bazi sert a politiser « l’homosexualité » dans un sens large et à l’exclure de la société.
Car le problème du régime est bien là. Ali Mahdjoubi, un exilé iranien de gauche, constate que les relations amoureuses au sein du même sexe sont aujourd’hui encore tout à fait courantes dans le quotidien iranien :
« Dans le langage populaire iranien, il n’y a rien d’extraordinaire à ce que deux hommes affirment qu’ils s’aiment ou qu’ils sont amoureux. Cela ne suscite ni soupçon ni méfiance, c’est plutôt accepté avec compréhension. Il serait drôle d’essayer de répertorier, autant dans le langage quotidien que dans le langage intellectuel, toutes les expressions qui parlent des relations entre hommes ainsi que des différents degrés de ces relations amoureuses. »
En 2005 deux jeunes, Ayaz Marhon et Mahmud Asgari, furent pendus à Maschhad. C’est le premier cas qui a eu une résonance médiatique internationale. Il est intéressant de voir quelle stratégie ils ont adoptée pour leur défense. Premièrement, ils ont affirmé qu’ils ne savaient pas que les faits qui leur étaient reprochés étaient passibles de la peine de mort. Vu qu’entre 1984 et 2004, il n’y a eu que très peu de condamnations à mort mises à exécution, leur affirmation peut éventuellement être crédible. Mais leur déclaration était probablement d’ordre stratégique, car selon la charia, connaître la punition est une condition pour que la peine puisse être appliquée. Deuxièmement, ils ont aussi affirmé que tous les jeunes hommes dans leur quartier avaient des relations sexuelles entre eux. Selon Mahdjoubi, cela est tout à fait possible : « A ce que je sache, il n’y avait personne qui n’ait eu des expériences homosexuelles, autant dans mon quartier, où il y avait beaucoup d’enfants, qu’à l’école où j’ai passé douze ans dans des classes non mixtes. (…) Au fond, ce n’était pas un secret, ni à l’école ni dans le quartier, de savoir qui avait des relations sexuelles avec qui et à quel moment. On se racontait mutuellement ses expériences. (…) Si on voulait avoir une relation sexuelle avec un garçon qu’on ne connaissait pas ou qu’on n’osait pas aborder, il y avait toujours quelqu’un pour arranger une rencontre. Il y en avait qui faisaient cela avec beaucoup de délicatesse et qui protégeaient même les deux heureux élus de toute surprise inopinée pendant leur rendez-vous dans les ruines du château de la ville. »
Si les mollahs veulent vraiment nettoyer la société de tout hamschens bazi, ils ont encore du pain sur la planche. Ce travail fera d’eux, contre leur gré, les acteurs d’une modernisation de rattrapage. Ce qui existe déjà chez nous, et dont l’histoire de la mise en place a été tout aussi brutale, doit encore être fabriqué en Iran : une société complètement normalisée au niveau hétérosexuel, une société dans laquelle « l’homosexualité » est construite comme un attribut particulier qui ne peut être vécu que dans les enclos de la subculture des grandes villes.

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Le mythe du progrès occidental

Et c’est ainsi qu’on revient au début de ce texte, avec la question de savoir si on peut opposer l’Occident éclairé à l’islamisme moyenâgeux ? Certainement pas, car c’est au temps des Lumières, au 17ème et au 18ème siècles, que se sont mises en place dans le nord-ouest de l’Europe les structures de base d’un monde hétéronormé, toujours caractéristique de l’Occident d’aujourd’hui. Ces changements se sont accompagnés de persécutions massives comparables à celles de l’Iran d’aujourd’hui.
Voici quelques chiffres pour illustrer ces propos : à Berlin, 6 personnes sur 10 ayant des relations amoureuses homme-homme ou femme-femme ont affirmé avoir déjà pensé à se suicider pour cause de solitude. 18% des personnes interrogées ont déjà fait une ou plusieurs tentatives de suicide. Cela représente quatre à cinq fois plus que la moyenne dans cette classe d’âge. Une étude américaine parmi des adolescentes homo- et bisexuelles atteste qu’elles sont victimes, à cause de leurs orientations sexuelles, d’agressions verbales pour 64% et physiques pour 38%. Un recensement réalisé par un institut de recherche sur la sexualité à Hambourg démontre qu’entre 1970 et 1990, le pourcentage d’adolescents masculins affirmant avoir eu des expériences sexuelles avec d’autres hommes est tombé de 18% à 2%. Ce sont des changements massifs qui prouvent qu’il n’est pas devenu plus facile de nos jours pour un·e adolescent·e de tomber amoureux de quelqu’un du même sexe.
Tout cela devrait mener à plus de remise en question. L’homophobie n’est pas un vestige prémoderne d’un monde dépassé depuis longtemps que les méchants musulmans seraient en train d’introduire aujourd’hui en Allemagne. Non, nous vivons au milieu de cette société homophobe, qui n’a même plus besoin d’inscrire sa violence hétéronormative dans le code pénal, et qui produit de manière hautement efficace une classification dont les mollahs en Iran ne peuvent que rêver.

Georg Klauda

 

 

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ÉLÈVES MODÈLES ET APPRENTIS SORCIERS

Quelle est la part de l’Occident dans l’islam moderne ? Dans le débat actuel sur l’islam, on évoque souvent une identité qui serait incompatible avec les valeurs occidentales. Thomas Bauer, chercheur sur l’islam et le monde arabe à l’université d’Erlangen, montre ici que l’islam moderne, qu’il soit radical ou modéré, ne peut être considéré comme en continuité avec l’islam traditionnel, et qu’il doit plus aux valeurs imposées par la colonisation qu’à ses racines historiques.

Nous, historiens des civilisations, et particulièrement ceux d’entre nous qui travaillent sur les civilisations non européennes, sommes des experts de l’Étranger. Super héros de la lutte contre toute perception eurocentriste des civilisations étrangères, nous sommes des détecteurs d’altérité, découvrant les manières de vivre et de penser d’autres civilisations, et ne nous lassons pas de critiquer les parallèles intempestifs établis entre des phénomènes, semblables en apparence, de ces civilisations et de la nôtre.

Culturalisme et essentialisme

Il y a donc bien longtemps que nous refusons de voir dans l’étranger un simple reflet, même déformé, de notre propre réalité. Mais il semble désormais que la problématique se soit inversée. Aujourd’hui, le regard sur d’autres civilisations est biaisé par ceux qui mettent la priorité sur leur altérité. Ce « culturalisme » a peut-être des racines plus anciennes, mais c’est au cours des dernières décennies qu’il est devenu prédominant dans l’appréhension des autres civilisations.
Aux yeux des culturalistes, il existe des civilisations clairement délimitées entre elles. Chacune de ces civilisations aurait une essence définie qui la structure profondément et n’évolue que très peu au cours de l’Histoire. Les gens seraient si profondément formatés par leur civilisation que même une migration de plusieurs générations ne permettrait pas d’intégration. Cette manière de voir considère toujours la religion et ses normes comme facteur prédominant dans la formation d’une civilisation.
Et il n’y a pas que des gens bêtes et méchants pour partager cette vision culturaliste du monde. Dans ce registre, l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, respectable par ailleurs, a rédigé un article intitulé « Est-ce que les Turcs sont européens ? Non, ils ne correspondent pas ». On voit quelles conséquences politiques une telle manière de voir entraîne. Elle imprègne notre débat sur l’immigration et l’intégration, et celui sur « l’islam » (le seul fait de présupposer qu’il existe un islam prouve qu’on a bien affaire à une vision culturaliste).
De l’autre côté de l’échiquier, on trouve aussi des raisonnements culturalistes. Il existe une islamophilie non critique qui pousse certains à défendre les pires punitions de la charia sous prétexte qu’il s’agit d’une autre culture et qu’il ne faut donc pas la juger selon nos valeurs ; de même quand un chef d’État d’Extrême-Orient se réclame de valeurs soi-disant « asiatiques » pour justifier des violations des droits humains. Le relativisme culturel ne représente souvent qu’une variante du culturalisme.
Évidemment, les chercheurs en sciences sociales et culturelles ont réagi et développé des approches en rupture avec une vision culturaliste unilatérale. (…) Ces recherches démontrent qu’un concept essentialiste passe à côté de la réalité et que les civilisations ne possèdent pas de « nature » immuable. De la même manière que les langues, avant leur normalisation, n’étaient qu’un « continuum » de dialectes, les cultures ne sont qu’un « continuum » d’idées et de systèmes de sens symboliques. Elles sont en mutation permanente et donc en principe perméables, et échappent à toute démarcation.

Continuité ou rupture ?

Ceci est encore plus juste pour l’islam moderne, au sujet duquel l’écart est important entre la perception du public et le regard scientifique. Il existe un quasi consensus entre les spécialistes de l’islam pour affirmer qu’il n’y a pas de continuité directe entre sa version actuelle et l’islam traditionnel, qu’il s’agit au contraire d’un produit du monde moderne globalisé. Cela ne vaut pas uniquement pour l’islam soi-disant modéré, mais aussi pour l’islam fondamentaliste ainsi que pour les idéologies islamistes.
Abdullahi Ahmed AnNa’im, intellectuel soudanais, constate au sujet de la revendication principale de l’islamisme, c’est-à-dire l’instauration d’un État islamique : « N’est-il pas paradoxal que la mise en place d’un État soi-disant ‘islamique’ ainsi que la volonté d’introduire, au nom de l’autodétermination, la charia comme droit positif [7], ne représentent finalement que des traductions de l’État nation européen et du modèle européen du droit positif. Il ne s’agit ni d’une renaissance ‘authentique’ ni d’une continuité cohérente de la tradition historique de l’islam ». Le discours culturaliste ignore cette dimension historique de l’islam moderne et tente d’expliquer ses spécificités à partir d’une nature anhistorique de l’islam, en particulier quand il s’agit des traits négatifs de l’islam contemporain.
Ulrich Greiner, journaliste de renom, a publié dans le journal Die Zeit un cas d’école d’une telle argumentation culturaliste : « Il se peut qu’autrefois l’islam ait représenté une culture de tolérance, mais scruter le passé ne nous mène pas à grand-chose. Comment faut-il comprendre les remarques dans le Coran sur ceux qui ont une croyance différente et sur ceux qui veulent renier leur foi ? La charia est-elle compatible avec notre droit ? Insister pour avoir enfin des réponses à ces questions relève de notre droit, je dirais même de notre devoir. » Ici, la tolérance propre à l’islam est vue comme un hasard temporaire, voire comme un facteur qui diffère momentanément de la « nature » anhistorique de l’islam. On contemple ici l’idée culturaliste selon laquelle il existerait des normes religieuses immuables et sans ambiguïtés.
Dans cette manière de voir, les développements historiques et la pluralité des interprétations des normes, si caractéristiques de l’islam, n’ont pas leur place. Cela donne lieu à une bizarrerie : si des civilisations doivent être différentes, la véritable nature d’une d’entre elles ne peut pas se manifester là où elle coexiste avec d’autres. Appliquer cette pensée culturaliste à l’islam nous conduit au paradoxe suivant : si la pensée ou l’action islamiques correspondent aux valeurs occidentales momentanément en vigueur, il doit s’agir d’un hasard de l’Histoire ou alors éventuellement d’une adaptation dictée par la ruse. Par contre, chaque fois qu’une action ou une pensée islamiques s’opposent aux normes occidentales, c’est la véritable nature anhistorique de l’islam qui se révèle.

Divorce à l’égyptienne

Il y a de nombreux exemples qui montrent à quel point cette vision nie l’interaction entre l’Occident et le monde islamique. Je la résume sous ce que j’appelle « la loi de l’asynchronicité ». Je peux illustrer mon propos par une histoire tragicomique, qu’on pourrait intituler « divorce à l’égyptienne ». C’est l’histoire du divorce d’un politicien égyptien appartenant à l’opposition démocratique, très longuement évoqué dans les colonnes du journal allemand Süddeutsche Zeitung. De toute évidence, il s’agissait de montrer à quel point une politique démocratique avait du mal à exister dans une société dominée par des valeurs islamiques. Mais en vérité cette histoire nous montre bien autre chose : comment l’Occident se trouve confronté à son propre reflet sans le reconnaître.
L’histoire est la suivante : le politicien en question, Ayman Nur, est le fondateur du Parti de l’Avenir et il est considéré comme « l’espoir démocratique ». Comme cela déplaisait au pouvoir, il a été condamné en 2005 à cinq ans de prison pour falsification de documents. Pendant qu’il purgeait sa peine, sa femme Gamila s’est beaucoup engagée pour obtenir sa libération et est ainsi devenue une figure importante de la vie politique. Mais après sa libération, leur bonheur conjugal prit rapidement fin. Quand un quotidien égyptien voulut relater l’affaire, Ayman Nur, mécontent, essaya d’acheter tous les exemplaires de l’édition concernée. Évidemment, le journal égyptien se fit un plaisir de relater toute l’histoire. Le journal allemand présenta l’affaire comme un « mélodrame oriental ».
Mais qu’y a-t-il d’oriental dans cette anecdote ? Bien évidemment – comment pourrait-il en être autrement – c’est la faute de l’islam. « Les valeurs morales, marquées par l’islam, sont sévères. D’éventuels manquements sont gardés secrets. Pour un politicien égyptien, un divorce représente une tare. En Égypte, quelqu’un comme Gerhard Schröder, avec ses trois mariages ratés, ne pourrait pas faire carrière. »
C’est ainsi qu’on nous apprend que ce sont les valeurs islamiques qui transforment une simple histoire de divorce en scandale. Chez nous, où ces valeurs ne comptent pas, personne ne se serait énervé. Mais là, on commence à s’interroger. L’Égypte, depuis les conquêtes islamiques du 7ème siècle jusqu’au 20ème, n’a probablement jamais été gouvernée par un souverain monogame. Le mariage n’est pas un sacrement dans l’islam et n’a jamais été perçu comme quelque chose qui devait durer toute la vie. Parler de « mariage raté » n’a donc pas de sens.
Il y a de nombreux exemples de divorces chez des politiciens musulmans : Saddam Hussein s’est marié trois fois, le Roi Hussein de Jordanie quatre fois (dont deux divorces). Le chef d’État tunisien, le Sultan d’Oman, Kadhafi et le Premier ministre de la Malaisie sont tous divorcés. Ce ne sont donc certainement pas « les valeurs morales sévères de l’islam » qui ont transformé les problèmes conjugaux d’Ayman Nur en scandale. A l’inverse, là où les valeurs occidentales sont en vigueur, les difficultés conjugales posent souvent problème. En Allemagne, en 1967, le populaire animateur de télévision Lou van Burg a dû abandonner son émission parce que la chaîne ZDF estimait ne pas pouvoir le maintenir à son poste à cause d’une histoire privée. Aujourd’hui, c’est le même journal qui rend responsable les valeurs islamiques dans « l’affaire Nur » et qui constate que la CSU (parti chrétien démocrate de droite en Allemagne) n’a pas encore dépassé « l’affaire Seehofer » [8]. Le journal titrait « Les rumeurs dans l’affaire Seehofer inquiètent la CSU, il s’agit d’un séisme pour le parti ».
Apparemment en Allemagne, avec une vie conjugale « pas très nette », on peut être chancelier pour le SPD (parti social démocrate) mais on ne peut pas être président d’un Land pour la CSU. C’est là que réside la clef de « l’affaire » Ayman Nur. La question n’est pas tant de savoir où (dans quel pays ou dans quelle « culture ») un mariage de politicien se défait, mais de voir de quel politicien il s’agit et à quelles valeurs ce politicien se réfère. Regardons encore une fois cette histoire. Une grande partie de la classe moyenne égyptienne soutient les Frères musulmans qui promettent moins de corruption et plus d’égalité sociale. Pour labourer sur leurs terres, l’establishment soutient de plus en plus les cercles religieux, au point que le parti au pouvoir prend aujourd’hui des airs très islamistes. Pour s’opposer à ces deux courants, Ayman Nur avait fondé le Parti de l’avenir comme « troisième voie ». Ayman Nur représente alors la tendance la plus laïque dans la vie politique égyptienne. Au premier abord, il semble absurde que ce soit justement lui qui trébuche sur une question de mœurs conjugales et non pas un politicien religieux. Mais si Ayman Nur avait été un islamiste, le divorce ne lui aurait posé aucun problème. Résumons : en Allemagne, les déboires conjugaux d’un politicien chrétien peuvent faire scandale, mais pas ceux d’un politicien laïc. En Égypte, les problèmes conjugaux peuvent devenir problématiques pour un politicien laïc mais pas pour un islamiste. Cela n’est pas vraiment une contradiction.
Les valeurs qui font que la « question Nur » se transforme en scandale sont exactement les mêmes que celles qui ont transformé les escapades extra-conjugales de Seehofer en scandale. Ce sont les valeurs bourgeoises et conservatrices de la « vieille » Europe. Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, ces valeurs ont été adoptées par l’élite pro-occidentale au Moyen-Orient. Au cours du 20ème, ces valeurs se sont diffusées jusque dans les classes moyennes. En Europe, ces valeurs ont perdu de leur influence dans un processus qu’on aime rattacher à l’année symbolique de 1968. Ce développement n’a pas eu lieu au Moyen-Orient. Par contre, on a oublié, au Moyen-Orient, que nombre de ces valeurs vénérées ont été importées de l’Occident, de même qu’en Occident on oublie que nombre de ces valeurs considérées comme archaïques au Moyen-Orient ont été en vigueur en Europe jusqu’en 1968. Mais le monde arabe, aux yeux des Occidentaux d’aujourd’hui, ne peut être autre chose qu’islamique. C’est pour cela qu’on considère ces valeurs, qui en vérité ne sont rien d’autre qu’un reflet des valeurs occidentales, comme islamiques. Ayman Nur, le leader du Parti de l’avenir, démocratique et pro-occidental, doit aussi sa popularité au fait que lui et sa femme formaient un couple bourgeois de rêve. Ils représentaient le désir d’une citoyenneté occidentale qui anime encore aujourd’hui une partie de la classe moyenne égyptienne. Dans cette optique, il n’est pas surprenant qu’Ayman Nur ait tenté, par tous les moyens, de garder secrets ses déboires conjugaux. C’est le fait de vouloir imiter l’Occident qui rend scandaleux ce qui dans d’autres cercles n’aurait pas posé de problèmes.

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Reflet des valeurs occidentales

L’asynchronicité qu’on voit ici à l’œuvre est symptomatique de l’ensemble du processus d’appropriation des valeurs occidentales. En règle générale, au début c’est la classe moyenne supérieure autochtone qui s’empare des idéaux occidentaux, car en devenant « occidentale », elle espère gagner en prestige et accroître son pouvoir. Être bien vu en Occident veut dire profiter des stratégies occidentales de pouvoirs et d’influences. C’est ainsi qu’on prend de l’avance sur les élites traditionnelles.
Une fois cette stratégie couronnée de succès, et l’ascension sociale réussie, la classe moyenne inférieure commence également à intégrer les valeurs occidentales, pas en tant que telles, mais comme celles de leurs propres élites. Il faut donc un certain temps pour que ces valeurs occidentales, au début intégrées par une petite élite, soient acceptées par une grande partie de la population et considérées comme les siennes.
Mais en Occident, durant le 19ème et le 20ème siècle, les valeurs avaient une durée de vie très limitée, ce qui produit périodiquement des situations paradoxales : des valeurs occidentales sont intégrées par une grande partie de la population d’un pays non occidental, mais ce processus d’intégration s’accomplit à un moment où ces mêmes valeurs n’ont plus cours dans leur zone d’origine et ont été remplacées par d’autres. C’est donc aussi bien au début qu’à la fin de ce processus qu’il y a un décalage. Mais dans les deux cas, le commentateur occidental va considérer la constellation de valeurs en vigueur au Moyen-Orient comme typiquement islamique.
L’enseignement qu’on peut tirer de l’affaire Ayman Nur est donc le suivant : tout n’est pas religieux dans le monde islamique et toutes les valeurs du monde islamique ne relèvent pas de l’islam. Nombre des valeurs et des principes moraux ayant cours au Moyen-Orient sont plutôt le reflet des valeurs occidentales. Il se peut que ces valeurs aient perdu de leur validité en Occident, mais ce n’est pas pour autant, et c’est ce qu’on voit dans le cas d’Ayman Nur, qu’elles sont devenues des valeurs islamiques. (…) Parfois l’Occident est plus islamique que l’islam lui-même.
On peut énumérer indéfiniment des exemples de ce genre. J’en citerai juste quelques-uns : des intellectuels islamiques, et en particulier des théoriciens islamistes, reprennent des idées d’auteurs occidentaux. Par la suite, les observateurs occidentaux analysent ces idées comme étant typiquement islamiques. Sayyid Qutb, le « père » de l’islamisme arabe en fournit un bon exemple. Il ne comprenait pas grand-chose à la théorie de l’islam. Ce sont plutôt deux auteurs européens qui ont forgé sa manière de voir le monde. Le premier était Leopold Weiss, auteur du best-seller L’islam à la croisée des chemins, l’autre était un auteur catholique fondamentaliste, Alexis Carrel (1873-1944), prix Nobel de médecine en 1912 pour ses travaux de chirurgie vasculaire. Dans ses écrits, il mêle catholicisme fondamentaliste et biologisme [9] en une idéologie qui veut recréer un monde selon « les lois de la vie ». Aujourd’hui, en Occident, l’ouvrage principal de Carrel L’homme, cet inconnu (1935) est heureusement largement oublié. Mais là où ses idées continuent d’inspirer l’islamisme, on les prend toujours pour authentiquement locales.

 

Islam et sexualité

La manière dont le monde islamique traite de l’homosexualité fournit un autre exemple [10], particulièrement dramatique. Comme on le sait, le droit islamique classique interdit les rapports sexuels entre hommes. Mais, de toute évidence, pendant plus de mille ans les peines prévues n’ont pas été appliquées une seule fois et du 9ème au 19ème siècles, les poètes arabes et même les juristes religieux ont écrit des centaines de milliers de poèmes d’amour érotique décrivant des relations hommes-hommes. Cette poésie constitue une partie importante de la diversité de la littérature arabe, perse et ottomane. Mais soudainement, dans les décennies post-1830, la poésie homo-érotique disparaît complètement.
Ce n’est pas dans l’islam qu’il faut en chercher la raison mais dans l’adoption des valeurs morales de l’Occident victorien. Aujourd’hui, les valeurs sexuelles victoriennes sont encore profondément enracinées dans une grande partie du monde islamique. C’est pour cette raison que nombre de musulmans ont un rapport ambivalent avec leur propre tradition littéraire qui est à leurs yeux entachée par une décadence morale et donc finalement responsable du déclin de l’islam. Ce qu’un Occidental considère aujourd’hui comme un signe de progrès et de modernité, c’est-à-dire une approche décrispée de l’érotisme homme-homme, était pendant plus de mille ans vu comme une caractéristique du monde islamique.
Au cours du 19ème siècle, les musulmans ont commencé à intégrer des valeurs occidentales entraînant une condamnation draconienne des pratiques et des sentiments homosexuels. Ils ont commencé à croire que c’était en raison des mœurs apparemment trop « légères » de leurs ancêtres que le monde islamique ne parvenait pas à suivre le développement de la modernité occidentale. Aujourd’hui, le monde occidental réclame avec raison la reconnaissance des droits des homosexuels dans les pays islamiques, mais il se trompe quand il considère l’homophobie dans ces pays comme quelque chose de typiquement local. (…) D’ailleurs, dans la majorité des pays arabes, les pratiques homosexuelles ne sont toujours pas poursuivies. Là où des peines sont prévues, elles ne découlent en général pas de la charia mais du droit britannique. Évidemment, elles ont aujourd’hui disparu de ce droit et, dans les pays islamiques, il y a bien longtemps qu’on a oublié leur origine.
Là-bas et en Occident, on considère cette attitude comme typiquement islamique, c’est un cas frappant d’asynchronicité. Il en va de même aujourd’hui pour la pruderie si frappante dans de nombreux pays islamiques. Cette pruderie ne concerne pas seulement les publications occidentales, elle s’étend tout autant aux textes classiques – de la poésie d’Abû Nuwâs du 8ème siècle au recueil des Mille et une Nuits. L’œuvre poétique de « l’architecte » al-Mi’mar est sur le point d’être publiée en Allemagne. Les écrits de ce poète populaire sont insolents, frivoles et explicites au niveau sexuel. La moquerie s’étend également aux questions religieuses. Au 14ème siècle, al-Mi’mar était vénéré non seulement par ses contemporains mais également par les érudits religieux. Aujourd’hui son recueil de poèmes aurait peu de chance d’être publié dans un pays arabe.
Si des textes érotiques de toutes tendances ont été appréciés et respectés pendant plus de mille ans dans le monde islamique, la pruderie ne peut pas faire partie de l’essence de l’islam, même si aujourd’hui, autant en Occident que dans le monde islamique, nombreux sont ceux qui tentent de nous le faire croire. C’est encore une fois le reflet de sa propre image que l’Occident entrevoit dans l’islam, sans vouloir ou sans pouvoir le reconnaître.

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Ambiguïté et variantes

Là où cela se complique encore plus, c’est quand il ne s’agit plus uniquement de quelques valeurs, ou de quelques idées, mais d’un ensemble de grilles de lecture et d’analyses qui sont empruntées à l’Occident. Cela change le rapport à sa propre tradition. De tels changements de structures à l’intérieur des schémas cognitifs sont par nature difficiles à reconnaître, et il faut donc avoir recours au principe philologique selon lequel les textes que les gens d’une culture ont laissés doivent être pris au sérieux et qu’il ne faut pas essayer de les analyser à partir d’un a priori eurocentriste. On trouve alors un point commun structurel derrière les phénomènes décrits. Ce qui caractérise le mieux la différence entre l’islam moderne et l’islam pré-moderne, c’est d’avoir abandonné progressivement l’ancienne « tolérance vis-à-vis de l’ambiguïté » qui avait marqué l’islam d’une manière très particulière pendant longtemps.
A l’époque, dans le monde musulman, on appréciait l’ambiguïté, en tentant de garder son application dans certaines limites sans pour autant vouloir l’éliminer. Au contraire, la modernité occidentale tente de l’éliminer le plus possible. La forme classique de « contrôle de l’ambiguïté » dans le monde islamique a été remplacée, au cours de la modernité, par une tentative radicale « d’élimination de l’ambiguïté ». Ce n’est que dans les domaines de l’art et la littérature qu’elle peut continuer de s’amuser sans faire beaucoup de dégâts.
Voici quelques exemples concernant le Coran : l’école classique, où cohabitent différentes manières de lire ce texte, part de l’idée qu’il a été révélé par Dieu en un grand nombre de lectures différentes. On peut donc dire que le Coran, avec tout son apparat de variantes, est un texte sacré. Afin que cette complexité ne dépasse pas un certain seuil pratique, on s’est mis d’accord, pour le culte et pour des questions juridiques, pour ne faire appel qu’à sept à dix de ces lectures différentes. Elles sont toutes, les unes comme les autres, considérées comme aussi bonnes et valables.
Aujourd’hui, cette pluralité de lectures rencontre de l’opposition, autant chez les musulmans modérés que chez les fondamentalistes. Ce sont autant les musulmans réformateurs, tels que le Pakistanais Shehzad Saleem, que des fondamentalistes, tels que al-Maududi, qui nient l’existence même de différentes lectures du Coran. Sur Internet, des missionnaires protestants et des défenseurs de l’islam se jettent à la tête les différentes lectures et variantes du Coran et de la Bible pour décrier les textes sacrés de la religion des autres. De toute évidence, les variantes ne rentrent pas dans le schéma de religions modernes devenues idéologiquement consistantes. Il en va de même quand il s’agit de l’interprétation du texte du Coran. Les savants classiques étaient fiers de rassembler le plus grand nombre possible d’interprétations d’un passage précis et chacune en soi pouvait être considérée comme juste, ou même plusieurs simultanément.
Pour le savant classique Ibn al-Jazari (mort en 1429), la possibilité de différentes interprétations du Coran était une particularité essentielle voulue par Dieu : « Les savants ont toujours cherché et n’arrêteront jamais de trouver des indications (juridiques) et des arguments dans le Coran que personne jusque-là n’avait encore trouvés sans pour autant l’épuiser pour les générations à venir. Le Coran est comme une immense mer, dont on ne touche jamais le fond et où on n’est jamais arrêté par les rives. C’est pour cela qu’après la venue du prophète, cette communauté n’a plus besoin d’autres prophètes comme c’était le cas pour les peuples précédents. »
Auparavant, les peuples avaient toujours besoin d’une mise à jour du message divin parce que les conditions avaient changé. Selon Ibn al-Jazari, il n’y a plus besoin d’une telle mise à jour parce que chaque génération peut trouver dans le Coran ce dont elle a besoin et ce que les générations précédentes ne pouvaient pas encore y voir. Pour Ibn al-Jazari, c’est justement l’ambiguïté du Coran qui permet d’y trouver des interprétations contemporaines. Cela peut avoir l’air très moderne, mais c’est justement cette ouverture à l’interprétation qui fâche beaucoup de musulmans, tant modérés que fondamentalistes. Ils pensent toujours connaître, pour chaque passage du Coran, la seule interprétation valable pour l’éternité. Mais les commentateurs occidentaux de l’islam ne veulent pas non plus voir un texte ouvert à de différentes interprétations. La citation du journal Die Zeit prétend savoir exactement ce que veulent dire « en réalité » les passages du Coran. Les ambiguïtés du Coran, vantées et appréciées à l’époque classique, sont aujourd’hui au mieux considérées comme une tare, au pire complètement occultées.
L’existence de quatre écoles de droit sunnites était considérée comme un enrichissement, et le fait qu’à l’intérieur de chaque école de droit des opinions différentes puissent cohabiter n’était pas vu comme un problème, mais plutôt comme une opportunité pour se démarquer.

Et le droit islamique ?

Le savant universel As-Suyûtî (décédé en 1505), connu pour sa prétention à avoir toujours raison, a publié un texte dans lequel il écrivait que la divergence d’opinions parmi les savants était un don de Dieu pour sa communauté. Aujourd’hui on ne ressent presque plus rien de cet enthousiasme traditionnel pour la pluralité d’opinions. Vers la fin du 19ème siècle sont apparues des tentatives de codifier le droit islamique, ce qui était contre sa nature. Des États modernes ont besoin de règles claires, et ce ne sont ni les musulmans « modérés », ni leurs concurrents fondamentalistes qui vont avouer qu’il est possible que deux affirmations, apparemment contradictoires puissent être toutes deux à la fois vraies et fausses.
Mais tout indique que c’était précisément l’attitude courante pendant une longue période dans une grande partie du monde islamique pré-moderne. On n’attendait pas du tout de trouver à l’intérieur d’un même discours, sur le droit islamique par exemple, une seule et unique réponse claire. Certains domaines de la vie n’étaient pas du tout régis par un seul discours. Il y en avait toujours plusieurs, religieux et laïcs, qui donnaient des réponses différentes. Ces réponses ne sonnaient souvent pas à l’unisson mais cela ne semblait pas déranger grand monde. Ibn Nubata, par exemple, publiait en 1332, c’est-à-dire deux cents ans avant la parution du Prince de Machiavel, un texte de conseils aux souverains au moins aussi machiavélique. La religion n’y jouait aucun rôle, le Coran et le prophète n’y apparaissaient pas. Le discours moderne sur l’islam ne tient jamais compte de ce texte. Pas plus qu’il ne tient compte des milliers de poèmes consacrés à des souverains, poèmes qui représentaient le principal discours politique de l’islam pré-moderne.
Aujourd’hui, pour reconstruire la pensée politique de cette période, on n’y fait pratiquement jamais référence. Partout en revanche, on a privilégié le discours religieux au point de le considérer comme seul représentatif. Cette vision parcellaire ne correspond pas à la réalité, mais elle a influencé la pensée islamique moderne et c’est ainsi qu’on arrive à un des cas les plus bizarre d’asynchronicité : la similitude entre l’image de l’islam de quelques orientalistes et de l’opinion publique occidentale avec celle que se donne l’islam radical contemporain. Les deux groupes font abstraction de la réalité historique pour s’imaginer une culture complètement basée sur des textes religieux et normatifs, et ils pensent qu’il n’y a qu’une seule et unique interprétation, sans ambiguïté, de ces textes.
Un exemple particulièrement triste de ce développement est celui des hommes et des femmes accusés d’adultère dans les pays islamiques et qui sont menacés ou réellement lapidés. Le cas de l’Iranienne Sakine Ashtiani, et la manière dont les médias occidentaux en ont parlé, en livre un exemple dramatique. Dans le Frankfurter Allgemeinen Zeitung, le cas a été documenté et commenté par Tilman Nagel. En le lisant, on a l’impression qu’il est d’accord avec les islamiques purs et durs sur le principe que dans l’islam l’adultère doit être puni de lapidation. Il ne mentionne pas le fait, pas plus que les juges iraniens, que ce n’était pas le cas avant le 20ème siècle : dans les textes de lois normatifs de l’islam, si l’adultère doit effectivement être puni de lapidation, on trouve tellement d’obstacles procéduraux que dans la plupart des écoles de droit il est pratiquement impossible de prononcer une telle sentence. A cela il faut ajouter que dans l’histoire de l’islam, les règles de la charia sont considérées comme une ligne directrice qui, dans la pratique judiciaire, peut être modifiée et adaptée à d’autres traditions juridiques. Dans ce domaine aussi, il y a pluralité de discours.
Dans les pays centraux de l’islam (pour les autres pays, je ne suis pas assez documenté), il n’existe aucune trace écrite de lapidations, excepté les cas plus ou moins légendaires des débuts de l’islam. Des rebelles et des brigands étaient crucifiés et les poètes en ont fait des poèmes spectaculaires – l’attrait des sensations fortes n’est pas un phénomène nouveau. Beaucoup de chroniqueurs ont décrit en détail les tortures et autres assassinats commis par des seigneurs, mais on ne trouve aucun récit de lapidation de l’an 800 au 20ème siècle, à une exception près, dans l’Empire ottoman aux alentours de 1670 et la motivation, comme dans les cas modernes, en était politique. L’événement avait fait scandale à l’époque et le juge responsable avait été démis de ses fonctions. Le chroniqueur était également choqué. Il ne considérait pas la lapidation comme un acte islamique. Il constatait avec effroi qu’une telle chose ne s’était plus produite depuis l’époque du début de l’islam. Pour lui la lapidation était atavique et inhumaine. Hormis cette exception qui avait fait scandale, il n’y a donc de toute évidence pas eu de lapidation. D’autres peines avaient été mises en place.
Elyse Semerdjian a analysé les archives du tribunal d’Aleppo sur une durée de 360 ans. Elle a constaté qu’entre 1507 et 1866, il y a eu 121 accusations d’actes sexuels illégitimes, mais personne n’avait été lapidé. Durant toute cette période, la punition des femmes accusées et condamnées pour prostitution était de quitter un certain quartier de la ville. On peut alors affirmer que, dans l’islam classique, il y a des situations dans lesquelles une règle juridique est en même temps valable et non valable. Peu de gens critiquaient le principe de la lapidation, mais tous critiquaient son application.
Cette tolérance face à l’ambiguïté juridique est devenue incompréhensible de nos jours. Et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, dans les pays islamiques, contrairement aux mille ans précédents, des hommes et des femmes se font lapider pour adultère même si, pour appliquer ces condamnations à mort, d’autres normes et prescriptions du droit islamique doivent être violées. Mais il semble que ces prescriptions ont moins d’importance que le fait de vouloir démontrer au monde que le droit islamique est clair et sans équivoque. Il apparaît alors qu’un phénomène soi-disant aussi typiquement islamique que celui de la lapidation n’a pas pu être repris directement et sans détours des normes islamiques traditionnelles. Il a fallu d’abord le déclin de la tolérance traditionnelle de l’ambiguïté pour que les normes traditionnelles soient réévaluées et réorganisées. Évidemment je ne veux pas dire ici que la lapidation dans l’islam est importée de l’Occident. Mais aussi abject que cela puisse sonner, il s’agit d’un phénomène lié à la modernisation.

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Tolérance de l’ambiguïté

Pour l’islam, la conséquence de cette perte de la tolérance traditionnelle vis-à-vis de l’ambiguïté est catastrophique. Une grande partie de l’héritage de l’islam avait été produit au sein d’une société dotée d’une très grande tolérance de l’ambiguïté, ce qui permettait par exemple à Ibn Hadjar al-Asqalânî d’être à la fois un savant hadith sévère et d’être vénéré pour ses poèmes homo-érotiques. Aujourd’hui, dans une société pratiquement sans tolérance à l’égard de l’ambiguïté, cet héritage est en train d’être redéfini. Des interprétations et des normes qui pouvaient, dans le passé, coexister de manière égalitaire avec d’autres deviennent aujourd’hui absolues et seules valables, au détriment des autres. Mais les structures dans lesquelles ces éléments traditionnels sont insérés ne sont pas authentiquement islamiques, elles sont formées par une vision du monde et une idéologie occidentale.
La perte de la tolérance de l’ambiguïté dans l’islam ne s’explique pas uniquement par son histoire. Stephen Toumin a montré que ce sont les guerres de religions, entre l’assassinat d’Henri IV et la guerre de Trente Ans, qui ont mis fin en Europe à l’humanisme et au climat de tolérance de la Renaissance. Ce développement n’a touché le monde islamique qu’au cours du 19ème siècle, par adaptation à l’Occident, qui s’avérait plus performant au niveau technique et économique, mais ne pratiquait pas, ou plus, une tolérance à l’ambiguïté comparable à celle de l’islam traditionnel. C’est d’après ces nouveaux paramètres que l’islam s’est complètement restructuré. Mais ce qui à l’époque représentait un effort considérable d’adaptation à un nouvel environnement culturel et politique, et qui a permis au monde islamique d’opposer à l’expansion occidentale sa propre identité culturelle, a abouti à un « piège identitaire » (selon le titre d’un livre d’Amartya Sen). Il faut dire que ce n’est pas uniquement dans le monde islamique qu’on est tombé dans ce piège. En Occident, plus que jamais, on est prêt à considérer l’islam de la fin du 19ème et du 20ème siècles, restructuré d’après les schémas occidentaux, comme le véritable et authentique islam, et de procéder à partir de là à une projection rétrospective sur toute son histoire. Il faut comprendre que l’islam moderne n’est pas juste une continuité de l’islam traditionnel, mais plutôt un conglomérat de visions du monde et d’idéologies modernes et très diverses. Beaucoup d’aspects de l’islam moderne ont en commun d’obéir à l’exigence moderne de la non-ambiguïté qui trouve ses origines en Occident. Des éléments traditionnels sont insérés sélectivement dans ces systèmes d’après l’orientation voulue. Les nouvelles configurations qui naissent sont au moins aussi occidentales qu’islamiques. Et là où l’on pense tomber sur un élément purement islamique, on ne contemple souvent que notre propre reflet, mais décalé dans le temps. Et c’est ainsi qu’en étudiant des caractéristiques d’autres cultures, nous nous étudions toujours aussi nous-mêmes.

Thomas Bauer

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P.S.

Les auteurs
Né en 1974, diplômé de sociologie et d’histoire, responsable pour les questions d’homosexualité dans l’organisation estudiantine AStA à l’université libre de Berlin, Georg Klauda a participé aux débuts de la revue consacrée à l’émancipation sexuelle Gigi. Ses livres ne sont pas encore traduits en français.
Thomas Bauer est chercheur sur l’islam et le monde arabe à l’université d’Erlangen en Allemagne.

Les textes
Ces articles ont été traduits de l’allemand par Paul Braun et sont parus initialement dans Archipel N° 195, 196 et 197 (juillet-août à octobre 2011) pour « Elèves modèles et apprentis sorciers » et dans Archipel N° 190 et 191 (février-mars 2011) pour « Islam homophobe, Occident tolérant ? ».
Ils ont été écrits avant les révolutions dans le monde arabe.

Boîte à Outils Editions – 2012


[1] L’auteur critique l’utilisation du terme d’homosexualité, car c’est un concept élaboré à la fin du 19ème siècle pour désigner un comportement déviant ou une maladie. Il utilise donc des expressions comme « l’amour au sein du même sexe » ou « relation amoureuse entre gens du même sexe ». Cela alourdit certes la lecture, mais sert à insister sur le fait que le concept d’homosexualité a été forgé dans une culture spécifique et à une période déterminée (ndlt)

[2] Nom du Parlement anglais, sous Edward III, qui siégea du 28 avril au 10 juillet 1376. Il tient son nom de « bon parlement » du fait qu’à cette époque, la cour anglaise était considérée par une large majorité de la population comme corrompue et que ses membres manifestaient des efforts sincères pour réformer le gouvernement.

[3] Issu du grec tribein, qui signifie frotter, s’entre frotter. A longtemps désigné la lesbienne en caricaturant ses supposées parodies « viriles ». (ndlt)

[4] Linguiste allemand (1868 – 1956), professeur d’université à Berlin et spécialiste des langues du Moyen-Orient.

[5] Les Hudûd (singulier : Hadd) comprennent les incriminations et les peines définies par le Coran qui ne peuvent être remises en cause par les juges. Le droit musulman considère cette catégorie de crime comme des crimes contre la « Loi de Dieu ». Les peines prévues pour les crimes de type Hadd sont fixes car elles ont été fixées par Dieu et se trouvent explicitement dans le Coran.

[6] www.abfiran.org (en anglais).

[7] Le droit positif est constitué de l’ensemble des règles juridiques en vigueur dans un État ou dans un ensemble d’États, à un moment donné, quelles que soient leurs sources. Pour les théoriciens du droit positif, les règles de droit ne sont pas issues de la nature ou de Dieu, mais des hommes eux-mêmes, ou de leurs activités.

[8] Pendant qu’il était en fonction comme 1er ministre de Bavière pour la CSU, parti catholique traditionnel, il a eu un enfant illégitime issu d’une relation qui durait depuis plusieurs années.

[9] Dans L’homme cet inconnu, il écrit que « la sélection naturelle n’a pas joué son rôle depuis longtemps » et que « beaucoup d’individus inférieurs ont été conservés grâce aux efforts de l’hygiène et de la médecine ». Il plaide pour un eugénisme incluant l’euthanasie de toute une série d’indésirables et le reconditionnement au fouet des délinquants.

[10] Voir texte précédent Islam homophobe, Occident tolérant ?

 

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[radio] Ouganda et fierté Kuchu, dans l’émission « On est pas des cadeaux ! » https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/ouganda-et-fierte-kuchu-dans-lemission-on-est-pas-des-cadeaux/ Fri, 03 Jul 2015 08:17:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1602 Continuer la lecture →]]> uganda-prideUne émission radio consacrée à l’Ouganda et la fierté Kuchu (terme en swahili que les personnes LGBTI utilisent pour parler d’elles-mêmes).

L’idée vient d’abord d’une rencontre avec Frank, un ougandais exilé en France depuis deux ans, en raison de la loi anti-homosexualité votée en décembre 2013. Et aussi des campagnes sur l’Ouganda régulièrement diffusées en France depuis quelques années, à la fois des campagnes médiatiques pour informer sur ces législations et des campagnes militantes en soutien aux LGBT ougandais. L’occasion d’essayer de mieux comprendre ce qui se passe pour ces personnes, à partir de l’expérience de Frank et de son analyse de la situation du pays, qui mêle l’influence historique de l’ancien empire colonial britannique et l’influence internationale actuelle de mouvements évangélistes. On voudrait aussi s’interroger sur ces grandes campagnes internationales de soutien aux lgbt de pays du sud, en particulier sur leurs origines historiques et leurs effets politiques sur les personnes directement concernées.

Bonne écoute !


et pour aller plus loin:

Bombastic, magazine kuchu, témoignages et analyse politique

God loves Uganda, film sur l’influence des mouvements évangélistes sur les politiques homophobes en Ouganda

Call me kuchu, film sur la condition des kuchus en Ouganda

 

On est pas des cadeaux !

(publié le 30 juin 2015)

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Pour plus d’info (en anglais) le site 76 crimes

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[actu] Le Mozambique dépénalise l’homosexualité https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/01/actu-le-mozambique-depenalise-lhomosexualite/ Wed, 01 Jul 2015 03:02:21 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1575 Continuer la lecture →]]>

moçambikLe Mozambique a supprimé la loi de pénalisation de l’homosexualité en vigueur depuis le code pénal colonial de  1886. (via AFP 29/06/2015)

L’homosexualité n’est plus un délit au Mozambique. Un nouveau code pénal y est entré en vigueur lundi 29 juin, dans lequel les relations homosexuelles sont dépénalisées. Promulgué en décembre dernier par le président sortant, Armando Guebuza, le nouveau code pénal ne sanctionne également plus l’avortement, à la suite de la mobilisation l’année dernière de nombreuses organisations de défense des droits.

L’ancien code pénal, adopté en 1886 au temps de la colonisation portugaise, prévoyaient l’application de « mesures de sécurité » contre les personnes « s’engageant habituellement dans des actes contre nature ».

Une disposition qui aurait pu être utilisée pour persécuter les homosexuels, les exposant à des peines de travail forcé pouvant aller jusqu’à trois ans, mais qui n’a jamais été appliquée depuis l’indépendance du pays en 1975. Au Mozambique, l’intolérance envers les couples de même sexe est moins marquée que chez certains voisins d’Afrique australe.

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« Une victoire symbolique »

Certains parlent toutefois de « victoire symbolique ». « Cela ne va pas fondamentalement changer grand chose pour nous », a confié à l’AFP Frank, un étudiant en communication de 22 ans, qui milite pour l’association Lambda de défense des droits LGBT. « L’inclusion sociale reste le principal défi », a t-il ajouté, refusant de donner son nom. D’ailleurs, Lambda, l’unique association pour les droits LGBT du pays, n’a toujours pas été officiellement reconnue par l’État mozambicain, alors qu’une demande en ce sens a été faite en 2008.

L’entrée en vigueur du nouveau code pénal est en outre généralement accueillie dans une certaine indifférence. « La plupart des Mozambicains ne nie pas l’homosexualité, mais on ne peut pas dire non plus qu’elle soit acceptée », complète Dércio Tsandzana, un blogueur et activiste influent. Lundi, aucun événement spécifique n’était prévu pour célébrer ce qui dans d’autres pays de la région apparaîtrait comme une avancée majeure pour les droits LGBT.

Les actes de violences contre les homosexuels sont très rares, voire inexistants au Mozambique, pays lusophone d’Afrique australe entouré de pays anglophones hostiles à l’homosexualité. Robert Mugabe, le président du Zimbabwe voisin, est réputé pour sa croisade anti-homosexuels. En Afrique du Sud, où le mariage entre personnes de même sexe a pourtant été légalisé en 2006, les actes de violence homophobe sont fréquents. L’homosexualité reste illégale dans une grande majorité des 54 pays d’Afrique.

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[actu] Istanbul : les anti-émeutes chargent la gay pride https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/29/actu-istanbul-les-anti-emeutes-chargent-la-gay-pride/ Mon, 29 Jun 2015 00:17:33 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1542 Continuer la lecture →]]> istanbulLa police anti-émeutes turque a violemment réprimé dimanche 28 juin la Gay Pride d’Istanbul, lançant des gaz lacrymogène et utilisant des canons à eau pour disperser des milliers de manifestants rassemblées dans le centre. (mis à jour)

publication du site Kedistan :

Décidément Tayyip n’aime pas les pédés, les gouines, les trans et tout ce qui ne lui ressemble pas, et en mois de Ramadan encore moins…

Ce sympathique journée de dimanche devait marquer la fin de la Semaine des Fiertés d’Istanbul, organisée pour la 23ème fois. La gay pride, temps fort de cette semaine d’actions LGBTI était donc sur le point de démarrer à 17h. Des dizaines de milliers de manifestants s’impatientaient sur le lieu de rendez-vous à Taksim, et d’autres continuaient à les rejoindre. Des drapeaux arc en ciel flottaient, les pancartes et banderoles préparées d’avance exposaient des slogans plein d’humour.

Et là, surprise !

Le comité d’organisation apprend que la Préfecture d’Istanbul avait interdit la gay pride au dernier moment, sans aucune annonce préalable. Pourtant cette marche était prévue et organisée depuis des mois.

Si la police anti-émeutes était largement déployée, parée de projectiles lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc ce n’était pas pour rien. C’etait pour faire la fête de cette joyeuse foule, venue parler de l’égalité des droits, revendiquer la liberté, chanter l’amour.

La répression policière fasciste a chargé les couleurs arc-en-ciel, la joie, l’humour et l’enthousiasme.

Le comité organisateur disait dans un communiqué publié aussitôt :

La 13ème marche LGBT qui devait débuter à 17h à Taksim, a été subitement déclarée “interdite” par la Préfecture, en prétextant le Ramadan. La police charge des dizaines de milliers de personnes avec des balles en caoutchouc, gaz lacrymo et canons à eau. Toutes les rues menant vers Taksim et l’avenue Istiklal sont bloquées. Nous appelons le Préfet d’Istanbul, Vasip Şahin, à respecter la Constitution et cesser expressément les attaques ainsi que faire une déclaration publique. Nous invitons tous les participants à garder leur position et attendre à Beyoglu, jusqu’à ce que la marche démarre. Nous appelons nos ami(e)s et soutiens qui ne sont pas sur place à protester là où ils se trouvent, en faisant du bruit avec des casseroles. NOUS SOMMES LA ! NOUS NE PARTIRONS PAS ! HABITUEZ VOUS ! L’amour gagnera ! ‪#‎GelYanima‬ Comité de la 23ème Semaine des Fiertés d’Istanbul

Comme la répression policière n’était pas suffisant, un groupe de civils, nationalistes et islamistes qui s’étaient groupés près de l’avenue Istiklal, ont attaqué les journalistes venus couvrir l’événement, devant les yeux des policiers. Plusieurs d’entre eux ont été blessés, dont un photographe de l’AFP. Une vidéaste également de l’AFP qui filmait la violente intervention des policiers, a été brutalisée par ces derniers. Aux alentours de Taksim, notamment dans le quartier Tophane, des petits groupes de manifestants isolés ont été attaqués par des civiles.

Sommes-nous vraiment surpris ?

Pas vraiment…

Dans un pays où le patriarcat opprime, l’obscurantisme abrutit, le fascisme réprimande, les amoureux de la liberté ont du pain sur la planche. Mais rassurez-vous ils ne chaument pas. Ils luttent avec toute leur force, leur coeur et leur cerveau. Ils utilisent tous les moyens avec humour, créativité et courage. Il va falloir que ceux qui ont la trouille de la liberté s’y habituent. “L’amour gagnera” !

Pour vous mettre au parfum lacrymo stanbouliote… Voir ici quelques vidéos filmées par l’activiste photographe Zafer Kara…

Dépêche fr :

Lorsque des manifestants ont scandé des slogans dénonçant « le fascisme » du régime du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, la police, présente en nombre à l’entrée de la grande artère piétonne d’Istiklal, a chargé la foule, utilisant par endroits des balles en caoutchouc.

Avant le lancement de la marche, de nombreux policiers en tenue ont fermé l’accès à la place Taksim, sur laquelle s’ouvre la rue d’Istiklal, centre de la contestation contre le régime islamo-conservateur de l’été 2013.

Depuis, tout rassemblement est interdit sur la place et ses abords. Un groupe de civils, apparemment des nationalistes et islamistes qui s’étaient réunis près d’Istiklal, là où devait avoir lieu la marche, ont attaqué les journalistes couvrant l’événement, blessant légèrement plusieurs d’entre-eux dont un photographe de l’AFP.

La police n’a pas bronché à cette agression, selon les témoins et les médias. Une vidéaste de l’AFP a, quant à elle, été brutalisée par la police alors qu’elle filmait son intervention musclée. Au moins cinq manifestants ont été interpellés par la police.

Pourtant cette marche devait constituer la 13è édition de la marche des fiertés homosexuelles pour soutenir les droits des LGBT qui s’étaient dans le passé déroulées sans incidents graves en Turquie, où l’homophobie reste répandue, surtout dans les zones rurales.

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« Nous voulions simplement marcher. Cela fait des années que nous marchons ici en paix. nous n’avons ni pierre ni arme, nous voulons juste marcher », a expliqué, très incrédule, à l’AFP Can, un jeune militant LGBT. « Et maintenant ils tirent du gaz sur nous sans aucune impunité », a-t-il regretté.

Cette année, la manifestation a coïncidé avec le mois musulman du Ramadan. Des députés de l’opposition social-démocrate au Parlement qui assistaient au début de la marche ont voulu négocier avec la police et l’un d’eux, Mahmut Tanal, du parti républicain du peuple (CHP) est monté sur un véhicule blindé de la police, selon les images diffusés par les médias.

De nombreux internautes ont fait part de leur indignation après la dispersion de la marche. « Attaquer des gens qui défilent pour soutenir l’amour n’a pas de place dans la démocratie. C’est tout simplement une honte », a lancé sur son compte Twitter Erdem Yener, un comédien connu de Turquie.

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« Aucune quantité d’eau ne peut effacer les valeurs universelles d’égalité, de fierté, de diversité et d’espoir incarné par le drapeau arc-en-ciel », symbole de la communauté homosexuelle, a pour sa part écrit la romancière Elif Shafak.

La place de Taksim est devenue le symbole de la contestation contre Recep Tayyip Erdogan et de son régime pendant près d’un mois en 2013. Un mouvement, réprimé par la police, qui avait gagné toute la Turquie pour dénoncer la dérive conservatrice de l’homme fort du pays. La communauté LGBT était à l’avant front du mouvement qui s’était soldé par la mort de huit personnes.

(Source AFP)

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?t=12&v=MAC17F2nDvk

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[actu] Maroc : condamnation de Lahcen et Mohsine https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/28/maroc-condamnation/ Sun, 28 Jun 2015 20:07:44 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1517 Continuer la lecture →]]> 10487286_771874096190009_7678071024762266365_nLe 19 juin 2015 Lahcen et Mohsine ont été condamné par le tribunal de Rabat à quatre mois de prison ferme pour homosexualité et obscénité. Réactions du collectif Aswat, de la soeur de Lahcen et entretien avec leur avocate.

Voir le précédent article sur leur arrestation.

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Collectif Aswat, 21 juin 2015

Le procès de Lahcen et Mohsine pour Homosexualité ne respectait pas les normes d’un procès équitable [البيان بالعربية بالأسفل]

Ce vendredi 19 Juin , le tribunal de première instance de Rabat a rendu son verdict , Lahcen et Mohsine ont écopé de 4 mois de prison ferme et une amende de 500 DH chacun pour « Homosexualité » et « Obscénité » , les avocat-e-s ont déclaré que le procès n’était point équitable .

Suite à leur arrestation le 3 Juin dernier , les deux jeunes hommes ont été poursuivi pour des actes relevant de la liberté de circulation et autres droits garantis par la constitution ainsi que les lois internationales sur les droits humains .

Maitre Khadija Rougany , avocate des deux détenus , a déclaré au Collectif « Aswat » que plusieurs infractions des conditions de procès équitable y compris les garantis fournis par le code de procédure pénal ont eu lieu ; Maitre Hassan Tass , second avocat des deux jeunes hommes a aussi assuré que le procès n’était pas équitable.
Lahcen et Mohsine ont été sujet de torture physique et psychique, diffamation, incitation à la haine et discrimination, ils ont été forcé à signer les P.V. de par des coups, menaces et violence. Leurs avocat-e-s ainsi que la mère de Mohsine l’ayant visité à la prison de Salé ont confirmés ces faits au Collectif.
La défense s’était vu refuser la demande formulé au parquet pour effectuer un test médical suite aux traces de torture visibles au niveau de leurs visages et sur les images diffusées sur la chaine nationale «Al Oula ». Les objets réquisitionnés, comme l’appareil photo, les téléphones, les sacs, ne comportent aucun élément de preuve. Les avocat-e-s avaient demandé à les voir mais leur requête fut refusé. Ce refus et la non présentation des dites preuves devant les détenus et le tribunal est contraire aux principes d’un procès équitable.
Ces violations , et principalement celle de la présomption de l’innocence avant le début du procès même comme il nous fut déclaré par Maitre Khadija Rougany font que procès ne soit guère équitable : « Le communiqué publié par le Ministère de l’intérieur, la diffamation dont les deux détenus ont été sujet, et la diffusion de leurs images montrant les traces de tortures sont les outils d’une intervention directe sur le pouvoir législatif et juridique ainsi qu’une forme de grande pression afin de l’influencer, le procès en son ensemble et le refus des demandes de la défense est le meilleur exemple de celle-ci ».
Le Collectif « Aswat » fut aussi informé que nombre de personnes dont des journalistes avaient été interdits d’accès au du tribunal lors du procès tout en donnant l’impression que l’audience était public faute de la grande présence au niveau de la salle.
Les familles des deux détenus ont confirmé à « Aswat », qu’elles n’avaient pas été notifiés des arrestations ,et qu’elle ne l’ont su qu’à travers les médias. Les familles et proches vivent dans un état de traumatisme depuis.

La mère de Lahcen a expliqué que la diffamation que le ministère de l’intérieur à orchestré sur les médias et la divulgation de l’identité de son fils en l’accusant d’avoir commis des « actes contre natures » est similaire à une condamnation à mort pour lui et sa famille , au sein d’une société qui refuse cette « accusation », elle a aussi précisé que son état de santé s’est aggravé depuis la prononciation du jugement, et qu’elle a beaucoup de crainte vis-à-vis du futur de son fils – Mohsine – après avoir purgé sa ‘peine’.
Le Collectif « Aswat » à enregistré que l’état de santé de Mohsine actuellement à la prison de Salé est très critique.

Le jugement rendu de 4 mois de prison ferme et 500DH d’amende pour chacun selon l’article 489 pour un acte sexuel entre deux personnes du même sexe est injuste , l’inexistence de preuves, l’usage d’aveux obtenu par la torture , le contexte et les circonstances ne justifiant pas une relation sexuelle entre les deux jeunes hommes en plus du fait que le seul document abordant l’ « Obscenité » était celui présenté par le policier prétendant les avoir arrêtés en flagrant délit font de ce procès , un procès incontestablement inéquitable.

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Le Collectif « Aswat » demande à l’Etat Marocain d’assumer ses obligations constitutionnels et internationales en respectant les principes de non discrimination, de protection de la vie privée et de droit à un procès équitable et ce par :
– L’arrêt des persécutions et d’arrestations de citoyen-ne-s marocain-e-s en raison de leur identité genre ou orientation sexuelle
– L’abrogation de l’article 489 du Code pénal actuel : Punissant « de l’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 200 à 1000DH , à mois que le fait ne constitue une infraction plus grave , quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe »
– La suppression de l’article 489 de l’avant-projet du nouveau code pénal , punissant « de l’emprisonnement six mois à trois ans et d’une amende de 2000 à 20 000 DH , quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe »

Le Collectif Aswat pour la lutte contre la discrimination fondée sur la sexualité et le genre

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Huffington Post Maroc, 21 juin 2015

La sœur de Lahcen, l’un des deux hommes condamnés pour « homosexualité » témoigne

Voir la vidéo (arabe non sous-titré).

TÉMOIGNAGE – Face à la caméra de Febrayer TV, la sœur de Lahcen, accusé d’avoir embrassé un autre homme devant la tour Hassan a fait part de ses impressions au lendemain de la condamnation de son frère à quatre mois de prison ferme et 500 dirhams d’amende pour « outrage public à la pudeur » et « acte contre nature avec un individu du même sexe ».

« Mon frère a été arrêté de manière humiliante », raconte la femme, visiblement désespérée. « Il avait reçu un invité à qui il faisait découvrir Rabat pendant la période Mawazine », poursuit la sœur de Lahcen qui note que son frère « a été violenté physiquement et psychologiquement ».

La jeune femme regrette d’avoir appris la nouvelle « à travers un portail d’information », ce qui a causé par la suite des manifestations à caractère homophobe devant le domicile des deux accusés. Après l’arrestation, pas de nouvelles du frère. « On ne nous a pas dit où il se trouvait. Après avoir cherché, nous l’avons retrouvé dans un état déplorable. Il avait le moral au plus bas », se remémore la sœur du condamné.

La sœur de Lahcen remet aussi en cause les circonstances du procès. « On a demandé à ce qu’ils ramènent son téléphone et son appareil photo avec lesquels il prenait des photos sur le site historique. Pourquoi ont-ils refusé de présenter ces preuves ? », s’insurge-t-elle. « Nous avons été très choqués par la condamnation. Est-il concevable qu’un homme commette des actes impudiques sur un site touristique ? »

« Ma mère est malade. Elle souffre de maladies chroniques, et c’est lui qui nous aide », conclut la sœur du jeune homme qui purge actuellement sa peine de prison, avant de fondre en larmes.

Par Youssef Roudab, mass-média HuffPost, 21 juin 2015
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Huffington Post Maroc, 16 juin 2015

Khadija Rougani, avocate des deux Marocains poursuivis pour homosexualité, dénonce des vices de procédure

HuffPost Maroc: Les deux Marocains qui se seraient embrassés devant la Tour Hassan sont poursuivis pour homosexualité et obscénité. Sur quoi est basée l’accusation?

Khadija Rougani: Sur rien justement, là est tout le problème. Le témoignage du policier en faction à la Tour Hassan est vague. Il y parle de gestes contraires aux bonnes moeurs et qui auraient attiré l’attention des gens, mais sans plus de précision. Nous avons demandé la convocation de ce policier au tribunal pour lui poser des questions sur ce qu’il a réellement vu. Nous avons aussi demandé à avoir accès à l’appareil photo numérique et au téléphone qui auraient servi aux deux accusés pour prendre des clichés. Ces fameuses photos existent-elles? En tout cas l’accusation ne les a pas montrées.

Vous avez demandé l’annulation des aveux des deux accusés, dénonçant au passage un vice de procédure. Sur quoi vous basez-vous?

Je me suis basée sur leurs déclarations. Ils ont affirmé avoir subi des violences physiques et morales durant leur interrogatoire: coups, insultes, humiliation. Nous avons aussi leurs photos prises après leur arrestation et qui ont été diffusées à la presse. Les deux accusés ont des traces de coups au visage.

La diffusion par le ministère de l’Intérieur des photos et des identités des accusés est-elle aussi un vice de procédure?

Oui, bien évidemment. C’est une atteinte au secret de la procédure judiciaire puisque leurs photos et leurs identités ont été diffusées dans la presse et les médias publics avant même que ne soit établie l’accusation. C’est une atteinte flagrante à la présomption d’innocence des deux accusés. Le ministère de l’Intérieur a, qui plus est, émis un communiqué où il a mélangé le cas des Femen expulsées pour s’être embrassées sur l’esplanade de la Tour Hassan et le cas de mes clients. Tout le monde a du coup fait l’amalgame entre un fait avéré, celui des Femen, et une accusation qui reste à prouver.

Lire aussi : les Femen, un féminisme de type néocolonial

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[actu] Maroc : les Femen, Aswat et la répression contre les homos https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/12/actu-maroc-aswat-femen-repression/ Fri, 12 Jun 2015 01:21:05 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1486 Continuer la lecture →]]> 10171738_247656888691995_5726533087249488744_n [Mise à jour : manifestation homophobe devant le domicile des deux personnes arrêtées pour homosexualité.] Réaction du collectif Aswat après « l’action » des Femen et l’arrestation qui s’en est suivi. Puis une tribune de l’écrivain Abdellah Taïa.

Mise à jour du 12 juin 2015. Le mensuel Gay Maroc a fini, suite à la mobilisation du collectif Aswat et des internautes, par retirer de la vente le magazine avec en une « Faut-il brûler les gays ? ». Ce même mensuel avait déjà publié précédemment une une négrophobe (« Le péril noir »).

Lahcen et Mosine , les deux jeunes arrêtés ce 3 juin ont besoin de soutien pour obtenir leur liberté ! D’autant qu’une manifestation homophobe a été organisée le 7 juin devant le domicile des deux jeunes hommes. La manifestation a réuni des dizaines de jeunes du quartier scandant des slogans dénonçant cet acte et réclamant « les peines maximale envers les homosexuels ».  Les deux jeunes, après leur arrestation, ont été outés par la chaîne de télévision nationale Al Aoula qui a publié leurs photos. Le portail Cawalisse avait même révélé leurs noms complets ainsi que les quartiers où ils habitent, ce qui aurait facilité le repérage de leurs domiciles, les exposant aux menaces. Les deux hommes, arrêtés pour « exhibition impudique », risquent jusqu’à trois ans de prison ferme.

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2 et 3 juin 2015. Rabat. Esplanade de la tour Hassan. Deux militantes (blanches, européennes) des Femen ont été appréhendées pour avoir tourné une “séquence obscène au sein de ce lieu de culte, torse nu, en arborant un slogan portant atteinte à la moralité publique » « [« In gay we trust« ]. Elles ont été expulsées. Peu après, au même endroit, deux gays se prennent en photos en s’embrassant. Ils sont marocains. Ils sont arrêtés et emprisonnés.

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Pour rappel, « les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe. » sont passibles d’une peine de trois ans de prison selon l’article 489 du code pénal marocain.

Le Collectif Aswat critique l’action des Femen à Rabat

Après avoir observé un silence prudent au lendemain du « kiss-in » des Femen et des deux gays marocains sur l’esplanade de la Tour Hassan, le collectif Aswat pour la lutte contre l’homophobie s’est finalement prononcé sur ces événements qui ont défrayé la chronique.

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Aswat s’est défendu de tout lien avec l’action des Femen ainsi que l’initiative du groupe britannique Placebo à Mawazine.

L’organisation de ces deux événements « n’est aucunement liée au Collectif Aswat, comme le prétendent et propagent les médias nationaux », selon un communiqué de l’association, qui ajoute qu’Aswat ne peut « guère adhérer ou participer à une activité similaire à celle des Femen » car elle va « à l’encontre de notre vision d’un engagement et d’une lutte pacifique ».

 L’association révèle aussi que les deux homosexuels qui se sont embrassés devant la Tour Hassan « ont pris nombre de photos en guise de souvenir dans différents sites » de Rabat, avant d’être arrêtés par les forces de l’ordre qui « les ont encerclés sur l’esplanade et accusés ultérieurement d’avoir imité l’action des Femen ».

Lire aussi « Les Femen, un féminisme de type néocolonial ».

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Qui va sauver les homosexuels marocains?

(par Abdellah Taïa, écrivain marocain immigré en France)

J’ai vu hier soir un film japonais sur l’esclavage, le chef-d’oeuvre L’intendant Sansho de Kenji Mizoguchi, où un père donne à son fils ce dernier conseil : « L’homme sans pitié est inhumain. Sois dur pour toi et généreux pour autrui. »

Bouleversé par ces mots simples et tellement justes, je n’ai pu m’empêcher de faire immédiatement le lien avec les trois  hommes de Taourirt, cruellement condamnés il y a quelques jours à trois ans de prison (peine maximale) pour « homosexualité » et déjà oubliés par les Marocains. Certes la presse a évoqué leur histoire et Internet a impitoyablement relayé les photos humiliantes, dégradantes, de leur arrestation « en flagrant délit » par la police suite à une dénonciation. Mais depuis, rien. Les homosexuels marocains, ce n’est vraiment pas la priorité pour le pouvoir et les citoyens hétérosexuels de ce pays. C’est de leur faute, n’est-ce pas, « ces pédés » n’avaient qu’à se repentir, se soigner, s’abstenir, bien se cacher…

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L’homosexuel(le) n’est pas un monstre. Ce n’est pas une honte ni un malade. C’est un être humain. C’est ton enfant, ton frère, ta sœur, ton père, ta tante, ton voisin, ton ami(e), ton professeur, ta nièce, ton député, le mécanicien de ton bloc…

Cela fait au moins 10 ans que l’homosexualité est omniprésente dans les médias marocains, largement débattue. L’association LGBT Aswat ne cesse de lancer régulièrement et courageusement des initiatives pour demander sa dépénalisation. Les chanteurs ouvertement homosexuels Elton John, Mika et Ricky Martin ont été officiellement invités à se produire au festival Mawazine et leur concert transmis en direct sur 2M TV *. Mais, malgré cela, l’homosexuel marocain, lui, n’existe toujours pas. Il ne doit surtout pas exister si ce n’est comme un criminel. Quand il habite à Taourirt, là-bas, si loin de Rabat et de Casablanca, son sort n’intéresse personne au Maroc. Qui connaît d’ailleurs l’existence de la ville de Taourirt ? Qui jamais parle de Taourirt ? Ca se trouve où déjà, ce bled ?

Un sondage récent nous apprend que plus de 80% des Marocains se déclarent contre l’homosexualité. Ils assument franchement cette intolérance, cette discrimination, ce racisme : l’homophobie. Quand je lis cela, j’ai honte et j’ai envie de pleurer. Chialer. Tellement c’est insupportable !

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Le Marocain est-il à ce point égoïste, insensible, cruel ? Le malheur et l’injustice que subissent ses frères et sœurs (homosexuels ou pas) ne l’intéressent pas ? Ne le concernent pas ? Pourquoi cette indifférence, ce silence, cette terrifiante politique de l’autruche ?

Pour justifier leur condamnation de l’homosexualité, certains (la plupart en fait) évoquent sans aucune nuance l’islam, le Coran, nos traditions. Nous sommes des Arabes, des musulmans, nous n’acceptons pas parmi nous les invertis, les pervers ! A ceux-là, j’ai envie de répondre ceci : le Coran recommande le pardon, l’islam incite à ne jamais se hâter dans la condamnation de l’autre et nos traditions elles-mêmes ont un cœur tendre pour nous, tous, absolument tous !

Pourquoi alors persister au Maroc dans la cruauté ? Pourquoi la peine maximale de trois ans au mécanicien de Taourirt et à ses deux amis ? Il est vrai qu’ils n’ont pas la chance, eux, d’être de nationalité britannique comme l’homosexuel Ray Cole qui, arrêté à Marrakech fin 2014 avec un Marocain, a été emprisonné puis, suite aux pressions médiatiques de son pays, vite libéré. Il faudra que quelqu’un nous explique officiellement cette différence de traitement. Le Marocain homosexuel est-il plus coupable aux yeux de la justice qu’un Britannique homosexuel ? Au second, on pardonne tout et sur le premier, on s’acharne sans relâche ?

Tout cela est d’une tristesse absolue.

Si j’écris ce texte c’est parce que je me sens plus que solidaire avec le pauvre mécanicien de Taourirt et ses deux amis. Je pense à eux dans leur cellule en ce moment, à comment on les traite, à comment on les regarde. J’imagine tout, facilement. L’horreur. Et je ne cesse de me répéter que, malgré tout ce qu’on dira au Maroc, ils n’ont commis aucun crime. Ils essayaient juste de vivre, de voler un moment de liberté sexuelle que la société et l’État marocains leur interdisent officiellement. Mais où est ce Marocain, ou bien cette Marocaine, qui respecte intégralement tout ce que prévoient la religion et les lois du pays ? Est-ce qu’il/elle existe seulement ? La réponse est évidente. Et pourtant, quand on est « attrapé » au Maroc, on est si seul : plus personne pour vous reconnaître, vous aider, se battre avec vous. Bien au contraire : c’est alors pour beaucoup de monde l’occasion rêvée pour exister en vous enfonçant. Pas de pitié. Pas de générosité. Une mauvaise foi schizophrénique en veux-tu, en voilà.

Les libertés individuelles n’existent pas au Maroc. Il n’y a pas de lois pour protéger les citoyens qui, eux, veulent se libérer des contraintes, des condamnations sociales et assumer leurs choix de vie. Vivre librement ne signifie pas vivre d’une manière sauvage. Cela veut juste dire s’engager dans la société, en étant sincèrement qui on est, cesser de perdre son énergie à vouloir toujours satisfaire des exigences et des traditions depuis longtemps obsolètes.

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Quand est-ce qu’on va enfin comprendre dans ce pays qu’un Marocain libéré et épanoui travaillera mieux, pour lui et pour son groupe, pour la société, pour le monde ? Je ne suis sans doute ni le premier ni le dernier à poser cette question plus que légitime et qui attend toujours une réponse sérieuse, adulte, et non pas un rappel à l’ordre systématique.

Je suis écrivain. Je suis marocain. Je suis homosexuel. Et, sincèrement, j’en ai plus que marre de constater que même ceux qui d’habitude défendent la liberté avec vigueur ne sont jamais là pour soutenir les homosexuels marocains dans leur combat. Ils se dérobent, ils se cachent, après tout ce n’est pas leur problème… Ils ont peur d’être « salis », de perdre leur soit-disant crédibilité dans le milieu où ils évoluent. Il faut d’abord régler tant de questions ici avant d’aborder celle des homosexuels ! Ce n’est pas encore le moment ! Soyez patients ! Etc. Un discours hypocrite tout prêt et resservi à chaque fois avec beaucoup d’aplomb.

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Il n’y a pas si longtemps j’étais encore un adolescent homosexuel dans la ville de Salé livré quotidiennement aux mâles sexuellement frustrés du quartier, insulté, violé, battu, obligé de baisser continuellement la tête dans l’espoir qu’on me laisse tranquille. En vain. Tout le monde savait l’enfer qu’on m’obligeait à vivre. La violence inouïe. Personne ne m’a défendu. Personne. J’ai payé dans mon petit corps le prix des contradictions vertigineuses de ce pays. Ce qui m’est arrivé petit arrive aujourd’hui encore à beaucoup de jeunes Marocains homosexuels. Était-ce de ma faute ? Est-ce de leur faute ? Et que fait l’État pour protéger ces enfants, ces adolescents ?

L’homosexuel(le) n’est pas un monstre. Ce n’est pas une honte ni un malade. C’est un être humain. C’est ton enfant, ton frère, ta sœur, ton père, ta tante, ton voisin, ton ami(e), ton professeur, ta nièce, ton député, le mécanicien de ton bloc… Quelqu’un avec qui nous vivons tous et que nous tuons chaque jour un peu plus. Jusqu’à quand ces horreurs et cette inhumanité ? Qui va sauver enfin les homosexuels marocains ?

*Cette chronique a été écrite quelques jours avant la manifestation des Femen à Rabat et le concert de Placebo. 

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[actu] Corée, Séoul : « La parade aura lieu, interdiction ou pas » https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/actu-coree-seoul-la-parade-aura-lieu-interdiction-ou-pas/ Thu, 11 Jun 2015 19:51:15 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1479 Continuer la lecture →]]> seoulLes organisateurs de la gay pride de Séoul ont annoncé leur intention de maintenir la manifestation prévue fin juin malgré l’interdiction prononcée par la police sous la pression d’associations chrétiennes.

Plus de 20.000 personnes devaient prendre part au défilé gay et lesbien dans les rues de la capitale sud-coréenne le 28 juin à l’issue du Korea Queer Festival. Mais des associations chrétiennes, qui avaient déjà perturbé la gay pride l’an dernier, ont délibérément déclaré auprès des autorités leur intention d’emprunter le même trajet, le même jour à la même heure.

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« Nous ne resterons pas les bras croisés alors que nos valeurs sociales sont menacées (…) et que les vies de nos enfants sont en péril », ont justifié cinq grandes associations protestantes.
Craignant des heurts, la police a annoncé la semaine dernière l’interdiction pure et simple de la gay pride.  Une décision inacceptable pour Woo Ji-Young, directeur du comité organisateur, qui accuse les autorités de céder aux injonctions des groupes religieux.

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« La police devrait protéger la liberté d’expression plutôt que de se faire la complice de ceux qui cherchent à la bâillonner », a-t-il dénoncé. « La parade aura lieu, interdiction ou pas », a-t-il ajouté.
Ces groupes chrétiens, qui revendiquent des millions de fidèles, harcèlent quotidiennement le maire de Séoul, Park Won-Soon, qui avait déposé l’an dernier un projet de charte sur les droits de l’Homme incluant un alinéa sur la protection des minorités sexuelles.

Depuis, des militants se réunissent chaque jour devant l’hôtel de ville en apostrophant l’élu qu’ils surnomment « le maire de Sodome ».

Publié par Le Figaro avec l’AFP le 11 juin.

 

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Algérie : « Homosexualité, ou la mort sociale » https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/algerie-homosexualite-ou-la-mort-sociale/ Thu, 11 Jun 2015 16:55:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1355 Continuer la lecture →]]>

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Un article sur l’homosexualité en Algérie publié par Le Monde diplomatique en août 2014, un second de juin 2010 du blog A corps à coeur.

Sexe, jeunes et politique en Algérie

Homosexualité, ou la « mort sociale »

par Pierre Daum, août 2014

A première vue, comme le dit Latifa, une lesbienne rencontrée à Oran, « la vie des homosexuels est beaucoup plus simple et joyeuse en Algérie. » En effet, dans cette société où chacun vit cloisonné entre personnes du même sexe depuis le plus jeune âge, les possibilités de rencontres et de plaisirs homosexuels sont beaucoup plus nombreux. A 15 ans ou 25 ans, un garçon peut faire venir son amoureux à la maison, s’enfermer avec lui dans sa chambre, et même lui proposer de passer la nuit, sans que ses parents n’y voient malice. Pareil pour les filles. A 30 ans, 40 ans, deux hommes ou deux femmes peuvent partir en week-end, louer une chambre double à l’hôtel, personne ne dira rien.

Zoheir Djazeiri est un activiste important parmi les homosexuels algériens. Militant à l’association Abu Nawas (1), son action est strictement clandestine, et Zoheir Djazeiri (Zoheir L’Algérien) est un pseudonyme. « Tout cela est vrai, admet-il, mais attention, le pendant négatif est très lourd ! Nous vivons dans une société machiste. Etre homosexuel, pour un mec, c’est se dégrader au niveau inférieur de la femme. » Sans parler de la loi, qui réprime très durement ces pratiques à la fois « contre nature » et interdites par la religion d’Etat, l’islam (article 2 de la Constitution) (2). « Se faire arrêter pour homosexualité signifie la mort sociale, poursuit Zoheir. Tu es obligé de tout quitter : ta ville, ta famille, ton travail, tout ! » Détail important : En Algérie, aucun avocat n’est prêt à défendre publiquement les homosexuels. « Sa carrière serait ruinée. »

Malgré cela, non seulement il est possible d’avoir une vie homosexuelle, avec ses lieux de rendez-vous, ses bars et ses cabarets à Alger, Oran et Bejaia, mais beaucoup d’hétérosexuels algériens ont des pratiques homosexuelles : à l’école, lors du service militaire, à la cité U, etc. « La femme étant un produit rare, on se rabat sur les hommes. », rigole Mourad, 25 ans, rencontré à Alger, qui ne sait pas « si [il] préfère les hommes ou les femmes ». Un universitaire français travaillant sur l’homosexualité masculine à Alger raconte : « Les copains homos que j’ai rencontrés il y a huit ans sont tous en train de se marier. Avec le mariage, ils cessent plus ou moins leur vie homosexuelle. »

Tout engagement social ou politique représente un immense danger. L’association Abu Nawas, qui revendique via le Net 1.500 adhérents, est considérée par l’Etat comme une organisation faisant l’apologie d’un crime. « Nous sommes un noyau d’une vingtaine de militants, tous passibles de 10 ans de prison », explique Zoheir L’Algérien. Lors des mouvements contre un 4e mandat du président Abdelaziz Bouteflika (finalement réélu sur un fauteuil roulant le 17 avril 2014), Zoheir a dû s’enfuir pendant deux mois à l’étranger. Une chaine de télévision avait diffusé un reportage intitulé « Le complot », montrant sa photo entourée d’un cercle. A-t-il eu peur de se faire agresser, voire tuer ? « Non, ce n’est pas ça. Mais comme ma mère et les gens du quartier regardent ces chaines, j’avais trop peur qu’elle apprenne la vérité. »

Pierre Daum, Journaliste.

(1) Voir le site d’Abu Nawas. Il existe une deuxième association homosexuelle en Algérie, Alouen.

(2) L’article 333 du code pénal sanctionne l’« outrage public à la pudeur ». Et l’article 338 mentionne spécifiquement l’homosexualité : « Tout coupable d’un acte d’homosexualité est puni d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 500 à 2.000 DA. » Il est régulièrement appliqué, sans qu’aucun chiffre ne soit disponible.

Être gay en Algérie aujourd’hui

Vivant leur sexualité dans la clandestinité, les gays d’Algérie, occupent de plus en plus l’espace public et font face à une mentalité réactionnaire. Dans ce pays, où le code pénal condamne durement l’homosexualité, les gays sont confrontés à de sévères difficultés. A côté de cette bataille sexuelle, se joue aussi un combat social, déterminant pour leur avenir.

Alger : Avec ses faubourgs, ses minarets, et ses rues où déambulent les passants, un air de paix réside sur cette ville baignée par la mer et le soleil. Il est dix heures du matin. Salim, 25 ans, coiffeur aux allures de mannequin, quitte à pied son domicile afin d’aller au travail. Résidant le quartier populaire de Badjarah, à l’est d’Alger, il fait partie des gays qui vivent cachés.

Bien qu’il ait le sourire auprès de sa clientèle, il ne cache pas son désespoir.  » Je me demande pourquoi je ne suis pas comme les autres, assène le coiffeur. La vie est difficile ; pour échapper au jugement des autres, la seule solution reste la discrétion « Pour faire face à ses soucis du quotidien, Salim s’adonne à un seul plaisir, la musculation.  » Quand je vais à la salle de sport, je me sens radieux. Parfois, on peut faire de formidables rencontres. A la salle, les hommes créent parfois des affinités, alors que sur internet, on ne peut pas savoir qui se cache derrière  » raconte le jeune homme.

algerie

Internet n’arrange pas les choses : Contrairement à certains pays arabo-musulmans, en Algérie, les sites gays ne sont guère bloqués par l‘administration. Nombreux sont les internautes qui surfent sur le web pour rencontrer leur prince charmant. Farouk, 30 ans, conseiller en communication, connaît bien le système.  » Sur le web, il s’agit de faire de la prise de rendez-vous. Pour ne pas se faire avoir, le mieux, c’est d’avoir une webcam, et de donner rendez-vous à la personne sur un lieu neutre « . Le système web n’est que la première étape. Un seul souci, la galère. Beaucoup de gays vivent soit en famille soit en couple avec leur femme. De ce fait, rares sont les gays qui peuvent se permettre de recevoir. Seule alternative : l’hôtel.  » Si on se présente à deux dans certains hôtels, le réceptionniste peut trouver que la situation est louche et nous empêcher de louer une chambre, et là, c’est cause perdue pour les gays « , déclare le conseiller.

Jeu de chat et de souris : Quand on ne trouve pas d’endroits, l’ultime solution est la fréquentation des lieux de dragues. Et là, la situation se complique, au point de voir les homos se faire embarquer par la police. Situés au centre, les principaux lieux de dragues sont l’escalier de la Pêcherie, du nom de Sahat Souhada, ainsi que la Kasbah. Dès la tombée de la nuit, les gays sont nombreux à s’y croiser. Mis à part le fait de jouer au chat et à la souris avec la police, les homos craignent d’être la cible d’agressions homophobes. Le conte de fée pourrait donc avoir des allures de cauchemar. Car c’est aussi dans ce même quartier que résident de nombreux islamistes modérés.  » Venir draguer, c’est bien. Mais même si on ressent l’air frais, dans le fond, c’est une prison, affirme Mahmoud, jeune homme de 26 ans. On a du mal à se libérer, mais les lieux de dragues sont les seuls endroits accessibles  » . Comme beaucoup de jeunes homos, Mahmoud est confronté à des difficultés sociales. Disposant d’un maigre budget, il ne peut que satisfaire ses besoins primaires.  » Si j’avais les moyens de quitter le pays, je l’aurais fait depuis un certain moment, déclare le jeune homme. La société nous rejette et la religion nous condamne. Dans tout ça, personne ne nous écoute « . Pour faire face à cette situation d’extrême précarité, l’instruction reste le seul remède.  » La seule solution, c’est la réussite professionnelle. Plus je me sens démuni, plus je me donne les moyens de me battre « .

La boïte de nuit : un luxe ! Hydra, quartier riche situé sur les hauteurs de la Capitale. C’est dans ce quartier huppé que se situe le principal endroit gay officieux ( sic : officiellement, l‘Algérie ne compte aucun endroit gay ), le bar, le Cappucino. A la terrasse, les familles dévorent des chawarma ( équivalent du kebab, NDRL ), tandis qu’à l‘étage, les gays et lesbiennes de la capitale se rassemblent.

Pour la plupart, ils ont connu Paris et le Marais. L’ambiance est plutôt bon enfant. Détendus comme ils ont l’air, les jeunes passent leur soirées à rigoler et à se connaître.  » Ici, on peut passer de meilleurs moments qu’à Paris. Bien qu’il n’ y ait pas de liberté pour les gays, tout se passe bien au Cappuccino  » résume Lotfi, étudiant en Commerce. Mais ne serait-ce pas juste une façade ? Etant une trentaine à squatter le bar, ils ne sont pas à même de représenter une part importante de la communauté LGBT établie en Algérie. Après la fermeture du bar, à 3 heures du matin, la soirée continue. Descendant la côte à bord de leurs voitures sentant le neuf, les gays les plus aisés passent leur temps à fréquenter les boîtes de nuit les plus denses. Le Pacha, night club côtoyant le prestigieux hôtel, El Djazair ( ancien Saint-Georges ), devient le deuxième quartier général des aficionados du Cappuccino.  » C’est là où y a les hommes les plus sexy de la capitale. En plus, les gens sont ouverts et accueillants, affirme Lotfi, on s’éclate comme au Queen à Paris « . Or, se payer un droit d’accès en boîte, reste bien sûr un luxe pour beaucoup de jeunes à travers le pays.

La santé en question : La situation des LGBT en Algérie est préoccupante. A côté des soucis relatifs à l’identité sexuelle, la communauté homosexuelle doit faire face à la recrudescence des cas de VIH et d‘IST ( Infections sexuellement transmissibles ). A ce jour, deux mille personnes séropositives sont recensées en Algérie. Stigmatisant les sidéens, la population intensifie de façon cruelle la culture du rejet et du mépris. Parmi les plus touchés, on retrouve comme partout : les homosexuels.  » La prévention à l’égard des gays commence à décoller en Algérie, déclare un activiste d’une association locale. Avec l’association Aides Maghreb, on met en place un projet visant à favoriser la prévention auprès de cette catégorie « . N’étant pas clairement informés des risques du VIH, les homosexuels sont en quelque sorte les  » martyrs  » de la maladie. Pour faire face à ce fléau, Yahia et son équipe en appelle à la solidarité internationale.

Ni l’Etat, ni les politiques, et encore moins la population algérienne ne porte une sensibilité à l’égard de la communauté gay. Les homosexuels n’ont qu’une seule envie : partir loin, de manière à échapper à une société qui leur fait tant de mal. La patience reste pour eux le seul moyen de faire face à cette crise sexuelle. Auront-ils assez de courage pour affronter leur différence ? Comme partout dans le monde musulman, les LGBT, n’attendent qu’une seule chose : le changement. La devise du président américain, Barack Obama :  » yes, we can  » , fera-t-elle recette, dans ce pays où le peuple a tant souffert ?

Une pensée : La communauté LGBT d’Algérie commémore tous les 10 octobre une journée internationale pour les droits LGBT en Algérie. Les Algériens et Algériennes du Maghreb, les beurs de France et de Belgique se retrouvent par la pensée en mettant à brûler une bougie chez eux, à la maison, dans leurs chambre, discrètement pour ne pas se faire pincer par les parents, voisins ou autres anti LGBT ou homophobes. Les plus hardis d’entre eux en mettent une à brûler sur le balcon, ou au salon.

Un site à découvrir : G.L.A ( Gays et Lesbiennes d’Algérie ) est un forum fondé par un groupe d’amis, dont l’objectif est de rassembler la communauté, promouvoir les activités des associations à orientation LGBT, échanger sur les sujets qui les intéressent, quel que soit le sexe, la race, la religion, et surtout, l’orientation sexuelle des membres.

Gays et Lesbiennes d’Algérie, Le forum des LGBT algériens : http://gay-lesbienne-dz.positifforum.com/

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[actu] Burkina-Faso : La justice et le CNT réticents à légiférer sur l’homosexualité https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/actu-burkina-faso-la-justice-et-le-cnt-reticents-a-legiferer-sur-lhomosexualite/ Thu, 11 Jun 2015 13:32:39 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1458 Continuer la lecture →]]>

lavenderlove-credit-corinna-nicoleAu Burkina Faso, il n’existe aucune loi qui interdit ou autorise l’homosexualité. Jusqu’à quand ? s’interroge la journaliste Salifou Ouedraogo, du quotidien BF dans un article publié le 8 juin 2015.

 

 

La reconnaissance des « droits » des homosexuels occupe une place importante dans les critères de financement  de la grande majorité des projets et programmes des pays en développement comme le Burkina Faso. Dans le volet lutte contre le VIH/SIDA, les partenaires financiers exigent la prise en charge des personnes homosexuelles. Même si les pressions internes (religieuses, coutumières et parfois politiques) entravent  l’instauration de la loi, elles ne prennent  pas en compte le silence de la loi qui est en réalité, une autorisation. Au Burkina Faso, il n’existe aucune loi qui interdit ou autorise l’homosexualité. Une « tolérance » qui a permis au réseau des jeunes  LGBTQ (Lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, Queer) d’Afrique de l’Ouest dont le siège est à  Ouagadougou, depuis 2012, de travailler pour un environnement favorable quant au respect et à la protection des droits humains des personnes homosexuelles. Le code pénal en adoption actuellement a mentionné les minorités sexuelles. L’évolution des choses pourrait faciliter la reconnaissance des droits des homosexuels avant la fin de la Transition malgré l’opposition d’un grand nombre de magistrats. Arrêt sur une « pratique étrangère»  qui veut être reconnue légalement comme un « droit de l’homme »  respectant le principe de la « vie privée des hommes » et qui provoque des migraines chez des magistrats, hommes politiques, leaders associatifs, coutumiers et religieux du Burkina.

 

 

 

 

 

 

 

 

S’il y a un sujet qui crée des controverses, voire des frustrations dans bon nombre de pays africains, c’est bien l’homosexualité. Des coutumiers, aux religieux en passant par  les hommes de droit et certains leaders politiques, l’homosexualité est un sujet « hostile », « anti culturel » et « anti religieux ». Les hommes politiques savent qu’évoquer « le droit » des homosexuels lors d’une campagne électorale est synonyme d’échec assuré en Afrique. Conséquence, les législations sont muettes voire superflues dans plusieurs pays. Au Burkina Faso, la législation actuelle ne fait pas mention de l’homosexualité. Pourtant,  ce silence de la loi veut dire en réalité que l’homosexualité est autorisée au Burkina Faso.  «En droit,  ce qui n’est pas interdit est autorisé », soutient un cadre du ministère de la Justice. En d’autres termes, personne ne peut poursuivre quelqu’un sur le sol burkinabè parce qu’il est homosexuel.  Ce qui est une aubaine pour cette couche de notre société.

C’est du même coup, ce qui a poussé le réseau à s’installer au Burkina Faso. Ils étaient déjà près de 600 parmi lesquels on dénombrait 411 Burkinabè de souche en 2012 dont 110  étudiants selon une étude structurelle menée par le QYAN, qui précise d’ailleurs que ce nombre est loin d’être juste. La question se pose  dès lors de savoir s’il  faut parler de « droit » des homosexuels en  Afrique. Méritent-ils d’être protégés? Comment parvenir à  trouver un remède à ce « fléau », vue par certains comme une « nouvelle forme de colonisation », « une déperdition humaine », « un droit d’existence »,  ou simplement des aléas du développement et de la démocratie ? D’aucuns pensent qu’il ne faut même pas en parler. Pour eux, parler de l’homosexualité, c’est la considérer, c’est créer des débats et des frustrations inutiles. Pourtant, des centaines d’enfants du pays des Hommes intègres y trouvent « leur bonheur ».

Il faudrait donc en parler au moment même où le débat fait rage au niveau de la justice. Tout commence à partir de la conférence de presse, organisée par le Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG) sur le bilan 2014 de la SCADD. Lors de ladite conférence, le traitement sérologique des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes revient sur la table. Un homme que nous tairons le nom, se présente comme étant un spécialiste des questions de l’homosexualité. Il affirme que le siège ouest -africain de la promotion des droits des homosexuels se trouve à Ouagadougou, depuis 2011.

Les animateurs de la conférence précise que les courbes des personnes vivant avec le VIH/SIDA pourraient fléchir s’il n’y a pas une prise en compte des personnes homosexuelles qui sont la plupart des bisexuels (hétérosexuels et homosexuels). Quelques jours après, nous entendons que le code pénal actuel est  en révision avec une probabilité élevée que la question de l’homosexualité soit débattue.

La réticence des membres du CNT

Dans l’histoire récente du droit des homosexuels au Burkina Faso, on retient que le président du parti PAREN, Tahirou Barry, a déposé quatre propositions de loi dans le but d’interdire l’homosexualité au Burkina. « Ces propositions n’ont même pas franchi la porte du bureau du président du CNT », nous indique un membre du CNT sous anonymat.   Le président du PAREN nous le confirmera plus tard. Le motif utilisé par le président du CNT, Shériff Sy, « ce n’est pas une priorité pour le moment», nous explique Tahirou Barry.

Selon lui, le PAREN « n’acceptera jamais » que l’homosexualité soit reconnue au Burkina. « On ne va pas laisser notre société revenir à l’état d’animosité », promet-il. Selon certaines indiscrétions, le président du CNT aurait subi des pressions extérieures après l’introduction de la proposition de loi qui « serait votée à l’unanimité sans aucun doute », nous explique un membre du CNT. Quelques jours après le dépôt, l’ambassadeur des Etats- Unis qui était de passage au CNT en aurait profité pour aborder le sujet sur l’introduction de la loi par le PAREN.

La législation sur les  homosexuels divise

Pendant ce temps, le nouveau code pénal en relecture divise les magistrats. A l’atelier de validation du nouveau code, les partenaires ont voulu que la loi pénale qui sera en vigueur désormais « favorise l’homosexualité et sanctionne les discriminations à l’encontre des homosexuels », nous indique, un cadre du ministère de la Justice. Une volonté farouchement rejetée par la grande majorité des hommes de droit qui sont chargés de relire le code, assure-t-il. Par ailleurs, il retiendra « la discrimination fondée sur le sexe », dit-il.

Ce qui veut dire que « la nouvelle loi qui sera adoptée ne permet pas de poursuivre quelqu’un parce qu’il est homosexuel », confie-t-il. Donc, l’homosexualité est permise aujourd’hui et sera permise demain au Burkina suivant le principe judiciaire selon lequel, « ce qui n’est pas interdit, est permis ». Au Burkina Faso, la loi n’autorise le mariage qu’entre «deux personnes de sexes différents ». Ce qui sous-entend qu’aucun officier civil ne peut célébrer un mariage homosexuel au Burkina Faso. Ce qui est certain, c’est que le code actuel va citer clairement l’homosexualité pour la première fois. Ce qui serait une avancée notable pour les défenseurs des droits des homosexuels.

Pour ces derniers, il s’agit d’une question de droits humains et de vie privée de personnes. Il faut donc les protéger et les réguler selon eux. Ils ont donc infiltré des participants au niveau de l’atelier de validation du code pénal pour influencer l’adoption, nous confie un magistrat présent à l’atelier de validation du nouveau code pénal. Ce que Mariam Sako, fondatrice du réseau LGBTI rejette en bloc « Ceci est une affirmation très dangereuse et fausse. L’atelier de validation était une affaire entre les magistrats et le ministère de la Justice, donc pas ouvert au public ». Une chose est sure, le code n’est pas adopté pour l’instant, mais il a été validé au niveau de l’atelier.

Selon les informations qui nous parviennent du côté de la Justice, des tractations seraient en cours pour organiser d’autres ateliers de validation afin de faire glisser un article sur le droit des minorités sexuelles. Au même moment, les associations pour la reconnaissance des droits des homosexuels travaillent à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso  pour pousser les choses à aller vite.   Les actions de l’association « Alternatif Burkina » basée à Bobo Dioulasso tournent mal. Le jeudi 28 mai dernier, les populations improvisent une marche contre les gays de la ville et réclament leur départ du quartier de peur que leurs enfants ne soient « contaminés».

Une semaine plutôt, la Fédération des églises et missions évangéliques (FEME), organise une conférence de presse pour exprimer  son opposition à la volonté de certaines églises françaises de célébrer des mariages homosexuels.  Ils disent se fier à la recommandation biblique (Gn 2 :24) selon laquelle « si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une horreur ; ils seront punis de mort : leur sang (retombera) sur eux ».

Mais il faut savoir que l’homosexualité à plusieurs palettes qui ne se résument pas à la situation de gay même si proportionnellement c’est la catégorie la plus importante.  En 2012, les statistiques du réseau avaient révélé près de 600 homosexuels à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso. Parmi eux, on dénombrait 227 lesbiennes, 322 gays, et 48 bisexuels.

La difficile prise de position de la Transition

Près de trois ans après, des estimations d’une source  sanitaire faisaient état de plus de  5 000 homosexuels  à Bobo Dioulasso uniquement.  La Transition a promis de revoir beaucoup de choses pour que plus rien ne soit comme avant. Avant, on retiendra la sortie de l’ex-maire de la commune de Ouagadougou, Marin Casimir Ilboudo, en 2013. Il avait en son temps exprimé sa volonté d’accorder une forte somme dans le traitement et la prévention du VIH/SIDA au sein des homosexuels.

Des sorties se sont multipliées à travers les médias pour dénoncer cet acte que certains considéraient comme un processus pour  faire reconnaitre et accepter le droit des homosexuels au Burkina Faso. La mairie s’était vite rétractée. Les 30 et 31 octobre2014, « les Burkinabè sont sortis sans considérations d’orientation sexuelle  pour défendre la démocratie », nous dit I. K., homosexuel. Il dit ne pas comprendre comment on peut vouloir d’une démocratie et vouloir brimer les droits de certains citoyens sous couvert d’orientation sexuelle. Après une semaine d’insistance, nous avons réussi à rencontrer un autre homosexuel. Avant qu’il ne puisse nous dire un mot, et comme devant tous les autres que nous avons rencontrés, il nous a fallu défendre notre devoir de protéger notre source qui nous a donné son numéro de téléphone.

Après les tractations, il accorde de nous répondre si nous acceptons ses conditions « pour des raisons de sécurité » : pas de photo bien qu’il garde son casque sur la tête, pas d’enregistrement, pas plus de trois questions. Sous anonymat  et sur une moto crypton sans immatriculation,  il nous avoue qu’il est Burkinabè natif de Ouagadougou. Il accepte même s’exprimer en mooré pour nous le confirmer. Il assure qu’il est gay (partenaire actif « ndlr : il occupe la position de l’homme ») depuis 2004 et son partenaire est Burkinabè aussi. Ils souhaitent être les premiers à se marier au Burkina  une fois leurs droits reconnus.

Il dit même être certain que ça ne prendra pas de temps, parce qu’eux aussi « sont devenus une communauté au Burkina qui ne réclame qu’à être acceptée en tant que citoyen comme tout le monde ».Quant à Steeve, si c’est son prénom,  un autre homosexuel que nous avons rencontré, il avoue sa peur d’évoquer sa situation d’homosexuel. C’est « pourquoi je vous ai donné rendez-vous ici » (ndrl : dans un coin huppé de l’Avenue Kwamé N’Krumah).

Même si ça tourne mal, il y a une possibilité », confie-t-il. Selon lui, ce n’est qu’en 2013 qu’il est devenu homosexuel et il se sent à l’aise. A visage découvert, ce jeune homme mince, coloré de tatouage, ne réclame qu’une chose : « Pouvoir vivre comme les autres sans discrimination et sans avoir peur de marcher dans la rue parce que je suis homosexuel », souhaite-t-il. En un mot, il réclame sa « liberté de vivre ». Cette situation démontre encore que ce phénomène est dur à avaler pour les Burkinabè.

« Nous ne demandons pas un droit supplémentaire »

Après plusieurs échanges électroniques, nous finissons par avoir un rendez-vous avec Mariam Sako alias Armisen, fondatrice et coordonatrice du réseau des jeunes LGBTQ (ndlr : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels, Queer) en Afrique de l’Ouest dénommé QAYN (The Queer Africa Youth Networking), basé à Ouagadougou et  travaillant depuis sa création en 2010 à faire valoir le droit des homosexuels  en Afrique de l’Ouest. Le rejet social oblige la structure de Mariam Armisen à fonctionner depuis lors, dans l’absolue discrétion.

Pas d’événement public, pas d’action publicitaire etc. Pourtant, elle produit des documents, mène des enquêtes, organise des rencontres, etc. Plusieurs documents sont publiés sur le site web et la page facebook du réseau.  « L’accent a été mis sur le Burkina Faso pour une raison stratégique: en tant qu’un des pays francophones de la sous-région qui n’a pas de loi contre l’homosexualité. C’est également le pays que QAYN a choisi pour demander un récépissé comme structure LGBT, la première dans le pays en tant que tel », expliquent les membres du réseau dans un rapport dont nous nous sommes procuré une copie. Armisen n’a pas de complexe. Elle ne mène pas une lutte contre quelqu’un, dit-elle.

Elle ne demande pas non plus « un droit supplémentaire ».  « Nous voulons que nos droits soient reconnus comme les autres citoyens et citoyennes», résume-t-elle la lutte que le réseau a engagée. Alors, nous entamons un long voyage dans l’histoire des homosexuels avec elle.  Une heure durant, cette jeune femme musulmane, originaire de la ville de Bobo Dioulasso, et journaliste de formation, répondra sans détour à toutes nos questions sans pour autant nous laisser la possibilité d’enregistrer. Séance d’écriture d’une lettre pour les Burkinabè afin qu’ils comprennent  que « l’orientation sexuelle  (des homosexuelles) ne nuit à personne » et que « si on est un  pays séculaire et que tous les Burkinabè ont des droits, il faut accepter le droit de tous », estime Sako.

Selon elle, les Burkinabè doivent « parler de la sexualité inclusive » parce que « la sexualité ne se limite pas à la reproduction ». En toute chose, elle ne comprend pas comment « on peut se lever chasser un gouvernement aspirer à un changement social et démocratique, en même temps, lutter contre l’existence d’une partie de la population.». La motivation qui a sous-tendu cette visibilité actuelle des personnes homosexuelles au Burkina Faso, mais également à travers tout le continent, « c’est la liberté à laquelle nous aspirons, surtout les jeunes », poursuit-elle. Mariam Sako continuera son combat même si elle est convaincue que « le taux d’analphabétisme élevé ne permet pas aux populations de comprendre les droits humains ; donc il faut parler de ces questions selon le niveau de l’audience, dans des termes concrètes qui vont au-delà des théories ».

La  communauté des homosexuels est présentative de la population, c’est à dire qu’il y a des personnes de tous les niveaux, que ce soit des hommes et femmes mariés, des hommes politiques, des commerçants et commerçantes du marché, des étudiants, etc. affirme-t-elle. La  communauté des homosexuels est très large. « On les connait. Que ce soit ceux qui sont au gouvernement ou les hommes mariés haut-placés »,  assure-t-elle tout en indiquant qu’elle n’a « pas le droit de les nommer ».  Malgré tout, « le chantage des voisins, des autres,  est réel ».

Malheureusement, « on ne peut pas comprendre l’impact de la stigmatisation sur ces citoyens », s’indigne Mariam.   « Comment vivre avec cette  peur, dans ce climat  d’insécurité toute sa vie ? », s’interroge-t-elle. L’homosexualité est-elle étrangère à l’Afrique ? Mariam Armisen répond par la négative. Selon elle, si « les gens, les coutumiers, les religieux sont honnêtes, ils reconnaitront que l’homosexualité existait » et que ce sont « ces religions exportées qui sont venues combattre une pratique qui existait en Afrique ».

En tout cas, la Bible en parle, ce qui veut dire que ça existait bien avant dans le monde. Jusqu’à présent, il est scientifiquement prouvé que 10%  de la population mondiale  est homosexuelle,  explique Armisen. A en croire Mariam Sako, sur la base des 17 millions d’habitants, on dénombrerait 17 mille homosexuels. Le monde ne peut et ne doit donc pas exercer « une phobie » sur une telle partie de sa population. Selon les religieux, il est impossible d’être homosexuel et d’être religieux conformément aux recommandations des livres saints. « C’est de l’aberration, je suis musulmane », souligne Mariam Sako.

« L’homosexualité est une déviation»

Tout compte fait, la question est complexe  et suscite des débats tranchés et  par moment violents au sein de la société burkinabè. Tout comme les religieux et les coutumiers, certains leaders associatifs disent être prêts à combattre l’homosexualité même s’ils comptent épargner les « homosexuels ».  L’Association pour la promotion d’une démocratie endogène et de la citoyenneté (APRODEC) envisage des actions fortes pour imposer des valeurs endogènes à la jeunesse en combattant farouchement l’homosexualité. Pour elle, « la démocratie telle que appliquée ne s’adapte pas à nos réalités socioculturelles ». Pour le président de l’APRODEC Burkina, Alexandre Le grand Zango, qui préfère parler de « l’homosexualité » et non du « droit des homosexuels », « l’homosexualité est une déviation. Nous sommes par excellence un peuple de croyants. La place de l’homme et de la femme  est prépondérante dans la société. Nous ne voyons pas les homosexuels, nous voyons l’homosexualité. Une question de savoir qu’ils ont des instincts qui ne sont pas forcément ceux du commun des mortels n’engage pas la société.

L’APRODEC  va combattre l’homosexualité. Et se battra toujours pour que l’homosexualité  ne soit ni promue dans notre législation ni promue par les enfants, ni vue comme un exemple à suivre ». La Transition se trouve donc entre le marteau de la société qui rejette l’homosexualité et l’enclume de la démocratie qui accorde toutes les libertés aux citoyens. Même si les députés de la transition ne veulent pas « se salir les mains » en examinant la proposition de loi, il faudrait bien en parler tôt au tard au moment où le nombre de citoyens burkinabè croit au sein des homosexuels et eu égards aux  pressions extérieures.

Ces pressions viennent même de l’Union africaine. Les Directives et Principes sur les Droits Economiques, Sociaux, et Culturels de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples  du 24 octobre 2011, en son titre V définit les groupes vulnérables et désavantagés comme étant  les personnes qui ont été confrontées et/ou continuent de l’être à des obstacles significatifs à la jouissance de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Elles citent entre autres « les victimes d’exploitation sexuelle et économique, les détenus, les lesbiennes, les gays,  les bisexuels, les transgendéristes et les intersexuels ».

Par Salifou OUEDRAOGO

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[actu] Tunisie « Mawjoudin » https://depavage.noblogs.org/post/2015/04/08/actu-tunisie-mawjoudin/ Wed, 08 Apr 2015 17:29:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1388 Continuer la lecture →]]> Manifestation-homosexuels-au-BardoQuelques articles de  la presse mainstream et témoignages sur la lutte des LGBTQI contre l’homophobie la répression de l’homosexualité en Tunisie.

Des homosexuels manifestent à Tunis contre la discrimination

Un petit groupe de militants LGBT du groupe Mawjoudin («Nous existons») a manifesté à l’occasion du défilé qui marquait le Forum social mondial, qui se tient dans la capitale tunisienne.

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«Il est possible de changer les choses, de faire évoluer les mentalités et de casser les préjugés, mais pour réussir, nous devons bouger et être unis. En Tunisie, nous sommes traités comme des pestiférés et beaucoup d’entre nous ont été victimes d’agressions gratuites», a expliqué un jeune gay tunisien au site Kapitalis.net.

Vives réactions
L’événement symbolique a suscité des réactions contrastées sur le web: si beaucoup ont applaudi le courage des militants qui défilaient pour la première fois au grand jour, d’autres se sont montrés indignés ou inquiets devant une «provocation», une semaine après l’attentat du Musée du Bardo, revendiqué par Etat islamique (Daech). «Est-ce le moment? Cela va exciter encore plus les da[e]chiens. La Tunisie n’a pas besoin de cela par les temps qui courent», estime une internaute.

publié le 28 ars 2015 sur le mass média gay suisse 360ch.

TUNIS

Deux militantes pour les droits LGBT attaquées en une semaine

La survenue de deux actes de violences à l’encontre de femmes militantes pour les droits des LGBT en moins d’une semaine a poussé l’association tunisienne Chouf minorities à alerter la communauté internationale. Dans un communiqué, elle révèle qu’une membre du bureau de l’association a été violée. Une autre femme a quant à elle subi des coups en raison de son orientation sexuelle supposée.

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HOMOSEXUALITÉ PÉNALISÉE
Toutes deux ont porté plainte, mais impossible pour elles de mentionner auprès des autorités le fait qu’elles sont proches de la communauté LGBT. En vertu de l’article 230 du Code pénal, l’homosexualité est passible de trois ans d’emprisonnement en Tunisie, et elles auraient perdu le statut de victimes pour endosser celui de coupables.

La première a évoqué son viol sur le Huffington Post Maghreb. Armé d’un couteau, un homme l’a forcée à avoir une relation sexuelle avec lui. Lorsqu’elle est revenue sur les lieux avec la police, elle constate qu’il n’y a «pas de délimitation de la scène de crime et pas de police scientifique présente, on ne cherche pas de preuves sur le site». À l’hôpital, elle a été renvoyée pendant de nombreuses heures de service en service sans être prise en charge tandis que le personnel soignant abordait son cas sans la moindre empathie. La deuxième femme agressée a publié son récit sur le site de Chouf minorities: «Ce n’est pas la première fois que je me fais agresser ni insulter pour être simplement différente, pour ne pas ressembler à ce que je devrais, pour ne pas être cette “fille” qu’ils voient ou plutôt qu’ils aimeraient voir dans les rues», confie-t-elle.

(…) tant que l’homosexualité sera pénalisée, il sera impossible de cibler de façon directe les crimes LGBT-phobes. En attendant, Chouf minorities a adopté une stratégie féministe et veut apprendre aux femmes des techniques pour se protéger. L’association veut également élaborer des plaidoyers qui pourraient permettre, à terme, un plus grand respect des libertés individuelles et, pourquoi pas dans quelques années, l’abrogation de l’article 230.

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Ici, on vous bat, on vous tabasse pour être homosexuel.

Homosexuel ? Ici, on vous bat, on vous tabasse pour être homosexuel. Mère ! Pourquoi m’as-tu mise au monde ? C’est parce que je n’ai pas confirmé avoir été battue la première fois , je ressemble a un garçon ont ils dit ; en le déclarant à la police, « Rentre chez toi », m’ont-ils dit, « pourquoi sors-tu de chez toi en ressemblant à « ça » ? ». Ca a été leur seule et unique réponse.

Ce n’est pas la première fois que je me fais agresser ni insulter pour être simplement différente, pour ne pas ressembler à ce que je devrais, pour ne pas être cette « fille » qu’ils voient ou plutôt qu’ils aimeraient voir dans les rues – je n’appartiens pas à ces rues. Je ne mérite pas ces rues – je suis douloureusement consciente que personne ne pourra rien y faire, personne ne pourra arranger cela, personne ne me rendra mes droits, ni pour cette fois, ni pour toutes celles d’avant. Cette injustice est sans fin, tout comme ma peur. Je suis vidée, épuisée. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Je n’ai jamais été aussi bouleversée. Ces personnes me connaissent très bien, ils me l’ont bien fait savoir. Mon nom complet, où je vis, où je travaille, où je passe mon temps libre, ils savent tout de moi. J’ai été tellement frappée que j’ai senti mon visage se mouvoir, mais ils ont continué à m’écraser la tête, à me marcher sur la tête, et m’ont presque cassé le dos. Ils ont finalement conclu par une affirmation qui rôde dans mon esprit depuis :  « Nous n’allons pas t’épargner, nous reviendrons. » Où est ma place dans tout ça ? Où en suis-je ? Qu’est-ce que je dois faire maintenant dans cette jungle qu’on appelle Tunisie ? Cette Tunisie est censée être ma maison?

Une fois de plus, je me retrouve traînant mon âme et mon corps blessés jusqu’à la police pour entendre ces paroles inutiles et insignifiantes :       « Ils ont fait cela uniquement pour te faire peur. Ils ne s’en prendront pas à toi. Ce n’est rien. Rentre chez toi. Nous t’appellerons quand nous aurons du nouveau. » Cela fait sept jours, uniquement sept jours, mais j’ai l’impression que cela fait sept années. Je me sens suivie constamment, de façon permanente. Chaque ombre, chaque personne que je rencontre dans la rue me fait sursauter de peur. Je me dis au fond de moi que ce doit être l’un d’eux qui est venu pour me tuer, pour me poignarder, pour me faire souffrir. Je sens une menace constante, incessante, partout et de la part de tout le monde. Je ne suis en sécurité nulle part, pas même dans mon lit. Mon cerveau a cessé de fonctionner, pas une idée le traverse, rien, le NÉANT ! Je n’ai pas vraiment vu le visage de mes agresseurs, mais chaque mot résonne encore et encore dans ma tête. Je me rappelle de chaque phrase, de chaque insulte, et je m’en rappellerai jusqu’à mon dernier souffle. Mais je ne laisserai pas cela me changer, me transformer en quelqu’un que je ne suis pas. Cela ne changera pas la personne que je suis et la personne que je VEUX être. Ni maintenant, ni jamais. Peu importe la raison. Je suis là, j’existe ! Quiconque s’oppose à ce que je suis peut venir m’agresser, me battre à nouveau!

Après tout, cette jungle dans laquelle nous vivons le permet. « Il » a été plus fort cette fois-ci. Il m’a battu. Il aurait facilement pu me tuer et personne n’aurait bougé le petit doigt, parce qu’après tout, dans cette jungle, je ne suis qu’une vie insignifiante, qu’une vie en trop.

publié sur Chouf minorities le 22 mars 2015

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Les LGBTQI en Tunisie : entre la politisation de l’intime et la répression sociale

Un an après une nouvelle constitution qualifiée de progressiste, des voix s’élèvent pour réformer certaines lois jugées anticonstitutionnelles ou encore liberticides, à l’exemple de la loi 230 du code pénal qui condamne « la sodomie consentante entre adultes ». Si la relation amoureuse entre deux personnes du même sexe n’est pas condamnée explicitement par la loi, la Tunisie reste un pays homophobe où les personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) sont forcées à cacher leurs tendances sexuelles, à quitter le pays, ou à encaisser les conséquences judiciaires et les agressions physiques et morales impunies.

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Dans un café culturel au centre-ville de Tunis, il s’arrange bien pour choisir une table isolée où personne ne peut deviner ce qu’il fait derrière son écran. Autour, des jeunes en groupe, remplissent le café de papotages et de fumée. Sensible à l’odeur du tabac, «Aziz» reste quand même fidèle à ce coin, connu pour sa tolérance envers ses semblables. Ses cheveux noirs tombent avec fluidité sur son front pour cacher ses sourcils danses et foncés. Ses grands yeux noirs, son nez ajusté et ses joues mates et lisses, ne laissent aucun doute sur son jeune âge. «Aziz» vient de fêter ses 21 ans avec son nouvel amant au Sud.

Il relâche sa silhouette fine sur la chaise et dévie avec élégance les coins de la table par ses jambes longues. Il commence à parler de ses dernières vacances avec beaucoup d’humour. Puis, il vire au sérieux :

Nous sommes tout le temps obligés de nous cacher ou de faire semblant. Au fil du temps, la prudence finit par devenir de la paranoïa. Nous avons peur de l’espionnage sur Internet et de l’écoute téléphonique. La loi 230 du code pénal nous pèse de plus en plus. Quelques-uns prétendent avoir une copine, d’autres se marient carrément pour faire taire les rumeurs et se faire accepter par la société. Mais la majorité garde ce meilleur ami-amant que tout le monde matte avec méfiance. Personnellement, je refuse de jouer cette comédie. Avec le temps, j’ai appris à voler quelques moments de bonheur et d’intimité en sécurité et sans faire du bruit. Ma famille et mes amis proches sont au courant et ça ne me gêne pas tant que ça …explique Aziz.

Photographe à ses temps libres, Aziz est encore étudiant. Il se renferme de plus en plus dans un milieu d’artistes qui a l’avantage de rarement intimider les homosexuels. Concernant la loi 230, il pense que c’est le moment de la révoquer. « Mais la priorité reste sans doute, le changement des mentalités. Même si la loi change, le chemin reste long vers une égalité véritable. La discrimination actuelle me fait, petit à petit, perdre le sentiment d’appartenance à ce pays», ajoute Aziz avec amertume.

Militant de Droit de l’Homme depuis des années, «A» n’était pas seulement engagé dans le combat pour la cause des LGBT mais aussi dans plusieurs autres combats d’égalités et de libertés. Même s’il garde l’anonymat, plusieurs le reconnaissent en tant qu’initiateur de mouvement contre la politique de discrimination des homosexuels en Tunisie. Bientôt, son association de lutte contre l’homophobie sera mise en place pour créer « une sorte de refuge pour toutes les personnes LGBT ».

Je peux vous confirmer que je n’ai pas fait face à des incidents homophobes dans ma vie. Je ne me vois pas en tant que victime et je ne me considère pas comme minorité. Déjà, ce terme péjoratif n’est pas justifié car on ne peut jamais savoir si la communauté gay est minoritaire ou pas. À ce que je sache, jusqu’à maintenant, nous n’avons pas inventé de machine qui détecte l’orientation sexuelle de chacun. On ne pourra jamais savoir ce qui se passe entre les murs, ironise «A».

«A» considère que la constitution doit protéger la vie intime de ses citoyens. Selon lui, l’article 230 du code pénal est anticonstitutionnel. « Je demande aux députés à qui j’ai donné ma voix de supprimer l’article 230 du code pénal. 3 ans de prison ferme c’est trop et c’est stupide. À quoi bon s’occuper de la sexualité d’autrui ? À quoi bon chercher ce qui se passe dans le lit de X ou de Y? C’est de la violation de la vie intime. Si nous laissons cette porte ouverte, plusieurs autres droits vont être bafoués au nom du conformisme et de la religion » s’indigne «A».

Parmi les droits-de-l’hommistes, rares sont ceux qui affichent leur soutien à la cause des LGBT. Même certaines associations comme l’ATL (l’association qui lutte contre la transmission de maladies sexuellement transmissibles) s’arrêtent au niveau social et médical. La société civile ne met pas le doigt sur ce qui dérange le plus: le tabou de la sexualité dans la loi tunisienne.

Plusieurs nous disent que ce n’est pas le moment. C’est un faux argument, car si selon vous, l’État est occupé par la lutte antiterroriste, comment trouve-t-on le temps d’arrêter un tunisien et un suédois et de les condamner à 3 ans et 2 ans de prison ferme? Je fais là un appel aux pseudo-activistes, qui croient que les droits LGBT ne sont pas nécessaires: Arrêtez de lutter pour les droits humains! Si vous y croyez réellement, vous n’allez jamais les diviser ou les trier selon vos désirs, ajoute «A» en colère.

Il était bref au téléphone et voulait s’assurer que nous n’allions ni filmer ni mentionner son nom. « Je suis un homme marié. J’ai deux enfants et une famille … mais … je peux témoigner. Je le fais pour vous » nous dit «S» pour s’assurer de notre discrétion. Dans la réception d’un hôtel au centre-ville, il nous accueille avec un sourire gêné. Enveloppé dans un long manteau noir, «S» garde une légère barbe de lassitude. Ses yeux clairs et sa chevelure lisse, racontent une jeunesse révolue plutôt séduisante.

Jadis, je prenais ma sexualité à la légère. Je pensais que ma différence n’était qu’un cauchemar qui hantait mes nuits et nourrissait mes moments de solitude. J’étais et je suis encore l’homme correct qui incarne l’idéal tunisien. Après des études supérieures en architecture, je me suis marié avec une fille de bonne famille. J’avais hâte de me marier en pensant que cela allait corriger mes fantasmes. J’ai des enfants que j’adore. J’ai réussi ma vie professionnelle… Mais je ne suis pas heureux, avoue «S» avec regrets.

« Toute ma vie se résumait à vouloir cacher mes désirs. Je suis arrivé au point de refuser de faire la bise entre cousins ou amis (dit-il en rigolant). Jusqu’au jour où j’ai commencé à fréquenter des forums sur Internet. Même derrière mon pseudonyme, j’étais timide et très méfiant. Petit à petit, je me suis lâché tout en gardant mon identité cachée. Je n’ai jamais accepté de rencontrer des LGBT en groupe. Ces derniers organisent, régulièrement, des rencontres. J’optais plutôt pour les discussions privées à caractère érotique. J’ai eu quelques aventures, mais sans succès… Ma jeunesse passée, il y avait peu de propositions attirantes et vraiment sincères », raconte «S».

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Sans aucun espoir de changement, «S» n’espère rien pour lui mais plutôt pour les générations futures. Il estime que sa réussite sociale n’est qu’un mensonge. « Une maison de carton fragile, qui peut s’effondrer à tout moment », rajoute «S» pour décrire sa vie.

Je suis d’une famille normale de classe moyenne. J’entretenais une relation très solide avec mon père qui me comprenait beaucoup plus que ma mère. Malheureusement, il est décédé il y a quelques années. Avec ma mère, cela n’a jamais été vraiment facile. Nous sommes très différentes l’une de l’autre, commence à raconter «K».

Elle a 25 ans et vit chez sa mère. En relation amoureuse avec une jeune femme depuis des années, «K» ne s’affiche pas en tant que lesbienne. Elle craint, comme la plupart de ses semblables, la répression et l’exclusion de la société. Militante dans un parti de gauche progressiste, «K» affirme que l’existence d’une loi contre l’homosexualité installe chez elle, même implicitement, « une peur permanente de se trouver un jour, dénoncée par des ennemis ou des inconnus ».

Concernant ses expériences elle affirme : « après l’université, j’ai vécu plusieurs aventures mais je n’ai jamais été satisfaite. Et puis, tout d’un coup, j’ai décidé de m’ouvrir sur d’autres horizons. Quand j’ai côtoyé des lesbiennes, ce fut comme une révélation! J’ai compris que j’avais trouvé ma place et que c’est ce que je cherchais depuis tout ce temps! Au début, j’étais sur un nuage. Le monde des homosexuels me paraissait vaste, riche et sans fin. Puis, plus le temps passait plus je me rendais compte des problèmes. Tout d’un coup, mon monde est devenu progressivement petit par les restrictions et l’obligation de faire attention partout. C’est devenu invivable », se désole «K» avant de confirmer qu’elle ne quittera jamais la Tunisie et qu’elle continuera la lutte pour arracher ses droits.

La Tunisie s’accroche encore à la politisation de l’intime, qui stigmatise le mouvement de libération individuelle récemment commencé. Depuis le 14 Janvier, quelques médias ont parlé de l’homosexualité en gardant une approche moralisatrice pour éviter les critiques. Le seul homme politique qui a osé en parler, est Samir Dilou, à l’époque où il était ministre des Droits de l’Homme. Son seul commentaire consistait à aider les personnes LGBT à se faire soigner d’« une déviation psychologique ». En contrepartie, les efforts de la société civile demeurent invisibles et n’arrivent pas à briser le silence. Si selon «A», la volonté de mobilisation manque considérablement chez les grandes structures de la société civile, les victimes, quant à elles, évitent la confrontation et préfèrent rester dans l’ombre.

Trouvé sur Nawaat, presse tunisienne, 28 février 2015.

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[actu] USA : proposition de loi pour tirer à vue sur les homosexuels https://depavage.noblogs.org/post/2015/04/07/actu-usa-proposition-de-loi-pour-tirer-a-vue-sur-les-homosexuels/ Tue, 07 Apr 2015 17:21:33 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1378 Continuer la lecture →]]> flingueUn Chrétien américain a déposé en toute légalité une initiative visant l’autorisation de tuer gays et lesbiennes sans autre forme de procès.
publié le 11 mars 2015 sur le site gay suisse 360ch

Comme une lettre à la poste. Matthew McLaughlin, habitant de Sacramento aux Etats-Unis, a déposé une initiative, moyennant 200 dollars, pour légaliser la chasse aux homosexuels. Avec l’aval du procureur général, le bien nommé «Sodomite Suppression Act» (Loi pour la suppression des sodomites, en bon français) autoriserait toute personne, voyant des individus de mêmes sexes entrer en contact pour des «gratifications sexuelles», de tirer à vue façon chasse aux pigeons ou par «tout autre procédé approprié». Bang bang, he shot me down…

Une question de prévention…

Ce sympathique chrétien invoque, évidemment, les forces divines: «[Les relations sexuelles entre personnes de même sexe] est un crime abominable que Dieu Tout-Puissant nous ordonne de supprimer par la douleur pour éviter notre destruction totale, comme il a renversé Sodome et Gomorrhe.» Pour Matthew McLaughlin, prévenant, estime qu’il est mieux que les hétérosexuels tuent les homos (d’une balle dans la tête de préférence) ici et maintenant plutôt que de souffrir en Enfer plus tard. Merci bien.

Le Sodomite Suppression Act (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

En plus de la chasse à l’homo, et de sa mise à mort, le «Sodomite Suppression Act» interdirait aux gays et lesbiennes d’occuper des fonctions publiques. Si cela ne suffisait pas, les homosexuels pourraient faire une croix sur les allocations et l’aide sociale. Une loi qui va à l’encontre des autres? Pas de problème, Matthew McLaughlin a pensé à tout: «Toutes les lois en conflit avec celle-ci sont invalides», est-il écrit dans le texte. Il ne reste plus que 365’000 citoyens de l’Etat de Californie, où se trouve Sacramento, signent l’initiative pour qu’elle soit discutée. Alors que les Etats-Unis sont en train de s’ouvrir au mariage homosexuel, force est de constater qu’à chaque fois qu’un sujet de société d’envergure est débattu, les extrêmes se réveillent.

(via la presse gaie mainstream Queerty)

 

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[actu] Tunisie : répression et témoignages https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/11/actu-tunisie-repression-et-temoignages/ Tue, 10 Feb 2015 23:44:20 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1257 Continuer la lecture →]]> shamsLa presse mainstream occidentale se soucie des lois réprimant l’homosexualité en Tunisie à l’occasion de la condamnation d’un Suédois à une peine de deux ans de prison. A lire aussi la réaction d’une association et des témoignages datant d’il y a quelques mois trouvés sur le blog de l’association Kelmty.

 

Présente dans le code pénal avant le renversement de Ben Ali, la loi réprimant la sodomie était alors relativement peu appliquée. Avec l’arrivée d’Ennahdha (islamistes modérés) au gouvernement jusqu’en 2014, il semble que la situation se soit tendue, comme en témoignait alors les lgbt qui ont pris la parole et les assos de préventions des MST qui relataient un retour à un certain ordre moral en terme de sexualité. Pour l’instant, le « nouveau » pouvoir (qui a des liens avec la dictature déchue), n’en décide pas autrement…

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Tunisie: Un Suédois condamné à deux ans de prison pour homosexualité

Un Suédois a été condamné à deux ans de prison pour homosexualité en Tunisie, a indiqué samedi la diplomatie suédoise, précisant que l’affaire avait été évoquée entre représentants des deux pays.

«Nous avons discuté du cas avec des représentants tunisiens et souligné la conception de la Suède selon laquelle l’égalité des droits quelle que soit l’orientation sexuelle est un principe démocratique fondamental», a déclaré une porte-parole du ministère des Affaires étrangères suédois. Contacté par l’AFP, le ministère tunisien des Affaires étrangères a confirmé la condamnation, sans autres précisions dans l’immédiat.

Les pratiques homosexuelles passibles de trois ans de prison ferme

«L’homme, âgé d’une cinquantaine d’années, a été condamné le 4 février à deux ans d’emprisonnement pour des actes homosexuels», selon la porte-parole. Selon le quotidien Aftonbladet, l’homme, domicilié en France depuis quelques années, aurait fait appel du jugement.

L’homosexualité est considérée comme un délit en Tunisie, précise la diplomatie suédoise sur son site consacré aux conseils aux voyageurs. Selon le Code pénal tunisien, les pratiques homosexuelles sont passibles de trois ans de prison ferme.

(Publié par le massmédia 20minutes avec l’AFP le 7 février 2015).

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Communiqué de l’association tunisienne Damj

Nous, activistes de « Damj pour l’égalité et la justice » dénonçons la condamnation du ressortissant suédois.

L’homosexualité en Tunisie est réprimée et toute personne susceptible d’avoir un « comportement homosexuel » est passible de trois ans de prison ferme et d’une amende comme le mentionne l’article 230 du code pénal tunisien.

Cet article du code pénal tunisien n’a plus sa place dans la Tunisie d’aujourd’hui.

Rappelons que l’article 21 de la constitution de la deuxième République précise que :

– Les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune.

L’article 24 indique que :

-L’État protège la vie privée, l’inviolabilité du domicile, la confidentialité des correspondances, des communications et des données personnelles.

Dans ce sens, nous exhortons les autorités tunisiennes à abroger l’article 230 du code pénal. Cet article est une atteinte aux valeurs universelles des Droits Humains et nous rêvons d’une Tunisie meilleure où tous les citoyens soient traités sur le même pied d’égalité.

En Tunisie, les condamnations selon l’article 230 du code pénal reste très peu nombreuses. Face à l’absence de statistiques, nous nous référons aux cas, jugés notamment selon les articles 226 ou 226 bis, que nous traitons depuis la création de notre association en aôut 2011 pour la défense des droit des minorités et des groupes marginalisés en Tunisie.

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Etre gay en Tunisie « T’es pédé ou quoi ? »

Trouvé sur Kelmty.

Trois ans après le prin­temps arabe, être gay ou bi­sexuel reste un tabou et un acte ré­pré­hen­sible en Tu­ni­sie. Pour­tant la jeune gé­né­ra­tion homo compte bien se battre pour ses droits. En­core faut-il faire preuve de co­hé­sion. Et de cou­rage, aussi.

Jan­vier 2011 a été un mo­ment par­ti­cu­lier. Pen­dant les ma­ni­fes­ta­tions contre le dic­ta­teur Ben Ali, de jeune tu­ni­siens et tu­ni­siennes ont dé­gainé le dra­peau arc-en-ciel, sym­bole de la com­mu­nauté LGBT. Ce, pour la pre­mière fois, en pu­blic. Ràm’y a sau­ve­gardé une photo de l’évé­ne­ment sur son or­di­na­teur por­table. Dans un café de La Marsa, le quar­tier chic de Tunis, il la montre fiè­re­ment. Ça ne le dé­range pas que d’autres per­sonnes puissent la voir. Ici, dans ce lieu, il n’a pas à se ca­cher. Le café pour­rait se trou­ver aussi bien à Ber­lin ou Paris.  Hips­ter, jeune, la seule dif­fé­rence tient dans ce vent froid venu de la mer Mé­di­ter­ra­née qui souffle sur la ter­rasse.

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Ràm’y est assis là, il fume et ra­conte. Sa mère sait qu’il est ho­mo­sexuel. Pas son père. Lui, ça lui est égal. Il vit sa vie. Sur Fa­ce­book, il poste des pho­tos et des textes sur les ho­mo­sexuels, les bi­sexuels ou les les­biennes. Il ne mâche pas ses mots. Même si la plu­part des gens en sont dé­ran­gés et même s’il re­çoit ré­gu­liè­re­ment des com­men­taires tel que « T’es pédé ou quoi ? ». « Je veux que les gens s’y ha­bi­tuent. Avec le temps, l’ho­mo­sexua­lité va de­ve­nir quelque chose de nor­mal », com­mente-t-il. Ram’y s’ex­prime de ma­nière éton­nam­ment ré­flé­chie pour ses 20 ans. Il a beau­coup de plans pour son futur et sou­haite que, dans l’ave­nir, il soit plus fa­cile d’être homo en Tu­ni­sie. « J’ai­me­rais qu’il y ait plus de pos­si­bi­li­tés pour nous : une gay pride, un groupe d’en­traide, plus d’ac­cep­ta­tion. »

Il en va du de­ve­nir de jeunes gens dont l’iden­tité sexuelle est désap­prou­vée en Tu­ni­sie, par l’État et par la so­ciété. Le pa­ra­graphe 204, qui condamne un acte sexuel entre deux per­sonnes de même sexe jus­qu’à trois ans d’em­pri­son­ne­ment, n’est peut-être pas sou­vent mis en ap­pli­ca­tion, mais il rap­pelle que les ho­mo­sexuels et les les­biennes peuvent être pour­sui­vis à n’im­porte quel mo­ment à cause de leur iden­tité sexuelle. Pour la so­ciété tu­ni­sienne, les gays res­tent un tabou, tout comme les trans­sexuels.

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MARIÉ DEUX FOIS POUR PA­RAÎTRE HÉ­TÉ­RO­SEXUEL

Methi connaît bien ce rejet (le nom a été changé, nda). Au­jour­d’hui, il ha­bite à deux heures et demi de Tunis. Il avait be­soin d’avoir une cer­taine dis­tance avec sa fa­mille, « d’air pour res­pi­rer ». De­puis son stu­dio, il a vue sur la plage d’une ville tou­ris­tique de la côte est de la Tu­ni­sie. Des pein­tures à l’huile de fo­rêts vertes sont ac­cro­chées dans son ap­par­te­ment. Des fo­rêts al­le­mandes. Methi adore l’Al­le­magne. Il a vécu là-bas pen­dant sept ans et y a fait des études d’al­le­mand. Ça a été la pé­riode pen­dant la­quelle il s’est senti le plus libre de sa vie, ra­conte-t-il. Il a main­te­nant 35 ans. Il sait de­puis sa pu­berté qu’il est bi­sexuel, avec une pré­fé­rence pour les hommes. À l’époque, il n’était pas ques­tion de faire son co­ming-out. Au­jour­d’hui non plus. « Trop dan­ge­reux ». Sous la pres­sion fa­mi­liale, il a épousé par deux fois la même femme avec la­quelle il a eu un en­fant. Il est main­te­nant, pour la se­conde fois, di­vorcé. Et seul.

La ré­vo­lu­tion n’a pas changé grand-chose pour lui, tout comme pour beau­coup d’autres ho­mo­sexuels et bi­sexuels de plus de 30 ans. « La si­tua­tion n’est pas de­ve­nue si dif­fi­cile pour les ho­mo­sexuels sous Ben Ali car ils ne dé­ran­geaient pas son pou­voir », ex­plique Methi. Il craint même une dé­té­rio­ra­tion dans le cas où le mou­ve­ment sa­la­fiste, conser­va­teur, aug­men­te­rait en puis­sance.

Pour Methi, c’est clair : il va de nou­veau se ma­rier et vivre à la ma­nière d’un hé­téro. Par contre, il pense que les jeunes tu­ni­siens de­vraient bé­né­fi­cier du chan­ge­ment. « In­ter­net n’a pas seule­ment amené la ré­vo­lu­tion jus­qu’ici mais a aussi per­mis de ras­sem­bler de jeunes gens par­ta­geant les mêmes idées. C’est ça la vé­ri­table ré­vo­lu­tion », dit-il.

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LE PRE­MIER MA­GA­ZINE gay N’A PAS LA VIE FA­CILE

Le world wide web per­met aux ho­mo­sexuels de se re­trou­ver. La plate-forme de ren­contre pla­ne­tro­meo met des hommes en contact avec d’autres hommes – que ce soit pour le sexe, la re­cherche d’une re­la­tion ou pour se faire de nou­veaux amis. Sur Fa­ce­book, de nom­breux homos ont un deuxième pro­fil ano­nyme pour échan­ger avec d’autres et s’or­ga­ni­ser. De la même ma­nière, on y trouve des sites comme Kelmty, la pre­mière or­ga­ni­sa­tion LGBT de Tu­ni­sie à être ac­tive en ligne. Des ac­ti­vistes ont aussi créé le pre­mier ma­ga­zine homo de Tu­ni­sie sur In­ter­net : le Gay Day Ma­ga­zine. Après un ex­cellent dé­part, le site In­ter­net n’est ce­pen­dant plus que ra­re­ment ac­tua­lisé. De­puis que le mi­nistre tu­ni­sien pour les droits de l’homme a mis pu­bli­que­ment le ma­ga­zine au pi­lori, son fon­da­teur vit dans la peur. « Il dé­mé­nage presque tous les deux mois pour ne pas être trouvé », ex­plique Ali.

L’étu­diant de 25 ans s’in­ves­tit pour le ma­ga­zine, entre autres, comme ad­mi­nis­tra­teur web. Il est aussi actif à Am­nesty In­ter­na­tio­nal. C’est l’un de ces jeunes tu­ni­siens qui ap­par­tiennent à un ré­seau et se battent pour une dé­mo­cra­ti­sa­tion au sens large. Au lieu de pas­ser ses soi­rées de­vant la té­lé­vi­sion, il par­ti­cipe à des groupes de dis­cus­sion dans des centres cultu­rels al­ter­na­tifs. Ses amis et lui ne sont pas là par passe-temps. Ils veulent faire avan­cer les choses, dont les droits des ho­mo­sexuels. Mais ça de­mande du temps. Ali at­tend le bon mo­ment pour de­ve­nir actif. Ça le dif­fé­ren­cie d’autres gens qui, après la ré­vo­lu­tion, ont créé ra­pi­de­ment des ini­tia­tives : « tous ont com­mencé quelque chose sans sa­voir ce qu’ils vou­laient faire concrè­te­ment et quels étaient leurs buts ».

MÊME AU SEIN DE LA COM­MU­NAUTÉ LA SO­LI­DA­RITÉ MANQUE

Ali agit, lui, de ma­nière plus calme. Jus­qu’ici, il ana­lyse et ré­flé­chit à une stra­té­gie que le mou­ve­ment homo pour­rait adop­ter. Il dis­cute avec des ac­ti­vistes d’autres pays, cherche des conseils, es­saye de se mettre en contact avec d’autres homos. Et la der­nière tâche n’est vrai­ment pas fa­cile. Beau­coup ont peur que leur en­ga­ge­ment ne mène à un co­ming-out in­vo­lon­taire. Il n’existe pas de com­mu­nauté fixe d’ho­mos réunis au­tour des mêmes buts. Il y a bien des groupes in­for­mels de gays et de les­biennes dans les dif­fé­rents quar­tiers de Tunis, mais ceux-ci sont  par­tiel­le­ment en com­pé­ti­tion. « Si nous ne sommes pas so­li­daires entre nous, c’est dur de re­ce­voir de la so­li­da­rité de l’ex­té­rieur », dit Ali.

Pour lui, trois ans après la ré­vo­lu­tion, le mou­ve­ment homo se trouve tou­jours pra­ti­que­ment au point de dé­part. Mais le temps presse. Il y a en­core beau­coup de gays qui, comme Methi, sont for­cés au ma­riage et à une vie de fausse ap­pa­rence à cause du tabou de la so­ciété. Mau­vaise pers­pec­tive.

 Source: cafebabel.fr
 
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Vivre son homosexualité en Tunisie

La rédaction de Za-gay a accueilli un membre de kelmty qui a accepté de répondre aux questions des membres de Za-gay autour du thème de l’homosexualité en Tunisie.

Question basique et sûrement clichée mais : te considères-tu musulman pratiquant alors que ta religion condamne fortement l’homosexualité ? Et si oui, n’est-ce pas difficile d’allier religion et sexualité, d’être jugé et parfois même méprisé par des personnes qui se basent sur une interprétation d’un texte religieux ? – Question posée par Lermb, Drakon & Horus30 

Mahdy : C’est un peu dur de faire l’équilibre entre le culte et la sexualité et donner un avantage au culte ne ferait qu’aggraver la situation par un profond sentiment de culpabilité et de mensonge donc je préfère rester neutre et garder une petite partie de moi qui croit que Dieu pourrait me donner la force de comprendre et de me pardonner quelque chose que je n’ai pas choisi.

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• L’Albanie est un pays à majorité musulmane et dont le gouvernement s’est apprêté il y a environ huit mois à légaliser le mariage homosexuel. Il est possible que le mariage homosexuel soit légalisé en Albanie avant un bon nombre d’autres pays européens, comme la France par exemple. Qu’est-ce que ça t’inspire ? – Question posée par Mastermasque

Mahdy : Il ne faut pas oublier d’une part que l’Albanie grâce à sa situation géographique, se trouve à l’est d’une Europe qui l’influence en terme de libertés et d’autre part l’Albanie est un pays seulement  à majorité musulmane, alors que la Tunisie est véritablement un pays fondé sur la Charia, ce qui implique l’éthique et les règles de l’islam, pas en tout évidemment mais elle suit quelques règles aberrantes pour satisfaire les esprits islamistes les plus révoltés contre l’homosexualité.

• Historiquement les relations homosexuelles discrètes étaient plus faciles en orient qu’en occident. Mais alors qu’en occident les conditions des gays s’améliorent, j’ai le sentiment qu’en orient elles se dégradent (et plus généralement en Afrique). Penses-tu que j’ai tort ? – Question posée par Allomat69

Mahdy : Les facteurs historiques influent beaucoup, il faut prendre en compte qu’en occident suite à l’humanisme et à la révolution européenne, les occidentaux ont réussi à surmonter leur Église et leur religion dont les règles absurdes étiquetaient tout, pour bâtir des règles éliminant la majeure intrusion de l’Église qui contenait elle-même des pratiques homosexuelles même si c’était plus toléré en Orient et en Afrique.

 Certains pays continuent et ont toujours des rites anti homosexuels, souvent très extrémistes pour préserver leurs bonnes mœurs comme dans des pays centre africains avec la lapidation ou encore en Iran avec la pendaison publique. Les habitudes se perpétuent à travers les générations et s’incrustent pour faire naître l’homophobie ou bien la tolérance.

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• Ce que j’aimerais savoir, c’est comment est vue l’homosexualité féminine, par rapport à l’homosexualité masculine, est-ce qu’il y a vraiment une différence de perception dans la société tunisienne ou alors c’est vu de la même manière ? – Question posée parMastermasque.

Mahdy : Les stéréotypes de l’homosexualité féminine et masculine sont les mêmes pour toutes les personnes, chez les hommes c’est quelque chose de tabou le gay tunisien et une  » folle  » efféminée toujours en compagnie de filles et obsédé par le look ou l’apparence féminine, réticent à toute activité physique et autres choses considérées comme véritablement masculines.

On les insulte, on les exclue, on essaye de prouver qu’avec une présence masculine dans leur entourage leur homosexualité peut disparaître. Si le garçon n’est pas efféminé et s’avoue homosexuel il n’est pas forcément réprimandé ; s’il est passif c’est considéré comme de la curiosité, si il est actif cela est complètement normal, mais seuls les gays actifs sont totalement acceptés par la société, voire même cela est source de fierté.

Le sujet de l’homosexualité ne se limite alors qu’à qui pénètre qui et à si la personne est féminine ou masculine. Les gays actifs excluent même les gays passifs, même s’ils ont à peu près les mêmes orientations sexuelles.

Pour l’homosexualité féminine, elle est minimisée à un jeu entre amies qui sont extrêmement excitées mais ne voulant pas perdre leur virginité, la perte de la virginité étant considérée comme une honte pour la fille et sa famille. C’est alors considéré comme un jeu qui n’aura aucune fin et il sera dit que la fille en question finira par se rappeler de la présence masculine, se soumettra et finira par se marier.

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Dans des pays où on est toujours entre mecs, et ou on se tient par la main, ce n’est pas bien difficile d’avoir discrètement un copain non marié, même bi. Dans ces conditions, est-ce indispensable de faire son coming-out ? Au regard de la culture arabe, finalement, est-ce que ça choque tant que ça deux homosexuel(le)s qui vivent ensemble, ou alors c’est le fait qu’ils se disent homosexuels ou commencent à revendiquer des droits ?  Question posée par Allomat69 & Mastermasque

Mahdy : Dire « je suis homo et je l’assume et c’est comme ça » est extrêmement rare en Tunisie, se cacher est tellement devenu une habitude que l’assumer ne devient plus nécessaire, car l’habitude d’être caché est là, donc revendiquer un droit de quelque chose d’illégitime est insensé pour les homosexuels tunisiens.

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• Malgré le fait que le Codé Pénal tunisien sanctionne « la sodomie entre adultes consentants » de trois mois à trois ans de prison, les homosexuels ou homosexuelles prennent tout de même le risque de s’afficher ? Au Maroc par exemple, Abdellah Taïa qui est écrivain a pris le risque de s’affirmer homosexuel dans un de ses livres. Toi, par exemple où as-tu déjà affiché ton homosexualité et vis-à-vis de qui, comment ont-ils réagi ? Que crains-tu exactement si tes parents étaient amenés à l’apprendre ? – Question posée par Mastermasque & Horus30

Mahdy : Cette loi est juste un terrain d’entente entre tout le monde, cette loi existe mais presque jamais appliquée pour ne pas faire de polémiques et attiser la colère et pour ne pas donner une mauvaise image du Maghreb.

Pour moi, mon homosexualité et ma famille est une très longue histoire mais avouer qu’on est gay est très dur il faut une énorme confiance et surtout généralement le coming-out se fait par consentement mais pas par surprise.

• Sais-tu comment se passe les rencontres homosexuelles en Tunisie, est-ce qu’il y a des lieux de rencontre, est-ce que tout passe par internet, ou est-ce que les homosexuels prennent le risque d’aborder les gens dans la rue ? Toi, par exemple comment fais-tu, as-tu des connaissances, des amis homosexuels, enfin si tu as déjà rencontré d’autres homosexuels ? – Question posée par Horus30 & Mastermasque

Mahdy : La plupart des rencontres se passent au centre ville de Tunis, mais ces rencontres sont basées sur la connaissance par internet et certains prennent ce risque. Dans mon cas, je connais pas mal d’homos que je considère comme des amis alors pour m’engager dans une relation, c’est par internet que je peux faire de nouvelles connaissances. 

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Depuis quand sais-tu que tu es homosexuel ? Tu as mis du temps pour l’accepter ? Est-ce que tu as déjà parlé de ta sexualité à quelqu’un, ne serait-ce qu’un étranger qui vit à l’autre bout du monde, ou pas du tout ? – Question posée parMastermasque

Mahdy : Je pense que je suis homo depuis ma naissance. C’est à l’âge de 15 ans que j’ai compris ce que signifiait le mot « homosexuel », à l’âge de 17 ans j’ai eu des problèmes dans mon lycée à cause de ma sexualité et j’ai été obligé de le révéler à quelques amies mais heureusement « elles » ont été compréhensives.

• Les homosexuels ou homosexuelles, qui finissent par se marier et mener une double-vie, à ton avis, sont-ils nombreux ? Tu y songes ? Question posée par Mastermasque

Mahdy : Pour ma part, j’ai déjà entendu parler de quelques cas mais ça reste rare. En ce qui me concerne, je veux me marier avec une lesbienne. 

Est-ce que tu penses que depuis le départ de Ben Ali et la révolution qui se passe actuellement en Tunisie, cela pourrait changer des choses pour la situation des homosexuel(le)s Tunisiens, notamment en matière de libertés et de droit, des associations se sont-elles d’ailleurs déjà manifestées ? Ou au contraire n’as-tu pas peur que la situation puisse se dégrader si un parti islamiste venait au pouvoir ?
Car il semblerait que si on suit l’interprétation qui est faite des textes religieux, c’est la peine de mort qui préconisée pour les homosexuels. Bien que cette interprétation soit sans doute contestable, il semblerait que dans le Coran, il y ait aussi un passage sur les éphèbes qui sont promis au paradis qui est très ambigu, de même la peine capitale est préconisée pour beaucoup de choses. – Question posée par Ikiroh, Mastermasque, Drakon & Roquy69

Mahdy : Oui, depuis le départ de Ben Ali et la révolution qui se passe actuellement en Tunisie cela va je pense dégrader la situation des homosexuels car à mon avis le parti islamiste va avoir le pouvoir et ça risque de tourner mal.

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• Il a été dit lors d’une émission que la France était bien au courant de la « dictature » en Tunisie, qu’est-ce que tu penses de ça ? – Question posée par Drakon

Mahdy : La France était toujours là pour savoir tout ce qui se passait en Tunisie dans tous les domaines que ce soit politiques sociaux ou économiques,  en maintenant des relations qui favorisaient la dictature Ben Ali. 

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 • Il y a une chose qui m’a étonné, c’est ta présence sur Za-gay, il me semblait que les sites répertoriés gays étaient automatiquement censurés en Tunisie. Et donc, je me demande tout simplement si je me trompe ou si t’as usé de méthodes pour contourner cette censure ? – Question posée par Mastermasque

Mahdy : Za-gay, Tetu et d’autres sites n’ont pas été censuré en Tunisie  à mon avis car ils ne sont pas des sites pornographiques. Après la révolution, la censure a été enlevée et tous les sites sont désormais accessibles

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• Mehdi Ben Attia est aussi tunisien, il a réalisé un film sur l’homosexualité nommé « Le Fil » qui se passe en Tunisie, il me semble qu’il est interdit en Tunisie, malgré cela en as-tu eu des échos ? – Question posée par Mastermasque

 

 » Il s’agit de comprendre qu’à l’inverse des autres minorités, les homosexuels doivent apprendre à faire face à la discrimination seuls. Tous les noirs naissent de parents noirs, les arabes de parents arabes, les juifs de parents juifs. Face à un monde extérieur hostile, ils grandissent avec la certitude réconfortante de se savoir entourés par leurs semblables, leurs familles, leurs communautés, au sein desquelles ils se sentent protégés de l’intolérance des masses. Aucun homosexuel ne naît de parents homosexuels. Chacun d’entre nous doit faire face seul au sentiment d’être un étranger dans sa propre famille, à la négation de l’éventualité de notre différence, au potentiel rejet de ceux qui nous sont les plus chers. Au mépris, au dégoût, à l’horreur dans le regard de nos parents, nos frères, nos sœurs. »

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[actu] Egypte : haro sur les opposants, les islamistes, les athées et les homosexuels https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/03/actu-egypte-haro-sur-les-opposants-les-islamistes-les-athees-et-les-homosexuels/ Tue, 03 Feb 2015 14:13:59 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1216 Continuer la lecture →]]> cairo-graffiti-2012-scott-longPar Mathilde du Pradel, chercheuse, le 2 février 2015 sur le média Orient XXI.

La répression est à un niveau jamais vu en Égypte depuis plus de trente ans. Les autorités la justifient par la nécessité de mener une guerre contre le terrorisme et l’islamisme, ce qui leur permet de mettre au pas les non conformistes de tout acabit. En plus des opposants, des activistes et des Frères musulmans, ce sont désormais les homosexuels et les athées qui font les frais de cette chasse aux sorcières.

La dernière opération de grande envergure anti-homosexuels s’est déroulée le 7 décembre 2014 : trente-trois hommes ont été arrêtés par la police dans un établissement de bains du centre ville. Mona Iraqi, présentatrice sur la chaîne de télévision Al-Qahira Wa el-Nas est à l’origine de l’intervention. Elle promettait de révéler la vérité sur «  le plus grand repaire de perversion homosexuelle  » au Caire, dans le cadre de son programme télévisé El-Mostakhabi («  ce qu’on nous cache  »). Les trente-trois hommes sont embarqués à demi nus dans les camions destinés à les emmener au poste devant les caméras d’Iraqi et de son équipe. La présentatrice publie en direct des photos sur sa page Facebook et se félicite de sa participation à l’arrestation : «  Aujourd’hui est une belle journée. Notre émission a pu dissoudre un lieu de perversion entre hommes et les capturer en flagrant délit  ».

En principe, l’homosexualité n’est pas condamnée en Égypte, mais les autorités se servent allègrement de l’article 9 (c) de la loi n° 10/1961 sur la lutte contre la prostitution qui fait de la «  pratique de la débauche  » un délit.

Durant leur détention, les hommes arrêtés le 7 décembre ont été humiliés et battus par la police. Vingt-et-un d’entre eux ont subi des examens rectaux, pratique exécrable utilisée afin de déterminer s’ils avaient eu des rapports anaux récents1. Les experts médico-légaux ont conclu que ce n’était pas le cas, mais que trois d’entre eux avaient été violés. Vingt-six des hommes ont été jugés pour «  pratique de la débauche  » et finalement acquittés le 12 janvier 2015. Ce verdict a été confirmé lundi 26 janvier par la cour d’appel d’Azbakeya, mettant un terme définitif au procès.

Ce procès n’est pas un cas isolé : en septembre, six hommes ont écopé de 2 ans de prison pour débauche, accusés d’utiliser leur appartement pour des «  activités homosexuelles  » et d’en faire la promotion sur Facebook  ; en novembre, huit autres ont été condamnés à trois ans de prison (peine réduite à un an en janvier), également accusés de débauche après avoir organisé un simulacre de mariage gay et posté la vidéo sur YouTube.

La persécution des homosexuels en Égypte n’est pas nouvelle. Déjà en 2001, cinquante-deux hommes avaient été arrêtés dans une boîte de nuit, le Queen Boat, accusés de «  débauche  » et de «  comportements obscènes  ». Après un long procès, vingt-deux d’entre eux avaient écopé d’une peine de trois ans de prison. Mais depuis la destitution de Mohamed Morsi et la chute des Frères musulmans en juin 2013, les arrestations, les pressions et la surveillance se sont intensifiées. La police utilise par exemple l’application Grindr de rencontre entre membres de la communauté LGBT2 pour les piéger. L’Egyptian initiative for personal rights (EIPR), ONG de défense des droits humains a dénombré plus de 150 arrestations depuis juin 2013.

Une répression qui fait écho à un conservatisme social fort

«  Cette intensification de la répression est un moyen pour les autorités de s’attirer le soutien d’une population égyptienne majoritairement conservatrice  », explique Scott Long, chercheur américain et défenseur des droits LGBT. D’après un sondage d’opinion du PEW Research center de 2013, 95 % des Égyptiens considèrent que l’homosexualité ne doit pas être acceptée. En janvier 2015, lorsque l’Union européenne (UE) a condamné la répression les visant et demandé à ce que leurs droits soient respectés, le ministre des affaires étrangères a déclaré que ces demandes ne correspondaient pas aux «  spécificités culturelles, religieuses et sociales de l’Égypte  », dénonçant l’insistance de l’UE à imposer «  des valeurs éloignées des valeurs de la société égyptienne  ».

Une même pression sociale s’exerce contre les athées. En témoigne la condamnation le 11 janvier 2015 dans la province de Bahaira d’un jeune homme de vingt-et-un ans à trois ans de prison et 1000 livres d’amende (environ 100 euros) pour insulte à l’islam car il avait mentionné son athéisme sur Facebook. Sa prise de position avait déclenché les foudres d’habitants et de journalistes. Alors qu’il venait déposer plainte pour harcèlement, le jeune homme a été arrêté. Son propre père a témoigné contre lui. Trois mois plus tôt, l’activiste alexandrin Ahmed Harqan avait lui aussi tenté de déposer plainte pour une tentative d’assassinat organisée après la diffusion d’une émission de télévision dans laquelle il défendait l’athéisme à visage découvert. La police l’avait alors arrêté, accusé de diffamer la religion, battu et détenu pendant une nuit, avant de finalement le relâcher.

L’administrateur d’une page Facebook dédiée aux athées égyptiens explique que «  beaucoup d’athées se sont sentis encouragés par la libération de la parole provoquée par la révolution de 2011 et ont commencé à s’exprimer dans les médias et sur les réseaux sociaux  ». En février 2013, sous la présidence de Morsi, un débat public sur l’athéisme avait même réuni athées et croyants dans une mosquée du vieux Caire, évènement jusqu’alors inédit. Mais ceux qui osent maintenant s’exprimer en paient chèrement le prix : à chaque fois, police et justice se rangent du côté de la majorité dérangée par leurs propos.

Là encore, le fait d’être athée n’est pas directement criminalisé par la loi égyptienne. Cependant l’article 98 (f) du Code pénal stipule que les personnes jugées coupables de diffamation ou d’insultes envers les trois religions monothéistes peuvent être condamnées à des peines de 6 mois à 5 ans de prison et à des amendes de 500 à 1000 livres égyptiennes (entre 50 et 100 euros.]].

Al-Azhar et l’Eglise copte unis

Selon un rapport publié en décembre dernier, le centre de recherche islamique et principale autorité en charge de l’émission de fatwas Dar al-Ifta, il y aurait 866 athées en Égypte. Un chiffre étonnamment précis et fortement débattu et sans aucun doute fortement sous-estimé, qui placerait l’Égypte en tête des pays arabes en matière d’athéisme. L’enquête conclut que ce chiffre doit «  tirer une sonnette d’alarme  » et faire réagir les autorités religieuses et politiques.

En juillet 2014 déjà, le ministère du culte (waqf) et le ministère des sports et de la jeunesse avaient lancé une grande campagne nationale pour combattre la diffusion de l’athéisme au sein de la jeunesse avec la coopération d’Al-Azhar (plus haute institution de l’islam sunnite). Depuis plusieurs mois, Al-Azhar et l’Église copte unissent leur voix et multiplient les déclarations sur les dangers de l’athéisme en promettant des propositions pour contrer sa propagation. Pour Ishaak Ibrahim, chercheur à l’EIPR spécialisé sur la liberté de croyance et d’expression, «  les autorités égyptiennes considèrent l’athéisme comme une maladie mentale, qui rend les personnes atteintes inaptes à prendre les bonnes décisions et qui requiert un traitement  ».

Dans les faits, cette lutte contre l’athéisme se traduit aussi par des actions coup de poing, à l’image de la fermeture d’un café du centre ville par les autorités municipales le 10 novembre 2014. Selon elles, des athées s’y rassemblaient régulièrement, entre autres pour y pratiquer «  le culte de Satan  » et y consommer de la drogue. Cette affaire participe aussi d’une campagne visant à discréditer la jeunesse contestataire auprès de l’opinion publique : nombre des adeptes des cafés du centre, dont sont dénoncées les pratiques «  déviantes  », sont militants et révolutionnaires.

Surenchères religieuses

«  Le gouvernement donne dans la surenchère en matière de répression des homosexuels et des athées pour assurer sa réputation de gardien de l’ordre moral et religieux, dans une sorte de compétition avec le mouvement islamiste  », commente Ishaak Ibrahim. Dès son discours d’investiture, le président Abdel Fattah Al-Sissi avait appelé «  toutes les familles, écoles, mosquées et églises  » à renforcer les valeurs morales. Tout en écrasant la confrérie des Frères musulmans — désormais classée organisation terroriste —, le régime veut montrer qu’il est bien plus capable que ses membres de jouer la carte de la moralité.

La répression s’accompagne d’un véritable travail de matraquage des médias pro-gouvernementaux, qui dénoncent sans cesse les menaces qui pèseraient sur l’Égypte. «  Par leurs discours sur les dangers de l’homosexualité ou de l’athéisme, les médias créent un climat très anxiogène  », explique Scott Long. En suscitant ainsi la peur, ils nourrissent un cercle vicieux et fertilisent le terreau conservateur qui donne une légitimité populaire à la répression.

Pour Long, tout cela vise surtout à détourner l’attention de la population des difficultés économiques et politiques réelles. Déjà en 2001, à propos de l’affaire du Queen Boat, Hossam Bahgat, avocat pour les droits humains renommé, avait souligné l’utilisation par le régime de Hosni Moubarak de procès sensationnalistes pour tenter d’éclipser la dégradation de l’économie. Quatre ans après la révolution du 25 janvier, la remise au goût du jour de ces pratiques semble être un élément de plus témoignant d’un retour à la case départ en Égypte.

Mathilde du Pradel

1Déclaration de Hicham Abdel Hamid, porte-parole du département médico-légal du ministère de la justice à Ahram Online

2NDLR. Lesbiennes, gays, transsexuel-le-s et bisexuel-els.

 

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[actu] Nigéria : arrestation de 12 prétendus homosexuels https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/actu-nigeria-arrestation-de-12-pretendus-homosexuels/ Wed, 28 Jan 2015 17:17:54 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1184 Continuer la lecture →]]> police-islamique

Kano (Nigeria)  – Douze jeunes hommes ont été arrêtés à Kano, grande ville du nord du Nigeria, sous l’accusation de préparer un « mariage gay ».

 
 
 
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Information issue de la presse fromage AFP.

L’homosexualité est interdite par la législation fédérale au Nigeria, où a été votée l’an dernier une nouvelle loi interdisant le mariage entre personnes du même sexe.

Dans les Etats du nord, où la charia (loi islamique) s’applique parallèlement aux systèmes judiciaires étatique et fédéral, l’homosexualité est passible de la peine de mort, mais cette peine est très rarement prononcée.

Les 12 hommes, dont la plupart sont des adolescents, ont été arrêtés lundi dans un hôtel populaire des faubourgs de la ville, a indiqué Aminu Daurawa, le chef de la Hisbah, l’agence chargée de faire respecter la charia.

« Nous avons 12 hommes en détention, dont +la mariée+. Nous les avons arrêtés dans la salle où devait se tenir un mariage gay », a déclaré M. Daurawa à l’AFP. « Nos hommes ont investi la salle alors que le mariage allait commencer ».

De nombreuses personnes ont réussi à s’enfuir pendant l’opération, a-t-il ajouté.

Un des participants arrêtés, Faruk Maiduguri, 18 ans, a expliqué à la presse, dans les locaux de la Hisbah, que lui et ses amis célébraient en fait un anniversaire.

« C’était ma fête d’anniversaire, pas un mariage gay », a-t-il lancé, en larmes.

M. Daurawa a affirmé que les suspects, qui viennent de Kano et d’autres villes du nord (Maiduguri, Kaduna et Bauchi) et du sud-ouest (Ibadan et Osogbo), « avaient une apparence et un comportement féminins », ce qui a entraîné leur arrestation.

Il n’a pas précisé s’ils allaient être poursuivis mais leurs familles ont été convoquées.

En janvier 2014, une dizaine d’hommes accusés d’organiser un mariage homosexuel avaient été arrêtés et inculpés à Bauchi par la police islamique. Certains avaient été relâchés et d’autres libérés sous caution. [Et ce suite à la mobilisation qui s’organise face à la répression, comme en témoigne les photos.]

Condamnée par la communauté internationale, la « loi sur le mariage entre personnes du même sexe du Nigeria » punit d’une peine allant jusqu’à 14 ans de prison toute personne engagée dans une union homosexuelle.

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[Dans le même temps, dans le Nord, Boko Haram persécute (aussi) les gays : certains sont exhibés sur Internet avant d’être humiliés et tués.]

]]> Paragraphe 175 et Triangles roses https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/paragraphe-175-et-triangles-roses/ Wed, 28 Jan 2015 16:27:50 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1174 Continuer la lecture →]]> heinrich-himmlers-secret-shame-1« L’attrait sexuel de l’homme pour l’homme nuit à la bonne marche des affaires. » (Heinrich Himmler)

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand, l’article 334 – alinéa 1 du Code pénal français, les camps. Témoignages de Rudolf Brazda et Pierre Seel.

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Le paragraphe 175 du Code pénal allemand en 1871 (reprenant une loi prussienne de 1794)

« § 175 Les actes sexuels contre nature qui sont perpétrés, que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux, sont passibles de prison ; il peut aussi être prononcé la perte des droits civiques. »

En octobre 1934, s’installe au sein de la Gestapo d’un bureau spécial chargé de traiter les affaires homosexuelles (Sonderdezernat Homosexualität), qui se consacre notamment au fichage, et d’une nouvelle intensification de la persécution. Les inculpations au titre du paragraphe 175 sont alors multipliées par 5 entre 1934 et 1935.

Le paragraphe 175 amendé le 28 juin 1935 :

« § 175 Un homme qui commet un acte sexuel avec un autre homme ou qui se laisse utiliser par lui dans ce but est puni de prison. Dans le cas d’un participant qui, au moment des faits, n’avait pas encore 21 ans, le tribunal peut renoncer, dans les cas les plus légers, à punir.

§ 175a Est puni d’une peine de travaux forcés pouvant s’élever jusqu’à dix ans, en cas de circonstances atténuantes d’une peine de prison ne pouvant être inférieure à trois mois :

  1. un homme qui oblige un autre homme, par la force ou par une menace mettant présentement en danger son corps ou sa vie, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  2. un homme qui décide un autre homme, en usant d’une dépendance fondée sur une relation d’autorité, de travail ou de subordination, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  3. un homme de plus de 21 ans qui séduit un mineur masculin de moins de 21 ans , afin qu’il commette avec lui un acte sexuel ou qu’il se laisse utiliser par des hommes en vue d’un tel acte ou qui s’offre dans ce but ;

§ 175b Un acte sexuel contre nature qui est commis par un homme avec un animal est puni de prison ; la perte des droits civiques peut être également prononcée1. »

Entre 1933 et 1945, rien qu’en Allemagne, près de 100.000 hommes (dont la moitié a été condamnée) ont été arrêtés en vertu de la loi qui criminalisait l’homosexualité.

On estime qu’entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été détenus dans des camps de concentration sous le régime nazi.

Ces statistiques ne couvrent cependant pas l’ensemble des cas, les « corrupteurs de la jeunesse », les prostitués et les récidivistes pouvant être directement internés en camp de travail sans jugement. L’« émasculation volontaire » est également « proposée » par la police aux homosexuels poursuivis au titre du paragraphe 175. Quant à la castration forcée, elle n’est imposée que dans certains cas, cette fois au titre de la loi de prévention des maladies héréditaires modifiée en juin 1935, ou de celle sur les crimes sexuels de novembre 1934, sans qu’il soit possible de différencier les homosexuels parmi ceux qui en ont été victimes ; le recours à la castration systématique a été proposé à plusieurs reprises par Himmler, notamment en 1939 puis en 1942, mais n’a pas été retenu.

L’historienne Dagmar Herzog affirme quant à elle qu’entre 46 000 et 50 000 homosexuels auraient été indistinctement emprisonnés ou internés, et qu’entre 5 000 et 10 000 y seraient morts.

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La mort de Gad Beck le 24 juin 2012, considéré comme le dernier survivant gay de l’holocauste, a laissé un vide. Il était le dernier témoin vivant et le représentant d’une période de persécution et de souffrance qui a coûté la vie à des milliers d’homosexuels.

Robert Biedron, un activiste polonais, décrit des scènes d’humiliations quotidiennes pour les homosexuels détenus dans des camps :

«Ils étaient forcés de dormir en chemise de nuit et de garder leurs mains en dehors du lit. A Flossebürg, les homosexuels étaient forcés de fréquenter des prostituées. Les Nazis faisaient même des trous dans les murs pour observer le comportement de leurs prisonniers homosexuels.»

Le témoignage de Rudolf Brazda, survivant, en 2010 :

http://youtu.be/9yPLoH3qyvQ

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« Des jours, des semaines, des mois passèrent. De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l’horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l’épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu’elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp. Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d’autres.

 

Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l’appel. Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l’appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major. J’imaginais qu’il allait encore nous assener sa foi aveugle dans le Reich assortie d’une liste de consignes, d’insultes et de menaces à l’instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s’agissait en fait d’une épreuve autrement plus pénible, d’une condamnation à mort.

  Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l’avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J’avais prié pour qu’il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s’embuèrent de larmes. Il n’avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s’était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j’ai totalement oublié le contenu de l’acte de mise à mort.

Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d’abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d’horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu’il perde très vite connaissance. Depuis, il m’arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n’oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd’hui ? Sont-ils donc tous morts ? Il est vrai que nous étions parmi les pus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d’atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d’autres.

Quant à moi, après des dizaines d’années de silence, j’ai décidé de parler, de témoigner, d’accuser.« 

Extrait de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

Le témoignage de Pierre Seel, en 1993 dans l’émission Là-bas si j’y suis :

 

Le documentaire Paragraph 175 en streaming en 4 parties : http://www.dailymotion.com/video/x3bsd8_paragraphe-175-1-4_news

 

Code pénal et homosexualité en France

Depuis la Révolution française (par la loi du 25 septembre – 6 octobre 1791, qui adopta le Code pénal, dont un fait remarquable est l’absence de mention de la sodomie, considérée jusque là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuels), les rapports homosexuels en privé entre adultes consentants n’étaient plus poursuivis par la loi en France.

Cependant, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s’intensifie sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire autour des groupes d’homosexuels, notamment parisiens. Elle se caractérise par un recensement écrit, sous forme de fiches, des homosexuels identifiés, des prostitués homosexuels et travestis, le tout compilé dans les « registres des pédérastes ». Le but de ce fichage systématique était essentiellement de prévenir les chantages et les scandales publics tout en contrôlant la prostitution. Le fichage des homosexuels par la police s’est poursuivi (officiellement) jusqu’en 1981.

Le régime de Vichy, par la loi du 6 août 1942 modifiant l’alinéa 1 de l’article 334 du Code pénal, établit une distinction discriminatoire dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels :

« Sera puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 2 000 francs à 6 000 francs quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. »

Cette loi crée une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s’agissant de l’âge à partir duquel un mineur civil peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte, sans que cet adulte commette une infraction pénalement réprimée (il faut attendre 21 ans pour les rapports homosexuels et 13 ans pour les rapports hétérosexuels puis 15 ans à partir de 1945). À la Libération, cet alinéa n’est pas abrogé. À peine modifié, ce paragraphe est seulement déplacé à l’alinéa 3 de l’article 331 du Code pénal. Cette nouvelle loi punit

« …d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 francs à 15 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans. »

En 1974, l’âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à 18 ans (la loi change l’âge de majorité de 21 ans à 18 ans dans tous les articles du Code civil et du Code pénal).

En plus de l’article 331 du Code pénal, une seconde loi faisait mention explicitement de l’homosexualité : l’ordonnance du 25 novembre 1960 (créant l’alinéa 2 de l’article 330 du Code pénal), qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels.

Il faudra des années de luttes pour qu’en 1982 le Code pénal ne rende plus répréhensible l’homosexualité en France.

 

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Une pensée pour toutes les autres victimes du nazisme et du régime de Vichy oubliées de la mémoire collective, et pour leurs « descendants » : Tziganes, Noirs, handicapés, asociaux, communistes, slaves, anarchistes, prostituées, Témoins de Jéhovah…

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[actu] Russie : Condamnation pour «propagande de l’homosexualité» https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/actu-russie-condamnation-pour-propagande-de-lhomosexualite/ Tue, 27 Jan 2015 23:35:02 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1109 Continuer la lecture →]]> 404notfoundUne association de soutien aux jeunes LGBT condamnée par loi russe contre la « propagande de l’homosexualité ».

Actualité publiée par le média gay mainstream yagg le 26 janvier 2015.
 

Sur Children-404, un site russe fondé par la journaliste Elena Klimova en mars 2013, les jeunes LGBT peuvent témoigner et rompre l’isolement dont ils sont victimes. Des vidéos et des conseils de psychologues sont également disponibles. Le nom du site a été choisi en référence à la page d’erreur 404 qui s’affiche lorsque l’on tombe sur une page introuvable sur Internet. Mais depuis plusieurs semaines, cette plateforme est dans le viseur des autorités qui ont lancé des poursuites. Le couperet est tombé ce vendredi 23 janvier: un tribunal a condamné la fondatrice du site pour «propagande de l’homosexualité», un délit créé par une loi votée en 2013. Elle devra payer une amende de 50000 roubles (soit environ 680 euros) mais a annoncé qu’elle fera appel de cette décision.

Pour Roskomnadzor, l’autorité de surveillance des médias, ce site représente un danger car il laisse penser «que les relations homosexuelles sont meilleures que celles traditionnelles». Plus d’une centaine de plaintes ont été déposées contre la plateforme. Le site est toujours en ligne et des témoignages continuent à affluer sur la page Facebook, mais «la communauté Children-404 risque d’être interdite», s’est réjouie la Jeune garde, un mouvement de soutien au pouvoir qui avait porté plainte contre le site, rapporte l’AFP.

Le Russian LGBT Network s’inquiète également du fait qu’Elena Klimova n’ait pas été correctement représentée lors de son procès. Son avocat, Dmitry Bartenev, n’a pas pu y assister pour des raisons médicales et avait demandé un report de l’audience, ce qu’a refusé le tribunal. «La cour a violé l’article 48 de la Constitution russe, selon lequel le droit à une représentation juridique compétente est garanti, a commenté Maria Kozlovskaya, juriste du Russian LGBT Network. (…) Nous allons user de toutes les voies de recours possibles contre cette décision, y compris la Cour européenne des droits de l’Homme.»

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Monté en mars 2013, Children 404 a été créé par la journaliste Elena Klimova, qui cherche à aider les jeunes LGBT, particulièrement vulnérables face à l’homophobie ambiante. Des pages sur les réseaux Facebook et VKontakt ont été lancées rassemblant de nombreuses photos d’adolescent.e.s russes LGBT cachant leur visage derrière les mots Children 404, une manière de dénoncer l’invisibilisation des ces adolescent.e.s, et aussi de partager leurs expériences et leurs difficultés pour rompre leur isolement. Ce groupe de soutien est aujourd’hui menacé par la loi criminalisant la propagande de l’homosexualité.

UN SUJET TROP DÉLICAT POUR ÊTRE CONFIÉ À DES «AMATEURS»?
Le service de surveillance des médias, le Roskomnadzor, qui dépend du ministère de la Culture, a annoncé le 18 novembre qu’il allait entamer des poursuites contre Children 404. Il aurait reçu plus de 150 plaintes émanant de particuliers et d’associations demandant à vérifier la légalité du projet. Après analyse du contenu des pages, le Roskomnadzor en est arrivé à la conclusion que l’initiative d’Elena Klimova, déjà inquiétée en début d’année, va effectivement à l’encontre de la partie 2 de l’article 6.21 du Code des infractions administratives, qui criminalise la promotion des «relations sexuelles non traditionnelles» auprès des mineur.e.s. «Il est de notre conviction profonde que les problèmes de socialisation des adolescents, leur maturation et l’autodétermination personnelle doivent être traitées par des professionnels – enseignants qualifiés, psychologues, médecins, avocats, a-t-il commenté. Ce sujet est extrêmement sensible et délicat et ne doit pas être traité avec amateurisme, ni sous le coup d’une impulsion émotionnelle, sans compétences appropriées. Nous pensons que le manque d’expertise ne permet pas à Elena Klimova la mise en œuvre de projets publics. Mais l’ignorance, comme vous le savez, ne constitue pas une excuse.»

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DES ACCUSATIONS ABSURDES
Elena Klimova a vivement réagi auprès du site russe Slon à la potentielle interdiction du projet Children 404 et aux accusations qui pèsent contre elle:

«Que propose l’État à ces jeunes aujourd’hui? La réponse est très claire: rien du tout. Le Roskomnadzor a affirmé qu’il avait découvert de la propagande homosexuelle, mais au lieu de me montrer où il y avait du contenu interdit, il m’écrit que je n’ai juste pas les connaissances spécifiques pour le publier. C’est absurde!»

En outre, une quinzaine de psychologues professionnel.le.s participent au projet Children 404 pour apporter une aide aux jeunes les plus en difficulté. Sur son blog, la journaliste poursuit: «Si ces problèmes devraient être pris en main par des professionnel.le.s… et pas par des amateurs comme moi, alors où sont-ils? L’État, houhou! Roskomnadzor, houhou! Où devons envoyer les troupeaux d’adolescent.e.s troublé.e.s? À Pavel Astakhov (le délégué aux droits de l’enfant en Russie, ndlr)? À Elena Mizulina (la députée à l’origine de la loi fédérale criminalisant la propagande des «relations sexuelles non traditionnelles» auprès des mineurs, ndlr)? À un monastère?» Elena Klimova risque une lourde amende, la fermeture des groupes sur les réseaux sociaux, voire l’interdiction de toute diffusion de vidéo ou de document lié au projet.

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2000 ans d’homophobie en 60 citations, 2003 https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/2000-ans-dhomophobie-en-60-citations-2003/ Tue, 27 Jan 2015 23:13:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1083 Continuer la lecture →]]>

Mais qu’est-ce qui pourrait bien « rassembler » Himmler, Proudhon, Boutin, Mugabe, Eminem, Lacan, le Pape Jean-Paul II,  le Rabbin Sitruk et l’Ayatollah Musava Ardelsili… ?

Préambule au Dictionnaire de l’homophobie, sous la direction de Louis-Georges Tin, 2003

Les photos de manifs illustrant l’article sont celles de la mobilisation homophobe en faveur du mariage hétérosexuel (2013-2014). Les autres sont (aussi) des documents historiques.

Préambule au Dictionnaire de l’homophobie, Louis-Georges Tin, 2003

Florilège ? Pas vraiment. Un florilège est un bouquet de vers ou de poèmes, choisis pour leur beauté et pour leur grâce. Or il s’agit ici de propos homophobes divers, plus ou moins bêtes et méchants selon les cas. Anti-florilège donc, non pas pour constituer un bêtisier ou un catalogue raisonné de la haine, mais pour faire entendre quelques voix, quelques cris illustrant le propos, avant de passer à l’analyse proprement dite [1]. Dans ce triste voisinage se côtoient des personnages sinistres comme Himmler et des figures honorables, à l’instar de saint Paul. Dès lors, il ne s’agit pas, en pratiquant l’amalgame, de suggérer que tous ces gens se valent, dans une sorte de commune et ténébreuse ignominie, mais plutôt de montrer que les discours homophobes se retrouvent dans des contextes extrêmement variés, traversant les âges et les clivages, se chargeant chaque fois de significations très différentes… mais toujours homophobes.

Quoi qu’il en soit, cette sélection ne saurait constituer un échantillon représentatif, car au-delà des déclarations publiques plus ou moins tonitruantes, l’homophobie ordinaire se loge plutôt dans les interstices du silence. Silence, la nuit, des agressions physiques ou des brutalités policières ; silence, le jour, des petits mots et des non-dits. Dans la plupart des pays du monde, ces violences physiques, morales ou symboliques constituent en fait l’essentiel de l’homophobie, celle que les mots ne disent pas…

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Version théologico-politique

« L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux » (Lévitique, 18, 22).

« Ni fornicateurs, ni idolâtres, ni dépravés, ni sodomites, ni voleurs, ni cupides, pas plus qu’ivrognes, insulteurs ou rapaces n’hériteront du royaume de Dieu » (Saint Paul, Corinthiens, 6, 9-10).

« Pas un seul autre vice ne pourrait être raisonnablement comparé à celui-ci, qui l’emporte sur tous les autres en impunité. Car ce vice apporte avec lui la mort du corps et la destruction de l’âme ; il souille la chair, étouffe la lumière de l’intelligence, jette l’Esprit saint hors de son temple, le cœur de l’homme, et installe à sa place le diable, l’éveille à des mauvais désirs ; il ferme absolument l’esprit à la vérité ; il trompe et oriente vers le mensonge ; il jette des rets sur le chemin et, quand un homme tombe dans la fosse, lui ferme toute fuite ; il ouvre les portes de l’enfer et ferme celles du Paradis » (Saint Pierre Damien, Liber Gomorrhianus, vers 1050).

« Celui qui est sodomite prouvé, doit perdre les couilles, et s’il le fait une seconde fois, il doit perdre le membre ; et s’il le fait une troisième fois, il doit être brûlé »

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« Femme qui le fait doit à chaque fois perdre un membre, et la troisième fois, doit être brûlée. Et tous leurs biens sont au roi » (Jostice et Plet, « ancienne coutume d’Orléans », vers 1260).

« Qui erre contre la foi, comme en mécréance, de laquelle il ne veut venir à voie de vérité, ou qui fait sodomiterie, il doit être brûlé » (Philippe de Beaumanoir, Les Coutumes de Beauvaisis, vers 1285).

« Dans chaque temple ou lieu de culte important, ils ont un homme ou deux, ou davantage, habillés en femmes depuis l’enfance, parlant comme les femmes et les imitant en manières, en vêtement et en tout. Les hommes, particulièrement les chefs, ont des relations charnelles impures avec eux les fêtes et les jours saints, comme s’il s’agissait d’un rite ou d’une cérémonie. Je le sais parce que j’en ai puni deux » (Cieza de Léon, Chroniques du Pérou, 1533).

« Si un homme consent à être sodomisé, les coupables seront condamnés au port de la cangue pendant un mois et à 100 coups de bâton » (Code de la dynastie Qing [Da Qing lüli], 1734).

« Je respecte les homosexuels comme je respecte les infirmes. Mais s’ils veulent transformer leur infirmité en santé, je dois dire que je ne suis pas d’accord » (Mgr Elchinger, évêque de Strasbourg, 1982).

« Dans certains domaines, tenir compte de la tendance sexuelle n’est pas une discrimination injuste, par exemple dans le placement des enfants à adopter ou leur mise en garde, dans l’engagement d’enseignants et d’entraîneurs sportifs et dans le recrutement militaire » (Cardinal Ratzinger, Jean-Paul II, Certaines considérations concernant la réponse à des propositions de loi sur la non-discrimination des personnes homosexuelles, 1992).

« S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (Catéchisme de l’Église catholique, 2357 à 2359, 1997).

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« Pour les homosexuels, l’islam a prescrit les peines les plus sévères […] Après que la preuve a été établie conformément à la sharia, il faudra se saisir de la personne, la maintenir debout, la partager en deux avec une épée et soit lui trancher la tête, soit la fendre en deux tout entière. Il (ou elle) tombera […] Après sa mort, il faudra dresser un bûcher, placer le cadavre dessus, y mettre le feu et le brûler, ou bien l’emporter sur une montagne et le précipiter. Puis les morceaux du cadavre devront être rassemblés et brûlés. Ou alors, il faudra creuser un trou, y faire un feu et l’y jeter vivant. Nous n’avons pas de telles punitions pour d’autres crimes » (Ayatollah Musava Ardelsili, Téhéran, 1998).

Version laïque

« Sans aller jusqu’à la mort, je regrette que cette infamie qui commence à se propager parmi nous, soit traitée avec tant d’indulgence. Je voudrais qu’elle fût, dans tous les cas, assimilée au viol, et punie de vingt ans de réclusion » (Pierre-Joseph Proudhon, Amour et mariage, 1858).

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« L’homosexualité fait échouer tout rendement […] Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l’Allemagne, la fin du monde germanique » (Heinrich Himmler, Discours du 18 février 1937).

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« Dans la société soviétique, de saine moralité, l’homosexualité est réprimée en tant que dépravation sexuelle et punie par la loi, sauf en cas de désordre psychique […]. Dans les pays bourgeois, l’homosexualité, signe de la décomposition morale des classes dirigeantes, est en fait impossible à punir » (Encyclopédie soviétique, « Homosexualité », t. 12, 1952).

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« Il faut sanctionner le prosélytisme homosexuel. En effet, le plus grave péril qui menace la terre, c’est la dénatalité du monde occidental affronté à la surnatalité du Tiers Monde. De ce fait, j’estime que l’homosexualité conduit, si elle se développe, à la fin du monde » (Jean-Marie Le Pen, président du Front national, Fréquence gaie, 1984).

« À moins d’un heureux hasard médical, d’ici trois ou quatre ans, parmi les options à débattre, il faudra envisager l’extermination des homosexuels » (Dr Paul Cameron, Conservative Political Action Conférence, 1985).

« L’hétérosexualité, c’est mieux » (Édith Cresson, Premier ministre, 1991).

« Je confesse qu’il doit y avoir des homosexuels au Front national, mais il n’y a pas de folles. Elles sont invitées à aller voir ailleurs » (J.-M. Le Pen, Université d’été du FN, septembre 1995).

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« Les homosexuels sont pires que les porcs et les chiens » (M. Mugabe, président du Zimbabwe, 1995).

« Si vous me demandez si un instituteur homosexuel déclaré peut enseigner, ma réponse est non. Ce serait peu éducatif et moralement inopportun qu’une personne homosexuelle déclarée ou qui considère la pédophilie, somme toute, comme une forme d’amour, puisse enseigner. Ils devraient être exclus de la fonction publique » (Gianfranco Fini, leader du mouvement politique italien, Alleanza Nazionale, 1998).

« Je ne peux être favorable à ceux que j’appelle les fossoyeurs de l’humanité, ceux qui n’assurent pas l’avenir, les homosexuels » (François Abadie, sénateur du Parti radical de gauche, Nouvel Observateur, juin 2000).

« Il n’est pas bon qu’un homme aille avec un autre homme, ou une femme, avec une autre femme. Cela va à l’encontre de la tradition africaine et des enseignements de la Bible » (Daniel Arap Moi, président du Kenya, 2000).

« Les lesbiennes utilisent l’orifice de vie dans leurs ébats. Par contre les homosexuels utilisent l’orifice de déjection » (Didier Ratsiraka, président de Madagascar, La Tribune de Madagascar, 27 mars 2001).

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Version scientifique

« Le pédéraste contrevient à l’hygiène, à la netteté et il ignore la lustration qui purifie. L’état des fesses, le relâchement du sphincter, l’anus en entonnoir ou bien la forme et la dimension du pénis signent l’appartenance à l’espèce nouvelle. Monstre dans la nouvelle galerie des monstres, le pédéraste a partie liée avec l’animal ; dans ses coïts, il évoque le chien. Sa nature l’associe à l’excrément » (Ambroise Tardieu, Études médico-légales sur les attentats aux mœurs, 1857).

« L’homosexualité est un stigmate fonctionnel de dégénérescence et une tare névro-psychopathologique » (Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, 1886).

« L’homosexualité est la négation de la volonté humaine dans un de ses points les plus sensibles, car la volonté humaine porte d’une façon vivante en elle l’idéal d’une perpétuation. Ce simple fait suffit pour imposer l’hétérosexualité en tant que norme, et pour placer toute perversion, y compris la masturbation, au rang du crime, de l’égarement ou du péché » (Dr Alfred Adler, Le Problème de l’homosexualité, 1917).

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« En trente-huit ans, l’école n’a produit aucun homosexuel. La raison en est que la liberté donne des enfants sains » (Dr Alexander-Sutherland Neill, Libres Enfants de Summerhill, 1960).

« Que l’on ne vienne pas nous dire, sous prétexte que c’était une perversion reçue, approuvée, voire fêtée, que ce n’était pas une perversion. L’homosexualité n’en reste pas moins ce que c’est : une perversion » (Lacan, Séminaire, vol. VIII, « Le Transfert », 1960-1961).

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« L’homosexuel pur, indemne de tout potentialité de névrose, me paraît exceptionnel, nous ne le rencontrons pas dans nos cabinets de consultations » (Dr Marcel Eck, Sodome, 1966).

« L’homosexualité reste l’impasse de la non-fraternité et de la non-vie » (Dr Éliane Amado Lévy-Valensi, Le Grand Désarroi : aux sources de l’énigme homosexuelle, 1973).

« Ce virus [HIV] a eu le génie de s’attaquer à ceux qui ont transformé la physiologie de la reproduction en plaisirs frelatés […] En cette période où tout ce qui est contre la morale, même naturelle, est admiré, ce virus savait où frapper » (Pr German, président de l’Académie de pharmacie, 1991).

« L’homosexualité fait partie des états premiers de la sexualité humaine, elle ne représente pas la fin de la sexualité, qui, dans le meilleur des cas, s’achemine vers l’hétérosexualité. L’homosexualité n’est pas du tout un choix d’objet parmi d’autres mais un complexe qui signe l’échec de l’intériorisation de l’autre » (Tony Anatrella, prêtre et psychanalyste, Le Monde, 10 octobre 1998).

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Version littéraire

« Imaginez-vous ce que sont exactement les pratiques sexuelles entre deux hommes, et essayez de ne pas vomir » (Camille Mauclair, Les Marges, mars 1926).

« J’estime que cette perversion d’un instinct naturel, comme bien d’autres perversions, est un indice de la profonde décadence sociale et morale d’une certaine partie de la société actuelle » (Henri Barbusse, Les Marges, mars 1926).

« Pour qui a la responsabilité de parler et de nommer dans un contexte éducatif, d’enseignement, d’accompagnement, de régulation ou d’élaboration des normes, il m’apparaît relever de l’honnêteté intellectuelle et morale que d’oser affirmer la non-équivalence entre les forme d’affectivité homosexuelle ou hétérosexuelle. À la différence d’autres qualifications évoquées plus haut, des expressions comme “forme anormative de la sexualité” ou “conduites objectivement déficientes” ne me paraissent ni blessantes ni humiliantes pour les personnes. Qui ne connaît des déficiences en certains aspects de sa personnalité, en sa sexualité particulièrement ? La sexualité n’est pas seulement le lieu de nos capacités et de nos performances, elle est aussi celui de nos vulnérabilités et de nos défaillances » (Xavier Lacroix, L’Amour du semblable, Questions sur l’homosexualité, 1995).

« Je vais faire pousser des cris, mais je suis prêt à affirmer qu’on ne peut pas être homosexuel et heureux » (Sébastien, Ne deviens pas gay tu finiras triste, 1998).

« Mes mots sont comme un poignard à bord dentelé, ils te poignarderont dans la tête, que tu sois un pédé ou une gouine. […] Si je déteste les pédés ? La réponse est oui » (Eminem, The Marshall Mathers LP, 2000).

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Version défaitiste [2]

« La raison pour laquelle le couple homosexuel n’a pas accès au mariage est que celui-ci est l’institution qui inscrit la différence des sexes dans l’ordre symbolique, en liant couple et filiation » (Irène Théry, « Le cus en question », Notes de la Fondation Saint-Simon, cf. aussi Esprit, octobre 1997).

« Sodome réclame droit de cité » (H. Lécuyer, in « La Notion juridique de couple », Economica, 1998).

« Nous voilà revenus aux temps barbares » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

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« Où placera-t-on la frontière, pour un enfant adopté, entre l’homosexualité et la pédophilie ? » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

« Ce sont les fondements de la civilisation et de la démocratie qui seraient remis en cause » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

« S’il y a des pédés ici, je leur pisse à la raie » (Michel Meylan, député DL, 1998).

« C’est l’homosexualité et toutes les perversions sexuelles qui envahissent la littérature, le cinéma, le théâtre, les médias et assaillent les très jeunes sans défenses appropriées » (tract de l’Association Avenir de la culture, 1998).

« Impropre à assurer le renouvellement des membres qui composent celle-ci [la société], l’homosexualité est, par nature, un comportement mortel pour la société. Ce n’est pas là une appréciation d’ordre moral et subjectif, mais une constatation biologique élémentaire » (Jean-Luc Auber, note sous arrêt Cour de cassation 3e Civ. du 17 décembre 1997, Recueil Dalloz, 1998, 9e cahier Jurisprudence).

« Il ne peut y avoir aucune équivalence entre couples hétérosexuels et couples homosexuels. Cette évidence ne s’inspire d’aucune considération morale ou intégriste » (Jean-François Mattei, député DL, 1998).

« Toutes les études sociologiques ont prouvé que généralement le couple homosexuel a des revenus supérieurs au couple hétérosexuel pour d’évidentes raisons. Il est donc déraisonnable d’offrir à tous les mêmes avantages dès lors que les justifications de ces avantages manquent » (Bernard Beignier, « Une nouvelle proposition de la loi relative au cus : copie à revoir », Droit de la famille, Jurisclasseur, Chronique, avril 1997).

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« Accepter que des couples puissent se constituer autrement que dans la relation conjugale d’un homme et d’une femme, c’est aller contre l’équilibre naturel établi par Dieu. Sous couvert de démocratie, notre société tend à légiférer selon l’évolution des mœurs. […] Lorsque l’homme porte atteinte à la nature, il porte atteinte à Dieu et à lui-même » (Joseph Sitruk, Grand Rabbin de France, Le Figaro, 2 juillet 1996).

« Stérilisez-les ! » (Pierre Lellouche, député RPR, 1998).

« Ne voient-ils donc pas que Pacs et clone, c’est la même chose ? À savoir la primauté du même au détriment de l’altérité. À savoir, la remise en question radicale de l’opposition incontournable et de la nécessaire complémentarité homme-femme » (Simone Korff-Sausse, psychanalyste, Libération, 1998).

« Un tas de pédés, de folles, de gouines, de timbrés, de malheureux, de malheureuses, d’escrocs, de minus habens, de camés, de lecteurs de Cyril Collard, vont enfin pouvoir se promener dans la rue comme monsieur et madame, après la sortie de la messe, avec le saint-honoré » (National Hebdo, 10 septembre 1998).

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« Le fait de confier des enfants à des couples d’homosexuels masculins (comme cela se produira un jour ou l’autre par l’évolution logique si le Pacs est adopté), ce fait-là ne manquera donc pas d’accroître encore les risques pédophiliques qui sont déjà en plein essor » (Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Figaro, 19 octobre 1998).

« C’est une révolution. Voulez-vous que demain, à la porte de l’école, un couple d’homosexuels regarde sortir vos enfants ou vos petits-enfants ? Voulez-vous qu’ils aient pour petits camarades des enfants de leur âge qui n’auront pas de maman, mais deux “papa” ? Voulez-vous payer plus d’impôts uniquement pour que des invertis vivant en couple en payent moins ? Demain, la cohabitation homosexuelle va être reconnue à l’égal du mariage… Et le mariage lui-même sera rendu obsolète ! […] Vous le savez, l’offensive du lobby homosexuel est le fer de lance de la destruction des principes essentiels de notre civilisation » (tract de l’Association Avenir de la culture, 1998).

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« Ce projet suscite une répulsion profonde, y compris chez les électeurs socialistes. C’est une législation de temps de décadence, pire que celle de la fin de l’Empire romain » (Jean Foyer, ancien garde des Sceaux, 1998).

« Votre révolution du Pacs, c’est le retour à la barbarie » (Philippe de Villiers, député, 1998).

« Il y a des zoophiles aussi » (Jacques Myard, député RPR, 1998).

« Pas de neveux pour les tantouzes ! » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

« Les homosexuels d’aujourd’hui sont les pédophiles de demain » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

« Les pédés au bûcher ! » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

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Notes

[1] Ce « florilège » a été publié en préambule du Dictionnaire de l’homophobie, coordonné par Louis-Georges Tin.

[2] Il s’agit ici, plus précisément, des propos apocalyptiques tenus par les adversaires du PACS au moment où celui-ci a commencé à entrer dans l’agenda politique.

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[actu] Syrie : situation des gays et des « personnes présentées comme homosexuelles » https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/24/actu-syrie-situation-des-gays-et-des-personnes-presentees-comme-homosexuelles/ Sat, 24 Jan 2015 20:38:48 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=907 Continuer la lecture →]]>

Ar_Gay_SyrQuelques articles issus de mass médias sur la situation des homos et de ceux considérés comme tels en Syrie et dans la région…

 Voir les précédents articles.

14 exécutés en six mois pour adultère ou homosexualité

Publié le 14 janvier par le média gay dominant Tétu avec le média colonialiste AFP.

Les jihadistes et les groupes islamistes ont exécuté depuis la mi-juillet en Syrie sept hommes et sept femmes pour adultère ou homosexualité, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

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La dernière victime recensée est une femme accusée « d’infidélité » qui a été tuée par le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, dans la province d’Idleb (nord-ouest), selon cette ONG qui dispose d’un vaste réseau de militants et de sources médicales dans le pays.

Dans une vidéo postée par l’Observatoire, un groupe de combattants d’Al-Nosra attachent une femme avant de l’abattre avec un pistolet dans la ville de Maaret Noomane. Le supplice a lieu devant une foule de civils et de combattants tandis qu’un jihadiste accuse la femme « d’adultère ».

L’OSDH fait état de 13 autres personnes exécutées pour adultère ou homosexualité depuis juillet. Parmi elles figure un homme accusé aussi d’adultère et lapidé l’an dernier par le Front al-Nosra et d’autres groupes islamistes à Saraqeb, dans la province d’Idleb.

DEUX « GAYS » JETÉS D’UN IMMEUBLE
Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont pour leur part donné la mort à trois femmes pour le même motif et à deux hommes « pour avoir eu des pratiques indécentes avec d’autres hommes ».

Un groupe islamiste dans la province septentrionale d’Alep et l’EI dans celle de Deir Ezzor (est) ont jeté chacun homme d’un immeuble avant de le lapider pour homosexualité.

D’autres groupes ont mis à mort trois femmes dans la province centrale de Hama pour adultère, dont une lapidée par son propre père.

Le directeur de l’OSDH Rami Abdel Rahmane a affirmé à l’AFP qu’il y avait eu sûrement d’autres exécutions de ce type en Syrie, mais qui n’avaient pas été documentées.

L’EI a émergé durant la guerre en Syrie au printemps 2013 et a proclamé un califat sur les larges pans de territoire qu’il a conquis en Irak et en Syrie.

 

Plusieurs associations mettent en garde sur le relai des messages de propagande véhiculés par Daesh.

Exécution de personnes présentées comme homosexuelles en Syrie: pourquoi il faut être prudent

Publié par le massmédia gay yagg.

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Sur plusieurs sites internet proches de l’État islamique, des photos présentant deux hommes jetés du haut d’un immeuble ont été publiées samedi 17 janvier. En légende, les mots suivants: «Cette exécution est une punition pour avoir commis le crime du peuple de Lot en les poussant depuis le sommet d’un grand immeuble». Ce que Daesh interprète comme le «crime du peuple de Lot» correspond en fait à l’homosexualité. Le mode opératoire des djihadistes n’a pas varié depuis les exécutions précédentes: le but recherché demeure de créer un spectacle fondé sur la terreur, comme l’expliquait à Yagg le spécialiste de l’islam politique Olivier Roy. Pour l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC) et l’association de défense des droits des femmes Madre, il convient de faire attention lorsque l’on évoque ces crimes afin de ne pas mettre en danger les personnes LGBT de la région.

«ENLEVER TOUTE CRÉDIBILITÉ À DES ADVERSAIRES»
Car les personnes présentées comme homosexuelles par Daesh ne le sont pas forcément. Compte tenu de la situation locale, il est très difficile d’obtenir des informations fiables sur l’orientation sexuelle des personnes exécutées, font valoir les deux organisations dans un communiqué. «Pour le moment, parler publiquement de ces hommes en tant que “gays” ne peut créer que des problèmes, préviennent-elles. Si ces hommes ne s’identifiaient pas comme homosexuels, cette allégation est incorrecte et rend plus obscures les motivations qui ont poussé l’État islamique à les présenter publiquement comme tels. Si ces hommes se considéraient effectivement comme des homosexuels,  il faut faire preuve d’une extrême prudence et consulter les personnes qu’ils aimaient pour déterminer si une large communication pourrait nuire à leur famille, à leurs proches et à leurs partenaires.»

Pour Madre et l’IGLHRC, Daesh pourrait utiliser l’homosexualité pour saper l’influence d’opposants: «Accuser des adversaires d’être homosexuel.le.s est une stratégie déjà utilisée à travers le monde entier pour enlever toute crédibilité à ces adversaires», rappellent les organisations. Celles-ci demandent à chacun.e de faire preuve de précision car les informations véhiculées par Daesh ont un impact direct sur la vie des populations locales: après des rumeurs de massacres en 2012, plusieurs personnes LGBT ont quitté le pays, se sont cachées ou ont songé au suicide, indique l’IGLHRC.

La stratégie de propagande mise en œuvre par l’État islamique reposant sur la terreur, propager les images de Daesh sans recul participe de cette stratégie.

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Etre gay en Syrie

Publié en décembre 2013 par le massmédia Foreign office / Slate.

Coincée entre le régime de Bachar el-Assad et les islamistes, la communauté gay de Syrie doit lutter pour sa survie. Ce qui, pour ces hommes qui n’ont nulle part où aller, veut bien souvent dire quitter la Syrie, pour un ailleurs peu sûr.

BEYROUTH (Liban)

Quand les rebelles syriens ont pris Racca en mars 2013, on aurait pu croire que la capture de cette cité nordique qui était jusque-là contrôlée par le régime du président Bachar el-Assad leur suffirait. Ils ne se sont pas immiscés dans la vie privée des citoyens selon Amir, un Syrien originaire de la ville.

Cette période de calme n’a hélas pas duré. Quand des groupes islamistes comme l’Etat islamique d’Irak et du Levant (ISIS) et le Front al-Nosra, tous deux apparentés à al-Qaida, ont commencé à monter en puissance, ils ont imposé leur interprétation de la justice islamique à la population.

«Petit à petit, ils ont entrepris de purifier la ville de ses éléments non islamiques, raconte Amir. Ailleurs, il y a des tribunaux, des procès… Mais avec eux, en un jour ou deux, ils peuvent décider de vous décapiter.»

La vie à Racca est rapidement devenue impossible pour Amir, qui est gay. Il a réussi à s’enfuir à Beyrouth. Il est sûr et certain d’être recherché par les djihadistes.

«Avant, avec le gouvernement syrien, on pouvait s’en sortir avec des pots-de-vin, nous explique-t-il. Mais certaines personnes sont tellement religieuses qu’elles résistent aux pots-de-vin.»

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Tandis que les violences en Syrie se poursuivent, de nombreuses personnes se sont réfugiées auprès de leurs communautés ethniques ou religieuses pour y trouver la protection. Mais contrairement aux autres groupes minoritaires comme les chrétiens, les kurdes et les alaouites, les minorités sexuelles, et en particulier les homosexuels, ne bénéficient d’aucune protection de la part des institutions politiques, ethniques ou religieuses. Les homosexuels syriens ne sont nulle part à l’abri: dans tout le pays, ils ont été à la fois la cible d’attaques de militants pro-régimes et de miliciens islamistes. Parfois à cause de leur orientation sexuelle, mais aussi parce qu’ils sont perçus comme une proie facile à dépouiller au milieu d’une guerre chaotique.

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Une violence qui peut aller jusqu’à la mort

 En tant que responsable du programme au Projet d’assistance aux réfugiés irakiens (Irap), j’ai eu l’occasion d’interviewer des dizaines de réfugiés homosexuels syriens qui ont fui au Liban pour échapper à la persécution. L’Irap fournit une assistance légale à des réfugiés de toutes nationalités pour les aider à se réinstaller. De nombreux Syriens homosexuels ont accepté de témoigner pour m’aider à écrire cet article, sans que ce soit lié à l’assistance qu’ils ont reçue de la part d’Irap. Au cours de nos conversations, ces hommes ont décrit une culture de la violence véritablement choquante, même quand on prend en compte les innombrables et incroyables violations des droits de l’homme commises par la Syrie.

Les homosexuels qui sont toujours en Syrie ne doivent pas seulement éviter d’être découverts, puisque la capture d’une de leurs connaissances peut également représenter une menace mortelle. Amir se rappelle d’un de ses amis homosexuels, Badr, qui a été kidnappé l’été dernier par le Front al-Nosra, avant d’être torturé pour obtenir des informations sur d’autres homosexuels puis exécuté:

«Quelques jours plus tard, le Front al-Nosra a rassemblé des gens sur la place et a dénoncé un autre type en disant qu’il était pédé, raconte Amir. Ils lui ont coupé la tête avec une épée.»

Toute cette violence ne semble pourtant pas uniquement liée aux croyances islamistes. Il se pourrait qu’elle soit également provoquée par une simple envie de manifester son pouvoir et son autorité. Certains homosexuels ont eux-mêmes participé à des actes de violence à l’encontre de leurs semblables, en toute conscience du fait qu’ils risquaient d’être démasqués.

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Imad raconte ainsi l’histoire d’une connaissance homosexuelle qui combat actuellement aux côtés d’un groupe islamiste:

«Il couchait avec un de mes amis homosexuels pour de l’argent, et puis il a disparu pendant quelques mois. En fait, il était en train de suivre un entraînement militaire à l’étranger. Il est revenu avec une longue barbe. Il est sûrement motivé par l’argent et par la protection qu’ils peuvent lui apporter.»

Les réfugiés qui fuient les violences en Syrie peuvent en général se contenter d’éviter les zones contrôlées par le groupe auquel ils s’opposent, mais dans le cas des homosexuels, les violences ne sont pas confinées à une seule zone géographique. Un résident de Damas, Najib, a fui sa maison après que son frère a découvert qu’il était gay. Son travail l’a conduit à rejoindre une banlieue de la capitale contrôlée par les rebelles, où il a entamé une relation avec un combattant islamiste. Le chef de la brigade, un musulman très conservateur, a commencé à avoir des soupçons sur leur relation, ce qui a forcé Najib à fuir une nouvelle fois pour se réfugier dans une banlieue plus proche de la ville.

Etat, opposition, tout le monde s’en prend aux homos

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Un matin, des miliciens pro-régime l’ont arrêté à un point de contrôle. Najib a reconnu l’un des hommes, Kheder: il l’avait vu dans un parc qui servait de lieu de rendez-vous non officiel pour les homosexuels avant la révolution. Les hommes lui ont bandé les yeux et l’ont amené à l’intérieur d’un bâtiment, avant de lui réclamer 15.000 dollars s’il ne voulait pas être livré aux autorités de l’Etat.

«Après ça, ils m’ont dit de me déshabiller. Ils ont pris mon téléphone et m’ont photographié, raconte-t-il. Un autre type m’a mis un coup de pied dans la tête et m’a traité de prostitué. Après ça, ils m’ont violé.»

Najib a apporté de l’argent le lendemain, et a promis qu’il amènerait le reste de la somme dans les jours qui suivraient. Au lieu de ça, il a fui au Liban.

«Une personne homosexuelle en Syrie est prise entre deux feux: celui du régime, et celui de l’opposition, explique-t-il. Le problème, c’est que la plupart des gens trouvent normal qu’on s’en prenne aux homosexuels.»

Même si les actes de violence sont devenus de plus en plus communs ces dernières années, la persécution des homosexuels en Syrie date de bien avant le soulèvement. Le code pénal syrien stipule qu’un acte sexuel «non naturel» est un crime qui peut entraîner une peine de prison de trois ans. Le manque général d’acceptation de la société syrienne envers l’homosexualité a toujours forcé les homosexuels à vivre cachés et à se voir en secret pour éviter d’être arrêtés ou de subir les représailles d’un «crime contre l’honneur».

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En 2009, la police a arrêté un groupe d’homosexuels à Racca après avoir obtenu un enregistrement de deux hommes en train de faire l’amour. Les policiers ont eu recours à la torture pour obtenir les noms d’autres homosexuels, avant de les arrêter eux aussi.

«Beaucoup de gens ont été attachés et roués de coup avant d’être interrogés. La plupart d’entre eux ont avoué leur homosexualité juste pour qu’on arrête de les torturer, m’explique Selim, un jeune homosexuel qui a fui Racca au printemps dernier, en parlant de la situation dans cette ville avant la révolution. Par contre, si on connaissait quelqu’un de haut placé au gouvernement, on pouvait s’en tirer. Tout le monde n’était pas arrêté. Certains subissaient juste un chantage alors que d’autres versaient des pots de vin à la police.»

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Beyrouth, un asile qui n’est pas le paradis

Pour certains Syriens homosexuels, des membres de leur propre famille pouvaient représenter la plus grande menace d’être découvert. Joseph, un chrétien originaire de Deir Ez-Zor, une ville de l’est du pays, a fui la Syrie il y a quelques mois après avoir oublié d’éteindre son ordinateur dans un café alors qu’il se trouvait avec ses cousins. Il était en pleine conversation avec son petit-ami.

«Le lendemain, ils sont venus me voir et m’ont dit de quitter la Syrie, parce que j’allais déshonorer notre famille. Ils m’ont menacé de me tuer si je refusais de partir.»

Dans les 24 heures, Joseph est parti pour le Liban.

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Même si Beyrouth est souvent considérée comme la ville la plus ouverte et libérée du Moyen-Orient, de nombreux réfugiés gays trouvent que leur situation n’y est pas beaucoup plus enviable. Dans la capitale libanaise, certains ont découvert qu’ils étaient exploités de la même manière que dans leur pays d’origine.

Hussein a fui le nord de la Syrie au printemps dernier, après qu’un membre de sa famille a essayé de l’assassiner en apprenant qu’il était gay. Il ne connaissait personne à Beyrouth et a commencé à dormir sur la plage. Il a été forcé de se prostituer pour survivre.

«Une fois, un type m’a ramassé pour coucher avec moi, me raconte-t-il. En fait, j’ai été violé par tout un groupe d’hommes libanais. Après l’agression, je suis retourné sur la plage parce que je n’avais nulle part où aller.»

Au cours de mes entretiens, quand je leur ai demandé s’ils ne pouvaient pas trouver un endroit plus sûr, la plupart des réfugiés homosexuels syriens m’ont toujours répondu la même chose: ils n’ont nulle par où aller. Cette situation doit changer: même s’il est difficile d’attendre plus de droits pour les homosexuels dans une société conservatrice en pleine guerre civile, les organisations d’aide aux réfugiés peuvent faire plus pour aider cette minorité oubliée. L’équipe devrait être particulièrement entraînée pour faire face aux besoins de cette population, on devrait développer les services d’aide aux hommes victimes de violences sexuelles, les individus les plus vulnérables devraient bénéficier d’un refuge plus sûr, et les réfugiés qui présentent le plus de risques devraient être déplacés dans un autre pays.

Yaman, un Syrien homosexuel qui a fui Kameshli, une ville au nord du pays, décrit son incapacité à trouver un logement à Beyrouth, et comment il a été ramassé dans la rue par un homme riche en échange de ses services sexuels. L’homme en question l’enfermait à l’intérieur de sa maison quand il partait travailler pour garder Yaman prisonnier.

«Après un temps, je ne pouvais plus le supporter, alors je suis parti, raconte-t-il. Je préfère encore être affamé et vivre dans la rue.»

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Responsable du programme Moyen-Orient du Iraqi Refugee Assistance Project

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

NDLE: Tous les noms ont été changés pour conserver l’anonymat des témoins.

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[actu] Egypte : la presse collabore avec le régime dans la traque aux homos https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/23/actu-egypte-la-presse-collabore-avec-le-regime-dans-la-traque-aux-homos/ Fri, 23 Jan 2015 15:55:08 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=893 Continuer la lecture →]]> 2907dcb5-355d-4722-b0ee-d25d93540d82Publié par le média gay mainstream yagg.

L’affaire du sauna du Caire, au cours de laquelle 26 hommes ont été arrêtés début décembre dans un hammam de la capitale sous les projecteurs de caméras de télévision, interroge le rapport de l’Égypte aux médias et plus particulièrement les liens qu’entretient le pouvoir avec les organes de presse. Pour filmer l’arrestation des 26 hommes, la journaliste Mona Iraqi a étroitement collaboré avec la police.

Pour de nombreux journalistes égyptien.ne.s, elle est allée trop loin et a franchi des limites. Mais serait-elle la seule dans ce cas ?

SOUTIEN DES FAMILLES
D’après Ibrahim Monsour, le rédacteur en chef de Tahrir News, une publication libérale, le gouvernement transmet des instructions aux médias sur les sujets qu’ils doivent couvrir. Et les arrestations de personnes homosexuelles participent d’après lui de la stratégie pour faire diversion sur le fait que les objectifs fixés au moment de la révolution de 2011 sont loin d’être atteints. Le rédacteur en chef chargé de l’édition en ligne du journal le plus vendu El-Masry el-Youm, Mohammed El-Desoky Roshdy, assure quant à lui qu’il n’y a pas d’ordres directs du pouvoir, mais que les scandales liés à la sexualité font vendre. Les journaux ne feraient que suivre une tendance déjà très présente à la télévision. Le fait que cela aille dans le même sens que le régime, qui veut afficher son attachement à la morale d’après BuzzFeed, ne serait qu’une coïncidence.

Les associations de défense des droits humains se sont réjouies de l’acquittement des 26 hommes arrêtés dans le sauna. Cependant, cette décision juridique ne fera peut-être pas jurisprudence. Contrairement à toutes les autres affaires où l’on accusait une personne d’être homosexuelle, les familles des prévenus ont cette fois choisi d’entourer leurs proches et de montrer leur soutien, ce qui a peut-être incité la Justice à se montrer plus clémente. En partie parce que dans les familles ouvrières, les saunas sont souvent les seuls endroits où il est possible d’accéder à un point d’eau pour se laver. Mais dans la salle d’audience, les familles ont aussi exprimé leur énervement quant aux liens qui unissent le monde politique aux journalistes. Entourer les prévenus, c’était une façon de dire au régime qu’il était allé trop loin, analysent plusieurs observateurs/trices.

Le procureur a fait appel de l’acquittement. Les 26 hommes seront donc jugés de nouveau en appel, mais l’issue est toute aussi incertaine qu’en première instance.

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[actu] Maroc : 2 homosexuels condamnés à 3 ans de prison https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/11/actu-maroc-2-homosexuels-condamnes-a-3-ans-de-prison/ Sun, 11 Jan 2015 05:38:46 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=824 Continuer la lecture →]]>

3146781352Le tribunal de première instance d’Al Hoceima a condamné, hier après-midi, deux hommes à trois ans de prison pour pratique homosexuelle. L’élu local, 6ième vice-président du conseil municipal d’Imzouren et l’étudiant  ont écopé de la peine maximale prévue par le très controversé article 489 du code pénal.

Les choses sont allées très vite pour les deux prévenus. Lors de la nuit de samedi 13 décembre, une patrouille de la gendarmerie de la commune rurale de Aït Youssef Ouali a procédé à l’arrestation des deux protagonistes sur la route côtière. Ils avaient alors été pris en flagrant délit alors qu’ils se livraient à un acte sexuel dans une voiture appartenant au conseil municipal d’Imzouren.

Immédiatement la machine judiciaire s’est mise à fonctionner à plein régime. Le même jour, les deux hommes sont placés en détention à la prison locale. Le lundi, ils comparaissent devant le procureur du roi près le tribunal de première instance. Le lendemain la cour examine l’affaire et jeudi, elle annonce le verdict à l’occasion de la deuxième audience. Un record.

L’élu homosexuel suspendu

Bien avant que la justice ne prononce son verdict, le conseil communal d’Imzouren, commune située à environ 18 km au sud d’Al Hoceima, avait pris des sanctions contre l’élu mis en cause. Toutes les fonctions dont il était en charge ont été gelées et son appartenance à toutes les commissions a été également suspendue.

Les autres conseillers ont d’ailleurs tout de suite tenu à prendre une certaine distance avec lui en précisant dans un communiqué que cette affaire était strictement personnel et n’avait aucun lien avec la gestion de la commune. Cette position est clairement dictée par des considérations électorales, d’autant que le prochain rendez-vous avec les urnes n’est qu’à quelques mois.

Les deux condamnés n’ont pas eu la chance du Britannique Ray Cole

Le verdict du tribunal de première instance d’Al Hoceima vient nous montrer que pour la justice marocaine les homosexuels ne sont pas tous logés à la même enseigne. Les Marocains sont condamnés à trois ans de prison alors que les étrangers ont le droit à un traitement de faveur. Il suffit de se référer au cas de Ray Cole. Le 2 octobre, une cour de Marrakech avait condamné, dans un premier temps, le Britannique à seulement quatre mois de prison. C’était une peine relativement clémente qu’on sait que la sentence minimale prévue par l’article 489 du code pénal est de 6 mois.

Les pressions d’association de défense des droits des homosexuels en Grande-Bretagne, soutenue par quelques députés et les menaces de boycotter la destination Maroc par les touristes anglais, ont finalement contraints la justice marocaine à abandonner les charges contre Cole. Choses auxquelles n’auront surement pas le droit les deux Marocains.

Yabiladi, GayMaroc.net

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[Les conditions dans les prisons marocaines sont particulièrement dures. Nombreux sont les prisonniers qui luttent pour faire entendre leur voix. C’est le cas de l’un d’entre eux, mort récemment pendant une grève de la faim. Une pensée pour ses proches et tous ceux qui se battent, ici et là-bas, contre la prison.]

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[actu] Souvenirs souvenirs (Coming-out d’un flic gay) https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/11/actu-souvenirs-souvenirs-coming-out-dun-flic-gay/ Sun, 11 Jan 2015 05:13:01 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=817 Continuer la lecture →]]> Publié enofficer pig - Copie janvier 2015 par l’Obs

Il aimait la « chasse », l’adrénaline, était devenu policier par vocation. Mais Michel Lapierre est gay : dans ces années-là, même après mai 1968, c’était « interdit ». Il a dû quitter l’uniforme à contre-cœur en 1977, à la suite de son coming out.

Aujourd’hui âgé de 66 ans, l’ex-policier a choisi de se raconter dans un livre où il revendique, en titre, Le droit à l’indifférence racontant avoir fait son « coming out chez les flics ».

Michel Lapierre a vécu et grandi à Lyon au sein d’une famille unie, avec une mère « aimée et aimante », le père étant décédé lorsqu’il avait dix ans.

La police s’est imposée car, dit-il, « j’étais très tôt un épris de justice, je ne supportais pas un vol de billes ». Ses maîtres d’école le voient « futur gendarme », lui rêve de Maigret et réussit à intégrer la police par la petite porte, à la faveur de recrutements massifs, en 1970.

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« J’AI TOUT FAIT POUR LE CACHER »
Il se fait vite remarquer jusqu’à traquer le fameux « gang des Lyonnais » ou courir après des voleurs en série âgés d’à peine 16 ans « qui auraient pu finir par tuer ». « C’était l’époque des grands flics, des anciens qui prenaient les jeunes sous leur coupe, j’ai tout aimé, j’étais toujours le premier sur le terrain et sur les planques », raconte-t-il.

Mais l’expérience, à Lyon puis Annecy, a été « trop courte », dit-il, « à peine onze ans ». Parce qu’homosexuel. « Vu mon éducation et le fait que je voulais être policier », se souvient-il, « c’était exclu, c’était un interdit ». « J’ai tout fait pour me le – et leur – cacher, je refusais d’analyser la chose, j’ai connu et aimé des femmes mais il n’y avait rien à faire, j’étais attiré par les beaux garçons… »

Il le dissimule en jouant les « gros bras » et les boute-en-train. Il donne le change et, bien intégré, commence à s’en ouvrir à deux ou trois collègues qui l’acceptent. Plus ou moins: « Cela a commencé à se savoir », rapporte l’ex-policier.

RAFLES DANS LES MILIEUX GAYS
Un jour de 1977, il est convoqué par son « patron »:

– P’tit, j’ai appris que t’étais pédé…
– Oui et alors?
– Tu serais marié et tu aurais des maîtresses, j’en aurais rien à foutre, mais ça je te le pardonne pas, tu me donnes ta démission.

Lapierre résiste. Mais doit vite céder face aux quolibets, aux sous-entendus dans une atmosphère insupportable. Il quitte la police. Sonné : « mon rêve, mon monde se sont écroulés ».

Il évoque une anecdote lourde de sens pour résumer, selon lui, le contexte : « À l’époque, un commissaire s’était fait draguer par un petit jeune. Les jours suivants, il a organisé des rafles dans les milieux homosexuels, j’étais pas fier! Et mal à l’aise avec nos clients ». « On pouvait alors mettre n’importe qui en garde à vue. Ils ne se sont pas gênés ! », ajoute-t-il.

« Ma sexualité m’a enfermé dans un carcan dont je n’ai jamais su et pu sortir », résume-t-il de sa vie cachée.

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« NE PAS SE TAIRE »
Il dit aujourd’hui que « les lois et les mentalités ont changé » dans la police « et fait évoluer les choses » mais « il y a toujours deux ou trois cas de discriminations par an ». « C’est sûr que j’agirais autrement aujourd’hui, j’aurais été mieux écouté », dit-il.

Comme, par exemple, de Danielle Thiéry, l’une des toutes premières femmes ayant accédé au grade de commissaire divisionnaire de police, en poste notamment à Lyon. En retraite, auteure de polars à succès, celle qui affirme souvent avoir dû « pousser les portes » dans la police « parce que femme », juge l’histoire de Lapierre « édifiante ».

C’était « en 1977 », écrit-elle en conclusion du livre, après mai 1968 « où le mot liberté étourdissait les plus réservés d’entre nous ». « Le temps ne fait rien à l’affaire, les vieux démons ne meurent jamais », assure-t-elle. Il faut « faire du bruit, ne pas se taire ».

Le droit à l’indifférence, coming out chez les flics, éditions Michalon. Sorti le 8 janvier 2015.

Presse fétichiste de l’uniforme. Avec AFP
 
 
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[actu] Russie : une loi pour empêcher travestis et trans de conduire https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/10/actu-russie-une-loi-pour-empecher-travestis-et-trans-de-conduire/ Sat, 10 Jan 2015 00:05:03 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=795 Continuer la lecture →]]> Warhol - Drag PutinEntrée en vigueur en début de semaine, la loi interdit la conduite automobile à toute personne présentant des «troubles mentaux et troubles du comportement», dont ceux liés à «l’identité de genre et aux préférences sexuelles». La liste mentionnée dans le texte de loi inclut ainsi les travestis et transsexuels au même titre que les fétichistes, les pédophiles, les exhibitionnistes, les voyeurs et les sadomasochistes.

Publié par les massmédias francophones le 9 janvier 2015.
 

«Une violation des droits des citoyens russes»

«Je ne comprends pas pourquoi les fétichistes, les kleptomanes (aussi concernés par la loi, ndlr) et les transsexuels ne peuvent pas conduire une voiture», a réagi sur son blog Elena Masiouk, membre du Conseil des droits de l’Homme auprès du Kremlin. «C’est une violation des droits des citoyens russes», a-t-elle dénoncé, soulignant «les éventuelles injustices» auxquelles pourrait mener la loi.

Depuis une loi de 2013 des peines de prison punissent toute «propagande» homosexuelle devant mineurs

Pour l’Association des avocats russes pour les droits de l’Homme, cette loi «montre l’invasion progressive par les autorités du domaine de la vie privée». Elle «contredit de façon flagrante les lois internationales et russes», a martelé l’association dans un communiqué. L’homosexualité était considérée comme un crime en Russie jusqu’en 1993 et comme une maladie mentale jusqu’en 1999. Les gay pride y sont systématiquement interdites et l’homophobie s’y exprime souvent ouvertement. La situation s’est encore tendue avec l’adoption en 2013 d’une loi punissant d’amende et de peines de prison toute «propagande» homosexuelle devant mineurs.

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[actu] Egypte : une journaliste collabore à l’arrestation de 40 homosexuels dans un hamam https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/17/actu-egypte-une-journaliste-collabore-a-larrestation-de-40-homosexuels-dans-un-hamam/ Wed, 17 Dec 2014 01:25:49 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=772 Continuer la lecture →]]>

Dimanche 7 décembre, 40 hommes ont été interpellés au Caire en Egypte après une intervention musclée des forces de l’ordre. Ces hommes ont été traînés nus hors du hammam dans lequel ils se trouvaient.

En effet, depuis déjà quelques mois, le régime du président égyptien Al-Sissi a durci considérablement la répression contre la communauté gay du pays en multipliant les rafles, les agressions et les arrestations. Les hommes emprisonnés sont ensuite condamnés à des peines lourdes pour des motifs divers, en rapport avec la « débauche ».

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Cette fois, la « journaliste » Mona Iraqi était à l’origine de l’intervention. Sur les images, il est possible de la voir en train de photographier et de filmer l’horreur de cette scène. Iraqi, présentatrice télé de l’émission « El Mostakhbi » (« Ce qui est caché »), a dévoilé publiquement les visages de ces victimes en promettant un épisode dédié à ce sujet:

« Lors de la prochaine émission, nous vous révélerons les détails à propos des nids de perversion collectifs au cœur de la capitale… ainsi que toute l’histoire de ces nids à sida. »

Une « réussite »

Sur son blog, Scott Long, militant pour les droits LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) affirme qu’un témoin sur place lui a confié qu’une femme journaliste était arrivée bien avant la police et a tenté d’entrer de force pour filmer à l’intérieur du hammam malgré l’interdiction du propriétaire. Les forces de l’ordre ne sont arrivées que plus tard.

Sur son compte Facebook, la journaliste s’est félicitée de cette « réussite »:

« Aujourd’hui est une belle journée… notre émission a pu dissoudre un lieu de perversion entre hommes et les capturer en flagrant délit… Mon dieu, la réussite est belle et atteindre ses buts est encore mieux… »

Depuis, des commentaires d’indignation inondent la page de la journaliste en question. Les activistes de leur côté continuent à exprimer leur soutien à la communauté homosexuelle en Egypte, entre autres sur la page « Solidarity with Egypt LGBT » (solidarité avec les LGBT égyptiens).

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[actu] Syrie : l’Etat islamique continue d’exécuter des homosexuels https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/17/actu-syrie-letat-islamique-continue-dexecuter-des-homosexuels/ Wed, 17 Dec 2014 00:50:49 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=760 Continuer la lecture →]]> OFFENSE ETAT ISLAMIQUEDeux articles de mass médias publiés les 26 novembre et 10 décembre sur les assassinats d’homosexuels perpétrés par l’organisation islamiste de l’EI.

Solidarité avec celles et ceux qui luttent, au Rojava, en Syrie, en Irak, à la frontière turque et ailleurs, contre les atrocités commises par l’Etat Islamique, Bachal El Assad et les milices chiites, en autres. Pour plus d’info sur la situation sur place et en particulier dans la région du Rojava rojavasolidarite.noblogs.org (en Syrie syrianfacts.wordpress.com ou facebook.com/rev.syfr et en Irak solidariteirak.org)

 

L’Etat islamique revendique l’exécution d’«homosexuels»

L’organisation  prétend avoir procédé à la lapidation d’un jeune gay en Syrie, après la découverte d’images compromettantes sur son mobile.

26 nov. 2014, média gay suisse 360°

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L’Observatoire syrien des droits de l’homme, une organisation proche de l’opposition au régime syrien basée à Londres, a rapporté mardi l’exécution de deux «homosexuels» présumés par l’organisation Etat islamique. L’un d’eux, âgé d’une vingtaine d’années, aurait été lapidé à Mayadin, après avoir été accusé par les jihadistes d’avoir commis des «actes indécents avec d’autres hommes». Des vidéos auraient été retrouvées sur son téléphone portable. L’autre exécution se serait déroulée non loin de là, dans la ville de Deir Ezzor. La victime serait un jeune de 18 ans, opposant aux jihadistes.

En septembre dernier, les rebelles, qui contrôlent une large part des territoires syrien et irakien, dont la deuxième ville irakienne, Mossoul, avaient annoncé leur volonté de s’en prendre aux gays, comparé à des «animaux», et placés dans la même catégorie que les dealers de drogue et les pédophiles. Depuis son offensive en Irak, cet été, Etat islamique est accusé par l’ONU d’ atrocités de masse et de crimes contre l’humanité.

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L’Etat Islamique poste des images d’un gay jeté du toit d’un immeuble

Le groupe de djihadiste opérant en Syrie et en Irak a annoncé avoir balancé un homme soupçonné d’être homosexuel, avant de le lapider à mort.

10 déc. 2014

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Il y a quelques semaines, l’Etat Islamique revendiquait l’assassinat de plusieurs homosexuels. En plus d’étendre son territoire et s’en prendre aux soi-disants impies, les terroristes continuent de se vanter de tuer des hommes soupçonnés d’être gay, tout en n’oubliant pas de prendre des images de l’horreur. Dernier acte de barbarie en date: le groupe a jeté un homme du haut d’un immeuble. Une fois à terre, ils l’ont lapidé à mort.

Endroit inconnu

Les photos, publiées ce mardi, étaient accompagnées de «l’explication» d’un tel acte: «La cour islamique du wilaya de l’Euphrate [région s’étendant entre la frontière syrienne et irakienne, ndlr.] a décidé que l’homme ayant pratiqué la sodomie devait être jeté du plus haut endroit de la cité et lapidé à mort.»

L’endroit exact où a eu lieu le meurtre n’est pas communiqué. Sur les autres photos postées par l’Etat Islamique, on peut voir l’homme gisant à terre, mort.

(via 360° et Pink News média gay mainstream francophone et anglophone)
 
 
 
OFFENSE ETAT ISLAMIQUE
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[actu] Inde : la queer pride demande l’abrogation des lois réprimant l’homosexualité https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/17/actu-inde-la-queer-pride/ Wed, 17 Dec 2014 00:26:11 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=757 Continuer la lecture →]]>

«Nous ne sommes pas une minorité minuscule!»LGBT-inde-gay

Près d’un an après la re-criminalisation de l’homosexualité en Inde, une modeste pride a demandé l’abrogation des antiques lois coloniales.

Publié le 1er déc. 2014 par le mass-média gay suisse 360°
 

Plus de 500 personnes ont défilé ce dimanche dans les rues de la capitale. C’était la première Queer Pride depuis la retour de l’homosexualité dans l’illégalité, à la suite d’un arrêt de la Cour suprême. «Je suis gay, et c’est OK», «Azaadi! («Liberté!»), ont scandé les participants sous des bannières arc-en-ciel, rapporte l’agence Reuters, tandis que les manifestants se frayaient un chemin sous les regards amusés des passants et des automobilistes. «Nous affirmons que nous existons, que nous ne sommes pas une minorité minuscule! Faites-vous une raison!» a lancé Mohnish, un des organisateurs.

En décembre 2013, les juges de la plus haute juridiction du pays avaient annulé une décision de justice de 2009 qui abrogeait les antiques dispositions coloniales réprimant les rapports entre personnes du même sexe. La Cour suprême avait considéré que le sujet était du ressort exclusif du Parlement. Or celui-ci est dominé par les nationalistes hindous du Premier ministre, Narendra Modi. Ce dernier n’a jamais abordé la question, tandis que certains des membres de sont gouvernement ont exprimé des opinions très hostiles aux homosexuels.

Mais certains participants de la Pride y croient. «Modi est une personne très sage, je ne sais pas s’il [nous] soutiendra ou non, mais je sais qu’il ne va pas faire quoi que soit qui aille à l’encontre des droits des citoyens indiens», a estimé Rudrani, un militant LGBT.

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[actu] Egypte : les homosexuels visés par le régime Sissi https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/07/actu-egypte-les-homosexuels-vises-par-le-regime-sissi/ Sun, 07 Dec 2014 03:00:13 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=752 Continuer la lecture →]]>
 Article de massmédia trouvé sur gaymaroc.net

2907dcb5-355d-4722-b0ee-d25d93540d82Depuis l’accession du Maréchal Al Sissi au pouvoir, une atmosphère pesante règne sur l’Égypte. La loi égyptienne sur les manifestations, adoptée en 2013 par le régime militaire, a probablement participé à faire renaitre un silence citoyen et un climat de peur inaudible.

Récemment, les autorités égyptiennes ont pris pour cible la communauté gay en multipliant les rafles et les arrestations de masse alors que la communauté mondiale demeure indifférente.

Au début des années 2000, l’affaire connue sous le nom de « Queen Boat » en référence à l’arrestation de cinquante deux hommes à bord d’une boîte de nuit qui était amarrée sur le Nil a fait grand bruit. Cette nuit là, ces hommes ont été arrêtés après avoir été battus et malmenés par la police. Exhibés comme des « pervers » et « présumés coupables », ils ont été lynchés par les médias qui ont divulgué leurs identités. Finalement, diverses charges ont été retenues contre eux et ils ont été condamnés à des peines différentes allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.

A présent, alors que la traque des homosexuels est revenue sur le devant de la scène, les chiffres sont alarmants. Interrogé par le HuffPost Tunisie sur le nombre et les conséquences des arrestations de masse, Scott Long, militant international des droits humains et qui travaille couramment sur la question des droits LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) en Egypte répond:

« Les arrestations sont approximativement estimées au nombre de 90. Presque tous les cas ont abouti à des condamnations et à des peines draconiennes avec différentes charges, toutes liées à la « débauche » et allant jusqu’à 12 ans de prison. »

Le dernier scandale en date a été l’arrestation de huit hommes suite à la diffusion sur internet d’une vidéo présentée comme celle d’un « premier mariage gay en Egypte ». La vidéo montre vaguement deux hommes. L’un d’eux offre une bague à l’autre alors qu’une dizaine d’individus présents semblent célébrer. Cette vidéo a fait le tour des médias arabes et occidentaux alors que les procès sujets à plusieurs vices de procédures ont manqué de médiatisation. A ce sujet, Scott Long indique:

« Dans certains cas, les juges ne tiennent manifestement pas compte des preuves. Par exemple, dans le cas de la vidéo du présumé mariage gay, les accusés ont été inculpés pour « circulation de pornographie » alors que la vidéo n’était aucunement pornographique et qu’il n’y avait aucune preuve que les défendeurs avaient quelque chose à faire avec sa diffusion. Les juges prêtent parfois un seul regard à la partie défenderesse puis décident selon les apparence – en particulier s’il s’agit d’une femme transsexuelle ou d’un homme « efféminé » – que c’est une personne immorale et tranchent ainsi selon leurs propres convictions. »

Dans ce cas spécifique, les huit hommes ont finit par être condamnés à trois ans de prison, assortis de trois ans supplémentaires de contrôle judiciaire.

Le constat établi par la société civil égyptienne dénonce un agenda politique qui se cache derrière les rafles de police de plus en plus fréquente dans les rues, aux points de contrôle de police ou dans des clubs.

D’un côté, cette croisade vise une réhabilitation du dispositif sécuritaire, méprisé par les foules après la révolution du 25 janvier mais aussi au contrôle et à la surveillance de la vie privée. D’un autre côté, plusieurs activistes ont certifié que cet intérêt soudain pour la communauté gay était tout simplement une instrumentalisation de ces minorités par le régime Al Sissi en vue de se construire une façade conservatrice. Contacté à ce sujet par le HuffPost Tunisie, Mo. R., activiste anonyme en faveur des droits sexuels et corporels et des libertés individuelles témoigne:

« Le régime tente d’apparaître comme le gardien de la morale en Egypte afin de ne pas permettre aux mouvements politiques à tendance islamiste de les attaquer. »

En effet, les récents événements ont été largement récupérés par le camp islamiste. Des déclarations de leaders du parti d’opposition déplore le déclin morale de la société égyptienne. L’ancienne député Azza El Garf parle même sur son compte Twitter d’une détérioration des valeurs islamiques en faveur d’un agenda venu de l’ouest.

 

Selon Mo. R., ce battage médiatique en Egypte vise uniquement des enjeux politiques:

« La police connaît bien tous les hommes gays ainsi que leurs adresses et s’ils voulaient vraiment les arrêter, ils auraient pu le faire depuis bien longtemps. Cette mascarade est tout simplement politique! Ils profitent de ces histoires pour créer un buzz afin de détourner l’opinion publique d’autres questions importantes. »

Le ras-le-bol de la société civile est évident et fait suite à la détérioration continue de la situation globale des droits humains qui sont intrinsèquement liés:

« La situation des droits de l’homme est la pire que j’ai vu depuis près de quinze années de travail en Egypte. La presse est muselée, les protestations sont sévèrement punies, l’emprise de la police est omniprésente. Des dizaines de milliers de personnes sont détenues sans procès alors que les inculpations sont de plus en plus injustes », déplore Scott Long.

Face à ce chaos collatéral, des groupes de pression s’organisent pour agrémenter la lutte digitale. Les réseaux sociaux ont été actifs notamment sur twitter avec le hashtag #StopJailingGays (Arrêtez d’emprisonner les gays) et sur Facebook avec la page « Solidarity with Egypt LGBT » (solidarité avec la communauté LGBT en Egypte). Cette campagne a engendré des manifestations devant les ambassades d’Egypte à travers le monde.

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L’application de rencontres gays « Grinder » a même prévenu ses usagers égyptiens suite aux rumeurs d’utilisation de cette outil par les forces de l’ordre afin de piéger des individus LGBT. Les créateurs ont plaidé en faveur de la vigilance et de l’anonymat.

A ce jour, il n’existe pas encore en Egypte un signe d’accalmie. L’optimisme n’est pas de rigueur puisque les cas de violence physique et d’abus sexuels sont recensés tous les jours dans les rues tout autant que dans les prisons. Selon Scott Long, la tranche la plus touchée est celle des transexuels qui sont sujets à la perversité des gardes et à la curiosité des détenus. Depuis, les demandes d’asile, et tout spécialement celles de minorités sexuels ont augmenté.

« Les LGBT égyptiens qui tentent de trouver refuge à l’étranger rencontrent souvent une toute nouvelle gamme d’abus et de discrimination. Je viens de recevoir aujourd’hui les nouvelles d’un demandeur d’asile égyptien au Royaume-Uni dont le cas a été rejeté sur la base d’un prétexte absurde qui cache en réalité des dessous racistes. Depuis, il a vécu dans la rue pendant un moment, et a tenté de se suicider. Pour de nombreuses personnes LGBT égyptiennes, il semble n’y avoir personne vers qui se tourner », a-t-il conclu.

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Cuba : Les homosexuels après la Révolution cubaine https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/15/homosexuels-apres-la-revolution-cubaine/ Sat, 15 Nov 2014 00:00:02 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=649 Continuer la lecture →]]> dd3ecbdcd3e8930f310f6a7067007d11-4_3Fragments du livre “Cuba. Depuis la Révolution de 1959″ de Samuel Farber, publiés en décembre 2011 sur le site HAVANA TIMES.

Même si les femmes cubaines n’ont pas été autorisées à s’organiser de façon indépendante pour articuler et défendre leurs intérêts, elles bénéficièrent de différentes manières du processus révolutionnaire. Certaines formes de sexisme patriarcal ont été affaibli, comme le pouvoir des hommes au foyer.

L’intégration des femmes dans les forces productives et la mise en œuvre sporadique de politiques d’action positive ont conduit à une  plus grande différenciation professionnelle chez les femmes et a augmenté le nombre de femmes ayant des postes importants dans l’économie et la société.

Cependant, il se passa le contraire pour les cubains gays, qui ont beaucoup souffert, surtout pendant les trente premières années de la Révolution. Pour des raisons discutées plus en avant, le gouvernement cubain contraint les gays à sortir du placard et il politisa la situation afin d’accentuer leur oppression. Dans le cadre de ce processus, les leaders révolutionnaires ont créés un climat dans l’opinion qui, en plus de ne pas tenir compte de l’oppression des homosexuels comme problème important, présentait la vie des homosexuels comme une manifestation de la décadence sociale.

Par exemple, quand en 1967, la Chambre des Lords a accepté le rapport Wolfenden et qu’il abolit les lois contre la sodomie en Grande-Bretagne, la presse cubaine présenta l’événement comme un exemple de déclin de l’Empire britannique. Bohemia, la revue le plus influente à Cuba, présenta le début du mouvement de libération gay aux États-Unis avec une caricature qui montrait d’une manière très désobligeante deux hommes en train de se marier dans une église. (160)

Une longue série d’événements marquent les moments les plus forts dans la trajectoire de la persécution des homosexuels cubains menée par le gouvernement révolutionnaire. Déjà en 1962, le gouvernement mena un raid massif, connu comme “la nuit des trois P” – pour prostitas, proxenetas et pajaros*. Des milliers de personnes furent arrêtés et transportés au siège de la police et dans les prisons de La Havane. L’opération” inclut des raids aveugles dans certains quartiers, tels que celui de Colon près de la Vieille Havane et connus pour avoir une forte concentration de prostituées. Ceci a été accompagné par des détentions ciblés de personnes qui avaient  été signalés comme sexuellement déviantes dans les listes préparées par les CDRs**. C’est ainsi que le célèbre dramaturge Virgilio Piñeira finit par être arrêté à son domicile dans la banlieue de La Havane. (161)

Dans son discours du 13 mars 1963, à l’Université de La Havane, Fidel Castro attaqua les enfants oisifs de la bourgeoisie qui imitaient Elvis Presley et organisaient des “spectacles efféminés gratuits” et il souligna que ce n’était pas facile de rééduquer un adulte homosexuel ou, selon ses propres mots, “un arbre qui avait poussé tordu”. Aucune mesure drastique ne fut prise contre les homosexuels, mais pour les jeunes qui aspiraient devenir homosexuels ce fut une autre affaire. Fidel ajouta qu’il avait observé que la campagne cubaine ne pas produisait pas d’homosexualité en tant que sous-produit 162.

Puis, en 1965, le gouvernement créa les UMAPS*, où durant environ trois ans les homosexuels avec les Témoins de Jéhovah gay, de nombreux catholiques pratiquants, des membres des sociétés secrètes afro-cubaines comme les Abakuá**** et d’autres “déviants ont été obligés de fournir leur force de travail de façon mal rémunérés, ils ont été enrégimentées par l’État cubain. (163) À la même époque, le gouvernement créa également le Centre pour l’éducation spéciale pour les enfants considérés comme “efféminés” et pour les enfants de mères célibataires, qui sont considérés comme des enfants courant le “risque” de devenir homosexuels. Il fut nécessaire de séparer ces enfants des écoles publiques, car on croyait qu’ils pouvaient “infecter” leurs camarades de classe. (164)

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L’année révolutionnaire international de 1968 coïncida avec une “offensive révolutionnaire” sur l’île dirigée par l’État cubain. Mais cette attaque n’était pas une attaque contre les structures puissantes et oppressive de l’État ou du secteur privé comme cela arriva dans les villes de Mexico, de Chicago, de Paris et de Prague, mais contre les secteurs les plus pauvres et les plus marginaux de ce qui restait de la bourgeoisie cubaine.

Pour s’assurer qu’il ne restait plus aucun recoin de l’économie cubaine hors de son pouvoir et de son contrôle, l’État s’empara et ferma toutes les petites entreprises, y compris les nombreux petits bars et les petites caves du pays.

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Cette offensive s’est accompagnée d’une nouvelle persécution des homosexuels et des prostituées. Dans son discours du 28 septembre 1968, pour marquer le huitième anniversaire de la fondation des CDR, Fidel Castro dénonça la jeunesse cubaine qui selon lui vivait de façon “extravagante”. Cela comprenait ceux qui portaient des cheveux longs et qui s’habillaient de façon élégante, signe d’une dégénérescence morale qui finirait par les amener au sabotage politique et économique.

Selon Castro, ces jeunes tentaient d’introduire dans le pays une version renouvelée du Printemps de Prague avec des prostituées dans les rues, la traite des blanches, le parasitisme et l’affaiblissement idéologique. Il proposa comme moyen de les rééduquer de façon disciplinaire de les contraindre à des travaux à la campagne. (165)

Aux déclarations de Castro et d’autres porte-paroles de la Révolution, suivirent une série de raids contre des garçons et des hommes aux cheveux longs à qui on taillait publiquement les cheveux par la force et contre les filles accusées d’être des débauchées en s’habillant en minijupe et que l’on envoyait au travail forcé dans les campagnes. 165 En février de cette même année Castro purgea et emprisonna la micro faction” des vieux communistes et en août il soutenu l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie.

Suivi le “Quinquenio gris”***** qui débuta en 1971 avec la décision du Congrès national de la culture et de l’éducation de ne plus tolérer “les homosexuels reconnus» en dépit de leur “valeur artistique” pour l’influence qu’ils pourraient avoir sur la jeunesse cubaine. Les homosexuels qui pouvaient directement influencer la jeunesse par la voie artistique et culturelle seraient  transférés à d’autres organisations que celles de la culture et de l’éducation..

Le Congrès décida également d’exclure de tous les groupes d’artistes représentant de Cuba à l’étranger quiconque sape le prestige de la Révolution. (166) Certains artistes et certains intellectuels parvinrent à repousser les effets drastiques des résolutions de 1971 en raison de leurs liens avec des institutions qui jouissaient d’un certain degré d’influence sur Fidel Castro, en partie parce qu’ils étaient dirigés par des personnalités de renommée internationale. Ce fut le cas du Ballet national d’Alicia Alonso, de l’ICAIC (Institut cubain de l’art cinématographique et de l’industrie) d’Alfredo Guevara et de la Casa de las Americas (Maison des Amériques), le centre culturel de renommée international de La Havane dirigé par Haydée Santamaria.

La marginalisation officielle des homosexuels fut anticipée par l’Université de La Havane quand elle inaugura, à la moitié des années soixante, une campagne homophobique qui dura trois années, au cours desquelles on distribua de la littérature contre les homosexuels en encourageant les étudiants à répudier les malades, on jugea ainsi publiquement plus d’une centaine de personnes. Les dépurations contraignaient les étudiants inscrits dans certains départements à participer à de grandes assemblées et à contester les attitudes et le comportement politique de leurs compagnons.

Le “jury” de l’organisation officielle des étudiants et de la Jeunesse communiste appela plusieurs personnes à témoigner en public, mais beaucoup craignaient de défendre les étudiants accusés par peur de finir par être accusés eux-mêmes. L’objectif de ces purges était les “contre-révolutionnaires” et les homosexuels, qui la plupart du temps finirent par subir des verdicts unanimes de culpabilité suivis par leur expulsion de l’université et l’enregistrement des délibérations de l’assemblée dans leurs dossiers personnels (dossiers tenus constamment par l’Etat au sujet des performances individuelles et au sujet du comportement au travail). Des dossiers qui commencèrent à être utilisés à cette époque. Les purges devinrent si fréquentes qu’à la fin de 1965, le leader de l’Union communiste promis de les conduire en dehors des heures scolaires. (167)

Les années quatre-vingt ont débuté avec l’exode de Mariel****** au printemps de 1980. Le gouvernement  utilisa cette opportunité pour non seulement pour ridiculiser et attaquer les homosexuels, mais aussi pour les forcer à quitter le pays. Il y eut des Cubains “normaux” qui se firent passer pour des homosexuels pour obtenir du gouvernement les permis et le visa nécessaire pour quitter l’île. Selon les estimations du Groupe homosexuel national de travail  des États-Unis, 125 000 personnes quittèrent Cuba à cette époque, entre 2000 et 10 000 d’entre eux étaient gays et lesbiennes. (168)

Peu de temps après l’exode de Mariel la crise du sida éclata aux États-Unis, dans d’autres pays et enfin elle arriva à Cuba. Le gouvernement cubain a réagi en adoptant certaines mesures parmi les plus dures au monde. En 1986, il ordonna des tests obligatoires pour détecter l’infection par le VIH. Les premiers tests furent consacrés aux groupes à risque : ceux qui avaient voyagé à l’étranger après 1975, spécialement ceux qui avaient servi comme soldats en Afrique. En avril 1991, 9 771 691 personnes, presque toute la population de l’île, avait subi les tests. Ceux qui furent déclarés positif pour le VIH (902 cas au début de 1993) ont été mis en quarantaine dans des sanatoriums et lorsqu’ils atteignirent un stade avancé du sida ont les transféra vers des hôpitaux. (169)

Tout en reconnaissant que les personnes infectées reçurent une bonne attention médicale et qu’ils jouirent de bonnes conditions de vie dans les sanatoriums, et même si la politique d’isolement parvint à réduire la propagation, le gouvernement cubain fut critiqué au niveau international pour la dureté inutile de sa politique et la manière impitoyable par laquelle il exerça son contrôle. Cette politique força des gens en bonne santé à vivre de façon recluse et improductive en attendant que leur SIDA se développe, un processus qui pouvait durer plusieurs années, pour enfin finir leur vie à l’hôpital.

Comme le signala Marvin Leiner, le gouvernement eut recours à la politique d’isolement des malades, au lieu de mettre en place un programme éducatif sur le sida. À l’égal de la réponse des victoriens anglais à la crise de la syphilis et de la gonorrhée en son temps, les dirigeants cubains ont essayé de maîtriser le sida en évitant un débat public et une campagne d’éducation sur le sexe sûr pour limiter la transmission du virus (170).

La politique d’isolement fut abandonné dans les années quatre-vingts dix, mais les premiers choix que le gouvernement adopte pour faire face au SIDA sont très révélateurs de l’énorme pouvoir du Léviathan cubain et de son attitude historique envers les choses du sexe et de l’éducation sexuelle.

160. Allen Young, Gays under the Cuban Revolution (San Francisco: Grey Fox Press, 1981), 31.

161. Carlos Franqui, Portrait de famille avec Fidel (Barcelone: Editorial Seix Barral, 1981), 280-86; Manuel Zayasl, “Carte de l’homophobie”, cubaencuentro, 15 février 2010, http://

cubaencuentro.com/es/cuba/articulos/mapa-de-la-homofobia-10736.

162. Departamento de Versiones Taquigráficas del Gobierno Revolucionario, “Discours prononcé par le Commandant Fidel Castro Ruz, premier ministre du gouvernement révolutionnaire de Cuba, à la cérémonie de clôture pour commémorer le sixième anniversaire de l’assaut du palais présidentiel célébré sur les marches de l’Université de La Havane, 13 mars 1963″, cuba.cu, www.cuba.cu/gobierno/discursos/1963/esp/f130363e.html.

163. Ian Lumsden, Machos, Maricones and Gays: Cuba and Homosexuality, Philadelphie : Temple University Press, 1996, 65-70.

164. Lillian Guerra, Gender Policing, Homosexuality and the New Patriarchy of the Cuban Revolution, 1965-1970, Social History, 35, n°. 3 (August 2010): 274.

165. Hugh Thomas, Cuba : The Pursuit of Freedom, New York: Harper and Row, 1971, 1435, Guerra, «Genre de police, l’homosexualité et le Patriarcat Nouveau”, 271.

166. Citation tirée de sélections revue hebdomadaire Granma, le 9 mai 1971, 5, dans l’affaire Young, Gays sous la Révolution cubaine, 32-33.

167. Jeunes, Gays sous la Révolution cubaine, 53; Guerre, “Gender Policing, Homosexuality and the New Patriarchy,” 271.

168. Young, Gays under the Cuban Revolution, 34-35.

169. Marvin Leiner, Sexual Politics in Cuba: Machismo, Homosexuality and AIDS, Boulder, CO: Westview Press, 117-18.

170. Ibid., 122, 138.

*Oiseaux, l’un des nombreux termes péjoratifs utilisés à Cuba pour désigner les hommes homosexuels)

**Les Comités de défense de la Révolution ont été créés en 1960 pour faire face aux sabotages et actions ennemies, ils ont ensuite évolués selon les besoins. Les CDR existent dans chaque rue, ils s’occupent du nettoyage, des dons de sang, des vaccinations, mais aussi de la surveillance des habitants du quartier. Il s’agit d’un véritable réseau d’espionnage gouvernemental.

***Entre 1965 et 1967, des centaines d’homosexuels hommes et femmes, et de travestis furent envoyés dans des unités militaires d’aide à la production (UMAP). Il s’agissait de camps de concentration où ils devaient être “rééduqués”: les prisonniers vivaient dans des conditions très difficiles, ils étaient astreints au travail forcé, étaient mal nourris et subissaient des mauvais traitements.

****Abakuá est une fraternité masculine afro-cubaine à rites initiatiques. Ses  groupes fermés ont tous pour emblème le léopard , preuve de prouesse virile au combat et d’autorité politique dans leurs communautés. Le système de croyances et de rites Abakuá dérive de ceux des esprits censés vivre dans la forêt.

*****  Le “quinquenio gris”, les quinze années grises durant lesquelles on officialisa le “réalisme socialiste” comme unique voie possible pour les artistes en les soumettant à la censure.

******L’exode de Mariel eu lieu entre avril et octobre 1980. Le régime de Fidel Castro expulsa près de 125 000 cubains, considérés comme contre-révolutionnaires. Ils embarquent au port de Mariel en direction des côtes de Floride.

CUBA SINCE THE REVOLUTION OF 1959
A Critical Assessment
Copyright Samuel Farber 2011.
(www.haymarketbooks.org)

Trouvé sur www.polemicacubana.fr

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[actu] Egypte : tout-répressif contre les homosexuels, les activistes, etc. https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/02/actu-egypte-repression/ Sat, 01 Nov 2014 23:50:53 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=550 Continuer la lecture →]]> 544929_299499286914550_1285253077024712053_nAnglophone ? Vous pouvez lire un article sur cette histoire de « mariage gay » et sur la situation des femmes, homos et trans en Egypte sur Tahrir-ICN.

Dans la Sissicratie, la répression à l’encontre des opposants au régime, des activistes ou des homosexuels se poursuit de plus belle. Articles issus des mass-médias.

Trois ans de prison pour avoir été filmés à un «mariage gay»

Huit jeunes Egyptiens ont été condamnés ce samedi [1er novembre] par un tribunal du Caire à trois ans de prison pour être apparus dans la vidéo d’un «mariage gay» largement relayée sur les réseaux sociaux. La justice n’a retenu qu’un seul chef d’inculpation : «publication d’images indécentes», selon une avocate de la défense, Nesrin Nabil.

Les accusés étaient poursuivis pour «incitation à la débauche et outrage à la morale publique». La vidéo, qui avait été partagée par de nombreux internautes sur Facebook, Twitter et YouTube, montre un couple d’homosexuels célébrant leur union en petit comité et échangeant des alliances, sur un bateau au Caire, au milieu de leurs amis qui chantent et lancent des youyous.

Les huit jeunes, qui dissimulaient leurs visages avec des journaux au moment d’entrer dans le tribunal, ont écopé de la peine maximale dans ce genre d’affaires. Ils seront par ailleurs soumis à un contrôle judiciaire durant trois ans à l’expiration de leur peine. La défense fera appel de cette décision, a ajouté Me Nabil.

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La loi égyptienne n’interdit pas formellement l’homosexualité, mais plusieurs personnes ont été condamnées pour «débauche» ces dernières années, accusées d’avoir pris part à des fêtes rassemblant des homosexuels, des affaires qui ont défrayé la chronique dans des médias égyptiens prompts à les dénoncer, voire publier leurs photos.

En Egypte l’homosexualité est condamnée comme une «déviance» par l’islam comme par l’Eglise copte, obligeant la communauté gay à rester discrète. En 2013, un sondage réalisé par le centre de recherches américain Pew révélait que seuls 3% des Egyptiens estimaient que « la société devait accepter l’homosexualité ».

Trois Egyptiens ont été condamnés en avril à huit années de prison pour avoir, selon les autorités, organisé «une fête déviante» et pratiqué «la débauche». L’affaire la plus retentissante a eu lieu en 2001 lorsque 52 personnes avaient été arrêtées à bord d’un bateau-discothèque amarré au Caire, pour avoir participé à une fête réunissant des homosexuels. Vingt-trois avaient été condamnés à des peines allant d’une à cinq années de prison, notamment pour « débauche ».

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[Publié le 1er novembre 2014 par l’AFP média occidental]
 
 
 
 
 
 

23 militants condamnés à de lourdes peines

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Sa dernière journée de liberté, Alaa Abdelfattah l’a passée devant l’Académie de police de Tora, dans la banlieue du Caire. Derrière l’enceinte hautement gardée, où le tribunal pénal d’Héliopolis tenait audience dimanche 26 octobre, les proches et amis du célèbre blogueur égyptien assistaient eux, choqués, à la condamnation de sa sœur Sanaa et de 22 autres militants à trois ans de prison pour « participation à une manifestation illégale, vandalisme et entrave au trafic routier ». Un verdict dénoncé comme « politique » et « sans fondement » par leurs avocats. En juin, Sanaa Seif, 20 ans, avait pris part à une manifestation devant le palais présidentiel pour protester contre la loi limitant le droit de manifester, sous le coup de laquelle son frère et 25 autres personnes étaient poursuivis. Le militant de 32 ans avait été appréhendé à son domicile, la veille de la publication de la loi au journal officiel, le 26 novembre, après avoir manifesté contre l’extension de la juridiction des tribunaux militaires en matière civile.

A l’annonce du verdict de sa sœur, fataliste, Alaa a écrit sur son compte Twitter : « J’espérais le meilleur d’eux, pensant qu’ils libéreraient Sanaa et m’emprisonneraient à la place. Il semblerait qu’ils vont nous emprisonner tous les deux. » Une prophétie qui n’a pas tardé à se réaliser. Après plusieurs allers-retours en prison, Alaa a de nouveau été placé en détention à la réouverture de son procès en appel, lundi. (…)

[Publié par le média payant et contre-révolutionnaire Le Monde le 29 octobre 2014.]
 
 

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