Phallocrates – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Fri, 03 Jul 2015 19:16:02 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Pour une politique du fist-fucking ?, entretien avec Marco Vidal https://depavage.noblogs.org/post/2015/05/16/pour-une-politique-du-fist-fucking-entretien-avec-marco-vidal/ Sat, 16 May 2015 01:26:06 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1415 Continuer la lecture →]]> 312dOLwsxjL._SY300_La main fermée serait exclusivement signe de violence, de protestation. Et l’occident n’aurait produit qu’une seule pratique sexuelle au XXe siècle, le fist-fucking. Marco Vidal cherche, dans un livre paru chez Zones, à nous démontrer que le poing au contact du rectum ou du vagin se domestique, devient douceur et il nous fait parcourir, chemin faisant, l’histoire de la médecine, de la littérature comme de ses propres fantasmes. [entretien publié dans le webzine lundi.am #11 février 2015]

En lisant ton livre, la phrase qui tournait en rond dans ma tête était celle au début de L’Erotisme de Bataille : « De l’érotisme il est possible de dire que c’est l’approbation de la vie jusque dans la mort ». Si l’on suit cette définition le fist ne serait-il pas la pratique érotique par excellence ?
Vu de l’extérieur, le fist fucking pourrait parfaitement convenir à la phrase de Bataille et la phrase de Bataille au FF. On y voit la violence, et potentiellement la mise en danger. C’est bien ce que montre la forme criminelle historique à laquelle je le ramène : l’empalement. De ce point de vue, Bataille pourrait parfaitement être cité par Dolmancé, le héros sadien de La Philosophie dans le boudoir. Mais en vérité j’ai travaillé à l’envers de cette idée. J’ai plutôt voulu montrer, contre les apparences et l’opinion ordinaire qu’on en a, que cette pratique exige une domestication incroyable des puissances criminelles de la main. Approbation de la vie jusque dans la mort, oui. Mais une mort approchée, apprivoisée, repoussée par l’expérience des puissances de vie du corps.
3-000-cyclistes-nus-manifestent-contre-les-voitures-et-le_1233677_1200x600
Le fist serait l’unique création sexuelle du XXe siècle selon Foucault, c’est de cette affirmation que tu pars pour enquêter sur l’origine du fist. Mais est-il vraiment possible de faire l’histoire du fist ? De remonter jusqu’à sa création ?
FIST est un livre de littérature. J’ai pris soin d’ajouter sous le titre la mention « Fiction d’essai ». C’est une appellation paradoxale, hybride, transgenre qui désigne le récit d’une expérience par les mots. Une expérience traversée par l’enquête sociologique, historique, littéraire, érotique. En tant que littérature, c’est aussi une expérience proposée au lecteur et j’en connais qui ont eu du mal à aller jusqu’au bout ! Il ne s’agit donc pas vraiment d’une généalogie du FF. Je passe évidemment par l’histoire. Je cite des documents, ce sont de vrais documents, ce sont aussi d’incomparables morceaux de fiction. Le texte de Dumareau sur le toucher rectal c’est une exploration spéléo-poétique. Et ce qui m’intéresse, c’est que la littérature y aille comme la main y va. C’est pas facile, c’est dérangeant. Ça peut être surprenant et paradoxalement plus beau qu’on ne le croit. En ce sens, terminer sur le Cantique des cantiques c’était à la fois un clin d’œil et une apothéose.
Prostate Exam
La médecine semble avoir considéré le toucher rectal de manière contradictoire. Il y a d’une part ceux qui utilisent le doigt et ceux qui utilisent le spéculum. A quoi renvoie une telle division ?
Cela ne concerne pas seulement le toucher rectal mais tous les doigtés médicaux. Le bistouri de Boyer remédiant à la fissure anale, le speculum d’Ambroise Paré qu’emploie Aubert dans le traitement du vaginisme sont les attributs médicaux d’une culture. Il ne faut pas l’oublier, l’occident de cette époque ignore quasiment tout de l’art médical du massage. Je crois que le speculum d’Aubert, l’usage du chloral sont des précautions déontologiques pour approcher le corps féminin, alors même qu’on est en train de lui infliger la violence d’une pénétration forcée. De ce point de vue, le doigté de Récamier ou de Thure Brandt sont des innovations singulières de la médecine du XIX siècle. Innovations audacieuses qui ont valu à ces médecins d’être traités comme des pestiférés par beaucoup de leurs pairs. Ce qui est frappant c’est de voir que ces débats qui ont divisé la médecine du XIXe ont disparu aux alentours de la Grande Guerre. 14-18, c’est le triomphe de la chirurgie traumatique, le couronnement des anesthésiques et du bistouri. La guerre aura décidé du destin du malade. Endormi et instrumentalisé. Il n’y a là rien d’innocent.
pic07711
Tu dis que le trou du cul n’est pas « un muscle qu’on commande mais un muscle que l’on séduit », justement c’est quoi le rituel de préparation d’un bon fist ?
Il y a des doux et des brutaux. L’éventail est dans mon livre. Il y a des partenaires qui demandent un double FF d’entrée. C’est quelque chose que je refuse. Si ça commence avec un double, je ne veux même pas savoir où ça peut finir. Ce type de performance réintroduit la dimension phallique de la pénétration, celle d’un Dolmancé dont je parlais plus haut. Personnellement je suis plutôt dans une position d’attente. Je commence par le bout des doigts. Je laisse le corps manifester sa faim. Je réagis à son frisson, et encore pas tout de suite. J’aime assez que le sphincter soit en avance, qu’il m’offre plus que je ne lui demande, manière d’éviter la douleur. La première étape c’est de trouver sa place à l’intérieur. L’étape suivante est de l’agrandir en évitant les contractions. Un sphincter tendu, qui bloque c’est une gifle envoyée au fisteur trop entreprenant. C’est un mauvais début, c’est difficile à rattraper. Ensuite c’est plutôt le jeu de la main qui m’intéresse, une façon de rencontrer les dimensions organiques du rectum et du plaisir. Je suis fou de ces moments où sans savoir comment j’allume un brasier sur le visage congestionné de mon partenaire qui ne me lâche pas des yeux. Pas besoin de parler, je sais que j’ai la permission. Je ne suis plus dans son cul. Tous les deux nous sommes dans la même nacelle, e la nave va…
tumblr_niddvccFKk1r2d8pzo1_1280
La majorité des rencontres que tu racontes se font par internet. Il n’y a pas de communauté de fistfucker aujourd’hui ? Des lieux de drague fist ?
J’ai rencontré mes interlocuteurs par le biais de réseaux téléphoniques. Ce sont des plateformes de contact, des sortes de foires aux désirs. C’est assez varié. Il y a de tout, et donc aussi, quoique pas majoritairement, des propositions de fist. Mes partenaires étaient des adeptes réguliers, mais aucun ne m’a renvoyé vers des réseaux spécialisés. Sur Paris, davantage que des communautés, je dirais qu’existent de petites confréries de fisteurs-fistés, des amitiés fondées sur ce goût, qui organisent des séances à trois ou quatre. En ce qui concerne les clubs, il me semble que le Sida a eu raison des lieux les plus hard, surtout ceux consacrés au plaisir anal, comme le Keller en son temps. Y a t-il des équivalents aujourd’hui ? Existe-t-il des soirées fist dans des clubs généralistes ? Je n’en ai pas eu d’échos. Quant aux lieux de dragues, le fist y est encore moins probable. L’attractivité des lieux de drague tient pour beaucoup au fait que ce sont des endroits potentiels de consommation, et le fist « à la sauvage » j’envisage mal ce que ça peut être, ce n’est pas une pénétration avec son dénouement somme toute rapide. C’est tout le contraire.
tumblr_miypwkXfHb1reto9vo1_500
Et enfin, où se situerait pour toi la force politique d’une telle pratique ? En quoi pourrait-elle faire affront à la morale dominante ?
Je dis dans mon livre que le fist est une sexualité sans phallus. C’est une phrase qui mérite des explications. Le phallus c’est à la fois quelque chose qui se voit et qui ne se voit pas. Ce qui se voit, ce n’est pas tant le pénis comme organe que l’acte de pénétration. On peut m’objecter que le fist en a toutes les apparences. Oui, mais c’est une pénétration paradoxale où la main nie ses puissances criminelles pour devenir partenaire, se faire caresse, se lier au corps de l’autre, nouer sa dynamique à la dynamique du rectum en une sorte de danse érotique. Ce qui ne se voit pas du phallus, c’est l’ordre symbolique. L’Antiquité ne connaissait pas l’homosexualité en tant que telle. Elle ne connaissait que des positions – active et passive. Sabrer, être sabré, disait Foucault. Sabrer est une position virile. Un homme peut sabrer femme ou homme sans distinction et sans déchoir. En revanche, être sabré est une position inférieure, et pour un homme une position infamante. Voilà quelque chose à quoi le fist me semble échapper. Pas seulement parce que ses partenaires ont également un trou et une main.

vlcsnap-2015-01-30-02h36m57s169

Aux USA, dans les années soixante, la plus célèbre association de fist, la FFA (Fist Fuckers of America), exigeait de ses membres qu’ils aient expérimenté une main dans le cul avant de devenir fisteur. Ce n’était pas une précaution inutile. Mais je remarque que c’est une exigence dont on n’aurait jamais idée pour la sodomie par exemple. Dans le même sens, les clubs SM qui ont abrité les premiers fist fucking comprenaient mal cette pratique jugée trop tendre. Et ce n’est pas étonnant parce que les pratiques SM ont une manière à elles de jouer et surjouer le rapport phallique de domination pour en faire un plus de plaisir. C’est vraiment de ce point de vue qu’il y a quelque chose à apprendre du fist. Expérimenter des puissances érotiques qui n’inscrivent pas chacun à une place déterminée, déplacent ensemble les partenaires vers des formes de plaisir qui échappent aux canons dominateurs, orgasmiques, explosifs et criminels du phallus.

1620564_618599514880415_1710458928_n

]]>
[actu] Le Refuge ? Expulsions, arnaques, menaces, abus sexuel… https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/07/actu-le-refuge-expulsions-arnaques-menaces-abus-sexuel/ Sun, 07 Dec 2014 02:05:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=742 Continuer la lecture →]]> Jeunes mis à la porte, bénévole condamné pour abus sexuels sur mineurs, conditions d’hébergement insalubres… : accueillis par Le Refuge censé soutenir les victimes d’homophobie, ils accusent.cracher

Quelques unes des crapuleries de ces vautours sont enfin déballées au grand jour et expliquées dans un article Rue89/NouvelObs paru en novembre 2014 et qui fait écho des témoignages de personnes « accueillies » par la structure… Même si  leurs pratiques sont trop connues et que c’est un secret de polichinelle, ne pas révéler leurs agissements par crainte de réaction homophobe, n’est autre que de l’homophobie !

Officiellement, personne n’a rien à dire contre Le Refuge, la seule association de lutte contre l’homophobie reconnue d’utilité publique. Chargée de recueillir les jeunes homos virés de chez leurs parents, cette structure créée en 2003 à Montpellier (et qui s’est développée depuis dans de nombreuses villes) fait l’unanimité.

Ses parrains ont participé à « Qui veut gagner des millions ? » ou « Fort boyard » cet été. L’association peut compter sur le soutien public et affirmé de la ministre de la Justice Christiane Taubira. Elle perçoit d’importants dons publics et privés qui s’élevaient à 850 000 euros en 2013, selon sa direction.

Une asso LGBT : « Ils nuisent à notre cause »

Officieusement, les critiques sont bien plus nombreuses et les regards bien plus méfiants sur l’action du directeur général du Refuge, Frédéric Gal, et de son président Nicolas Noguier. Joints par la rédaction, les deux récusent toutes les accusations.

Contactées par Rue89, trois associations LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), qui ont toutes souhaité conserver leur anonymat, nous ont mis en garde. L’une d’elle nous explique :

« Il est hors de question que je témoigne publiquement contre Le Refuge car ce serait trop délicat pour nous. Et d’ailleurs vous devriez faire attention, vous ne savez pas où vous mettez les pieds.

Le Refuge a beaucoup d’appuis et dès que l’on se permet de regarder un peu de trop près ce qu’ils font, ils contre-attaquent.

Le problème pour nous, en tant qu’association LGBT, c’est qu’ils nuisent à notre cause. Ils perçoivent la majorité des dons publics, ils sont très visibles, mais ne sont pas très pros avec les jeunes qu’ils hébergent. Ils sont très critiquables, mais très peu critiqués. »

« Abus de pouvoir, drogues »

Tout a éclaté en février dernier, lorsque plusieurs jeunes hébergés par l’association ont été expulsés en plein hiver. Luc Sol, 24 ans, accompagné par l’antenne de l’association à Toulouse, a ainsi été prié de faire ses valises du jour au lendemain pour avoir critiqué Le Refuge sur sa page Facebook.

Voici un extrait de son message posté le 29 janvier sur le réseau social :

« Nous rencontrons [au refuge de Toulouse, ndlr] de graves problèmes concernant les bénévoles et la direction. Problème de conflits graves entre bénévoles et jeunes, abus de pouvoir, danger alimentaire et sanitaire, drogues. […]

Et le directeur du Refuge Toulouse, a fait comprendre à trois jeunes, dont moi clairement, que si je parle je suis susceptible d’être expulsé. »

Voir le document

(Fichier PDF)

Trois jours plus tard, la sanction du Refuge tombe : une lettre informe Luc Sol de son exclusion (lire ci-contre).

Les trois avertissements devant normalement précéder l’exclusion sont détaillés dans ce seul courrier :

  • un premier avertissement pour avoir posté ce message sur Facebook ;
  • le second pour avoir utilisé de façon non autorisée des documents officiels de l’association ;
  • et le dernier pour avoir publié, toujours sur le réseau social, deux vidéos jugées diffamatoires où Luc Sol expliquait ses conditions d’hébergement.

Une dizaine de jeunes virés du Refuge

Ce jeune a-t-il été viré pour avoir critiqué l’association ? Contacté par Rue89, le directeur Frédéric Gal assure que le jeune homme a été violent – chose qui n’est pas mentionnée dans la lettre d’exclusion.

« Nous l’avons exclu car il a eu un comportement menaçant et violent en plus d’avoir été diffamatoire. Oui, si les jeunes ne respectent pas le contrat, nous n’avons pas d’autre choix que de les exclure. Toutes les associations font cela, surtout que tout ce qu’il dit est faux. »

Mais Luc Sol est loin d’être le seul à dénoncer les conditions d’hébergement de l’association. Une dizaine de jeunes ont été exclus cette année après, pour la plupart, avoir critiqué l’association sur Facebook. Ils ont notamment dénoncé les conditions alimentaires.

Un ancien jeune hébergé à Lille entre juin et novembre 2013 témoigne :

« Nous avions le droit à un seul repas par jour, sinon il fallait se débrouiller par ses propres moyens. »

Frédéric Gal précise :

« Nous n’avons pas l’obligation de fournir trois repas par jour. S’ils veulent manger, il y a Les Restos du cœur. »

Des aliments « souvent » périmés

Comme ce jeune, Luc Sol assure avoir régulièrement mangé de la nourriture périmée :

« Cela dépend des villes, mais à Toulouse, nous avions un partenariat avec la banque alimentaire et très souvent les aliments nous arrivaient soit périmés le jour même, soit le lendemain. Or la nourriture devait nous faire la semaine.

Nous sommes plusieurs à avoir fait des malaises, mais la direction de l’association ne voulait rien savoir. »

Nous avons donc posé la question à l’antenne parisienne de l’association. Et si la direction jure ne jamais donner d’aliments périmés, plusieurs jeunes, actuellement hébergés par la structure, confirment :

« Oui, cela arrive de temps en temps. Mais on ne peut pas vraiment se plaindre, sinon on risque de tout perdre ».

Luc Sol et deux autres jeunes exclus dénoncent également des abus commis par des bénévoles qui auraient demandé de la drogue aux jeunes hébergés.

Jérôme (son prénom a été changé), un jeune hébergé à Lyon puis exclu, avait lui pris et diffusé sur Facebook des photos pour dénoncer l’insalubrité de son appartement.

Il veut montrer avec le cliché que, dans la chambre dans laquelle Le Refuge l’héberge, une nappe de table lui tient lieu de couverture.

Un bénévole condamné pour pédophilie

Plus grave encore, quatre jeunes assurent auprès de Rue89 qu’un bénévole auparavant condamné pour attouchements sur mineur venait travailler à l’association, et disait représenter Le Refuge à Metz. Frédéric Gal se défend :

« Il n’a jamais été bénévole au Refuge, il a juste mené un projet avec nous. Nous sommes au courant de la plainte qui a été déposée contre lui, mais cela n’est pas arrivé au Refuge. Et il n’était pas en contact avec nos jeunes. »

Pourtant, un jugement rendu par le TGI de Metz en septembre et que s’est procuré Rue89 vient contredire la défense de Frédéric Gal :

« Dans la mesure où […] [le bénévole] a été condamné pour des faits d’abus sexuels sur mineurs comprenant une interdiction d’entrer en relation avec des mineurs dans un cadre professionnel ou associatif et qu’il ressort de ses conclusions récapitulatives du 1er avril 2014 “qu’il a pris [nom masqué] sous son aile” dans le cadre de l’association Le Refuge dont il est bénévole. »

Capture de l’extrait du jugement du TGI de Metz

Harceler les médias pour les faire taire

Rue89 a donc contacté le gouvernement et les pouvoir publics, mais seule une responsable socialiste, qui s’est occupée des questions associatives, a accepté de nous répondre en « off ». Elle met en lumière deux lignes de conduite politique vis-à vis de cette association :

« Officiellement, le gouvernement, comme les principales villes, soutient Le Refuge notamment depuis la loi autorisant le “mariage pour tous”.

Mais nous nous apercevons de plus en plus que des choses pas très nettes se passent. Nous sommes un peu coincés car le sujet est trop délicat et serait facilement repris par des mouvements homophobes.

Et il faut savoir que pour obtenir leurs nombreuses subventions et faire taire les médias, l’association procède au harcèlement. Dès qu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils contactent la presse pour se plaindre. »

Le Refuge n’hésite pas en effet à contacter les médias qui souhaitent enquêter sur l’association. Cinq minutes après que nous avons raccroché avec Frédéric Gal, le président Nicolas Noguier a contacté l’ensemble de la direction de Rue89 pour proposer un partenariat avec sa structure. Ce qu’il n’avait jamais fait jusque-là.

Un sondage qui fait tâche

En novembre 2013, Le Refuge avait commandé à l’institut CSA un sondage [PDF] qui avait suscité l’ire de nombreuses associations LGBT.

Pour Frédéric Gal et Nicolas Noguier, il s’agissait d’auto-évaluer la notoriété de leur structure.

Ce sondage montrait que, par comparaison avec deux autres associations LGBT, Le Refuge était la plus appréciée et que les Français étaient sensibles aux sujets traités par la structure.

Le président d’une grande association qui lutte également contre l’homophobie témoigne :

« Ce sondage est délirant. Ils gâchent de l’argent pour prouver qu’ils sont les plus aptes à en recevoir. Jusqu’à présent, nous n’avons rien dit car on nous reprocherait une simple jalousie dans un milieu associatif très concurrent.

Mais jusqu’où iront-ils ? En juin dernier par exemple, ils ont purement et simplement récupéré la mort d’un jeune. Je trouve ça dégueulasse. »

Un accident transformé en suicide ?

Le 26 juin dernier, deux jours avant la Gay Pride, Le Refuge avait effectivement communiqué sur la mort de Peter, un jeune anciennement hébergé par l’association à Montpellier. Selon eux, le jeune homme se serait suicidé, notamment à cause de ses parents qui rejetaient son homosexualité.

De très nombreux médias ont repris cette information, qui a eu un retentissement encore plus important du fait de la proximité de la Gay Pride. Problème : quelques jours plus tard, après l’autopsie, le vice-procureur à Albertville privilégiera la thèse de l’accident. Ce qui n’a pas empêché Nicolas Noguier de maintenir ses conclusions et de répondre sur Facebook au magistrat :

« Concluez sur la thèse de l’accident si cela peut permettre à sa famille, qu’il ne faut pas stigmatiser, de faire son deuil, mais n’utilisez pas des arguments choquants. Personne ne saura jamais pourquoi le jeune garçon se trouvait au bord d’un précipice à deux heures de marche de chez lui, en tenue de ville. »

« Où va l’argent ? »

Enfin, d’anciens bénévoles, parrains où collaborateurs s’intéressent aux finances du Refuge. Contacté par Rue89, l’ancien photographe officiel de l’association, Bruno Autin, reprend ces interrogations :

« Plusieurs choses m’ont choqué et notamment l’exclusion de tous ces jeunes en pleine période de trêve hivernale. Comme j’ai versé environ 2 400 euros de dons personnels à cette association, je me pose une question : où va l’argent ?

Presque 1 million d’euros pour 70 places d’hébergement, cela ne choque personne ? »

Par e-mail, le président Nicolas Nogiuer balaie ces accusations :

« Nos comptes sont vérifiés par un commissaire aux comptes qui contrôle les procédures et l’adéquation des dépenses avec les missions. »

Et remet en cause notre travail :

« Je me suis posé la question des raisons de votre enquête à charge. […] Même les inspecteurs de l’action sociale qui nous contrôlent n’adoptent pas ce type de méthodes. »

zuhalten

Secrets de polichinelles révélés par le massmédia Rue 89 le 19 novembre 2014.
]]>
Pédés et gouines : l’horrible engeance, Guy Hocquenghem, novembre 1972 https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/04/pedes-et-gouines-lhorrible-engeance-guy-hocquenghem-nov-1972/ Tue, 04 Nov 2014 17:15:52 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=567 Continuer la lecture →]]> 10562462_723226721084360_5823855265200496531_oL’horrible engeance. Couple banal. Mal mariés : qu’est-ce qu’ils ont à faire ensemble, pédés et gouines, puisqu’ils ne veulent pas se faire l’amour ?

Ça n’avait donc rien d’évident, cette association. Les pédés passent pour misogynes, c’est connu. Ils ont le culte de la bite et de la virilité. Ah, les femmes, les affreuses, les rancunières, celles qui nous volent nos hommes…

Est-ce que les pédés ne demandent pas à être traitées en femmes, alors que les femmes, justement, en ont marre ?

Et pourtant: aux U.S.A., dès le début du Gay Liberation Front (front de libération homosexuelle) en juin 69, après la mort d’un jeune pédé au cours d’une descente de flics dans une « boîte », le Women’s Lib soutient. En France c’est encore plus net : l’initiative vient des femmes. Du M.L.F. d’abord : dès son apparition, il crée les conditions d’une nouvelle compréhension de ce qu’on appelle les luttes. Le champ politique se sexualise, ou, plutôt, l’union pour la lutte des gens concernés par la même situation « privée » devient possible. On est femme avant d’être trotskiste ou maoïste, pourquoi pas pédé ? C’était la vie privée, donc privée de sens politique, ça devient un combat… Les signes s’inversent : dans le privé les pédés haïssent les femmes. Dans la lutte, ils se retrouvent côte à côte. D’ailleurs les femmes prennent aussi l’initiative sur la question homosexuelle. Il existait un club homosexuel en France, feutré et discret : Arcadie. Les femmes qui y étaient se regroupent en liaison avec le M.L.F. : elles imitent les pédés, et, en mars 71, 1e groupe en question se manifeste successivement à la Mutualité, en attaquant un meeting contre l’avortement, en sabotant une émission de Ménie Grégoire sur l’homosexualité. Le mot « hétéroflic » apparaît. Puis c’est le numéro 12 de Tout qui paraît au moment du débat de l’Observateur sur l’avortement auquel pédés et femmes participent activement. Ce sont les gouines qui ont commencé. La majorité du M.L.F. est d’ailleurs réticente, voire franchement critique, à l’égard de cet avorton dernier venu, le Fhar, qui copie le fonctionnement du M.L.F. (assemblée générale hebdomadaire aux Beaux-Arts), en mime le style (chansons, week-end ensemble, amour entre nous, guerre aux phallocrates). Même le numéro 12 de Tout contient un « manifeste de 348 salopes qui se sont fait enculer par les Arabes »…

Une nouvelle logique politique apparaît : des rapports entre pédés et femmes avaient été jusque-là marqués par les culpabilisations qu’entraîne une conception du désir fondée sur le manque et la castration. Les uns et les autres découvrent qu’au fond la castration on s’en fout, qu’on peut jouir sans obéir ni transgresser la loi du phallus. Et puis, qu’il y a des cibles communes: la famille hétérosexuelle reproductrice, etc… On se retrouve pour dénoncer ce rôle. Côté M.L.F., on s’habitue à retrouver les pédés dans chaque manif. Ça paraît tout naturel. Au fond, on ne sait pas très bien pourquoi sinon qu’en principe « ce ne sont pas des hommes comme les autres » puisqu’on a le même ennemi : le phallocratisme, les rouleurs de mécanique qui cassent la gueule aux pédés et sifflent les nanas. En caricaturant, on peut dire que les femmes du M.L.F étaient les vrais Jules du Fhar, politiquement parlant. La plupart des initiatives venaient d’elles.

Face au petit monde gauchiste, les pédés continuaient à jouir de la position enviable – et enviée – d’être les seuls hommes à discuter avec les femmes du M.L.F. Position qu’il importait de sauvegarder. A l’inverse, les femmes montraient avec des pédés leur capacité à parler à des hommes ou du moins à des gens déclarés physiologiquement tels. Cohabitant dans la préparation ration des actions, dans les discussions en petits groupes, certains pédés et certaines femmes finirent par se faire d’authentiques déclarations d’amour, toutes platoniques d’ailleurs. L’affreux rapport de pénétration étant exclu de part et d’autre, et comme on n’avait pas trouvé – on ne l’a toujours pas trouvé d’ailleurs – comment vivre nos relations, on en est venu à confondre la complicité à l’égard d’un même adversaire et un véritable rapport libidinal.

Le Fhar a toujours gardé un côté irresponsable ; une incapacité à penser stratégie. Pas le M.L.F. Les femmes, la moitié de l’humanité, une communauté réelle, ce n’est guère comparable au mouvement brownien de quelques centaines de pédés. Le M.L.F pèse lourd face au Fhar. Pour les femmes, les pédés parlent beaucoup de sexe et peu d’amour. Ce sont des obsédés sexuels, leurs fantasmes tournent autour du sordide ou de l’abject de la pissotière ou des bosquets des Tuileries.

1620886_614525458621154_2135733793_nLes femmes au contraire, tendaient haut la bannière du véritable amour, de la chaleur affective, des vastes et profonds sentiments dont elles constataient l’absence dans le monde des hommes. Les femmes se battaient au nom de l’amour, les pédés au nom du sexe. Mille fois le débat revint, et notamment lors du dernier week-end que quelques copains du Fhar et quelques copines du M.L.F. ont passé ensemble. « Vos histoires d’enculage, c’est du sado-masochisme, nous on veut l’amour. Remontez au-dessus de la braguette », disent-elles. A quoi les pédés répondent : « Mais c’est tout ce qu’on a voulu nous obliger à faire depuis toujours. Sublimer, réaliser l’assomption du sexe homosexuel pour le transformer en affectivité épurée : on n’en veut plus. » Problème: les filles ont expliqué qu’elles en avaient marre de se faire siffler par les mecs dans la rue. A quoi les pédés ont répondu qu’ils ne demandaient que ça, eux : qu’on les siffle, qu’on leur mette la main au cul. Que c’était pour ça qu’ils allaient au Maroc ou en Tunisie. Peut-être faudrait-il qu’on se promène deux à deux, un pédé + une femme, et qu’on détourne les hommages proposés à l’une vers l’autre… Mais surtout, nous est apparu de façon croissante le caractère bloquant de ces statuts, de ces rencontres institutionnelles de groupe à groupe, de ces rapports de puissance à puissance, les pédés, femmes, gouines : on n’est pas seulement ça.

Oui, les pédés et les nanas sont de plus ou moins bon gré collés ensemble : peut-être qu’il n’y a pas besoin de maintenir indéfiniment cette séparation des sexes, elle-même fille de la société hétérosexuelle familiale.

Pédés, gouines, femmes, femmes-pédés, pédés-gouines: moins on a de statuts et de rôles entre nous, mieux on se porte. A chacun ses sexes, et à tous tous les sexes. Et tous les branchements. Une fois éliminés les phallocrates, cela va de soi.

Guy Hocquenghem,in Actuel, n°25, novembre 1972

actuel25

]]>
Au placard dans le placard. (Extrait de La Guillotine du sexe, 1978) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/03/le-placard-dans-le-placard-extrait-de-la-guillotine-du-sexe-1978/ Fri, 03 Oct 2014 15:11:37 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=384 Continuer la lecture →]]> « Le sexe est tabou. Le fait d’en parler, dans certains milieux, avec l’apparence de la liberté, ne change rien au problème. Le sexe n’existe pas en prison. Il ne doit surtout pas exister, sinon il se surajouterait aux autres problèmes et compliquerait encore la situation, qui est déjà assez inextricable comme cela. Et pourtant, il suffirait de regarder la réalité en face pour prendre conscience de la gravité du problème posé : avons-nous le droit de priver un être humain de toute vie sexuelle ? Se taire suffit-il à masquer la vérité ? (…)

Même si, à l’extérieur, des questions se posent et si le dialogue s’ouvre, l’homosexualité reste un ghetto pour beaucoup. En prison, c’est le ghetto dans le ghetto.

Elle reste assez mal portée. C’est le reflet de ce qui se passe ailleurs. Mais cela se manifeste plus brutalement. En taule, un pédé, c’est quelqu’un de faible. Donc on le méprise. Ce n’est pas un homme. Tout devient permis. On peut le racketter, le mettre en quarantaine, ne pas lui parler et lui tourner le dos. (…)

Guillotine_du_sexe

Dan surprend par son apparence très dure. Il a la trentaine bien tassée, le visage sculpté dans le granit, tel un dieu grec.

    • J’en ai marre, annonce-t-il.

    • Qu’est-ce qui t’arrive ?

    • Je suis au bout du rouleau !

    • Pourtant, tu plaisantes tout le temps. Tu as l’air en pleine forme. Tu remontes le moral aux autres.

Il soupire :

    • Penses-tu ! C’est le masque.

    • Et qu’est-ce qu’il y a derrière ce masque ?

    • Si je te le disais, tu serais sur le cul.

    • Et après ?

    • Mais peut-être aussi ne voudrais-tu plus être mon ami.

    • Ça ne va pas !

    • Si, je sais de quoi je parle. J’ai l’habitude. Mais, après tout, Jacques, tu es mon ami. Je te dois la vérité. Tant pis pour les conséquences. Je suis homosexuel.

    • Ce n’est pas un drame.

    • Si tu le prends comme ça, je sens que je vais déjà aller un peu mieux.

    • Tu croyais vraiment que j’allais te tourner le dos.

    • Oh ! Je n’en sais plus rien. J’en ai tellement vu. J’ai eu tellement de déceptions…

    • Tu déconnes complètement. Après ce que tu as fait pour moi, tu voudrais que j’annule tout pour si peu ?

    • Pour si peu, tu en as de bonnes ! D’abord, c’est vachement important…

    • Oui, mais, enfin, tu me comprends…

    • D’accord. N’oublie pas, quand même, qu’un pédé est mal vu en prison.

    • Et après ?

    • Eh bien ! Il vaut mieux ne pas être ami avec lui.

    • Ah ! Ça, je m’en fous pas mal.

    • Je suis soulagé de t’endre parler comme ça. De toute façon, je ne suis pas repéré en tant qu’homosexuel. Alors, tu ne risques rien à me fréquenter.

    • Même si tu étais connu comme pédé, je resterais ton ami.

    • Mais cela te ferai du tort !

    • Et je continuerai à te parler au vu et au su de tout le monde !

    • Tu es jeune. Tu ne te rends pas compte. En taule, un homo, c’est assimilé à une balance. C’est un enculé. Bien sûr, il y en a qui sont respectés, parce qu’ils se conduisent comme des hommes. Ils n’ont pas donné leurs associés dans leur affaire. Et, quand il faut se bastonner, ils ne se dégonflent pas.

    • Justement, tu es comme ça. Tu ne mouchardes pas et tu sais te battre.

    • Je suis un solitaire et je prèfère casser tout seul. Si un mec me monte sur les pieds, je lui flanque une correction.

    • Alors ?

    • Oui, mais, quand même, il vaut mieux ne pas en être. Comme ça, il n’y a pas d’histoires. On n’a pas à se battre pour prouver qu’on est un homme.

BoiteCrumb8

(…) En prison, comme ailleurs, les préjugés restent rois. Ce n’est pas parce que l’on est opprimé que l’on comprend d’emblée les autres opprimés. Au contraire, bien conditionné par le système, l’individu brimé rejette son semblable, afin de se ranger dans le camps des oppresseurs. Il en devient le complice, ce qui lui donne l’illusion d’être un chef, alors qu’il n’est rien d’autre qu’un chien au service de ses maîtres et un traître auprès de ses frères.

Le cas de Dan est particulier. Il était déjà attiré par les hommes avant son internement. (…)

    • Mais alors, comment fais-tu ici ?

    • Je crève à petit feu. (…) Je souffre comme un damné. Quand j’étais au Quartier A, il m’est arrivé de me taper la tête contre les murs. (…) Ce que j’ai enduré, ce que j’endure est atroce. J’ai besoin d’un homme. Il me faut le contact d’un amant tendre et vigoureux, souvent, tous les jours même. Si je ne l’ai pas, j’ai mal partout, dans tout le corps. Surtout, j’ai besoin de me sentir pénétré par un sexe dur et fort. Il m’est arrivé de passer des nuits blanches. Je me bouffe les poings pour ne pas crier. Je reste des heures le membre en érection. J’ai beau me branler, il reste pareil.

    • Mais le fait d’éjaculer ne te procure pas un soulagement ?

    • Eh non ! Parce que ce n’est pas de ça que j’ai vraiment besoin. Seule, une femme pourrait me comprendre. C’est inhumain de rester enfermer comme cela. J’en pleure de rage et d’impuissance.

BoiteCrumb2

Cette vérité, étalée sur des années, c’est ce qu’il importe d’opposer à tous ceux qui pensent que la prison est un paradis pour les homosexuels.

Le problème est différent pour ceux qui deviennent homosexuels en prison. Tout se passant en vase clos, cela se sait inévitablement. Et c’est la fin, pour celui qui espère garder l’estime des « garçons ». Pour retrouver du prestige, il lui faudra davantage faire ses preuves que n’importe qui.

S’ajoute à cela le jeu avec l’Administration. Les autorités veulent bien fermer les yeux sur certaines pratiques, mais en échange de quelques informations. Et, une fois que le pli est pris, il est difficile d’en sortir. La direction ne comprendrait pas une pareille volte-face et les codétenus ne croieraient pas, eux non plus, une pareille marche arrière. Un donneur est un donneur. On n’imagine pas qu’il devienne un homme. Et, comme pédé s’associe à balance, il est des métamorphoses qui paraissent du domaine de l’impossible.

BoiteCrumb5

Il est rare qu’un détenu, homosexuel avant d’entrer en prison, passe inaperçu parmi ses camarades. Sa personnalité, sa manière d’être, ses tendances profondes apparaissent d’entrée. Au contraire même, il peut, dans certains cas, afficher et revendiquer sa déviance. Beaucoup exhibent leur féminité, en particulier les travestis. (…) Ils viennent troubler les plus purs et les plus durs.

Ils viennent nous rappeller que nous avons tous notre part d’homosexualité. Ils nous disent qu’en passant à l’acte, nous ne faisons que dépasser nos résistances à l’attirance pour notre propre sexe. Ce qui est vrai. Mais il n’est pas acceptable que de telles découvertes soient effectuées à la suite de privations.

De toutes façons, les travestis et les homosexuels trop voyants ne sont pas admis en détention. La Pénitentiaire ne saurait courir le risque de les voir perturber toute une prison. Elle les met à l’isolement. Prison dans la prison. (…) »

Extrait de La Guillotine du sexe, misère sexuelle dans les prisons, Jacques Lesage de La Haye, 1978.

BoiteCrumb3

Commentaire Dépavage :

La Guillotine du sexe dresse un portrait de la prison à travers la misère affective et sexuelle des détenus. Bien que certains passages ne soient pas dénués « d’homo-érotisme », l’auteur, hétérosexuel et imprégné par les pensées de l’époque, la psychologie et la psychanalyse surtout, se permet parfois des analyses moralisatrices voire hétérosexistes. Il assimile parfois l’homosexualité (et le travestissement) au narcissisme voire à un état pathologique.

Un autre passage témoigne du viol d’un détenu, Rocky, qui retourne en prison deux ans après la fin de sa première peine et aurait demandé, lors de son passage devant le Conseil national d’observation de Fresnes, à retourner à Caen pour être avec « son ami ». L’auteur conclue que la prison lui a donné goût à l’homosexualité « et pas n’importe laquelle, celle du giron soumis à son julot » et qualifie la prison de « fabrique de schbems ».

Que des personnes découvrent l’homosexualité en prison est une réalité mais, comme en témoigne tous les détenus et anciens détenus (et ce livre ne fait pas exception), celle-ci reste très mal vue dans l’institution carcérale, à la fois par les détenus, par leurs proches et par la pénitentiaire. Si certains découvrent le plaisir entre hommes en prison, d’autres aussi s’en éloignent, beaucoup trop se tuent ou sont tués à cause de l’enfermemement et de l’homophobie, à cause de la nécessité du silence ou de l’isolement, à cause des agressions et des viols.

Non, la prison n’est pas un « paradis pour les gays » comme le voudrait les clichés alimentés par l’industrie pornographique et les petits bourgeois  qui fantasment sur les « mâles virils » des classes populaires.

Il va s’en dire qu’on ne saurait défendre l’institution carcérale parce qu’elle permettrait de découvrir la sexualité entre hommes, ce qui est une aberration que malheureusement il arrive que l’on entende. On ne saurait non plus la condamner pour la même raison, comme semble le faire Jacques Lesage de La Haye.

Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’elle est un enfer pour les pédés qu’il faut en finir avec la taule. Il faut en finir avec tous les enfermements. Une prison qui permettrait aux détenus d’avoir une vie sexuelle, ou même une prison qui serait « gay-friendly », resterait de toutes façons une institution qui prive des individus de leur liberté, une institution au service d’un système politique qui s’en sert comme d’une arme pour inciter les prolétaires à rester dans le rang, enchaînés à l’usine… Si l’institution carcérale est profondément homophobe, hétérosexiste, c’est parce qu’elle est le reflet de cette société. Les différences sociales, liées au genre, à la race ou à la classe, y sont exacerbées.

004062014155413000000expo_gay_dakar_600

]]>
Violence sexuelle dans les prisons pour hommes https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/01/violence-sexuelle-dans-les-prisons-pour-hommes/ Wed, 01 Oct 2014 00:04:17 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=349 Continuer la lecture →]]> Le point de vue d’une psychologue, Evelyne Josse, 2013

vlcsnap-2014-08-30-16h43m01s148

Les prisons, un univers viril

Dans l’univers carcéral, la virilité tient lieu d’identité pour les détenus au détriment des spécificités telles que les différents domaines d’activité (travail, activités de loisirs, etc.) et les liens sociaux (famille, amis, voisinage, collègues, etc.) sur lesquelles reposait leur identité pré-carcérale.

L’incarcération, une perte d’identité

L’incarcération a pour conséquence de déposséder les individus de leur identité personnelle et sociale et d’invalider les compétences et les expériences dont ils pouvaient faire état dans la société. Elle leur impose un univers social confiné, très différent du leur qui les plonge dans une situation où ils sont privés de pouvoir. En effet, l’administration pénitentiaire exerce un contrôle jusque dans les plus petits détails de la vie quotidienne : horaires des repas, du lever et du coucher, composition des menus, programme et type d’activité, accès aux biens de consommation, etc.

Affirmer sa virilité pour être respecté

Partout dans le monde, les rapports de genre sont organisés selon une hiérarchie où les hommes occupent la position dominante et les femmes, une position de subordination. La virilité distingue non seulement les hommes des femmes mais elle classe également les individus masculins selon un axe vertical au sommet duquel se hissent les hommes « dignes de ce nom » et au bas duquel sont relégués les « sous-hommes » assimilés aux femmes.

Dans les communautés carcérales régies par la loi du plus fort, les hommes sont en compétition, ce qui concoure au renforcement des critères et des valeurs propres à l’identité masculine et à la surenchère des marqueurs de virilité. Les individus doivent être capables d’affirmer leur masculinité et de passer pour des « durs » sous peine d’être considérés comme des « tapettes », des « femmelettes » ou des « chochottes », de perdre leur honneur et d’être déconsidérés, voire maltraités.

prison_man

De la virilité au virilisme

Cet impératif de virilité, appelé virilisme, se marque par une exacerbation d’attitudes et de comportements virils. Le virilisme se manifeste principalement par l’agressivité, par la volonté de dominer et de conquérir, y compris sexuellement, par le rejet d’attitudes et de comportements considérés comme des signes de faiblesse tels que pitié, compassion, indulgence, sentiments amoureux, etc. ainsi que par le culte des caractéristiques extérieures de masculinité qui, selon les cultures, se traduit par la musculation du corps, notamment grâce au sport, les cheveux courts ou rasés, le port de la barbe ou de la moustache, les tatouages, un comportement sexuel dominateur, etc.

1234664_168161316721091_1945398425_n

Violence entre prisonniers

La violence structure le collectif carcéral en établissant une hiérarchie entre prisonniers.

« Fuck or fight », « baiser ou combattre »

Dans l’univers pénitentiaire, les violences verbales, physiques et sexuelles infligées à autrui servent à structurer les relations entre les prisonniers ainsi qu’à définir la répartition du pouvoir entre eux.

Chacun gagne sa place en se mesurant aux autres. Face à la provocation ou à l’intimidation d’un codétenu, il est impossible de fuir. Il n’existe dès lors que deux options : « fuck or fight », « baiser ou combattre », selon la paraphrase du célèbre « flight or fight », « fuir ou combattre » du spécialiste du stress Walter Cannon. S’il refuse de se soumettre, l’individu n’a qu’une issue : faire ses preuves, se battre pour son honneur, prouver qu’il est un homme.

Les détenus capables de se faire respecter deviennent des leaders. Ceux qui ne peuvent opposer une résistance efficace deviennent des subordonnés au plan physique, mental, financier et/ou sexuel. La violence produit ainsi des masculinités inégales ; elle départage les individus en deux classes : celle des hommes dignes de ce nom capables d’affirmer leur virilité et celle des sous-hommes.

3059800356

Les « vrais hommes »

Les « vrais hommes » doivent leur supériorité hiérarchique à leurs prouesses criminelles. En effet, ils peuvent généralement se vanter d’un lourd passé déterminé par l’activité criminelle. Ils démontrent à tout moment leur sens de l’honneur et leur volonté de dominer : ils sont violents en réponse à toute provocation ou intimidation et refusent la négociation. On les reconnaît également à leur apparence virile : musculature développée, tatouage, etc.

Les « sous-hommes »

Les « sous-hommes » regroupent les homosexuels, les bisexuels, les transsexuels et les travestis car ils n’attestent pas d’un comportement sexuel dominant et ne répondent donc pas aux canons de la virilité.

Les victimes d’agressions sexuelles sont également exclues de la communauté virile car selon le mythe un homme ne peut être forcé à accomplir quelque acte que ce soit et préfère mourir plutôt que de céder sa virginité anale.

Les détenus qui présentent, ou à qui l’on prête, des qualités physiques ou psychologiques associées aux stéréotypes féminins sont également bannis du groupe des « durs ». C’est le cas des individus petits, minces, aux traits délicats, imberbes, à la peau douce, portant les cheveux longs, maniérés, de caractère sensible, timide et pacifique.

vlcsnap-2014-08-30-16h37m46s72

Parmi les sous-hommes, on retrouve également les prisonniers ayant transgressé le code d’honneur propre à l’identité masculine : les « pointeurs », individus écroués pour avoir violenté une personne vulnérable (un enfant, une personne âgée, un handicapé ou une femme), parce qu’ils ont bafoué la règle prescrivant de protéger les plus faibles et les « balances », parce qu’elles ont enfreint la loi du milieu en trahissant leurs amis.

Les violences sexuelles dans les institutions pénitentiaires

Selon diverses études, un détenu Américain sur cinq serait soumis par ses pairs à diverses pressions pour se livrer à des actes sexuels et un sur dix serait victime de viol (1). 25% des prisonniers Australiens âgés de 18 à 25 ans déclarent quant à eux avoir été agressés sexuellement (2).

Des victimes « coupables »

Les violences sexuelles subies par les détenus soulèvent peu d’intérêt dans la population générale. Ils ne bénéficient pas de la compassion accordée aux « victimes innocentes », celles dont la responsabilité dans le processus de victimisation n’est pas mise en cause.

feet

Implicitement, on attribue aux prisonniers un rôle actif dans la genèse des agressions dont ils sont l’objet dans la mesure où ils ont provoqué les conditions de leur avènement. « Vous vous êtes livrés à des pratiques déviantes et condamnables, vous vous êtes mis dans cette situation, assumez-en les conséquences », voilà ce que pense de nombreuses personnes. Le détenu victime est considéré comme aussi coupable que son agresseur, par exemple, lorsqu’il est agressé par un de ses pairs, voire davantage, par exemple, lorsqu’il est condamné pour pédophilie.

Frustrations sexuelles ?

Les relations sexuelles contraintes entre détenus ne peuvent être uniquement attribuées aux frustrations sexuelles. En effet, nul besoin de forcer ou d’agresser autrui pour satisfaire ses pulsions sexuelles. La majorité des prisonniers se contente d’ailleurs de la masturbation, du recours à la pornographie, d’échanges homosexuels consentis et d’ébauches de relations sexuelles dans les parloirs. De plus, le fait que les agressions soient perpétrées par des hétérosexuels qui à priori n’éprouvent pas de désirs pour leurs pairs masculins conduit à chercher d’autres explications.

vlcsnap-2014-08-30-16h41m09s41

L’exercice du pouvoir

Le véritable enjeu de la violence sexuelle porte en fin de compte sur l’exercice du pouvoir. Le viol et autres agressions sexuelles servent aux détenus à prouver leur puissance, tant à eux-mêmes qu’à leurs compagnons, à confirmer leur appartenance à un groupe dominant et à défendre leur place en son sein.

Selon la conception machiste, être un homme, c’est être supérieur aux femmes ou à leurs équivalents symboliques, la féminité représentant l’antithèse méprisable de la virilité. Les détenus tentent donc de se démarquer au maximum de tout stéréotype féminin en affichant continuellement leur masculinité tant dans leur comportement que dans leur discours.

12 Eadweard Muybridge

Les hommes « femmes » et les hommes « hommes »

Dans la conception des détenus, le partenaire soumis, passif dans la pénétration ou actif dans la fellation et dans la masturbation, est considéré comme homosexuel ou plus précisément, comme un équivalent symbolique féminin. Dans la sodomie, il est pénétré comme l’est une femme, voire même jouit d’une manière comparable. La passivité sexuelle, consentante ou forcée, corrompt son identité sexuée. Elle lui dérobe sa virilité. Il acquiert une réputation de « tapette », de « pédé » mais aussi de « pute », de « salope », de « femmelette », de « gonzesse ».

L’homme dominant, quant à lui, se comporte sexuellement comme il le ferait avec une compagne et éprouve des sensations physiques similaires à celles ressenties dans les rapports hétérosexuels. Il prouve qu’il est un homme en étant sexuellement actif : il entretient une activité sexuelle et il asservit sexuellement son partenaire en lui assignant un rôle de femme. Il affirme et consolide ainsi sa virilité.

marc-armando-s-est-suicide-dans-les-deux-heures-qui-ont-suivi-son-arrivee-a-la-prison-des-baumettes-a-marseille-photo-afp

Bibliographie

- « L’atlas de la Sexualité dans le monde » cité par Massardier, http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/conf/confvictime/prvictimes.html)
- Cabelguen M. (2006), « Dynamique des processus de socialisation carcérale », Champ pénal, http://champpenal.revues.org/document513.html
- Donaldson S. (1993), “A Million Jockers, Punks, and Queens, Stop Prisoner Rape : Sex among American Male Prisoners and its Implications for Concepts of Sexual Orientation”, Stop Prisoner Rape, http://www.spr.org/en/docs/doc_01_lecture.asp
- Human Rights Watch (2001), « No escape : Male Rape In U. S. Prisons », http://www.hrw.org/reports/2001/prison/report.html
- Knowles G. J., “Male Prison Rape : A Search for Causation and Prevention”, The – Howard Journal Vol 38 No 3. Aug 99 ISSN 0265-5527, pp. 267-282, http://www.spr.org/pdf/knowles2.pdf
- Struckman-Johnson C., Struckman-Johnson D., « Sexual Coercion Rates in Seven Midwestern Prisons for Men”, 80 The Prison Journal 379 (2000), http://www.spr.org/pdf/struckman.pdf
- Welzer-Lang D., Mathieu L. (1997), « Les abus dits sexuels en prison : une affaire d’hommes », http://www.traboules.org/text/txtpris.html

Par Evelyne Josse, psy, en 2013

 

Brisons les murs

]]>
Les étiquettes sexuelles, Q-zine https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/26/qzine-etiquettes/ Thu, 25 Sep 2014 23:47:59 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=295 Continuer la lecture →]]> Publié par Q zine, magazine du Réseau des Jeunes LGBTQ de l’Afrique de l’Ouest (QAYN)

 Décembre 2013.

IDAHOT13

par Bonnie Sepora, assistant social et chanteur à Gaborone, Botswana.

 

Chaque fois qu’un mec flirte avec moi, il finit toujours par me demander à un moment ou à un autre, parfois indirectement, mais le plus souvent sans détour, si je suis passif ou versatile. J’en ai l’habitude mais n’empêche que cette question me met toujours mal à l’aise. Il m’est parfois arrivé d’être approché par des mecs qui me disent, droit dans les yeux, que je serais bien à ” pénétrer “. Une fois, un mec s’est même permis de me dire que je ressemblais à quelqu’un qui aimait bien se faire ” piler “.

N’est-ce pas étrange qu’une personne ne sachant rien de moi pense qu’elle a le droit de me coller une étiquette?

vlcsnap-2013-10-28-19h17m59s0

Pourquoi est-ce que le collage d’étiquettes sexuelles semble être le jeu préféré de la plupart des gays? Et pourquoi est ce que chez les gays noirs, ce type de jeu semble avoir une plus grande importance?

Actifs, exclusivement actifs, actif oral, actif-passif ou versatile, versatile-actif, versatile-passif, exclusivement passif, passifs viriles, etc. tant d’étiquettes toutes aussi dénigrantes les unes les autres. Je dis dénigrantes parce que généralement lorsque les gays africains adoptent ces étiquettes, ils mentent. Autrement dit, beaucoup d’entre nous vivent dans un état de déni.

Je n’ai aucun problème avec le fait qu’un mec décide de se coller une étiquette sexuelle, du moment qu’il est honnête avec les raisons de son choix. Par contre, j’ai un problème quand les gays et bisexuels africains utilisent ces étiquettes pour se démarquer de ce qu’ils considèrent comme leur étant inférieurs.

Quand nous nous enfermons dans cette logique selon laquelle, se laisser pénétrer par un autre homme fait de nous un “passif ” et nous enlève une partie de notre masculinité, nous intériorisons inconsciemment ces valeurs religieuses et sociales qui ont justement servies à nous opprimer depuis des décennies et qui n’ont plus leur place dans la vie d’un gay ou d’un bisexuel en ces temps modernes.

   tumblr_m0mua1Ener1qceuzao1_1280

Si vous faites un tour sur Gaydar.co.za ou Adam4Adam.com, vous trouverez un nombre disproportionné de profiles qui se disent actifs. Si 90% d’entre nous sont des actifs, alors qui “se fait piler?”

Curieux que je suis, j’ai décidé de faire un test simple. J’ai créé un profil sur Adam4Adam ; profil sur lequel j’ai indiqué que j’étais “uniquement actif.” Je l’ai baptisé Tumo, lui ai associé un énorme pénis et pris la peine de préciser que celui qui aura la chance de décrocher un rencard avec Tumo devrait s’apprêter à ” se faire péter la rondelle ” (car c’est ce genre de phrases absurdes qui sont courantes sur ce type de sites). Si vous ne trouvez rien de dérangeant dans cette phrase, c’est que vous avez peut-être besoin d’aller voir un psy.

Que pensez-vous qu’il s’est passé? Chaque fois que Tumo se connectait sur le site, de nombreux profils estampillés ” uniquement actifs ” n’arrêtaient pas de le contacter, certains le suppliant presque pour se faire défoncer par son membre disproportionné. Ils lui envoyaient leurs mensurations et en demandaient tous après du ” hard “. Quelques uns demandaient à se “faire inondé” (mais ça c’est toute une autre histoire).

Mes chers frères gays, bisexuels et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, nous sommes tous malades et avons besoin d’aide. Notre déni profond a atteint une dimension psychologique qui frôle le malsain. Que c’est triste que nous ne soyons plus en mesure d’être honnêtes avec nous-mêmes et encore moins avec nos frères gays.

Bien sûr, je n’ai pas été surpris par le résultat de mon expérience. J’ai eu à faire du counselling envers les gays et bisexuels auparavant, alors je suis bien conscient des problèmes que nous avons avec notre sexualité. Dès notre bas-âge, on se fait appelés “tapettes”, “pédés” et j’en passe, des insultes comme pour nous rappeler que nous ne sommes que des créatures ” abominables ” destinées à bruler en enfer. Ce n’est donc pas étonnant de voir que beaucoup d’entre nous finissent par intérioriser tout cela et en arrivent à se détester eux-mêmes. Une réalité que très souvent, nous masquons dans l’alcool et la drogue.

Et puis, il y a l’émasculation des hommes noirs provoqués par le racisme et toutes ses conséquences sur l’appréhension de la psyché masculine africaine, qu’il s’agisse des homosexuels ou des hétérosexuels. La perception sociale que l’on se fait des hommes en Afrique est basée essentiellement sur une exagération et une surévaluation de leur masculinité : le machisme est tout simplement la norme ici.

Il n’est donc pas surprenant qu’il soit si difficile pour beaucoup d’entre nous d’admettre que nous aimons nous faire baisé. Nous percevons les passifs comme étant plus “gays” que les actifs et certains passifs commencent à se voir comme n’étant rien d’autre que de simples réceptacles de bites. Ils deviennent “exclusivement passifs ” – ceux-là à qui la bite ne sert à rien d’autre qu’uriner. À mon avis, ni les mecs ” uniquement actifs ” (c’est-à-dire ces actifs qui ne savent pas ce qu’est un baiser et n’osent faire des fellations), ni les mecs ” exclusivement passifs ” (à qui çà ne pose aucun problème de ne jamais être sucé) ne sont sexuellement ou psychologiquement normaux.

gwbTumblr4-14BkissDuo

Les hommes noirs qui se présentent comme étant ” uniquement actifs “, tout en étant dans le déni, posent un énorme problème à notre communauté. Si vous ne pouvez admettre au fond de vous que vous aimez être pénétré, vous êtes moins susceptible d’être prêts pour des rapports sexuels protégés. Lorsque vous êtes obsédé par l’idée de vous coller une étiquette d’actif tout en ayant honte de vos désirs profonds, et qu’il vous arrive de rencontrer quelqu’un qui vous fasse vibrer le rectum, signe annonciateur d’une envie folle de se faire défoncer ; alors, vous êtes également plus susceptibles de vous laisser aller à des choses plus dangereuses et néfastes telles que la cocaïne, la méthamphétamine ou toute autre chose dans le genre. La prochaine chose qui vous arrivera par la suite, sera probablement vous faire défoncer et pisser dessus.

Plus tard, vous ferez une fixation dessus : vous êtes un actif. Mais curieusement, votre corps vous dit le contraire. Et parce que vous êtes un actif et qu’une certaine “Mojita” vous a dit que les actifs ne peuvent pas attraper le VIH, vous ne vous êtes jamais fait dépister. Quelques années plus tard, allongé sur un lit d’hôpital, on vous annonce que vous êtes atteint de SIDA (pas seulement infecté par le VIH, mais déjà atteint de SIDA). Tout cela parce que vous ne pouviez pas accepter que, comme beaucoup d’hommes – comme la plupart des gays et même certains hétéros – Vous aimez être pénétré, parce que c’est sacrément bon.

Bien sûr, il y en a qui ne ressentent pratiquement pas de douleur, les amoureux transis et ceux qui ont tout simplement de nombreux blocages par rapport à tout ce qui se passe en dessous de la ceinture et ne tirent jamais un grand plaisir à se faire pénétrer. Quatre-vingt dix pour cent de la douleur est psychologique et vient des histoires avec lesquelles on vous a bourré le crane.

Cependant, les histoires de honte ou de douleur au sujet de la pénétration ne sont pas les seuls mythes en circulation. En voici un autre qui est tout aussi néfaste. Être un actif ne vous rend pas forcément plus viril que votre partenaire qui peut accepter souffrir de se faire prendre quelques minutes, puis payer lui-même ses propres factures par la suite et vous enculer à votre tour lui aussi. La plupart des mecs ” uniquement actifs ” ont juste une plus grande bite, une allure plus masculine et tout ce qui va avec.

Comme pour toutes ces autres choses que certains mecs qui se disent exclusivement actifs affirment ne pas faire comme sucer une bite, etc. – cela voudrait tout simplement dire qu’il ne trouve pas votre sexe attirant. Si tout ce que vous pouvez faire c’est vous faire sucer et puis défoncer un trou, alors je suis désolé de vous le dire de cette manière mais, sachez que vous n’êtes pas ” un bon coup “. Il existe des gadgets sexuels qui procureraient plus de plaisir que vous à votre partenaire.

tumblr_m6m43pjCbT1r8xoupo1_500

Je terminerai en répétant simplement que toutes ces étiquettes sont fausses. Pire encore, elles nuisent à notre capacité à entretenir des relations à long terme. Et il ne s’agit pas uniquement de mon point de vue ici, car des études l’ont prouvé.

J’aimerais que vous y pensiez plus sérieusement, que vous preniez un moment pour réfléchir à l’étiquette sexuelle que vous utilisez. Cela représente-t-il vraiment qui vous êtes et ce à quoi vous voulez que l’on vous associe en tant que gay ou bisexuel africain? Soyez honnête avec vous-même. Qu’y’a-t-il de mal à dire tout simplement que vous avez envie d’enculer ou de vous faire enculer ce soir ? Cela ne vous reliera pas systématiquement à une étiquette dont vous ne pourrez plus vous défaire. Qu’y’a-t-il de mal à ce que deux africains s’aiment et couchent ensemble, chacun voulant à la fois se faire plaisir et satisfaire l’autre, tout en sachant que leur masculinité ne sera pas compromise à cause de ce qu’ils ressentent ou font ? Être honnête avec vous-même et envers vos amants est une preuve de force et de respect de soi – et qu’y’a-t-il de plus “viril” que cela ?

Relevons le défi ensemble, gais et bisexuels d’Afrique !

lavenderlove-credit-corinna-nicole

Publié par Q-zine http://q-zine.org/2013/12/31/les-etiquettes-sexuelles/

]]>
Démystifier la beauté, GLH, 1975 https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/25/demystifier-la-beaute-glh-1975/ Mon, 25 Aug 2014 00:36:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=33 Continuer la lecture →]]> Beauté et homosexualité : ça y est,on va tomber dans tous les clichés, de ceux de l’imagerie de l’éphèbe grec, ou de ceux de l’écriture esthétisante, de Wilde à Proust, bref de tout ce qui falsifie l’homosexualité en y amalgamant jeunesse, beauté, culture et fric ; une telle vision ne recouperait que le discours des homosexuels bourgeois, qui est aussi celui de France-Soir1. Car l’essentiel n’est pas l’objet de beauté mais bien plutôt sa résonance sociale, c’est-à-dire le désir qu’il engendre, refoulé ou réalisé, dans ou malgré les structures sociales : voilà l’homosexualité de notre quotidien, celle de la rue, du travail, de la structure familiale, partout explicite ou partout latente, mais partout à l’œuvre. Et la beauté, quelle que soit l’idée qu’on en a ou qu’on nous enseigne, ne manque pas d’y participer.

La société a un discours sur la beauté, même qu’elle en propose partout le modèle ; de quoi ? de la beauté ou de la société ? Des deux: c’est le blanc mec, mince, viril, entreprenant, également intelligent et cultivé mais juste ce qu’il faut.

Pour la femme, ses critères de beauté sont ceux qui siéent à sa docilité : minette, épouse comblée, mère épanouie, ménagère aux jolies mains, vieille dame digne, ou pute exutoire : de l’enfance au troisième âge, de la famille aux mass médias, au milieu de toutes ses servitudes, elle a parfois cinq minutes pour « se faire une beauté ».

Le but est d’autant mieux atteint que le modèle, à incarner et à faire vivre chez l’autre, toujours remémorisé, est ressenti comme absence et comme manque de beauté à combler. Beauté et rôle social sont présentés comme logiquement liés.

la quête des corps

La beauté de la jeunesse c’est l’exaltation du corps viril, du sport aux Jeunesses Hitlériennes, de la promotion sociale à la bagnole de sport, des pubs qui utilisent des sujets de plus en plus jeunes à l’industrie internationale du jeans. Autant d’amalgames beauté/jeunesse qui déclenchent la contemplation et la consommation, soutiennent l’ordre socio-économique, tandis que, sur le refoulement et la sublimation, prospère la misère sexuelle.

.

Steven-Klein-Homotography-04

L’homosexualité n’échappe pas à la rentabilisation des critères de beauté, impuissante qu’elle est à se démarquer de façon cohérente ou significative du culte de la virilité ou de l’image aliénée de la femme. Le culte du cuir, du blouson, du motard, enfourchant et domptant sa machine entre les cuisses, ou celui, plus complexe, du travesti qui reprend à son compte les attributs de séduction —par mimétisme ou provocation — de la femme, l’illustrent bien.

La quête des corps, la drague, se font certainement de façon plus souple chez les homosexuels, mais l’imagerie sociale ne les traverse pas moins et permet la rentabilisation.

Ce sont les revues pornos qui n’offrent à la masturbation que des étalages des musculatures huilées, de corps dénudés aux positions phallocrates.

C’est cette désincarnation fascinante et frustrante de l’image de deux corps jeunes et « beaux » qui nous fait marcher et courir au fond des cinés pornos pour y subir, dans la passivité obligatoire, la vision d’un film surtaxé et débile (« II s’agit de durcir davantage votre sexe Monsieur le Ministre » disait un député R.I. à l’assemblée nationale lors du récent débat sur la pornographie ; charmant lapsus !).

dictature de l’œil

 

On interdit une revue de petites annonces sexuelles et on publie l’Histoire d’O dans l’Express, ce qui est nettement plus rentable (augmentation de la diffusion – et du phallocratisme – de 30 %).

La même fascination par l’écriture et l’image passe par les stars de la pop music et du cinéma : Marylin Monroe et Mick Jagger, références, parmi d’autres, des homosexuels, qui se révèlent des écrans à phantasmes parfaits.

Il y a aussi la destruction systématique ces mois-ci, des tasses de Paris, et parallèlement l’ouverture de boites, ce qui permet de canaliser les homosexuels vers des lieux moins libres et gratuits, plus contrôlables et payants.

Hors de la consommation et de la dictature de l’oeil, point de salut. Le discours libéral s’aligne sur la rentabilisation. Si cette dernière est combattue, la tolérance laisse la place à la répression. Si on est homosexuel, alors il faut vivre caché, être riche ou gigolo, consommer l’image et pratiquer le voyeurisme. Ce qui nous force à la construction d’une identité qui sera homosexuelle et bourgeoise ou ne sera pas.

A travers ces pratiques, la communication reste une illusion : le chantage à l’image, le jeu de la séduction, ne conduisent pas à la jouissance authentique, ce que la beauté laissait sous-entendre. Et sur fond de rareté, le pédé solitaire erre, dans la rue, dans le métro, les yeux écarquillés de frustrations, entre le boulot désérotisé pour raisons de production, et la famille désérotisée pour raisons de reproduction. Nous sommes loin des visions du couple micheton-gigolo diffusé aux masses par France-Soir1.

Nous avons tous connu de douloureux retours à la réalité quand nous avons l’imprudence de cautionner ceux qui s’imposaient à nous par leur seule présence séduisante. Ces belles gueules ou ces beaux corps ne présentaient pas leur beauté comme un simple hasard de naissance mais comme un privilège aristocratique. Et notre crédit aux critères de beauté est proportionnel à notre faculté de tomber amoureux. Cette abnégation de soi et cette fuite de la réalité extérieure sont légitimées curieusement par l’idéologie internationale du couple et de la fidélité, quand ce n’est pas, pour les hétérosexuels comme pour nous déjà aux Pays-Bas, par celle très officielle du mariage.

étiquetage

Il y a aussi ce carburant efficace au maintien de la notion de beauté qu’est le phantasme, qui nomadise le désir, et du coup désexualise la plupart de nos rencontres quotidiennes.

L’étiquette sexuelle, sociale et revendiquée comme telle, est répressive pour tous et réduit et hiérarchise par le processus de la sélection, bref divise pour mieux régner ; le pédéraste (beau = jeune), le gérontophile (beau = vieux), le nécrophile (beau = mort), le voyeur (beau = image), l’homosexuel (beau =homme), l’hétérosexuel (beau = femme), bref nous tous crispons notre désir au lieu de l’écouter ; mon corps, ton corps, sont morcelés comme des quartiers de boeuf, en morceaux de choix et en rébus. Les localisations officielles du désir sur le corps, appelées zones érogènes, se maintiennent par le refus d’en érotiser d’autres, pour finalement ne jamais aboutir à l’entière érotisation du corps, comme notre sélection à celle du corps social.

Le refus individuel et social d’une prise de conscience globale du corps construit la Beauté, ce problème aussi vivace que mensonger.

La répression sexuelle et son ombre, l’autorépression, institutionnalisent la sublimation, et transforment les super mysogynes en homosexuels débiles, les folles en super militaires, les phallocrates en dragueurs de boîtes, les pédérastes en excellents pédagogues comme les incestueux en parents modèles ou les paranos du trou du cul en hétérosexuels exemplaires : un caractère clos est davantage construit sur ses répulsions que sur ses désirs, ou sur son idée de ce qui est laid plutôt que de ce qui pourrait être authentique. Et cela ne serait pas important si la société n’offrait pas à de tels caractères la possibilité d’appliquer immédiatement dans le champ social leurs répulsions destructrices, et ce dans la plus pure légalité.

Séduire, faire phantasmer et sublimer, la beauté est efficace pour capter et fixer le désir, nous faire courir toute notre vie à la poursuite de son incarnation, et en fait considérer l’humanité d’un oeil blasé, désérotisé, désengagé. C’est pourquoi il est urgent de briser, chez l’autre comme en soi, la prise de pouvoir par le seul pouvoir de la beauté et de l’image, dont participe notre sélection du passant comme le charme discret de Giscard.

 


décryptage

De notre inconscient le plus profond à notre geste le plus raffiné, du regard qu’on porte à autrui, qu’autrui porte sur nous à celui qu’on se porte à soi, nous le voyons clairement, la beauté interfère, et fait jouer tous les processus sociaux et individuels que nous avons essayé de décrire. Et si certains homosexuels ont réussi

à construire d’autres modes de vie que celui de couple-refuge — d’autres relations que celles de possédant/possédé et de masculin/féminin, ou de vivre hors des composantes mysogine et phallocrate que leur octroie leur statut de mec — ils n’en sont pas moins parfois à la merci de la beauté comme fausse échelle de valeurs.

Nous-mêmes, au sein du Groupe de Libération Homosexuelle, avons beaucoup de difficultés à démystifier la beauté, et nous parvenons mal à ce qu’elle ne joue pas son rôle, manifeste au niveau du désir, ou latent au niveau de nos situations de groupe. Peut-être que ces difficultés, par le fait qu’elles sont dites et débattues, concourent néanmoins à nous construire une lucidité dont d’autres groupes manquent d’où souvent leur irréalisme et parfois celui de leur lutte. Le travail du G.L.H. se situe autant dans le décryptage d’une vraie histoire de l’homosexualité, dans celui de l’utilisation de l’homosexualité latente par la société, que dans la création de nouveaux rapports entre nous, et insérés dans la perspective d’une lutte globale contre toutes les normalités.

Groupe de Libération Homosexuelle

1. « La Rue Sainte Anne est devenue l’un des centres de la prostitution masculine à Paris. Sur les trottoirs, des Bentley bleu métallisé, des Rolls blanches : sur ce qui reste de trottoir, une trentaine de jeunes gens, visage couvert de fond de teint, héritiers lointains de ces éphèbés qui, au temps d’Oscar Wilde, traversaient les salons un lys à la main. Entre les voitures, les boîtes et la faune du trottoir un mouvement perpétuel s’établit. Les riverains se sont plaints et trois conseillers de Paris viennent d’attirer l’attention du préfet de police sur ces faits. »

France-Soir du 25 octobre 1975.

In Sexpol #6 « Beauté Laideur » – décembre 1975

]]>