Réformistes LGteubés – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Fri, 17 Jul 2015 19:48:34 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 [radio] Ouganda et fierté Kuchu, dans l’émission « On est pas des cadeaux ! » https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/ouganda-et-fierte-kuchu-dans-lemission-on-est-pas-des-cadeaux/ Fri, 03 Jul 2015 08:17:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1602 Continuer la lecture →]]> uganda-prideUne émission radio consacrée à l’Ouganda et la fierté Kuchu (terme en swahili que les personnes LGBTI utilisent pour parler d’elles-mêmes).

L’idée vient d’abord d’une rencontre avec Frank, un ougandais exilé en France depuis deux ans, en raison de la loi anti-homosexualité votée en décembre 2013. Et aussi des campagnes sur l’Ouganda régulièrement diffusées en France depuis quelques années, à la fois des campagnes médiatiques pour informer sur ces législations et des campagnes militantes en soutien aux LGBT ougandais. L’occasion d’essayer de mieux comprendre ce qui se passe pour ces personnes, à partir de l’expérience de Frank et de son analyse de la situation du pays, qui mêle l’influence historique de l’ancien empire colonial britannique et l’influence internationale actuelle de mouvements évangélistes. On voudrait aussi s’interroger sur ces grandes campagnes internationales de soutien aux lgbt de pays du sud, en particulier sur leurs origines historiques et leurs effets politiques sur les personnes directement concernées.

Bonne écoute !


et pour aller plus loin:

Bombastic, magazine kuchu, témoignages et analyse politique

God loves Uganda, film sur l’influence des mouvements évangélistes sur les politiques homophobes en Ouganda

Call me kuchu, film sur la condition des kuchus en Ouganda

 

On est pas des cadeaux !

(publié le 30 juin 2015)

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Pour plus d’info (en anglais) le site 76 crimes

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[actu] USA : Just divorced ! https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/29/actu-usa-just-divorced/ Mon, 29 Jun 2015 20:38:15 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1555 Continuer la lecture →]]> usmoreCélébration de la promulgation du mariage gay à notre sauce, avec quelques images (et propos) glanées ici ou là…

 

 

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« I cannot summon enough pride to prevent my black, gay body from being the target of white racial supremacy. » (Darnell L. Moore)

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« I refuse to take pride in a « movement » singularly invested in gay liberation while black and brown folk continue to die at the hands of the state and white vigilantes. LGBTQ celebration should not overshadow the tragedy of black death and inequity. Not while white LGBTQ people refuse to confront the anti-black racism within their liberal communities. Not while marriage equality work can amass more money than programming for trans women of color and LGBTQ youth. Not while undocumented LGBTQ people continue to be detained and abused by the state. Not while I must daily argue for the mattering of black lives. » (Darnell L. Moore)

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Seriously stop interviewing Obama about Black issues! Interview him about gays and transsexuals …he seems more keen on their issues anyways.

Obama said the problem is guns! Like whites won’t/haven’t bomb a black church, burn down a black church, lynch us outside a black church. I’m so tired of this kneegrow.

He never mentions gun control when police are killing black people….WITH GUNS!

Obama the issue isn’t Gun Control it’s White Control! But you ain’t about disturbing White Power are you? Your white grandparents trained you oh so well.

(Gazi Kozdo)

 

 

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[actu] Lutte des classes à la Pride de Londres, 30 ans après https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/28/actu-lutte-des-classes-a-la-pride-de-londres-30-ans-apres/ Sun, 28 Jun 2015 20:26:16 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1536 Continuer la lecture →]]> lgsm-lonfonpride2015

Sur la présence des « Lesbians and Gays Support the Miners » (LGSM) et des multinationales à la Pride de Londres…

Lire l’article sur l’action des LGSM il y a 30 ans.

Une « London Pride » aux couleurs de la lutte des classes

Publié le 18 juin sur le média trostsko Révolution permanente.

Refusant de se plier au chantage de la cooptation, 30 ans après leur soutien exemplaire aux mineurs en grève ainsi que la participation massive des mineurs à la Marche des fiertés, les « Lesbians and Gays Support the Miners » (LGSM) ont décidé de ne pas défiler en tête de cortège aux côtés des grandes entreprises qui financent de plus en plus la Marche et font de celle-ci une opportunité pour se faire de la publicité, pour tenter se rallier aux cortèges de ceux qui luttent au quotidien contre le système.

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La sortie du film « Pride » et son succès de part et d’autre de La Manche ont conduit à un regain d’enthousiasme pour cet épisode marquant de la lutte des mineurs contre le gouvernement Thatcher dans les années 80. A l’époque, et bien avant que les Marches des Fiertés ne soient transformées en manifestations commerciales et publicitaires par les grandes entreprises prétendument « Gay Friendly », un secteur du mouvement LGBT londonien, regroupé sous le nom « Lesbians and Gays Support the Miners » (LGSM) avait décidé de prendre le parti des mineurs, qui luttaient contre la fermeture des mines et s’affrontaient à la politique brutalement néolibérale de Thatcher et sa police réactionnaire. En faisant tourner des caisses de solidarité dans les bars gays et lesbiens, en participant aux actions des mineurs, ils avaient donné un exemple éclatant de convergence des luttes et de solidarité de classe, ce que les mineurs leur avaient bien rendu en défilant à leurs côtés lors de la Pride de 1985.

Trente ans plus tard, et en s’appuyant sur la notoriété du film, les LGSM proposaient cette année de reprendre ce flambeau de lutte, et de défiler pour la Marche des Fiertés londonienne. Le thème de la Marche des fiertés 2015 à Londres étant « les héros », les grandes entreprises comme Starbucks ou Citibank ont profité de celui-ci pour instrumentaliser le succès du film et se placer en tant que principaux supporteurs voire représentants des « héros de Pride » au même titre que les LGSM. Cherchent-ils ainsi à nous faire croire qu’ils étaient à l’époque du côté des mineurs en lutte ? Cherchent-ils à nous faire croire qu’ils sont solidaires des travailleurs exploités, licenciés, opprimés, réprimés par la police ? S’ils veulent transformer cette lutte et alliance exemplaires, en publicité sur papier glacé ou en icônes à mettre dans des musées, grand bien leur en fasse ! Pour nous cependant, les LGSM ne sont pas des « héros », car nous n’avons pas l’habitude d’idolâtrer des militants. Ils ne sont pas non plus « hors du temps », et leur lutte possède une actualité brûlante, contre toutes les attaques austéritaires que nous subissons de plein fouet. En revanche, les LGSM sont nos camarades et ils le prouvent une nouvelle fois cette année dans leur attitude face à l’instrumentalisation de la Marche des Fiertés.

En effet, si le comité d’organisation de la « Pride » à Londres, avait accepté qu’ils défilent en tête de cortège avec les syndicats de mineurs, il a par la suite informé que ça ne pourrait se faire qu’en petit comité, « par manque de place ». Cet argument n’a cependant pas empêché de donner un espace privilégié aux grandes entreprises qui souhaitent faire de la Marche leur vitrine publicitaire, et avec lesquelles le comité d’organisation voulait faire marcher les LGSM. En quelque sorte, on leur proposait de se faire les cautions de gauche de nos exploiteurs, principaux responsables de la crise entraînant de graves conséquences pour la communauté LGBTI et qui par ailleurs font tout pour écraser la syndicalisation de ses travailleurs et travailleuses. Découvrant, le 21 mai dernier, que l’ordre des cortèges devait les faire défiler, en plus, à l’autre bout de celui des organisations de travailleurs et d’étudiants, les LGSM ont refusé ce « deal », réaffirmant ainsi ce qu’ils comptaient faire de cette manifestation : « Nous tenons à préciser que nous nous efforçons à faire en sorte que les questions de libération LGBT, de politique de classe, de syndicalisme, de solidarité, de la lutte anti-austérité et plus largement de toutes les autres luttes seront soient portées au sein de la Marche et que nous restons déterminés à apporter un caractère différent à la « Pride » de cette année. » [1] Mike Jackson, co-fondateur des LGSM, a ajouté dans une interview : “Cela aurait été un plaisir d’être en tête de la manifestation (« on the front line »), mais ce n’est pas important si nous ne le sommes pas. Il est plus important pour nous d’avoir été sur les piquets de grèves (« picket lines ») ».

Cette décision de rester fidèle à l’origine des LGSM, au cœur des luttes contre le système capitaliste et indépendants de tout ceux qui ne cherchent qu’à faire du profit sur notre dos, est tout à leur honneur : il doit nous inspirer pour toutes nos Marches des Fiertés !

Marah Macna, publié sur le média gauchiste Révolution permanente

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[actu] France, Lyon : pas de gay pride dans le quartier des touristes et des fafs !? https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/actu-france-lyon-pas-de-gay-pride-dans-le-quartier-des-touristes-et-des-fafs/ Thu, 11 Jun 2015 15:09:56 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1465 Continuer la lecture →]]> 14283264472_97f8045ae8_oLa Lesbian and Gay Pride de Lyon n’a pas apprécié que le 5e arrondissement leur soit refusé. Dans un communiqué, elle explique que les services de la préfecture du Rhône s’étaient engagés à ne plus organiser de manifestations sur place pour « cause de risques de trouble à l’ordre public ». Sauf que lundi soir, les anti-GPA étaient 400 à se rassembler devant les Assises du Rhône dans le 5e. Articles de mass médias.

Lyon: la Lesbian and Gay Pride interdite de Vieux-Lyon

Publié le 10 juin par le média gay ripoublicain Yagg.

Selon la LGP de Lyon, «en refusant le passage de la 20e marche des fiertés LGBT (…) dans le Ve arrondissement, l’État laisse ainsi cet arrondissement aux mains de l’extrême droite la plus radicale». Lundi 8 juin, la «Manif pour tous» locale manifestait à nouveau contre la GPA.

Le 20 juin prochain, la marche des fiertés lyonnaise, organisée par la Lesbian and Gay Pride (LGP) de Lyon, fêtera sa 20e édition. Les organisateurs/trices de la pride, où 18.000 personnes sont attendues, voulaient donc marquer le coup en défilant par le quai Romain-Rolland dans le Ve arrondissement de Lyon, un coin du Vieux Lyon qu’ils et elles évitent depuis des années parce que les identitaires y ont leur quartier et ont l’habitude de manifester.

Des négociations ont même été entreprises en février dernier, mais «le 24 mars dernier, la préfecture nous a assuré qu’elle ne tolérait plus aucune manifestation dans ce secteur pour cause de risques de troubles à l’ordre public», raconte David Souvestre, secrétaire de la LGP de Lyon à metronews. Un argumentaire qui aurait pu faire retomber la tension si la préfecture n’avait pas autorisé lundi 8 juin un rassemblement anti-gestation pour autrui (GPA), à l’appel de la «Manif pour tous» locale, devant le vieux palais de justice de Lyon situé… quai Romain-Rolland!

«HYPOCRISIE» ET «DOUBLE DISCOURS»
Dans un communiqué daté du 10 juin, «Vieux Lyon: l’extrême droite dicte sa loi au Préfet !», la LGP Lyon a violemment réagi en dénonçant l’hypocrisie et le double discours que laisse supposer cette décision préfectorale. «Dans notre République, l’État ne peut tolérer des no-go-zones pour les LGBT. Nous tenons à rappeler notre attachement au respect inaliénable de la liberté de manifester pourtant bafouée à Lyon», clame Edwige Marty, présidente de la LGP de Lyon.

Car pour l’organisation, cette interdiction fait entièrement le jeu des identitaires. «En refusant le passage de la 20e marche des fiertés LGBT, qui prône pourtant les valeurs de notre pacte républicain, dans le Ve arrondissement, l’État laisse ainsi cet arrondissement aux mains de l’extrême droite la plus radicale». Et la LGP Lyon de prévenir: «En juin 2016, nous manifesterons dans le Ve arrondissement. La Préfecture du Rhône et ses services ont maintenant un an pour s’y préparer». Interrogée par 20 minutes, la préfecture persiste: «Ce n’est pas une question de fond mais bien de sécurité». «L’objectif est d’éviter un blocage complet du centre-ville. Il n’était par ailleurs pas possible d’envisager de bloquer plusieurs ponts au même moment», justifie la préfecture à metronews. De quoi rester perplexe quand on sait que 24000 personnes défilent à Montpellier… Sans difficultés.

par Florian Bardou, journaliste du média gay mainstream Yagg.

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Y a-t-il tout de même des quartiers plus difficiles à vivre que d’autres ces derniers temps ?

D.S. : Pour la Gay pride, la Préfecture refuse que l’on passe dans le 5e arrondissement à cause de la pression d’extrême droite. On a changé le tracé cette année et on voulait passer dans le 5e, devant le Palais de justice, pour montrer qu’aucun quartier n’est infréquentable pour les LGBT. La Gay pride ne passera pas dans le 5e mais nous persistons : nous organisons un buffet inaugural le 12 juin au musée Gadagne pour la quinzaine des cultures LGBT. Il n’est pas normal que l’Etat sanctuarise des quartiers, même si c’est au nom de la sécurité publique.

(extrait d’une interview donnée à LyonCapitale par David Souvestre, membre de la Lesbian & Gay Pride de Lyon, le 17 mai dernier)

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Enracinement. Une «hypocrisie» et un «double discours» que dénonce Edwige Marty, présidente de la Lesbian and Gay Pride de Lyon. La préfecture a en effet autorisé à deux reprises, le 8 et le 18 juin, des rassemblements de militants anti-GPA devant le palais de justice, situé dans le même arrondissement. La première de ces manifestations, dispersée en début de soirée, s’est même reformée vers 22 heures. Cortège à pied suivi de quelques véhicules, banderoles et mégaphone : les habitants du Ve n’ont pas tous apprécié. «Dans notre République, estime Edwige Marty, l’Etat ne peut tolérer des « no-go zones » pour les LGBT et abandonner des quartiers entiers à des groupes factieux.»

«Saint-Jean est à nous !» est devenu le cri de ralliement des groupuscules d’extrême droite, dont l’enracinement dans ce quartier historique remonte à 2010. En cinq ans, au moins une vingtaine d’agressions ont été recensées – des bars et des restaurants (dont des kebabs) étant régulièrement mis à sac.

Il y a d’abord Rebeyne, la branche lyonnaise de Génération identitaire. Puis il y a les ultranationalistes de l’Œuvre française et des Jeunesses nationalistes, théoriquement dissoutes en 2013, après le décès de l’antifa Clément Méric. S’y mêlent les «rats noirs» du GUD (Groupe union défense), une «armée des ombres» d’extraction étudiante, ainsi qu’ils se désignent, recréée à Lyon en 2011. Sans compter les supporteurs ultras de l’Olympique lyonnais, les Bad Gones du virage nord de Gerland et les Cosa Nostra du virage sud (officiellement dissous en 2010), qui s’affilient à l’une ou l’autre des tendances au gré des beuveries.

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«Aberrant». Au-delà de leurs visées racistes, islamophobes, antisémites et homophobes, ils ont en commun cet attachement au Vieux-Lyon, considéré comme le territoire «naturel» de leurs revendications, une «adresse» garante de leur identité. «C’est un piratage de patrimoine, s’insurge un commerçant du quartier. Ils se réclament d’un enracinement historique complètement aberrant.» Et profitent de l’élan de la Manif pour tous pour asseoir leur emprise sur l’espace public. Si les agressions physiques ont un peu diminué cette année, la logique d’occupation territoriale continue de prévaloir. Collage de stickers et tractage dans les boîtes aux lettres, stand d’affiches «Je suis Charlie Martel» devant la cathédrale Saint-Jean ou les entrées de métro, jeu de rôle grandeur nature sur la place du Change… Tous les moyens sont bons pour s’inviter sur la photo souvenir.

1) Le bar «saucisson» des identitaires

Montée du Change et rue Juiverie. Depuis octobre 2010, les identitaires lyonnais de Rebeyne ont ouvert la Traboule, montée du Change, un «lieu de rassemblement de tous les jeunes qui résistent à la culture globale et à la destruction de nos identités», explique leur site internet. L’essayiste antisémite Renaud Camus y tient ce dimanche une réunion publique à l’invitation du Bloc identitaire, sur le thème du «grand remplacement».

La Traboule, c’est un bar avec «saucisson biologique» au menu, mais aussi une bibliothèque, un ciné-club pour le «combat métapolitique» et une salle de sports dédiée aux entraînements de «boxe-défense» de l’association Lugdunum Torgnole. Le local, rarement ouvert en semaine, accueillerait une poignée de personnes le week-end, et plusieurs dizaines lors des événements qui s’y déroulent. Le QG a déjà servi de point de départ et de refuge lors d’agressions.

Autre hobby des membres de cette «simple MJC de droite» : vandaliser les plaques de la rue Juiverie, toute proche. «La pression est insidieuse, voilée», estime Philippe Carry, l’horloger dont la boutique est voisine de la Traboule. L’artisan, membre d’une association de riverains hostile aux identitaires, condamne le «détournement» des symboles de la culture populaire lyonnaise.

Il montre un tract avec Guignol armé d’une batte de base-ball, sous le slogan «Zone anti-racailles» : «Guignol, à l’origine, c’est l’histoire d’un ouvrier canut qui souffre de l’égoïsme des nantis, ouvert aux autres et qui s’attache à casser les barrières», raconte-t-il. Loin des «slogans idéologiques malsains» de l’extrême droite identitaire.

2) Où le foot rallie  les hools

Quartier Saint-Jean. Il est de notoriété publique que les soirs de match, mieux vaut éviter la rue Saint-Jean et ses pubs anglo-saxons où se retrouvent entre autres, autour du foot, les GUDards, les supporteurs radicaux de Gerland et les hooligans. En fonction du score et de la consommation d’alcool, la situation peut rapidement dégénérer, surtout pour les membres de «minorités visibles».

De «vrais gones» et de «vraies fenottes» (des «enfants» en parler lyonnais) : l’une des ficelles rhétoriques de ces groupuscules d’extrême droite consiste à se désigner comme étant les «véritables» récipiendaires des particularismes locaux. «Alors qu’ils ne sont pas du tout représentatifs des habitants, explique Antoine Tasseau, directeur de la MJC du Vieux-Lyon, située place Saint-Jean. Ce quartier est l’un des rares de la ville où l’on trouve encore des familles qui sont là depuis des générations.» Et c’est sur ces «trésors de mémoire» qu’il «faut communiquer», estime Antoine Tasseau : «Le pire serait que cette emprise de l’extrême droite s’ancre dans les mentalités.»

Le porte-parole de Génération identitaire, qui s’était distingué en 2011 avec la «marche des cochons» (immédiatement interdite par le préfet), minimise ce danger au sujet de la population LGBT : «La Gay Pride, on s’en fout complètement, c’est un non-événement pour nous. Ils sont un peu parano à la préfecture.» Et d’ajouter : «Mais si les gays veulent faire du militantisme, ils pourraient essayer de faire passer leur cortège à Vénissieux, en banlieue. Ça, ce serait courageux, un peu punk.»

3) Le repère de l’Œuvre française

Quartier Saint-Georges. En novembre, a été inaugurée en toute discrétion la Maison bleue, le repère d’Alexandre Gabriac (exclu du FN pour un salut nazi) et d’Yvan Benedetti, fondateurs de l’Œuvre française et de sa branche «jeunes», les Jeunesses nationalistes, deux organisations officiellement dissoutes en 2013 après la mort de Clément Méric. Ce local comprendrait, selon leur site internet, une buvette, une «boutique nationaliste» et une salle d’entraînement de boxe.

Rue Saint-Georges, il faut s’attarder pour repérer cette façade aux volets marron continuellement fermés, aux dires du voisinage. Non loin, sur le trottoir d’en face, l’organisation a pignon sur rue, avec le bar Par Saint-Georges. Croix celtiques, écharpes de supporteurs radicaux lyonnais et russes, tête de maure (les racines corses sont l’une des clés de voûte de la geste benedettienne) : la décoration, peu visible de l’extérieur, et les discussions de comptoir ne laissent aucun doute sur l’obédience de ce zinc.

Quelques jours après l’ouverture de la Maison bleue, Alexandre Gabriac et Yvan Benedetti ont été mis en examen pour «reconstitution de ligue dissoute». «L’Œuvre française existe toujours car ce n’est pas à un gouvernement qui a deux ans d’existence de prononcer l’interdiction d’un mouvement qui existe depuis 1968», aurait déclaré Yvan Benedetti au juge. L’instruction est toujours en cours, a indiqué à Libération le procureur de Lyon, Marc Cimamonti. Alexandre Gabriac n’a quant à lui pas souhaité commenter son attachement au Vieux-Lyon.

A Saint-Georges, pour contrer l’emprise des sympathisants d’extrême droite, la résistance a été prise en main par les Irlandais : ils sont une poignée de patrons de pubs qui fonctionnent en réseau. «Quand on exclut un client de chez nous, il est interdit de séjour partout», explique Boris, barman au Johnny’s Kitchen. Le nerf de la guerre, pour décourager les agités des soirs de match : la programmation télé. «Jamais de sports de combats, très peu de foot avec des équipes françaises et surtout des sports gaéliques», résume Boris.

4) La paroisse tradi,  nid de scouts d’Europe

44, rue Saint-Georges et place François Bertras.«L’interculturalité» et la «créolisation» de la société : voilà le fer de lance de la Maison des passages, qui subit régulièrement des tentatives d’intimidation. En 2013, lors d’une soirée littéraire intitulée «Des voix s’élèvent contre le fascisme ordinaire», une vingtaine de militants d’extrême droite ont voulu s’inviter dans la salle. Les organisateurs ont eu le temps de s’enfermer et requièrent depuis une surveillance policière pour ce type d’événement. «C’est vraiment emmerdant», commente Marcel Beauvoir, l’un des fondateurs de l’association, qui regrette le «profil bas» des autorités : «Je rêve d’un édito de Gérard Collomb sur le fait que Lyon soit une ville métissée, qui prendrait le contre-pied de cette bêtise qu’est l’idée d’identité lyonnaise éternelle.» Un discours cher aux voisins de la Maison des passages, les paroissiens de l’église Saint-Georges, des traditionalistes tendance scouts d’Europe. Même s’ils ne revendiquent pas toujours leur proximité avec l’extrême droite, «ces gens qui font la messe en latin ont fait beaucoup de tort à Saint-Georges, un quartier très populaire à la base», pointe Philippe Carry, l’horloger de Saint-Paul.

Maïté DARNAULT Correspondante à Lyon de Libération

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« La prison n’a pas a être réformée » interview avec Cece McDonald https://depavage.noblogs.org/post/2015/05/16/la-prison-na-pas-a-etre-reformee-interview-avec-cece-mcdonald/ Sat, 16 May 2015 04:05:33 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1433 Continuer la lecture →]]> url« Cece McDonald a été envoyée en prison pour s’être défendue contre un crime de haine. À l’occasion du premier anniversaire de sa libération, en janvier 2015, elle nous parle de comment lutter contre l’oppression. »

 

« LA PRISON N’A PAS À ÊTRE RÉFORMÉE »
— une interview avec Cece McDonald —

par Andrea Abi-Karam

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« Stop à la guerre faite aux femmes trans racisées ! Contre le racisme, la transphobie et les agressions fascistes ! LIBÉREZ CECE McDONALD –MAINTENANT ! »

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Il y a un an aujourd’hui, Cece McDonald sortait de prison. Son crime ? S’être défendue face à une agression raciste et transphobe au cours de laquelle sa joue a été tranchée par un verre qui a aussi lacéré sa glande salivaire, blessure qui a requit 11 points de suture.

L’histoire de Cece a gagné une attention internationale, et a été largement perçue comme la persécution d’une femme trans de couleur, envoyée en prison pour s’est défendue contre un crime de haine. « Liberté pour Cece » est devenue une cause célèbre, avec une pétition signée par 18 000 personnes demandant sa libération, et avec l’actrice trans Laverne Cox s’inspirant de Cece pour interpréter son personnage dans Orange is the New Black.

Le 5 juin 2011, lorsque Cece, 23 ans, et quatre ami-es à elle, tou-tes Africaines-Américaines et en majorité LGBTQ, ont quitté la Schooner Tavern à Minneapolis, un groupe de gens blancs à l’extérieur a commencé à leur lancer des insultes, du genre « meufs à bites », « pédé » et « nègres ». S’en est suivie une bagarre, au cours de laquelle Dean Schmitz, un des agresseurs au corps tatoué de croix gammées, a été poignardé avec une paire de ciseaux. Cece a été la seule personne arrêtée.

Risquant une peine pour meurtre pouvant aller jusqu’à 40 ans d’emprisonnement, elle a accepté une négociation de plaidoyer de culpabilité, et a finalement passé 19 mois en prison. Durant son incarcération, elle a été placée dans deux établissements pour hommes.

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Mais on ne peut pas parler de Cece McDonald sans parler aussi de Michael Brown et d’Eric Garner, de Rekia Boyd et d’Yvette Smith, de comment l’État et la police ciblent, emprisonnent et tuent systématiquement les personnes de couleur. Il y a moins d’un an, George Zimmerman était acquitté du meurtre de Trayvon Martin, sur le principe de l’auto-défense, ce qui a engendré le mouvement #blacklivesmatter.

La violence d’État et l’industrie carcérale menacent les personnes queers et trans de couleur depuis leur plus tendre enfance, et la crainte qu’elles suscitent habite leurs corps depuis leur premier souffle, et ce avant toute résistance organisée.

L’automne dernier, le groupe californien Critical Resistance, qui milite pour l’abolition de la prison, a invité Cece dans la Bay Area. Je lui ai posé des questions sur les stratégies abolitionnistes, sur l’importance d’une communauté créative à l’intérieur, et sur les moyens de lutte contre l’oppression systémique.

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ANDREA ABI-KARAM :

Quelles sont les choses que tu aimerais voir émerger du mouvement pour l’abolition de la prison ?

CECE MCDONALD :

Si on veut pouvoir parler d’abolition de la prison, il faut aussi qu’on parle de comment on fait pour éviter que les gens aillent en prison. Comment est-ce qu’on fait évoluer les politiques actuelles et comment est-ce qu’on change les choses pour les gens qui sont en prison. Et il ne s’agit pas juste de réfléchir aux crimes et à comment les prévenir –la réalité est que tous les crimes ne peuvent pas être évités.

Il y aura toujours des gens ignorants. Il y aura toujours des gens remplis de haine. À partir de là, on sait que les cas de crimes de haine et de violence à l’encontre des femmes et des femmes trans, que la violence à l’encontre de la communauté LGBTQIA, et que les crimes à l’encontre des personnes de couleur continueront à exister.

Le crime continuera à exister, alors comment fait-on pour parler d’abolition sans oublier que la haine est une réalité ? Nous devons admettre ça, et trouver comment gérer le fait qu’il y a des gens qui ne sont pas faciles à convaincre que : je suis une bonne personne en tant que personne Noire ou que je suis une bonne personne en tant que personne trans. Nous devons comprendre ça. Alors peut-être seulement qu’on pourra se demander à quoi pourrait réellement ressembler la justice.

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ANDREA ABI-KARAM :

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur le mouvement abolitionniste de la prison comparé au projet réformiste de la prison ?

CECE MCDONALD :

J’ai l’impression qu’une vraie réforme serait la fin pure et simple de la prison : un démantèlement du système carcéral. On ne peut pas vouloir réformer et corriger la prison et en même temps vouloir y mettre un terme. C’est soit l’un, soit l’autre.

Si on questionne un-e vrai-e abolitionniste sur l’idée de réforme, elle/il réfléchirait aux moyens de : 1/ libérer les prisonnier-es, 2/ démanteler l’industrie carcérale, et 3/ trouver des solutions alternatives et de nouvelles méthodes de gestion des crimes, des punitions et de la justice, tout en sachant que personne n’a le même point de vue sur ce que ça pourrait être.

Le terme « réforme » a lui-même besoin d’être redéfini. Nous ne voulons pas d’une prison différente, nous ne voulons plus de prison du tout. Selon moi, la prison n’a pas à être réformée.

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ANDREA ABI-KARAM :

J’aimerais savoir ce que tu penses des alternatives à l’industrie carcérale comme les processus de responsabilisation communautaire ou de justice transformatrice ?

CECE MCDONALD :

La justice transformatrice est un sujet très complexe et délicat, comme nous le savons tou-tes. Certaines personnes ont une vision très honnête et équitable de la justice transformatrice, mais nous savons aussi que le système n’est pas prévu pour être honnête et équitable, et qu’il est au contraire conçu pour briser les groupes marginalisés, afin de « diviser pour mieux régner ».

Alors, selon moi, la justice transformatrice n’est pas quelque chose d’essentiel, c’est juste un truc créé pour donner de l’espoir aux gens et nous faire croire qu’il y a de l’équité et de la justice dans le système judiciaire, ou qu’il pourrait y en avoir. Alors que ce n’est pas possible. Dans un certain sens, on pourrait même dire que la justice transformatrice est incompatible avec la lutte pour l’abolition de la prison.

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ANDREA ABI-KARAM :

Tu parlais toute à l’heure des personnes qui sont des acteur-ices passif-ves au sein de la (résistance à la) dynamique capitaliste, raciste, et tout le reste. Quelles sont tes propositions pour faire en sorte que les gens ne soient plus dans cette position ?

CECE MCDONALD :

J’ai l’impression que bien souvent les gens ne se manifestent pas. Ne pas être passif-ve à propos de quelque chose, c’est s’éduquer et s’exprimer sur cette chose, comprendre où se trouve la réalité, où est la vérité, puis assimiler ces notions grâce à ses propres privilèges, et bouger son cul !

Je crois que ce point est très important, car j’ai l’impression que bien souvent des gens s’autoproclament allié-es ou militant-es, mais on ne peut être ni l’un-e ni l’autre en restant passif-ves. Tu ne peux pas te dire militant-e et rester assis-e à l’arrière en disant : « Oh, j’ai fais des cookies pour récolter de l’argent pour la bonne cause ». La réalité, c’est que faire des cookies ne va pas aider la cause, et ne va pas aider à soutenir les gens ou à faire entendre leur voix. Je ne peux pas rester dans la même pièce qu’un groupe de gens qui pensent qu’organiser une bouffe collective c’est un vrai travail militant. Nous avons besoin d’un mouvement, de choses concrètes, et d’être honnêtes là-dessus.

Les gens qui ont des privilèges peuvent vraiment faire changer des choses, tu vois de quoi je parle ? J’aimerais savoir combien de personnes blanches riches interpellent et corrigent leurs ami-es blanc-hes riches quand elles/ils disent des conneries. Car c’est ça être un-e vrai-e allié-e. C’est ça être un-e vrai-e militant-e. Il ne s’agit pas juste d’aller marcher dans la rue avec une pancarte. C’est bien aussi, hein, mais qu’en est-il des trucs qui se passent en privé ? Qu’en est-il des merdes qui se produisent juste à côté de moi ? C’est ça qui compte avant tout, bien plus que de rester assis-e là et de s’autoproclamer militant-e.

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ANDREA ABI-KARAM :

Quel est ton rapport aux activités créatrices ? Que reste-t-il comme place pour la créativité à l’intérieur des prisons ?

CECE MCDONALD :

J’ai vu tellement de talents à l’intérieur des prisons où j’ai été, et j’ai aussi vu des spectacles qui parlent de différentes personnes qui vivent dans diverses prisons du pays, alors je sais que beaucoup de gens écrivent de la poésie, dessinent, font des illustration magnifiques et hyper détaillées, chantent des chansons, créent des morceaux de rap, et d’autres trucs dans le genre, et parlent ainsi de l’industrie carcérale, du fait d’être enfermé-es ou d’être piégé-es dans le système. C’est en soi assez logique que certaines personnes créent spontanément en prison, puisqu’il y a une vraie diversité d’individu-es au sein du système carcéral.

Il y a des gens qui viennent de partout, qui ont tou-tes des parcours différents, et on utilise ça comme des outils pour nos créations artistiques : ça se ressent dans la façon qu’on a d’écrire nos poèmes, d’écrire notre musique, de tracer nos dessins. Une grande partie de ce que j’ai publié sur le blog quand j’étais enfermée a été inspirée par mon parcours, par comment j’ai grandi et comment mon esprit s’est construit, à travers l’école et l’éducation pleine d’amour que j’ai reçu. Toutes ces choses se sont exprimées de manière très personnelle, laissant voir qui j’étais en tant qu’individue.

Ça m’a donné le sentiment que les gens comprenaient qui j’étais, pas juste une autre personne au sein du système, mais une personne qui existait aussi à travers ses rêves et ses aspirations. J’avais toujours ça en tête.

Je me mettais à écrire et les mots se dessinaient sur le papier, puis les gens se connectaient à moi à travers mon blog, ayant ainsi accès à mon point de vue d’individue incarcérée.

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ANDREA ABI-KARAM :

Tu as dit avoir une relation positive avec ton officier de probation. Comment est-ce que ça se passe avec lui, comparé aux interactions que tu avais avec le personnel pénitentiaire ?

CECE MCDONALD :

On doit bien comprendre que les gens ont des aptitudes et des prédispositions. Les métiers attirent des gens qui ont des penchants intériorisés particuliers. Du coup, tu risques de trouver des gens racistes ou sexistes ou classistes ou agistes ou toute autre chose dans le genre.. qui travaillent dans des endroits où tu vas quotidiennement, que ce soit au bureau de poste, au MacDo, ou en prison.

Quand on en vient aux matons, le truc c’est que ce sont des gens qui pensent qu’il est de leur devoir de contrôler et de mater des personnes racisées et de les faire rentrer dans le rang, tu vois ce que je veux dire ? Ça craint que ces gens travaillent au sein de l’industrie carcérale, hein, tu vois ce que je veux dire ? Mais c’est la réalité. Ces personnes existent et ont des métiers, et elles travaillent dans des endroits où on se rend quotidiennement.

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Mais ces personnes ne sont pas toutes mauvaises. Il peut aussi arriver qu’une de ces personnes ait une certaine sympathie pour toi, peut-être parce que tu es une femme, même si peut-être par ailleurs elle ne t’aime pas parce que tu es Noire, ou parce que tu es une personne de couleur, ou qu’elle ne t’aime par parce que tu es queer, ou parce que tu es trans, ou parce que tu ne te conformes ni au genre féminin ni au genre masculin.

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ANDREA ABI-KARAM :

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais ajouter ?

CECE MCDONALD :

J’aimerais juste que les gens prennent conscience du monde dans lequel on vit. J’aimerais que les gens ouvrent leur esprit et leur cœur aux choses qui se passent dans le monde. Grâce aux avancées technologiques qui ont permis l’existence des réseaux sociaux, on voit tous les jours ce qui se passe : brutalité policière, racisme, crimes de guerre, famine, pauvreté. On en voit tellement qu’on a pris l’habitude de baisser les bras et de juste dire « Oh, ben, ça craint », puis de retourner à notre vie quotidienne, de s’arrêter au premier Starbucks et d’oublier tout ça.

Je me débats toujours avec des choses liées à l’incident qui m’est arrivé, j’apprends encore à faire confiance aux gens. Je sais qu’il y a des gens ici et là qui sont de bonnes personnes, qui veulent que les choses changent, qui croient en l’amour, qui croient à l’empathie et à la compassion. On a besoin de plus de gens comme ça. Je sais que c’est difficile, mais il faut qu’on arrête d’apprendre la haine à notre jeune génération. Je sais que c’est possible.

J’essaye vraiment d’être plus assidue et constante dans mon travail militant, et de rassembler divers groupes de gens aux parcours différents. Si nous voulons savoir ce qu’est la justice, l’égalité et la crainte, alors nous devons nous ouvrir au changement, avec nos esprits et nos cœurs. Nous devons incarner ces changements, aller de l’avant et mettre fin à tous les « -ismes » qui nous entravent en tant qu’être humain-es, qui nous empêchent d’avancer. Car c’est ce que le système veut. Ils ne veulent pas qu’on progresse, qu’on exprime notre vrai potentiel d’êtres humain-es capables de nous rassembler malgré tous ces -ismes, et capables de nous réaliser en tant qu’êtres humain-es.

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« Des femmes trans sont tuées CHAQUE JOUR & vous pensez que le combat est terminé parce que vous pouvez mettre un anneau sur un doigt ? » –Cece McDonald

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La version originale de cet article a été publiée le 13 janvier 2015 et est disponible ici. Texte traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, le 21 mars 2015. Trouvé sur Badasses.

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[actu] Londres, quartier Soho : la gentrification se poursuit… https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/actu-londres-quartier-soho-la-gentrification-se-poursuit/ Sun, 15 Feb 2015 18:56:27 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1325 Continuer la lecture →]]>

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Un article de la presse gay mainstream qui s’inquiète des projets immobiliers et de la flambée des prix dans le quartier historique de Soho. Si même eux s’en inquiètent, c’est dire…

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 publié par le site gay capitaliste québécois Fugues

La quartier chaud londonien de Soho — où la communauté gaie s’est épanouie pendant de nombreuses années — est menacé d’embourgeoisement. Les prix de l’immobilier montent en flèche et modifient sa sociologie. 

Un bar à champagne plutôt qu’un sexshop, des appartements de luxe à la place d’un cabaret: la transformation de Soho, quartier festif et gai au coeur de Londres, en paradis pour riches bobos fait hurler les gardiens du temple.

« Bientôt Soho va ressembler à l’aéroport de Singapour », peste Tim Arnold, un musicien de 39 ans qui a pris la tête de la révolte pour « sauver Soho » de l’aseptisation. Soho.

Quatre lettres pour un kilomètre carré mythique, royaume des amateurs de musique et de théâtre, empire des papillons de nuit, refuge des homosexuels.

Karl Marx y a fomenté sa révolution. Les Who et des légions de groupes de rock y ont découvert la scène. Depuis plus d’un siècle, c’est l’endroit où le bourgeois aime s’encanailler. L’ennui, c’est que désormais il veut aussi y habiter. Madame Jojo’s, 12 Bar Club mais aussi Pink Pussycat: on ne compte plus les cabarets, salles de musique et bars coquins qui ferment. Chassés par des loyers qui s’envolent et des promoteurs immobiliers qui rêvent de transformer le « village » en foyer pour familles aisées.

À Denmark Street, les boutiques de guitare, où Robert Plant passe encore acheter ses cordes, vont laisser place à une nouvelle bouche de métro de la station Tottenham Road Court. À Walkers Court, une sombre ruelle « suppurante de vagues promesses sexuelles », selon le romancier Howard Jacobson, une seule librairie « rose » résiste encore. Même un ancien commissariat de police est transformé en logements.

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Terre d’accueil et d’excentricité

« Le quartier est en train de perdre son âme », soupire Kathy Martin, fondatrice des soirées Enigma Ball pour la communauté transgenre. « C’est triste. Soho doit rester sexy », glisse Sara, une des dernières prostituées à exercer dans un appartement signalé par un petit panneau « Models ». Une descente de police à la fin 2013 a délogé la plupart de ses collègues. Certains ne regretteront pas la fin des lupanars et des bars à hôtesses où les clients se faisaient plumer, insistant sur le fait que l’exploitation des femmes n’a rien de romantique.

Perdre « l’esprit libertin unique » de Soho, son « excentricité nocturne », sa « légère vulgarité et immoralité » serait « un désastre », estime pour sa part l’acteur et militant LGBT Stephen Fry.

Au XVIIe siècle, Soho a été une terre d’accueil pour huguenots français, Italiens, Juifs, chinois. Un mélange qui en a longtemps fait le seul endroit à Londres où on pouvait boire un expresso potable ou trouver de l’avocat. Au XIXe, c’est un cloaque malfamé, ravagé par le choléra. Puis, les conditions de vie s’améliorant, le quartier devient bohème. Le rock et la pop britanniques y prennent leur envol. Sexshops et bordels prolifèrent. La communauté homosexuelle s’y épanouit.

« Chaque communauté est venue s’additionner, sans jamais en chasser une autre. Mais aujourd’hui on les arrache tranche après tranche pour les remplacer par quelque chose de nouveau. Et ce nouveau n’est pas très beau », grince Tim Arnold.

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La loi du marché

Il avait quatre ans lorsqu’il a participé à sa première Gay Pride dans les jupes de sa mère, Polly Perkins, une figure de la vie nocturne. Il a joué dans tous les bars et toutes les salles de concert du quartier, dont beaucoup ont disparu. « Soho coule dans mes veines », dit-il. Après avoir fondé « Save Soho », il a contacté des amis célèbres comme les acteurs Stephen Fry ou Benedict Cumberbatch pour devenir audible.

Ensemble, ils essayent de raisonner les promoteurs immobiliers pour qu’ils ne dénaturent pas le quartier qu’ils espèrent faire classer. Impliquée dans plusieurs chantiers pharaoniques, la société « Soho Estates », fondée par feu Paul Raymond, l’ancien « roi de Soho », assure « prendre en compte l’histoire riche et créative » du lieu.

Mais ses projets -« une cascade de verre et d’acier », selon ses détracteurs- inquiètent. Même le conseil municipal de Westminster admet que la transformation en résidences des espaces commerciaux est allée « trop loin ». Selon ses chiffres, près de 200 000 m2 de surface commerciale, souvent des petits commerces, a été perdu ces dernières années. Difficile de lutter contre la loi du marché. Les propriétaires profitent de la flambée des prix pour vendre ou augmenter les loyers.

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Publié le 03 février 2015.

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La construction statistique de l’homophobie comme problème des banlieues françaises https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/la-construction-statistique-de-lhomophobie-comme-probleme-des-banlieues-francaises/ Wed, 28 Jan 2015 01:50:57 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1118 Continuer la lecture →]]> basketball041Un article de Elena Avija, paru en 2012, pour comprendre comment une certaine grille de lecture de l’homosexualité et de l’homophobie s’est instaurée ces dernières années et nourrie l’homonationalisme en opposant « la République » aux « cités » et à la « culture maghrébine ».

Les lignes qui suivent se proposent de prendre pour point de départ le processus d’écriture, de publication et de promotion des deux livres Homo-ghetto. Gays et lesbiennes dans les cités : les clandestins de la République, de Franck Chaumont et Un homo dans la cité. La descente aux enfers puis la libération d’un homosexuel de culture maghrébine, de Brahim Naït-Balk. L’important relais médiatique qui a suivi leur publication est en effet parlant. Avec plus de vingt occurrences en quatre mois sur les chaînes de télévision et la presse papier nationale, l’engouement médiatique pour les deux livres est immédiat.

Le choix des titres et des mots-clefs donne immédiatement à voir les associations et les antagonismes sur lesquels se basent les livres. La « République » est opposée aux « cités » et à la « culture maghrébine », deux supposés « enfers » pour les personnes homosexuelles.

Ancien responsable de la communication pour l’association Ni Putes Ni Soumises, et actuellement attaché parlementaire de la députée socialiste Aurélie Filipetti, l’auteur de Homo-ghetto mobilise dans son livre et à l’occasion de ses apparitions médiatiques, les statistiques produites par l’association française SOS homophobie. Ces dernières lui permettent de bâtir un argument selon lequel l’on assisterait actuellement à «  l’instauration d’une communauté homosexuelle à deux vitesses.  » D’un côté il y aurait « cette homosexualité établie, maintenant reconnue, dans les centres villes, qui est prescriptrice de tendance, qu’il est de bon ton de fréquenter, qui obtient de plus en plus de droits, et à côté de là, mais à 10km du centre ville, dans des cités ghetto qui sont exclues de toute modernité, on a affaire à une homophobie qu’on aurait même pas imaginé, qu’il n’y aurait même pas eu 50 ans avant  » (Chaumont, invité sur le plateau de « Vie privée vie publique », France 3, le 02.10.09) [2]. Ces statistiques sont ensuite relayées dans la presse [3]. SOS homophobie, qui produit ces chiffres, dispose du monopole de la production des statistiques liées à l’homophobie. Elle est le seul organisme en France à diffuser annuellement des publications quantitatives sur la question. Or, l’on sait que « la production de chiffres, loin de ne faire que refléter la réalité, contribue à la définir, et, de ce fait, contribue à durcir le ‘‘problème social’’ » (Tissot, 2004, 91). Ces statistiques, ainsi visibilisées dans l’espace médiatique, ont à leur tour contribué à dessiner les contours du phénomène décrit dans le livre de Franck Chaumont : « l’homophobie en banlieue ».

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Cet article se propose ainsi de revenir sur la genèse de ces statistiques à travers le livre de Franck Chaumont et de sa promotion médiatique. Pour comprendre la fabrication des représentations autour des sexualités, il est nécessaire de se pencher sur les processus de production des chiffres qui les consolident. Retracer ce parcours, du chiffre statistique au chiffre politique, permettra de saisir les nuances et les décalages qui sont à la base des discours médiatiques mais qui n’apparaissent cependant pas une fois l’article journalistique publié. Pour commencer, je reviendrai sur les axes qui structurent le livre de Franck Chaumont.

Homo-ghetto : la dichotomie centre-ville/banlieue

Le livre de Franck Chaumont est structuré en une succession d’une dizaine de témoignages. Une introduction ouvre le sujet, résumant brièvement le parcours de l’auteur et les éléments qui l’ont amené à l’objet de son livre. La deuxième partie comporte une généalogie de dates clefs de l’histoire sociale de l’homosexualité, un « tour du monde » de l’état des droits des personnes LGBT, ainsi qu’un bref retour sur les témoignages sous forme d’« analyse ». La plupart des témoins interrogé-es sont des hommes (dix sur quatorze), la majorité d’entre elles/eux sont décrit-es comme étant « d’origine maghrébine ». Les deux témoins franco-français-es, sont pour l’un éducateur et pour l’autre, enseignante (et seule hétérosexuelle interrogée). Les deux résident en « banlieue » dans le cadre de leurs fonctions professionnelles.

La démarche de Franck Chaumont se base sur une mise en opposition de deux formes de vécu de l’homophobie : celle rencontrée selon lui dans les quartiers dits sensibles, et l’autre, supposée moins violente, des centre-ville. Cette mise en opposition implique tacitement une comparaison. Pour affirmer qu’une situation est pire qu’une autre, il s’agit de pouvoir décrire les deux. Franck Chaumont s’applique à restituer, selon ses propres grilles d’analyse, des témoignages venant de l’un de ces espaces, les « banlieues » sans pour autant proposer d’investigation sur les questions d’homophobie et d’homosexualité en général.

* « Du coup, pour écrire votre livre, est-ce que vous avez au préalable aussi fait une recherche sur des livres qui traitent d’homosexualité, ou de banlieue… comment ça se passe quand on écrit un livre ?

* Oui, on regarde. J’ai fait une recherche sur ce qui était sorti en presse écrite magazine, j’avais déjà lu par ailleurs, j’ai cherché des livres… J’ai fait google homo, cité homo. Après j’ai lu des bouquins sur le monde arabe. C’est l’éditrice qui m’a conseillé des bouquins, elle me disait « tiens lis ce bouquin il sort dans 15 jours » donc voilà je l’ai lu. Après, j’ai lu des choses sur la ghettoïsation plutôt, parce que moi mon sujet était aussi de montrer comment se met en place une ghettoïsation, un enfermement. C’est la ghettoïsation qui créé ce recul en banlieue… Donc sur l’homosexualité en banlieue, aucun livre n’était sorti. Après, y avait des livres qui étaient sortis, c’était les homos et l’islam, mais c’est différent. C’est pas dans les quartiers. Voilà, donc c’était rapide parce que y a pas tellement de choses. » (Entretien avec Franck Chaumont)

Dès lors, une série d’évènements qui peuvent lui paraître spécifiques aux « banlieues » peuvent très bien se révéler être en réalité propre aux situations quotidiennes d’homophobie. Les situations que décrit Franck Chaumont seront pour la plupart familières à la lectrice et au lecteur connaissant ne serait-ce que superficiellement la littérature ou le quotidien gai et lesbien. L’homophobie dans les « banlieues » selon Franck Chaumont, se passe un peu comme dans les romans de Proust : « Charlus n’aime pas Vaugoubert : il le trouve trop voyant, trop exubérant. Il se veut viril et déteste l’efféminement. Il se veut discret et craint les effets de cette exubérance.  » (Proust, 1921) Ainsi,

«  Majid préfère les garçons aux filles, mais déteste les pédés. C’est ainsi qu’il m’avoue ingénument avoir organisé une expédition punitive pour jeter des cannettes de bière sur des homos, à l’île du Ramier, l’un des principaux lieux de drague de Toulouse. En vrai petit gars des cités, il rejette avec violence la représentation sociale de l’homosexualité. Dans sa hiérarchie des valeurs, l’homo passif, inexcusable, est voué aux gémonies. » (Chaumont, 2009, 20)

Les phénomènes décrits obéissent aux structures d’un « placard » homosexuel qui implique une intériorisation de l’homophobie et de la hiérarchie des sexualités. Il s’agit non seulement de taire sa sexualité, mais également d’éviter d’en porter les apparents stigmates. Dès lors :

« il ne paraît pas non plus improbable [que] (…) contre des stéréotypes négatifs, contre un regard blessant ou de simples insultes, contre une interprétation coercitive de nos productions corporelles, certain(e) puissent choisir de rester délibérément au placard ou d’y retourner dans certains ou tous les segments de leur vie.  » (Kosofsky-Sedgwick, 1990, 86).

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Une grille de lecture culturaliste

Toute l’analyse de Franck Chaumont s’appuie sur des grilles de lectures préexistantes à son étude. D’une part, la dichotomie, essentielle, sur laquelle se base le livre en question, celle qui sépare « les centres villes » des « banlieues », ne fait à aucun moment l’objet d’une définition. Parle-t-il de toute la périphérie parisienne ou uniquement des quartiers les plus défavorisés ? Les explications de l’auteur recourent essentiellement à des lecures en terme de « culture » ou de « religion ». Quand ces deux éléments ne peuvent expliquer un phénomène (l’homophobie ou son absence), ils deviennent dès lors des caractéristiques à expliquer :

« Entendre une mère maghrébine parler d’un sujet aussi peu évident avec un tel naturel m’épate (…) La réaction de Jamaïa m’étonne de plus en plus. Comment une femme de son âge qui, comme elle, baigne dans la culture maghrébine, peut-elle faire preuve d’une telle ouverture d’esprit ? Là encore, la réponse fuse : ’’C’est Dieu qui l’a fait comme ça !’’ Comme Jamaïa n’envisage pas de critiquer l’œuvre de Dieu, elle ne peut qu’accepter son fils tel qu’il est. » (Chaumont, 2009, 95-97)

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Cette citation nous permet de dégager deux éléments. Incapable de penser en dehors des schèmes religieux qui structurent sa vie de « mère musulmane », l’enquêtée ne pourrait donc accepter l’homosexualité de son fils qu’avec l’accord divin. La marge de manœuvre et de réflexion qu’une « mère occidentale » (ou blanche) pourrait avoir dans une laïcité très républicaine est perçue dans le cas d’une « mère maghrébine » avec un très grand étonnement, et est expliquée par un recours à l’œuvre d’un Dieu qu’elle n’envisagerait pas de critiquer.

Ce commentaire s’appuie sur des schémas de pensée essentialistes et culturalistes qui attribuent à certaines catégories d’individu-es des comportements figés dans ce qui est défini comme une certaine « culture », et reproduit des dichotomies entre des manières de penser qui seraient tributaires d’une capacité à raisonner de manière autonome et d’autres qui ne pourraient se faire que dans le cadre de la foi et de ses structures. Comme l’explique Annamaria Rivera,

« dans cette perspective, la ‘‘« culture judéo-chrétienne » est considérée comme supérieure car elle est libérale, flexible et en perpétuelle évolution tandis que la culture musulmane, essentiellement perçue comme un carcan strict et figé, restreindrait la liberté de l’individu et expliquerait ses problèmes’’ d’intégration dans les sociétés européennes » (Rivera, 2000, 81).

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Ainsi, la culture, comme critère causal, n’intervient que pour expliquer l’homophobie des groupes racisés. Les femmes et hommes blanc-hes, quant à elles/eux, n’ont nul besoin d’être caractérisé-es en termes culturels, puisqu’elles/ils font partie intégrante de la culture de référence qui n’a guère besoin de se parler. Lorsque

« les agents impliqués sont des immigrant-es de couleur, un comportement que nous considérons comme problématique, nous le qualifions de ‘‘culturel’’(…). En revanche, si dans des circonstances analogues, il s’agit [de blancs], nous y voyons un cas isolé de comportement aberrant et non l’expression d’une culture racialisée » (Volpp, 2006, 15).

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Notes de la première partie

[1] Cet article est tiré d’un travail de recherche intitulé « La construction de l’homophobie comme problème des banlieues françaises »

[2] Les chiffres cités dans la presse seront toujours les mêmes. Par exemple : « Cet ancien journaliste à Beur FM et RFI cite une enquête de SOS Homophobie datant de 2006 et assurant que 46 % des violences faites aux homosexuels ont eu lieu dans les quartiers populaires bordant les grandes villes. » (Anna Topaloff, « Les homos damnés des cités » in Marianne, 25.09.2009)

[3] Pour ne citer que les plus grands médias nationaux, les chiffres de l’association ont été mobilisés dans la presse écrite : Inrockuptibles, Le Nouvel Observateur, Marianne, la presse radio : France Culture, et la presse télévisuelle : France 3, France 5, M6 (liste non exhaustie).

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Deuxième partie

En 2005 et en 2006, le rapport Annuel de SOS homophobie contenait un chapitre « Banlieues ». Ce chapitre se proposait de faire le point sur la spécificité de l’homophobie dans les « banlieues » françaises. Un groupe de travail « Banlieue » s’est réuni de 2004 à 2008, chargé de la rédaction du chapitre correspondant au sein du rapport annuel. Les données sur lesquelles se basaient les rédactrices/eurs étaient d’une part les témoignages (appels, e-mails, courriers) reçus par l’association, et d’autre part une enquête par questionnaire (diffusé par Internet) sur « l’homophobie en banlieue » dont les résultats finaux n’ont jamais été publiés. Le matériel mobilisé par Franck Chaumont dans les médias, se référait ainsi aux statistiques produites par SOS homophobie dans son rapport annuel de 2006.

Le rapport annuel étant principalement adressé à des journalistes ainsi qu’à des politiques, son contenu ainsi que sa forme se doivent d’être aisément abordables. Il s’agit donc de traduire les données récoltées dans un langage qui puisse être mobilisé par des journalistes, des administrations, des femmes et des hommes politiques.

« Les journalistes ! Les journalistes aiment ça, ça leur permet d’aller vite, ça leur permet de mettre un petit graphique à côté de leur petit texte. Nous demandent ça également les hommes politiques… ‘‘Chez moi, y a des appels de chez moi ?’’, ‘‘Alors la Corse du Sud vous voyez, vous êtes en noir y a plein d’appels chez vous !’’. Ca les intéresse à ce niveau- là, ils voudraient ne pas apparaître en noir… » (Entretien avec Paul, SOS homophobie)

Ce passage de la donnée brute à la citation « prête à l’usage » est ainsi révélateur de plusieurs enjeux. Il s’agit d’une part de permettre aux interlocutrices/eurs extérieur-es une utilisation des données simple, rapide et efficace. Pour cela, il est impératif que la présentation graphique des données soit soignée (ici sous la forme de « camemberts »).

Les statistiques de SOS homophobie sont produites à partir des témoignages reçus, par courrier postal (une petite minorité), par e-mail, et pour la grande partie par appels téléphoniques sur la ligne d’écoute anonyme. La première étape consiste à entrer des paramètres dits objectifs dans une base de donnée établie à cet effet. Ces paramètres sont l’âge, le sexe, le lieu d’appel etc. L’anonymat des appels étant garanti, il n’existe concrètement aucun moyen d’assurer la véracité des informations que les appelant-es donnent aux écoutant-es. Le caractère relativement flou des précisions récoltées, notamment géographiques, rend l’indexation, première étape de la fabrication des statistiques, relativement compliquée et imprécise.

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* «  Et les appels sont répartis géographiquement aussi… c’est à quelle échelle ? Commune, département ?

* Non, non… on a pas ce degré de précision. Parce que nous par exemple, les témoignages qu’on reçoit par courriels, ceux-là pour le coup c’est vraiment spontanément, donc quand les gens ne cochent pas (…) et ils le font ou ils le font pas, on a pas les moyens… alors qu’à l’écoute on peut être un peu plus à la recherche de ces informations, donc demander à la fin « mais vous appelez d’où ? »… Donc y en a qui nous disent vraiment je suis dans le… mais y en a qui veulent pas nous dire ! Ils ont peur… donc on a beau leur dire « mais on fait un usage anonymisé » (Entretien avec Paul)

Une première distinction existe entre le lieu réel d’appel, et le lieu d’appel déclaré. Cette précision ne figure pas dans les rapports de l’association ou dans les légendes de ses tableaux. Or, c’est précisément sur la récolte de ces données-là que sera ensuite calculée la proportion d’appels en provenance « de banlieue ». Pour ce faire, tous les appels déclarant être passés de la couronne parisienne seront pris en compte. Par ailleurs, lorsque SOS homophobie parle de « banlieue, ce n’est pas dans son acception géographique mais bien dans ce que le mot peut évoquer en terme de zone cumulant des difficultés sociales, économiques, et regroupant des personnes souffrant d’exclusion et de pauvreté » [1].

Or, les données chiffrées utilisées pour établir les statistiques de cette « banlieue sociale » sont les mêmes données venant des « banlieues géographiques », qu’elles soient défavorisées ou riches. Ainsi, la définition de ce que signifie réellement « banlieue » varie selon que l’on parle du chiffre statistique brut (calculé en fonction des appels en provenance des banlieues dans le sens géographique du terme) ou du chiffre politique, qui lui fera référence uniquement aux « banlieues défavorisées ».

Ces deux premiers glissements témoignent de la difficulté réelle de produire des chiffres qui tiennent, [2] sur la question de l’homophobie en banlieue. De plus, une fois les données d’un appel indexées se pose la question des « doublons ». Une personne peut par exemple appeler plusieurs fois et modifier quelques données pour ne pas être reconnue. Ses coordonnées entreront ainsi à plusieurs reprises dans la base de données et contribueront à renflouer les statistiques liées à son lieu supposé d’appel (s’il ne change pas), ou à une certaine spécificité de son histoire (problème familiaux, travail, etc). Un système de recoupement des données est censé neutraliser ce biais, mais la peur d’être identifié-e rend l’élimination des doublons relativement difficile.

Une fois l’année écoulée, les « co-référents » (les responsables) du rapport annuel impriment les fiches remplies et les distribuent par thèmes aux rédactrices/eurs. Chacun-e d’entre elles/eux a la charge d’effectuer ses propres statistiques. Elle/il dénombre ses fiches, compte le nombre de femmes, d’hommes, d’habitant-es de Paris, de province, etc… Ces calculs se font en autogestion, aucune formation statistique n’étant prévue par l’association :

« (…) et ça c’est le plus dur, hein, honnêtement… c’est pas l’analyse des fiches, ça c’est plaisant, mais là la partie statistique… c’est la partie la plus périlleuse ! Moi, normalement c’est des choses… pas de soucis ! 1 plus 1 grosso modo normalement ça fait 2 ! Et j’ai compté ! Et j’ai compté ! Et j’ai re re compté les fiches ! C’est un travail incroyable ! Je me disais mais c’est pas possible ! Il s’agit juste de faire un décompte, c’est mathématique, c’est pas possible… Franchement, je retombais jamais sur mes pieds (…) Y a pas plus objectif que ça quand même ! Alors je faisais mes petits tas. (…) fiche homme, fiche homme, fiche femme, hunhun 26, après, province, étranger, province, paris, étranger, ah tiens est-ce que c’est la même chose que celle-là ? Bon voilà ! Et tout ça c’était assez long, franchement, je n’en revenais pas qu’un travail à priori aussi mécanique puisse être aussi fastidieux et surtout aussi compliqué ! La partie statistique effectivement, c’est pire que tout ! Et quand on le fait, on voit aussi les limites de l’exercice… » (Entretien avec Paul, SOS Homophobie)

Le manque de sentiment de compétence de Paul est éclairant. En effet, l’incertitude liée au caractère anonyme des témoignages est bien renforcée par la pratique profane des statistiques. Le manque de formation aux outils statistiques associé aux difficultés techniques développées ci-dessus et au nombre relativement peu important d’appels reçus rend le processus de fabrication des statistiques sur « l’homophobie en banlieue » d’autant plus bancal.

*«  Et en Ile de France, les départements desquels les gens appellent le plus ? Y a une concentration dans certaines départements ou c’est…

* Nan… c’est difficile à dire ça… on rentre pas dans ces détails… Là, justement, on touche un peu aux limites de la chose… On a 1300 témoignages par année. C’est à la fois beaucoup et pas beaucoup… C’est peu, dans le sens où… est-ce que c’est significatif d’avoir reçu 30 appels de Paris, 15 appels de Ivry, 20 appels de Clichy, 18 appels de Seine St Denis… quand c’est ces proportions-là, ça va. Mais c’est pas ces proportions-là… globalement oui, par départements c’est dans ces eaux là, on peut se dire ouh, y a eu beaucoup d’appels des Bouches-du-Rhônes… mais est-ce que ça a du sens ? » (Entretien avec Paul, SOS homophobie)

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La collaboration entre Franck Chaumont et SOS Homophobie : échange de bons procédés et promotion mutuelle

SOS homophobie est citée lors d’une grande partie des interviews données par Franck Chaumont ou des sujets consacrés au livre. La plupart de ces références mobilisent un chiffre en particulier : 46%. Ce qui se réfère à ce chiffre, cependant, est tout à fait différent dans les analyses du rapport annuel de l’association et dans les articles et les émissions citant ce même rapport.

* Les Inrockuptibles, 29.09.2009, Hugo Lindenberg. « Pas de quartiers pour les homos. A deux pas des centres-villes, les jeunes gays et lesbiennes des cités vivent un enfer social. »

« (…) Réjouissons-nous alors que l’association SOS homophobie, qui relevait en 2005 que 46% des témoignages d’agressions physiques qu’elle recevait émanaient de banlieue, vienne d’être agréée par le ministère de l’Education nationale pour intervenir en milieu scolaire ».

* « C’est à vous », France 5, 29.09.09

Question spectatrice/eur : « Y-a-t-il plus d’homophobie dans les banlieues que dans les campagnes ? »
Franck Chaumont : Je sais pas s’il y en a plus. En tout cas ce que je sais, c’est qu’elle est beaucoup plus installée, comme si elle était institutionnalisée et qu’elle a un degré de violence supérieur. SOS homophobie a fait une enquête sur 4000 témoignages, 46% proviennent des cités et sur ces 46%, 50% proviennent de jeunes. »

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Informés par Franck Chaumont, la plupart des articles de presse laissent entendre que près de la moitié des témoignages relatant un cas d’agression physique ont lieu en « banlieue ». Si cette information ne fait qu’appuyer les propos qui composent le livre de ce premier, elle n’en est pas moins en inadéquation avec les chiffres publiés par SOS homophobie. Ainsi, ce ne sont pas seulement les biais restitués ci-dessus qui alimentent les représentations de la « banlieue homophobe », mais bel et bien une lecture infidèle des schémas et des analyses de l’association :

Graphique 1 : « Analyse » des témoignages déclarant venir des périphéries des grands centres urbains en France (essentiellement de Paris)

Les 46% cités apparaissent effectivement dans l’analyse consacrée aux « banlieues » de SOS homophobie. Cependant, l’analyse descriptive indique que ces 46% désignent la proportion des agressions physiques parmi toutes les formes d’agressions recensées « en banlieue » :

« Manifestations / profil des agresseurs : la majorité des appels cumulent insultes (78%), harcèlement (49%), menaces (43%) et agression physique (46%) du fait de jeunes agissant en bande (54%). Ici aussi, ces manifestations homophobes caractérisent la spécificité des agressions en banlieue et confirment les chiffres du rapport 2005.  » (Rapport annuel SOS homophobie 2006 p. 72)

Le glissement sémantique est le suivant. Les chiffres de SOS homophobie indiquent que parmi les témoignages émanant « de banlieue » (des riches comme des pauvres), 46 % d’entre eux faisaient mention d’une agression physique. La réception et le relais de l’information dans les médias indiquent que 46% des témoins évoquant des agressions physiques appelaient des banlieues. Or, le graphique 2 ci-dessous, en page 56 du même rapport annuel dont s’inspire Franck Chaumont (rapport annuel 2006) montre que 24% des appels témoignant d’agressions physiques émanent d’Ile-de-France.

Graphique 2 : « Analyse » des témoignages relatant des cas d’agression physique sur la totalité des appels reçus par SOS homophobie

Comme l’indique le sous-titre du graphique 1, le pourcentage de témoignages en provenance « des banlieues » se monte quant à lui à 3% (37 témoignages). Dès lors, il devient impossible que 46% des témoignages mentionnant une agression physique de l’ensemble des appels proviennent des 3% qui constituent la proportion des appels venant des périphéries des grands centres urbains. Les représentations de l’association sur les quartiers dits sensibles s’appuient sur une vision des statistiques basée sur l’idée d’exemplarité. Les 3% qui constituent les appels en provenance de « banlieue » sont tirées non seulement des statistiques, mais également des « analyses qualitatives » se basant sur les témoignages reçus. L’association est ainsi tributaire d’une vision selon laquelle « les quelques cas décrits (peu nombreux) [sont] supposés typiques. La société [est] pensée comme un tout, dans une perspective holiste : la connaissance d’un cas fournit celle du tout. L’exemple typique est supposé représentatif du tout si l’on a un contact personnel avec ce cas. » (Desrosières, 1989, 237).

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L’usage social des productions statistiques s’inscrit dans une histoire et un héritage long de ces instruments de mesure. Ces techniques évoluent et s’adaptent, mais sont intimement ancrées dans une certaine culture de la représentativité et de l’exemplarité. L’usage statistique des chiffres liés aux quartiers dits sensibles s’inscrit dans cette tendance. La preuve en réside dans le fait qu’il n’est jamais spécifié de quelle « cité » l’on parle, que ce soit dans les articles de presse, dans les rapports de SOS homophobie, ou dans les livres de Franck Chaumont. La question de l’anonymat et de la protection des sources n’entre pas seule en compte. Intervient également l’impression que les témoignages, tout comme leurs lieux de provenance, sont interchangeables et se valent à tous les points.

C’est grâce à une inversion plus ou moins subtile des termes composant une affirmation statistique que le 46% des appels de « banlieue » (3%) devient un 46% parmi tous les appels. Les productions de SOS homophobie ne sont pas fidèlement relayées par Franck Chaumont, ni par les journalistes qui l’interviewent. Cette information erronée ayant largement circulé par les réseaux télévisuels, radiophoniques, par la presse papier nationale comme régionale et enfin par Internet et les multiples blogs dont il regorge, la promotion du livre de Franck Chaumont a contribué à cristalliser et à quantifier la question de « l’homophobie en banlieue » en se basant sur des statistiques erronées. L’on connaît l’importance de « l’apparence de l’évidence et de la pleine vérité [ ] dans [la] sélection [des problèmes publics] ; ‘‘des faits froids et durs’’ et l’impression donnée d’une expertise technique sont de puissantes ressources pour construire des représentations dominantes » (Hilgartner et Bosk, 1988, 61).

Or, SOS homophobie ne semble pas s’offusquer de l’utilisation déviée de ses rapports annuels et de ses enquêtes. Aucun démenti ne sera publié à aucun endroit. Au contraire, la contribution de Franck Chaumont à la visibilité de l’association sera plusieurs fois saluée :

« Enfin notre association a été citée à deux reprises. Le 24 septembre90, Franck Chaumont était interrogé, lors de la sortie de son livre Homo-ghetto. Gays et lesbiennes dans les cités, sur la vie des homosexuel-le-s en banlieue. “ La communauté homosexuelle marche à deux vitesses, méfiance, insulte, violence, jusqu’aux passages à tabac et aux viols, les homosexuel-le-s vivent un véritable calvaire. ” Pour eux c’est la double peine car “ la communauté homosexuelle reproduit une discrimination à leur égard, ils sont fustigés dans leur cité et réduits à leur beuritude ou blackitude en centre-ville ” » (rapport annuel 2010, SOS homophobie, p. 110)

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Si l’association ne cite pas directement les passages faisant références à ses statistiques, elle ne les dément pas non plus. L’extrait choisi par SOS homophobie dans son rapport se poursuit quelques lignes plus bas :

* Le Nouvel Observateur, 24.09.2009, Propos recueillis par Marie Lemonnier, in « Homosexuels en banlieue. ‘‘C’est la double peine’’ ».

« (…) Les chiffres produits par SOS Homophobie en 2006 sont éloquents : il y a quatre fois plus d’agressions physiques homophobes en banlieue qu’ailleurs, 54% d’entre elles étant le fait de bandes de jeunes et 49% provenant de l’entourage immédiat. Comme le dit Majid, l’un de mes témoins, « c’est du trash, la vie des pédés dans les cités »

Ainsi, SOS homophobie participe à la construction de l’homophobie comme problème « des banlieues », d’une part par son silence concernant l’usage qui est fait de ses statistiques. D’autre part, elle participe à une logique d’homogénéisation de la catégorie « en produisant des chiffres sur l’ensemble des quartiers [qui] ont pour effet d’unifier, sous une seule bannière, une réalité hétérogène » (Tissot 2004, 57).

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En échange de la visibilité offerte par la promotion du livre, SOS homophobie rédige un communiqué de presse saluant sa publication et se positionnant dans la même ligne politique que lui [3], à travers l’emprunt des mêmes formules lexicales se trouvant dans le livre de Franck Chaumont, et l’utilisation des mêmes catégories telles que celles de « l’Etat républicain ». Comme Franck Chaumont, le communiqué désigne comme source d’homophobie des « traditions et […] interprétations religieuses archaïques ». Concernant la question des statistiques, leur énoncé, « ainsi le pourcentage d’agressions physiques émanant des banlieues s’élevait à 46 % des témoignages contre 12 % pour le reste du territoire », indique effectivement que l’information qui a circulé par la suite dans les médias n’était pas correcte. Si avant la parution d’Homo-ghetto, SOS homophobie avait déjà été sollicitée sur « l’homophobie en banlieue » par les journalistes, le « partenariat » entre les deux parties a permis une ouverture médiatique sans précédent à l’association. Il s’agit d’une collaboration négociée lors de deux rencontres plutôt informelles. Pour Franck Chaumont, il s’agissait d’une part de trouver un soutien institutionnellement légitime à ses propos :

« Aussi je citais beaucoup SOS Homophobie parce que c’est la seule association qui à un moment donné avait mené un travail sur les banlieues. Aucune association LGBT ne va dans les quartiers. C’est pas spécialement voulu, c’est le résultat de cette société à deux vitesses. Mais SOS homophobie est la seule association à travailler dans les quartiers donc je parlais beaucoup d’eux » [4] (Entretien avec Franck Chaumont)

D’autre part, cette rencontre lui permet de diffuser un appel à témoin sur le site de l’association. Franck Chaumont peut dès lors puiser au sein des rapports de SOS homophobie, association reconnue [5] par les institutions publiques et par les médias, une véritable rhétorique des statistiques, et une ligne dénonciatrice qu’il empruntera pour son propre livre. Du côté de SOS homophobie, cette collaboration est une réelle fenêtre d’opportunité. Si l’association occupe la place de référente principale pour les questions liées à l’homophobie, elle reste cependant à la recherche d’opportunités pour améliorer sa visibilité au sein de l’espace public. Ce partenariat avec Franck Chaumont était de ce point de vue très intéressant, puisqu’il impliquait que l’auteur cite les chiffres de SOS homophobie le plus souvent possible lors de ses apparitions médiatiques. De fait, la couverture médiatique dont a bénéficié l’association a été relativement étendue. L’attachée de presse en charge de la promotion du livre de Franck Chaumont, avait effectivement intégré la référence à SOS homophobie comme un argument de promotion du livre. Ainsi, l’association a pu largement bénéficier des stratégies de promotion du livre mises en place, notamment lors du début du lancement de la promotion.

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Notes de la partie 2

[1] SOS homophobie (2006), Chapitre « Banlieues », in Rapport Annuel, p. 73

[2] Au sens de DESROSIERES (1989), op. cit

[3] Communiqué de presse de SOS homophobie à la sortie du livre, in SOS homophobie (2006), p. 167.

[4] En réalité, SOS homophobie ne va pas dans « les quartiers ». Une enquête quantitative été lancée en 2004 par le « Groupe Banlieue » sous la forme d’un questionnaire sur Internet. Cette initiative a été relayée dans les médias.

[5] L’association entretien des liens entre autre avec le Ministère de l’Education Nationale pour l’agrément national lui permettant d’intervenir en milieu scolaire. Le Ministère de la Jeunesse et des Sports finance par ailleurs ces interventions dans une certaine mesure. Un véritable travail sociologique reste cependant à faire sur l’association et sur ses liens avec les institutions de l’Etat.

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Partie 3

Le déni de la stigmatisation

SOS homophobie est une association qui entretient des liens spécifiques avec les autorités publiques, les administrations et les médias. Si elle se tient à la disposition de personnes en difficultés à travers la ligne d’écoute anonyme, c’est également à ces structures-là que sont destinées ses productions. Le fonctionnement de ces dernières aura donc toutes les chances de peser sur le registre de discours de l’association.

L’apparition du « Groupe Banlieue » ne peut ainsi pas être appréhendée en dehors du contexte socio-politique qui plaçait les banlieues françaises sur le devant de la scène politique et médiatique en 2004 et 2005 [2]. Elle est tributaire d’un certain « cadrage » (Benfort et Hunt, 2001, 163-194) des questions liées aux banlieues qui se met en place dans ce contexte précis. SOS homophobie est une association dont l’un des buts est de faire reconnaître l’homophobie comme un problème public légitime et existant. Il est important pour elle de maintenir une certaine visibilité dans l’agenda politique dominant. SOS homophobie étant une structure relativement importante dans le champ associatif LGBT, il s’agit pour elle d’être considérée comme une interlocutrice crédible auprès de certaines institutions. A cette fin, il est nécessaire de s’adapter aux registres discursifs, aux grilles de lectures, aux inquiétudes légitimes qui circulent au sein des sphères influentes et dominantes. Il s’agit dès lors de s’interroger pour comprendre ce processus de cadrage :

« De quoi parlent les interlocuteurs et de quoi ne parlent-ils pas ? (…) Comment font-ils apparaître des sujets et des objets, des actions et des événements, des faits et des représentations et quel lien se met en place entre ce qui se donne à voir et à entendre dans la conversation et la situation des locuteurs ?  » (Cefaï, 2007, 558).

Car « certaines versions de la ‘‘réalité’’ ont un plus grand pouvoir que d’autres de définir et de décrire cette ‘‘réalité’’. (…) Ces traits de la structure contribuent à ‘‘ce que tout le monde sait’’, le caractère du ‘‘sens commun’’ ou du ‘‘tenu pour allant de soi’’ qui indexe la production du monde objectif dans l’expérience vécue  » (Gusfield, 2006, 21).

En d’autres termes, il est impératif de coller aux « sujets prioritairement discutés dans l’espace public (…) ou, plus précisément, [à] la hiérarchie des sujets les plus côtés dans chacune des arènes qui déterminent le cours de l’action publique  » (Blanchard, 2009, 24).

Cette stratégie permet de multiplier les apparitions dans les médias en s’adaptant aux rhétoriques les plus légitimes, et de faciliter en même temps l’accès de l’association aux administrations publiques, sources de financement et de stabilité institutionnelle. « Les banlieues », à ce moment-là, sont au cœur des sujets journalistiques, des reportages (Sedel, 2009), mais également des discours sécuritaires des forces de police ou des autorités publiques. Elles font l’objet de mise en place de réformes administratives. Par dessus tout, les questions « du sexisme » et de la « délinquance en banlieue » sont déjà des enjeux présents dans les débats publics (Sedel, 2009 ; Tissot 2007 ; Guénif-Souilamas 2004). Les enquêtes lancées, les thèmes abordés sont également subordonnés à l’agenda politique du moment. Ce dernier, définissant les objets prioritaires à traiter, définit également les projets qui seront les plus à mêmes à obtenir des financements et des aides.

C’est donc précisément à cette époque (en 2005), qu’est lancé un questionnaire informatique sur la question spécifique de « l’homophobie en banlieue ». Si le « Groupe Banlieue » n’a a priori pas obtenu de financement particulier pour cette enquête, cette dernière a été relayée à plusieurs reprises dans les médias. L’association contribue ainsi à élargir le répertoire discursif concernant « les banlieues » qui circule au sein des sphères médiatiques et politiques en y ajoutant la question de l’homophobie.

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L’enquête statistique constitue un langage à travers lesquels des informations circulent entre champs sans pour autant subir en apparence une modification trop importante. Très fortement liée à l’Etat dans son histoire (Desrosières 2000, 121-137), la discipline statistique constitue (avec par exemple le vocabulaire judiciaire) un langage couramment employé afin de décrire certains aspects des sociétés humaines. Sous leur forme la plus simplifiée, graphique, les chiffres statistiques sont rendus lisibles par des procédés d’homogénéisation et par certains choix techniques (comme celui de mettre en avant certaines variables et pas d’autres). Le langage statistique vulgarisé se plie volontiers à une lecture rapide et simple.

Le « Groupe Banlieue », les chapitres liés « aux banlieues » ainsi que les enquêtes à ce sujet ont disparu en 2008. Interrogé à ce sujet, un responsable actuel de SOS homophobie prend grand soin de se distancer.

* « Alors justement, j’ai vu que vous aviez un groupe banlieue…

* Nan. On a plus. C’était y a très longtemps.

* C’était y a très longtemps, c’était y a combien de temps ?

*C’était y a au moins quatre ans.

*Et vous savez pourquoi il a disparu ?

* Pas du tout. Je suis arrivé dans l’association après. Et j’ai vu effectivement dans les archives un jour un groupe banlieue qu’on avait eu à un moment donné, je ne sais pas ce qu’il est devenu, je ne sais pas pourquoi il s’est arrêté. Non, je peux pas vous dire.

* Ok. Vous savez pas les gens qui étaient dedans par exemple ?

* Pas du tout.

* Donc vous savez pas du tout l’histoire de ce groupe alors ?

* Non.

* OK. » (Entretien avec Noé, SOS homophobie)

A première vue, l’association semble avoir subi un certain glissement de position depuis le dernier chapitre du « Groupe Banlieue ». La suppression du groupe banlieue depuis « très longtemps » ainsi que celle du chapitre qui y était lié au sein du rapport annuel de l’association en serait la preuve. Les membres active/fs interrogé-es, à l’image de Noé, sont conscient-es du fait que la banlieue engage un certain enjeu et qu’il est nécessaire d’être prudent-es sur le sujet.

* Et j’ai vu que y avait une enquête de SOS en 2005 ou 2006, il y avait un groupe banlieue, c’est ça ?

* « Oui. Il y avait un groupe banlieue, mais il a pas duré (…) les gens qui s’occupaient de ça, c’était un noyau de 4, 5 personnes qui ne sont plus dans l’association… donc c’est tombé… les questions de banlieue… y a eu des réflexions, des comptes-rendus, mais pas plus que ça… ça aurait mérité, ça mériterait effectivement un sujet en soi, mais là on est pris un peu dans une… là, avant de s’attaquer à ça… y a une réflexion à mener. C’est-à-dire que on ne peut pas se jeter à corps perdu dans l’analyse des questions de banlieue dès lors qu’on isole… de mon point de vue hein, dès lors que l’on isole un terrain de recherche, en quelque sorte, on l’isole c’est-à-dire qu’on éteint la lumière tout autour et on ne met que ça en lumière. Et ne mettre que ça en lumière, pour nous qui sommes très sensibles à ces sujets-là, on risquerait de stigmatiser tel ou tel contexte, tel ou tel lieu. » (Entretien avec Paul, SOS homophobie)

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A l’instar de Noé, Paul semble conscient des limites de l’exercice. Il est délicat d’« isoler » la question de l’homophobie « en banlieue », car il existe des risques de stigmatisation. Se dire conscient-es de ses limites semble fonctionner au sein de SOS homophobie comme une façon de légitimer les actions entreprises par l’association. Au niveau statistique par exemple, reconnaître que les chiffres produits par l’association comportent certaines faiblesses et expliquer qu’il ne s’agit pas de pratiques professionnelles permet de se décharger en partie d’une certaine responsabilité liée aux effets potentiels de ces chiffres.

«  On a une statistique au niveau global, on a un paysage, un paysage en aquarelle, on a pas la précision d’une photographie. Et plus on rentre finement dans les détails, dans les calculs, moins la portée statistique des données est pertinente, on le sait. On sait les limites de tout ça… mais encore une fois, y a rien de mieux… moi j’ai fait de la science économique donc je sais comment les statistiques… ça m’amuse toujours ça parce que… ça n’est pas les statistiques qui sont dangereuses, c’est l’usage qu’on fait des statistiques, ce qu’on veut faire dire aux statistiques, et c’est là où ça peut devenir n’importe quoi… et nous on le sait. C’est-à-dire qu’on ne prétend pas faire dire à nos statistiques ce qu’elles ne disent pas. Mais on prétend quand même leur faire dire ce qu’elles disent. » (Entretien avec Paul, SOS homophobie)

Parallèlement à cet aveu de faiblesse, l’association signe un accord de collaboration avec Franck Chaumont, et ne dément pas les références erronées à des chiffres eux-mêmes déjà délicats de par leur processus de production. De même, la dissolution du « Groupe Banlieue » et du chapitre « Banlieues » du rapport annuel ainsi que la contribution d’Eric Fassin (2010) dans le rapport de 2010 [3] semblent fonctionner comme la caution d’une posture non stigmatisante envers les habitant-es de la périphérie parisienne. Pourtant, et si à partir de 2007, une partie du rapport n’est plus accordée aux « banlieues », le champ lexical utilisé pour désigner des agresseurs supposés « de banlieue » reste le même jusqu’à aujourd’hui : on parle encore et toujours de « jeunes » qu’ils soient « de banlieue », « de cité », ou « en bande ». Ainsi, s’il a subi quelques évolutions, le discours de SOS homophobie reste cependant le même qu’en 2005 et 2006 sur le fond.

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« Etre gay ou lesbienne en banlieue, est-ce plus difficile qu’ailleurs ? Ce n’est pas pour stigmatiser la banlieue que nous nous posons cette question mais bien parce que nous avons remarqué que l’homophobie dans les banlieues avait des caractéristiques propres. (…) Les données analysées dans ce chapitre ne représentent que 3% des témoignages reçus par SOS homophobie en 2005, mais leur teneur justifie que nous consacrions un chapitre de ce rapport annuel à ce sujet  » (Introduction du chapitre « Banlieue » du rapport annuel 2006 de SOS homophobie)

Alors qu’elle verbalise et met en avant la volonté de « ne pas stigmatiser », l’association mobilise un certain registre lexical qui fonctionne en terme d’âge, de religion ou de race. A travers ses rapports et ses communiqués de presse, elle contribue à reproduire les représentations circulant sur les « habitant-es des banlieues ». Ce registre lexical s’illustre par exemple par le communiqué de presse commentant l’agression de deux lesbiennes à Epinay-sous-Sénart dans la cité des Gerbaux dans l’Essonne, le jeudi 2 juillet :

« Nicolas Sarkozy avait pourtant, parmi ses nombreuses promesses, affirmé qu’il remettrait les valeurs de la République au sein des cités. Pourtant, force est de constater une fois encore que ce sont des jeunes, imbibés de discours religieux sexistes, machistes et homophobes, qui font la loi dans certains quartiers. Où sont les valeurs laïques de la République ? Les discours et les pratiques religieuses intolérantes se développent à une vitesse inquiétante dans certaines banlieues. De multiples lieux de cultes divers et variés se développent dans l’indifférence des autorités, épandant un terreau d’intolérance et de haine notamment vis à vis des femmes et des homosexuel-le-s. »

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Afin de réussir à faire tenir harmonieusement des positions qui semblent pour le moins opposées, une des stratégies mises en avant dans les rapports de 2005 et 2006 (dont le président actuel cherche à se distancer), est d’expliquer que si l’homophobie n’est peut-être pas plus grande « en banlieue » qu’ailleurs, elle se manifeste néanmoins avec plus de violence.

« Il n’y a peut- être pas plus d’homophobie en banlieue qu’ailleurs, mais en tout cas elle s’y exprime avec plus de force et de virulence » (rapport annuel SOS homophobie 2006, p. 74)

* Le fait que vous interveniez dans des milieux plutôt défavorisés vous pensez que c’est dû à quoi ?

* « D’une part, peut-être que les manifestations d’homophobie sont plus éclatantes et que donc de la part de l’équipe pédagogique il y a une conscience plus grande de la nécessité d’intervenir. Ca veut pas dire que y a plus besoin dans ces établissements-là que dans certains établissements parisiens où l’homophobie peut être beaucoup plus larvée, beaucoup moins visible et éclatante et spectaculaire d’une part. (…) Je pense vraiment que c’est parce que les manifestations de l’homophobie ne sont pas les mêmes. Mais comme on a très souvent cette image qui est assez fausse qu’il y a plus d’homophobie en banlieue que dans les villes… c’est faux. Les témoignages le prouvent et ça rejoint d’ailleurs les propos d’Eric Fassin, c’est parce que l’homophobie dans les cités est beaucoup plus éclatante, beaucoup plus marquée de façon visible qu’elle est considérée comme plus présente, alors qu’en réalité on a dans nos témoignages à nous à SOS homophobie autant de témoignages quand ça concerne Versailles ou St Denis, le centre de Paris ou le 20e arrondissement, enfin je veux dire… » (Entretien avec un responsable de SOS homophobie)

Ce mécanisme est particulièrement éclairant lorsqu’il s’agit des interventions en milieu scolaire (IMS). Une des stratégies de distanciation par rapport à la « stigmatisation » se situe ainsi dans le fait de parler de la forme de l’homophobie. Tout en ne posant pas explicitement une hiérarchie entre les typologies d’homophobie décrites, ce qui reviendrait à « stigmatiser », l’association les différentie par leur caractère plus ou moins « flagrant », « éclatant », ou « violent et virulent ». Le nombre d’interventions en milieu scolaire, plus élevé dans des milieux plus défavorisés est ainsi souvent repris comme symptôme d’une forme d’homophobie plus flagrante pour ne pas dire plus grande.

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«  Alors en fait on a eu de la chance, on a jamais eu à démarcher. Pour l’instant. Y a eu suffisamment de bouche à oreille et on a été suffisamment visibles pour que ça soit systématiquement les établissements [scolaires] qui nous contactent de leur propre chef. Ca peut être des profs, des documentalistes, des infirmiers, des infirmières, des CPE, des proviseurs, » (Entretien avec Noé, SOS homophobie)

Pour Noé, les demandes plus nombreuses en provenance de lycées et de collègues situés dans des quartiers moins favorisés seraient le signe d’une homophobie plus flagrante. Le recours aux interventions de SOS homophobie est ainsi considéré comme un marqueur du degré d’homophobie présent, ou du moins du type d’homophobie. Dans cette optique, plus certaines catégories d’établissements font recours à l’association, plus leurs élèves seraient sujet-tes à des formes d’homophobie « virulentes ». Les établissements les plus demandeurs étant également les plus populaires, il en résulte selon cette logique que les formes d’homophobie virulentes interviennent dans les milieux les plus populaires.

Or on sait que les profils sociologiques des enseignant-es ainsi que du personnel pédagogique des établissements scolaire est directement déterminé par le type d’établissement par lequel elles/illes sont employé-es. Plus les écoles sont situées dans des zones socialement défavorisées, plus les enseignant-es qui y travaillent sont jeunes et précaires. « Par rapport aux lycées très ‘‘bourgeois’’, les établissements très populaires recrutent donc chaque année deux fois plus d’enseignants et, parmi ceux-ci, deux fois plus de très jeunes professeurs. La rotation du personnel s’accélère, par conséquent, régulièrement lorsque l’on descend la hiérarchie sociale des établissements, en même temps que s’accroît de façon considérable la part prise par les plus jeunes enseignants dans les arrivées » (Léger, 1981, 558). Si plus jeune et plus précaire ne signifie pas automatiquement plus sensibilisé-es aux questions liées à l’homophobie, l’âge, l’orientation politique des enseignant-es, leur profil sociologique, en somme, ou leurs représentations concernant « l’homophobie en banlieue » influe directement sur l’intérêt pouvant être porté aux interventions en milieu scolaire. Il devient dès lors incontournable de prendre en considération le profil sociologique du personnel pédagogique afin de comprendre la distribution dans l’espace urbain des interventions en milieu scolaire de l’association. Une telle démarche permet de rompre avec l’idée de sens commun selon laquelle l’association intervient aux endroits où l’homophobie serait effectivement un problème plus important qu’ailleurs.

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Conclusion : une crédibilité institutionnelle et ses effets

Les membres de SOS homophobie sont dans une certaine mesure conscient-es des limites des statistiques produites par leur association. Dans certains cas, comme chez Paul, cet aveu de faiblesse est associé à une certaine réflexivité quant à la composition sociologique des membres de l’association et des risques d’ethnocentrisme dans la volonté d’étudier « l’homophobie en banlieue ». Ces doutes s’arrêtent cependant à la table d’entretien, et ne transparaîtront jamais dans l’utilisation médiatique et politique des chiffres et des rapports annuels de l’association. Ces remises en question contrastent sensiblement avec la manière dont SOS homophobie est mobilisée dans les médias.

Si le chiffre statistique est bricolé et branlant, sa quantification, son indexation, sa mise en page puis sa diffusion le dotent d’un vernis de scientificité, de sérieux, et contribuent à renforcer la crédibilité de l’association auprès des interlocutrices/eurs légitimes qui peuvent à leur tour contribuer à sa stabilité, voir à son agrandissement. Par l’intermédiaire d’un acteur dont la promotion du livre dépend en partie de l’existence des statistiques, les glissements heuristiques qui accompagnent la vie du chiffre politique contribuent à renforcer l’existence de la question de « l’homophobie en banlieue » comme pertinente, actuelle et urgente.

* « Est-ce que vous avez des sollicitations de la part de médias ?

* Oui. Parce que c’est le seul document qui existe aujourd’hui en France qui produit des statistiques sur les formes d’homophobie en France, et du coup c’est le seul document sur lequel tout le monde s’appuie pour les chiffres. Et on est la référence, et c’est triste à dire d’ailleurs, parce qu’on est pas une référence institutionnelle du tout. Enfin, c’est tant mieux pour nous, je veux dire, mais on aimerait que les pouvoirs publics ou la police, ou j’en sais rien, les personnes qui sont dans les institutions administratives puissent produire des chiffres réels, parce que nous on se base sur les témoignages qu’on a, mais toutes les victimes ne témoignent pas, donc c’est la face émergée de l’iceberg, et… voilà. Mais c’est le seul document qui existe du coup c’est la base… c’est celui qui est utilisé pour… je sais pas, là y a M. O qui vient de nous demander d’utiliser nos chiffres pour les mettre, les ministères utilisent nos chiffres, les autres associations se basent sur nos chiffres, et les médias se basent sur nos chiffres. Donc on publie le 17 mai, journée mondiale de lutte contre l’homophobie, et en général on le publie une ou deux semaines avant pour la presse, le temps de potasser un peu. » (Entretien avec Noé)

La torsion du chiffre est rendue d’autant plus aisée qu’elle n’émane pas directement des responsables ou des membres de l’association, mais d’un tiers (l’auteur) qui s’en fait le relais. La crédibilité institutionnelle et publique de l’association laisse ensuite la place à celle des journaux (ou des médias en général) qui relaient l’information. A partir de ce moment, le chiffre n’est plus lu dans le rapport annuel de l’association, mais entre les pages d’un journal connu et reconnu (tels que Le Nouvel Observateur, Marianne, etc…). Désormais, ce n’est plus tant SOS homophobie qui déclare que « 46% des agressions physiques homophobes proviennent de banlieue », mais le média qui relaie cette information. Ainsi, SOS homophobie, profitant de cette aubaine publicitaire, ne relève pas le glissement sémantique du sens de ses chiffres qu’elle contribue par son silence à rendre « vrais » et à cristalliser.

La naissance des statistiques comme méthode d’observation et de mesure des populations est intimement liée à l’histoire des Etats. Desrosières distingue dans la construction sociale des statistiques, les étapes de la qualification et de la quantification. « Pour compter ou mesurer des objets, il faut les identifier et les qualifier au préalable, ou définir des étalons de mesure à partir de propriétés qualitatives  » (Desrosières, 1995, 14). Cette première étape, «  issue plutôt du droit, de la vie administrative, de la médecine, construit des classes d’équivalence, des catégories, et affecte des cas singuliers à celles-ci à travers des jugements, des décisions, des diagnostics ou des procédures de ‘‘codage social’’ (Thévenot 1983) ».

Une fois le contour de ces éléments dessinés, l’on peut dès lors leur associer des chiffres. Ceci illustre relativement bien le phénomène de qualification puis de quantification qui a donné sens aux notions de ‘‘banlieues’’ ou de ‘‘quartiers sensibles’’. Sylvie Tissot (2004 ; 2007) a montré comment les pratiques de certains statisticiens travaillant en collaboration avec les autorités publiques ont contribué à l’apparition de la catégorie des quartiers dits sensibles. Cette opération a ainsi ouvert la voie à la production, sur la même catégorie, de toutes sortes de statistiques, qu’elles soient menées par des institutions liées à l’Etat ou par des associations qui en sont plus éloignées mais qui restent tributaires des pouvoirs publics, telles que SOS homophobie.

Pour comprendre comment s’installent certaines représentations de la sexualité, il s’agissait ici d’étudier le processus par lequel une grille de lecture particulière de l’homophobie désignant les quartiers dits sensibles et leurs habitant-es comme étant plus homophobes que celles et ceux des centres villes français, en vient à s’installer au sein des discours médiatiques et politiques. Pour cela, cet article s’intéresse à la production de chiffres statistiques largement relayés dans le champs médiatique qui participent à la construction de cette grille de lecture de l’homophobie. J’ai montré qu’au-delà des modes de production des statistiques (qui peuvent être délicats), c’est avant tout l’usage politique qui en est fait qui est primordial dans la construction de certaines questions en véritables enjeux publics. Dans ce cas, l’importante « erreur » de lecture de Franck Chaumont, le manque total de réaction de la part de SOS homophobie, le relais massif de ces informations erronées par les médias et finalement le fait que leur véracité et leur pertinence ne soit à aucun moment interrogée, montrent à quel point cette grille de lecture de l’homophobie en termes culturalistes et racisés façonne d’ores et déjà les visions dominantes et légitimes des rapports à la sexualité en France.

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BIBLIOGRAPHIE

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* DESROSIERES Alain, « Classer et mesurer : les deux faces de l’argument statistique », in Réseaux 13 (71), 1995, pp. 11-29.

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* GUENIF-SOUILAMAS Nacira, MACE Eric, Les féministes et le garçon arabe, Paris, Editions de l’aube, 2004.

* GUSFIELD Joseph, La culture des problèmes publics. L’alcool au volant : la production d’un ordre symbolique, Editions Economica, 2006.

* KOSOFSKY-SEDGWICK Eve, L’épistémologie du Placard, Paris, Editions Amsterdam, 2008 (1990).

* LEGER Alain, « Les déterminants sociaux des carrières enseignantes », in Revue française de sociologie, 22 (4), 1981, pp. 549-574.

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* PROUST Marcel (1921) cité par ERIBON Didier, Réflexions sur la questions gay, Paris, Fayard, 1999, p. 13.
* RIVERA Annamaria, « Culture » in Galissot R., Kilani M., Rivera A., L’imbroglio ethnique, Lausanne, Editions Payot, 2000, pp. 63-82.

* SEDEL Julie, Les médias et la banlieue, Paris, Editions Le Bord de l’eau. SOS homophobie (2006), Chapitre « Banlieues », in Rapport Annuel, 2009, pp. 73-80

* TISSOT Sylvie, « Identifier ou décrire les ‘‘quartiers sensibles’’ ? Le recours aux indicateurs statistiques dans la politique de la ville » in Genèses 54, 2004, pp. 90-111.

* TISSOT Sylvie, L’Etat et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique, Paris, Seuil, 2007.

* VOLPP Leti, « Quand on rend la culture responsable de la mauvaise conduite », in Nouvelles Questions Féministes, 25 (3), 2006, pp. 14-31.

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Notes

[1] Voir les rapports 2005 et 2006 de SOS homophobie. Les rapports sont disponibles sur le site Internet de l’association.

[2] Il faudrait faire tout une enquête sociologique sur le « Groupe Banlieue » de SOS homophobie pour
mieux comprendre le rapport de l’association aux « banlieues ». Travail que je n’ai pas pu effectuer ici, faute de temps et d’espace.

[3] Eric Fassin intervient dans le rapport 2010 de SOS homophobie sous la forme d’une page d’opinion placée au début du rapport : « Le point de vue d’Eric Fassin ». La fin de son intervention met le doigt sur certains mécanismes de stigmatisation de classe. Cette intervention, hautement légitime pour les dirigeant-es de l’association, contribue à leur donner le sentiment d’aller à l’encontre de cette stigmatisation que dénonce l’intellectuel dans sa contribution : « (…) Mais il faut mettre en garde contre les effets pervers de cette norme nouvelle : l’homophobie n’est-elle pas surtout illégitime dans des groupes sociaux illégitimes ? C’est un peu comme le racisme : l’homophobie, c’est les autres ! La lutte contre l’homophobie apparaîtrait alors comme l’instrument d’une stigmatisation des classes populaires et des jeunes des banlieues. Le risque, c’est qu’en retour l’homophobie soit brandie comme une arme de résistance au racisme (de classe). Oublier l’homophobie “distinguée” pour ne dénoncer que l’homophobie “ vulgaire ”, c’est donc entrer dans un cercle vicieux, qui alimente l’homophobie au moment de la combattre »

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« Manoeuvre pour dédouaner la France blanche de son homophobie » » https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/24/manoeuvre-pour-dedouaner-la-france-blanche-de-son-homophobie/ Sat, 24 Jan 2015 21:09:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=925 Continuer la lecture →]]> 10509596_10152389207358068_2282084175413886830_nJe vous invite à lire le post du blog « ça fait genre » « Anti-homophobie et anti-racisme : la question de l’intersectionnalité » et aussi, ici même, un extrait du livre «Les féministes blanches et l’empire», de Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem.

Chapitre 5 – Solidarité internationale et hégémonie occidentale (début)

« Jusqu’ici, nous avons voulu souligner ce que le mouvement féministe avait négligé, dans ses analyses et ses choix stratégiques, et qui a donné lieu à une collusion d’intérêts avec un pouvoir raciste. Il est selon nous impossible de mener à son terme cette démarche sans prendre en compte les enjeux propres à la lutte contre les oppressions sexuelles – contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie. Ces luttes sont distinctes du combat féministe dans son ensemble et elles ont suivi une trajectoire, des scissions et des modalités d’organisation propres.

Mais nous sommes convaincu•e•s que l’oppression sexuelle s’inscrit pleinement dans le système qui produit les genres et les hiérarchise. Il existe des similitudes claires entre la dynamique des mouvements féministes de la seconde vague et les mouvements révolutionnaires homosexuels de la même époque, tout comme il existe des points communs dans la manière dont les forces réactionnaires réinvestissent des idées formulées par ces deux mouvements.

Comme dans le cas du féminisme, la réaction contemporaine n’a eu de cesse ces dernières années de faire des non-Blancs la première menace contre les homosexuels.

Du “ jeune de banlieue ” viriliste et macho jusqu’aux musulmans “ intégristes ”, les hommes noirs et arabes, mais aussi les cultures non occidentales – en particulier islamique – sont représentés comme une force majeure de la domination hétérosexiste contemporaine.

Comme on l’a souvent rappelé, cette manœuvre n’est là que pour dédouaner la France blanche de son homophobie, de sa lesbophobie et de sa transphobie structurelles, inscrites dans la législation, les dispositifs scolaires et médicaux ou encore les politiques d’accès aux soins. »

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[actu] Du rainbow bleu-blanc-rouge au Bleu Marine de Le Pen https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/17/actu-fn/ Wed, 17 Dec 2014 02:38:32 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=785 Continuer la lecture →]]> arton587-47a99Alors que le coming-out prétendument non souhaité du cadre Front National Florian Philippot fait blablater tous les médias, Sébastien Chenu, ancien secrétaire national de l’UMP en charge de la culture, et cofondateur du mouvement LGBT GayLib a rallié le mouvement de Marine Le Pen. Un autre transfuge de la droite qui rejoint l’extrême-droite, Julien Odoul, a lui posé pour le magazine gay Tétu. Les fausses polémiques continuent au FN dont l’électorat s’accroît aussi chez les lgteubés…

 

« L’homonationalisme est une forme de nationalisme qui prend appui sur l’accès des homosexuels à quelques droits et à une plus grande visibilité dans les pays du Nord, pour prouver une supériorité civilisationnelle de ces pays. L’homonationalisme est un phénomène aux facettes multiples, et c’est un des exemples de la domination blanche occidentale sur le reste du monde. » [Chronik de nègres invertis]

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Le cofondateur de GayLib Sébastien Chenu rejoint Marine Le Pen

Source média mainstream Les Inrockuptibles 11/12/2014

C’est une nouvelle qui a surpris pas mal de monde, y compris au sein du Front National, parti rattaché au Rassemblement Bleu Marine. L’adhésion au RBM de Sébastien Chenu, fervent défenseur de la cause gay, et ancien cadre de l’UMP en fait même railler certains. D’autant plus que ce jeune consultant en communication est pressenti pour diriger le Collectif culture que veut lancer Marine Le Pen en décembre.

Favorable au mariage pour tous

Le journal d’extrême droite Minute, qui a révélé l’information mercredi soir, ne semble pas ravi de ce nouveau venu sur les rangs du RBM. L’hebdomadaire d’extrême-droite note l’implication de Sébastien Chenu dans le mouvement GayLib, aujourd’hui associé à l’UDI. “Un ‘lobby homosexualiste’ et communautariste”, l’aurait-on qualifié auprès des membres du FN, rapporte Minute. Mais si Sébastien Chenu ne fait aujourd’hui plus partie ni du bureau, ni du conseil d’administration de GayLib, il reste favorable au mariage pour tous, que Marine Le Pen, elle, souhaite abroger. En pleine campagne présidentielle pour 2012, ce conseiller national de l’UMP cosignait avec cinq autres membres du parti une tribune appelant Nicolas Sarkozy à se prononcer pour le mariage des homosexuels. De quoi déranger, déjà à l’UMP. Alors qu’en sera-t-il au Front National ?

Cette annonce provoque déjà de “vives oppositions” au sein-même du parti d’extrême-droite, assure Minute, qui dénonçait il y a peu, rappelle-t-il, “le lobby gay au Front National”. 

“De plus en plus d’anciens UMP nous rejoignent”

Cette nomination en ravit néanmoins certains. Pour Gilbert Collard, député du Rassemblement bleu Marine interrogé par Le Point, la venue de cet ancien de l’UMP est la “preuve de l’ouverture du RBM” :

“De plus en plus d’adhérents UMP nous rejoignent.”

En effet, lors des dernières élections municipales notamment, de nombreux élus du parti présidé aujourd’hui par Nicolas Sarkozy choisissaient de rejoindre les listes FN ou RBM, révélait alors Le Point. Quelques mois plus tard, Marine Le Pen choisissait l’ancien responsable du RPR Philippe Martel pour présider son cabinet. Et c’est sans compter les sympathisants de l’UMP qui se montrent favorables à des alliances entre les deux partis.

Président du Collectif culture

L’arrivée de Sébastien Chenu aurait un but bien précis : diriger le Collectif culture qui devrait être lancé ce mois-ci. Après Audace (pour les jeunes actifs), le Collectif Nouvelle Ecologie et Racine (pour les lycéens et enseignants), le Rassemblement Bleu Marine veut multiplier les collectifs thématiques. Des sortes de “laboratoires d’idées”, décrivent leurs membres, qui se réunissent pour travailler à l’élaboration du programme de Marine Le Pen de 2017. “Dans les faits, ce sont des coquilles vides qui ne répondent qu’à un impératif d’affichage”, persifle un cadre frontiste.

Dans les années 90, le parti frontiste avait déjà tenté de séduire un nouveau électorat en créant des “syndicats FN”. Un “FN -Police”, un “FN -RATP” ou encore un “FN -Poste” verront ainsi le jour, mais seront rapidement interdits par la justice en raison de leur nature politique. En 1989, un “Conseil scientifique” sera même créé par Jean-Yves Le Gallou pour séduire les milieux universitaires.

On ne connaît pas encore les objectifs précis de ce nouveau Collectif culture mais il se basera certainement, comme les autres, sur la préférence nationale et le patriotisme dans le domaine culturel. Un thème en parfaite adéquation semble-t-il avec les compétences de Sébastien Chenu, qui à l’UMP, s’occupait du bureau de l’“exception culturelle”.

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Du magazine gay Têtu au Front national !

  par le massmédia cathophile Valeurs actuelles.

Transfert. Ancien adhérent de l’UDI, Julien Odoul vient d’être débauché par le Front National, où il travaille au cabinet de Marine Le Pen. L’homme assume son passé – il a posé en couverture du magazine gay Têtu – et se défend de tout communautarisme.

Un parcours au centre

Julien Odoul a commencé sa carrière politique entre 2009, où il travaille pour le centriste André Santini jusqu’en 2011, avant de devenir secrétaire général du groupe UDI au conseil général de Seine-Saint-Denis. En septembre 2014, il rejoint le cabinet de Marine Le Pen, pour devenir adjoint de Philippe Martel, le chef de cabinet de la présidente du FN. C’est Marion Maréchal-Le Pen, qu’il a rencontrée lors des universités d’été du FN à Marseille, en 2013, qui lui a présenté la présidente du parti. Julien Odoul l’affirme : «Marine Le Pen est la seule alternative pour 2017, c’est elle qui arrive à rassembler les patriotes». Il se définit volontiers comme « souverainiste, anti fédéraliste et étatiste ».

Il assume son passé, et même d’avoir posé pour… Têtu

Julien Odoul se défend d’un quelconque communautarisme, bien qu’il ait posé, plus jeune, pour le magazine gay Têtu: «Comme beaucoup de monde, j’ai fait du mannequinat pour payer mes études» confie-t-il à Valeurs actuelles. « J’ai passé des castings, dont un pour Têtu. Mais que les choses soient claires : je n’ai pas de revendication communautariste. Je ne suis pas gay, d’une part, pas communautariste, d’autre part. Et contrairement à ce qui a été dit. Je ne suis pas un militant LGBT. »

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Florian Philippot: «Le FN n’est ni gay friendly ni l’inverse, il est french friendly»

Florian Philippot, vice-président du Front National, a dénoncé lundi une «atteinte gravissime à (sa) vie privée» après la publication de photos le montrant en compagnie d’un homme présenté comme «son ami», et assuré qu’il n’était «pas du tout» difficile de se dire homosexuel au sein du FN.

«Traqué» pour «des raisons bassement matérielles, de fric»

«Je suis en colère parce que j’ai été victime -je ne suis pas le premier- d’une atteinte gravissime à ma vie privée», a déclaré Florian Philippot sur France Inter.

«Quelle est cette société où on peut être traqué, pisté plusieurs jours, pris en photo à son insu, des photos livrées au grand public, sans votre accord bien évidemment ? C’est une dérive qui me semble très grave, une sorte de fuite en avant vers une américanisation à laquelle on avait échappé», a dénoncé le vice-président du FN selon qui «ces magazines de presse torchon» font «cela pour des raisons bassement matérielles, de fric».

Closer a publié vendredi sur quatre pages des photos de Florian Philippot, à Vienne en compagnie d’un «journaliste de télévision» dont le visage est flouté. L’eurodéputé a annoncé qu’il portait plainte.

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Le FN ni «« gay friendly » ni l’inverse. Il est « french only »»

«J’ai toujours prôné une séparation stricte entre tous éléments, vie privée et engagement politique», a-t-il également déclaré, soulignant qu’il avait «condamné très clairement les photos de Julie Gayet et François Hollande» lors de leur publication par le même magazine.

Est-il difficile de se dire ouvertement homosexuel au Front National, dont le fondateur Jean-Marie Le Pen avait qualifié l’homosexualité d’«anomalie biologique et sociale» selon France Inter ? «Non, pas du tout. Il y a de tout au Front National, nous avons même cette chance de ne pas être dans une optique communautariste. Nous voyons des Français qui ont des convictions, une analyse politique, qui ne sont pas déterminés par je ne sais quel déterminisme social, sexuel, biologique», a répondu Florian Philippot.

«Si Marine Le Pen a fait tel ou tel choix -elle est contre le mariage pour tous, pour un pacs amélioré- c’est pour des raisons politiques», a-t-il assuré, expliquant que «le Front national n’est ni « gay friendly » ni l’inverse. Il est « french friendly ».»

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[actu] Le Refuge ? Expulsions, arnaques, menaces, abus sexuel… https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/07/actu-le-refuge-expulsions-arnaques-menaces-abus-sexuel/ Sun, 07 Dec 2014 02:05:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=742 Continuer la lecture →]]> Jeunes mis à la porte, bénévole condamné pour abus sexuels sur mineurs, conditions d’hébergement insalubres… : accueillis par Le Refuge censé soutenir les victimes d’homophobie, ils accusent.cracher

Quelques unes des crapuleries de ces vautours sont enfin déballées au grand jour et expliquées dans un article Rue89/NouvelObs paru en novembre 2014 et qui fait écho des témoignages de personnes « accueillies » par la structure… Même si  leurs pratiques sont trop connues et que c’est un secret de polichinelle, ne pas révéler leurs agissements par crainte de réaction homophobe, n’est autre que de l’homophobie !

Officiellement, personne n’a rien à dire contre Le Refuge, la seule association de lutte contre l’homophobie reconnue d’utilité publique. Chargée de recueillir les jeunes homos virés de chez leurs parents, cette structure créée en 2003 à Montpellier (et qui s’est développée depuis dans de nombreuses villes) fait l’unanimité.

Ses parrains ont participé à « Qui veut gagner des millions ? » ou « Fort boyard » cet été. L’association peut compter sur le soutien public et affirmé de la ministre de la Justice Christiane Taubira. Elle perçoit d’importants dons publics et privés qui s’élevaient à 850 000 euros en 2013, selon sa direction.

Une asso LGBT : « Ils nuisent à notre cause »

Officieusement, les critiques sont bien plus nombreuses et les regards bien plus méfiants sur l’action du directeur général du Refuge, Frédéric Gal, et de son président Nicolas Noguier. Joints par la rédaction, les deux récusent toutes les accusations.

Contactées par Rue89, trois associations LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), qui ont toutes souhaité conserver leur anonymat, nous ont mis en garde. L’une d’elle nous explique :

« Il est hors de question que je témoigne publiquement contre Le Refuge car ce serait trop délicat pour nous. Et d’ailleurs vous devriez faire attention, vous ne savez pas où vous mettez les pieds.

Le Refuge a beaucoup d’appuis et dès que l’on se permet de regarder un peu de trop près ce qu’ils font, ils contre-attaquent.

Le problème pour nous, en tant qu’association LGBT, c’est qu’ils nuisent à notre cause. Ils perçoivent la majorité des dons publics, ils sont très visibles, mais ne sont pas très pros avec les jeunes qu’ils hébergent. Ils sont très critiquables, mais très peu critiqués. »

« Abus de pouvoir, drogues »

Tout a éclaté en février dernier, lorsque plusieurs jeunes hébergés par l’association ont été expulsés en plein hiver. Luc Sol, 24 ans, accompagné par l’antenne de l’association à Toulouse, a ainsi été prié de faire ses valises du jour au lendemain pour avoir critiqué Le Refuge sur sa page Facebook.

Voici un extrait de son message posté le 29 janvier sur le réseau social :

« Nous rencontrons [au refuge de Toulouse, ndlr] de graves problèmes concernant les bénévoles et la direction. Problème de conflits graves entre bénévoles et jeunes, abus de pouvoir, danger alimentaire et sanitaire, drogues. […]

Et le directeur du Refuge Toulouse, a fait comprendre à trois jeunes, dont moi clairement, que si je parle je suis susceptible d’être expulsé. »

Voir le document

(Fichier PDF)

Trois jours plus tard, la sanction du Refuge tombe : une lettre informe Luc Sol de son exclusion (lire ci-contre).

Les trois avertissements devant normalement précéder l’exclusion sont détaillés dans ce seul courrier :

  • un premier avertissement pour avoir posté ce message sur Facebook ;
  • le second pour avoir utilisé de façon non autorisée des documents officiels de l’association ;
  • et le dernier pour avoir publié, toujours sur le réseau social, deux vidéos jugées diffamatoires où Luc Sol expliquait ses conditions d’hébergement.

Une dizaine de jeunes virés du Refuge

Ce jeune a-t-il été viré pour avoir critiqué l’association ? Contacté par Rue89, le directeur Frédéric Gal assure que le jeune homme a été violent – chose qui n’est pas mentionnée dans la lettre d’exclusion.

« Nous l’avons exclu car il a eu un comportement menaçant et violent en plus d’avoir été diffamatoire. Oui, si les jeunes ne respectent pas le contrat, nous n’avons pas d’autre choix que de les exclure. Toutes les associations font cela, surtout que tout ce qu’il dit est faux. »

Mais Luc Sol est loin d’être le seul à dénoncer les conditions d’hébergement de l’association. Une dizaine de jeunes ont été exclus cette année après, pour la plupart, avoir critiqué l’association sur Facebook. Ils ont notamment dénoncé les conditions alimentaires.

Un ancien jeune hébergé à Lille entre juin et novembre 2013 témoigne :

« Nous avions le droit à un seul repas par jour, sinon il fallait se débrouiller par ses propres moyens. »

Frédéric Gal précise :

« Nous n’avons pas l’obligation de fournir trois repas par jour. S’ils veulent manger, il y a Les Restos du cœur. »

Des aliments « souvent » périmés

Comme ce jeune, Luc Sol assure avoir régulièrement mangé de la nourriture périmée :

« Cela dépend des villes, mais à Toulouse, nous avions un partenariat avec la banque alimentaire et très souvent les aliments nous arrivaient soit périmés le jour même, soit le lendemain. Or la nourriture devait nous faire la semaine.

Nous sommes plusieurs à avoir fait des malaises, mais la direction de l’association ne voulait rien savoir. »

Nous avons donc posé la question à l’antenne parisienne de l’association. Et si la direction jure ne jamais donner d’aliments périmés, plusieurs jeunes, actuellement hébergés par la structure, confirment :

« Oui, cela arrive de temps en temps. Mais on ne peut pas vraiment se plaindre, sinon on risque de tout perdre ».

Luc Sol et deux autres jeunes exclus dénoncent également des abus commis par des bénévoles qui auraient demandé de la drogue aux jeunes hébergés.

Jérôme (son prénom a été changé), un jeune hébergé à Lyon puis exclu, avait lui pris et diffusé sur Facebook des photos pour dénoncer l’insalubrité de son appartement.

Il veut montrer avec le cliché que, dans la chambre dans laquelle Le Refuge l’héberge, une nappe de table lui tient lieu de couverture.

Un bénévole condamné pour pédophilie

Plus grave encore, quatre jeunes assurent auprès de Rue89 qu’un bénévole auparavant condamné pour attouchements sur mineur venait travailler à l’association, et disait représenter Le Refuge à Metz. Frédéric Gal se défend :

« Il n’a jamais été bénévole au Refuge, il a juste mené un projet avec nous. Nous sommes au courant de la plainte qui a été déposée contre lui, mais cela n’est pas arrivé au Refuge. Et il n’était pas en contact avec nos jeunes. »

Pourtant, un jugement rendu par le TGI de Metz en septembre et que s’est procuré Rue89 vient contredire la défense de Frédéric Gal :

« Dans la mesure où […] [le bénévole] a été condamné pour des faits d’abus sexuels sur mineurs comprenant une interdiction d’entrer en relation avec des mineurs dans un cadre professionnel ou associatif et qu’il ressort de ses conclusions récapitulatives du 1er avril 2014 “qu’il a pris [nom masqué] sous son aile” dans le cadre de l’association Le Refuge dont il est bénévole. »

Capture de l’extrait du jugement du TGI de Metz

Harceler les médias pour les faire taire

Rue89 a donc contacté le gouvernement et les pouvoir publics, mais seule une responsable socialiste, qui s’est occupée des questions associatives, a accepté de nous répondre en « off ». Elle met en lumière deux lignes de conduite politique vis-à vis de cette association :

« Officiellement, le gouvernement, comme les principales villes, soutient Le Refuge notamment depuis la loi autorisant le “mariage pour tous”.

Mais nous nous apercevons de plus en plus que des choses pas très nettes se passent. Nous sommes un peu coincés car le sujet est trop délicat et serait facilement repris par des mouvements homophobes.

Et il faut savoir que pour obtenir leurs nombreuses subventions et faire taire les médias, l’association procède au harcèlement. Dès qu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils contactent la presse pour se plaindre. »

Le Refuge n’hésite pas en effet à contacter les médias qui souhaitent enquêter sur l’association. Cinq minutes après que nous avons raccroché avec Frédéric Gal, le président Nicolas Noguier a contacté l’ensemble de la direction de Rue89 pour proposer un partenariat avec sa structure. Ce qu’il n’avait jamais fait jusque-là.

Un sondage qui fait tâche

En novembre 2013, Le Refuge avait commandé à l’institut CSA un sondage [PDF] qui avait suscité l’ire de nombreuses associations LGBT.

Pour Frédéric Gal et Nicolas Noguier, il s’agissait d’auto-évaluer la notoriété de leur structure.

Ce sondage montrait que, par comparaison avec deux autres associations LGBT, Le Refuge était la plus appréciée et que les Français étaient sensibles aux sujets traités par la structure.

Le président d’une grande association qui lutte également contre l’homophobie témoigne :

« Ce sondage est délirant. Ils gâchent de l’argent pour prouver qu’ils sont les plus aptes à en recevoir. Jusqu’à présent, nous n’avons rien dit car on nous reprocherait une simple jalousie dans un milieu associatif très concurrent.

Mais jusqu’où iront-ils ? En juin dernier par exemple, ils ont purement et simplement récupéré la mort d’un jeune. Je trouve ça dégueulasse. »

Un accident transformé en suicide ?

Le 26 juin dernier, deux jours avant la Gay Pride, Le Refuge avait effectivement communiqué sur la mort de Peter, un jeune anciennement hébergé par l’association à Montpellier. Selon eux, le jeune homme se serait suicidé, notamment à cause de ses parents qui rejetaient son homosexualité.

De très nombreux médias ont repris cette information, qui a eu un retentissement encore plus important du fait de la proximité de la Gay Pride. Problème : quelques jours plus tard, après l’autopsie, le vice-procureur à Albertville privilégiera la thèse de l’accident. Ce qui n’a pas empêché Nicolas Noguier de maintenir ses conclusions et de répondre sur Facebook au magistrat :

« Concluez sur la thèse de l’accident si cela peut permettre à sa famille, qu’il ne faut pas stigmatiser, de faire son deuil, mais n’utilisez pas des arguments choquants. Personne ne saura jamais pourquoi le jeune garçon se trouvait au bord d’un précipice à deux heures de marche de chez lui, en tenue de ville. »

« Où va l’argent ? »

Enfin, d’anciens bénévoles, parrains où collaborateurs s’intéressent aux finances du Refuge. Contacté par Rue89, l’ancien photographe officiel de l’association, Bruno Autin, reprend ces interrogations :

« Plusieurs choses m’ont choqué et notamment l’exclusion de tous ces jeunes en pleine période de trêve hivernale. Comme j’ai versé environ 2 400 euros de dons personnels à cette association, je me pose une question : où va l’argent ?

Presque 1 million d’euros pour 70 places d’hébergement, cela ne choque personne ? »

Par e-mail, le président Nicolas Nogiuer balaie ces accusations :

« Nos comptes sont vérifiés par un commissaire aux comptes qui contrôle les procédures et l’adéquation des dépenses avec les missions. »

Et remet en cause notre travail :

« Je me suis posé la question des raisons de votre enquête à charge. […] Même les inspecteurs de l’action sociale qui nous contrôlent n’adoptent pas ce type de méthodes. »

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Secrets de polichinelles révélés par le massmédia Rue 89 le 19 novembre 2014.
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Marxisme et théorie queer : divergences et convergences, entretien avec Kevin Floyd https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/31/marxisme-et-theorie-queer-divergences-et-convergences-entretien-avec-kevin-floyd/ Fri, 31 Oct 2014 03:07:30 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=508 Continuer la lecture →]]> Publié par la revue Contretemps.

792104883Marxisme et théorie queer. D’où viennent les tensions entre ces deux traditions ? Y a-t-il une opposition irréductible entre totalité sociale et points de vues situés ? Comment penser la réification du désir comme celle du travail en général, et en termes matérialistes et historiques ? Kevin Floyd, professeur au département d’anglais de l’Université d’État de Kent dans l’Ohio, est l’auteur de The Reification of Desire. Toward a Queer Marxism récemment traduit en français par les éditions Amsterdam (La réification du désir, 2013).

C’est l’occasion pour Contretemps de revenir sur la tentative de l’auteur de faire dialoguer le marxisme et la théorie queer à partir des concepts et « moments » clés qu’il mobilise dans cet ouvrage.

Propos recueillis et traduits par Mathieu Bonzom et Gianfranco Rebucini, revue Contretemps.

CT : Dans le sous-titre de votre livre, vous posez clairement la question d’un rapprochement entre le marxisme et les théories queer, sous-entendant peut-être que les deux traditions (ou paradigmes ?) seraient de fait dans une relation d’exclusivité mutuelle, ou du moins de défiance réciproque. Pourriez-vous revenir sur les raisons historiques et épistémologiques d’une telle défiance ou exclusivité ?

KF : On peut tenter d’historiciser cette opposition de plusieurs façons. Voilà plusieurs décennies que le marxisme constitue un épouvantail (« straw man ») particulièrement commode pour un certain nombre d’approches critiques dans le domaine des humanités, et il faudrait des pages et des pages pour ne serait-ce que faire la liste des raisons directes et indirectes à cela. Une de ces raisons est clairement que la chute de régimes réellement existants qui se réclamaient du marxisme a porté un sérieux coup à l’analyse marxiste – et ce à peu près au moment où la théorie queer se consolidait en tant que paradigme ; je me souviens qu’au moment où j’ai commencé à m’intéresser très sérieusement au marxisme et à la théorie queer autour de 1992-93, j’ai eu la nette impression que mon intérêt pour le marxisme me plaçait complètement à contre-courant du reste de mon environnement intellectuel : l’effondrement de l’URSS était encore une affaire d’actualité, et le triomphalisme capitaliste était à l’un de ses sommets. Mais une autre raison se situe en fait dans l’histoire politique de la période précédente (la guerre froide) : un puissant nationalisme anti-communiste qui, du moins dans le cas des États-Unis, a fortement influencé (sans les absorber totalement pour autant) les grandes priorités et orientations des vocabulaires politiques antiracistes, antisexistes, antihomophobes (par exemple, sur la question raciale et le « compromis des droits civiques », voir le livre de Nikhil Pal Singh, Black is a Country1). Les effets de ces normes anti-communistes du temps de la guerre froide ont été décuplés par le fait que bien des intellectuel-le-s ont commencé à affirmer que les contradictions du capitalisme, qui étaient si palpables dans les années 1930, étaient désormais résolues pour l’essentiel, que l’on était entrés dans une grande période d’abondance – période que nous voyons clairement maintenant comme le soi-disant « âge d’or » du capitalisme de l’État-providence, et qui s’est terminée ou est en train de le faire depuis un bon moment. Du point de vue de la gauche radicale, bien entendu, cette apparente stabilisation du capitalisme était une question plutôt qu’une triomphale réponse : les classes ouvrières industrielles d’Europe et des États-Unis étaient largement perçues comme totalement compromises dans le système, subsumées par le capitalisme sans espoir de salut, au point qu’un pessimisme inébranlable envers tout renversement du capitalisme semblait être la seule réponse envisageable (on peut appeler cela la réponse Adorno). D’autres se sont mis en quête d’autres agents de transformation radicale que la classe ouvrière (c’est un peu la réponse Marcuse, que j’aborde assez en détail dans mon livre : la théorie de la libération (homo)sexuelle dans Eros et civilisation a directement influencé les débuts du mouvement de libération gay). Pour ce qui est du contexte plus immédiat de cette opposition, il faut noter que la recherche universitaire dans les humanités est (entre autres choses) un marché parmi d’autres, qui a un besoin constant d’« innovation » pour survivre en tant que marché : c’est un élément de plus pour expliquer la fréquence du recours à une caricature du marxisme comme repoussoir à la dernière innovation à la mode, un repoussoir dont plusieurs variantes ont eu une grande influence dans les études de genre, les études queer, les études post-coloniales, et un certain nombre d’autres domaines d’analyse. Rien d’étonnant à la remarque d’Eve Kosofsky Sedgwick, dans un entretien avec Jeffrey Williams paru il y a des années maintenant : les études queer étaient selon elle un « champ en pleine croissance », contrairement au marxisme2.

Mais pour moi, les raisons épistémologiques sont encore plus intéressantes. L’une des raisons pour lesquelles le marxisme est depuis longtemps la cible de nombreuses critiques de gauche est qu’il requiert souvent (on pourrait même dire nécessairement) de pratiquer une pensée de la totalité, une pensée de système, à un certain niveau d’abstraction. Tenter de comprendre un processus nommé capitalisme – peut-être le processus le plus objectivement et brutalement totalisant qui soit, ce processus dont l’une des caractéristiques propres est la réduction de tout ce qui bouge à la logique de la valeur d’échange –  si on se donne pour priorité de comprendre cela, dans un projet intellectuel, je ne vois pas comment on peut se passer de cet effort que Lukács appelait « l’aspiration à la totalité ». Mais dans les années 1960, bien sûr, on a assisté à un éclatement, à l’émergence et à la différenciation de ce qu’on appelait de « nouveaux mouvements sociaux ». Puis est venu le néolibéralisme – dans lequel les « politiques identitaires » (identity politics), dans leurs versions les moins subversives en tout cas, sont devenues parfaitement compatibles avec l’ordre marchand. Logiquement, ces événements ont donné toute leur importance et toute leur force, pour bien des intellectuel-le-s, à plusieurs approches épistémologiques de la différence, et ces priorités analytiques ont (inévitablement, peut-être) fait paraître toute tentative de penser la totalité comme un problème.

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Depuis quelques années un certain nombre de travaux (Hennessy ; Duggan ; Warner ; Sears ; Drucker ; Manalansan ; Munoz ; etc) – dont certains sont  présentés dans votre ouvrage – se sont également posé la question d’un ancrage plus solide des théories et pratiques queer dans les rapports sociaux. Pourquoi cette volonté de rapprochement aujourd’hui ? Faut-il la penser dans une conjoncture historique particulière ? Et, selon vous, quels seraient, théoriquement, les avantages d’une telle démarche ?

L’importance du néolibéralisme est immense à ce sujet : je pense qu’il constitue un contexte crucial qui contribue à fonder et à définir, explicitement ou non, les différentes interventions que vous citez. Comme je le dis dans le livre, la résonance bien plus forte entre le marxisme et les études queer – dont je vois les signes apparaître aux environs de la fin des années 1990, aux États-Unis en tout cas – s’est réalisée notamment en réponse à la conversion du mouvement gay dans et par la politique dominante (« mainstreaming »), lorsque le droit au mariage, à l’adoption, et à l’entrée dans l’armée3 ont commencé à captiver les imaginations au point de remplacer brutalement toute autre perspective politique anti-hétérosexiste. L’un des objectifs de l’élargissement des horizons de la pensée queer a été de répondre à une expérience sociale de contraction, à un phénomène dans lequel on pouvait voir sans l’ombre d’un doute que le capital commençait à subsumer la logique même des luttes contre la normalisation de l’hétérosexualité, dans les quelques revendications en question – dont aucune ne menace les rapports de propriété par exemple, en aucune façon. La suite néolibérale du mouvement de libération gay des années 1970 est longue et déprimante. La revendication du mariage gay, à l’image des politiques identitaires les plus inoffensives et néolibérales, s’aligne parfaitement avec le statu quo – c’est ce que l’on constate dans le remplacement d’un militantisme queer large, anticapitaliste et antiraciste, par des organisations qui pratiquent le lobbying, comme la Human Rights Campaign aux États-Unis ; mais aussi dans un racisme structurel grandissant, qui a tout à voir avec la privatisation de plus en plus violente de l’espace social.

Certes, ACT UP portait un refus de la normalisation de la vie queer, dans sa critique des fermetures de saunas gays à New York, par exemple. C’était un geste de refus qui manifestait encore beaucoup de l’énergie du mouvement de libération gay des années 1970. L’un des aspects les plus tristes, choquants même, des argumentaires en faveur du mariage gay, est la présentation récurrente du mariage comme une façon de « retenir les leçons » de la catastrophe du SIDA telle qu’elle fut vécue par les populations gaies urbaines aux États-Unis dans les années 1980 : nous avons appris dans la douleur la leçon de l’irresponsable promiscuité de notre jeunesse, nous dit-on, et il est temps de grandir. Dans les années 1990, on trouve ces arguments chez des universitaires ouvertement gays, par exemple. Alors certaines interventions assez anciennes, dans les études queer, sont plus indispensables que jamais, comme l’essai de Leo Bersani intitulé « Le rectum est-il une tombe ? »4, et celui de Douglas Crimp, « How to Have Promiscuity in an Epidemic » (Comment pratiquer la promiscuité en pleine épidémie)5 ; et on peut en citer d’autres plus récentes, comme le livre de Samuel Delany, Times Square Red, Times Square Blue6.

En termes théoriques, en tout cas, les avantages de cette conjoncture ont été la promesse d’une analyse plus rigoureuse des multiples façons dont capitalisme et sexualité s’entremêlent historiquement, et de toutes les dynamiques qui opèrent la médiation de ces rapports, selon des modalités qui varient dans le temps et l’espace – sans parler du fait que la brutalité du pouvoir de normalisation et de discipline inscrit dans le capital semble devenir plus lisible dans l’ensemble, sous l’effet de la crise globale de l’accumulation qui se déroule depuis les années 1970. Cette promesse n’a été, au mieux, qu’imparfaitement tenue, mais je renverrai au numéro 18.1 de 2012 de la revue GLQ7, qui illustre le fait que cette question conserve toute son importance dans de nombreux travaux importants dans le champ des études queer.

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Dans La réification du désir, contre le sens commun qui voudrait que les politiques LGBT et queer soient fondées sur la différenciation et le particularisme, vous montrez qu’elles ont au contraire, tout comme le marxisme, une vision de la totalité. Vous utilisez une lecture particulière de la totalité chez Lukács, qui est celle de Fredric Jameson. Selon Jameson, le concept de totalitätintention (intention totalisante ou aspiration à la totalité) de Lukács est un processus cognitif évolutif qui s’exprime par des capacités critiques s’inscrivant dans une histoire déterminée, socialement située, dans la praxis d’une « expérience de groupe », et qui pourrait se rapprocher de l’élaboration du « point de vue situé » des féministes des années 1980. Dans quel sens les formations LGBT et queer possèdent-elles un accès privilégié à la totalité sociale ? Comment, en somme, leur mode phénoménologiquement spécifique pourrait-il éclairer des angles morts ou certains éléments du monde restés invisibles au marxisme ?

Pour poursuivre sur la totalité à partir de ma réponse à votre première question, ce qui m’intéresse dans ce contexte – et je me suis amusé à commencer le livre par cette thèse qui peut paraître provocatrice à beaucoup de lecteurs, je pense – c’est qu’au moins une partie de ces « nouveaux mouvements sociaux » se sont efforcés, à leur tour, de penser le système, chacun à partir de son propre point de vue, socialement et historiquement situé : et donc, dans les premières pages du livre, je caractérise la pensée queer comme une autre aspiration, une aspiration concurrente à la totalité, en quelque sorte. Alors pour ce qui est de la pensée queer universitaire, par exemple, les années 1990 apparaissent rétrospectivement comme un moment révélateur : pour la première fois depuis l’émergence de divers mouvements gays de gauche dans les années 1970, on avait une véritable démarche intellectuelle queer visant à théoriser les rapports sociaux de façon générale, à partir d’un point de vue fondamentalement queer. D’un autre côté, ce n’était pas un exercice purement universitaire : les mouvements des années 1980 et 90, y compris ACT UP et Queer Nation, ont clairement entretenu tout cela.

Il y a dans certaines des interventions récentes les plus stimulantes dues à la pensée queer, des approches d’une vision plus large de la totalité, de la façon dont les normalisations de la sexualité sont toujours déjà impliquées dans le capitalisme, l’impérialisme et le racisme. A nous maintenant de faire le difficile travail de mettre ces connexions en évidence, aussi fragiles que soient nos succès. Au printemps 2013 a eu lieu un grand colloque soutenu par la City University of New York au sujet du « pinkwashing » – la façon dont certains droits accordés (au regard de la loi) à des personnes identifiées comme gaies et lesbiennes, servent à présenter le gouvernement israélien comme moderne, respectueux des droits civiques, novateur, et tolérant, et ainsi à éclipser le traitement des Palestiniens par ce même gouvernement. Un autre exemple est le refus par Judith Butler du « Prix du courage civique » qui lui était attribué à l’occasion de la célébration du Christopher Street Day en 20108 : cette tentative d’attirer largement l’attention sur le racisme dont les organisateurs de l’événement ne se sont pas désolidarisés, a eu un fort retentissement. Aussi loin que tout cela semble être d’une tentative réellement marxiste de penser la totalité, il s’agit au moins d’un début de concrétisation de la tendance vers une pensée de la totalité perceptible dans une grande partie des études queer contemporaines, une pensée de la totalité qui conteste toutes les manifestations actuelles d’un mouvement LGBT bien inscrit dans le débat politique dominant, bien inoffensif, et bien financé – celui du Christopher Street Day à Berlin et de tant d’autres Prides en connivence avec l’État et les entreprises.

Est-ce que ce travail de connexion est le même que celui du marxisme, dans son usage central de la catégorie de la médiation, par exemple ? Évidemment, il y a de nombreuses raisons de répondre que non. Les divergences entre le marxisme et les études queer restent bien marquées, et il ne faudrait probablement pas les sous-estimer. Mais je crois que je préfère les sous-estimer que les surestimer. Autrement dit, je préfère surestimer les convergences, justement parce que la réaction la plus naturelle quand on pense aux rapports entre marxisme et pensée queer, c’est sûrement de penser aux divergences.

Un problème épistémologique important qui subsiste, à mon avis (d’ailleurs je suis curieux de savoir dans quelle mesure vous et vos lectrices et lecteurs seriez d’accord avec moi), est le fait que tant d’intellectuels marxistes persistent de façon aussi irréfléchie à réduire même les expressions les plus radicales de politique queer et de genre, à des politiques identitaires, comme si la pensée queer n’avait pas déjà produit, et ce au moins depuis la fin des années 1980, une critique des plus virulentes qui soient, des politiques identitaires gaies et lesbiennes normalisées et en collusion avec l’État.

Donc, la notion abstraite d’un point de vue queer sur la totalité, même si elle prête clairement le flanc à la critique, et risque fort de produire des généralisations excessives, nous donne néanmoins des pistes : elle permet d’envisager qu’une situation structurelle spécifique, entièrement immanente à un ensemble plus large de rapports sociaux capitalistes, la situation structurelle de se trouver objectivement exclu-e de – ou en dissonance avec – l’hétéronormalité sous ses multiples formes (comme je le dis dans le livre, je pense que c’est une situation qui est tout autant un produit du capital, à sa façon, que le fameux rôle ou point de vue du prolétariat), puisse donner naissance à des points de vue critiques sur ces mêmes rapports sociaux, un point de vue immanent aux rapports sociaux capitalistes en tant que tels.

Je ne dirais pas que l’accès à la totalité qui caractérise la pensée queer soit absolument unique ; je dirais plutôt qu’il est distinctif. En d’autres termes, j’essaie de développer dans le livre une critique dialectique de l’opposition statique entre totalité et différenciation qui semble être présupposée dans tellement de travaux. C’est une critique qui est déjà présente chez Marx, dans sa révision matérialiste de cette idée de Hegel, l’identité de l’identité et de la non-identité : autrement dit, l’identité et la différence ne peuvent être réellement pensées qu’ensemble. Ce livre sert donc à comprendre la différenciation, non pas en termes d’identités différenciées LGBTQI (ou raciales, ou genrées), mais en termes de situations sociales et historiques différenciées et d’expériences collectives qui conditionnent la pratique même de la pensée de la totalité, la différenciation – interne à un capitalisme lui-même toujours plus différencié – des points de vues internes, des situations sociales internes, à partir desquels peut apparaître l’horizon interprétatif du capital lui-même. Il s’agit de penser la différence en termes de positionnements sociaux divergents dont naissent des aspirations divergentes à la totalité. Et aussi de laisser un espace ouvert à des possibles convergences imprévues, des possibilités que j’essaie d’aborder dans tous les chapitres. Je pense que le livre le permet précisément en présentant ces points de vue comme structurels et historiques plutôt qu’essentiels. On peut exister dans un point de vue queer, ou non, en d’autres termes les espaces queer sont des espaces « d’entrées et de sorties », pour reprendre l’expression de Lauren Berlant et Michael Warner9 – et on existera nécessairement dans un certain nombre d’autres points de vue en même temps. Disons que les points de vue ne sont pas des personnes ou des populations. Ce sont des positions épistémologiques potentiellement critiques, enracinées dans des situations structurelles particulières dans les rapports sociaux capitalistes, et des expériences spécifiques de ces rapports. La critique post-structuraliste qui consiste à dire que la théorie féministe du point de vue est « essentialiste », m’a toujours paru injuste et caricaturale.

 

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En vous inspirant des travaux de la Gay Left, et notamment des analyses de John D’Emilio sur l’historisation des formations homosexuelles (notamment masculines), vous cherchez à montrer « l’étonnante similitude » et contemporanéité entre l’apparition de la clinique comme forme moderne de confession d’objectivation sexuelle et le fordisme-taylorisme. Vous faites alors dialoguer les travaux de Foucault sur la sexualité et de Lukács sur la réification en montrant comment ces deux processus historiques ont en commun une déqualification (deskilling) du corps provenant d’une discipline de classification et d’abstraction du désir et des capacités spécialisées (skills). Comment ces deux dynamiques historiques de réification s’inscrivent-elles dans les besoins du capitalisme fordiste et quels sont leurs effets sur les masculinités de cette époque ?

La redéfinition de la masculinité – ou, pour le dire comme dans le livre, la transformation progressive et inégale d’une norme de virilité datant du 19e siècle, à une norme de masculinité inscrite dans le 20e siècle – se produit en grande partie en rapport avec une certaine notion normalisée de la virilité blanche au 19e siècle, déjà définie autour de la compétence dans le travail qualifié. Dans la première moitié du 20e siècle, alors que les pratiques de travail qualifié auxquelles s’identifient tant d’hommes blancs, sont attaquées par une déqualification radicale, je pense que cette norme ne peut pas simplement s’évaporer ; elle doit aller quelque part, être placée ailleurs dans l’expérience et dans l’idéologie – si elle s’évaporait, cela impliquerait que les normes hégémoniques de virilité doivent être réinventées de haut en bas dans la société, ce qui est historiquement peu plausible, c’est le moins qu’on puisse dire. Donc je pense que cette norme s’est déplacée vers l’espace-temps des activités de loisir, vers ce que Marx appellerait le « moment » de la consommation, et non dans celui de la production. J’affirme que cette redéfinition de la masculinité du point de vue des compétences de travail, pratiques et corporelles, a également une dimension sexuelle – elle converge historiquement avec la réification du désir, qui a pour effet (entre autres) de différencier la population entre forme hétérosexuelle et forme homosexuelle de subjectivité. Et je pense que cette différenciation a tout à voir avec une autre déqualification qui se produit plus ou moins en même temps – la redéfinition psychanalytique clinique, « scientifique », de la subjectivité sexuelle comme une chose qui nécessite de recourir à un « expert » scientifique pour qu’elle soit « diagnostiquée ». Donc la norme de la virilité se transforme pour devenir – via la réification du désir, et aussi via le Taylorisme, le Fordisme, et l’imposition d’une norme de consommation à la population des États-Unis, le tout à partir d’une même période au tournant du siècle – la norme de la masculinité.

 Pierre Boucher, 1908-2000 Nu à la fronde

Pensez-vous que ces changements historiques dans la masculinité doivent se lire aussi à la lumière d’une production spécifique de la blanchité aux États-Unis ?

Absolument – même si je ne sais pas si le livre insiste assez sur cette idée. L’une des limites les plus claires de mon analyse est le fait que je m’appuie principalement sur des exemples textuels blancs, comme plusieurs recensions en anglais l’ont souligné à juste titre. Mais je situe effectivement l’émergence d’une norme de masculinité dans des processus plus généraux de racialisation, et j’espère que le livre parvient au moins à traiter la masculinité blanche comme une question plutôt qu’une réponse. Cette norme émergente de masculinité, comme je le disais, opère bien plus dans le domaine de la consommation que dans celui du travail. La masculinité devient quelque chose qu’il s’agit d’émuler, d’acheter via des magazines et des livres vendus à la classe moyenne (Hemingway est un exemple évident, là-dessus), il y a un marketing de la masculinité qui a aussi une fonction pédagogique. Il va sans dire que les consommateurs de cette norme émergente, au moins dans les premières décennies du siècle, étaient dans une large mesure blancs et de classe moyenne.

Martin Summers fait une suggestion intéressante, je trouve, dans son livre Manliness and Its Discontents10, quand il dit que la virilité/masculinité noire semble avoir suivi, aux États-Unis et au début du 20e siècle, une trajectoire qui n’est pas sans rappeler celle que je trace de la virilité blanche à la masculinité blanche (nous nous appuyons tous les deux sur la fameuse distinction entre virilité et masculinité proposée par Michael Kimmel dans son ouvrage Manhood in America11). Et il me semble que le livre de Summers montre, si on le met en rapport avec le mien, qu’il y a là une sorte de développement inégal qu’il nous faudrait expliquer : on risque parfois d’exagérer les similarités entre masculinité blanche et noire dans cette période de l’histoire des États-Unis, mais on pourrait aussi en exagérer les différences. Voilà ce sur quoi je voudrais insister : dans la mesure où le capital est un horizon interprétatif important – et c’est clairement le cas pour moi – il est crucial de penser à la fois en termes de correspondance et de différence, d’identité et de non-identité. Et il est toujours utile, dans ces débats, de se souvenir que pour Marx, la totalité comporte toujours de la différenciation interne.

 

Vous posez aussi la question d’une possible historicisation du travail de Judith Butler sur la théorie de la performativité du genre. Peut-on dire que la masculinité et la féminité performées et le sujet fondé sur la « matrice hétérosexuelle » dont parle Butler sont les produits historiques d’une universalisation du désir réifié du fordisme-taylorisme ?

J’affirme exactement cela dans le chapitre 2. L’une de mes thèses est que la matrice hétérosexuelle elle-même doit être comprise comme un effet de cette réification épistémologique du désir que je situe autour de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Je pense qu’il y a chez Butler l’idée très forte que les performances de masculinité et de féminité opèrent au service d’une normalisation du désir hétérosexuel ; en ce sens le désir précède le genre performé, il en est une condition préalable.

On peut donc dire que la norme de masculinité dont je parle, cette norme du 20e siècle qui finit par remplacer la norme de virilité du 19e siècle, opère tout à fait dans le cadre de la théorie de Butler : il faut la comprendre comme une norme performative, citationnelle ou imitative, centrée sur des compétences, c’est-à-dire sur des performances entièrement corporelles de savoir-faire technique. L’un des axes d’analyse du livre, qui est au cœur de mon articulation entre Lukács et Foucault, est la centralité du savoir, ou d’éléments particuliers de savoir corporel, de savoir du corps, un savoir qui est abstrait, réifié, dans la période étudiée. Et cette partie de mon analyse illustre aussi ma préoccupation méthodologique constante pour les convergences, plutôt que les divergences, entre marxisme et études queer. Butler est souvent prise pour cible par tant d’intellectuel-le-s marxistes essayant de saisir les questions de genre et de sexualité. J’ai été très heureux de chercher et de proposer une défense de la « valeur d’usage » de l’analyse du genre chez Butler dans le cadre d’une analyse marxiste du genre. Et l’argument a finalement tourné précisément autour de la question de la temporalité qui est mise en avant par son analyse du genre performatif. Si l’on se penche sur ce que j’appelle la marque « Hemingway », on voit que la performativité du genre théorisée par Butler offre une nouvelle explication de la façon dont la temporalité de plus en plus abstraite du capital a donné sa forme, dans l’entre-deux-guerres, à une normalisation émergente de la masculinité hétérosexuelle.

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En quoi ce « désir universel » du capitalisme du 20e siècle se distingue-t-il alors d’un désir traditionnel, non-blanc, non-occidental ? Et quelle est la valeur heuristique (s’il y en a) des théories queer pour penser des subjectivités sexuelles et/ou de genre qui n’auraient pas le même ancrage historique et de production du fordisme-taylorisme états-unien ?

Je vais commencer par la deuxième partie de la question. Cette valeur heuristique, d’un point de vue marxien, se situe dans le potentiel d’une compréhension élargie de la façon dont le capitalisme conditionne de façon géographiquement et historiquement différenciée la régulation sociale d’un désir sexuel. J’ai effectivement pris soin de limiter mon analyse aux États-Unis au 20e siècle, pour l’essentiel, même si je pense tout à fait qu’elle a des implications pour l’Europe aussi, dans la même période approximative. Les tentatives de cartographier les dynamiques de la sexualité en rapport avec le capital doivent, en dernière analyse, maintenir un horizon global, et ce n’est possible, au fond, que par un travail collectif, travail auquel mon livre est une modeste contribution individuelle.

Je pense qu’il faut prendre au sérieux la question du développement inégal du capitalisme, la façon inégale dont certains corps, certaines populations et certaines pratiques sont subsumées à la logique de la valeur. Mais il est clair, et cela a été dit depuis longtemps, que « développement » est un terme qui est déjà très problématique, puisqu’il s’inscrit nécessairement dans des idéologies de « progrès » capitaliste critiquées avec tant de force par Benjamin, entre autres. Ainsi, cette réification de la subjectivité gaie, de « l’espèce homosexuelle » selon la célèbre formule de Foucault, est assez largement, je pense, un produit du « développement » capitaliste aux États-Unis entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, et il est clair qu’elle ne joue pas de la même façon dans d’autres régions du globe.

Je pense par exemple à la puissante critique par Joseph Massad de ce qu’il appelle « l’internationale gaie »12 : cette prétention euro-américaine à défendre « les gays » en Égypte avant le printemps arabe, par exemple. Massad souligne que lorsque des pratiques de savoir sexuel et de désir radicalement différentes débouchent sur des pratiques qui ne peuvent pas être considérées comme organisées autour de l’idée de l’« individu gay », ces pratiques peuvent être menacées de façon radicale, plus que jamais, par l’irruption d’une sorte d’« intervention humanitaire » impériale occidentale, accusant les nations « moins développées » de manquer d’une « tolérance » toujours déjà néolibérale. C’est peut-être d’autant plus vrai lorsque ces organisations « humanitaires » opèrent avec l’approbation du chef de la diplomatie des États-Unis ; en somme, des Égyptiens pratiquant des formes d’intimité entre personnes de même sexe pourraient devenir bien plus vulnérables à toutes sortes de violence sociale au cours de la réaction nationale prévisible à un tel impérialisme « humanitaire ».

L’analyse queer peut donc être efficace pour étudier des formes de désir non-blanc et non-occidental, pour autant que l’on veille à ne pas simplement reprendre une méthode, un concept ou une démarche heuristique correspondant à un contexte euro-américain, pour l’imposer aveuglément à un autre contexte radicalement différent. L’usage très fin de Foucault par Massad, dans le but d’étudier l’Égypte, est pour moi un bon exemple des nuances nécessaires à la négociation de cette question riche, complexe et fondamentale : comment corroborer une analyse propre à un temps et un espace spécifiques, par une analyse théorique abstraite, sans qu’aucune des deux ne soit réduite au service de l’autre ? Les critiques de l’eurocentrisme de la pensée queer sont particulièrement utiles, mais il faut aussi éviter l’extrême inverse, qui consisterait à dire que la pensée queer en soi ne peut être pertinente en référence à d’autres régions du monde. En un sens, l’ensemble de mon livre est en fait une longue méditation sur quelque chose comme la version historique ou temporelle de cette question spatiale, géopolitique : dans quelle mesure la catégorie de la réification demeure-t-elle éclairante si on l’applique à ce contexte très différent, queer et américain ? Et comme je le mentionne dans l’introduction, les essais d’Edward Said Traveling Theory13 et Traveling Theory Reconsidered14 sont exemplaires dans leur traitement de ce problème.

 

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Dans la dernière partie de votre livre, vous montrez comment les formations queer contemporaines se sont formées dans le cadre de la privatisation et de l’instabilité sociale généralisées produites par le capitalisme néolibéral. Ces formations queer luttent contre ce processus historique à travers la « construction d’un monde » queer. En quoi cette construction d’un monde, cette vision de la totalité, diffère-t-elle des politiques LGBT fondées sur les revendications de pure reconnaissance de droits (mariage, adoption, héritage, etc.) et en quoi peut-elle être importante pour l’élaboration d’un agenda queer anticapitaliste, anti-impérialiste et antiraciste ?

La notion de « construction d’un monde », ou worldmaking est apparu dans la pensée queer en réponse à ce que l’on peut appeler des impératifs néolibéraux de réduction du monde : si le worldmaking est précisément ce qui est menacé par les formes néolibérales de privatisation (la privatisation de l’espace que j’ai évoquée plus haut, très souvent entraînée par la spéculation immobilière), les pratiques de worldmaking nous poussent à nous demander dans quel système plus large ces pratiques particulières opèrent. C’est cette dynamique nécessaire que je voulais évoquer dans le dernier chapitre. Le worldmaking queer est inhérent à des pratiques collectives qui sont tout aussi sociales que sexuelles : le terme inclut le travail de production et de maintien de pratiques sociales/sexuelles d’où émergent des formes de savoir et d’appartenance dont le caractère critique est immanent. Et ce worldmaking est aussi gravement menacé aujourd’hui par le fétichisme de la vie privée qui sous-tend la revendication du mariage gay, qu’il l’était dans les années 1980 par l’idée de la « peste gay » : ainsi, les tentatives d’éliminer les pratiques urbaines de promiscuité queer, tentatives caractéristiques de la réaction d’un néolibéralisme émergent au SIDA dans les villes des États-Unis, ont désormais leur prolongement direct dans le présent, dans ce sens commun apparemment inébranlable qui veut que tout ce que les homos pourraient jamais souhaiter soit le mariage – le fait que l’État qu’ils acceptent les accepte aussi, comme on a pu le dire dans les études queer.

A mesure que ce sens commun se diffuse, les sujets queer en sont réduits à ce qu’Adorno appelait, dans Minima Moralia, des « impulsions commensurables comme formes parmi d’autres du rapport d’échange ». Le mariage gay est beaucoup de choses à la fois, et l’une de ces choses, est une forme toute contemporaine de spéculation immobilière : l’utopie d’une forme de vie parfaitement morale, « virtuellement normale » à condition qu’elle soit aussi un mode de vie « enclos », une promesse opérant selon une logique spéculative qui n’a rien à envier à celle de Goldman Sachs, pour ce qui est de sa détermination à voir s’accroître la valeur de ses actifs. Et l’existence de sujets toujours déjà racialisés fait partie des autres conditions d’une telle forme de vie, étant donné qu’elle est constituée par leur exclusion. Le mariage gay donne droit à bien plus qu’à de l’espace privé : c’est un droit à poursuivre quiconque menace cette propriété d’une façon ou d’une autre, le droit d’avoir des agents de sécurité pour éliminer les « menaces » (toujours racialisées) contre la propriété et la sécurité. Désormais idéalisés à l’échelle internationale, le bon sujet gay et ses droits de propriété surfent sur une vague de spéculation immobilière, d’enclosure, de dépossession, enfermés dans une enclave et dépendants de l’exclusion (ou de l’incarcération) des intrus racialisés.

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C’est le genre de raisonnement qui fait parfois enrager mes étudiant-e-s américain-e-s, qui sont désormais très majoritairement en faveur du mariage gay. Il ne vient jamais à l’idée de la plupart d’entre elles/eux, qu’il puisse y avoir une critique anti-hétéronormative, anti-homonationaliste du mariage gay. Elles/ils supposent tout simplement, comme la plupart des gens j’imagine, qu’il n’y a pas d’autre option intellectuelle ou politique qu’une opposition homophobe ou un soutien anti-homophobe au mariage gay. Excellent exemple de la capacité du néolibéralisme à détruire la matière grise en Europe ou en Amérique, comme il tue des êtres humains racialisés comme « autres » dans le monde entier. C’est pour cela que je persiste parfois à engager la conversation en disant que celles et ceux qui se veulent anticapitalistes doivent commencer à définir le mariage gay comme un cas de spéculation immobilière, avec toutes ses implications sexistes et racistes. Les étudiant-e-s qui sont en face de moi me regardent comme si j’étais fou. Mais j’espère que cela leur donnera au moins la curiosité de laisser la conversation se poursuivre à partir de là.

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  • 1. Nikhil Pal Singh, Black is a Country. Race and the Unfinished Struggle for Democracy, Cambridge, Mass., Harward University Press, 2005.
  • 2. Jeffrey Williams, Critics at Work. Interviews 1993-2003, New York, New York University Press, 2004, p. 249-250.
  • 3. Kevin Floyd fait référence ici aux différentes campagnes menées par les mouvements LGBT états-uniens contre la législation discriminatoire américaine contre les gays et les lesbiennes dite « don’t ask, don’t tell », qui est entrée en vigueur en 1993 sous l’administration Clinton. Elle consistait à permettre aux personnes gaies et lesbiennes d’intégrer l’armée sous condition de ne pas révéler leur identité sexuelle (don’t tell). L’armée de son côté était désormais sommée de ne pas se renseigner sur l’orientation sexuelle des nouvelles recrues (don’t ask). Cette législation à été abolie en 2010 par le Sénat américain. [NDT].
  • 4. Leo Bersani, Le rectum est-il une tombe, Paris, EPEL, 1998. Édition originale : « Is the Rectum a Grave ? », October, vol°43, 1987, p. 197-222.
  • 5. Douglas Crimp, « How to Have Promiscuity in an Epidemic », October, vol°43, 1987, p. 237-271.
  • 6. Samuel Delany, Times Square Red, Times Square Blue, New York, New York University Press, 2001.
  • 7. Jordana Rosenberg et Amy Villarejo (dir.), Queer Studies and the Crises of Capitalism, GLQ. A journal of lesbian and gay studies, vol°18, n°1, 2012.
  • 8. Nom de la « Marche des fiertés » en Allemagne, qui rappelle les « émeutes de Stonewall » en 1969. Ces émeutes contre la répression policière sont parties d’un bar, le Stonewall Inn, qui se trouvait justement dans la rue Christopher Street dans le quartier de Greenwich Village à New York. [NDT].
  • 9. Lauren Berlant et Michael Warner, « Sex in Public », Critical Inquiry, vol° 24, n°2, 1998, p. 558.
  • 10. Martin Summers, Manliness and Its Discontents. The Black Middle Class and the Transformation of Masculinity, 1900-1930, Chapell Hill, University on North Carolina Press, 2004.
  • 11. Michael Kimmel, Manhood in America. A Cultural History, New York, The Free Press, 1996.
  • 12. Joseph Massad, Desiring Arabs, Chicago, University of Chicago Press, 2007.
  • 13. Edward Said, « Traveling Theory », in The World, the Text, and the Critic, Cambridge, Mass. Harvard University Press, 1983.
  • 14. Edward Said, « Traveling Theory Reconsidered » in Reflections on Exile and Other Essays, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 2000.
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« Les queers sont les maoïstes du genre ! » (Hélène Hazéra, On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/les-queers-sont-les-maoistes-du-genre/ Sun, 05 Oct 2014 19:08:53 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=400 Continuer la lecture →]]> Emission On est pas des cadeaux!  de 2012.

Un nouveau volet de la série « En quête de notre histoire », l’histoire des luttes transpédégouines et la vie de personnes qui ont marqué ces luttes. Cette émission est consacrée à Hélène Hazera, à l’occasion d’un entretien réalisé pendant les UEEH en 2010. Dans ce portrait, elle nous raconte son histoire, son parcours de militante dans quelques groupes politiques depuis les années 1970, du FHAR  à Act Up-Paris.

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Nous resterons une honte pour la Nation – Eurocrade, Marseille 2013 https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/04/nous-resterons-une-honte-pour-la-nation-marseille-eurocrade-2013/ Thu, 04 Sep 2014 13:04:30 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=199 Continuer la lecture →]]>

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A en entendre certain.e.s -de G. Bush à Ni putes Ni soumises en passant par Caroline Fourest !- notre monde serait aujourd’hui (comme à l’époque des Croisades) divisé en 2 camps : d’un côté le monde civilisé, démocratique, libéral, tolérant, antisexiste, respectant les « minorités sexuelles », plutôt blanc et judéo-chrétien, de l’autre c’est la barbarie, l’autoritarisme, l’intégrisme, l’homophobie, le sexisme, plutôt racisé et musulman. Cette vision est issue en partie de l’idéologie du « choc des civilisations », alimentée par la « guerre au terrorisme » post 11 septembre 2001 et se nourrissant de traditions coloniales et d’une réalité post-coloniale. En découle une islamophobie relayée par les médias des pays dits occidentaux (ex: l’industrie hollywoodienne, la série 24h Chrono, le film Zero dark thirty, ou encore le magazine Elle ou Cosette…) et accompagnée d’un renouveau de nationalisme. C’est ainsi que des groupes LGBT américains, européens, israéliens etc. (plus précisément les groupes où les gays et lesbiennes blanc.he.s et friqué.e.s imposent leur parole et écrasent celle des personnes racisées, précaires, des trans etc.) tolèrent ou soutiennent les politiques de leurs gouvernants. Ces derniers utilisent les luttes féministes et LGBT pour justifier leurs guerres capitalistes et leurs politiques impérialistes (en témoigne la campagne contre l’homophobie menée par les Etats-Unis dans des pays d’Afrique et du Moyen-Orient).

En parallèle, se développe tourisme et commerce gay et lesbien avec une courses aux destinations les plus gay-friendly. En France, Montpellier, ville étudiante fortement cloisonnée où les quartiers pauvres sont en périphérie, remporte la palme en célébrant le premier mariage d’un couple gay (intimes de la porte-parole du gouvernement) qui iront passer leur voyage de noces à Tel Aviv. Le fait qu’Israël, par exemple, soit vu comme le paradis des LGBT (grâce aux relais médiatiques européens entre autres) est censé rendre la destination plus attractive et faire de ce pays un modèle de modernité et de tolérance, en tentant de faire oublier qu’il est un État d’apartheid, fondé sur la colonisation et la guerre.

Le développement de mouvements gays ouvertement capitalistes et ethnocentrés, ainsi que la normalisation de la frange la plus aisée/blanche des LGBT, par le biais de l’accès privilégié qu’illes ont à la consommation, renforcent l’essor des mouvements homonationalistes.

On peut se rappeler de Pim Fortuyn, gay nationaliste néerlandais (amateur de jeunes marocains selon ses propres dires), élu député en 2001, et la présence d’un certain nombre de gays, plus ou moins avoués, chez les cadres du FN, ainsi qu’à l’UMP. Il existe d’ailleurs au moins une page Facebook de LGBT qui soutiennent Marine Le Pen : rien d’étonnant puisqu’elle surfe sur la laïcité et la défense des acquis des femmes et homosexuels face à l’Islam, passant sous silence les positions de son propre parti sur ces questions (et notamment d’un certain Jean- Marie qui parlait il y a quelques années de mettre les « sidaïques » dans des « sidatorium »). Ceci dans un contexte général où, par ailleurs, les prières de rue musulmanes sont unanimement condamnées, alors que les manifestations des anti-IVG catholiques sont protégés par les flics et ne font jamais la une des journaux.

Les groupes LGBT (Gaylib à droite, Homosexualités Et Socialisme à gôche) émergeant également au sein des partis au pouvoir, se bornent à la défense des « droits des LGBT », tout en soutenant les positions racistes et/ou islamophobes de leurs partis (ex: traque des Rroms et des migrant.e.s sans-papiers). Il est d’ailleurs fort probable qu’illes ne descendront plus dans la rue pour défendre le « Mariage pour Tous », alors que 11 nationalités (Maroc, Algérie, Tunisie, Pologne, Slovénie, Kosovo, Cambodge, Laos, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro) restent exclues du cadre de la loi suite à une circulaire signée par Taubira1

En parallèle, les positions anti-voile de certaines féministes et LGBT relèvent aussi bien du racisme et de l’islamophobie déguisés sous le masque républicain de la laïcité. Les slogans “Mon corps m’appartient!” et “Ne me libère pas, je m’en charge!”, sont aujourd’hui vidés de leur sens par différents courants du féminisme, sans que ces derniers y voient une aberrante contradiction. Leurs arguments sont repris par les politiques de droite comme de gauche au nom de la libération des femmes, prétexte à des prises de position et à des lois racistes. L’instrumentalisation du voile (intégral ou pas) pour mettre au ban, empêcher certaines d’aller à l’école, d’exercer leur profession (dans les secteurs privé ou public), d’entraver leur circulation dans l’espace, ne camoufle-t-il pas un rappel à l’ordre et une mise à l’amende de toute une communauté (ex: loi de 20042, l’affaire Babyloup3) ? Ne s’agit-il pas également pour cette frange du féminisme, ou pour ceux qui l’instrumentalisent, d’un réflexe ethno- centré et arrogant, se traduisant par “Je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi” et “Viens dans LA modernité, la mienne, la seule, l’unique ou alors casse toi” ? On sent bien là des relents de paternalisme à la sauce coloniale, et en prétendant sauver les femmes musulmanes (qui n’ont rien demandé), on stigmatise tou.te.s les musulman.e.s (ou les personnes vues comme telles), emboîtant le pas aux fachos et aux politicards. Alors que les agressions d’homosexuels et l’assassinat de Clément Méric par des militants d’extrême-droite soulèvent une indignation nationale et médiatique et des réactions légitimes de colère, le silence, notamment des féministes, face aux agressions d’Argenteuil4 a démontré à quel point la parole de femmes musulmanes voilées est ignorée ou considérée comme suspecte (ex: la sinistre chronique de France Culture « Le monde selon Caroline Fourest » du 25 juin 2013).

Par ailleurs, l’inter-LGBT d’Ile-de-France (organisation regroupant différents collectifs LGBT), en 2011, refusait l’adhésion de l’association Homosexuels Musulmans de France5 et proposait pour la GayPride une affiche (sur fond bleu), représentant un coq gaulois (blanc) portant un boa (de plumes rouges!) : difficile de trouver une meilleure image de l’homonationalisme ! L’affiche a finalement été retirée sous la pression des LOCS (Lesbiennes of Colors) entre autres. Cette année, l’€uropride organise une « conférence » sur le thème « LGBT et religion » qui se résume à une table ronde intitulée « Homo et chrétien, c’est possible » dans une ville où la moitié de la population est de culture musulmane.

Il ne s’agit pas pour nous de défendre des préceptes religieux mais de pointer des discriminations de fait, qui, drapées de républicanisme laïcard ou de féminisme, ne sont que des orientations racistes et xénophobes.

Nous défendons la liberté de chacun.e à disposer de son corps ainsi que de la façon dont chacun.e désire le mettre en scène dans l’espace, sans avoir à subir ni réflexion, ni restriction de circulation, ni répression !

Plus généralement, quand on n’est pas blanc.h.e, on est sous-représentés dans la prise de parole au sein des cercles LGBT. L’imagerie, de l’€uropride notamment, mais aussi de l’ensemble des représentations gaies dans les médias dominants, est construite autour de corps masculins blancs, lisses, musclés… Quand toutefois les personnes racisées sont représentées, comme dans l’industrie du porno gay, il s’agit de les exotiser et de les mettre en scène dans les clichés qui leurs sont associés : lascars, prisonniers, mâles bien montés en tenues coutumières folklorisées… On se trouve en permanence confronté à un rejet ou à la fascination exotique des spécificités physiques ou culturelles des personnes racisées. Être utilisé comme objet sexuel dans une société frustrée n’est en aucun cas une forme de reconnaissance.

Lorsque les médias dominants, les universitaires, les politiciens et la plupart des assos lgteubés parlent de la question des gays et lesbiennes dans les banlieues (celles que l’on appelle « zones urbaines sensibles »), ce n’est que pour les victimiser, généraliser des situations concrètes, invisibiliser et dévaloriser les stratégies des personnes concerné.e.s. En témoignent les propos du co-fondateur de Ni putes ni soumises6: ” La différence entre l’homophobie des campagnes et celle des cités, c’est le degré de violence directe. Les jeunes de cités sont menacés physiquement par des bandes de caïds ou leur entourage le plus immédiat (…); à deux ou trois stations de RER, en république française, être homo est un crime passible des pires châtiments”. C’est à la fois faire passer le climat homophobe et hétéronormé présent dans l’ensemble de la société pour une particularité des quartiers populaires, et stigmatiser au passage l’ensemble de la population des cités. En parallèle, l’Etat ne cesse de renforcer la présence policière, déjà musclée, dans les quartiers dits « sensibles » -comprenez quartiers pauvres- où logent en grande partie des populations qui subissent des contrôles au faciès.

Dans ce contexte global, en tant que « mauvaise élève », pas assez française, pas assez laïque -comprenez trop musulmane- Marseille va se faire redresser : la République s’est donné pour mission la reconquête de la ville, tant au niveau sécuritaire qu’économique. Euromed 1 et 2 (projets de restructuration urbaine), Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture, et l’€uropride en sont des outils autant que les flics. Les politiques et entrepreneurs/investisseurs, aussi rétrogrades soient-ils, ont tout intérêt à y attirer des personnes ayant des revenus sensiblement supérieurs à ceux des habitants actuels, quitte à jouer la carte de l’ouverture et de la « tolérance » vis-à-vis des personnes LGBT.

Et certains groupes LGBT s’accomodent fort bien, voire soutiennent ouvertement ces politiques racistes et islamophobes. Ce soutien permet aux partis et gouvernements en question de conserver une image acceptable, du fait de leurs positions « progressistes » concernant les « minorités sexuelles ». C’est ce qu’on appelle le Pinkwashing, processus de récupération et d’instrumentalisation des luttes féministes et LGBT à des fins commerciales et/ou politiques.

Dans la droite ligne de ces politiques, l’€uropride se vante de son service d’ordre. Est-ce la peur des fachos et des catholiques intégristes ou s’agit-il plutôt de rassurer ses clients, les homos à fort pouvoir d’achat qu’il faut protéger des autochtones pauvres et non-blancs (donc a priori homophobes et voleurs). Ainsi, l’orga a mis en place un système de bracelets électroniques afin de sécuriser les paiements dans les lieux de consommation de la Pride, et une application pour smartphones ! A qui s’adresse l’évènement et comment des outils sécuritaires (les puces électroniques entre autres) peuvent être utilisés lors d’évènements soit disant militants? On nous fera bientôt croire que les caméras de vidéosurveillance sont là pour éviter les agressions homophobes ! D’ailleurs, le FLAG ! (asso des policiers et gendarmes LGBT ) qui aura un stand au village de l’€uropride nous montre qu’il n’y aurait pas d’incohérence à être LGB(Trans ?) et à participer à toutes les opérations de répression de l’état raciste : expulsions, reconduites à la frontière, traque des pauvres, des sans-papièr.e.s, des prostitué.e.s . C’était quoi les premières Prides déjà? Ah oui! C’est vrai, la commémoration des émeutes de Stonewall à New York en 1969, riposte aux violences policières sur les trav’, les trans et les homos! Alors, fier.e.s de quoi dans tout ça? De se faire géolocaliser, pucer, ou de claquer la bise à un flic, tout LGBT soit-ille?

NOUS, des trans, pédés, gouines, bi.e.s, queers, asexuel.les, et tordu.e.s en tous genres (majoritairement blanc.he.s, cisgenres et valides), refusons que les luttes de libération soient utilisées, détournées, dissoutes dans des discours racistes, coloniaux et sécuritaire et qu’elles servent d’argument pour exclure, stigmatiser, expulser. Les barbares sont ceux qui exploitent la misère, ceux qui donnent des leçons de démocratie à coups de canons, et ceux qui sont capables de « tolérer » n’importe quoi, de collaborer pourvu que leur capital ou leurs petites fesses s’en sortent.

Nos luttes sont globales! Notre force se nourrit de nos solidarités, de la construction collective de nos outils de défense et de nos ripostes! Nous ne voulons pas de frontières, nous ne voulons pas de drapeaux, nous sommes fier.e.s d’être une honte pour la Nation !

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Des féministes, trans, pédés, gouines, bi.e.s, queers, assexuel.le.s et tordu.e.s en tous genres (majoritairement blanc.he.s, cisgenres et valides).

1- Cette circulaire informe les maires qu’ils ne peuvent marier un ressortissant français et un ressortissant de l’un des 11 pays cités, en raison d’accords bilatéraux indiquant que la loi relative au mariage qui s’applique est celle du pays d’origine.
2- La loi du 15 mars 2004 interdit le port de tenues et de signes religieux « ostensibles » à l’école. Elle s’applique depuis la rentrée scolaire 2004/2005 et interdit de porter le voile, plus ou moins couvrant (hidjab, tchador, khimâr), la kippa, les grandes croix chrétiennes (catholique, orthodoxe), le dastaar, turban avec lequel les Sikhs cachent leurs cheveux, le bandana s’il est revendiqué comme signe religieux et couvre la tête. Qui est concerné ? Les élèves des établissements scolaires publics, même majeurs, tout le personnel scolaire, enseignants compris, et les parents accompagnant les sorties scolaires. Cette interdiction s’applique dans les écoles, collèges et lycées publics (classes préparatoires et BTS compris), et tous les lieux extérieurs accueillant des activités scolaires (gymnases…). Les universités ne sont pas concernées. Les risques encourus : une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’à l’exclusion si l’élève persiste dans son refus d’enlever le signe religieux après un dialogue prolongé avec le chef d’établissement.
3- Il s’agit du licenciement d’une salariée de crèche (Yvelines) pour refus d’enlever son voile. La cour de cassation a déclaré le licenciement illégal mais des Caroline Fourest, Elisabeth Badinter et autre Finkielkraut ainsi que la présidente de Ni Putes Ni Soumises (parmi tant d’autres) ont signé une pétition demandant une modification de la loi sur la laïcité afin d’interdire le voile dans toutes les structures privées ou publiques accueillant des enfants. La directrice de Babyloup a reçu lla médaille du Mérite des mains de Manuel Valls. La loi est en préparation.
4- Les 20 mai et 13 juin, deux agressions de femmes portant le voile ont eu lieu à Argenteuil: leur voile leur a été arraché, elles ont été rouées de coup (l’une d’elle, enceinte, a fait une fausse-couche) et ont reçu des insultes racistes et islamophobes.
5- Présents sur le programme de l’IDEM durant l’Europride
6- F. Chaumont , Homo-ghetto : Gays et lesbiennes dans les cités : les clandestins de la République.

>>> Trouvé sur marseilleonsencule.noblogs.org

 

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Egalité des droits ? (slam) https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/31/egalite-des-droits/ Sun, 31 Aug 2014 13:28:04 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=166 Continuer la lecture →]]> Égalité des droits, non mais vous croyez quoi
égalité des droits, au regard de quoi
Décadent, décadent. Quand je serai dedans, moi aussi je pourrai rejeter les décadents.
Courir après, m’assimiler
Si intégré j’peux exister
Nantis, nantis. On va quand même pas rester planqués parmi les nantis. Pourquoi se réinventer un autre radeau quand on peut se pousser derrière le chefton en écarquillant un peu les parois du paquebot.
Avec mes pales papiers de blanc j’me fonds aux murs du bateau
les autres coulent, derrière, dans les tréfonds de l’océan
tant pis, y’a pas d’la place pour tous les manants
Faut bien q’y’en ai qui crèvent en sourdine pour flatter notre orgueil de couard
égalité des droits, non mais vous croyez quoi
égalité des droit, mais pour qui dans quelle voie
Avoir le choix de pouvoir se marier
ça c’est un combat, de pouvoir avoir le choix, ça s’appelle l’égalité
« je ne veux pas me marier mais je veux pouvoir avoir le choix de me marier »
Vas-y répète, j’ai pas compris, pas capté ta logique, mais je pense t’as pas le
temps de m’expliquer, ta logique tombe sous le sens
Va, rentre dans la danse, une alterno gaucho qui veut révolutionner c’est bien
beau mais ça va pas nous avancer bien haut,
Ni homme ni femme Zombie
ils sont bien rigolos ces jeunots mais bon un peu de sério
déjà tout le monde ne jure que par cela l’égalité des droits, et faudrait encore
leur expliquer, z’avez qu’à lire, on a pas le temps, faites pas semblant de pas
comprendre, normalisation des revendications,
et des trans qui se font castagner ? C pas la question, on ne parle pas de ça là,
des sans paps qui se font rembarrer ? Plus tard, dans la lutte y’a des priorités
des gouines qu’osent pas s’outer ? Les petits gais marchent fièrement devant Coq
au poing, colons avides, oubliant les sœurettes derrière
La cellule binaire reproductrice, un repère de rêve, pourquoi nous autres lgbt
s’en affranchir ?
C bien ce qui nous distingue, gouine, trans et pédés
Comme si ça pouvait nous ressembler, de faire exploser la cellule familiale
Comme si ça pouvait avoir du sens, de pas se retrouver assimilée à un ventre à féconder
Comme si on voulait s’échapper du piège de l’amour, comme seul repère
d’existence- se trouver d’autres possibles qu’une aliénation dans une cage, flambant
le rose bonbon
Abolition du mariage ? S’arracher le pactole du CAC 40 plutôt que de picorer les
baisses d’impôts des infortunés élus.
égalité des droits, mais pour qui dans quelle voie
égalité des droits, parmi vous j’en veux pas
« Je ne veux pas me marier mais je veux pouvoir avoir le choix de me marier »
Tiens c’est marrant ça me fait penser aux mecs qui ne veulent pas aller aux marches
féministes, non non ça les intéresse pas, mais qui veulent pouvoir avoir le choix
d’y aller !
J’assume mon sectarisme, j’veux vraiment pas avoir droit à la même réalité que
toi, j’aime pas les trompes l’œil ça déforme la vue, l’ordre des valeurs et des
priorités dans une vie. Parce que nos réalités sont différentes, dans une hétéro-
normativité oppressante jamais je serai ton égale alors j’veux même pas essayer !
Et viens me parler, viens de ton pote sans paps’ avec qui tu te maries, me parle
pas de contre- argumentaire, on partage des mêmes choix par défaut dans une
réalité borgne. Ça m’empêche pas de crier les idéaux qui planent au-dessus de
ma tête à chaque instant de ma lutte !
Quand est-ce que tu comprendras que ta lutte de suiveur toute tracée elle étrangle
ma rage à foison ? Parce que, p’tetr t’y crois qu’une fois le droit au mariage on
se rappellera des violences conjugales ? L’APGL est juste derrière, tapie dans
le coin, prête à rebondir au vol, la dernière pierre à l’édifice, que le tableau soit
complet à vos étroites réalités. Et viens pas me charger, que je suis une facho
contre la parenté des gais et des lesbiennes, dis-moi dans ton histoire c à quel
moment qu’on crée de la solidarité à plusieurs, même dans nos chaumières ?
Dans le genre, les luttes prioritaires, une meuf qui crève tous les deux jours et
demi sous les coups de son mari, ça te parle pas, ? T’as envie de ressembler à ça ?
Arrête steuplait, de caresser ton p’tit cul dans le bon sens du poil avec le mal
hors de ta portée
La violence de la cruelle normalité, elle frappe à ta porte, tu peux plus te détourner
Se raccrocher au symbole judéo-chrétien qui nous scelle les deux pieds liés sous
la croix et la bannière- t’abuse, la bonne idée !
Courir au diapason derrière la première connerie lâchée, vous avez pensé avant
de vous culbuter ?
Le devoir conjugal, nous aussi on y a droit ! Non si la nature m’a mise de côté
j’tirerai la nappe-forteresse de mon côté, j’renverserai à tort et à travers tous ces
20bouts de pied mêlés j’botterai en touche et me fouterai la tête dans le sable, plutôt
que de ressembler à vos gueules d’apôtres !
Parce que la réalité d’aujourd’hui c’est des gamines de 20 ans qui veulent se
marier et avoir des enfants, qui s’endettent déjà jusqu’aux dents parce qu’elles
ont pas le temps de penser autrement, et q’ça me fait flipper !
Parce que dans cette course à cotiser jamais on se tourne du côté de son voisin
pour lui serrer la main et chercher, c quoi ensemble qui nous ferait un peu de
bien ?
Parce qu’on faillit à chaque marche sur les routes de la solidarité, on a pas appris,
plutôt que la compétitivité ?
Parce que l’égalité des sexes ça se passe comme, des bofs bobos qu’offrent leur
bouquet aux meufs à la journée de la meu-fa, comme ça p’tetr bien qu’ils se les
taperaient, moi je joue pas dans cette cour-là !
Parce que l’homophobie est la première cause de mortalité des 12-25, pour cause
la virilité comme culte de la personnalité a trouvé son ennemi public number one.
égalité des droits, parmi vous j’en veux pas
égalité des droits, vraiment très peu pour moi

(Trouvé sur basseintensité.internetdown.org)

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Je ne veux pas me marier https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/30/je-ne-veux-pas-me-marier-2012/ Fri, 29 Aug 2014 22:31:18 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=69 Continuer la lecture →]]> Je_ne_veux_pas_me_marier-b5383Je ne veux pas me marier. Signer un contrat devant la République pour reproduire fidèlement le couple et la famille, ces institutions qui ont toujours servi à la reproduction de l’ordre existant, est une idée qui me répugne. La norme est trop étroite. Je ne me laisserai pas dicter quel comportement je dois avoir. Je ne suivrai pas docilement le troupeau de ceux qui emménagent dans une vie de crédits, biens rangés entre le boulot
et le foyer.

Mes désirs ne sont pas solubles dans la platitude de vos relations. Je ne suis pas à la recherche d’une vie de bohème dans un ghetto pour gay. Je ne veux pas de vos rapports truqués où l’on se considère comme des marchandises. Je m’en branle de la reconnaissance de l’Etat. Je n’en ai que foutre de vos lois, de vos arrangements démagogiques, de vos coming-out de célébrités, de votre bienséance et de votre bonne pensée. Je ne me plierai pas à vos injonctions qui me poussent à m’intégrer toujours plus à cette société.

L’hypocrisie de vos réformes n’est guère moins nauséabonde que les serments des réacs de tous bords et culs-bénits de toutes religions. Et faisant les louanges de la démocratie occidentale et de ses valeurs, vous ne faites que les rejoindre dans un remake du « travail-famille-patrie »…

Décembre 2012.

L’affiche en pdf : Je ne veux pas me marier

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[actu] Conformiste, bourgeois, romantique : le mariage gay épouse les traditions https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/30/actu-conformiste-bourgeois-romantique-le-mariage-gay-epouse-les-traditions/ Fri, 29 Aug 2014 22:15:36 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=65 Continuer la lecture →]]> Au cœur de mariages de couples homos par «M», le magazine du «Monde»
publié le 29/08/2014 par le média mainstream Yagg
À en croire l’auteure de l’article, les couples qui se sont mariés jusqu’ici ont privilégié la tradition à la subversion.

«Je considère que, lorsqu’on occupe une position sociale supérieure, la vie privée n’existe plus et qu’il faut se montrer pour aider les jeunes gays vivant dans des milieux moins libéraux», a confié Jean-Paul Cluzel, le président du Grand Palais, à la journaliste du Monde Raphaëlle Bacqué. Il lui a donc ouvert les portes de son mariage avec Nicolas Droin, le directeur de l’Orchestre de chambre de Paris. Parmi les invité.e.s, Alain Juppé, Valérie Trierweiler, la directrice de la danse de l’Opéra de Paris Brigitte Lefèvre, le PDG de la Fnac Alexandre Bompard, et des énarques… Une ambiance bon chic bon genre, où l’on pouvait se frotter à «des costumes élégants et des cravates en soie».

L’ouverture du mariage avait beau être décriée comme un élément de rupture avec des traditions millénaires, dans de nombreux cas, les couples d’hommes et les couples de femmes qui se disent oui respectent à la lettre l’étiquette. «J’avais insisté pour que l’annonce de notre union soit publiée dans le Bulletin quotidien, cette bible des élites administratives françaises», souligne ainsi Jean-Paul Cluzel, lui aussi sorti de l’ENA et membre de l’Inspection des finances. Finalement, «ce fut un mariage classique avec alliances, champagne et quelques non-dits» puisque les familles des mariés ne leur ont pas offert de cadeau, sans donner d’explication particulière.

L’article de M, le magazine du Monde, décrit d’autres mariages mondains, mais aussi des unions de couples moins en vue. «On y retrouve les mêmes rituels, alliances, bouquets et vins d’honneur comme si, célébrées sous les ors de la République, les amours homosexuelles adoptaient aussi les conformismes de l’hétérosexualité», écrit Raphaëlle Bacqué. La journaliste, parfois avec quelque maladresse, relève quelques particularités propres aux couples gays ou lesbiens. Pour certain.e.s, le mariage serait «trop ringard» ou cette cérémonie vue comme «une forme de compromission». Les couples de même sexe se permettent aussi quelques excentricités, constatées ça et là. Mais dans l’ensemble, «on ne moque surtout pas l’institution, lorsqu’on choisit de s’y soumettre, et l’on rêve au contraire de “normalité”», peut-on lire. Un rêve que l’on touche déjà du doigt, semble-t-il: ouvrir le mariage «accélère la banalisation de l’homosexualité, et donc son acceptation», n’hésite pas à affirmer M. Cette mesure qui a réveillé le pire – les défilés en rose et bleu – charrierait aussi le meilleur, comme le veut la formule consacrée.

 par Julien Massillon
(source mainstream : yagg)
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Chers ex-contestataires, G.Hocquenghem, 1986 https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/25/chers-ex-contestataires-hocquenghem-1986/ Mon, 25 Aug 2014 00:20:13 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=30 Continuer la lecture →]]> Chers ex-contestataires, le retour de la droite ne vous rendra pas votre jeunesse. Mais c’est bien la gauche au pouvoir qui vous l’a fait perdre. Définitivement. Ce fut sous Mitterrand que vous vous êtes « normalisés » ; et sous Fabius que vous avez viré votre cuti. Pour devenir les néo-bourgeois des années 1980, les maos-gauchos-contestos crachant sur leur passé ont profité de l’hypocrisie nationale que fut le pouvoir socialiste. Sous lui, ils s’installèrent dans tous les fromages. Plus que personne, ils s’en goinfrèrent. Deux reniements ainsi se sont alliés : celui des « ex » de Mai 68 devenus conseillers ministériels, patrons de choc ou nouveau guerriers en chambre, et celui du socialisme passé plus à droite que la droite. Votre apostasie servit d’aiguillon à celle de la gauche officielle.

Extrait de Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Guy Hocquenghem, 1986

 

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