Prostitution masculine – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Sun, 12 Jul 2015 14:57:53 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 A Marseille, le difficile parcours des travestis algériens https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/marseille-travestis-algeriens/ Thu, 11 Jun 2015 18:01:32 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1472 Continuer la lecture →]]>

travaljezair« Arrivés dans la cité phocéenne dans les années 1980, de nombreux travestis d’origine algérienne sont aujourd’hui victimes d’agressions physiques et verbales. Une association s’inquiète du rétablissement du délit de racolage passif, voté par le Sénat fin mars. » (Article de Stéphanie Plasse, ma$$média Le Monde Afrique du 29 mai 2015)

« Comme au bled, des personnes nous agressent parce que nous sommes homosexuels et différents, lance Rayane (*). On nous jette des cannettes, on nous insulte, on nous roue de coups. » Rayane a quitté Annaba, une ville de l’est de l’Algérie, pour rejoindre Marseille au milieu des années 1980. C’était à une époque où les Algériens pouvaient facilement obtenir un visa touristique d’une durée de trois mois pour la France. « C’est à cette période, comme l’observe le sociologue Laurent Gaissad, auteur d’une étude sur la prostitution algérienne à Marseille, que la plupart ont décidé de tenter leur chance en se prostituant de l’autre côté de la Méditerranée. »

Issus des milieux populaires, ils venaient de la métropole portuaire d’Annaba et de son arrière-pays, mais aussi d’autres grandes villes côtières comme Oran, Mostaganem ou Skida. Mais, à la différence de Rayane, les Algériens allaient à Marseille pour se constituer un pécule et repartaient ensuite au pays. « Pour beaucoup, la prostitution n’était qu’une étape pour un commerce en Algérie, acheter une voiture ou un appartement », explique Laurent Gaissad.

« L’étape du mariage »

La situation est devenue plus difficile avec le début de la guerre civile en Algérie en 1991, et l’instauration de la loi Pasqua en 1993 pour renforcer les mesures contre l’immigration clandestine. Les déplacements sont rendus compliqués, voire quasi impossibles pour les Algériens ayant fait l’objet d’une mesure d’expulsion en France. « L’étape du mariage est soudain devenue un enjeu collectif pour ces personnes qui souhaitaient rester et qui craignaient de retourner dans leur pays où les homosexuels étaient menacés », souligne Laurent Gaissad.

Depuis 1995, l’association Autres Regards organise des tournées dans les quartiers de la cité phocéenne dans un objectif de prévention, de réduction des risques sexuels et de lutte contre toutes les formes de violences à l’égard des prostitués. Parmi eux, les travestis, qui sont victimes au quotidien d’agressions physiques et verbales. Dans les locaux de l’association, on s’inquiète du rétablissement du délit de racolage passif, voté par le Sénat fin mars, et de la suppression de la pénalisation des clients. « Avec le rétablissement de ce délit, on fragilise et on vulnérabilise ces personnes au lieu de les protéger », s’insurge Jean-Régis Ploton, directeur d’Autres Regards.

Djamel (*) fait partie de ces prostitués algériens qui ont choisi de se marier pour assurer leur sécurité. Dans les années 1990, il a épousé une Française d’origine algérienne pour avoir la nationalité. « Elle était lesbienne et j’étais homosexuel. Ce mariage m’a permis d’avoir des papiers et de préserver l’honneur de nos deux familles. »

A 49 ans, Djamel continue de se prostituer aux abords de l’avenue du Prado à Marseille. « Quand je suis arrivé en 1985 à Paris, j’ai fait la connaissance de prostitués algérois qui s’habillaient en femme. Comme j’avais besoin d’argent, j’ai commencé cette activité. Au bout d’une semaine, je suis redescendue à Marseille et j’ai continué à vendre mes charmes du côté de la gare Saint-Charles », se souvient-il.

« Les clients nous préfèrent en femme »

A cette époque, les prostitués algériens arpentaient les rues de ce quartier de drague masculine, dont la proximité avec la gare et l’autoroute A7 en direction d’Aix-en-Provence et d’Avignon en faisait un lieu très fréquenté.

Aujourd’hui, les prostitués maghrébins ont pris possession d’autres quartiers : rue de la Bibliothèque, rue Adolphe-Thiers, rue de la Rotonde, avenue du Prado… Si ces hommes ont choisi de s’habiller en femme, c’est avant tout par nécessité économique et pour conserver un certain anonymat. « La prostitution en “homme” ne marche pas. Les clients nous préfèrent en “femme”. C’est également mieux pour moi. Dans la journée, je suis en garçon, je passe inaperçu et je peux mener ma vie librement », raconte Djamel. Aujourd’hui, les nouveaux arrivants se font rares. Seuls restent à Marseille les prostitués algériens venus dans les années 1980 qui, malgré les années, et les distances parcourues, vivent encore avec le poids du secret.

(*) Les prénoms ont été modifiés

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« L’argent circule dans toute relation sexuelle » https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/20/largent-circule-dans-toute-relation-sexuelle/ Mon, 19 Jan 2015 23:31:44 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=853 Continuer la lecture →]]> livre

Dans L’échange économico-sexuel, une douzaine de chercheurs montrent que les liens entre relations sexuelles et argent ne concernent pas uniquement la prostitution.

Entretien publié le 31 décembre par le mass média bobo Les Inrocks.

 

Les maisons closes de Bolivie, les clubs libertins de Paris, les femmes européennes qui tombent amoureuses de Bédouins au fin fond du Sahara, les “noces de papiers”… L’échange économico-sexuel, écrit sous la direction de Christophe Broqua et Catherine Deschamps, explore à travers le monde des formes variées de rapports sexuels.

A partir d’enquêtes de terrain, une douzaine de chercheurs décrivent les relations diverses qui existent entre sexe et argent, ou plus globalement entre relations sexuelles et compensation économique ou sociale. On y croise des femmes blanches relativement âgées qui se “paient” l’affection de jeunes Noirs, des prostituées en Bolivie, des homosexuels au Maroc, ou des hommes qui refusent de payer quoi que ce soit pour parvenir à avoir des relations sexuelles avec une femme. Autant d’exemples qui très souvent font référence au premier texte de ce livre, celui de Paola Tabet. Cette anthropologue italienne a développé la théorie du “continuum dans l’échange économico-sexuel” ; selon elle, pour toute relation sexuelle, il existe une compensation économique. Et cela va de la prostitution… au mariage. Une approche qui trouve écho dans de nombreuses pratiques à travers le monde, comme ont pu le constater Christophe Broqua et Catherine Deschamps.

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Pourquoi avez-vous souhaité aborder ces questions de liens entre sexe et argent ?

Christophe Broqua. J’ai beaucoup travaillé sur les milieux homosexuels au Mali, et cette thématique des “transactions sexuelles” s’est en quelque sorte imposée à moi: en Afrique, la place de l’argent est centrale dans les rapports sexuels, et dans les relations sociales plus généralement.

Catherine Deschamps. Pour ma part, j’ai fait pas mal de recherches sur la prostitution de rue. J’étais agacée de voir à quel point on pouvait isoler la prostitution dans les débats. C’est comme s’il y avait d’un côté la prostitution et de l’autre l’ensemble des autres formes de sexualité. Comme si mettre le focus sur la catégorie “prostitution” permettait par effet miroir de cacher les systèmes d’intérêt qui existent dans les relations sexuelles et affectives plus banales. Or dans ces recherches, Paola Tabet inscrit la prostitution dans un “continuum”, qui va en gros de la prostitution au mariage. La prostitution devient alors une forme de sexualité au sein d’autres formes de sexualité. Et comme le remarque Tabet, ainsi que les chercheurs réunis dans le livre, l’argent ou les compensations économiques ne circulent pas que dans la prostitution mais dans toute relation sexuelle.

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Les textes de ce livre s’appuient en effet sur les recherches de cette anthropologue italienne, sans pour autant toujours aller exactement dans son sens.

Christophe Broqua. Le point de départ du livre ce sont les enquêtes contemporaines sur les transactions sexuelles, nous ne sommes pas partis des recherches de Tabet. Mais elle a abordé ces thématiques et presque tous les chercheurs se reportaient à ses travaux. Son approche en termes de “continuum de l’échange économico-sexuel” a donc servi de fil rouge mais nous semblait cependant insuffisante et trop restrictive.

Catherine Deschamps. Oui, nous avons en effet voulu marquer un décrochage par rapport à Tabet, car selon elle, ce continuum ne pourrait s’expliquer que par la domination masculine. Or sur le terrain, des chercheurs ont pu voir de nombreuses autres explications et une diversité de rapports de pouvoir dans des directions parfois antagonistes. Tabet s’intéresse à des situations hétérosexuelles où l’homme rétribue la femme en échange d’un service sexuel. Mais l’argent circule aussi entre hommes ou de la femme vers l’homme (comme ces touristes blanches qui tombent amoureuses des “hommes bleus du Sahara” et les couvrent de cadeaux, eux et leur famille). Il existe sans aucun doute des échanges entre femmes, mais il n’y a pas assez de travaux sur le sujet.

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N’existe-t-il pas encore une domination de l’homme sur la femme ?

Catherine Deschamps. Il y a toujours des rapports de domination, mais ce n’est pas nécessairement de l’homme sur la femme. D’ailleurs, le genre rentre en jeu rarement seul ; d’autres éléments sont à prendre en compte, comme l’origine sociale, géographique, la “race”… Par exemple, dans les recherches qui montrent les relations entre “vieilles Blanches” et “jeunes Blacks”, ce n’est pas seulement un rapport homme – femme.

Cela semble difficile dans notre société occidentale d’admettre que tout rapport sexuel induit de l’argent.

Christophe Broqua. Oui, car l’idéologie dominante, c’est qu’il n’y a pas d’argent dans les différentes relations affectives. Quels qu’ils soient, les rapports humains et sexuels doivent être gratuits. C’est différent par exemple en Afrique, où le lien entre sexualité et argent est admis. Pourtant, chez nous aussi ces liens existent, c’est juste qu’ils sont beaucoup moins visibles.

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Tout rapport serait donc régi par l’argent ou une autre compensation ?

Catherine Deschamps. Oui, ce n’est pas seulement le cas des “autres”. La question mérite d’être posée pour tout le monde. Regardez par exemple lors d’un divorce, toutes les querelles autour de l’argent. Ou un chercheur donnait un autre exemple : lorsqu’un fonctionnaire veut changer de ville ou de région, notamment pour rejoindre une zone très demandée, il va parfois “arranger” un couple avec une collègue pour pouvoir être muté ; de son côté, la collègue pourra trouver dans leur union d’autres formes de compensations. De nombreux exemples existent, y compris dans notre société.

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Vous disiez tout à l’heure que la prostitution était, dans les débats, traitée comme une sexualité à part. L’échange économico-sexuel pourrait-il contribuer à avoir une autre vision ?

Catherine Deschamps. Ce livre montre qu’on ne peut pas définir la prostitution par la simple présence d’un lien entre sexe et argent, puisque les différents exemples présentés ici attestent que ce lien existe dans d’autres situations qui ne sont pas considérées comme de la prostitution. Il est donc impossible de catégoriser telle pratique ou telle autre comme “prostitution” ou “sexualité ordinaire” comme s’il y avait un mur étanche. Il y a des porosités, des déplacements, pour une même personne, entre différentes pratiques. On ne peut pas séparer clairement la prostitution d’un côté et les autres rapports de l’autre.

Christophe Broqua. En France, on a tendance à assimiler la prostitution à une situation de traite. Ces femmes seraient sous la domination de quelqu’un et n’auraient plus aucun libre-arbitre. Mais il y a également des femmes et des hommes qui revendiquent faire ce métier, et qui disent que la prostitution ne se réduit pas à cela. Ce n’était pas notre but de parler de la prostitution en tant que telle, mais les prostitué(e)s militant(e)s peuvent très certainement trouver matière en ce livre.

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]]> Traitement préventif contre le VIH ? En finir avec la dépolitisation ! https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/14/traitement-preventif-contre-le-vih-en-finir-avec-la-depolitisation/ Sun, 14 Sep 2014 15:25:37 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=258 Continuer la lecture →]]> Morgane Merteuil et Thierry Schaffauser, militant-e-s du Syndicat du travail sexuel (STRASS), reviennent ici sur le débat associé à un nouveau mode de prévention du VIH, et pointent notamment les effets néfastes d’une stratégie de lutte contre le sida dépolitisée.

 La récente Conférence mondiale sur le sida qui s’est déroulée à Melbourne du 20 au 25 Juillet 2014 a notamment été l’occasion de faire le point sur une stratégie de lutte contre l’épidémie qui fait de plus en plus parler d’elle : la Prophylaxie pré-exposition (PrEP) ; il s’agit, pour les personnes séronégatives, de prendre un traitement anti-rétroviral contre le VIH (le Truvada), afin de diminuer les probabilités d’être infecté en cas de prise de risque. Face au constat qu’en dépit d’énormes progrès réalisés au niveau des différents moyens mis en œuvre pour lutter contre le virus (notamment : accès aux préservatifs, dépistages rapides, Traitements Post-Exposition, Treatment as Prevention, amélioration des traitements existants), l’épidémie progresse toujours au sein des populations clés comme les gays et HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes), les usagers de drogues et les travailleur-se-s du sexe (si le nombre de contaminations parvient à baisser dans certains pays, en France il y en a toujours environ 7000 par an), la PrEP apparaît alors comme un nouvel outil de lutte qui pourrait permettre de réduire le nombre de celles-ci. Si les premiers résultats des essais mis en place tendent à prouver qu’avec une bonne observance du traitement, la PrEP protégerait autant que le préservatif, sa promotion amène tout de même à quelques interrogations. Ce qui peut apparaître comme positif sur un plan purement statistique, ne se traduit pas toujours tel que souhaité une fois mis en place, et des effets non désirés peuvent émerger.

Certaines contraintes, comme le fait de devoir prendre un traitement lourd entraînant de possibles effets indésirables, trouveront certainement leurs réponses dans le futur, au fur et à mesure de l’amélioration de l’outil tout en sachant que le Truvada est en fait déjà connu comme un des médicaments anti-VIH le mieux supporté par les patients séropositifs qui l’expérimentent depuis plusieurs années. D’autres questions, d’ordres plus politiques, méritent en revanche d’être posées dès aujourd’hui, puisque les essais d’une PrEP destinée aux HSH ont commencé en France, via Ipergay (qui vise à tester l’efficacité du Truvada en prise préventive à la demande, c’est à dire de manière ponctuelle, en fonction des périodes d’activité sexuelle des participants)1. Dans le même temps, plusieurs questionnaires ont été soumis aux travailleur-se-s du sexe afin de recenser leurs connaissances et intérêt potentiel pour la PrEP. Il nous semble en effet qu’au-delà des débats sur la potentielle efficacité de cet outil, ou sur les conditions de son utilisation, peu de questionnements ont émergé en ce qui concerne les implications du choix d’une telle stratégie, et notamment des implications politiques et économiques.

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Truvada Whores et travailleur-se-s du sexe

Alors que le Truvada en PrEP a été autorisé l’an dernier par la FDA (Food and Drug Administration) afin d’être commercialisée aux États-Unis, une expression nouvelle a fait son entrée dans les milieux gays, utilisée par ceux (travailleurs du sexe ou non) qui ont opté pour cette méthode de prévention pour s’auto-désigner « Truvada whore » (pute à Truvada). À l’heure où des questionnaires sont distribués et des réunions organisées2 afin de connaître l’opinion de celles qui semblent être la prochaine population cible au sein de laquelle sera promue la PrEP, il nous paraît nécessaire d’énoncer les limites d’une transposition de la PrEP aux travailleur-se-s du sexe, en rappelant notamment les revendications des travailleuses du sexe elles-mêmes quant à l’épidémie de VIH.

Pour commencer, il nous semble nécessaire de rappeler que le débat sur la PrEP au sein de la communauté gay s’inscrit dans la continuité d’autres débats qui l’ont traversée notamment depuis la fin des années 1990 et le phénomène accru de prises de risques sexuels avec l’arrivée des trithérapies. Depuis le milieu des années 2000, le traitement comme prévention (TasP) part du constat qu’une personne séropositive sous traitement, qui est bien suivie, et dont la charge virale est indétectable, n’est plus contaminante. Cela a permis à de nombreux gays d’avoir une sexualité sans préservatifs, et est apparu comme un grand soulagement pour les couples sérodifférents qui vivaient auparavant dans la peur d’une contamination en cas de rupture ou de non usage du préservatif. Les débats sur les politiques de prévention axées sur le préservatif ou des stratégies dites de réduction des risques se prolongent donc avec l’arrivée de la PrEP. En effet, il s’agit d’un important changement de paradigme dans les stratégies de prévention des gays. Tandis que le préservatif restait le seul moyen de ne pas devenir séropositif, dont une des principales conséquences est de devoir prendre un traitement à vie, il sera désormais possible de prendre un traitement pour ne pas devenir séropositif.

Par ailleurs, le monde de la lutte contre le sida étant dominé par les gays, les autres populations clés ne sont pas épargnées par ces débats, dont bien entendu la communauté des travailleur-se-s du sexe. La différence est que la PrEP ne fait en réalité pas débat chez les travailleur-se-srSEs du sexe. Il ressort ainsi de l’enquête menée sur les attentes concernant cet outil au sein de la communauté3 que la PrEP n’est pas encore aussi connue qu’elle peut l’être chez les gays, mais surtout qu’elle ne suscite pas le même enthousiasme. Dans l’enquête menée, à l’échelle internationale cette fois, par le NSWP, il apparaît également que :

 « Les travailleuses du sexe ont exprimé une grande incertitude à l’égard de la PrEP et d’une mise sous traitement précoce. La majorité des participants étaient sceptiques quant à ces stratégies et beaucoup ont déclaré qu’ils ne voudraient pas adopter la PrEP comme stratégie de prévention »4.

Cette différence d’enthousiasme s’explique par le fait que les problématiques de prévention chez les travailleur-se-s du sexe sont assez différentes de celles chez les gays. Par exemple, la problématique d’une potentielle baisse de plaisir sexuel avec le préservatif qui est exprimée par certains gays, ne l’est a priori pas pour l’instant de la part des travailleur-se-s du sexe, dont le but premier du rapport sexuel avec leurs clients est l’obtention d’un revenu plus que la recherche de plaisir. Ainsi, on note également que la relâche des outils de prévention chez les gays travailleurs du sexe se constate bien plus dans leurs pratiques « privées » que « professionnelles »5. Par ailleurs, comme le remarquait la « Note du STRASS sur la PrEP »6, « le préservatif sert parfois de barrière émotionnelle avec les clients et permet de faire la différence entre le travail et la vie sexuelle et affective privée ».

Il est vrai en revanche qu’il existe une demande de rapports non-protégés de la part des clients des travailleur-se-s du sexe. Cette demande est d’ailleurs une des raisons principales des craintes des travailleur-se-s du sexe face à une potentielle mise en avant de la PrEP à leur destination, puisqu’il est probable qu’il s’ensuivrait une concurrence accrue entre les travailleur-se-s du sexe qui, utilisant la PrEP, accepteraient ces pratiques, et les autres. Il est à craindre, dès lors, que de nombreuses travailleur-se-s du sexe optent pour cette stratégie de prévention non par préférence personnelle pour cet outil, mais pour s’adapter au marché. Comme toujours, cette pression sera encore plus néfaste aux travailleur-se-s les plus précaires et qui ont déjà un moindre pouvoir de négociation. Plus inquiétant encore, ce sont justement les travailleur-se-s les plus précaires qui risquent d’avoir un accès plus difficile à la PrEP, puisque la précarité est bien souvent une entrave majeure à l’accès aux services de santé, avec la répression qui touche, elle aussi, en priorité les travailleur-se-s précaires.

Si l’on peut souhaiter que les recherches progressent de manière à rendre la PrEP de moins en mois contraignante, il n’en reste pas moins que la prise régulière d’un traitement est inenvisageable pour de nombreux-se-s travailleur-se-s du sexe. La nécessité d’un suivi médical amenant forcément les travailleur-se-s du sexe à devoir déclarer leur activité, la stigmatisation apparaît déjà en tant que telle comme une barrière conséquente même pour les travailleur-se-s du sexe qui pourraient être intéressées par cet outil de prévention, puisque la révélation d’une utilisation de la PrEP équivaudrait alors à une révélation de l’activité professionnelle de la personne. Inversement, dans les pays réglementaristes qui imposent déjà des tests médicaux aux travailleur-se-s du sexe, il est à craindre que le droit élémentaire de refuser un traitement, alors qu’on n’est pas malade, fasse peu de poids face aux volontés de certainEs de contrôler l’état de santé des travailleur-se-s du sexe par crainte qu’elles ne contaminent le reste de la société.

La PrEP pourrait ainsi dans certains contextes servir d’argument supplémentaire pour imposer le dépistage et une mise sous traitement obligatoires pour toutes les travailleur-se-s du sexe, et justifier d’autant plus la criminalisation de la transmission du VIH existant dans des pays comme la Grèce ou la Suède. Ainsi, la Suède oblige tout séropositif à déclarer son statut sérologique à ses partenaires sexuels, ce qui pousse les travailleur-se-s du sexe à enfreindre la loi pour ne pas prévenir leurs clients, tandis qu’en Grèce, une véritable chasse aux sorcières7 à eu lieu contre des personnes séropositives, travailleur-se-s du sexe ou non, comprenant raids policiers, emprisonnements, dépistages obligatoires et publication dans les médias et sur le site de la police des photos de celles dépistées positives et identifiées (quand bien même ce n’était pas le cas) comme travailleur-se-s du sexe . Quand bien même, dans d’autres contextes, il pourrait sembler qu’il s’agit de protéger non le reste de la société mais les travailleur-se-s du sexe, la logique ne serait pas différente de celle qui a mené au XIXe siècle au régime français des maisons closes ou au Contagious Diseases Act anglais. Ainsi, on lit, toujours dans la consultation réalisée par le NSWP, que : « Les participants ont noté que ces technologies ont augmenté la surveillance des travailleur-se-s du sexe et intensifié le risque de violations des droits, y compris le dépistage, le fichage et le traitement obligatoire des travailleur-se-s du sexe. »8

La répression, première cause de vulnérabilité des travailleur-se-s du sexe

La répression a déjà comme conséquence que de nombreuxSEs travailleur-se-s du sexe séropositifVEs voient leur accès au traitement entravé, puisqu’elles ne peuvent pas toujours y avoir accès lorsqu’elles sont en garde-à-vue ou en prison. C’est également la répression qui réduit le pouvoir de négociation des travailleur-se-s du sexe face aux clients qui veulent des rapports non protégés, puisque plus les travailleur-se-s sont précarisées, moins elles peuvent se permettre d’imposer leurs conditions.

Au contraire, en Nouvelle-Galle du Sud (État Australien), aucune contamination entre une travailleuse du sexe et un client n’a été documentée depuis le début de l’épidémie. On notera que cet État a décriminalisé le travail sexuel à la fin des années 1970 avant même l’apparition du sida. Comme le recommandent d’ailleurs de plus en plus de médecins et d’institutions, en plus des organisations de travailleur-se-s du sexe elles-mêmes, la décriminalisation totale des industries du sexe apparaît comme la première mesure à prendre si l’on veut lutter contre le VIH chez les travailleur-se-s du sexe, puisqu’en contexte criminalisé, les préservatifs peuvent être utilisés comme preuve de prostitution, et les travailleur-se-s du sexe disposent d’un pouvoir de négociation moindre pour imposer leurs conditions en termes de pratiques protégées. Lors du congrès de Melbourne, a notamment été publiée par The Lancet, célèbre revue médicale, une étude confirmant que la criminalisation du travail sexuel était l’entrave la plus grande à la prévention chez les travailleur-se-s du sexe9. Mais cette revendication demande de s’attaquer à des causes structurelles, et non pas individuelles et comportementales, de s’attaquer directement aux États prohibitionnistes, non d’établir avec eux ou leurs relais, des partenariats pour cartographier les populations considérées comme étant à risque.

La dépolitisation de la lutte contre le sida

L’arrivée de la PrEP dans le débat public, et plus exactement les modalités de ce débat, nous semblent manquer des enjeux politiques essentiels. La lutte contre le sida, mais plus généralement les luttes pour la santé, demandent la mise en place de politiques plus ambitieuses que celles consistant à mettre un pansement sur un symptôme. La lutte contre le sida a d’ailleurs été, peu après l’apparition de la maladie et des ravages qu’elle a causés, l’occasion d’une affirmation politique radicale de la part d’associations comme, par exemple, Act Up qui, très vite, ont lié l’expansion de l’épidémie à un contexte politique plus global, et ont ainsi su rattacher la question du VIH à des enjeux politiques tels que l’économie de l’industrie pharmaceutique, le pouvoir des patients face au monde médical, l’homo/transphobie structurelle, ou encore la répression d’État et la situation des prisonnierEs. La position d’Act Up a fait l’objet de nombreuses critiques, puisque l’association a toujours préféré mettre en avant une approche de la prévention par le préservatif, le développement d’une responsabilisation communautaire, et la lutte politique, plutôt qu’une approche de « non-jugement » des pratiques individuelles et la réduction des risques comme adaptation à un contexte propice à l’épidémie, tel que l’a défendu par exemple l’association Aides10. S’il semble évident aujourd’hui que c’est cette dernière approche qui, grâce au soutien institutionnel, l’a emporté, il s’agit alors pour nous de penser l’étape suivante, et de rappeler que si la lutte contre le sida est une lutte politique, elle ne saurait ignorer les enjeux dans lesquels elle s’inscrit également en partie.

Si nous nous emparons de cette question aujourd’hui (et si nous espérons que la gauche le fera également), c’est justement parce que cet agenda nous est déjà imposé. En ce qui concerne les travailleur-se-s du sexe, par exemple, jamais la PrEP n’a été une revendication des organisations qui les représentent. Dans un tel contexte, il serait inacceptable de ne pas, au moins, porter un regard critique sur les modalités de cette imposition, et de ne pas tenter de rectifier le tir, afin de ne pas subordonner les intérêts à la fois des travailleur-se-s du sexe et des personnes pour qui la PrEP pourrait être bénéfique à des intérêts politiques et économiques qui ne sont pas les nôtres. Il nous semble en effet particulièrement regrettable que, face à la proposition d’un outil qui pose tout de même un certain nombre de questions, les seules qui semblent émerger des discussions et différents articles, que ce soit dans la presse gay ou généraliste, soient des questions strictement circonscrites aux enjeux de santé individuelle (efficacité ou pas, prise ponctuelle ou pas, dé-stigmatisation du bareback ou pas, etc.) comme si le domaine de la santé lui-même n’était pas lié à d’autres intérêts plus généraux. Mais comme le rappellent les auteurs d’une tribune11 parue sur Yagg et VIH.com, les questions sur les implications politiques plus larges que les stricts enjeux de santé « peuvent agacer ».

Les questions concernant strictement l’efficacité de la PrEP étant délaissée aux scientifiques et spécialistes du virus, nous espérons au moins, en tant que militant-e-s d’une communauté exclue de ces débats, faire émerger d’autres questions qui nous semblent cependant centrales. Ainsi, la question de l’imposition d’un agenda, que ce soit aux HSH ou aux travailleur-se-s du sexe, nous mène à la question de ce que nous voulons, en tant que personnes potentiellement concernées par le VIH. Lorsque nous constatons l’énergie et les financements investis (entre autres par l’industrie pharmaceutique) dans la recherche et la promotion de la PrEP, qui pourrait devenir une manne financière considérable si des millions de séronégatifs perçus comme « à risque » se voyaient encouragés à prendre ces traitements coûteux, nous nous demandons pourquoi si peu d’argent de la lutte contre le sida est alors investi dans des programmes de plaidoyer contre la criminalisation du travail sexuel, étant donné que ce contexte est la première cause structurelle de notre vulnérabilité. Pourtant, lors de la lutte pour l’ouverture du mariage par exemple, il semblait alors évident pour de nombreuses associations et personnalités de la lutte contre le VIH que la lutte contre l’homophobie et pour l’accès aux droits des gays était un enjeu de lutte contre le sida. Pourquoi n’en est-il pas autant de même avec les droits des travailleur-se-s du sexe, des usagerEs de drogue, des prisonnierEs, des trans, ou des étrangerEs ? Nous nous demandons également pourquoi gouvernements et institutions envisagent la promotion de nouveaux outils de prévention plutôt que de réfléchir aux conséquences néfastes de leurs politiques répressives et stigmatisantes. Cela revient, au sujetes travailleur-se-s du sexe, à fermer les yeux sur les causes du problème que l’État a lui-même créé et divertir notre attention en proposant des réponses qui ne sont pas demandées par les concernées.

Comme l’écrivait le STRASS : « L’efficacité de tel ou tel outil de prévention est liée principalement à son contexte d’usage. Quand notre priorité est de devoir nous défendre contre des violences policières et des discriminations accrues, la santé passe après »12. L’intérêt de la PrEP parmi les travailleur-se-s du sexe, mais aussi parmi toutes les populations concernées, sera conditionné à un contexte d’usage favorable qui permette que cet outil apparaisse véritablement comme un choix supplémentaire et non comme une option vers laquelle nous poussent des contraintes d’ordre structurel.

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Comme le rappelait l’avis du Conseil National du Sida, il s’agit avec la PrEP de « faire le pari de l’autonomie et de l’intelligence ». Mais de quelle autonomie parlons-nous lorsque sous prétexte que le travail sexuel est une réponse à une nécessité, celles et ceux qui l’exercent font l’objet d’un traitement d’exception ? De quelle intelligence parlons-nous lorsque l’approche répressive des questions sociales n’est toujours pas remise en question, quand les mouvements de lutte contre le sida ont mis tant de temps à comprendre l’importance de la décriminalisation du travail sexuel et de sa reconnaissance comme travail, ou encore peinent à s’emparer de la terminologie mise au point par les personnes concernées pour les désigner ? Ainsi, lors de la récente évaluation du Plan National de Lutte contre le Sida 2010-2014, les remarques des travailleur-se-s du sexe quant à la non-réalisation des objectifs de celui-ci n’ont été suivies d’aucun effet. Pourquoi nous demander notre avis sur la PrEP si c’est pour dans le même temps esquiver ainsi nos critiques de l’action gouvernementale en matière de lutte contre le VIH chez les travailleur-se-s du sexe ? Tant que ces questions ne seront pas posées, tant que l’agenda ne semblera pas dirigé par et pour les personnes potentiellement concernées par l’épidémie, tant que des conditions claires ne seront pas posées aux laboratoires sur les prix des traitements et la garantie de leur accès universel, et pas uniquement sur la PrEP, mais également sur les trithérapies s’adressant aux personnes séropositives dont nombreuSEs sont les travailleur-se-s du sexe dans le monde à en manquer l’accès, tant que les encouragements institutionnels à la responsabilisation individuelle face aux questions de santé continueront de s’accompagner d’un tel désengagement de l’Etat des services publiques de santé et d’un sous financement de nos associations de santé communautaires, les discours qui prétendent que la promotion de la PrEP constituerait une solution à l’épidémie ne nous convaincrons pas, et nous continuerons à émettre des doutes légitimes sur les intérêts finaux au nom desquels ces recherches sont effectuées.

 Publié par Contretemps.

 

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Trans Rentboys : recueil de textes sur des travailleurs du sexe trans https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/30/trans-rentboys/ Sat, 30 Aug 2014 04:44:17 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=123 Continuer la lecture →]]> gay_transmen_stickers-r5ac340c828074e8eb3f439dfa0eea8ae_v9waf_8byvr_512

Extraits de la brochure :

« Je pense qu’assez peu de gens savent qu’il existe des mecs trans travailleurs du sexe, notamment parce que nous ne sommes pas très présents dans le porno. Il y a beaucoup de porno avec des hommes cis, avec des femmes cis, ou avec des femmes trans (bien que pour ces dernières, l’appellation est un peu différente, et pas forcément… élogieuse) donc c’est ça qui vient à l’esprit des gens, je pense.»

« Une fois, quelqu’un m’a demandé si mes clients étaient majoritairement des hommes, et s’ils étaient plutôt hétéros ou gays. Oui, pour le moment, je n’ai eu que des hommes. Puis j’ai vu la personne faire une drôle de tête en prenant conscience de sa question sur l’orientation sexuelle de mes clients. Et la réponse, c’est oui, j’ai eu des clients hétéros, gays, et curieux. »

(Jet Young, travailleur du sexe trans)

Une brochure traduite par Transkind  à télécharger en format pdf, page par page ou livret.

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« Théorie de la pute » https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/30/theorie-de-la-pute/ Fri, 29 Aug 2014 22:03:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=143 Continuer la lecture →]]> Un montage qui s’inspire assez peu fidèlement d’extraits de « Théorie de la Pute », traduction d’un pamphlet écrit par le mouvement queer insurrectionnaliste américain « Bash Back ! », (qui signifie riposter à l’agression des queers, des trans, des putes, des gouines ou des pédés)… On peut trouver la traduction originale dans la brochure « Queer ultraviolence » et ci-dessous.

Montage extrait de l’émission Haine des Chaînes du 1er avril 2013 (voir). Vous pouvez aussi le télécharger.

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Théorie de la Pute

Pour la pute, il est extrêmement important d’être à tout moment magnifique, à la fois en apparence et intellectuellement. En tant que fidèles déviantEs de la féminité, nous nous devons dans une certaine mesure d’afficher une haine bien sentie à l’égard de toute ce qui est immaculé et fade. Les petits garçons et les petites filles ont besoin de plus de modèles d’obscénité dans leur vie ; de plus de salopes magnifiques et cinglées à admirer. IlLEs doivent apprendre ce que c’est de vouloir, d’être des putes incapables de ravaler et réprimer leurs émotions.

« On ne naît pas pute, on le devient » ne veut rien dire, alors fermez vos putain de cahiers. Nous sommes des contradictions à la démarche fière, et on n’en a rien à battre. Si tu nous cherches, on va t’anéantir toi ainsi que tout ce qui t’est cher. Si tu baises avec nous, on te brisera le cœur ou on tombera peut-être amoureuSEs pour mieux te haïr à jamais. On est accros au dégoût de la société, Jeunes-Filles corrompues qui ne connaissent aucune retenue.

On veut tout détruire, en talons aiguilles sertis de diamants. La violence de nos désirs laisse un arrière goût qui ne ressemble à celui d’aucun autre fluide corporel, c’est un venin mortel que seuls les corps les plus masochistes peuvent déguster et atteindre en rampant pour en redemander. On invite des hommes chez nous, en attendant la dégradation qui garantira notre vengeance, et d’ici-là on se fourre leurs bites dans la bouche, et on avale. Rien à foutre.

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On contemple l’image de notre corps dans chaque reflet qui croise notre chemin, et on ne peut s’empêcher de passer la journée à baiser avec nous-mêmes, tellement notre beauté est incroyable. On arbore notre manque d’assurance tel une couronne dorée qui scintille sur nos jolies têtes ; fièrEs (ou honteuSEs) de nos nombreuses imperfections, à en crever. Nous sommes horriblement vaniteuSEs, et toutes les putes savent que seule une autre pute peut les satisfaire.

Être pute n’est pas une sexualité, une chose pareille n’existe pas. Nos orgasmes sont inséparables de notre haine, de notre sens de la mode et de nos peurs ; rien ne nous fait jouir qui ne nous révolte également, d’une manière ou d’une autre. Nous faisons l’expérience de ce monde comme s’il était un terrain de jeu, trop laid et étriqué pour nos fantasmes ; aucune des zones délimitées par le « sexe » ne peut contenir ces pensées cochonnes. Le sexe, pour nous, c’est faire tourner les têtes, se râper les genoux, et pisser n’importe où, mais surtout pas dans les toilettes.

Si tu vois une pute descendre une rue animée d’un pas chaloupé, tu remarqueras peut-être ses sourcils froncés alors qu’elle marmonne rageusement. C’est parce que ta présence la dérange. Chaque corps insignifiant qui la frôle risque d’être en proie à sa haine. La haine la fait bander. Elle ne perd pas une seconde à former des hypothèses sur toi en fonction de ce que tu portes – tes chaussures ne sont pas assez féroces, ta démarche n’est pas assez sexy, ton regard n’est pas assez intense. Tu n’es rien comparéE aux personnes sublimes qui se cachent dans la ruelle, à l’affût, prêtEs à t’agresser.

La politique n’intéresse pas la pute, la pute est la politique. SéduitE par la douleur incessante qu’est vivre, mourir et souffrir, elle se nourrit à la fois de sa peur de touts petits riens et de l’ivresse de n’avoir rien à perdre. Elle pense que toute tentative de parler de ce monde avec logique n’est que pure illusion : la rationalité, cette activité inutile, typique des connards bredouillants. Tenter de définir son contexte ou d’analyser son existence est tout à fait futile ; absolument rien ne fait sens chez elle. La pute n’a d’intérêt critique que pour l’astrologie, préférant l’opinion des constellations de nos cieux aux élucubrations de quelque vieux blanc à l’agonie.

Brillamment amère, la pute s’accroche au chagrin et à la colère comme à des pierres précieuses qui sertissent son cœur ; ses traumatismes coulent et palpitent avec amour dans ses veines, tels de minuscules éclats de verre. Elle aspire en partie à la tristesse et à la déception dont elle connaît la vérité ; elle est emplie de vide et d’ennui en son absence. Pour elle, voir le monde à travers le chagrin, c’est voir en couleur, sentir la sensation de la vie picoter dans chaque terminaison nerveuse de son corps. Sans lui, la joie aussi lui échappe.

La pute est tout à fait exposée – elle est une blessure à vif, qui suppure une excrétion douce et mortelle sur toute chose, toute personne qui la touche. Elle est nue, et dissimule ce qui lui est sacré aux yeux des autres, à jamais, dans la fente de son entre-jambes. Si tu y regardes de trop près, prépare-toi à ce qu’elle te brise un membre, la lèvre, ton putain de cœur, car tu ne peux atteindre ce qui lui est précieux. Sale espèce humaine de merde.

Une vraie pute sait, au fond d’elle-même, pourquoi ce monde fait semblant de la détester. Toute sa vie, elle a été dotée d’un charme irrésistible qui, doublé d’une versatilité inconvenante, a le pouvoir de révéler les plus indésirables de leurs désirs à ceLLEux qui l’entourent. Les messieurs mariés (et leurs épouses mortes d’ennui) se trémoussent à n’en plus pouvoir à la vue de son cul, alors que les universitaires desséchés se mouillent les lèvres avec enthousiasme, excitéEs par son esprit vulgaire. Lorsqu’elle quitte la pièce, un énorme soupir de soulagement se fait entendre : on n’est plus obligéEs de regarder ses perversités frémissantes en face. SeulEs dans leurs chambres modernes, ilLEs se branlent honteusement sur son image, en se détestant en silence et en maudissant la routine grossière de leur vie.

Elle rit aussi facilement qu’elle pleure. Lorsque Mercure est dans sa phase rétrograde, elle sait que la catastrophe est assurée si elle sort de son lit. Mais même le foutu alignement des planètes, qui travaille main dans la main avec cette société triviale et méprisable, ne peut empêcher sa folie de déteindre sur son entourage et son environnement. Les circonstances qui les font pleurer, elle et les autres putes, créent aussi des hystériques en puissance ; des îlots autrefois isolés dans la folie se rejoignent alors pour partager une bonne rigolade, et peut-être aussi une petite vengeance.

La pute est une salope, oui, mais c’est aussi unE clochardE et unE jeune délinquantE ; c’est une pédale, une queen, une gouine en colère, un manarchist insurrectionnaliste en talons hauts, unE travelo tyrannique. Elle est tout et rien, tout le monde et personne à la fois. Glamour sous ses nombreux déguisements et transparentE dans ses désirs obscènes. Elle déborde d’amour pour ceLLEux qui répandent la haine, toujours enchantéE par la beauté cachée sous cette stérile économie des corps. Rien ne lui donne plus de plaisir que de cracher au visage de l’humanité, en riant à gorge déployée alors que les gouttes de ses crachats puants dégoulinent sur les mentons pointus, avant de s’écraser avec délectation sur le trottoir sale qui se déroule sous ses pieds

Bash Back !

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Et quelques samples de journaux des années 60, du film J’embrasse pas et de propos de manifestantes à Toulouse, extrait de la même émission :

 

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