Industrie pharmaceutique – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Tue, 27 Jan 2015 23:13:58 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 2000 ans d’homophobie en 60 citations, 2003 https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/2000-ans-dhomophobie-en-60-citations-2003/ Tue, 27 Jan 2015 23:13:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1083 Continuer la lecture →]]>

Mais qu’est-ce qui pourrait bien « rassembler » Himmler, Proudhon, Boutin, Mugabe, Eminem, Lacan, le Pape Jean-Paul II,  le Rabbin Sitruk et l’Ayatollah Musava Ardelsili… ?

Préambule au Dictionnaire de l’homophobie, sous la direction de Louis-Georges Tin, 2003

Les photos de manifs illustrant l’article sont celles de la mobilisation homophobe en faveur du mariage hétérosexuel (2013-2014). Les autres sont (aussi) des documents historiques.

Préambule au Dictionnaire de l’homophobie, Louis-Georges Tin, 2003

Florilège ? Pas vraiment. Un florilège est un bouquet de vers ou de poèmes, choisis pour leur beauté et pour leur grâce. Or il s’agit ici de propos homophobes divers, plus ou moins bêtes et méchants selon les cas. Anti-florilège donc, non pas pour constituer un bêtisier ou un catalogue raisonné de la haine, mais pour faire entendre quelques voix, quelques cris illustrant le propos, avant de passer à l’analyse proprement dite [1]. Dans ce triste voisinage se côtoient des personnages sinistres comme Himmler et des figures honorables, à l’instar de saint Paul. Dès lors, il ne s’agit pas, en pratiquant l’amalgame, de suggérer que tous ces gens se valent, dans une sorte de commune et ténébreuse ignominie, mais plutôt de montrer que les discours homophobes se retrouvent dans des contextes extrêmement variés, traversant les âges et les clivages, se chargeant chaque fois de significations très différentes… mais toujours homophobes.

Quoi qu’il en soit, cette sélection ne saurait constituer un échantillon représentatif, car au-delà des déclarations publiques plus ou moins tonitruantes, l’homophobie ordinaire se loge plutôt dans les interstices du silence. Silence, la nuit, des agressions physiques ou des brutalités policières ; silence, le jour, des petits mots et des non-dits. Dans la plupart des pays du monde, ces violences physiques, morales ou symboliques constituent en fait l’essentiel de l’homophobie, celle que les mots ne disent pas…

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Version théologico-politique

« L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux » (Lévitique, 18, 22).

« Ni fornicateurs, ni idolâtres, ni dépravés, ni sodomites, ni voleurs, ni cupides, pas plus qu’ivrognes, insulteurs ou rapaces n’hériteront du royaume de Dieu » (Saint Paul, Corinthiens, 6, 9-10).

« Pas un seul autre vice ne pourrait être raisonnablement comparé à celui-ci, qui l’emporte sur tous les autres en impunité. Car ce vice apporte avec lui la mort du corps et la destruction de l’âme ; il souille la chair, étouffe la lumière de l’intelligence, jette l’Esprit saint hors de son temple, le cœur de l’homme, et installe à sa place le diable, l’éveille à des mauvais désirs ; il ferme absolument l’esprit à la vérité ; il trompe et oriente vers le mensonge ; il jette des rets sur le chemin et, quand un homme tombe dans la fosse, lui ferme toute fuite ; il ouvre les portes de l’enfer et ferme celles du Paradis » (Saint Pierre Damien, Liber Gomorrhianus, vers 1050).

« Celui qui est sodomite prouvé, doit perdre les couilles, et s’il le fait une seconde fois, il doit perdre le membre ; et s’il le fait une troisième fois, il doit être brûlé »

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« Femme qui le fait doit à chaque fois perdre un membre, et la troisième fois, doit être brûlée. Et tous leurs biens sont au roi » (Jostice et Plet, « ancienne coutume d’Orléans », vers 1260).

« Qui erre contre la foi, comme en mécréance, de laquelle il ne veut venir à voie de vérité, ou qui fait sodomiterie, il doit être brûlé » (Philippe de Beaumanoir, Les Coutumes de Beauvaisis, vers 1285).

« Dans chaque temple ou lieu de culte important, ils ont un homme ou deux, ou davantage, habillés en femmes depuis l’enfance, parlant comme les femmes et les imitant en manières, en vêtement et en tout. Les hommes, particulièrement les chefs, ont des relations charnelles impures avec eux les fêtes et les jours saints, comme s’il s’agissait d’un rite ou d’une cérémonie. Je le sais parce que j’en ai puni deux » (Cieza de Léon, Chroniques du Pérou, 1533).

« Si un homme consent à être sodomisé, les coupables seront condamnés au port de la cangue pendant un mois et à 100 coups de bâton » (Code de la dynastie Qing [Da Qing lüli], 1734).

« Je respecte les homosexuels comme je respecte les infirmes. Mais s’ils veulent transformer leur infirmité en santé, je dois dire que je ne suis pas d’accord » (Mgr Elchinger, évêque de Strasbourg, 1982).

« Dans certains domaines, tenir compte de la tendance sexuelle n’est pas une discrimination injuste, par exemple dans le placement des enfants à adopter ou leur mise en garde, dans l’engagement d’enseignants et d’entraîneurs sportifs et dans le recrutement militaire » (Cardinal Ratzinger, Jean-Paul II, Certaines considérations concernant la réponse à des propositions de loi sur la non-discrimination des personnes homosexuelles, 1992).

« S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (Catéchisme de l’Église catholique, 2357 à 2359, 1997).

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« Pour les homosexuels, l’islam a prescrit les peines les plus sévères […] Après que la preuve a été établie conformément à la sharia, il faudra se saisir de la personne, la maintenir debout, la partager en deux avec une épée et soit lui trancher la tête, soit la fendre en deux tout entière. Il (ou elle) tombera […] Après sa mort, il faudra dresser un bûcher, placer le cadavre dessus, y mettre le feu et le brûler, ou bien l’emporter sur une montagne et le précipiter. Puis les morceaux du cadavre devront être rassemblés et brûlés. Ou alors, il faudra creuser un trou, y faire un feu et l’y jeter vivant. Nous n’avons pas de telles punitions pour d’autres crimes » (Ayatollah Musava Ardelsili, Téhéran, 1998).

Version laïque

« Sans aller jusqu’à la mort, je regrette que cette infamie qui commence à se propager parmi nous, soit traitée avec tant d’indulgence. Je voudrais qu’elle fût, dans tous les cas, assimilée au viol, et punie de vingt ans de réclusion » (Pierre-Joseph Proudhon, Amour et mariage, 1858).

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« L’homosexualité fait échouer tout rendement […] Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l’Allemagne, la fin du monde germanique » (Heinrich Himmler, Discours du 18 février 1937).

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« Dans la société soviétique, de saine moralité, l’homosexualité est réprimée en tant que dépravation sexuelle et punie par la loi, sauf en cas de désordre psychique […]. Dans les pays bourgeois, l’homosexualité, signe de la décomposition morale des classes dirigeantes, est en fait impossible à punir » (Encyclopédie soviétique, « Homosexualité », t. 12, 1952).

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« Il faut sanctionner le prosélytisme homosexuel. En effet, le plus grave péril qui menace la terre, c’est la dénatalité du monde occidental affronté à la surnatalité du Tiers Monde. De ce fait, j’estime que l’homosexualité conduit, si elle se développe, à la fin du monde » (Jean-Marie Le Pen, président du Front national, Fréquence gaie, 1984).

« À moins d’un heureux hasard médical, d’ici trois ou quatre ans, parmi les options à débattre, il faudra envisager l’extermination des homosexuels » (Dr Paul Cameron, Conservative Political Action Conférence, 1985).

« L’hétérosexualité, c’est mieux » (Édith Cresson, Premier ministre, 1991).

« Je confesse qu’il doit y avoir des homosexuels au Front national, mais il n’y a pas de folles. Elles sont invitées à aller voir ailleurs » (J.-M. Le Pen, Université d’été du FN, septembre 1995).

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« Les homosexuels sont pires que les porcs et les chiens » (M. Mugabe, président du Zimbabwe, 1995).

« Si vous me demandez si un instituteur homosexuel déclaré peut enseigner, ma réponse est non. Ce serait peu éducatif et moralement inopportun qu’une personne homosexuelle déclarée ou qui considère la pédophilie, somme toute, comme une forme d’amour, puisse enseigner. Ils devraient être exclus de la fonction publique » (Gianfranco Fini, leader du mouvement politique italien, Alleanza Nazionale, 1998).

« Je ne peux être favorable à ceux que j’appelle les fossoyeurs de l’humanité, ceux qui n’assurent pas l’avenir, les homosexuels » (François Abadie, sénateur du Parti radical de gauche, Nouvel Observateur, juin 2000).

« Il n’est pas bon qu’un homme aille avec un autre homme, ou une femme, avec une autre femme. Cela va à l’encontre de la tradition africaine et des enseignements de la Bible » (Daniel Arap Moi, président du Kenya, 2000).

« Les lesbiennes utilisent l’orifice de vie dans leurs ébats. Par contre les homosexuels utilisent l’orifice de déjection » (Didier Ratsiraka, président de Madagascar, La Tribune de Madagascar, 27 mars 2001).

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Version scientifique

« Le pédéraste contrevient à l’hygiène, à la netteté et il ignore la lustration qui purifie. L’état des fesses, le relâchement du sphincter, l’anus en entonnoir ou bien la forme et la dimension du pénis signent l’appartenance à l’espèce nouvelle. Monstre dans la nouvelle galerie des monstres, le pédéraste a partie liée avec l’animal ; dans ses coïts, il évoque le chien. Sa nature l’associe à l’excrément » (Ambroise Tardieu, Études médico-légales sur les attentats aux mœurs, 1857).

« L’homosexualité est un stigmate fonctionnel de dégénérescence et une tare névro-psychopathologique » (Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, 1886).

« L’homosexualité est la négation de la volonté humaine dans un de ses points les plus sensibles, car la volonté humaine porte d’une façon vivante en elle l’idéal d’une perpétuation. Ce simple fait suffit pour imposer l’hétérosexualité en tant que norme, et pour placer toute perversion, y compris la masturbation, au rang du crime, de l’égarement ou du péché » (Dr Alfred Adler, Le Problème de l’homosexualité, 1917).

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« En trente-huit ans, l’école n’a produit aucun homosexuel. La raison en est que la liberté donne des enfants sains » (Dr Alexander-Sutherland Neill, Libres Enfants de Summerhill, 1960).

« Que l’on ne vienne pas nous dire, sous prétexte que c’était une perversion reçue, approuvée, voire fêtée, que ce n’était pas une perversion. L’homosexualité n’en reste pas moins ce que c’est : une perversion » (Lacan, Séminaire, vol. VIII, « Le Transfert », 1960-1961).

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« L’homosexuel pur, indemne de tout potentialité de névrose, me paraît exceptionnel, nous ne le rencontrons pas dans nos cabinets de consultations » (Dr Marcel Eck, Sodome, 1966).

« L’homosexualité reste l’impasse de la non-fraternité et de la non-vie » (Dr Éliane Amado Lévy-Valensi, Le Grand Désarroi : aux sources de l’énigme homosexuelle, 1973).

« Ce virus [HIV] a eu le génie de s’attaquer à ceux qui ont transformé la physiologie de la reproduction en plaisirs frelatés […] En cette période où tout ce qui est contre la morale, même naturelle, est admiré, ce virus savait où frapper » (Pr German, président de l’Académie de pharmacie, 1991).

« L’homosexualité fait partie des états premiers de la sexualité humaine, elle ne représente pas la fin de la sexualité, qui, dans le meilleur des cas, s’achemine vers l’hétérosexualité. L’homosexualité n’est pas du tout un choix d’objet parmi d’autres mais un complexe qui signe l’échec de l’intériorisation de l’autre » (Tony Anatrella, prêtre et psychanalyste, Le Monde, 10 octobre 1998).

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Version littéraire

« Imaginez-vous ce que sont exactement les pratiques sexuelles entre deux hommes, et essayez de ne pas vomir » (Camille Mauclair, Les Marges, mars 1926).

« J’estime que cette perversion d’un instinct naturel, comme bien d’autres perversions, est un indice de la profonde décadence sociale et morale d’une certaine partie de la société actuelle » (Henri Barbusse, Les Marges, mars 1926).

« Pour qui a la responsabilité de parler et de nommer dans un contexte éducatif, d’enseignement, d’accompagnement, de régulation ou d’élaboration des normes, il m’apparaît relever de l’honnêteté intellectuelle et morale que d’oser affirmer la non-équivalence entre les forme d’affectivité homosexuelle ou hétérosexuelle. À la différence d’autres qualifications évoquées plus haut, des expressions comme “forme anormative de la sexualité” ou “conduites objectivement déficientes” ne me paraissent ni blessantes ni humiliantes pour les personnes. Qui ne connaît des déficiences en certains aspects de sa personnalité, en sa sexualité particulièrement ? La sexualité n’est pas seulement le lieu de nos capacités et de nos performances, elle est aussi celui de nos vulnérabilités et de nos défaillances » (Xavier Lacroix, L’Amour du semblable, Questions sur l’homosexualité, 1995).

« Je vais faire pousser des cris, mais je suis prêt à affirmer qu’on ne peut pas être homosexuel et heureux » (Sébastien, Ne deviens pas gay tu finiras triste, 1998).

« Mes mots sont comme un poignard à bord dentelé, ils te poignarderont dans la tête, que tu sois un pédé ou une gouine. […] Si je déteste les pédés ? La réponse est oui » (Eminem, The Marshall Mathers LP, 2000).

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Version défaitiste [2]

« La raison pour laquelle le couple homosexuel n’a pas accès au mariage est que celui-ci est l’institution qui inscrit la différence des sexes dans l’ordre symbolique, en liant couple et filiation » (Irène Théry, « Le cus en question », Notes de la Fondation Saint-Simon, cf. aussi Esprit, octobre 1997).

« Sodome réclame droit de cité » (H. Lécuyer, in « La Notion juridique de couple », Economica, 1998).

« Nous voilà revenus aux temps barbares » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

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« Où placera-t-on la frontière, pour un enfant adopté, entre l’homosexualité et la pédophilie ? » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

« Ce sont les fondements de la civilisation et de la démocratie qui seraient remis en cause » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

« S’il y a des pédés ici, je leur pisse à la raie » (Michel Meylan, député DL, 1998).

« C’est l’homosexualité et toutes les perversions sexuelles qui envahissent la littérature, le cinéma, le théâtre, les médias et assaillent les très jeunes sans défenses appropriées » (tract de l’Association Avenir de la culture, 1998).

« Impropre à assurer le renouvellement des membres qui composent celle-ci [la société], l’homosexualité est, par nature, un comportement mortel pour la société. Ce n’est pas là une appréciation d’ordre moral et subjectif, mais une constatation biologique élémentaire » (Jean-Luc Auber, note sous arrêt Cour de cassation 3e Civ. du 17 décembre 1997, Recueil Dalloz, 1998, 9e cahier Jurisprudence).

« Il ne peut y avoir aucune équivalence entre couples hétérosexuels et couples homosexuels. Cette évidence ne s’inspire d’aucune considération morale ou intégriste » (Jean-François Mattei, député DL, 1998).

« Toutes les études sociologiques ont prouvé que généralement le couple homosexuel a des revenus supérieurs au couple hétérosexuel pour d’évidentes raisons. Il est donc déraisonnable d’offrir à tous les mêmes avantages dès lors que les justifications de ces avantages manquent » (Bernard Beignier, « Une nouvelle proposition de la loi relative au cus : copie à revoir », Droit de la famille, Jurisclasseur, Chronique, avril 1997).

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« Accepter que des couples puissent se constituer autrement que dans la relation conjugale d’un homme et d’une femme, c’est aller contre l’équilibre naturel établi par Dieu. Sous couvert de démocratie, notre société tend à légiférer selon l’évolution des mœurs. […] Lorsque l’homme porte atteinte à la nature, il porte atteinte à Dieu et à lui-même » (Joseph Sitruk, Grand Rabbin de France, Le Figaro, 2 juillet 1996).

« Stérilisez-les ! » (Pierre Lellouche, député RPR, 1998).

« Ne voient-ils donc pas que Pacs et clone, c’est la même chose ? À savoir la primauté du même au détriment de l’altérité. À savoir, la remise en question radicale de l’opposition incontournable et de la nécessaire complémentarité homme-femme » (Simone Korff-Sausse, psychanalyste, Libération, 1998).

« Un tas de pédés, de folles, de gouines, de timbrés, de malheureux, de malheureuses, d’escrocs, de minus habens, de camés, de lecteurs de Cyril Collard, vont enfin pouvoir se promener dans la rue comme monsieur et madame, après la sortie de la messe, avec le saint-honoré » (National Hebdo, 10 septembre 1998).

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« Le fait de confier des enfants à des couples d’homosexuels masculins (comme cela se produira un jour ou l’autre par l’évolution logique si le Pacs est adopté), ce fait-là ne manquera donc pas d’accroître encore les risques pédophiliques qui sont déjà en plein essor » (Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Figaro, 19 octobre 1998).

« C’est une révolution. Voulez-vous que demain, à la porte de l’école, un couple d’homosexuels regarde sortir vos enfants ou vos petits-enfants ? Voulez-vous qu’ils aient pour petits camarades des enfants de leur âge qui n’auront pas de maman, mais deux “papa” ? Voulez-vous payer plus d’impôts uniquement pour que des invertis vivant en couple en payent moins ? Demain, la cohabitation homosexuelle va être reconnue à l’égal du mariage… Et le mariage lui-même sera rendu obsolète ! […] Vous le savez, l’offensive du lobby homosexuel est le fer de lance de la destruction des principes essentiels de notre civilisation » (tract de l’Association Avenir de la culture, 1998).

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« Ce projet suscite une répulsion profonde, y compris chez les électeurs socialistes. C’est une législation de temps de décadence, pire que celle de la fin de l’Empire romain » (Jean Foyer, ancien garde des Sceaux, 1998).

« Votre révolution du Pacs, c’est le retour à la barbarie » (Philippe de Villiers, député, 1998).

« Il y a des zoophiles aussi » (Jacques Myard, député RPR, 1998).

« Pas de neveux pour les tantouzes ! » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

« Les homosexuels d’aujourd’hui sont les pédophiles de demain » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

« Les pédés au bûcher ! » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

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Notes

[1] Ce « florilège » a été publié en préambule du Dictionnaire de l’homophobie, coordonné par Louis-Georges Tin.

[2] Il s’agit ici, plus précisément, des propos apocalyptiques tenus par les adversaires du PACS au moment où celui-ci a commencé à entrer dans l’agenda politique.

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L’épidémie n’est pas finie ! (On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/lepidemie-nest-pas-finie/ Sun, 05 Oct 2014 21:47:09 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=420 Continuer la lecture →]]> On est pas des cadeaux, émission transpédégouine et féministe, septembre 2014

Le 12 Avril 2014 avait lieu à Lyon, une lecture de soutien à ActUp Paris. ActUp est une association d’activistes en luttes contre le sida. Illes ont depuis fin 2013 des problèmes financiers qui pourraient les faire arrêter.

Pour mieux connaître leurs luttes et implications dans ce domaine, nous diffusons aujourd’hui l’intégralité de la lecture animée qui retrace des années de révoltes.

 

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Traitement préventif contre le VIH ? En finir avec la dépolitisation ! https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/14/traitement-preventif-contre-le-vih-en-finir-avec-la-depolitisation/ Sun, 14 Sep 2014 15:25:37 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=258 Continuer la lecture →]]> Morgane Merteuil et Thierry Schaffauser, militant-e-s du Syndicat du travail sexuel (STRASS), reviennent ici sur le débat associé à un nouveau mode de prévention du VIH, et pointent notamment les effets néfastes d’une stratégie de lutte contre le sida dépolitisée.

 La récente Conférence mondiale sur le sida qui s’est déroulée à Melbourne du 20 au 25 Juillet 2014 a notamment été l’occasion de faire le point sur une stratégie de lutte contre l’épidémie qui fait de plus en plus parler d’elle : la Prophylaxie pré-exposition (PrEP) ; il s’agit, pour les personnes séronégatives, de prendre un traitement anti-rétroviral contre le VIH (le Truvada), afin de diminuer les probabilités d’être infecté en cas de prise de risque. Face au constat qu’en dépit d’énormes progrès réalisés au niveau des différents moyens mis en œuvre pour lutter contre le virus (notamment : accès aux préservatifs, dépistages rapides, Traitements Post-Exposition, Treatment as Prevention, amélioration des traitements existants), l’épidémie progresse toujours au sein des populations clés comme les gays et HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes), les usagers de drogues et les travailleur-se-s du sexe (si le nombre de contaminations parvient à baisser dans certains pays, en France il y en a toujours environ 7000 par an), la PrEP apparaît alors comme un nouvel outil de lutte qui pourrait permettre de réduire le nombre de celles-ci. Si les premiers résultats des essais mis en place tendent à prouver qu’avec une bonne observance du traitement, la PrEP protégerait autant que le préservatif, sa promotion amène tout de même à quelques interrogations. Ce qui peut apparaître comme positif sur un plan purement statistique, ne se traduit pas toujours tel que souhaité une fois mis en place, et des effets non désirés peuvent émerger.

Certaines contraintes, comme le fait de devoir prendre un traitement lourd entraînant de possibles effets indésirables, trouveront certainement leurs réponses dans le futur, au fur et à mesure de l’amélioration de l’outil tout en sachant que le Truvada est en fait déjà connu comme un des médicaments anti-VIH le mieux supporté par les patients séropositifs qui l’expérimentent depuis plusieurs années. D’autres questions, d’ordres plus politiques, méritent en revanche d’être posées dès aujourd’hui, puisque les essais d’une PrEP destinée aux HSH ont commencé en France, via Ipergay (qui vise à tester l’efficacité du Truvada en prise préventive à la demande, c’est à dire de manière ponctuelle, en fonction des périodes d’activité sexuelle des participants)1. Dans le même temps, plusieurs questionnaires ont été soumis aux travailleur-se-s du sexe afin de recenser leurs connaissances et intérêt potentiel pour la PrEP. Il nous semble en effet qu’au-delà des débats sur la potentielle efficacité de cet outil, ou sur les conditions de son utilisation, peu de questionnements ont émergé en ce qui concerne les implications du choix d’une telle stratégie, et notamment des implications politiques et économiques.

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Truvada Whores et travailleur-se-s du sexe

Alors que le Truvada en PrEP a été autorisé l’an dernier par la FDA (Food and Drug Administration) afin d’être commercialisée aux États-Unis, une expression nouvelle a fait son entrée dans les milieux gays, utilisée par ceux (travailleurs du sexe ou non) qui ont opté pour cette méthode de prévention pour s’auto-désigner « Truvada whore » (pute à Truvada). À l’heure où des questionnaires sont distribués et des réunions organisées2 afin de connaître l’opinion de celles qui semblent être la prochaine population cible au sein de laquelle sera promue la PrEP, il nous paraît nécessaire d’énoncer les limites d’une transposition de la PrEP aux travailleur-se-s du sexe, en rappelant notamment les revendications des travailleuses du sexe elles-mêmes quant à l’épidémie de VIH.

Pour commencer, il nous semble nécessaire de rappeler que le débat sur la PrEP au sein de la communauté gay s’inscrit dans la continuité d’autres débats qui l’ont traversée notamment depuis la fin des années 1990 et le phénomène accru de prises de risques sexuels avec l’arrivée des trithérapies. Depuis le milieu des années 2000, le traitement comme prévention (TasP) part du constat qu’une personne séropositive sous traitement, qui est bien suivie, et dont la charge virale est indétectable, n’est plus contaminante. Cela a permis à de nombreux gays d’avoir une sexualité sans préservatifs, et est apparu comme un grand soulagement pour les couples sérodifférents qui vivaient auparavant dans la peur d’une contamination en cas de rupture ou de non usage du préservatif. Les débats sur les politiques de prévention axées sur le préservatif ou des stratégies dites de réduction des risques se prolongent donc avec l’arrivée de la PrEP. En effet, il s’agit d’un important changement de paradigme dans les stratégies de prévention des gays. Tandis que le préservatif restait le seul moyen de ne pas devenir séropositif, dont une des principales conséquences est de devoir prendre un traitement à vie, il sera désormais possible de prendre un traitement pour ne pas devenir séropositif.

Par ailleurs, le monde de la lutte contre le sida étant dominé par les gays, les autres populations clés ne sont pas épargnées par ces débats, dont bien entendu la communauté des travailleur-se-s du sexe. La différence est que la PrEP ne fait en réalité pas débat chez les travailleur-se-srSEs du sexe. Il ressort ainsi de l’enquête menée sur les attentes concernant cet outil au sein de la communauté3 que la PrEP n’est pas encore aussi connue qu’elle peut l’être chez les gays, mais surtout qu’elle ne suscite pas le même enthousiasme. Dans l’enquête menée, à l’échelle internationale cette fois, par le NSWP, il apparaît également que :

 « Les travailleuses du sexe ont exprimé une grande incertitude à l’égard de la PrEP et d’une mise sous traitement précoce. La majorité des participants étaient sceptiques quant à ces stratégies et beaucoup ont déclaré qu’ils ne voudraient pas adopter la PrEP comme stratégie de prévention »4.

Cette différence d’enthousiasme s’explique par le fait que les problématiques de prévention chez les travailleur-se-s du sexe sont assez différentes de celles chez les gays. Par exemple, la problématique d’une potentielle baisse de plaisir sexuel avec le préservatif qui est exprimée par certains gays, ne l’est a priori pas pour l’instant de la part des travailleur-se-s du sexe, dont le but premier du rapport sexuel avec leurs clients est l’obtention d’un revenu plus que la recherche de plaisir. Ainsi, on note également que la relâche des outils de prévention chez les gays travailleurs du sexe se constate bien plus dans leurs pratiques « privées » que « professionnelles »5. Par ailleurs, comme le remarquait la « Note du STRASS sur la PrEP »6, « le préservatif sert parfois de barrière émotionnelle avec les clients et permet de faire la différence entre le travail et la vie sexuelle et affective privée ».

Il est vrai en revanche qu’il existe une demande de rapports non-protégés de la part des clients des travailleur-se-s du sexe. Cette demande est d’ailleurs une des raisons principales des craintes des travailleur-se-s du sexe face à une potentielle mise en avant de la PrEP à leur destination, puisqu’il est probable qu’il s’ensuivrait une concurrence accrue entre les travailleur-se-s du sexe qui, utilisant la PrEP, accepteraient ces pratiques, et les autres. Il est à craindre, dès lors, que de nombreuses travailleur-se-s du sexe optent pour cette stratégie de prévention non par préférence personnelle pour cet outil, mais pour s’adapter au marché. Comme toujours, cette pression sera encore plus néfaste aux travailleur-se-s les plus précaires et qui ont déjà un moindre pouvoir de négociation. Plus inquiétant encore, ce sont justement les travailleur-se-s les plus précaires qui risquent d’avoir un accès plus difficile à la PrEP, puisque la précarité est bien souvent une entrave majeure à l’accès aux services de santé, avec la répression qui touche, elle aussi, en priorité les travailleur-se-s précaires.

Si l’on peut souhaiter que les recherches progressent de manière à rendre la PrEP de moins en mois contraignante, il n’en reste pas moins que la prise régulière d’un traitement est inenvisageable pour de nombreux-se-s travailleur-se-s du sexe. La nécessité d’un suivi médical amenant forcément les travailleur-se-s du sexe à devoir déclarer leur activité, la stigmatisation apparaît déjà en tant que telle comme une barrière conséquente même pour les travailleur-se-s du sexe qui pourraient être intéressées par cet outil de prévention, puisque la révélation d’une utilisation de la PrEP équivaudrait alors à une révélation de l’activité professionnelle de la personne. Inversement, dans les pays réglementaristes qui imposent déjà des tests médicaux aux travailleur-se-s du sexe, il est à craindre que le droit élémentaire de refuser un traitement, alors qu’on n’est pas malade, fasse peu de poids face aux volontés de certainEs de contrôler l’état de santé des travailleur-se-s du sexe par crainte qu’elles ne contaminent le reste de la société.

La PrEP pourrait ainsi dans certains contextes servir d’argument supplémentaire pour imposer le dépistage et une mise sous traitement obligatoires pour toutes les travailleur-se-s du sexe, et justifier d’autant plus la criminalisation de la transmission du VIH existant dans des pays comme la Grèce ou la Suède. Ainsi, la Suède oblige tout séropositif à déclarer son statut sérologique à ses partenaires sexuels, ce qui pousse les travailleur-se-s du sexe à enfreindre la loi pour ne pas prévenir leurs clients, tandis qu’en Grèce, une véritable chasse aux sorcières7 à eu lieu contre des personnes séropositives, travailleur-se-s du sexe ou non, comprenant raids policiers, emprisonnements, dépistages obligatoires et publication dans les médias et sur le site de la police des photos de celles dépistées positives et identifiées (quand bien même ce n’était pas le cas) comme travailleur-se-s du sexe . Quand bien même, dans d’autres contextes, il pourrait sembler qu’il s’agit de protéger non le reste de la société mais les travailleur-se-s du sexe, la logique ne serait pas différente de celle qui a mené au XIXe siècle au régime français des maisons closes ou au Contagious Diseases Act anglais. Ainsi, on lit, toujours dans la consultation réalisée par le NSWP, que : « Les participants ont noté que ces technologies ont augmenté la surveillance des travailleur-se-s du sexe et intensifié le risque de violations des droits, y compris le dépistage, le fichage et le traitement obligatoire des travailleur-se-s du sexe. »8

La répression, première cause de vulnérabilité des travailleur-se-s du sexe

La répression a déjà comme conséquence que de nombreuxSEs travailleur-se-s du sexe séropositifVEs voient leur accès au traitement entravé, puisqu’elles ne peuvent pas toujours y avoir accès lorsqu’elles sont en garde-à-vue ou en prison. C’est également la répression qui réduit le pouvoir de négociation des travailleur-se-s du sexe face aux clients qui veulent des rapports non protégés, puisque plus les travailleur-se-s sont précarisées, moins elles peuvent se permettre d’imposer leurs conditions.

Au contraire, en Nouvelle-Galle du Sud (État Australien), aucune contamination entre une travailleuse du sexe et un client n’a été documentée depuis le début de l’épidémie. On notera que cet État a décriminalisé le travail sexuel à la fin des années 1970 avant même l’apparition du sida. Comme le recommandent d’ailleurs de plus en plus de médecins et d’institutions, en plus des organisations de travailleur-se-s du sexe elles-mêmes, la décriminalisation totale des industries du sexe apparaît comme la première mesure à prendre si l’on veut lutter contre le VIH chez les travailleur-se-s du sexe, puisqu’en contexte criminalisé, les préservatifs peuvent être utilisés comme preuve de prostitution, et les travailleur-se-s du sexe disposent d’un pouvoir de négociation moindre pour imposer leurs conditions en termes de pratiques protégées. Lors du congrès de Melbourne, a notamment été publiée par The Lancet, célèbre revue médicale, une étude confirmant que la criminalisation du travail sexuel était l’entrave la plus grande à la prévention chez les travailleur-se-s du sexe9. Mais cette revendication demande de s’attaquer à des causes structurelles, et non pas individuelles et comportementales, de s’attaquer directement aux États prohibitionnistes, non d’établir avec eux ou leurs relais, des partenariats pour cartographier les populations considérées comme étant à risque.

La dépolitisation de la lutte contre le sida

L’arrivée de la PrEP dans le débat public, et plus exactement les modalités de ce débat, nous semblent manquer des enjeux politiques essentiels. La lutte contre le sida, mais plus généralement les luttes pour la santé, demandent la mise en place de politiques plus ambitieuses que celles consistant à mettre un pansement sur un symptôme. La lutte contre le sida a d’ailleurs été, peu après l’apparition de la maladie et des ravages qu’elle a causés, l’occasion d’une affirmation politique radicale de la part d’associations comme, par exemple, Act Up qui, très vite, ont lié l’expansion de l’épidémie à un contexte politique plus global, et ont ainsi su rattacher la question du VIH à des enjeux politiques tels que l’économie de l’industrie pharmaceutique, le pouvoir des patients face au monde médical, l’homo/transphobie structurelle, ou encore la répression d’État et la situation des prisonnierEs. La position d’Act Up a fait l’objet de nombreuses critiques, puisque l’association a toujours préféré mettre en avant une approche de la prévention par le préservatif, le développement d’une responsabilisation communautaire, et la lutte politique, plutôt qu’une approche de « non-jugement » des pratiques individuelles et la réduction des risques comme adaptation à un contexte propice à l’épidémie, tel que l’a défendu par exemple l’association Aides10. S’il semble évident aujourd’hui que c’est cette dernière approche qui, grâce au soutien institutionnel, l’a emporté, il s’agit alors pour nous de penser l’étape suivante, et de rappeler que si la lutte contre le sida est une lutte politique, elle ne saurait ignorer les enjeux dans lesquels elle s’inscrit également en partie.

Si nous nous emparons de cette question aujourd’hui (et si nous espérons que la gauche le fera également), c’est justement parce que cet agenda nous est déjà imposé. En ce qui concerne les travailleur-se-s du sexe, par exemple, jamais la PrEP n’a été une revendication des organisations qui les représentent. Dans un tel contexte, il serait inacceptable de ne pas, au moins, porter un regard critique sur les modalités de cette imposition, et de ne pas tenter de rectifier le tir, afin de ne pas subordonner les intérêts à la fois des travailleur-se-s du sexe et des personnes pour qui la PrEP pourrait être bénéfique à des intérêts politiques et économiques qui ne sont pas les nôtres. Il nous semble en effet particulièrement regrettable que, face à la proposition d’un outil qui pose tout de même un certain nombre de questions, les seules qui semblent émerger des discussions et différents articles, que ce soit dans la presse gay ou généraliste, soient des questions strictement circonscrites aux enjeux de santé individuelle (efficacité ou pas, prise ponctuelle ou pas, dé-stigmatisation du bareback ou pas, etc.) comme si le domaine de la santé lui-même n’était pas lié à d’autres intérêts plus généraux. Mais comme le rappellent les auteurs d’une tribune11 parue sur Yagg et VIH.com, les questions sur les implications politiques plus larges que les stricts enjeux de santé « peuvent agacer ».

Les questions concernant strictement l’efficacité de la PrEP étant délaissée aux scientifiques et spécialistes du virus, nous espérons au moins, en tant que militant-e-s d’une communauté exclue de ces débats, faire émerger d’autres questions qui nous semblent cependant centrales. Ainsi, la question de l’imposition d’un agenda, que ce soit aux HSH ou aux travailleur-se-s du sexe, nous mène à la question de ce que nous voulons, en tant que personnes potentiellement concernées par le VIH. Lorsque nous constatons l’énergie et les financements investis (entre autres par l’industrie pharmaceutique) dans la recherche et la promotion de la PrEP, qui pourrait devenir une manne financière considérable si des millions de séronégatifs perçus comme « à risque » se voyaient encouragés à prendre ces traitements coûteux, nous nous demandons pourquoi si peu d’argent de la lutte contre le sida est alors investi dans des programmes de plaidoyer contre la criminalisation du travail sexuel, étant donné que ce contexte est la première cause structurelle de notre vulnérabilité. Pourtant, lors de la lutte pour l’ouverture du mariage par exemple, il semblait alors évident pour de nombreuses associations et personnalités de la lutte contre le VIH que la lutte contre l’homophobie et pour l’accès aux droits des gays était un enjeu de lutte contre le sida. Pourquoi n’en est-il pas autant de même avec les droits des travailleur-se-s du sexe, des usagerEs de drogue, des prisonnierEs, des trans, ou des étrangerEs ? Nous nous demandons également pourquoi gouvernements et institutions envisagent la promotion de nouveaux outils de prévention plutôt que de réfléchir aux conséquences néfastes de leurs politiques répressives et stigmatisantes. Cela revient, au sujetes travailleur-se-s du sexe, à fermer les yeux sur les causes du problème que l’État a lui-même créé et divertir notre attention en proposant des réponses qui ne sont pas demandées par les concernées.

Comme l’écrivait le STRASS : « L’efficacité de tel ou tel outil de prévention est liée principalement à son contexte d’usage. Quand notre priorité est de devoir nous défendre contre des violences policières et des discriminations accrues, la santé passe après »12. L’intérêt de la PrEP parmi les travailleur-se-s du sexe, mais aussi parmi toutes les populations concernées, sera conditionné à un contexte d’usage favorable qui permette que cet outil apparaisse véritablement comme un choix supplémentaire et non comme une option vers laquelle nous poussent des contraintes d’ordre structurel.

Prostitution-illustration

Comme le rappelait l’avis du Conseil National du Sida, il s’agit avec la PrEP de « faire le pari de l’autonomie et de l’intelligence ». Mais de quelle autonomie parlons-nous lorsque sous prétexte que le travail sexuel est une réponse à une nécessité, celles et ceux qui l’exercent font l’objet d’un traitement d’exception ? De quelle intelligence parlons-nous lorsque l’approche répressive des questions sociales n’est toujours pas remise en question, quand les mouvements de lutte contre le sida ont mis tant de temps à comprendre l’importance de la décriminalisation du travail sexuel et de sa reconnaissance comme travail, ou encore peinent à s’emparer de la terminologie mise au point par les personnes concernées pour les désigner ? Ainsi, lors de la récente évaluation du Plan National de Lutte contre le Sida 2010-2014, les remarques des travailleur-se-s du sexe quant à la non-réalisation des objectifs de celui-ci n’ont été suivies d’aucun effet. Pourquoi nous demander notre avis sur la PrEP si c’est pour dans le même temps esquiver ainsi nos critiques de l’action gouvernementale en matière de lutte contre le VIH chez les travailleur-se-s du sexe ? Tant que ces questions ne seront pas posées, tant que l’agenda ne semblera pas dirigé par et pour les personnes potentiellement concernées par l’épidémie, tant que des conditions claires ne seront pas posées aux laboratoires sur les prix des traitements et la garantie de leur accès universel, et pas uniquement sur la PrEP, mais également sur les trithérapies s’adressant aux personnes séropositives dont nombreuSEs sont les travailleur-se-s du sexe dans le monde à en manquer l’accès, tant que les encouragements institutionnels à la responsabilisation individuelle face aux questions de santé continueront de s’accompagner d’un tel désengagement de l’Etat des services publiques de santé et d’un sous financement de nos associations de santé communautaires, les discours qui prétendent que la promotion de la PrEP constituerait une solution à l’épidémie ne nous convaincrons pas, et nous continuerons à émettre des doutes légitimes sur les intérêts finaux au nom desquels ces recherches sont effectuées.

 Publié par Contretemps.

 

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