Meufs trans – mTf – Ft – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Sun, 12 Jul 2015 15:03:00 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 [actu] USA : libérez les personnes trans migrantes ! https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/actu-usa-liberez-les-personnes-trans-migrantes/ Fri, 03 Jul 2015 08:36:16 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1609 Continuer la lecture →]]> 10679589_355574001273699_5040941115190013567_oAprès une intervention remarquée à la Maison Blanche avant le discours de Barack Obama sur les droits LGBT d’où une militante trans migrante s’est fait sortir manu-militari, mardi à Washington, 6 activistes ont été arrêtés pour  avoir bloqué une route en s’allongeant. Il s’agissait de dénoncer les assassinats de personnes trans de couleurs et d’exiger la libération des personnes trans actuellement détenues par la police de l’immigration. (Vidéos)

 

 

Voir la vidéo de l’action de mardi.

Solidarité ! Liberté pour tous les enfermés !

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[actu] Brésil : deux policiers impliqués dans la mort d’une jeune femme trans’ https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/01/actu-bresil-deux-policiers-impliques-dans-la-mort-dune-jeune-femme-trans/ Wed, 01 Jul 2015 03:16:31 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1580 Continuer la lecture →]]>

copUne enquête policière a révélé cette semaine que deux officiers de la police de Sao Paulo sont responsables de la mort d’une jeune femme trans’ de 18 ans, Laura Vermont. (30 juin 2015)

Sortie avec des ami.e.s dans la soirée du 19 au 20 juin, Laura a été aperçue plusieurs heures plus tard, blessée, le visage ensanglanté et visiblement désorientée. La police est arrivée sur les lieux peu de temps après. Emmenée à l’hôpital, la jeune femme n’a pas survécu à ses blessures.

Selon le site d’informations Brasil Post, les deux policiers présents sur les lieux, Ailton de Jesus et Diego Clemente Mendes, l’ont brutalisée et ont par la suite tenté de dissimuler les faits: ils ont au départ affirmé que Laura Vermont avait tenté de voler leur véhicule de police. Une version mise à mal par le père de la jeune fille qui a déclaré qu’elle ne savait pas conduire. Parmi les nombreuses blessures de la victime, l’enquête a aussi montré qu’elle avait reçu une balle dans le bras. L’un des policiers incriminés dans l’affaire a raconté que Laura Vermont avait opposé «une résistance» et que des moyens «moins létaux s’étaient avérés inefficaces». Les deux policiers ont été conduits à la prison de Presídio Romão Gomes, et mis en examen pour parjure, fraude procédurale et blessures. Pour le moment, aucune accusation d’homicide n’a été retenue. La police de Sao Paulo a déjà été mise en cause en avril dernier, accusée d’avoir maltraité une autre femme trans’, Verônica Bolina.

Samedi 27 juin, un rassemblement en hommage à Laura Vermont et en soutien à sa famille a été organisé. Les militant.e.s ont rappelé l’urgence d’une loi pour protéger la communauté trans’ contre les discriminations et les violences, ainsi que des mesures pour faciliter le changement d’état civil: «Toutes et tous, nous sommes Laura. Combien de morts pour que l’on prenne conscience que quelque chose ne va pas dans ce genre de société?».

«Souvent, lorsque la police est impliquée, il n’y a même pas d’enquête, la parole des policiers suffit! s’indigne Jean Wyllys, député ouvertement gay, sur Facebook. Cette habitude de ne jamais remettre en question les versions des faits proposées par les flics ouvre la porte à l’impunité, voire aux milices. Cela permet aussi de garder cachés d’innombrables assassinats et autres actes de violence. Mais, parfois, les incohérences sont tellement évidentes que la vérité finit par faire surface !

(…) La mort de Laura se résume presque à une statistique invisible, qui prouve, année après année, une dangerosité record de la police brésilienne. Nous exigeons des autorités compétentes une enquête sérieuse sur ce nouveau meurtre lâche contre la communauté LGBT, meurtres dont les victimes sont souvent des personnes trans’ ou travesties, comme nous avions exigé une enquête sur les décès causés par la police dans les communautés pauvres!»
Le Brésil est un pays particulièrement meurtrier pour les personnes trans’. Dans le dernier rapport de Trans Murder Monitoring, le pays comptabilise 113 assassinats dans la communauté trans’ en 2014. La sociologue Berenice Bento a qualifié le phénomène de «transféminicide» pour mettre en lumière les enjeux particuliers de ces violences au Brésil, qui relèvent selon elle d’une vision de la place de la femme dans la société. Début juin, Laura Vermont avait partagé sur les réseaux sociaux la photo du corps d’une femme trans’ assassinée et dénonçait ce meurtre intolérable. À ce jour, environ 70 personnes trans’ sont mortes au Brésil depuis le début de l’année 2015.

Publié par Maëlle Le Corre sur Yagg, média gay pro-flic.

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« La prison n’a pas a être réformée » interview avec Cece McDonald https://depavage.noblogs.org/post/2015/05/16/la-prison-na-pas-a-etre-reformee-interview-avec-cece-mcdonald/ Sat, 16 May 2015 04:05:33 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1433 Continuer la lecture →]]> url« Cece McDonald a été envoyée en prison pour s’être défendue contre un crime de haine. À l’occasion du premier anniversaire de sa libération, en janvier 2015, elle nous parle de comment lutter contre l’oppression. »

 

« LA PRISON N’A PAS À ÊTRE RÉFORMÉE »
— une interview avec Cece McDonald —

par Andrea Abi-Karam

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« Stop à la guerre faite aux femmes trans racisées ! Contre le racisme, la transphobie et les agressions fascistes ! LIBÉREZ CECE McDONALD –MAINTENANT ! »

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Il y a un an aujourd’hui, Cece McDonald sortait de prison. Son crime ? S’être défendue face à une agression raciste et transphobe au cours de laquelle sa joue a été tranchée par un verre qui a aussi lacéré sa glande salivaire, blessure qui a requit 11 points de suture.

L’histoire de Cece a gagné une attention internationale, et a été largement perçue comme la persécution d’une femme trans de couleur, envoyée en prison pour s’est défendue contre un crime de haine. « Liberté pour Cece » est devenue une cause célèbre, avec une pétition signée par 18 000 personnes demandant sa libération, et avec l’actrice trans Laverne Cox s’inspirant de Cece pour interpréter son personnage dans Orange is the New Black.

Le 5 juin 2011, lorsque Cece, 23 ans, et quatre ami-es à elle, tou-tes Africaines-Américaines et en majorité LGBTQ, ont quitté la Schooner Tavern à Minneapolis, un groupe de gens blancs à l’extérieur a commencé à leur lancer des insultes, du genre « meufs à bites », « pédé » et « nègres ». S’en est suivie une bagarre, au cours de laquelle Dean Schmitz, un des agresseurs au corps tatoué de croix gammées, a été poignardé avec une paire de ciseaux. Cece a été la seule personne arrêtée.

Risquant une peine pour meurtre pouvant aller jusqu’à 40 ans d’emprisonnement, elle a accepté une négociation de plaidoyer de culpabilité, et a finalement passé 19 mois en prison. Durant son incarcération, elle a été placée dans deux établissements pour hommes.

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Mais on ne peut pas parler de Cece McDonald sans parler aussi de Michael Brown et d’Eric Garner, de Rekia Boyd et d’Yvette Smith, de comment l’État et la police ciblent, emprisonnent et tuent systématiquement les personnes de couleur. Il y a moins d’un an, George Zimmerman était acquitté du meurtre de Trayvon Martin, sur le principe de l’auto-défense, ce qui a engendré le mouvement #blacklivesmatter.

La violence d’État et l’industrie carcérale menacent les personnes queers et trans de couleur depuis leur plus tendre enfance, et la crainte qu’elles suscitent habite leurs corps depuis leur premier souffle, et ce avant toute résistance organisée.

L’automne dernier, le groupe californien Critical Resistance, qui milite pour l’abolition de la prison, a invité Cece dans la Bay Area. Je lui ai posé des questions sur les stratégies abolitionnistes, sur l’importance d’une communauté créative à l’intérieur, et sur les moyens de lutte contre l’oppression systémique.

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ANDREA ABI-KARAM :

Quelles sont les choses que tu aimerais voir émerger du mouvement pour l’abolition de la prison ?

CECE MCDONALD :

Si on veut pouvoir parler d’abolition de la prison, il faut aussi qu’on parle de comment on fait pour éviter que les gens aillent en prison. Comment est-ce qu’on fait évoluer les politiques actuelles et comment est-ce qu’on change les choses pour les gens qui sont en prison. Et il ne s’agit pas juste de réfléchir aux crimes et à comment les prévenir –la réalité est que tous les crimes ne peuvent pas être évités.

Il y aura toujours des gens ignorants. Il y aura toujours des gens remplis de haine. À partir de là, on sait que les cas de crimes de haine et de violence à l’encontre des femmes et des femmes trans, que la violence à l’encontre de la communauté LGBTQIA, et que les crimes à l’encontre des personnes de couleur continueront à exister.

Le crime continuera à exister, alors comment fait-on pour parler d’abolition sans oublier que la haine est une réalité ? Nous devons admettre ça, et trouver comment gérer le fait qu’il y a des gens qui ne sont pas faciles à convaincre que : je suis une bonne personne en tant que personne Noire ou que je suis une bonne personne en tant que personne trans. Nous devons comprendre ça. Alors peut-être seulement qu’on pourra se demander à quoi pourrait réellement ressembler la justice.

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ANDREA ABI-KARAM :

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur le mouvement abolitionniste de la prison comparé au projet réformiste de la prison ?

CECE MCDONALD :

J’ai l’impression qu’une vraie réforme serait la fin pure et simple de la prison : un démantèlement du système carcéral. On ne peut pas vouloir réformer et corriger la prison et en même temps vouloir y mettre un terme. C’est soit l’un, soit l’autre.

Si on questionne un-e vrai-e abolitionniste sur l’idée de réforme, elle/il réfléchirait aux moyens de : 1/ libérer les prisonnier-es, 2/ démanteler l’industrie carcérale, et 3/ trouver des solutions alternatives et de nouvelles méthodes de gestion des crimes, des punitions et de la justice, tout en sachant que personne n’a le même point de vue sur ce que ça pourrait être.

Le terme « réforme » a lui-même besoin d’être redéfini. Nous ne voulons pas d’une prison différente, nous ne voulons plus de prison du tout. Selon moi, la prison n’a pas à être réformée.

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ANDREA ABI-KARAM :

J’aimerais savoir ce que tu penses des alternatives à l’industrie carcérale comme les processus de responsabilisation communautaire ou de justice transformatrice ?

CECE MCDONALD :

La justice transformatrice est un sujet très complexe et délicat, comme nous le savons tou-tes. Certaines personnes ont une vision très honnête et équitable de la justice transformatrice, mais nous savons aussi que le système n’est pas prévu pour être honnête et équitable, et qu’il est au contraire conçu pour briser les groupes marginalisés, afin de « diviser pour mieux régner ».

Alors, selon moi, la justice transformatrice n’est pas quelque chose d’essentiel, c’est juste un truc créé pour donner de l’espoir aux gens et nous faire croire qu’il y a de l’équité et de la justice dans le système judiciaire, ou qu’il pourrait y en avoir. Alors que ce n’est pas possible. Dans un certain sens, on pourrait même dire que la justice transformatrice est incompatible avec la lutte pour l’abolition de la prison.

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ANDREA ABI-KARAM :

Tu parlais toute à l’heure des personnes qui sont des acteur-ices passif-ves au sein de la (résistance à la) dynamique capitaliste, raciste, et tout le reste. Quelles sont tes propositions pour faire en sorte que les gens ne soient plus dans cette position ?

CECE MCDONALD :

J’ai l’impression que bien souvent les gens ne se manifestent pas. Ne pas être passif-ve à propos de quelque chose, c’est s’éduquer et s’exprimer sur cette chose, comprendre où se trouve la réalité, où est la vérité, puis assimiler ces notions grâce à ses propres privilèges, et bouger son cul !

Je crois que ce point est très important, car j’ai l’impression que bien souvent des gens s’autoproclament allié-es ou militant-es, mais on ne peut être ni l’un-e ni l’autre en restant passif-ves. Tu ne peux pas te dire militant-e et rester assis-e à l’arrière en disant : « Oh, j’ai fais des cookies pour récolter de l’argent pour la bonne cause ». La réalité, c’est que faire des cookies ne va pas aider la cause, et ne va pas aider à soutenir les gens ou à faire entendre leur voix. Je ne peux pas rester dans la même pièce qu’un groupe de gens qui pensent qu’organiser une bouffe collective c’est un vrai travail militant. Nous avons besoin d’un mouvement, de choses concrètes, et d’être honnêtes là-dessus.

Les gens qui ont des privilèges peuvent vraiment faire changer des choses, tu vois de quoi je parle ? J’aimerais savoir combien de personnes blanches riches interpellent et corrigent leurs ami-es blanc-hes riches quand elles/ils disent des conneries. Car c’est ça être un-e vrai-e allié-e. C’est ça être un-e vrai-e militant-e. Il ne s’agit pas juste d’aller marcher dans la rue avec une pancarte. C’est bien aussi, hein, mais qu’en est-il des trucs qui se passent en privé ? Qu’en est-il des merdes qui se produisent juste à côté de moi ? C’est ça qui compte avant tout, bien plus que de rester assis-e là et de s’autoproclamer militant-e.

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ANDREA ABI-KARAM :

Quel est ton rapport aux activités créatrices ? Que reste-t-il comme place pour la créativité à l’intérieur des prisons ?

CECE MCDONALD :

J’ai vu tellement de talents à l’intérieur des prisons où j’ai été, et j’ai aussi vu des spectacles qui parlent de différentes personnes qui vivent dans diverses prisons du pays, alors je sais que beaucoup de gens écrivent de la poésie, dessinent, font des illustration magnifiques et hyper détaillées, chantent des chansons, créent des morceaux de rap, et d’autres trucs dans le genre, et parlent ainsi de l’industrie carcérale, du fait d’être enfermé-es ou d’être piégé-es dans le système. C’est en soi assez logique que certaines personnes créent spontanément en prison, puisqu’il y a une vraie diversité d’individu-es au sein du système carcéral.

Il y a des gens qui viennent de partout, qui ont tou-tes des parcours différents, et on utilise ça comme des outils pour nos créations artistiques : ça se ressent dans la façon qu’on a d’écrire nos poèmes, d’écrire notre musique, de tracer nos dessins. Une grande partie de ce que j’ai publié sur le blog quand j’étais enfermée a été inspirée par mon parcours, par comment j’ai grandi et comment mon esprit s’est construit, à travers l’école et l’éducation pleine d’amour que j’ai reçu. Toutes ces choses se sont exprimées de manière très personnelle, laissant voir qui j’étais en tant qu’individue.

Ça m’a donné le sentiment que les gens comprenaient qui j’étais, pas juste une autre personne au sein du système, mais une personne qui existait aussi à travers ses rêves et ses aspirations. J’avais toujours ça en tête.

Je me mettais à écrire et les mots se dessinaient sur le papier, puis les gens se connectaient à moi à travers mon blog, ayant ainsi accès à mon point de vue d’individue incarcérée.

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ANDREA ABI-KARAM :

Tu as dit avoir une relation positive avec ton officier de probation. Comment est-ce que ça se passe avec lui, comparé aux interactions que tu avais avec le personnel pénitentiaire ?

CECE MCDONALD :

On doit bien comprendre que les gens ont des aptitudes et des prédispositions. Les métiers attirent des gens qui ont des penchants intériorisés particuliers. Du coup, tu risques de trouver des gens racistes ou sexistes ou classistes ou agistes ou toute autre chose dans le genre.. qui travaillent dans des endroits où tu vas quotidiennement, que ce soit au bureau de poste, au MacDo, ou en prison.

Quand on en vient aux matons, le truc c’est que ce sont des gens qui pensent qu’il est de leur devoir de contrôler et de mater des personnes racisées et de les faire rentrer dans le rang, tu vois ce que je veux dire ? Ça craint que ces gens travaillent au sein de l’industrie carcérale, hein, tu vois ce que je veux dire ? Mais c’est la réalité. Ces personnes existent et ont des métiers, et elles travaillent dans des endroits où on se rend quotidiennement.

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Mais ces personnes ne sont pas toutes mauvaises. Il peut aussi arriver qu’une de ces personnes ait une certaine sympathie pour toi, peut-être parce que tu es une femme, même si peut-être par ailleurs elle ne t’aime pas parce que tu es Noire, ou parce que tu es une personne de couleur, ou qu’elle ne t’aime par parce que tu es queer, ou parce que tu es trans, ou parce que tu ne te conformes ni au genre féminin ni au genre masculin.

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ANDREA ABI-KARAM :

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais ajouter ?

CECE MCDONALD :

J’aimerais juste que les gens prennent conscience du monde dans lequel on vit. J’aimerais que les gens ouvrent leur esprit et leur cœur aux choses qui se passent dans le monde. Grâce aux avancées technologiques qui ont permis l’existence des réseaux sociaux, on voit tous les jours ce qui se passe : brutalité policière, racisme, crimes de guerre, famine, pauvreté. On en voit tellement qu’on a pris l’habitude de baisser les bras et de juste dire « Oh, ben, ça craint », puis de retourner à notre vie quotidienne, de s’arrêter au premier Starbucks et d’oublier tout ça.

Je me débats toujours avec des choses liées à l’incident qui m’est arrivé, j’apprends encore à faire confiance aux gens. Je sais qu’il y a des gens ici et là qui sont de bonnes personnes, qui veulent que les choses changent, qui croient en l’amour, qui croient à l’empathie et à la compassion. On a besoin de plus de gens comme ça. Je sais que c’est difficile, mais il faut qu’on arrête d’apprendre la haine à notre jeune génération. Je sais que c’est possible.

J’essaye vraiment d’être plus assidue et constante dans mon travail militant, et de rassembler divers groupes de gens aux parcours différents. Si nous voulons savoir ce qu’est la justice, l’égalité et la crainte, alors nous devons nous ouvrir au changement, avec nos esprits et nos cœurs. Nous devons incarner ces changements, aller de l’avant et mettre fin à tous les « -ismes » qui nous entravent en tant qu’être humain-es, qui nous empêchent d’avancer. Car c’est ce que le système veut. Ils ne veulent pas qu’on progresse, qu’on exprime notre vrai potentiel d’êtres humain-es capables de nous rassembler malgré tous ces -ismes, et capables de nous réaliser en tant qu’êtres humain-es.

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« Des femmes trans sont tuées CHAQUE JOUR & vous pensez que le combat est terminé parce que vous pouvez mettre un anneau sur un doigt ? » –Cece McDonald

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La version originale de cet article a été publiée le 13 janvier 2015 et est disponible ici. Texte traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, le 21 mars 2015. Trouvé sur Badasses.

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Chloé au micro de l’Envolée, 2014 https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/chloe-au-micro-de-lenvolee-2014/ Sun, 15 Feb 2015 17:32:36 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1308 Continuer la lecture →]]> lucie_dejardin0017Incarcérée dans une prison pour hommes, Chloé a mené un combat acharné contre l’administration pénitentiaire et les médecins pour changer de sexe. Sortie de taule après 16 années d’enfermement, elle témoigne au micro de l’émission l’Envolée, sur FPP, en avril 2014.

 

Interview de Chloé qui, à la sortie de 16 années de prison, raconte son parcours de combattante, ses souffrances et ses luttes pour que sa transexualité soit reconnue et respectée, le mépris de l’administration et des services médicaux… et le fait qu’elle n’a rien lâché. Au travers de ce récit, on voit comment la médecine maltraite très souvent les prisonnier-e-s. Et les conséquences désastreuses du fait que la bureaucratie pénitentiaire ne connaît que les cases hommes/femmes traditionnelles.

Cette interview a été diffusée à l’origine dans l’émission L’envolée sur radio FPP à Paris, en avril 2014.

L’Envolée radio, c’est tous les vendredis à 19h sur Fréquence Paris Plurielles. Merci à l’émission Papillon pour avoir récupéré et rediffusé le son ! Et force, courage et détermination à toi Chloé pour tes combats à mener dehors !

 

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Lire et écouter le témoignage de Chloé en 2012-2013.

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[actu] USA : 2 exemples de gestions des prisonnièr-e-s trans https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/actu-usa-2-exemples-de-gestions-des-prisonnier-e-s-trans/ Sun, 15 Feb 2015 16:04:35 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1299 Continuer la lecture →]]> transprisonDans l’Ontario, les prisonniers transgenres seront désormais placés dans un établissement selon le genre auquel ils ou elles s’identifient. A la prison centrale pour hommes de Los Angeles, les gays et les trans sont placés dans une aile spéciale, séparée des autres détenus. Articles de mass médias.

Détenus transgenres

L’Ontario adopte une nouvelle politique

Les détenus transgenres dans les prisons de l’Ontario seront désormais placés dans un établissement selon le sexe auquel ils ou elles s’identifient et non sur la base de leurs traits physiques ou sexuels, vient d’annoncer le gouvernement provincial

Les nouvelles politiques et directives mises en oeuvre «établissent les exigences en matière d’admission, de classification et de placement des détenus et détenues dont l’identité sexuelle ou l’expression de l’identité sexuelle est différente du sexe qui leur a été attribué à la naissance», a précisé le ministère ontarien de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels. Il s’agit d’«une des politiques les plus progressives en ce qui a trait à la gestion des détenus et détenues trans en Amérique du Nord», a ajouté le ministère.

Les nouvelles mesures prévoient que les besoins des détenus et détenues trans seront «évalués et accommodés par l’entremise d’un processus de gestion de cas qui sera mis au point par une équipe de gestion de cas multidisciplinaire» afin de respecter les droits de la personne.

En outre, des mesures assureront que la vie privée et la confidentialité de ces détenus et détenues seront protégées, notamment en ce qui concerne l’identité et les antécédents sexuels de la personne.

Ces détenus pourront dorénavant choisir le sexe des personnes qui les fouilleront et être assurés que leur intimité sera protégée durant les fouilles.

Aussi, les détenus et détenues trans pourront être désignés «selon les nom, prénom et pronoms personnels qu’ils et elles préfèrent» et auront accès aux «vêtements et sous-vêtements institutionnels qu’ils et elles préfèrent lorsqu’ils et elles sont sous garde, lorsqu’ils et elles comparaissent devant la cour et lors de leur libération».

Ces personnes pourront par ailleurs conserver «leurs articles personnels nécessaires à l’expression de leur identité sexuelle, y compris leurs prothèses, tant à l’intérieur de l’établissement que lorsqu’ils et elles sont transférés par le personnel des services correctionnels, sauf s’il peut être démontré qu’il existe des préoccupations prédominantes ne pouvant être atténuées. Ces préoccupations seront clairement expliquées au détenu ou à la détenue».

Leur accès aux douches et aux toilettes sera individualisé et privé «à des fins de sécurité et de respect de la vie privée».

Le ministère a souligné que des «ressources et possibilités éducatives sont mises à la disposition des membres du personnel pour rehausser leur sensibilisation aux personnes trans et les aider à mettre en œuvre la politique». La formation débutera en mars.

Publié par Fugues – 04 février 2015.
 
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A la prison centrale pour hommes de Los Angeles, une aile pour les gays et transgenres

Il n’existe pas d’équivalent, aux Etats-Unis, de la «K6G» de la prison centrale pour hommes de Los Angeles. Parmi les 21 plus grands établissements pénitentiaires urbains des Etats-Unis, celui de LA est le seul à disposer d’une aile totalement réservée aux gays et transgenres, où ils vivent séparés du reste de la population carcérale. C’est ce que l’on découvre dans un reportage du Los Angeles Weekly, qui est allé y filmer des scènes de vie quotidienne.
Dans la K6G, les prisonniers peuvent s’exprimer: ils décorent leur chambre, organisent des «dortoirs-dating» ou un défilé de mode avec des vêtements créés à partir de leurs draps de prison et de leurs objets du quotidien:
«Techniquement, les détenus détruisent la propriété du Département quand ils réutilisent leurs blouses de prison, les rasoirs et t-shirts officiels. […] cependant […] la réprimande n’a pas tellement de sens quand les détenus sont engagés dans des activités inoffensives»
L’entraide est aussi bien plus importante. Les «House mouth», ces détenus connus pour leur attitude de soumission ou leur connivence avec les supérieurs, sont mieux vus que dans le reste de l’établissement. Ils sont élus par les autres prisonniers et chargés de rapporter les doléances à l’administration.
Mais surtout, cette aile est un relatif «havre de paix» au sein de la prison centrale pour hommes de Los Angeles. L’établissement est connu pour sa violence: sept geôliers ont été condamnés cette année pour usage excessif de la force contre les détenus, dont la population est décrite comme un «chaudron de tensions raciales».
L’aile K6G a été créée en 1985, en réponse à un procès intenté par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), afin de protéger les homosexuels de la violence physique. En prison, ces derniers y sont particulièrement exposés:
«En 2007, une étude des détenus californiens a montré que 5% des détenus hétérosexuels ont été victimes d’agressions sexuelles incluant le viol, contre un chiffre stupéfiant de 67% pour les détenus gays, bisexuels et transgenres.»
Le concept a marché au point que le caractère plus sécurisant de cette aile attire des détenus hétérosexuels, qui font semblant d’être gays pour pouvoir l’intégrer. Ce sont notamment les ex-membres de gangs qui craignent la confrontation avec de vieux ennemis, explique le reportage. Ducan Roy, le producteur du reportage, évoque aussi les détenus qui se font arrêter pour rejoindre leur partenaire ou les hétérosexuels attirés par les femmes transexuelles.
Les autorités ont donc pris des mesures:
«Le département du Shérif emploie un “agent de classification” pour éliminer les imposteurs, à travers une série de questions test discutables sur la culture gay […] par exemple de demander aux détenus gays de nommer un bar local gay qu’ils fréquentent. Si un détenu entrant nomme correctement un bar gay à LA, Machado [le shérif] leur pose immédiatement une suite de questions plus difficiles, comme “Quels sont les droits d’entrée?”»
Il n’existe pas d’équivalent, aux Etats-Unis, de la «K6G» de la prison centrale pour hommes de Los Angeles. Parmi les 21 plus grands établissements pénitentiaires urbains des Etats-Unis, celui de LA est le seul à disposer d’une aile totalement réservée aux gays et transgenres, où ils vivent séparés du reste de la population carcérale. C’est ce que l’on découvre dans un reportage du Los Angeles Weekly (repéré par Reader), qui est allé y filmer des scènes de vie quotidienne.
Dans la K6G, les prisonniers peuvent s’exprimer: ils décorent leur chambre, organisent des «dortoirs-dating» ou un défilé de mode avec des vêtements créés à partir de leurs draps de prison et de leurs objets du quotidien:
«Techniquement, les détenus détruisent la propriété du Département quand ils réutilisent leurs blouses de prison, les rasoirs et t-shirts officiels. […] cependant […] la réprimande n’a pas tellement de sens quand les détenus sont engagés dans des activités inoffensives»

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L’entraide est aussi bien plus importante. Les «House mouth», ces détenus connus pour leur attitude de soumission ou leur connivence avec les supérieurs, sont mieux vus que dans le reste de l’établissement. Ils sont élus par les autres prisonniers et chargés de rapporter les doléances à l’administration.
Mais surtout, cette aile est un relatif «havre de paix» au sein de la prison centrale pour hommes de Los Angeles. L’établissement est connu pour sa violence: sept geôliers ont été condamnés cette année pour usage excessif de la force contre les détenus, dont la population est décrite comme un «chaudron de tensions raciales».

L’aile K6G a été créée en 1985, en réponse à un procès intenté par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), afin de protéger les homosexuels de la violence physique. En prison, ces derniers y sont particulièrement exposés:
«En 2007, une étude des détenus californiens a montré que 5% des détenus hétérosexuels ont été victimes d’agressions sexuelles incluant le viol, contre un chiffre stupéfiant de 67% pour les détenus gays, bisexuels et transgenres.»
Le concept a marché au point que le caractère plus sécurisant de cette aile attire des détenus hétérosexuels, qui font semblant d’être gays pour pouvoir l’intégrer. Ce sont notamment les ex-membres de gangs qui craignent la confrontation avec de vieux ennemis, explique le reportage. Ducan Roy, le producteur du reportage, évoque aussi les détenus qui se font arrêter pour rejoindre leur partenaire ou les hétérosexuels attirés par les femmes transexuelles.
Les autorités ont donc pris des mesures:
«Le département du Shérif emploie un “agent de classification” pour éliminer les imposteurs, à travers une série de questions test discutables sur la culture gay […] par exemple de demander aux détenus gays de nommer un bar local gay qu’ils fréquentent. Si un détenu entrant nomme correctement un bar gay à LA, Machado [le shérif] leur pose immédiatement une suite de questions plus difficiles, comme “Quels sont les droits d’entrée?”»
Le directeur exécutif du Centre pour la Justice sexuelle de Washington estime que ces questions se fondent sur des stéréotypes de la culture LGBT, et peuvent par exemple exclure certains hommes gays et transgenres qui ne s’intéressent pas à la vie nocturne.
Il ne faudrait enfin pas croire que l’aile K6G a éliminé tous les problèmes de la vie en milieu carcéral. Les violences y existent encore, qu’elles soient liées aux relations entre prisonniers ou exacerbées par les symptômes du manque chez les transexuels qui prennent des hormones. Le système carcéral n’est pas non plus équipé pour gérer les problèmes d’addiction.

Pourtant, comme l’exprime Ducan Roy, qui a lui-même séjourné au sein de la K6G:
«On est toujours à la recherche d’espoir en prison, l’espoir que les choses vont changer, l’espoir d’une libération anticipée. Les gens vivent toujours dans l’espoir que les choses vont être différentes, qu’elles changeront.»

Publié par Slate le 21 novembre 2014
 
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[actu] Angola : un baiser entre hommes à la télé… et des chanteuses trans et gays ! https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/11/actu-angola-un-baiser-gay-a-la-tele-et-des-clips-trans-et-gays/ Wed, 11 Feb 2015 02:04:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1280 Continuer la lecture →]]> gay-lionsUne brève à propos de la diffusion d’un baiser gay à une heure de grande écoute sur la télé angolaise… Et à l’occase, des clips des artistes angolais trans et gay Titica et Edy Sex.

 
 

Angola : Un baiser gai à la télévision suscite une polémique

Publié par l’afp, média béni des colonies, le 4 février 2014.

Une société de production audiovisuelle angolaise a présenté des excuses publiques mercredi pour avoir diffusé une série dans laquelle deux hommes s’embrassaient, ce qui a provoqué une polémique dans le pays.

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« Nous présentons nos sincères excuses à tous ceux qui se sont sentis offensés », a indiqué la société de production Semba Comunicaçao, citée par l’agence de presse gouvernementale Angop, promettant de « faire quelques corrections dans la présentation de certains contenus sensibles ».

Cette déclaration intervient après la diffusion fin janvier d’un épisode de la série angolaise à succès intitulée « Jikulumessu », dans lequel deux homosexuels s’embrassaient.

Ce baiser gai, diffusé après le journal du soir, à une heure de grande écoute, a suscité une polémique dans un pays à la forte tradition catholique et où l’homosexualité est un tabou – même si elle n’est pas illégale -, déclenchant une avalanche de critiques sur les réseaux sociaux.

La télévision publique angolaise a annoncé cette semaine la suspension de la diffusion de la série pour des raisons techniques.

En réaction, « Coréon Du», le concepteur de la série et patron de Semba Comunicaçao, qui n’est autre que l’un des fils du président angolais José Eduardo dos Santos, a dénoncé sur son compte Facebook un « acte de censure ».

« La télénovela Jikulumessu aborde plusieurs sujets sociaux sensibles, dont la violence juvénile, la délinquance, la corruption, la polygamie, l’homosexualité et la prostitution, avec l’objectif d’attirer l’attention sur leur existence et de lancer un débat à leur propos », s’est défendue la société de production citée par Angop.

La société de « Coréon Du» avait déjà été accusée de promouvoir l’homosexualité lors de la diffusion d’une première série télévisée, « Windeck », aujourd’hui exportée au Portugal et au Brésil.

José Paulino dos Santos, plus connu sous son nom d’artiste « Coréon Du», est le fils du président angolais et de l’une de ses anciennes compagnes, Maria Luisa Abrantes, qui est à la tête de l’Agence nationale pour l’investissement privé.

 

Titica, chanteuse trans angolaise

«Je jouais avec des poupées, je ne restais qu’avec des filles et je faisais tout comme une femme. Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais je savais que j’étais différente des autres enfants.»

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«Les gens sont encore bien fermés sur le sujet mais, grâce à Dieu, les mentalités commencent à s’ouvrir et ça va continuer. De plus en plus de gens vont s’habituer…»

«J’ai même été battue à cause de mes préférences sexuelles, les gens sont très sévères envers les personnes comme moi.»

« La Titica que vous voyez aujourd’hui en face de vous, c’était celle qui était enfouie tout au fond de moi. »

Depuis 2013, la chanteuse est ambassadrice auprès de l’UNAIDS (ONUSIDA).

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Edy Sex, chanteur gay angolais

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C’est quoi, la transphobie ?, par Selene https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/03/cest-quoi-la-transphobie-par-selene/ Tue, 03 Feb 2015 15:17:26 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1218 Continuer la lecture →]]> tumblr_lit9wpEfaX1qdkhdgo1_500« S’il existe de tels propos, clairement haineux et méprisants, c’est que notre société toute entière est basée, dans ses valeurs, sur notre mise à l’écart, sur le fait que nous serions une anomalie, une exception monstrueuse. »

Repris du blog Wakening princess, publié le 15 janvier 2015.

C’est le rejet des personnes trans pour ce qu’elles sont.

La partie la plus visible, c’est la partie haineuse ou méprisante. Le sommet de l’iceberg, c’est évidemment les agressions que l’on peut subir au quotidien. Et quand je parle de quotidien, c’est bien que si je sors tous les jours, je vais avoir tendance à être agressée (au moins verbalement) tous les jours, tant que je me situe encore dans une zone d’entre-deux, tant que l’on peut lire sur ma personne des signes visibles appartenant aux deux genres (par exemple, pour mon cas, un habillement clairement féminin avec des traits de visage qui peuvent pour certains être identifiés comme vaguement masculins).

Parlons de faits. Je suis souvent traitée de travelo, que ce soit directement (« hé, sale travelo ! ») ou indirectement (« hé regardez c’est un travelo ! »). Les autres insultes que je peux recevoir sont systématiquement au masculin, négation supplémentaire de ce que je suis. J’arrive assez bien à voir si l’on m’a identifiée comme trans : il me suffit de suivre les regards en coin et plissés, les rires, les murmures entendus de personnes qui sont en train de me regarder ou de me pointer du doigt sans aucune discrétion. Ils sont de plus en plus rares, mais tout récemment, même après deux mois d’hormones (et une apparence qui me permet d’être désignée comme « madame » dans la majorité des magasins), j’ai encore été confrontée à ce genre de propos, et à des débats publics quant à mon genre ; « la vie d’ma mère, j’vous jure c’est un garçon ! ».

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Plus grave… Alors que je n’avais pas encore commencé le traitement hormonal, je ressentais parfois le besoin de faire un tour dans la rue avec une tenue féminine, expérimentant mon genre avec la très mauvaise idée d’attendre pour cela la nuit (cela possède toutefois une raison compréhensible, la nuit il y a moins de monde et donc j’avais moins de risques d’être reconnue par quelqu’un que je connaissais ; et je n’avais pas encore fait mon coming-out public). Cheminant sereinement, je traverse la rue à un passage piéton ; une voiture s’arrête alors. Les fenêtres s’ouvrent, j’entends qu’on m’insulte. « Fils de pute ! », « Sale pédé ! » sont criés. Je feins de ne pas entendre, je continue mon chemin. Le feu passe au vert, la voiture tourne et passe devant moi. Les mêmes insultes fusent de nouveau. J’ignore de nouveau. Je constate finalement qu’au bout de l’avenue… la voiture fait demi-tour. Panique, peur, je me mets à courir, je change de rue le plus vite possible, je me cache derrière une haie. Ce jour-là, j’aurais pu être agressée, j’aurais pu être retrouvée le lendemain matin la gueule en sang ou morte. Les journaux m’auraient alors présentée comme un travesti, ou n’auraient simplement pas parlé de moi (les personnes trans valent moins que les personnes cisgenre aux yeux des médias, même devant la mort).

On en parle peu, mais il existe aussi un important harcèlement transphobe sur Internet. Toute personne s’affichant publiquement comme étant trans, sur les réseaux sociaux, s’expose à une vindicte populaire permanente. Je ne connais pas de personne trans qui n’ait pas été touchée, qui n’ait pas reçu de messages haineux ; et j’en connais qui en reçoivent tous les jours, toutes les heures qui passent. Des messages méprisants, haineux, qui rient de ce qu’on est, de notre apparence, de nos choix. Des propos atroces. J’ai déjà lu que nous étions « Des erreurs de la nature, 100x pire que les pédés »… J’ai déjà lu qu’il fallait nous pousser au suicide. On nous qualifie de monstres, on nie notre genre d’élection, on nous considère ouvertement comme des anomalies à éliminer.

Dans l’échelle des valeurs et des genres, nous valons d’ailleurs encore moins que des femmes cisgenre. Depuis que j’ai commencé mon traitement hormonal, que mon apparence est moins ambiguë, j’ai moins de propositions indécentes. Clairement : on me propose moins souvent de l’argent pour que je me mette à genoux et que je fournisse une fellation. Moins de voitures s’arrêtent à côté de moi pour me proposer de faire un tour. Cela arrive toujours, je me fais toujours siffler et aborder, je subis le sexisme ordinaire, mais l’on me prend moins pour un objet sexuel (oui, j’en suis rendue là).

Comme je le disais, il ne s’agit toutefois que la partie visible de l’iceberg. S’il existe de tels propos, clairement haineux et méprisants, c’est que notre société toute entière est basée, dans ses valeurs, sur notre mise à l’écart, sur le fait que nous serions une anomalie, une exception monstrueuse.

Déjà, parce que de (trop) nombreux psychiatres nous considèrent comme ayant une maladie mentale. J’ai moi-même été confrontée, lors de ma phase d’acceptation et avant mon affirmation publique, à des amis m’assénant que la transidentité (pardon, le « transsexualisme ») était une maladie mentale grave. Qu’il s’agissait d’individus souhaitant arracher leur pénis (étrangement, on en parle d’ailleurs que de ce « sens » là ?) et ne respectant pas leur propre corps. En résumé, une méconnaissance sévère de ce qui constitue notre état, nos besoins. En France, encore, il existe un parcours psychiatrisant et pathologisant, s’auto-proclamant « officiel », la SOFECT. Il s’agit d’une association de praticiens (endocrinologues, psychiatres, chirurgiens…) se faisant fort de prendre en charge le « transsexualisme » (j’emploie les guillemets car il est bien clair que cette prétendue maladie mentale n’existe pas). Bien entendu, aucune personne trans ne fait partie de cette association irrespectueuse de nos parcours de vie. Les personnes concernées sont soumises à des batteries de test, majoritairement psychiatriques, et considérées comme malades. Elles sont souvent désignées avec leur genre de naissance par les soignants, même après une éventuelle réassignation génitale. Elles sont poussées à la chirurgie comme étant un but ultime, alors qu’il ne s’agit pas forcément même d’une étape (personnellement, je n’ai même pas encore envisagée la chose, cela viendra peut-être mais comme je l’ai dit plus tôt, je suis à l’aise avec mon anatomie à ce sujet). Elles sont considérées comme devant absolument être hétérosexuelles dans le genre d’élection (pour le coup, ça me disqualifierait d’office). Elles sont infantilisées, leurs rendez-vous sont pris sans que leur accord ne soit demandé, et leur apparence étant jugée à chaque rendez-vous (mais,  vous prétendez être une femme, pourquoi ne portez-vous pas de jupe ?). On leur prescrit des inhibiteurs de testostérone sans pour autant compléter avec la contrepartie en œstrogènes, pendant plusieurs mois, ce qui provoque de l’ostéoporose et un état de sévère dépression (le corps humain n’est simplement pas fait pour fonctionner sans hormones, cela pose des problèmes graves), ce qui est une usine à suicides et à exclusion sociale. En outre, les chirurgiens sont en France limités en nombre d’interventions génitales par an, ce qui empêche leur spécialisation. Nombre d’entre-nous partent en Thaïlande car les professionnels y possèdent un niveau bien supérieur, de manière incomparable. L’inconvénient majeur, c’est le prix : sans compter le voyage, il faut souvent compter aux alentours de dix-mille euros afin de s’assurer d’une reconstruction parfaite, et rien n’est remboursé par la sécurité sociale dans ce cas.

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La transphobie naît aussi de ce que l’on appelle le cissexisme : le fait de réduire le genre à l’apparence physique, y compris intime ; parce que la société considère les femmes comme des incubateurs sur deux jambes, et surtout les hommes comme des pénis ambulants. Dans ce contexte, le statut des personnes trans est très lié à leur anatomie génitale, ce qui est pourtant très intrusif. De façon saugrenue, une partie du féminisme cisgenre est encore coincé dans ces conceptions, excluant les femmes trans en les voyant comme des prédateurs qui souhaiteraient infiltrer les milieux féminins afin de mieux commettre viols et agressions, et les hommes trans comme étant des victimes du patriarcat étant passées à l’Ennemi (et ignorant totalement l’existence des personnes non-binaires). Heureusement, nous assistons à une vague militante prenant en compte nos vécus et notre véritable nature, et sur laquelle nous pouvons, je le pense, fonder nos espoirs : celui de voir nos identités enfin reconnues et nos êtres enfin libérés de la simple classification biologique. Nous ne sommes aucunement à réduire à nos parties génitales et deux personnes possédant un utérus ne sont pas forcément plus semblables entre elles qu’à une personne en étant dénué. C’est avant tout de cela qu’il s’agit. On considère les hommes et les femmes comme étant des catégories biologiques, scientifiques, et impossibles à transcender, alors qu’il n’y a rien de plus faux. Il s’agit d’un état social et d’une identité, et l’apparence des organes génitaux visibles à la naissance n’est qu’un critère parmi tant d’autres pour que la personne s’affirme un jour être un homme, une femme, un peu des deux ou rien de tout cela ; d’après son ressenti, son vécu, sa manière de se percevoir. C’est une des sources de la transphobie. L’autre jour, je vais à un guichet SNCF pour prendre un billet de train, je présente ma carte jeune, la guichetière hallucine, et en moins d’une minute de conversation, elle me demande si j’ai « fait l’intervention ». Je vous laisse juger de la pertinence de la question en un tel contexte, de la part d’une personne que je ne connais pas… et de l’effet sur ma personne. J’ai été vraiment très choquée.

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Le cissexisme, c’est aussi considérer que l’IVG fait partie du droit des femmes (il y a des hommes qui sont concernés ; cherchez Thomas Beatie sur google si vous avez la curiosité de voir un homme enceint, il a accouché de trois enfants) ; alors que l’on peut simplement parler de personnes possédant un utérus fonctionnel. C’est de dire que quand on a du courage, on a des couilles (enfin, pour le coup, c’est aussi sexiste, tout court).  J’arrête la liste là et je laisse votre imagination travailler sur l’ensemble des propos cissexistes que l’on peut tenir au quotidien. Ces propos n’ont certes rien de dramatiques lorsqu’ils sont pris individuellement ; mais mis bout-à-bout, dans leur ensemble, ils contribuent à signifier que les personnes trans sont anormales, au mieux des exceptions dont il n’est pas forcément pertinent de tenir compte lorsque l’on parle de la généralité.

Pourtant, dans ce contexte, on vit un véritable massacre à notre échelle.

En ayant été éduquée dans une famille particulièrement ouvert d’esprit et aimante, respectueuse et désormais très soutenante, j’ai pourtant attendu l’age de 27 ans pour m’accepter, pour admettre ce que je suis. La transphobie, je l’ai intériorisée, elle m’a poussée à combattre ma véritable nature, à me cacher, à me faire passer mollement pour ce que je n’étais pas. Elle m’a faite souffrir, me faisant concéder à tort que j’étais réduite à une condition d’homme n’acceptant pas sa propre virilité, là où j’étais en fait une femme ayant été assignée mâle à la naissance, conduite à une socialisation d’homme qu’elle n’avait jamais désirée, par défaut et parce qu’on ne lui avait jamais présentée l’alternative comme étant simplement possible. Dans les médias, l’on présente les personnes trans comme étant des hommes ayant voulu devenir des femmes, ce qui est absolument faux, ce qui est un modèle dans lequel il est très difficile de se reconnaître. Bêtement, parce que je n’ai jamais été un homme, et parce que je n’ai jamais voulu devenir une femme : j’ai toujours été une femme, je me suis toujours vue comme telle, je rêvais d’enfin pouvoir être considérée comme telle.

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On nous présente comme des bêtes de foire, on nous pointe du doigt comme étant des curiosités au mieux, des monstres bien plus souvent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les femmes trans sont bien plus visibles que les hommes trans ou les personnes non-binaires : nous sommes bien plus spectaculaires, et avec la grille de lecture sexiste de la société les hommes trans seraient des femmes qui veulent améliorer leur statut, là où les femmes trans subissent de leur plein gré l’humiliation de la féminité, ce qui fait de nous des monstres à exhiber. Dans les œuvres culturelles, il est courant d’humilier les personnages masculins en leur faisant revêtir des atours féminins… et la surprise d’une femme qui est en réalité trans est un ressort comique archi-classique (et insultant)… Quand on pense au nombre de femmes qui sont violées, tuées ou tabassées parce qu’elles se révèlent avoir un pénis (ou en avoir eu un…), non, la blague n’est pas drôle, pas drôle du tout. Pensez-y : je serai peut-être un jour au nombre des victimes.

On considère même que nous ne devons pas nous reproduire. Dans les textes, la République Française exige encore notre stérilité afin de permettre notre changement d’état civil. Dans la théorie, pour avoir enfin un F sur ma carte d’identité, pour que les administrations ne me considèrent plus comme un homme, pour que les guichetiers et guichetières de la SNCF ne me demandent plus ce que j’ai entre les jambes, pour que les recruteurs ne partent plus du principe que je suis un travesti, il me faudra passer devant des experts pouvant affirmer que je ne suis plus capable de procréer. C’est, en soi, une forme d’eugénisme, que l’institution Européenne elle-même dénonce déjà… Sans compter le fait que la procédure de changement d’état civil est longue, coûteuse, humiliante. Ce sont des personnes tierces qui pourront décider de la légitimité de mon genre devant la République, qui auront même le droit de me la refuser, et à qui je devrai dévoiler mon vécu et mon intimité afin d’être reconnue à juste titre.

C’est dans ce contexte que nous vivons. C’est dans ce contexte que chaque jour, des personnes trans, pour la plupart en outre victimes de racisme, sont tuées chaque jour. C’est dans ce contexte que l’écrasante majorité d’entre nous meurent de leur suicide, souvent sans jamais avouer la réalité de la portée de leur geste, dans la honte ; l’autre alternative étant souvent la vie malheureuse passée à se cacher, à ne pas assumer, à pleurer dans son lit en rêvant à une vie que la société ne nous laisse pas espérer. On estime couramment une prévalence de la transidentité de l’ordre du pourcentage, mais c’est sans compter le nombre de personnes qui passent leur vie à se cacher, et celles qui ne dépassent pas l’adolescence, se suicidant en réalisant qu’elles ne pourront, de toutes façons, jamais vivre leur vie. Leelah Alcorn (pareil, vous devez faire fonctionner google si ce nom vous est étranger) en est un exemple très récent, mais qui n’a rien d’une exception. C’est parce qu’elle était blanche, de bonne famille, et qu’elle avait laissé une note de suicide sur Internet, que nous avons pu médiatiser et diffuser l’événement. Mais chaque jour, il y a d’autres Leelah Alcorn, souvent de couleur, souvent pauvres, souvent ignorées et méprisées, et dont on ne connaîtra jamais la véritable raison du suicide, étouffée par la famille proche ou parfois même jamais assumée.

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Moi-même encore, en me regardant nue dans le miroir, j’ai du mal avec l’apparence de mon corps au bout de deux mois d’hormones. Je suis entre-deux, j’ai l’impression, le sentiment d’être un monstre. Pourtant, je sais pertinemment qu’il ne s’agit que d’une injonction sociale. Les canons de beauté sont très binaires, ne tiennent pas en compte de la réalité des personnes, même cisgenre. C’est une machine qui broie les individualités. Je dois m’en extraire. En fait… nous devons toutes et tous nous en extraire.

Il faut absolument que nous cessions de théoriser le vivant en oubliant la réalité de nos vécus, de nos identités, de ce que nous sommes. Nous ne faisons qu’entretenir une usine à dépréciations, à humiliations, à dépressions. Pourtant, ce que nous demandons, c’est simplement que nous acceptions enfin d’aimer l’Humain tel qu’il est, c’est à dire dans sa diversité. Prétendre qu’il existe des personnes normales et d’autres anormales, prétendre qu’il existe un standard, ce n’est ni plus ni moins qu’écraser tout le reste de l’humanité. Nous sommes une espèce particulièrement diverse, il n’existe pas deux individus qui soient identiques, même en prenant en compte le fait qu’il en existe des jumeaux. Aimer l’humanité, être humaniste, c’est aussi non pas tolérer (ce qui induirait une hiérarchie, une gradation, une normalité ne faisant qu’admettre une anomalie) mais bien accepter que les autres puissent ne pas être exactement pareils que nous. C’est respecter les vécus différents, les choix, les identités.

Nous y arriverons, j’y crois fermement, et cette certitude me permet de vivre.
Y’a du boulot. Il faudra de la visibilité, de l’éducation, de la sueur, des larmes.

Mais on y arrivera.

On n’a pas le choix.

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[actu] Russie : une loi pour empêcher travestis et trans de conduire https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/10/actu-russie-une-loi-pour-empecher-travestis-et-trans-de-conduire/ Sat, 10 Jan 2015 00:05:03 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=795 Continuer la lecture →]]> Warhol - Drag PutinEntrée en vigueur en début de semaine, la loi interdit la conduite automobile à toute personne présentant des «troubles mentaux et troubles du comportement», dont ceux liés à «l’identité de genre et aux préférences sexuelles». La liste mentionnée dans le texte de loi inclut ainsi les travestis et transsexuels au même titre que les fétichistes, les pédophiles, les exhibitionnistes, les voyeurs et les sadomasochistes.

Publié par les massmédias francophones le 9 janvier 2015.
 

«Une violation des droits des citoyens russes»

«Je ne comprends pas pourquoi les fétichistes, les kleptomanes (aussi concernés par la loi, ndlr) et les transsexuels ne peuvent pas conduire une voiture», a réagi sur son blog Elena Masiouk, membre du Conseil des droits de l’Homme auprès du Kremlin. «C’est une violation des droits des citoyens russes», a-t-elle dénoncé, soulignant «les éventuelles injustices» auxquelles pourrait mener la loi.

Depuis une loi de 2013 des peines de prison punissent toute «propagande» homosexuelle devant mineurs

Pour l’Association des avocats russes pour les droits de l’Homme, cette loi «montre l’invasion progressive par les autorités du domaine de la vie privée». Elle «contredit de façon flagrante les lois internationales et russes», a martelé l’association dans un communiqué. L’homosexualité était considérée comme un crime en Russie jusqu’en 1993 et comme une maladie mentale jusqu’en 1999. Les gay pride y sont systématiquement interdites et l’homophobie s’y exprime souvent ouvertement. La situation s’est encore tendue avec l’adoption en 2013 d’une loi punissant d’amende et de peines de prison toute «propagande» homosexuelle devant mineurs.

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À l’Ombre de la Taule (On est pas des cadeaux !) https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/06/pdkdo-taule/ Thu, 06 Nov 2014 16:12:30 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=613 Continuer la lecture →]]>

L’émission On est pas des Cadeaux parle des conditions de détentions en prison pour les Transpédégouines.

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Cette réclusion qui concerne actuellement 70.000 personnes dans les prisons françaises. La prison est un des moyens utilisés par l’état, pour gérer les populations les plus pauvres. Aujourd’hui, il nous paraît important de dénoncer le traitement que subissent les prisonnières trans, pédé, gouines, mais nous sommes en solidarité avec l’ensemble des détenus. Car, enfermer les gens pour les accompagner vers la réinsertion, est pour nous une aberration. Donc oui, en effet nous sommes A-BO-LI-TIO-NISTES, point barre.

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[actu] Existrans 2014 : fête et défaite des trans et des intersexes ? https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/22/existrans-2014/ Tue, 21 Oct 2014 23:02:22 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=445 Continuer la lecture →]]> L’Existrans 2014, c’était le 18 octobre.

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« La France, comme d’autres pays d’Europe, dégringole vers les idéologies réactionnaires, naturalistes et misogynes. Chaque nouvelle indignité de la majorité nous fait craindre plus encore qu’auparavant celles et ceux qui lui succèderont. Le nationalisme est une menace pour les trans, tout comme il constitue un danger pour les séropositifVEs. »

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(…) nous exigeons :

  • Le changement d’état-civil libre et gratuit devant un officier d’état-civil, sans condition médicale (ni stérilisation ni suivi psychiatrique), sans homologation par un juge
  • Le libre choix des parcours médicaux, sur la base du consentement éclairé, avec le maintien des remboursements en France et à l’étranger
  • Le démantèlement des équipes et protocoles hospitaliers et la formation des médecins et chirurgiens français pour un suivi médical de qualité, respectueux et dépsychiatrisé
  • La formation et la sensibilisation des personnels en contact avec les personnes trans et Intersexes (santé, éducation, social, administratif, justice, prisons, etc), en lien avec les associations trans et Intersexes
  • La mise en place de mesures pour favoriser l’accès au monde du travail et aux études et pour protéger les salariéEs trans et Intersexes
  • Le financement de campagnes de sensibilisation, en collaboration avec les associations trans et Intersexes, pour lutter contre la transphobie et pour la visibilité des Intersexes
  • Le financement de la recherche et de la communication sur la santé des personnes trans et Intersexes et de leurs partenaires (VIH/sida, hépatites, IST, effets des traitements à long terme, interactions médicamenteuses, etc)
  • L’abandon des projets de lois contre le travail du sexe précarisant et mettant en danger les personnes trans et Intersexes concernées et l’abandon de tout projet visant à pénaliser les clientEs
  • Le respect des droits humains pour les personnes trans et Intersexes en milieu carcéral
  • La reconnaissance et la prise en compte de l’extrême fragilité sociale des personnes trans et Intersexes migrantEs sans papiers dans les demandes de régularisation
  • La prise en compte par les médias du kit de l’Association des Journalistes LGBT (AJL) pour le respect des personnes trans et Intersexes
  • L’arrêt immédiat des opérations et des mutilations sur les enfants Intersexes, l’accompagnement psychologique de leurs parents et l’accompagnement à l’auto-détermination des Intersexes, conformément à la résolution 1952 (2013) du Conseil de l’Europe pour le droit des enfants à l’intégrité physique
  • L’accompagnement des enfants et adolescents dans leur autodétermination, y compris le respect et la protection de toute expression de genre, le respect des prénoms et genre choisis, notamment dans le cadre scolaire, l’accès sur la base du consentement éclairé aux traitements hormonaux et/ou bloquant la puberté, comme aux autres traitements ou opérations, et l’accès au changement d’état-civil

(…)

Sans aucun droit, stigmatiséEs et maintenuEs dans un système violent, discriminant, et injuste, les personnes trans et intersexes restent soumiSEs à l’arbitraire médical et juridique, à la psychiatrisation et à la pathologisation, à la stérilisation ou à la non reconnaissance légale de leurs identités.

 

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Extrait d’un article sur le site Contrepoints :

« Intersexe, avec un ‘i’ comme ‘invisible’

Pour les personnes intersexes, (…) juges, fonctionnaires de l’état civil et requérants font face à un flou total, la loi ne reconnaissant ni l’existence de sexe variable, plus ou moins « intermédiaire » ou absent, ni la possibilité d’un genre autre ou ambigu. Un manque souligné par l’évolution des autres pays de l’Union Européenne : ainsi outre-Rhin il est possible d’être reconnu à la naissance comme relevant d’un troisième genre, ni féminin ni masculin, depuis le 1er novembre 2013. Mais même cette avancée ne suffit pas à couvrir la complexité de la réalité : seule une partie de la cinquantaine (environ) de conditions d’intersexualité connues, dont beaucoup restent très sous-diagnostiquées même aujourd’hui, sont visibles à la naissance, les autres n’étant décelables qu’à la puberté ou à l’âge adulte.

Dans les cas décelés à la naissance, en dehors de rares complications mettant en péril leur santé, les nouveau-nés sont souvent opérés pour « normalisation génitale » dans un pur souci de confort social et cosmétique pour les parents (souvent très mal informés des conséquences par les médecins). Au prix, pour les victimes de telles réassignations sexuelles forcées, d’une perte de fonction sexuelle voire reproductrice, et d’effets secondaires néfastes (risques infectieux accrus, cicatrices importantes), quand ils ne se voient pas carrément assignés un genre qui ne leur correspond pas.

Pour toutes ces raisons, Existrans réclame comme l’OII l’arrêt de ces opérations de normalisation, afin de laisser les enfants se développer le plus naturellement possible et décider par eux-mêmes, une fois en âge de choisir, s’il y a lieu d’intervenir.

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Communiqué d’Act Up-Paris :

Act Up-Paris sera présente ce samedi 18 octobre à l’Existrans, la marche des trans et intersexes et de celles et ceux qui les soutiennent.

Au-delà du plaisir de nous retrouver, de marcher et d’être visibles, ensemble, cette marche est proprement désolante. Elle entérine une défaite.

En 2006 déjà, à la suite d’une action d’Act Up-Paris, François Hollande, alors premier secrétaire du Parti Socialiste, assurait qu’il était favorable au changement d’état civil libre et gratuit.

Il s’engageait également à une réelle politique de lutte contre le sida chez les personnes trans, notamment en encourageant la recherche sur la santé des trans séropositives et par la mise en place de campagnes de prévention ciblées et vigoureuses.

Après bientôt deux ans et demi de mandat, qu’en est-il aujourd’hui ?

Les réactionnaires de tous poils et de toutes obédiences sont sortiEs de leurs égoûts. Le gouvernement, effrayé de risquer la perte de quelques soutiens, se terre dans l’inaction, ne mentionnant notre existence qu’à de rares occasions, dont l’apparente sollicitude masque mal le mépris.

Lorsque, pétrie de fantasmes transphobes, une part grossissante de l’opinion s’inquiète de la « théorie du genre », le gouvernement se fait conciliant : il n’est pas question d’encourager les élèves des écoles à commencer une transition. Nous voilà rassuréEs !

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Le gouvernement n’a pas déposé de projet de loi facilitant le changement d’état-civil. De temps à autres, quelques parlementaires s’attellent à la question. Dire que le résultat n’est pas à la hauteur est un euphémisme : les propositions de loi qui en découlent nous mettent directement en danger, comme celle qui proposait que les changements d’état-civil soient publiés au Journal Officiel ! Le récent retour du Sénat à droite rend encore plus improbable l’adoption d’une loi qui n’aille pas de pair avec l’institutionnalisation des violences contre tout ou partie d’entre nous.

Lourde défaite. Le changement d’état civil libre et gratuit, sans condition d’opération ou de traitement hormonal ni de test de vie réelle, sans passer devant un juge, aurait permis, sans pour autant les faire disparaître, d’atténuer les violences, discriminations et exclusions auxquelles nous faisons face.

L’état-civil est un vecteur essentiel de notre exclusion sociale : il pèse un poids très important dans l’échec scolaire, universitaire, dans l’extrême difficulté de l’accès à l’emploi, dans les violences récurrentes au sein des institutions médicales. Ces déboires législatifs ne doivent pas être notre seule préoccupation : les gouvernements reculent, le VIH et les IST avancent.

Les femmes trans sont en France un des groupes les plus touchés par l’épidémie de sida. La prévalence parmi elles équivaut à plusieurs dizaines de fois celle de la population générale, et s’élève à plus d’un tiers parmi les femmes trans migrantes ayant exercé le travail du sexe.

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Si cela ne suffisait pas, des chiffres inquiétants nous parviennent de divers hôpitaux : les autres IST se répandent. Sur une file active de personnes trans traitées pour le VIH, ce sont ici 31 %, là-bas 51 % d’entre elles qui doivent en plus faire face à la syphilis. Une syphilis, une hépatite, une gonorrhée multi-résistante sur un sida sont autant de difficultés supplémentaires dans le parcours de soin. Difficultés que seul le préservatif permet pour l’instant d’éviter.

De campagnes de prévention vigoureuses et ciblées, nous n’entendons pas parler. Elle existent pourtant dans d’autres pays : les pouvoirs publics français sont à la traîne, tant ils craignent de froisser l’opinion publique, ou rechignent à attribuer des financements suffisants pour permettre une diffusion optimale des rares campagnes existantes.

La France, comme d’autres pays d’Europe, dégringole vers les idéologies réactionnaires, naturalistes et misogynes. Chaque nouvelle indignité de la majorité nous fait craindre plus encore qu’auparavant celles et ceux qui lui succèderont. Le nationalisme est une menace pour les trans, tout comme il constitue un danger pour les séropositifVEs. Une menace à laquelle le gouvernement nous expose chaque jour un peu plus, et un danger dont une loi, bien que nécessaire, ne nous protègera pas.

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C’est pour cela, et parce que nous savons combien les violences et discriminations nous rendent vulnérables face au virus, que nous le répétons : plus que jamais nous devons rester solidaires, soudéEs, organiséEs, nous parler, constituer des réseaux… arracher des conquêtes.

(ActUp-Paris)

Photos Naïel

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« Les queers sont les maoïstes du genre ! » (Hélène Hazéra, On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/les-queers-sont-les-maoistes-du-genre/ Sun, 05 Oct 2014 19:08:53 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=400 Continuer la lecture →]]> Emission On est pas des cadeaux!  de 2012.

Un nouveau volet de la série « En quête de notre histoire », l’histoire des luttes transpédégouines et la vie de personnes qui ont marqué ces luttes. Cette émission est consacrée à Hélène Hazera, à l’occasion d’un entretien réalisé pendant les UEEH en 2010. Dans ce portrait, elle nous raconte son histoire, son parcours de militante dans quelques groupes politiques depuis les années 1970, du FHAR  à Act Up-Paris.

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Toulouse : solidarité avec les personnes trans interpellées suite à l’apéro anti-prostitution https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/28/toulouse-solidarite-avec-les-personnes-trans-interpellees-suite-a-lapero-anti-prostitution/ Sun, 28 Sep 2014 14:57:34 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=309 Continuer la lecture →]]>

Ce lundi 22 septembre, un petit groupe de « riverains » du quartier des Ponts Jumeaux et du boulevard de Suisse avait prévu chips et cacahuètes pour fêter le « retour à la tranquillité » du quartier après la mise en application de l’arrêté municipal anti-prostitution.

Nous, également riverainEs du quartier, ne nous réjouissons pas d’une tranquillité qui exclut les travailleurEUSEs du sexe, mais aussi les Roms, les sans-papierÈs, les précaires, les squatteur-euse-s et les personnes trans.

À l’inverse des comités de quartier auto-désignés comme représentants de tous les habitants, nous voulons un voisinage solidaire avec celles et ceux qui doivent affronter une violence sociale quotidienne. La violence c’est l’exclusion, c’est l’isolement, c’est l’indifférence, c’est cacher la misère et la pousser sur le palier du voisin.

Nous remercions les joyeuSEs perturbateurICEs venuEs troubler cet apéritif nauséabond et qui ont ainsi montré que le quartier ne se résume pas au visage de la haine bien-pensante, de la peur et du repli sur soi. Dans plusieurs médias, l’adjoint au maire chargé de la sécurité, Olivier Arsac, les traite de fascistes et les compare à une milice d’extrême droite. Nous lui répondons : c’est l’hôpital qui se fout de la charité !

À l’issue de l’intervention, ce sont trois personnes trans qui ont été menottées, violentées, humiliées et emmenées par la police venue en grand nombre.

Une personne interpellée, habitante des Minimes, est sortie du commissariat le lendemain soir, une autre, blessée par la police, est sortie mercredi, et la dernière a dû passer en comparution immédiate le même jour après une longue garde à vue. Son procès a été ajourné, elle comparaîtra le 15 octobre.

Les voix sont de plus en plus nombreuses à s’élever contre les politiques d’aseptisation et de guerre aux pauvres menées depuis longtemps à Toulouse et encore intensifiées par le nouveau maire, Jean-Luc Moudenc.

Faisons-les entendre !

D’autres riverainEs

Publié le 26 septembre sur IAATA.

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Lundi 22 septembre les voisin.e.s des Ponts-Jumeaux fêtaient le départ des travailleuses du sexe de leur quartier suite à l’arrêté municipal qu’ilelles ont obtenu de la mairie de Toulouse. Des personnes qui ne l’entendaient pas de cette oreille sont allées leur exprimer leur colère. La police est intervenue violemment arrêtant trois personnes.

Les trois personnes arrêtées dans la soirée du lundi 22 septembre sont libres.
La dernière personne qui passait en comparution immédiate a refusé d’être jugée aujourd’hui. Son procès est repoussé au 15 octobre. Nous ne connaissons pas les charges exactes, plus d’informations seront données plus tard. (24/09 ; 16h35)

Une deuxième personne libérée ce matin et une personne déférée en comparution immédiate. La comparution immédiate aura lieu à partir de 14h au TGI, allée Jules Guesdes.
Pour l’instant, il semblerait que les deux personnes libérées n’aient pas eu de charge annoncée à la sortie du comico, ce qui n’empêche le proc de poursuivre par la suite, l’avocat ne semble pas très optimiste. La presse locale se fait l’écho ce matin des arrestations, la question se pose « est-ce qu’il fallait fêter le départ des prostituées« , enfin une travailleuse du sexe peut exprimer le mépris que constituent ces arrêtés anti prostitution. Ces mesures destinées à faire plaisir aux voisins ne sont que des emmerdements en plus pour des personnes dont le travail est déjà suffisamment compliqué. (24/09 ; 13h01)

Aux dernières nouvelles, une personne a été libérée les autres sont maintenu.e.s en garde à vue… Nous n’avons pas plus de précision à fournir pour l’instant, (23/09 ; 22h)

L’article de la dépêche qui annonçait le petit apéro entre voisin avec le chef des flics municipaux Nicolas Arsac… (que du beau monde !)
Pour l’instant pas tellement plus d’info que ça. Les arrestations ont été violentes et au moins une des personnes arrêtées a été passablement passée à tabac. Des inculpations pour violence en réunion et rebellions sont à craindre…

 

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Témoignage de Chloé, trans incarcérée à Caen, septembre 2013 https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/09/temoignage-de-chloe-trans-incarceree-a-caen-2013/ Mon, 08 Sep 2014 23:30:57 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=240 Continuer la lecture →]]> Interview de Chloé dans l’émission anti-carcérale « Les murs ont des oreilles », septembre 2013 :

http://hainedeschaines.free.fr/IMG/mp3/lesmursontdesoreilles_itw-chloe.mp3

Dessin prisonnière

Le combat sans fin de Chloé, transsexuelle incarcérée (L’Envolée)

Chloé est incarcérée au centre de détention (CD) de Caen ; depuis 2004, elle se bat pour se faire reconnaître en tant que transsexuelle. Ce combat pour exister en tant que femme se situe à tous les niveaux, vis-à-vis de l’administration pénitentiaire (AP), du corps médical, des prisonniers et de la société en général. De 2004 à 2008, elle est en demande pour intégrer le protocole de soin officiel, passage obligé pour obtenir une modification chirurgicale du sexe avec l’obligation d’être suivi-e par une batterie de médecins (psychiatre, endocrinologue, urologue, etc.). Face aux refus à répétition, elle commence à prendre des hormones de manière non officielle. Puis elle obtient des prescriptions de manière aléatoire en fonction du bon vouloir des psychiatres. En 2007, elle se rend compte qu’un psychiatre lui prescrit des neuroleptiques en lui faisant croire que ce sont des hormones. C’est à cette période qu’elle commence sa vasectomie, puis l’ablation des testicules par ses propres moyens. En effet, lorsqu’elle formule des demandes afin d’être opérée, il lui est répondu de le faire elle-même. Le corps médical sera alors témoin des différentes étapes de ses tâtonnements chirurgicaux, mais refuse d’intervenir tant qu’il n’y a pas de nécroses ou de risques vitaux. De juillet 2008 à mars 2012, suit une série d’opérations qui ne font que répondre en urgence aux complications des actes qu’elle se pratique. Au cours de la dernière opération, les chirurgiens ont mal positionné son urètre, elle devra attendre septembre 2013 pour que cela soit rectifié. C’est dans ce contexte que Chloé a appelé l’émission anticarcérale « Les murs ont des oreilles » à Grenoble, avec qui elle était déjà en contact. Voici la retranscription de cet interview et des extraits de ses courriers.

 – Comment ça va ?

– Mieux maintenant que je suis opérée. Ils ont simplement réparé une erreur qu’un centre hospitalier universitaire (CHU) a fait et qu’il ne veut pas réparer. Ce n’est pas une vaginoplastie. Le CHU de Caen avait positionné l’urètre sept à dix centimètres trop haut. C’est inadmissible et puis pour aller aux toilettes c’était impossible, je t’explique même pas comment je faisais… Du coup, le CHU de Caen a reconnu qu’ils avaient fait une erreur, mais ils n’ont pas voulu faire la chirurgie réparatrice. Ils m’ont dit de me débrouiller, je me suis débrouillée, j’ai trouvé ce CHU où ils ont bien voulu gentiment me mettre un peu plus au monde. L’opération a duré cinq heures…

– Et t’es quand même soulagée ?

– Je vais mieux, beaucoup mieux. Parce qu’il a fait du mieux qu’il pouvait pour que ça soit présentable, pour que ça fasse quand même féminin. Donc c’est certain qu’à présent dans mon cœur c’est autre chose…

– Qu’est-ce que c’est dans ton cœur ?

– Je suis femme, peu importe qui le pense ou qui pense l’inverse, ce n’est pas mon problème. Dans mon cœur, je suis femme. Si on ne m’accepte pas comme ça, je ne vois pas pourquoi moi j’accepterais les gens, alors que moi je ne fais pas d’histoires. Les gens nous regardent différentes, mais c’est leur regard qui fait que l’on est différentes.

– Et ça s’est bien passé avec le personnel de l’hôpital ?

– Avec le personnel de l’hôpital, j’ai été acceptée totalement, très aimable, très gentil. J’ai été tout de suite acceptée comme une femme, tout a été merveilleux.

– Ça a dû te faire du bien…

– Ça fait du bien quand on se réveille et qu’on se met à pleurer en se disant : « c’est fini ». Parce que ça fait quand même deux ans que cette histoire traîne.

– Comment ça se passe pour les permissions ?

– Au début on m’interdisait les permissions, parce qu’ils ne voulaient surtout pas qu’une trans apparaisse dans la ville, surtout en venant d’un CD. Lors des extractions, une fois sur deux, les surveillants ne voulaient pas m’amener parce que j’étais en jupe… Puis ils ont trouvé une solution, ils m’ont dit de me démerder moi-même pour faire mes soins. Du coup, maintenant je n’ai plus de surveillants et j’ai la permission de me faire soigner.

Ils avaient proposé l’Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale de Rennes, parce que c’est un centre hospitalier qui ne s’occupe que des détenus, mais il n’en était pas question. Ils me donnent des permissions pour aller faire des expertises médicales à droite et à gauche, pourquoi j’accepterais de mettre une paire de menottes pour aller à Rennes pour faire soigner quelque chose qu’un CHU, qui est à deux kilomètres, a fait et ne veut pas réparer ? J’ai dit que je n’étais pas d’accord, alors on m’a dit de trouver un CHU. J’ai cherché, j’ai trouvé, j’ai pris un rendez-vous et j’ai demandé une permission. Ils m’ont laissé partir, normalement je devais rentrer vendredi, mais l’opération ayant été beaucoup plus longue et compliquée que prévu, j’ai dû rester quatre jours de plus.

– Et pour tes autres opérations ?

– Les autres fois, c’était avec les menottes et ils étaient tous là… Une des pires fois dont je me souvienne, on m’a posé une sonde [NDLR : dans l’urètre] sans se demander pourquoi c’était bouché, alors que je me l’étais coupé donc forcément c’était bouché. Ils m’ont posé une sonde à vif, ils l’ont enfoncée d’un grand coup alors que j’étais attachée avec les menottes. J’étais allongée par terre parce que je n’arrivais pas à tenir tellement je souffrais. Quand je leur ai demandé de sortir, ils ont refusé, ils se sont simplement tournés.

– Tu crois que tu a été aussi bien accueillie cette fois-ci à l’hôpital parce que tu étais en permission, et donc portant moins le stigmate de prisonnière ?

– Oui, c’est certain. À partir du moment où tu arrives avec ton sac à main, ton petit sac de vêtements et que tu viens te faire opérer, tu es quelqu’un du dehors, c’est pas écrit sur ton front « prison ». Ici, ils ont essayé de comprendre mon combat, ils ont lu tout ce qu’il y avait sur moi sur Internet, ils m’ont dit que c’était inadmissible la manière dont on me traite.

– Comment tu sens ton retour en prison ?

– Pour être franche, on m’a un peu cassé du sucre sur le dos il y a dix jours : ils ont écrit un article dans lequel ils ont mis mon délit. Ça fait seize ans que je n’en parle plus, donc ils ont mis ma vie en danger, parce qu’à présent au CD on connaît mon délit et je peux très facilement me manger un coup de couteau. En révélant mon délit, plus l’indifférence, ils ont appelé au lynchage de ma tête. Comme je suis pacsée avec un monsieur qui ressemble plus à une armoire à glace qu’à un nain de jardin, j’ai un peu la paix. Mais je ne sortirai pas seule ces prochains temps. Je les ai déjà eu les ennuis au CD, faut pas croire que ça va s’arrêter demain parce que je suis avec quelqu’un. Du point de vue des détenus, ça s’est calmé ; c’est du point de vue des surveillants et de la gestion de mon corps que c’est devenu un peu plus compliqué. Parce que dorénavant, je m’assume, je lève la tête et celui qui n’est pas content, c’est très simple : allô, avocat. Alors ils n’apprécient pas, mais moi je n’apprécie pas qu’ils m’embêtent. S’ils ne veulent pas que l’on parle de moi, ils n’ont qu’à pas m’embêter.

– De ce que tu nous avais dit, on avait l’impression que c’était plus simple avec les prisonniers et que c’était avec les matons qu’il y avait des problèmes.

– Tout au début, quand j’ai commencé à m’assumer, c’était avec les détenus que j’avais des problèmes, c’est vrai que ça leur fait bizarre de voir quelqu’un sortir de sa cellule en t-shirt rose et une poitrine qui commence à gonfler. Et le CD de Caen est réputé pour être en majorité des histoires de mœurs. C’est vrai qu’au début, c’est eux : les viols c’est eux, c’est pas les surveillants… Après avoir rencontré mon compagnon, les détenus n’osaient plus s’approcher. Mais les surveillants s’en sont donné à cœur joie : la tantouze, la travelo, la drag-queen, etc. Quand les détenus humilient, ils savent qu’ils risquent quelque chose, alors que les surveillants le font parce qu’ils savent qu’ils ne risquent rien. C’est la loi de l’intérieur, il n’y a pas de loi qui gère les prisons. La loi des prisons, c’est la loi des surveillants. Quand ils font une manifestation, la première chose qu’ils font, c’est qu’ils nous prennent nous, êtres humains, en otage. Ils font un peu ce qu’ils veulent dedans. Sur ma transsexualité, ils y en a qui sont très tolérants, par contre ils y en a qui n’acceptent pas du tout. Mais depuis le suicide de Nathalie, ils ont tendance à mettre le pied sur le frein.

 […]

– Avec tout ce que je me suis fait, ça peut partir en vrille directement, parce que je n’accepte plus, c’est fini. La première personne qui me dit quelque chose, peu importe qui c’est, je redresse la tête et je lui montre les dents. Je ne peux plus accepter, après tout ce que j’ai souffert, de continuer à souffrir, ça doit s’arrêter tout ça. Les transsexuel-le-s en prison, actuellement, c’est une horreur. Je connais une transsexuelle du côté de Saint-Martin-de-Ré qui a failli se suicider, d’autres à Fresnes et à Fleury qui ne vont pas bien. Et moi, j’ai gagné les pages du Journal officiel (JO)1 pour qu’enfin on puisse être reconnu-e. Ça a été discuté à l’Assemblée nationale, c’est dans le JO, c’est monsieur Delarue qui a enquêté, il n’a pas fait ça à la légère. Après le décès de Nathalie, ils se sont un peu posés la question, il ne faudrait pas qu’il y en ait une deuxième.

– Tu es en contact avec le contrôleur général des prisons sur ta situation ou sur la situation des trans en prison?

– Oui, le contrôleur général des prisons a fait les pages du JO, après avoir appris que je m’étais coupé le …, enfin bref, et que j’avais posé ça sur la table. Il était un peu affolé, il a fait une enquête à Fresnes, à Fleury.

 […]

– Dès que quelque chose ne va pas, je tape sur la table, je cherche pas à comprendre. Ils viennent de faire une note sur les transsexuel-le-s, enfin surtout pour moi… Avant j’avais le droit d’être fouillée par une femme pour le haut et par un homme pour le bas, du fait que j’ai des seins et que j’avais encore un truc entre les jambes. C’était pas tout à fait une note, c’était un accord sur papier. Mais la direction de l’AP a pondu une autre note en disant que, dorénavant, je serai fouillée par un homme, intégralement nue si nécessaire. J’ai demandé ce qu’il se passerait si je refusais, ils m’ont répondu qu’ils appelleraient cinq ou six surveillants pour me foutre à terre et à poil. Je leur ai dit qu’il ne serait pas bon de faire ça, parce que la réaction arriverait à vitesse grand V. On a tapé du poing sur la table, Delarue a demandé ce que voulait dire cette note, parce que c’est de l’atteinte à la vie privée d’autrui. Puisqu’ils disent que, comme je suis en détention homme, il faut que je sois fouillée comme un homme, et bien je vais faire comme tous les détenus. En plein été, quand tous les détenus vont bronzer torse nu dehors, moi aussi je vais me mettre torse nu, avec les garçons. Ils m’ont répondu que je n’avais pas le droit de faire ça, il faudrait quand même savoir ce qu’ils veulent ! Les avocats, l’association LGBT de Caen qui s’occupe de moi et des députés suivent l’affaire. Je ne lâche plus rien : si j’apprends qu’il y a une trans en prison qui va pas bien et qui n’obtient pas ce que moi j’ai légalement… Je ne comprends pas pourquoi il y a des demi-mesures, on souffre beaucoup trop parce qu’on est en détention homme, faut arrêter.

– Comment ça se passe pour ton traitement hormonal ?

– Depuis que je me suis coupée les …, mon corps n’a plus d’apport d’hormones et comme j’avais déjà commencé un traitement féminisant, il aurait été dangereux de donner l’inverse, donc mon traitement hormonal c’est à vie.

– Tu n’as pas de problèmes pour le suivre ?

– Ils ne me le bloquent plus. Cependant l’établissement public de santé de Fresnes a décidé de ne plus s’occuper de transsexuel-le-s en prison, c’est-à-dire que les trans qui sont à Caen n’iront jamais à Fresnes. Il faut demander son transfert soit sur Marseille, Bordeaux ou Toulouse. Il n’en est pas question, car elles ont leur famille dans le coin. L’établissement public de Fresnes n’a pas à refuser une patiente, la loi est la loi pour tout le monde, un centre hospitalier ne peut pas sélectionner le genre de patients qu’ils souhaitent soigner. Ils ont tout sur place, ils prétendent que non, mais j’y suis allée pendant six mois, donc je sais qu’ils ont tout. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas, c’est qu’ils ne veulent pas. Actuellement tout-e-s les transsexuel-le-s en prison ne sont pas suivi-e-s. Je suis la seule hormonée. En clair, ils laissent traîner jusqu’à ce que tu sois sorti-e, comme ça tu iras te faire soigner dehors.

– On se demandait si tu allais faire un changement d’état civil.

– Mais c’est fait ! Officiellement je m’appelle Chloé sur ma carte d’identité. J’ai demandé mon changement d’identité sexuelle, j’ai été un peu déçue de la réponse : ils veulent une expertise psychiatrique. Ça fait quand même la neuvième, faut arrêter, il y en a marre des expertises psychiatriques. Je l’ai faite et il a été reconnu qu’il est vraiment souhaitable de changer mon identité sexuelle sur ma carte. Il est également reconnu que le CD, ainsi que la médecine, m’ont bien fait souffrir durant des années, et que ça n’aurait jamais dû arriver. L’ordonnance sera rendue mi-février.

– Tu penses qu’une fois que ça sera définitivement réglé, tu risques d’aller en détention pour femme ?

– Je l’ai déjà demandé, parce qu’il y a une jurisprudence de la cour européenne. Ça fait deux ans qu’ils ne répondent pas. C’est la façon de l’AP : demande-nous ce dont tu as besoin, on t’expliquera comment t’en passer. Il est certain qu’au mois de février, si la justice décide que je suis reconnue comme une femme, dans l’heure qui va suivre, je veux être transférée. Simplement, on m’a bien fait comprendre que jamais ça n’arrivera, parce qu’ils ne veulent pas de jurisprudence en France. Comme je ne suis plus très loin de la fin de peine, ils vont me foutre dehors avant2.

 […]

C’est comme le tract de la CGT3, on m’a traitée nationalement de mâle ou femelle, c’est cadeau. Eux ils ont le droit de faire ça, moi j’ai pas le droit. Il y a dix jours, j’ai été condamnée à payer cinquante euros d’amende et j’ai eu quinze jours de prison supplémentaires parce que j’ai dit « connard ». Mais ce tract de la CGT, ou le premier surveillant qui refuse d’exécuter un ordre de mission parce que je suis en jupe, ça c’est normal. Et nous, quand on dit quelque chose, on se retrouve au quartier disciplinaire. Le tribunal a fait le jugement en terme féminin, j’étais considérée comme une femme de A à Z, et ils ont considéré que le CD s’était bien moqué de moi. Je ne suis pas allée au jugement, le juge avait pourtant dit qu’il fallait m’autoriser à venir en jupe et ça m’a encore été refusé. Donc il [le maton] a gagné seulement cinquante euros et je n’ai gagné que quinze jours. Maintenant ça me fait un peu rire cette histoire ; les détenus du CD, à chaque fois qu’ils me croisent, ils me disent qu’ils vont quand même faire une quête pour lui donner ses cinquante euros… J’avais déjà payé cette dette-là, j’ai quand même fait quatre jours de mitard dans des conditions… je crois que le chenil pour les chiens est plus beau. On ne m’a pas donné mes lunettes, on ne m’a pas donné mon traitement [hormonal], on m’a donné des Efferalgan effervescents mais on ne m’a pas donné de verre d’eau, on ne m’a donné qu’une seule couverture en papier, le mur était plein de moisi…

 […]

Le coup de Nathalie a été le coup de trop, ça peut pas continuer. Je l’ai connue. Elle est arrivée après moi, elle a essayé de se battre, on s’est moqué d’elle. Actuellement je suis la seule personne à être allée sur sa tombe. Elle est enterrée au carré des indigents. Elle n’avait qu’un seul ami, son compagnon, qui était à l’enterrement. Il y avait aussi deux personnes de l’AP pour faire acte de présence, mais à trente mètres de la tombe, histoire de ne pas être sur les photos. Sa famille l’a complètement abandonnée, personne ne s’occupe de la tombe… Quand elle est arrivée, elle est venue me voir ; je lui ai dit qu’il y avait deux manières de se battre, soit en silence, comme pendant la guerre, soit tu te bats en hurlant et tu vas te manger tous les coups. Je lui ai dit de le faire progressivement, c’est-à-dire un peu tous les jours : ce qui est fait est acquis. Au début ça a marché, puis elle a un peu cafouillé, elle était sur une voie de garage. Elle m’a demandé ce qu’elle pouvait faire, je lui ai donné une lettre type à adresser à deux-trois adresses que je connaissais. Sa motivation s’est redéveloppée, mais tout est parti en vrille. L’administration s’en est mêlée, les détenus ont commencé à la taquiner, ils ont commencé à ne plus arrêter de la fouiller à poil pour vérifier, à dire « monsieur », pleins de choses comme ça. Elle s’est retrouvée en quartier différentiel, qui est un quartier d’isolement. Elle était juste en face de chez moi, deux étages en dessous, du coup on voit ce qui se passe, on ne peut rien louper. Un soir, elle a mis une corde, elle s’est accrochée. Elle a sonné avant de s’accrocher dans l’espoir que l’on vienne à son secours, mais on n’est pas venu à son secours ou trop tard, voilà… C’était une petite bonne femme, elle faisait un mètre soixante-cinq, elle se promenait toujours avec son sac à main, jusqu’au jour où on a commencé à lui faire des histoires, et là tout s’est enchaîné…

 […]

 Pour les personnes comme moi, il ne faut jamais baisser la tête, parce que si on baisse une seule fois la tête, on est fini : on a les détenus comme les surveillants sur le dos. C’est très clair, à partir du moment où l’on fait un pas en arrière, c’est fini, on n’est plus crédible, on est faible, on est fragile. C’est seulement quand on redresse la tête et que l’on se dit : « allez, je m’assume », que c’est le bonheur. C’est le pied, le pied total. On rentre le soir dans sa cellule en se disant : « mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis complètement pas bien dans ma tête ? » Mais alors quel bonheur quand tu t’endors et que t’y repenses, tu t’endors avec un sourire. Faut jamais baisser les bras.

Extraits de courriers de Chloé

 23 avril 2012 :

[…] Sur l’administration pénitentiaire, ils ne font que ce qu’ils veulent, quand ils veulent, comme ils veulent. Ce n’est que quand les gens osent réellement taper sur la table que cela bouge, mais dans une courte limite. La prison est une zone de non-droit, où les règlements se font et se défont comme ils le souhaitent. La tolérance, le respect de l’être humain, n’est nullement une chose qui rentre dans leur priorité. La première vision de la détention et de l’administration, ici comme ailleurs, c’est que vous faites votre peine et payez, par quelques moyens que ce soit, les parties civiles. Après on verra s’il reste du temps pour que le SPIP s’occupe de vous, ou mieux occupez-vous de vous-même. Leur blabla qui concerne le SPIP et les réinsertions sont des blagues pour tromper le public. Même si certains y ont droit et se réinsère grâce à ces services, le pourcentage est minime par rapport à ceux qui n’ont jamais été aidés et y sont arrivés par eux-mêmes. […]

23 juillet 2012 :

[…] Tout le monde, médecine, comme administration, comme ami-e, se demande comment j’ai pu ne pas mourir après tout ce que je me suis faite. Même moi par moment, je me demandais si j’avais assez de sang pour vivre, comment j’ai pu ne pas être infectée, faire une septicémie, une hémorragie, une crise cardiaque. Comment j’ai pu faire pour ne pas me pendre quand ils me retiraient les hormones, puis me les rendaient, puis me les retiraient4. Comment j’ai fait pour ne jamais crier au secours. Comment j’ai pu apporter comme cela une testicule dans leur bureau sans crier ma souffrance. Je ne sais pas pourquoi, pourtant il aurait été plus simple pour moi d’éteindre cette lumière, avoir ce repos bien mérité, ne plus souffrir, ne plus avoir peur que l’on me retire mes hormones, ne plus avoir peur de me faire agresser, ne plus me demander ce que je dois faire demain pour survivre, quel combat je devrais encore mener. Moi, à ce jour, je ne cesse de revoir le soir, quand je me couche, les images où je me retirais les testicules, les images de toutes les souffrances, les images de tout ce sang versé. Cela fait partie dorénavant de mon marchand de sable, cela passe en boucle sans que je puisse arrêter ce film d’horreur. Mais s’il fallait refaire ce combat, oui je le referais, pour moi, pour mes sœurs qui souffrent en prison, pour qu’elles n’en viennent pas à se faire ce que moi je me suis faite pour être reconnue. Oui, je referais ce combat, mais avec plus de rage. […]

1Journal officiel du 25 juillet 2010 concernant l’avis du 30 juin 2010 relatif à la prise en charge des personnes transsexuelles incarcérées.

2Chloé est conditionnable depuis 2007.

3Le 9 décembre 2010, la CGT pénitentiaire de Caen publie un tract Bienvenue à Caen…llywood ! dans lequel il est écrit : « […] un autre détenu dont on ne sait s’il est mâle ou femelle et qui nous enquiquine (pour ne pas dire autre chose) et accessoirement nous fait passer pour des cons en extractions… [NDLR : parce que Chloé s’habille en femme] ».

4NDLR : les hormones sont des régulateurs de l’humeur, le changement brutal du taux d’hormones présent dans le corps provoque de graves dépressions et des états suicidaires.

L’Envolée

Les Murs ont des oreilles

Haine des Chaînes

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