Contre la morale – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Sun, 09 Nov 2014 16:02:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Riposter à l’homophobie (avril 2013) https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/24/riposter-a-lhomophobie-2013/ Wed, 24 Sep 2014 14:12:20 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=277 Continuer la lecture →]]> Un extrait de l’émission Haine des Chaînes du 22 avril 2013, avec un sample d’un film de Téchiné, des extraits de propos haineux au cours du débat autour du mariage pour tous, un tour de l’actualité homophobe, le chant du FHAR, et un appel à riposter…

 

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Désintégrer les intégrismes sans s’intégrer

L’existence d’une visibilité homosexuelle dans notre petit monde occidental laisserait à penser que tous les hommes attirés par d’autres hommes y seraient désormais libres de s’affirmer, de se marier et de mener une existence comparable à celle des couples hétérosexuels.

Parce qu’il existe des lieux où l’on peut consommer de la rencontre et de la culture gay moyennant finances, parce qu’il y a désormais des lois pour dénoncer l’homophobie, parce que l’on peut même avoir un statut légal pour fonder un couple ou bientôt une famille… on veut nous faire croire que le combat contre l’oppression morale qui condamne l’attirance sexuelle pour une personne du même sexe serait bientôt dépassé ou qu’il se situerait seulement dans le champ de la légalité…

Il n’en est rien ! Au boulot, dans la rue, dans les halls, au comptoir, dans les taules ou les HP… parce que nous n’avons pas les privilèges économiques qui nous en préservent, nous subissons toujours le joug de la morale phallocrate et l’incapacité de transcender la norme et la bienséance hétérosexuelle. Si la répression à notre encontre n’est plus inscrite dans la loi, elle est encore bien présente dans les esprits et se transforme trop souvent en diverses agressions.

Avouer son homosexualité, que ce soit à sa famille, à ses potes ou à ses collègues, ne se fait jamais sans difficulté, d’autant plus si l’on habite à la campagne ou en banlieue ou si l’on bosse dans certains corps de métiers à forte présence masculine. Le pédé est encore souvent considéré comme un être immature, voire un sous-homme, un dépravé, un dégénéré ou un malade, quelqu’un à qui l’on ne peut faire confiance, quelqu’un qui devrait avoir honte…

Pire, désormais, le pédé est associé au cliché qu’en on fait les médias : un être frivole qui se complet dans un consumérisme à outrance, dans le monde des apparences, du fashion et du sexe-marchandise… Pour un peu, nous serions tous semblables à un Delanoë, un Jean-Paul Gautier ou à tel imbécile de série télé ou de une de magazine. Les revendications partielles, l’identitarisme et leur récupération par le système capitaliste ont achevé de caricaturer une « culture gaie » qui sert de repoussoir pour les uns et d’arguments pour tous ceux pour qui l’homosexualité n’est qu’une déviance de bourgeois, d’occidentaux ou de mécréants, c’est selon.

Alors, à quoi bon sortir de l’ombre, si c’est pour être sous les projecteurs de cette société marchande ? A quoi bon sortir du placard pour se laisser enfermer dans les ghettos créés par et pour la bourgeoisie ?

Nous haïssons les réacs de tous poils et de toutes confessions qui eux, ne voudraient plus nous voir ni nous entendre, oui, nous les haïssons et nous voudrions les combattre jusqu’au dernier…

Mais, pour autant, nous ne nous laisserons pas instrumentaliser ni récupérer par les « homosexuels bien pensants », ni par ceux qui nous tolèrent simplement pour stigmatiser d’autres cultures et exalter leur fierté nationale ou républicaine.

Nous refusons de respecter les « bonnes mœurs » et de nous conformer à la norme du couple, de la famille nucléaire.

Nous ne voulons pas d’une intégration ou d’une quelconque reconnaissance sociale trop étroite pour nos aspirations à la différence et à la liberté.

Nous refusons d’être des victimes et préférons rendre les coups de mille manières plutôt que d’en appeler à la protection policière et aux compensations judiciaires.

Nous ne correspondrons pas aux rôles qu’ils veulent nous assigner.

Nous ne visons pas à aménager cette société capitaliste et patriarcale.

Nous ne voulons œuvrer qu’à sa destruction, à la liquidation de toutes formes de dominations.

Quelques pédés prêts à riposter, avril 2013.

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« Nous ne sommes pas capitalisables, nous sommes ingouvernables ! », Queerage, 1994 https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/31/ingouvernables/ Sun, 31 Aug 2014 13:04:30 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=163 Continuer la lecture →]]> ingouvernables

Vous nous avez imposé l’hétérosexualité comme seul modèle de sensibilité, de sensualité et de sexualité. Les garçons aiment les filles et les filles aiment les garçons. Votre conception de l’amour s’est limitée à la procréation de chair à canon, alors que la notre appartenait déjà au monde des désirs, du plaisir, de l’affection et des étoiles.

Puis, vous n’avez cessé de propager la haine des queers*, la haine des différences. Vous nous avez brûlé-es, enfermé-es, chassé-es, déporté-es, gaz-es, dénoncé-es, psychiatrisé-es, étudié-es, ghéttoïsé-es, expérimenté-es, nié-es puis attesté-es, testé-es, contesté-es et détesté-es.

Votre hétérosexisme n’a fait que nourrir notre rage. Votre haine n’a fait qu’embellir nos amours.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous ne voulons ni de votre sexualité bénétier ni de votre normalité, ni de votre ennui ni de votre aliénation, ni de votre intégration dans ce système patriarcapitaliste, raciste, nourrit de la domination des un-es sur les autres.

Votre intégration c’est la désintégration de nos passions.

Nous ne cherchons pas à imiter ceux qui nous ont constamment réprimé-es. Vos images, vos clichées, vos jouissances virtuelles et marchandes ne nous intéressent pas. Nos amours et nos sentiments ne se normalisent pas, nos corps ne se commercialisent pas.
Nous ne sommes pas capitalisables, nous sommes ingouvernables !

QuEErAge

*Nous sommes queers parce que nous ne sommes pas hétéros, mais bisexuelles, lesbiennes, gays, travestis, transexuel-les, transgenres…

Tiré de Star, n°2, sept 94, « le zine de celles et de ceux qui rêvent de toucher les étoiles »
« Notre but : en finir avec le patriarcat. Nos moyens : Se battre avec rage pour aimer sans contrainte, sans ordre moral, sans sexisme et sans homophobie »
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Je ne veux pas me marier https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/30/je-ne-veux-pas-me-marier-2012/ Fri, 29 Aug 2014 22:31:18 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=69 Continuer la lecture →]]> Je_ne_veux_pas_me_marier-b5383Je ne veux pas me marier. Signer un contrat devant la République pour reproduire fidèlement le couple et la famille, ces institutions qui ont toujours servi à la reproduction de l’ordre existant, est une idée qui me répugne. La norme est trop étroite. Je ne me laisserai pas dicter quel comportement je dois avoir. Je ne suivrai pas docilement le troupeau de ceux qui emménagent dans une vie de crédits, biens rangés entre le boulot
et le foyer.

Mes désirs ne sont pas solubles dans la platitude de vos relations. Je ne suis pas à la recherche d’une vie de bohème dans un ghetto pour gay. Je ne veux pas de vos rapports truqués où l’on se considère comme des marchandises. Je m’en branle de la reconnaissance de l’Etat. Je n’en ai que foutre de vos lois, de vos arrangements démagogiques, de vos coming-out de célébrités, de votre bienséance et de votre bonne pensée. Je ne me plierai pas à vos injonctions qui me poussent à m’intégrer toujours plus à cette société.

L’hypocrisie de vos réformes n’est guère moins nauséabonde que les serments des réacs de tous bords et culs-bénits de toutes religions. Et faisant les louanges de la démocratie occidentale et de ses valeurs, vous ne faites que les rejoindre dans un remake du « travail-famille-patrie »…

Décembre 2012.

L’affiche en pdf : Je ne veux pas me marier

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« Théorie de la pute » https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/30/theorie-de-la-pute/ Fri, 29 Aug 2014 22:03:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=143 Continuer la lecture →]]> Un montage qui s’inspire assez peu fidèlement d’extraits de « Théorie de la Pute », traduction d’un pamphlet écrit par le mouvement queer insurrectionnaliste américain « Bash Back ! », (qui signifie riposter à l’agression des queers, des trans, des putes, des gouines ou des pédés)… On peut trouver la traduction originale dans la brochure « Queer ultraviolence » et ci-dessous.

Montage extrait de l’émission Haine des Chaînes du 1er avril 2013 (voir). Vous pouvez aussi le télécharger.

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Théorie de la Pute

Pour la pute, il est extrêmement important d’être à tout moment magnifique, à la fois en apparence et intellectuellement. En tant que fidèles déviantEs de la féminité, nous nous devons dans une certaine mesure d’afficher une haine bien sentie à l’égard de toute ce qui est immaculé et fade. Les petits garçons et les petites filles ont besoin de plus de modèles d’obscénité dans leur vie ; de plus de salopes magnifiques et cinglées à admirer. IlLEs doivent apprendre ce que c’est de vouloir, d’être des putes incapables de ravaler et réprimer leurs émotions.

« On ne naît pas pute, on le devient » ne veut rien dire, alors fermez vos putain de cahiers. Nous sommes des contradictions à la démarche fière, et on n’en a rien à battre. Si tu nous cherches, on va t’anéantir toi ainsi que tout ce qui t’est cher. Si tu baises avec nous, on te brisera le cœur ou on tombera peut-être amoureuSEs pour mieux te haïr à jamais. On est accros au dégoût de la société, Jeunes-Filles corrompues qui ne connaissent aucune retenue.

On veut tout détruire, en talons aiguilles sertis de diamants. La violence de nos désirs laisse un arrière goût qui ne ressemble à celui d’aucun autre fluide corporel, c’est un venin mortel que seuls les corps les plus masochistes peuvent déguster et atteindre en rampant pour en redemander. On invite des hommes chez nous, en attendant la dégradation qui garantira notre vengeance, et d’ici-là on se fourre leurs bites dans la bouche, et on avale. Rien à foutre.

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On contemple l’image de notre corps dans chaque reflet qui croise notre chemin, et on ne peut s’empêcher de passer la journée à baiser avec nous-mêmes, tellement notre beauté est incroyable. On arbore notre manque d’assurance tel une couronne dorée qui scintille sur nos jolies têtes ; fièrEs (ou honteuSEs) de nos nombreuses imperfections, à en crever. Nous sommes horriblement vaniteuSEs, et toutes les putes savent que seule une autre pute peut les satisfaire.

Être pute n’est pas une sexualité, une chose pareille n’existe pas. Nos orgasmes sont inséparables de notre haine, de notre sens de la mode et de nos peurs ; rien ne nous fait jouir qui ne nous révolte également, d’une manière ou d’une autre. Nous faisons l’expérience de ce monde comme s’il était un terrain de jeu, trop laid et étriqué pour nos fantasmes ; aucune des zones délimitées par le « sexe » ne peut contenir ces pensées cochonnes. Le sexe, pour nous, c’est faire tourner les têtes, se râper les genoux, et pisser n’importe où, mais surtout pas dans les toilettes.

Si tu vois une pute descendre une rue animée d’un pas chaloupé, tu remarqueras peut-être ses sourcils froncés alors qu’elle marmonne rageusement. C’est parce que ta présence la dérange. Chaque corps insignifiant qui la frôle risque d’être en proie à sa haine. La haine la fait bander. Elle ne perd pas une seconde à former des hypothèses sur toi en fonction de ce que tu portes – tes chaussures ne sont pas assez féroces, ta démarche n’est pas assez sexy, ton regard n’est pas assez intense. Tu n’es rien comparéE aux personnes sublimes qui se cachent dans la ruelle, à l’affût, prêtEs à t’agresser.

La politique n’intéresse pas la pute, la pute est la politique. SéduitE par la douleur incessante qu’est vivre, mourir et souffrir, elle se nourrit à la fois de sa peur de touts petits riens et de l’ivresse de n’avoir rien à perdre. Elle pense que toute tentative de parler de ce monde avec logique n’est que pure illusion : la rationalité, cette activité inutile, typique des connards bredouillants. Tenter de définir son contexte ou d’analyser son existence est tout à fait futile ; absolument rien ne fait sens chez elle. La pute n’a d’intérêt critique que pour l’astrologie, préférant l’opinion des constellations de nos cieux aux élucubrations de quelque vieux blanc à l’agonie.

Brillamment amère, la pute s’accroche au chagrin et à la colère comme à des pierres précieuses qui sertissent son cœur ; ses traumatismes coulent et palpitent avec amour dans ses veines, tels de minuscules éclats de verre. Elle aspire en partie à la tristesse et à la déception dont elle connaît la vérité ; elle est emplie de vide et d’ennui en son absence. Pour elle, voir le monde à travers le chagrin, c’est voir en couleur, sentir la sensation de la vie picoter dans chaque terminaison nerveuse de son corps. Sans lui, la joie aussi lui échappe.

La pute est tout à fait exposée – elle est une blessure à vif, qui suppure une excrétion douce et mortelle sur toute chose, toute personne qui la touche. Elle est nue, et dissimule ce qui lui est sacré aux yeux des autres, à jamais, dans la fente de son entre-jambes. Si tu y regardes de trop près, prépare-toi à ce qu’elle te brise un membre, la lèvre, ton putain de cœur, car tu ne peux atteindre ce qui lui est précieux. Sale espèce humaine de merde.

Une vraie pute sait, au fond d’elle-même, pourquoi ce monde fait semblant de la détester. Toute sa vie, elle a été dotée d’un charme irrésistible qui, doublé d’une versatilité inconvenante, a le pouvoir de révéler les plus indésirables de leurs désirs à ceLLEux qui l’entourent. Les messieurs mariés (et leurs épouses mortes d’ennui) se trémoussent à n’en plus pouvoir à la vue de son cul, alors que les universitaires desséchés se mouillent les lèvres avec enthousiasme, excitéEs par son esprit vulgaire. Lorsqu’elle quitte la pièce, un énorme soupir de soulagement se fait entendre : on n’est plus obligéEs de regarder ses perversités frémissantes en face. SeulEs dans leurs chambres modernes, ilLEs se branlent honteusement sur son image, en se détestant en silence et en maudissant la routine grossière de leur vie.

Elle rit aussi facilement qu’elle pleure. Lorsque Mercure est dans sa phase rétrograde, elle sait que la catastrophe est assurée si elle sort de son lit. Mais même le foutu alignement des planètes, qui travaille main dans la main avec cette société triviale et méprisable, ne peut empêcher sa folie de déteindre sur son entourage et son environnement. Les circonstances qui les font pleurer, elle et les autres putes, créent aussi des hystériques en puissance ; des îlots autrefois isolés dans la folie se rejoignent alors pour partager une bonne rigolade, et peut-être aussi une petite vengeance.

La pute est une salope, oui, mais c’est aussi unE clochardE et unE jeune délinquantE ; c’est une pédale, une queen, une gouine en colère, un manarchist insurrectionnaliste en talons hauts, unE travelo tyrannique. Elle est tout et rien, tout le monde et personne à la fois. Glamour sous ses nombreux déguisements et transparentE dans ses désirs obscènes. Elle déborde d’amour pour ceLLEux qui répandent la haine, toujours enchantéE par la beauté cachée sous cette stérile économie des corps. Rien ne lui donne plus de plaisir que de cracher au visage de l’humanité, en riant à gorge déployée alors que les gouttes de ses crachats puants dégoulinent sur les mentons pointus, avant de s’écraser avec délectation sur le trottoir sale qui se déroule sous ses pieds

Bash Back !

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Et quelques samples de journaux des années 60, du film J’embrasse pas et de propos de manifestantes à Toulouse, extrait de la même émission :

 

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