homophobie et transphobie – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Tue, 28 Jul 2015 18:28:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 [Livre] La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/27/livre-la-main-devant-le-soleil-experiences-militantes-et-homosexualites-en-afrique-francophone/ Mon, 27 Jul 2015 18:13:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1754 Continuer la lecture →]]> devantlesoleil-ariane Extraits de l’introduction et de la préface (par Patrick Awondo) du livre La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone, 2014, Éditions Le Tamis, Marseille.

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Du déni à la reconnaissance

(Extrait de l’introduction)

Dans la nuée des idées reçues et colportées sur le continent africain, celle selon laquelle l’homosexualité serait une déviance d’origine « occidentale », étrangère aux « cultures africaines », persiste et signe d’une encre tenace, et en fait couler abondamment sur les pages de presses. Ce rejet farouche découle des relations socio-politiques complexes, historiquement sédimentées, qui lient le continent avec le reste du monde. Des travaux récents montrent, en effet, comment l’entreprise coloniale a pu propager ses propres conceptions des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, notamment par le biais de lois répressives des métropoles promulguées dans les colonies. Le plus souvent maintenues par les administrations des États devenus indépendants, ces dispositions répressives ont été réappropriées et retournées de manière inédite contre les anciennes puissances coloniales. Ainsi, pour beaucoup, l’homosexualité incarne aujourd’hui « l’Occident décadent », et la lutte contre cet héritage exogène présumé est utilisée comme un moyen d’affirmation de la singularité et de la souveraineté des États africains face à la communauté internationale.

Le milieu scientifique a, quant à lui, longtemps ajouté son silence à propos des pratiques homosexuelles sur le continent. Alors que des ouvrages et témoignages historiques, parfois antérieurs au XXe siècle, évoquaient l’existence de pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, il faut attendre les années 2000 pour que les chercheurs en sciences sociales s’intéressent à la question et fassent, selon l’expression de Christophe Broqua, la « découverte scientifique » de l’homosexualité en Afrique – masculine, essentiellement. Cette « découverte » est étroitement liée à la lutte contre le sida, mais avec un décalage surprenant. En effet, dès l’apparition de l’épidémie du VIH/sida dans les années 1980, les homosexuels masculins sont considérés, aux États-Unis et en Europe, comme un « groupe à risque » et focalisent l’attention des chercheurs. Mais tandis que l’épidémie se répand rapidement sur le continent africain, sa transmission hétérosexuelle est la seule à être reconnue et prise en charge. Après deux décennies de latence, la lutte contre le sida joue finalement un rôle dans le processus de visibilisation de ces pratiques.

En effet, quelques travaux précurseurs lèvent peu à peu le voile sur les pratiques homosexuelles du continent et témoignent de la vulnérabilité, tant sociale que sanitaire, des hommes concernés. Les conférences internationales sur le sida de Bangkok (2004) et de Toronto (2006) impulsent rapidement une dynamique de recherche d’envergure internationale, s’attachant à documenter les pratiques des hommes ayant des relations homosexuelles dans des contextes sociaux, économiques et sanitaires variés. Ainsi, ces premières études montrent que, sur le continent africain, ces hommes sont fortement exposés au risque de contracter le virus : en plus des risques accrus de transmission par voie anale, les discriminations et stigmatisations dont ils sont l’objet les éloignent des consultations médicales et des contenus de la prévention, amplifiant les risques de contamination. En objectivant la dimension homosexuelle de l’épidémie en Afrique, ces études légitiment la prise en charge de ces hommes par la santé publique qui, dès lors, les affecte à la catégorie de « groupe-cible » des actions mondiales de lutte contre le sida.

(…)

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(Extrait de la préface)

par Patrick Awondo

(…) Au cours des deux dernières décennies, l’oeuvre de documentation des expériences africaines au sujet de l’homosexualité, a surtout porté l’accent sur l’analyse des polémiques et des dynamiques liées à l’homophobie. Il est vrai qu’il se passe difficilement un mois entier sans qu’un acte d’homophobie ne soit signalé dans l’un des pays concernés par les récits présentés dans ce livre. Par ailleurs, il reste beaucoup à dire sur les dispositifs légaux à l’encontre des pratiques homosexuelles et des identités de genre non-hétérosexuel, ou sur les discriminations dans l’accès aux services de santé pour une partie des personnes concernées. De façon générale, les personnes affichant leur engagement, en tant que personnes homosexuelles militant contre le sida, en payent le lourd tribut. Les narrateurs des récits présentés dans ce recueil, vivent un quotidien tissé de peurs, dans lequel la violence risque à chaque instant un devenir endémique. Les figures de cette brutalité, à laquelle les militants africains doivent faire face, oscillent entre persécution policière et harcèlement familial. Ce tableau s’inscrit dans des contextes où pèse un certain conservatisme culturel et religieux et où s’exercent des politiques néfastes aux libertés individuelles. Il en va de même des accusations faites aux personnes homosexuelles d’appartenir à des cercles ésotériques, dans lesquels l’homosexualité serait une modalité de passation du pouvoir, et par conséquent, une figure du « mal » – accusations renforcées, en Afrique Centrale, par un retour en force de l’exorcisme. Dans ce sillage, sont entretenues des confusions scandaleuses entre homosexualité et franc-maçonnerie, ou encore homosexualité et pédophilie. Dans la banalisation de la parole de haine anti-homosexuelle, le Christianisme et l’Islam sont engagés dans une course effrénée dont les résultats, en terme de renforcement des stéréotypes et de stigmatisation des personnes soupçonnées d’homosexualité, sont nettement perceptibles. La force de tels imaginaires ne devrait pas être négligée. Partout, les médias répandent impunément des idées liberticides, sexistes et homophobes. Sous le fallacieux couvert d’une moralisation des sociétés, ces « paniques morales » ouvrent une véritable chasse aux sorcières. Qui a oublié la publication de ces listes de personnalités camerounaises accusées d’homosexualité, et ses conséquences dramatiques ? Le même scénario s’est reproduit deux ans plus tard au Sénégal, accompagné cette fois des photographies de jeunes hommes accusés d’homosexualité, et aboutissant aux mêmes résultats, c’est-à-dire des arrestations de personnes jugées comme transgressant les normes de sexualité et de genre. Autant de situations de violence qui font reculer la réponse à l’épidémie du sida, pourtant décrétée comme enjeu majeur de santé publique.

La « question homosexuelle » semble alors, le plus souvent, être un instrument dans les mains de personnalités de tous ordres – journalistes, responsables religieux, intellectuels, politiciens ou jeunes leaders en quête de popularité – qui usent de postures pseudomoralistes et nationalistes légitimant leur discours et participent à faire de l’homosexualité une figure de l’anti-impérialisme culturel. Encouragés par les manifestations anti-homosexuelles de pays occidentaux comme la France, où une partie de la population s’est opposée au « mariage pour tous », les anti-homosexuels rêvent, depuis le continent africain, à une coalition transnationale. La question de la possibilité d’une mobilisation à même de freiner le développement de l’homophobie se pose, dès lors, chez les observateurs de tous les horizons.

(…)

Lire la totalité de la préface en pdf.

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« Qu’on le veuille ou non, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes existent. Il faut faire avec cette population. Comme on dit chez nous, on ne cache pas le soleil avec la main. Tu as beau le cacher, le soleil est toujours là ! Ces hommes existent, on le sait. Il faut s’occuper d’eux, et c’est tout. »

La main devant le soleil sur le site des Éditions Le Tamis.

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Rencontre avec le collectif Keske-Sor de Diyarbakır (Kurdistan, Turquie) https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/13/le-collectif-keske-sor/ Mon, 13 Jul 2015 21:55:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1713 Continuer la lecture →]]> keskesorRetranscription d’une prise de notes faite lors d’une présentation-discussion avec le collectif LGBTI libertaire Keske-Sor (« arc-en-ciel » en kurde) publiée en mars 2015 sur Ne var ne yok ?.

[méfiance face à l'(homo)nationalisme, y compris de gôche]

Création du collectif

En 2012, une première réunion est organisée avec environ 60 personnes à la période du Newroz (fête kurde). Suite à cela, ils se retrouvent au Newroz avec un certain nombre de camarades : il y a des embrouilles avec les flics (gazage, violence, etc.), du coup le groupe s’est retrouvé éparpillé dans la ville. « On s’est retrouvé séparés et un peu perdus. Cette mauvaise expérience a rendu le groupe fragile et il y a eu des crispations et des tensions entre nous. Des camarades se sont retrouvés seuls face au flics. A partir de là, le groupe a souhaité s’organiser plus et mieux. » Keske-Sor se crée donc comme collectif militant en avril 2012. Des personnes de profils différents compose le groupe : des sans-emplois, des étudiants, des professeurs…

Avec le 1er mai 2012 le groupe scissionne, d’un côté Hebûn, de l’autre Keske-Sor. Avant le 1er mai, un appel avait été lancé pour se réunir, les personnes du futur Hebûn ne voulaient pas venir avec le drapeau arc-en-ciel, par peur des attaques homophobes. Les autres si. C’est ainsi que les positions se sont clarifiées. Dès lors les deux entités ne se sont jamais retrouvées réuni à nouveau. Hebûn s’est, avec le temps, transformé en une organisation plus formelle et institutionnelle, une véritable ONG en fait.

Le groupe Keske-Sor se revendique au contraire plus anarchiste, anti-autoritaire, et refuse la forme associative ou la structure d’organisation, qui, selon ces participants, éloignent le peuple des luttes.

D’où la différence des deux groupes. Au départ, les personnes qui participent au collectif n’étaient pas spécialement engagées sur les luttes LGBT, mais plus sur les questions antimilitaristes et les problématiques du mouvement kurde. Mais avec le temps, ils ont lutté autour de différentes causes, et c’est finalement devenu Keske-Sor LGBTI.

Luttes écologiques

Le collectif est très préoccupé par les questions écologiques, et les luttes contre les projets de grands barrages à Dersim [nom kurde de Tunceli] notamment. Il participe chaque année au Festival Munzur, un camp d’été écologiste qui se déroule à Dersim. Et le collectif Keske-Sor est très présent à Hasankeyf, pour venir grossir le nombre des opposants au projet du barrage local. Ils sont là-bas en liens avec d’autres organisation pour faire leurs actions.

L’an dernier, ils ont mené une lutte pour les jardins d’Esel, et ce sur leur propre initiative : l’État a commencé à couper des arbres pour faire un barrage, mais les camarades ont campé sur place, et ont mis en place des tours de garde.

A Diyarbakır, les luttes écologistes connaissent une forte dynamique en ce moment, et il y a peu de temps a été créée la « Coordination écologiste d’Amed » (nom kurde de Diyarbakır) à laquelle 3 membres de Keske-Sor participent activement.

Enfin, ils ne séparent pas les luttes écolos de la lutte contre la gentrification. Ainsi, un nouveau front s’est ouvert de luttes à propos du projet de construction de résidence pour riches sur le site d’une montagne sacrée pour les Kurdes, non loin de Diyarbakır.

Objection de conscience et antimilitarisme

Keske-Sor a organisé en 2013, sur 2 jours, une conférence sur l’objection de conscience, l’anti-militarisme, et le mouvement pour la paix. Profitant de l’annonce de paix d’Öcalan, ils se lancent dans l’organisation de cette conférence – une première pour à Diyarbakır. C’est une manière de faire entendre l’idée de la paix par plusieurs voies, dans un pays ultra-militariste comme la Turquie, et dans une région comme le Kurdistan en guerre de basse intensité depuis des décennies. 15 mois de service militaire sont obligatoires au sein de l’armée turque – 6ème armée du monde avec 758000 hommes.

En 2013, le collectif organise également une commémoration pour les 34 Kurdes tués à Roboski bombardés par l’armée turque. A cette occasion et pour symboliser le désir de paix, 8 personnes ont déclaré leur objection de conscience.

Luttes féministes et LGBT

En novembre 2013, le collectif organise une conférence sur la lutte des femmes intitulée « De Rojava à Gezi, la lutte des femmes », avec différent-e-s militant-e-s, et des jeunes femmes de la région de Diyarbakır (DTK – Congrès démocratique du Kurdistan, sorte d’assemblée des assemblées du Kurdistan du Nord -, commissions de femmes, etc.)

Keske-Sor fait aussi le suivi du procès pour l’assassinat de Rosin Çiçek, un jeune homme tué en 2012 à Diyarbakır par son père et ses deux oncles à cause de son homosexualité. Ce procès a été long, il y a eu plusieurs manifestations en 2014, de l’agitation faite autour, avec par exemple, des stickers avec différents slogans contre l’homophobie distribués avant le jugement, pour sensibiliser les gens. Il y a eu un changement des jurés en cours de procès et une demande du collectif LGBTI pour qu’il soit présent et représente la partie civile qui a été accepté. Ces deux éléments ont pesé pour la suite. Et même s’il était toujours difficile pour Keske-Sor de pouvoir intervenir au cours des audiences, sa présence a comptée. Et à la dernière audience, le collectif est parvenu à réunir 30 personnes pour se porter partie civile.

Le tribunal a condamné le père à la perpétuité sans remise de peine. Et les deux oncles à la perpétuité. C’est la première fois qu’une telle décision à lieu en Turquie et dans le verdict il était écrit « assassiné à cause de son homosexualité ». « Cette décision a fait écho au-delà de Diyarbakır, le pays sait que ce jeune a été tué pour homophobie. »

En 2014, pendant les élections locales, différentes activités ont été mises en place, en lien avec la municipalité émanant du mouvement kurde. Avant les élections, il y a eu des assemblées de jeunes et de femmes qui ont soumis leur souhaits, leurs revendications et propositions. Différents organismes ont participé et fait des propositions. Par exemple : une permanence de solidarité pour des conseils plus personnalisés, un lieu mis à disposition au sein de la mairie pour sensibiliser les familles, la population, faire des suivis psychologiques. C’est important pour le collectif LGBTI, c’est un moyen de rentrer en lien plus facilement avec la population. Et si la mairie prend en charge ce domaine d’intervention, ça laisse plus de possibilités. L’idée de créer un lieu d’information et de conseil est en étude. Le collectif ne souhaite pas forcément être le porteur du projet, ou l’initiateur, mais voudrait former les personnes de la mairie, et travailler avec elles et eux, en partenariat. Si Keske-Sor veut sensibiliser la mairie, et lui faire reconnaître son existence, c’est avant tout dans un sens tactique, pour que la population ait un accès toujours plus large aux questions liées à l’homophobie. C’est aussi pour que les agresseurs et les religieux comme le Hezbollah, aient un peu moins de marges de manœuvre dans leur discrimination et leurs actions homophobes.

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Véganisme

Keske-Sor se posent aussi des questions autour des problématiques animales et des choix alimentaires. Les membres du collectifs répètent une fois de plus qu’il faut faire toutes les luttes, que tout est lié dans la lutte contre le capitalisme ! « On dit toujours qu’Öcalan est un grand chef de l’armée du PKK, mais on ne souligne jamais qu’il est végétarien. »

Production écrite et travail d’information

Ils n’ont pas encore réalisé de réel travail écrit. Sans avoir fait de recherches poussées, ils ne peuvent pas prétendre à écrire quelque chose de sérieux. Mais ils organisent et participent a beaucoup de débats et discussion pour faire avancer les choses sur ces questions là. Ils alimentent également les médias sociaux sur internet. Et comme ils ne reçoivent aucune aide financière extérieure (« ce sont nos idéaux ! »), ils ont encore du mal à trouver assez d’argent pour imprimer affiches, brochures et livres.

La répression

« On vit toutes sortes de répressions. Sur les sites religieux fascistes, il y a les noms de certains camarades du collectif, en mode fiché, avec des photos… Ils sont montrés comme des pervers.

Mais faut pas penser que tout le monde est homophobe. » « Cette propagande fasciste aussi un moyen de lutter contre les kurdes, en disant qu’eux laisse les LGBTI exister sans les violenter. C’est souvent les journaux extrémistes qui se chargent de faire le travail, pour discréditer les kurdes. »

« Pour les trans et les gays, c’est très dangereux, ils sont souvent confrontés à des violences. Pour les femmes c’est déjà compliqué, être lesbienne ce n’est malheureusement qu’une continuité de l’agression, et de l’harcèlement. » Mais l’homophobie est quand même fortement présente partout et le collectif tente déjà de combattre les comportements violents du quotidien.

Plus d’infos :

Facebook du collectif Keske-Sor.
Voir aussi le site du groupe LGBT radical d’Ankara, KAOS-GL.

03/2015

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Fight Bachar, fight all nationalism… A bas tous les leaders…

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En Afrique, l’homosexualité est traditionnelle, mais… (interview, avril 2012) https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/13/en-afrique-lhomosexualite/ Mon, 13 Jul 2015 15:55:49 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1691 Continuer la lecture →]]> 1368780564744En Afrique, l’homosexualité est traditionnelle, mais elle prend maintenant des formes inspirées par l’Occident. Interview de Patrick Awondo, anthropologue, réalisée en avril 2012 par Eric O. Lembembe, journaliste camerounais assassiné en juillet 2013.

L’homosexualité a une longue histoire en Afrique, dit l’anthropologue Patrick Awondo, contrairement aux affirmations de politiciens qui la considèrent comme une importation occidentale récente.

Mais Awondo admet dans une interview le mois dernier que deux éléments clés dans le débat sur l’homosexualité en Afrique est venu de l’Ouest – en premier lieu, les lois de l’époque coloniale contre les activités homosexuelles et, plus récemment, l’émergence des mobilisations homosexuelles qui demandent des droits basés sur ses pratiques sexuelles.

Patrick Awondo (Photo par Eric O. Lembembe)

« L’homosexualité a toujours existée, mais certaines des formes actuelles de son identification ou des mobilisations qui accompagnent cette identification sont nées à un endroit précis avant d’inspirer d’autres contrées du monde dont l’Afrique », at-il dit.

Awondo était au Cameroun le mois dernier pour coordonné sessions de formation sur le VIH / SIDA.

Citant des documents historiques au sujet des pratiques homosexuelles en Afrique, Awondo mentionné des mœurs homosexuelles au Cameroun, Zimbabwe, Burkina Faso et Bénin.

Il est utile pour les Africains de connaître les pratiques anciennes telles que les rois Mossi qui avaient des relations sexuelles avec leurs pages et les mariages entre des femmes au Dahomey, il a dit.

Savoir les vérités historiques nous permet d’éviter les contre-vérités, a-t-il dit.

Awondo est docteur en sociologie politique et anthropologie de la santé de l’ École des hautes études en sciences sociales (EHESS-Paris).

Propos recueillis par Eric O. Lembembe, journaliste Camerounais, le 27 avril 2012 à Yaoundé.

Depuis quand travaillez-vous avec le Réseau Africain des Formations sur le VIH/SIDA ?

Session de formation au Cameroun géré par le Réseau africain de formation sur le VIH / Sida.

(Photo par Eric O. Lembembe)

Je suis associé à ce panel depuis son montage à Ouagadougou (Burkina Faso) en mars 2011 par les Docteurs Jean-Baptiste Guiard-Scmidt et Steave Nemandé, en tant que “expert anthropologue”. J’ai notamment coordonné les deux sessions concernant d’une part le volet socio-anthropologique des questions concernant le groupe dit “MSM” (men who have sex with men), précisément la question de l’identité sexuelle et du comportement sexuel ou encore l’histoire de ce groupe sur le continent et les perceptions que les gens en ont.

Pourquoi au fond c’est si difficile pour les gens sur le continent africain (comme ailleurs aussi) d’accepter l’émergence d’un groupe homosexuel. D’autre part, j’ai aidé à retracer l’implication du mouvement associatif dans la lutte contre le SIDA sur le continent africain.

Comment en fait des personnes se mobilisent autour de ces enjeux pour permettre une plus grande visibilité et ce que cela fait à la question cruciale de la lutte contre le SIDA pour ces populations les plus à risque. Il s’agit en fait de montrer la différence entre l’identité sexuelle et le comportement sexuel qui dans une logique de santé publique est le plus important pour les professionnels de santé que nous formons.

De plus en plus de nos jours, lors des débats sur l’homosexualité en Afrique, il y a une certaine opinion qui laisse croire que la pratique vient d’ailleurs. Que cela n’a jamais existé sous nos cieux, d’où son rejet total. D’entrée de jeu, peut-on dire que l’homosexualité en Afrique est une occidentalisation des mœurs ?

Au regard des travaux d’historiens, d’anthropologues et même dans une certaine mesure d’archéologues, il est difficile de dire que l’homosexualité est une occidentalisation des mœurs, puisqu’il semble de plus en plus clair que des groupes sur toute l’étendue du continent ont connu dans leur histoire des pratiques homosexuelles.

Ces cas sont documentés. Mais, il est clair que comme partout dans le monde, les sociétés humaines ont souvent opposées une très forte résistance à la “normalisation” de l’homosexualité. En réalité soucieuse de se reproduire, toutes les sociétés du monde, ont souvent regardé l’homosexualité ou les pratiques homosexuelles comme un danger pour la survie du groupe ou pour son équilibre. Un argument qui du reste n’a jamais été vérifié.

Ce qui peut être considéré de mon point de vue comme une “occidentalisation” c’est à la fois la pénalisation de l’homosexualité par les Etats postcoloniaux, puisque comme nous le savons , la plupart des lois introduites contre l’homosexualité le sont sur le modèle des anciennes tutelles coloniales; mais aussi l’émergence d’un groupe social et politique qui revendique l’identité homosexuelle comme une identité politique, c’est-à-dire qui demande des droits basés sur ses pratiques sexuelles, et en fait une question citoyenne.

On peut en effet considérer que l’émergence des mobilisations homosexuelles, de l’identité homosexuelle en tant marqueur social d’un style de vie, des lieux particuliers, bref une certaine identification à l’homosexualité, ce qu’on nomme la “culture gay” et qui est née aux Etats-Unis à la fin des années 60 avant de “gaer” l’Europe de l’Ouest. Oui, cette forme d’identification à ce groupe particulier aux revendications et styles de vie bien spécifiques, cela peut constituer dans une certaine mesure une ” occidentalisation “.

Mais comprenons-nous bien, cela est une “occidentalisation” comme on pourrait dire de la démocratie qu’elle est occidentale, puisque sa forme actuelle a émergé à partir d’un lieu précis qui est l’Occident, ou du moins une partie de ce que l’on nomme l’Occident; mais le principe de la recherche de la liberté est historiquement universelle. Pour faire simple, l’homosexualité a toujours existée, mais certaines des formes actuelles de son identification ou des mobilisations qui accompagnent cette identification sont nées à un endroit précis avant d’inspirer d’autres contrées du monde dont l’Afrique.

Y a-t- il donc des traces dans l’histoire des mœurs africaines de la pratique de l’homosexualité ? Si possible, quelques exemples.

En tant que spécialiste de sciences sociales, je ne peux que vous renvoyer à des travaux venant de ces disciplines là. Je citerai pour faire court un très bel ouvrage de Murray et Roscoe publié en 1998 qui a pour titre – Boy wives and female husband. Studies of African homosexualities – qui est en fait un recueil de récits des premiers travaux d’ethnologues et même parfois d’explorateurs lors des premiers contacts avec les Africains.

Ces récits rapportent des discours sur l’homosexualité, chez ce que l’on appelait alors les “indigènes”. Cet ouvrage rapporte des histoires concernant l’ensemble du continent. Je citerai également le travail d’un historien comme Marc Epprecht, notamment son très bel ouvrage – Hungoschani. A story of a dissident sexuality in southern Africa – qui retrace la trajectoire historique des pratiques homosexuelles dans la zone de l’actuelle Zimbabwé.

J’ai moi-même repris certains de ces travaux dans ma thèse et j’y ai consacré un chapitre à retrouver les discours anciens sur la perception de l’homosexualité chez les Béti du Cameroun à partir des rituels précoloniaux comme le “Mevungu”, qui était un rituel ayant court dans une société secrète féminine.

L’analyse des discours “indigènes” recueillis par les premiers ethnologues permet d’avoir une idée de ce que représentait l’homosexualité, mais surtout et c’est le plus intéressant, l’existence d’un discours sur la question qui montre tout cela a existé. Maintenant, on est dans l’époque contemporaine dans un contexte de resignification considérable d’un certain nombre de faits, mais cela évidemment est un autre débat.

Comment les homosexuels africains vivaient-ils avant l’ère de mondialisation ( ou de la colonisation) ?

C’est difficile de répondre à une telle question, dans la mesure où comme je l’ai dit, il n’y avait pas vraiment la catégorie reconnue aujourd’hui comme “homosexuel”. Pour autant, ce que montre les travaux que j’ai cité plus haut c’est que les situations étaient très variées selon que l’on se situait dans une région ou dans une autre et au-delà des régions, selon les classes d’âges et aussi les caractéristiques sociologiques.

Concrètement, les pratiques homosexuelles n’avaient pas le même sens selon qu’on était par exemple Roi, comme chez les Mossi de l’actuel Burkina Faso, ou selon qu’on était un Page, au service du Roi dans la même région et dans le même groupe. Les Pages par exemple de jeunes hommes parfois travestis en femme et au service du Roi pouvaient jouer le rôle dévolu aux femmes dans certaines circonstances où il lui était interdit de toucher aux femmes. Ce dernier avait alors des pratiques homosexuelles avec ses Pages et cela était plus ou moins reconnu et “institutionnalisé”.

Melville Herkovits a aussi décrit des “mariages” entre femmes dans l’ancien royaume Dahomey, soit l’actuel Bénin. Dans ce cas les femmes nantis et souvent plus âgées prenaient pour épouse des femmes parfois en l’absence d’hommes, ces épouses pouvaient avoir des amants et les enfants étaient reconnus comme ceux de la “femme-époux”. Il y a toutes sortes de configurations sur le continent et le travail d’historicisation doit continuer, non pas par simple propagande, mais parce qu’il est bon que notre histoire soit faite, toute l’histoire même celle dont certains ne veulent pas. Ça permet d’éviter les contre-vérités.

 

Pourquoi les relations sexuelles en personnes de même sexe sont- elles très mal perçues en Afrique ? De quoi ont peur les personnes non homosexuelles ?

J’ai évoqué certains éléments plus, entre autres l’histoire récente du continent Africain, la question de la colonisation, mais aussi des faits universels comme la dimension hétéronormée des sociétés humaines, ou encore la resignification d’un certain nombre de choses à l’époque contemporaine. Le fait par exemple que les pratiques rituelles de l’époque ancienne soient considérées comme constituantes de l’identité homosexuelle actuelle. Bref, il y a beaucoup de causes, pas une seule. Cet ensemble de causes peut aussi se résumer par ce que j’appelle “les tensions postcoloniales”.

Ces tensions surviennent entre les anciennes puissances coloniales comme la France et les pays Africains comme le Cameroun. Le fait est que certaines de ces anciennes puissances coloniales sont considérées et se posent comme des “leaders moraux” pour ce qui est de la défense des minorités sexuelles, même si cela peut parfois se discuter. Les injonctions constantes de ces “leaders moraux” qui essayent notamment d’influencer la dépénalisation universelle de l’homosexualité, provoquent des réactions conservatrices dans de nombreux pays.

Un cas concret ?

A titre d’exemple, le financement de l’Union Européenne à des associations Camerounaises s’occupant des personnes aux pratiques homosexuelles en vue de renforcer leurs capacités en 2011 a provoqué de très vives réactions d’indignation d’une partie de l’opinion médiatique et de la classe politique, qui s’alignait ainsi de façon presque populiste à ces opinions. Ce type de situations ravive le souvenir de la colonisation et l’homosexualité se retrouve au cœur d’un procès postcolonial.

Les gens sur le continent fortement incité dans ce sens par un contexte généralisé de “moralisation” des mœurs publiques, sont amenés à considérer l’homosexualité comme une expression de la décadence de l’occident. L’autre enjeu actuel sur le continent africain, c’est celui des stratégies morales des leaders politiques qui s’appuie sur une critique morale de la société pour se légitimer dans l’espace public. C’est que l’anthropologue Saskia Weiringa appelait les “stratégies morales sexuelles”.

Nous observons toutes sortes d’acteurs politiques qui usent de ces “stratégies morales” pour se faire connaitre. C’est le cas de tous ces groupes de jeunes sur le continent qui publient des textes “contre l’homosexualité” mais où en réalité ils tentent de faire entendre leur voix sur d’autres questions, comme la corruption, le népotisme, la prévarication des dirigeants etc.

A côté de tout ceci, il y a évidemment l’hétérosexisme qui là aussi est un fait universel, même si dans les analyses de l”homophobie africaine”, on tente de montrer que c’est un cas particulier. La résistance de la “norme d’hétérosexualité” et de son double la phallocratie, c’est-à-dire le pouvoir des hommes sont à considérer sérieusement. Tout ces faits et d’autres peuvent expliquer la perception négative de l’homosexualité sur le continent.

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A lire : L’homosexualité dans les représentations sociales camerounaises : esquisse d’une anthropologie à partir des Beti, par Simon Patrick Awondo, 2006.

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[actu] Cameroun : les forces de l’ordre torturent et menacent les activistes https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/12/actu-cameroun-les-forces-de-lordre-torturent-et-menacent-les-activistes/ Sun, 12 Jul 2015 14:49:24 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1656 Continuer la lecture →]]> ???????????????????????????????Tentatives de racket, dénonciations, harcèlement, cambriolages, coups, arrestations, assassinats… sont les armes utilisées pour tenter de déstabiliser et de réduire au silence les activistes qui dénoncent l’homophobie et luttent contre la répression de l’homosexualité au Cameroun.

[Repères] Le Cameroun est un pays qui a été colonisés par la Grande Bretagne, l’Allemagne et la France. Dans les année soixante, l’armée française à aider le régime à mener une opération de répression de grande ampleur : guerre psychologique, torture, exécutions sommaires…
En 1982, Paul Biya succède à Ahmadou Ahidjo à la tête de la République du Cameroun. Il est encore aujourd’hui au pouvoir.
En février 2008, un mouvement populaire contre le projet de modification de la constitution par Biya est réprimé dans le sang. En savoir plus.

La situation des personnes homosexuelles :

L’article 347bis du code pénal camerounais « puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs (CFA) toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe. »

« Les lesbiennes, les homosexuels, les hommes qui couchent avec les hommes, les femmes qui couchent avec les femmes, les hommes efféminés… tout cela est réprimé par la loi. (…) Ce sont des personnes animées par un esprit diabolique » Donatus Sembé, officier de gendarmerie en charge de l’arrestation de 7 hommes « en flagrant délit d’homosexualité et la prostitution » à Yaoundé en septembre 2014.

Roger Jean-Claude Mbédé, condamné en 2011 à 3 ans de prison pour homosexualité, est décédé le 10 janvier 2014. Il est mort après sa libération, isolé de sa famille et faute de ne pouvoir payer les soins dont il avait besoin. Il avait été reconnu coupable d’avoir envoyé par SMS « Je suis très amoureux de toi » à un autre homme.

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Eric Lembembe, militant de la cause homosexuelle, collaborateur de l’ONG Humans Right Watch a été torturé et assassiné en juillet 2013.   (En savoir plus.)

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Dans l’actualité récente, les persécutions continuent. Le 30 juin 2015, le domicile de la directrice du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale a été cambriolé, énième acte d’intimidation à l’égard de militants contre la répression au Cameroun…

Lire Le potentat sexuel. À propos de la sodomie, de la fellation et autres privautés postcoloniales, article d’Achille Mbembe, dans le quotidien camerounais « Le Messager », en 2006.

Le président de Humanity First séquestré et arnaqué

Témoignage publié le 25 juin 2015.

Alors qu’il revenait d’un séjour en Europe, Jules ELOUNDOU, président d’Humanity Firstk s’est vu accusé d’homosexualité, après que ses amis venus l’attendre, aient été agressés, séquestrés par un sergent-chef de gendarmerie.

Il est un peu plus de 1 heure du matin, ce mercredi 24 juin, quand l’avion  transportant Jules ELOUNDOU  atterrit à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Celui-ci revient d’un séjour en Europe.
Il est alors interpellé par le sergent chef de gendarmerie, TAGNE Joël, qui lui fait comprendre qu’il a surpris deux  amis, venus l’attendre en train de s’amouracher.

Il demande alors à Jules, de lui verser la somme de 200 euros, afin qu’il n’intente pas une procédure judiciaire contre eux. L’un de ces amis, JP, fait des signes des yeux, insistants à Jules, pour lui demander de ne pas croire ce que ce sergent prétend.

Jules tombant de nue, balaie cette proposition, en répondant au sergent-chef qu’il n’a rien à payer, parce qu’il n’y comprend d’ailleurs rien, et qu’il n’a pas d’argent à donner. Devant les accusations  insistantes de TAGNE Joël, qui prétend toujours avoir surpris une scène d’amour entre JP et Gaël, les deux amis venus accueillir Jules, celui-ci répond au gendarme, qu’il connait les mœurs de JP, et quand bien même ces deux là seraient homosexuels, ce n’est a pas en public qu’il viendrait s’amouracher, car dit-il, « il y a le cadre privé pour le faire ! ».

Se rendant compte de la ferme résistance de Jules, TAGNE Joël change de ton, et accuse Jules d’être lui-même un homosexuel. Il retient alors les pièces d’identité de Jules, après avoir confisqué, quelques heures auparavant, celles de JP et Gaël. Jules entre alors dans une exaspération, et s’exclame à voix haute, « dans quel pays vit-on comme ça ? » devant une foule de voyageurs. Il dénonce des pratiques abusives et restrictives des libertés individuelles.

Face à cet énervement de Jules qui attire l’attention des usagers de l’aéroport, TAGNE Joel, le gendarme, se sentant humilié se met à sont tour à menacer Jules et ses amis, il les insulte avec des termes : « des sales pédés comme vous». Il les met  au défi « appelez qui vous voudrez ici; c’est moi qui commande. Je vous tue si je veux ! »

La tension monte alors d’un cran et Jules et ses amis sont retenus par le gendarme. Leurs pièces d’identité sont jetées et éparpillées au loin. Plus grave, le gendarme fait appel à ses collègues en renfort. Dans cette équipe constituée aussi de femmes, Jules et ses deux compagnons d’infortune essuient toutes les insultes dégradantes. Ils sont tenus d’être les responsables de toutes les tares de la Société camerounaise, car comme le déclare une d’entre eux : « C’est à cause des pédés comme vous que nous n’avançons pas professionnellement. Vous bloquez le pays, partout ! ».

Le mauvais film continue. Jules et ses amis, pris de cours, ne peuvent que compter sur leur fibre activiste pour résister à ce torrent d’acharnement et de persécution.

Même le taximan qui a conduit JP et Gale à l’aéroport est aussi accusé d’être homosexuel, car lui balance-t-on, « il faut être un pédé pour accepter transporter des pédés ».

Le cauchemar avait commencé quelques heures plus tôt, quand JP et Gaël qui font des tours au hall de l’aéroport, en attendant que l’avion, qui est en retard, atterrisse, sont interpellés par ce gendarme. Il leur demande de se présenter. Gaël à qui JP avait remis sa carte nationale d’identité, sort leurs pièces à tous les deux. Le gendarme lui demande alors pourquoi il détient la carte de JP, et de déduire, que « c’est parce que vous êtes un couple ». Il poursuit en disant « Vous ne saviez pas, mais je vous file depuis, et je vous ai vu vous amouracher ». Ce qui est complètement faux, puisque ces deux là, visitaient tout simplement les galeries dans l’aéroport.

TAGNE Joël, le gendarme, retiens alors leurs pièces d’identité, et les conduit dans un premier temps, dans une sorte de cellule, là à l’aéroport. Il  profère des injures.

Dévoilant ses véritables motivations visant à extorquer de l’argent, il propose, à JP et Gaël qui sont retenus, de les relâcher contre une somme de $274 (130.000 FCFA), que ces derniers devront demander à Jules,  dès son atterrissage. Une somme qui lui sera remise en échange de leur liberté.
Ayant décliné son offre, il s’en est suivi des injures de toutes sortes et des coups sévères en l’endroit des deux jeunes garçons et c’est manu militari que Mr le sergent TAGNE Joël les traine arguant qu’il allait les garder en cellule pour homosexualité. Il regrette d’ailleurs publiquement de ne pas avoir son arme sur lui, pour les éliminer.

Néanmoins, le gendarme se rue sur Gaël, le roue de coups, et le blesse sur plusieurs parties du corps, au bas des lèvres, et lui enfonce la jambe.
Malgré autant d’hostilité et de violences, le courage de Jules, militant convaincu des droits humains des LGBT, JP et Gaël ne cèdent pas. Leur ténacité en est certainement venue à faire vaciller TAGNE Joël, et tous ses collègues, puisque à 4 heures du matin, les trois victimes sont relâchées. Au passage, Jules aura perdu son téléphone, et le gendarme aura quand même réussi à les racketter en les faisant payer le parking à 3.000 FCFA (environ $6), pourtant institué à 500 FCFA (environ $1).

Une plainte collective des trois victimes a été déposée. Gaël qui a été blessé, a établit un certificat médical.  Par ailleurs, un avocat  a été saisi pour suivre ce dossier.

L’auteur de cet article est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun.

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Cameroun: ‘Les forces de l’ordre torturent et menacent’

Publié le 27 juin 2015

Après l’incident du mercredi, quand le président de Humanity First Cameroun a été séquestré et arnaqué  par un gendarme, l’association a publié cette déclaration:

Face à tous ces cas de violences favorisés par l’article 347 bis du code pénal camerounais,  on en vient à se demander si les forces de l’ordre Camerounaises sensées garantir l’ordre et la sécurité des citoyens, sont conscientes de ces missions ? Ces dernières au contraire torturent et menacent de mort des personnes sans défenses mais aussi livrent les livrent à la vindicte populaire à leur guise.

Nous demandons donc aux autorités judiciaires que justice soit rendu, que les torts causés aux victimes soient réparés, et enfin que les responsables de ces actes sont punis conformément à la législation en vigueur.

Nous demandons aussi au gouvernement d’abroger cette article 347 bis qui sert de prétexte à toutes les formes de violation des droits de certaines personnes aujourd’hui au Cameroun et aussi qui restreint les libertés individuelles notamment celle de jouir librement de son orientation sexuelle et ce dans le respect des autres.

Informations trouvées sur le blog 76 crimes.

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Mon parcours d’homo dans la classe ouvrière, Rachid Stali https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/10/mon-parcours-dhomo-dans-la-classe-ouvriere-rachid-stali/ Fri, 10 Jul 2015 19:54:07 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1654 Continuer la lecture →]]> arb03A l’usine, chaque fois que j’ouvrais mon placard, on me demandait pourquoi je n’avais pas de photos de filles nues comme tous les autres. (Par Rachid Stali)

Le parcours de Rachid est loin d’être un cas isolé, et pourtant, son histoire est celle de millions de travailleurs et de travailleuses dans l’ombre. Si assumer sa sexualité, lorsque celle-ci ne correspond pas à la norme hétérosexuelle reste un parcours du combattant dans toutes les couches de la société, ceci est d’autant plus dur lorsqu’on est ouvrier et que les patrons s’en servent pour nous humilier et nous maintenir sous leur domination. Malheureusement, l’histoire des personnes LGBTI dans la classe ouvrière a souvent été aussi celle de la marginalisation de leur lutte au sein de certaines organisations du mouvement ouvrier. Par exemple, l’homosexualité a été pour les appareils staliniens jusque dans les années 1970 “une tradition étrangère à la classe ouvrière”. Or, comme le récit de Rachid le montre bien, la classe ouvrière est aussi gay, lesbienne, bisexuelle, trans, intersexe, etc. Voici un récit de vie et de lutte contre un système qui exploite, opprime et répand son idéologie dans tous les recoins de la société. [intro du site qui publie, Révolution permanente.com, un courant d’extrême-gauche trotskiste – tout aussi hétérosexiste que les stal dans les années 70, cf. publications du FHAR a propos des articles dans Rouge, journal de la LCR].

Mon père est arrivé d’Algérie en 1947. Il a d’abord travaillé dans les mines du Nord de 47 à 51, puis chez Faure Electroménager, puis chez Porcher, fabriquant d’équipements sanitaires, chez qui il a fini sa carrière. Il s’est marié en 1959 avec ma mère, avec qui il a eu quatre enfants. Je suis le deuxième, né en 1961, un an avant la guerre d’Algérie. A l’âge de 16 ans je savais déjà que j’étais différent.

A quatorze ans, j’avais des copains du quartier avec qui on se posait sur l’herbe l’été parce qu’on n’avait pas d’argent pour partir ailleurs. Tout le monde pense qu’à quatorze ans on s’intéresse aux filles, mais moi je regardais les garçons. Alors que mon frère regardait toujours sous la jupe des filles, je me demandais : « est-ce que je suis normal ? ». Dans ma tête je me disais que j’avais un problème…

A l’époque j’étais apprenti pâtissier en alternance. J’allais à l’école trois semaines, puis trois semaines j’étais en stage. On commençait le travail à quatre heures du matin au lieu de six heures. Le patron disait qu’il fallait fermer sa gueule et les autres employés étaient aussi très désagréables. En fin de comptes, j’étais traité comme un esclave. Je travaillais six jours sur sept et je n’étais même pas payé ! Au bout des trois semaines de travail, on me donnait comme « salaire » deux tartes et une brioche. Quand je rentrais à la maison, mon père était écœuré parce qu’il voyait que son fils, un fils d’immigré, se faisait humilier au travail.

Durant ces années je ne montrais aucun signe de qui j’étais au fond, même si j’avais un penchant pour un copain du quartier. Chaque fois que je le voyais, je vibrais, mais je ne pouvais pas l’exprimer par peur du « qu’en dira-t-on ». Les choses se sont compliquées quand je suis entré dans le monde du travail. Mon père m’avait fait embaucher chez Porcher en 1979, j’avais 18 ans. Le samedi, on sortait en discothèque avec des copains du quartier, et pour montrer que j’étais comme eux, je dansais avec des filles. Et il m’arrivait même d’en embrasser ! Mais je le vivais mal, parce que je savais que j’étais différent. Un jour je me suis regardé dans la glace et je me suis dit : « Je suis pédé, comment je vais faire pour m’en sortir ? » Il y avait une peur par rapport aux autres, tu as 18 ans, tu as peur de ton futur.

A l’usine, chaque fois que j’ouvrais mon placard, on me demandait pourquoi je n’avais pas de photos de filles nues comme tous les autres. Dans la classe ouvrière on a beaucoup de ces photos. Les autres me disaient : « T’as vu la belle chatte ? » Je ne disais rien, je n’en avais rien à foutre, j’étais totalement indifférent. On me demandait : « Ce week-end, c’était comment en discothèque ? T’en as baisé beaucoup ? » Je disais que oui, que j’avais beaucoup flirté. Ce n’était pas possible de dire que j’étais homo, surtout quand tu habitais dans un petit bled comme le mien. Les choses se sont empirées quand un collègue a commencé à me dire tous les lundis : « Ça va artaïl ? », qui veut dire pédé en arabe. Je répondais « ferme ta gueule ! », mais ça me faisait mal, parce que c’était la vérité et j’étais obligé de me protéger.

Je suis parti faire mon service militaire en Algérie de 84 à 86 et ça a été très compliqué. A la caserne, j’étais entouré de beaux garçons, mais je me retenais ! Je savais qu’à la caserne il se passait des choses, je savais que l’homosexualité était présente. J’étais tout le temps partagé entre le désir et l’abstinence. Pendant le ramadan, j’ai même repoussé un garçon parce que je ne voulais pas que ça se sache, et pourtant il était très beau ! Une fois que je suis rentré en France j’ai enchaîné différents boulots. J’ai travaillé quelques années dans un fastfood à Paris, puis je suis parti ensuite en Savoie pour travailler sur les chantiers des Jeux Olympiques pendant deux ans.

Finalement, en 1993, j’ai rencontré quelqu’un, un africain bisexuel, et c’est à ce moment là que j’ai commencé à m’assumer. C’est là que ma vie sexuelle a commencé. Je pense que les ouvriers aussi ont droit à une sexualité et aussi droit au bonheur. La classe ouvrière doit aussi être heureuse ! Avec le recul, j’ai des regrets parce que j’aurais du m’assumer plus tôt, mais la situation ne me le permettait pas, surtout en province et dans un petit bled.

Dans ma famille on commençait à se demander pourquoi je n’étais pas marié alors que tout le monde était casé et avait des enfants, ils voulaient me voir comme eux. A un moment je commençais à être asphyxié par les questions et les histoires de mariage, j’ai donc décidé de faire mon coming out. Je l’ai d’abord annoncé à un de mes frères. A l’époque j’étais très amaigri, j’avais l’air malade, c’est pour ça que mon frère a eu peur quand je lui ai dit que j’avais quelque chose à lui dire, il a pensé que j’allais lui annoncer une maladie. Mon autre frère qui travaille à la SNCF, qui est quelqu’un de très sensible, s’est mis à pleurer en disant que je serai toujours son petit frère, mais qu’il avait peur des agressions possibles (qui à l’époque étaient monnaie courante) et des conséquences auprès de la famille ou dans le quartier. Quant à mon père, il est décédé avant mon coming out. C’était bien sûr une grande douleur, mais je suis content de ne pas lui en avoir parlé, je ne voulais pas le blesser. Mes frères étaient d’accord, je ne sais pas comment il aurait réagi.

En 2005 je suis arrivé dans les cuisines d’un établissement de l’enseignement supérieur. Le chef avait l’air sympa au début et les collègues aussi. En 2007 ils savaient tous que j’étais homo, et le chef disait que ça ne lui posait pas de problème, mais ce n’était pas vrai dans le fond, la suite l’a montré. Il m’invitait dans son bureau, où il me montrait des images porno sur son ordi pour voir ma réaction, ou parfois il me poussait sur une collègue en disant « vas-y ! ». Mais je fermais ma gueule parce que j’étais en CDD ! J’étais le pédé de service et ils me le faisaient tous savoir. Tout ça parce que j’étais précaire. Si je n’avais pas été précaire, je ne me serais pas laissé faire ! Et la direction de l’établissement n’a rien fait pendant des années. C’était vraiment pire qu’à l’usine.

Un jour, après une première assemblée générale, une grève éclate. Je croise le chef et je dis « bonjour chef, vous allez bien ? » et il me répond « ça va petit pédé ? ». Le masque était tombé… Il se servait de ma précarité et de ma sexualité pour m’écraser. Il s’en prenait à moi parce que j’avais décidé de faire grève. Cette grève contre la précarité a aussi servi à dénoncer cette hiérarchie. Des gens étaient en souffrance dans le service parce que le chef était aussi sexiste et raciste, il fallait qu’il parte. A la fin, on a gagné la grève, on a obtenu des CDI et le chef est parti. Malheureusement il a seulement été muté de service, il est toujours là quelque part.

La classe ouvrière a droit au bonheur. On doit défendre la diversité entre les travailleurs et être heureux c’est important. Il y a beaucoup de boulot à faire là-dessus.

Rachid Stali

Publié en juin 2015 par le site Révolution permanente.

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Témoignage d’un migrant, Paris, juillet 2015 https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/10/temoignage-dun-migrant/ Thu, 09 Jul 2015 23:40:08 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1644 Continuer la lecture →]]> noborders_wired_birdJe m’appelle Maurice*, j’ai 20 ans, je viens d’un pays d’Afrique subsaharienne et je suis homosexuel. Je voudrais vous raconter mon histoire. (publié le 5 juillet sur la page Facebook du Comité de soutien des Migrants de la Chapelle)

Alors, je ne sais pas par où commencer. En 2013, je vivais avec mes parents et mes frères et sœurs, j’allais à l’école, et j’avais des amis. Quand je me suis aperçu de mon homosexualité, j’ai fréquenté un homme, et comme c’est mal vu dans mon pays, un ami à moi l’a raconté à mon père. Quand celui-ci a découvert que suis gay, il m’a demandé si c’était vrai, et comme je ne peux pas lutter contre ce que je suis, je lui ai dit la vérité. Mon père ne l’a pas acceptée, il m’a enchaîné et maltraité, il a refusé de m’envoyer à l’école, et a même arrêté de la payer pour que je ne puisse plus assister aux cours. Il m’a dit que je n’étais plus son fils, et tout le monde m’ignorait à la maison. Ils ne me comptaient plus pour les repas, refusaient de me nourrir ou de m’adresser la parole, et m’empêchaient même de sortir. Des fois je m’échappais et ils ne m’ouvraient plus la porte, et je restais des jours et des nuits entières à errer dans les rues. Personne ne voulait m’aider, c’est contre les traditions, contre la culture. À leurs yeux, je suis un criminel, je ne suis plus un homme, je suis condamné. Après un mois à vivre cette situation, ils m’ont abandonné. Ils m’ont dit de quitter la maison. Ils ne voulaient même plus me voir. J’ai donc vécu dans la rue pendant sept mois. Je dormais dehors, et je travaillais au marché la journée pour un salaire ridicule. Les gens que je fréquentais alors n’étaient pas au courant de mon homosexualité, et ceux qui savaient parmi mes amis ou ma famille m’ignoraient ou m’insultaient lorsqu’ils me croisaient dans la rue. Dans mon pays il n’existe pas d’associations pour défendre ou aider les homosexuels. J’étais tout seul, livré à moi-même. J’ai beaucoup souffert, et je souffre encore aujourd’hui.

J’ai alors décidé de quitter mon pays. Le 31 mai 2014, je suis parti en camion pour la Libye, avec le projet de travailler pour ensuite aller en France, terre d’asile et pays des droits de l’Homme, où je pensais pouvoir trouver la liberté d’exister et d’être qui je suis. Ça ne servait à rien de rester dans mon pays, où j’avais tout perdu, et où je ne pouvais pas vivre librement. Je pensais que ça allait être mieux en Libye.

Après 15 jours de voyage en camion dans le désert, en ne mangeant qu’une fois par jour, et en ne buvant qu’un verre d’eau le matin, et un autre le soir, nous sommes arrivés, moi et les 24 autres clandestins, à la frontière libyenne. Là, les douaniers nous ont attrapé, et nous ont amenés à la prison de Ajdabiya. J’ai été emprisonné et torturé pendant huit jours. Ils me demandaient de l’argent pour ma libération. J’ai donc appelé mon père, mais quand il a décroché et que je lui ai raconté la situation, il a dit que ce n’était pas son problème et m’a demandé de ne plus l’appeler. Puis ils m’ont relâché, et je me suis retrouvé de nouveau à la rue, sans rien ni personne. Sans argent, ni travail, ni adresse. J’ai dormi quatre jours dans la rue, puis j’ai rencontré des migrants soudanais. Je leur ai raconté la situation, en taisant le fait que je suis homosexuel. En effet, chez eux aussi, c’est mal vu, et c’est contraire à leur culture. Je ne voulais plus être seul, ni rejeté. J’avais besoin d’amis, de compagnons, et de soutien. Ils m’ont donc accueilli pendant 4 jours, et ils m’ont aidé à trouver un travail dans un restaurant soudanais. J’y ai travaillé pendant un an. En Libye il y a la guerre, et la sécurité est quasi inexistante. J’ai plusieurs fois été menacé, et volé dans la rue, ou dans le restaurant. Des civils entraient parfois armés de kalashnikovs et nous volaient tout. J’avais très peur de mourir.

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Après un an, avec 8 amis soudanais, nous avons payé un passeur pour traverser la Méditerranée et rejoindre l’Italie. La traversée a duré près de deux jours. Nous étions 114 personnes sur un bateau ne pouvant en supporter que 80. Avant de toucher terre, le bateau a calé en pleine mer, juste après avoir franchi la frontière italienne. Nous avons été contraints d’appeler les garde-côtes italiens pour qu’ils viennent à notre secours. On pensait qu’on allait mourir là. La majorité d’entre nous ne savaient pas nager, moi y compris.

Une fois à terre, ils ont relevé nos identités, ont pris les empreintes digitales de la plupart d’entre nous, et j’ai passé quelques heures en rétention. Quand j’en suis sorti, je suis allé me reposer, me laver et manger dans un centre d’accueil, puis je suis parti en direction de Milan. J’ai alors pris un autre train pour me rendre à Paris.

Je suis arrivé à Paris le 6 juin 2015 à 23h15 avec trois de mes compagnons soudanais. Épuisés, sans argent, mais enfin arrivés! On était tellement heureux! Je croyais être arrivé au paradis. En tant que demandeurs d’asile, nous savions qu’en France nous avions droit à un logement. Nous pensions que tout allait être facile. Mais quelle déception… Le soir même, nous nous sommes rendus au commissariat pour leur expliquer notre situation et leur demander de nous guider vers une association ou vers un organisme qui pourrait nous aider, mais ils nous ont rétorqué que tout était fermé, et que nous devions repasser le lendemain vers 9h. Je leur ai demandé où nous pouvions dormir cette nuit et ils nous ont dit qu’ils ne savaient pas. Nous avons passé la première nuit dans une petite rue près de Gare du Nord. Le lendemain à 9h, ils nous ont indiqué l’adresse de France Terre d’Asile, où nous nous sommes rendus, et où ils nous ont donné un rendez-vous pour le 9 Juillet, c’est à dire un mois plus tard. J’ai à nouveau demandé où est-ce que nous étions supposés nous loger en attendant le rendez-vous, et ils m’ont dit qu’ils ne s’occupaient pas du logement, et que pour ça je devais m’adresser à la préfecture.

On était le 8 juin, et ça faisait 6 jours que le campement de migrants de La Chapelle (18ème) avait été violemment démantelé et évacué, et quelques jours que les migrants avaient trouvé refuge sur une esplanade de la Halle Pajol. C’est là que nous nous sommes rendus. Et le jour même, la police a procédé à l’évacuation brutale de ce nouveau campement de fortune. Les policiers entrainaient de force migrants et riverains vers les camions, n’hésitant pas à les brutaliser et à les frapper. Ils nous ont gazé alors que nous nous résistions à nous laisser emmener. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait, ni pourquoi la police était si violente avec nous ; nous n’avions rien fait!!! Nous nous sommes enfui, puis nous nous sommes à nouveau regroupés à Pajol.

Entre temps, l’association Bois Dormoy, qui possède un jardin participatif dans le quartier, avait accepté d’héberger les quelques 200 migrants qui avaient réussi à échapper à l’opération policière. Nous nous y sommes donc rendus, et là tout s’est très vite enchaîné. Nous avons prétendu être mineurs, nous avons rencontré une riveraine, qui nous a emmené chez une amie à elle qui a accepté de nous héberger le temps de trouver une solution. Ça fait maintenant un mois que je vis chez cette personne, qui maintenant sait que je suis majeur, qui est au courant de mon homosexualité, et qui est devenue mon amie. Aujourd’hui nous devons déménager, nous n’avons plus d’appartement, et nous ne trouvons plus de solutions.

Je n’ai avoué mon homosexualité qu’à peu de gens. Je sais que ça sera mal vu auprès des autres réfugiés, et même mes amis avec lesquels je voyage depuis la Libye ne sont pas au courant. Ici je commence peu à peu à m’assumer. J’ai rencontré des gens qui ne me jugent pas pour ma sexualité, et je souhaite continuer dans cette voie, pour enfin pouvoir m’installer quelque part, et enfin pouvoir commencer à être moi. Avoir des droits, être accepté, et être libre d’exister. Voilà mon histoire.

* pour des raisons d’anonymat le prénom a été changé.

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[Brochure] Islam homophobe, Occident tolérant ? suivi de Elèves modèles et apprentis sorciers, 2011 https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/brochure-islam-homophobe-occident-tolerant-suivi-de-eleves-modeles-et-apprentis-sorciers-2011/ Fri, 03 Jul 2015 18:44:55 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1620 Continuer la lecture →]]> gay-muslim« L’islam est homophobe, l’Occident tolérant », c’est cette formulation simpliste que l’auteur veut réfuter dans le premier article. Quant au second, il montre que l’islam moderne, qu’il soit radical ou modéré, ne peut être considéré comme en continuité avec l’islam traditionnel, et qu’il doit plus aux valeurs imposées par la colonisation qu’à ses racines historiques. (première parution en 2011)

Trouvé sur Infiokiosques.net (publié le 1 juin 2015).

Lire en pdf.

Le sociologue berlinois Georg Klauda étudie ce qu’on appelle l’hétéronormativité, un concept qui décrit sociologiquement comment, depuis les années 1990, l’hétérosexualité est imposée comme norme et de quelle manière l’amour au sein du même sexe est considéré comme une déviance définissable scientifiquement. Il pense que le concept de l’hétéronormativité est une nouvelle forme de répression d’une sexualité libre. L’islam est homophobe, l’Occident tolérant, c’est cette formulation simpliste qu’il veut réfuter dans cet article.

ISLAM HOMOPHOBE, OCCIDENT TOLÉRANT ?

En 2005, le gouvernement du Land de Bade-Wurtemberg élaborait un questionnaire sous le nom de « test musulman », destiné à servir de fil conducteur dans les entretiens avec des immigrés venant de pays musulmans qui veulent obtenir la nationalité allemande. Une partie de ce questionnaire vise à vérifier si le candidat fait preuve de la tolérance nécessaire face à des modes de vie homosexuels. Ce procédé contient une double insinuation : d’abord que l’acceptation de l’amour entre personnes du même sexe [1] ferait partie de la culture dominante allemande et deuxièmement que les immigrés d’origine musulmane représenteraient une menace pour cette culture dominante.
Pour mettre en évidence à quel point cette affirmation est grotesque, on ne rappellera jamais assez que ce sont justement les auteurs de ce questionnaire, c’est-à-dire les membres de la CDU (Parti Chrétien Démocrate allemand), qui ont voulu qu’à la fin de la Seconde guerre mondiale, le paragraphe anti-homosexuels (§ 175), rendu plus répressif par les nazis, fût maintenu inchangé. Jusqu’en 1969, ce paragraphe a servi dans pas moins de 100.000 procédures judiciaires pour « attentat à la pudeur », et ce n’est qu’en 1994 que le parlement allemand s’est décidé à abolir complètement cet instrument de répression anti-homosexuels.
On pourrait néanmoins être tenté de se demander si la situation n’a pas complètement changé aujourd’hui. Un film sorti deux ans avant ce fameux « test musulman » met sérieusement en question une telle vision. Je n’en connais aucun, seul parmi des hétéros est un film documentaire de Jochen Hicks qui tente de montrer l’existence marginale d’homosexuels dans les régions rurales du Bade-Wurtemberg. Il démontre bien que leur destin déplorable n’est évidemment pas dû aux musulmans, mais bien aux électeurs et aux sympathisants de la CDU. Ce sont eux qui font subir un véritable calvaire à ceux qui ont des relations amoureuses homme-homme ou femme-femme. Et qui sont les boucs émissaires punis pour cela par le gouvernement ? Les immigrés musulmans en Allemagne.

L’image européenne de l’Orient

Dans l’histoire européenne, les musulmans ont toujours été les boucs émissaires quand il s’agissait de sexualité entre hommes, sauf que la stigmatisation était, jusqu’à il y a peu, encore tout à fait différente. Depuis l’époque des Croisades, les musulmans, qu’on appelait alors Sarrasins, étaient décriés comme ayant une sexualité débordante et contre nature. Dans le livre de Wilhelm Adams, paru en 1317, De modo Sarracenos extirpandi (Comment éliminer les Sarrasins), l’auteur reproche aux chrétiens de s’enrichir en vendant à des musulmans de jeunes coreligionnaires masculins qu’ils ont entrepris de rendre plus « roses et tendres » avec de la bonne nourriture et des boissons délicates : « Quand ces hommes concupiscents, criminels et sans scrupules – les Sarrasins, qui pervertissent la nature humaine –, voient ces jeunes hommes, déjà pris dans le piège du diable, ils s’enflamment de désir sexuel et se hâtent comme des chiens en rut pour les acheter afin de s’adonner à la fornication. » C’est entre autres à cause de cette hystérie pendant la période des Croisades que la peine de mort fut mise en place en Europe entre 1250 et 1300 pour les actes de sodomie.
En Angleterre, un peu plus tard, le Good Parliament [2] soumit une pétition au roi en 1376, en lui demandant d’expulser hors du royaume les artisans et les commerçants étrangers, surtout « les juifs et les Sarrasins ». Ce sont eux qui auraient importé sur l’île « ce terrible vice qu’il ne faut pas nommer par son nom » et qui risque de détruire le royaume. En Angleterre, pendant toute la modernité, les rapports sexuels entre hommes sont ainsi appelés le « vice turc ».
Pendant l’époque du colonialisme, ces clichés ont été réactualisés au sein des puissances coloniales européennes qui étaient de nouveau en contact avec des musulmans, cette fois-ci sous le prétexte de leur apporter notre civilisation et notre mode de vie. Charles Sonnini, ingénieur français dans la marine de guerre, s’offusque, dans un rapport de voyage datant de 1798, des mœurs en Egypte, conquise cette année-là par Napoléon : « L’amour contre nature (…) est le plaisir, ou disons plutôt l’infamie des Egyptiens. Leurs chansons d’amour ne sont pas composées pour les femmes, leurs cajoleries ne s’adressent pas à elles, ce sont d’autres objets qui allument la flamme en eux. (…) La dépravation des mœurs qui leur est propre fait honte aux nations civilisées. Mais cette infamie est très répandue en Egypte ; les riches y sont tout autant infectés que les pauvres. »
En 1886, dans le dernier article de sa traduction en dix tomes des Mille et une nuits, accessible uniquement à des souscripteurs privés, Richard F. Burton, orientaliste et chercheur sur l’Afrique, s’étend sur plus de cinquante pages sur le sujet qui est « pour le lecteur anglais, même le moins prude, tout à fait dégoûtant ». Mais la confrontation avec ce sujet serait indispensable « afin de combattre ce mal grandissant qui est mortel pour le taux de natalité, pilier essentiel de la prospérité nationale ».
Pour tenter d’expliquer l’augmentation intolérable de relations amoureuses au sein du même sexe dans le monde non occidental, Burton a développé une espèce de théorie raciale couplée à l’étude climatologique et il définit ainsi une « zone de sodomie ». Il s’agit d’une ceinture géographique qui s’étendrait de la Méditerranée en passant par l’Asie mineure, la Mésopotamie, la Perse, l’Afghanistan, la partie musulmane de l’Inde, la Chine, le Japon et enfin l’Amérique latine. Le climat dans ces zones serait responsable du fait que « les tempéraments masculins et féminins se mélangent » de sorte que l’homme devient tout autant actif que passif et que la femme devient « tribade » [3].
Dans cette zone, ce que nos voisins appellent le vice contre la nature est « populaire et endémique », et est traité, au pire, comme une « simple peccadille », c’est-à-dire un péché véniel, « alors que les races au sud et au nord de cette zone définie ne le pratiquent que très rarement et se font mépriser par leurs concitoyens ». En tant qu’orientaliste, pour Burton il n’y a pas de doute, le Coran interdit cet « amour pathologique ». Malgré cela, « ni le christianisme, ni l’islam n’ont pu amener un changement significatif ». Néanmoins, dans les quarante années pendant lesquelles Burton a côtoyé le monde musulman, il a pu constater certains changements de comportement dans la population. Il pense que c’est dû à l’influence positive de la morale que des gens comme lui leur ont apportée. Il écrit : « De nos jours, le contact régulier avec des Européens n’a certes pas entraîné une réformation mais quand même une certaine discrétion parmi les représentants des classes supérieures. Ils sont toujours aussi dépravés, mais ils veillent à cacher leur vice du regard moqueur des étrangers. »

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La vision ottomane de l’Occident

Jusqu’au 19ème siècle, les élites perses et ottomanes ne se rendaient pas compte à quel point l’Europe chrétienne avait horreur de l’amour entre hommes, très répandu chez les musulmans. Cette ignorance saute aux yeux quand on étudie l’œuvre d’Enderunlu Fazil, poète turc, mort en 1810. Dans son manuscrit brillamment illustré, Hubannme (Le livre des beautés), Fazil se demande « dans quelle nation se trouvent les plus beaux hommes ». Avec son savoir, il prétend satisfaire la curiosité de son amant. Voici ce qu’il dit par exemple sur les Grecs : « Autant les hommes que les femmes sont d’une beauté éclatante. Leurs corps sont étonnamment bien faits. Oh Allah, quel délice pour l’œil, et quel regard profond. Ce cou en ivoire et ces cheveux noirs comme du jais rendent toute résistance impossible. (…) Et il n’y a pas une trace de barbe, même pas sur le visage du garçon le plus grand. Ils marchent comme des courtisanes et au travail dans les tavernes de Galata, ils peuvent séduire les meilleurs hommes. Quand une mèche tombe sur ta joue, tu perds l’esprit, et quand il cède, tu meurs de lascivité. » Par contre, son jugement sur les Hollandais est court et sobre ; apparemment, il a appris à connaître leur rigueur calviniste : « Avec leur peau froide, ils sont loin d’être attractifs. Ils ressemblent à des Russes, en couleur crème. Ils passent le plus beau de leur temps à l’église au lieu d’être avec un amant. »
En écrivant ces lignes libres de tout souci, Fazil ne pouvait savoir que dans le nord-ouest de l’Europe s’était déjà formée une subculture « homosexuelle » séparée de la société et persécutée par l’État. Par centaines, ils étaient cloués au pilori, enfermés à vie dans des cachots, pendus publiquement, exécutés par le fer ou alors noyés dans des tonneaux. Inconscient de ces faits, Fazil proclame, fier comme un coq, connaître les qualités sexuelles des hommes anglais de par sa propre expérience. « Les roses anglaises : ce sont des beautés calmes mais très désirées. Ils te font tourner la tête. Ils habitent sur une île calme. Ces jeunes hommes, imberbes de nature, sont de taille moyenne et ont le teint blanc comme le plus blanc des nénuphars dans une rivière. La plupart de ces hommes, beaux comme des poissons, sont marins et ont un appareil sexuel bien développé. Malgré cela, je ne peux pas dire qu’ils offrent une grande satisfaction sexuelle. »
Ce n’est que dans les années qui ont suivi la mort de Fazil, au moment où les armées napoléoniennes envahissaient l’Egypte, que les Perses et les Ottomans ont commencé à réaliser à quel point les Occidentaux les méprisaient pour leur attitude, comme ils disaient, « contre nature ». Le cheik Rifa al-ah awi en est un exemple frappant. Il est envoyé à Paris en 1826 par Ali Pacha, le vice-roi d’Egypte pour suivre des études pendant cinq ans. Dans son journal intime, il remarque, en 1834 : « En France, il est mal vu de dire : ‘J’aime ce garçon’. Ce serait mal vu et considéré comme répugnant. Si donc quelqu’un traduit un de nos livres, il écrit, pour cette phrase : ‘J’aime cette fille’ ou alors, pour échapper à ce problème : ‘J’aime cette personne.’ » Chose étonnante, Rifa al-ah awi est favorable à cette manière de voir, qu’il considère comme moralement supérieure. Il essaye de convaincre ses concitoyens au moyen des lois scientifiques du magnétisme. Au sujet des Parisiens, il écrit : « C’est une belle caractéristique de leur langue et de leur poésie que de refuser l’érotisme entre deux membres du même sexe. Et ils ont bien raison, car il est vrai qu’un sexe possède une certaine propriété pour l’autre, ce qui le rend attractif. On peut comparer cela à la propriété qu’a l’aimant d’attirer le fer, ou à celle de l’ambre qui (après avoir été frotté) attire d’autres corps. Dans l’amour au sein du même sexe, cette propriété se perd, et on constate un phénomène contre nature. »
Mais quand Rifa al-ah awi vient à parler du racisme des Français, on voit à quel point ses positions sont encore contradictoires. Dans un domaine où il ne réfléchit pas explicitement à la question de l’« homosexualité », c’est-à-dire quand il veut critiquer la suffisance raciste des Français, il cite tout à fait normalement une poésie d’amour avec un jeune garçon noir :
« (Les Parisiens) ne pensent pas que les Noirs puissent avoir quoi que ce soit de beau. Chez eux, la peau noire est synonyme de laideur. (…) d’après eux, ce qu’un poète a dit au sujet d’un garçon noir manque tout à fait de tact :
‘Ton visage est comme si c’étaient mes doigts qui l’avaient écrit Comme un mot qui dicte mes espoirs.
La beauté de la pleine lune est son sens,
Et c’est la nuit qui l’a saupoudrée de ses pigments.’ »

Au fond, on touche un problème qui s’est posé aux élites arabes jusqu’à nos jours. La poésie arabe est complètement pénétrée par des histoires d’amour au sein du même sexe, et ceux qui veulent faire appel à une renaissance nationaliste sur la base de leur héritage littéraire sont confrontés à un dilemme. D’un côté, ils doivent critiquer leur propre histoire et de l’autre, c’est précisément cette critique qu’ils veulent adresser à l’Occident, c’est-à-dire d’être décadent, dépravé et homosexuel.
Les analyses relatives de Carl Brockelmanns [4] ont été largement reprises par les philologues arabes et on peut lire dès 1925 dans les manuels d’éducation supérieure égyptiens que la poésie concernant l’amour entre jeunes hommes est un « crime contre la littérature et une honte pour l’histoire de la poésie arabe ».

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Poésie et religion

Le rapport entre l’islam traditionnel et le contenu de cette poésie peut être explicité de manière symptomatique avec un exemple de la littérature datant du 11ème siècle.
C’est l’histoire d’amour entre Al-Mu’tamid, 17 ans, futur émir de Séville et le poète Ibn Ammâr, son aîné de neuf ans. L’histoire a commencé quand Al-Mu’tamid, après une journée festive passée à boire du vin et réciter de la poésie, dit à son ami : « Ce soir, tu dormiras sur le même oreiller que moi. » Plus tard, Ibn Ammâr écrira au père d’Al-Mu’tamid : « Pendant la nuit de l’union, je sentais dans ses caresses le parfum du crépuscule. Mes larmes coulaient sur les jolis jardins de ses joues, pour arroser ses myrtes et ses lys. »
Ce poème est plein d’amertume et de lamentation, car Ibn Ammâr vivait à ce moment déjà en exil à Saragosse. Après le mariage de son fils, le père d’Al-Mu’tamid avait jugé nécessaire de mettre fin à l’amitié des deux hommes en expulsant hors de Séville Ibn Ammâr. Mais dix ans plus tard, quand Al-Mu’tamid devient lui-même émir, il fait immédiatement revenir son ami à la cour, et lui confie des postes importants. Douze ans après, l’amitié va se briser sur des questions de rivalité politique, et Ibn Ammâr écrira au sujet de son ancien amant (qui va plus tard le tuer dans une crise de colère) :
« Te rappelles-tu notre jeunesse, Quand tu ressemblais au croissant de lune dans le ciel ? J’avais l’habitude d’embrasser ton corps frais, Et je tétais l’eau pure de tes lèvres, Me satisfaisant de t’aimer juste avant haram, Et tu jurais que ce que nous faisions était halal ! »
Haram et halal sont les mots pour désigner les actes interdits ou acceptés par l’islam. A travers cette histoire, on voit très bien le rôle de la religion. Dire que l’islam interdit l’« homosexualité » est absurde car les interdits de la charia ne visent que des actes spécifiques comme par exemple la sodomie entre hommes. On ne peut donc pas affirmer que l’islam classique condamnait l’amour entre personnes du même sexe.

Un exemple très éloquent est fourni par l’argumentation de l’un des intellectuels les plus reconnus du monde musulman d’Andalousie. Dans son livre consacré à l’amour, Le collier de la colombe, on trouve des narrations et des poèmes consacrés à la liaison entre hommes et femmes mais également à l’amour passionnel entre deux hommes. A un niveau abstrait, Ibn Hazm (mort en 1064), ainsi que tous les auteurs arabes d’avant la modernité, met toujours au masculin l’amant et l’amoureux. C’est comme si les relations homosexuelles représentaient le modèle de base usuel qu’on a en tête quand on ne pense pas à un couple d’amoureux spécifique.
Dans la préface de son œuvre, il explique pourquoi la religion n’interdit aucune forme d’amour en tant que telle : « La piété ne condamne pas l’amour, et la loi ne l’interdit pas, les cœurs sont dans les mains de Dieu le Tout-puissant, au dessus de nous. »
Plus loin, il explicite : « Il suffit que le musulman s’abstienne de ce que Dieu le Tout-puissant a en principe interdit. Il peut néanmoins faire ce que sa volonté lui dicte mais le jour du Jugement dernier, il en sera responsable. Mais le plaisir devant la beauté et la domination de l’amour est tout à fait naturel, et n’a besoin d’être ni commandé ni interdit. »

Il n’est donc pas étonnant que des juristes religieux aient participé sans problème au genre littéraire qu’on appelle la poésie d’amour entre hommes (Ghazal al-Mudhakkar). Comme par exemple l’imam al-Schafii, fondateur du shafiitisme, la plus importante école de droit musulmane. Il écrit : « Tenez cet animal pour responsable de la perte de ma vie, il m’a tué avec les flèches de son regard et de son désir. Mais ne le tuez pas, car je suis son esclave. Et d’après mon école, un homme libre ne meurt pas à cause d’un esclave. »
On voit ici la différence entre l’islam dans sa version traditionaliste, qui a évidemment une approche restrictive à l’égard de toute forme de sexualité, au sein du même sexe ou non, et le système d’homophobie moderne, né dans un contexte européen. Le système occidental ne se voit pas obligé d’interdire certains actes, son pouvoir se déploie en classifiant les gens en sujets normaux et anormaux selon la différence de leurs désirs. Même dans les périodes les plus répressives, il ne serait jamais venu à l’idée des juristes musulmans de définir des gens comme malades ou anormaux uniquement parce qu’ils désiraient quelqu’un du même sexe. Bien au contraire, le juriste ultraconservateur Ibn al-Dschauzi par exemple se fâchait quand quelqu’un voulait nier qu’il était attiré par des jeunes hommes. « Celui qui prétend ne pas ressentir le désir monter en lui quand il voit un joli garçon est un menteur. S’il fallait le croire, c’est que ce serait un animal et non pas un être humain. »

La charia

Quelle est alors la peine que prévoit la charia pour la pénétration anale (en arabe liwat) ? La question est très complexe et je ne peux ici que donner quelques indications. L’histoire musulmane connaît sept différentes écoles de droit qui varient toutes à ce sujet. La plus importante de ces écoles est celle des Hanafites, d’un côté parce qu’elle est encore suivie aujourd’hui par presque la moitié des sunnites et de l’autre parce qu’elle était l’école de droit officielle de l’empire ottoman. Contrairement à la plupart des autres écoles, les Hanafites ne considèrent pas la liwat entre hommes comme un acte d’adultère. La peine relève donc de l’appréciation. Dans l’empire ottoman, cela pouvait aller d’une amende jusqu’à 39 coups de fouet. Dans des cas exceptionnels, pour maintenir l’ordre public ou alors en cas de récidive, l’État pouvait prononcer des peines de siaysa. C’est ce qui s’est passé en 1713 à Çankiri, une ville du nord de l’Anatolie, où un groupe de cinq hommes était accusé d’avoir battu et violé un autre garçon. Après leurs aveux, tous les cinq avaient été condamnés à mort.

Mais de manière générale, il était très rare que des relations sexuelles illicites fussent punies. Bien que l’adultère fût passible de lapidation, il n’y a qu’un seul cas connu, pendant l’empire ottoman, où des rapports sexuels extraconjugaux furent punis par lapidation. C’était en 1680, quand la condamnée fut exécutée dans l’hippodrome d’Istanbul en présence du sultan Mehmed IV. L’événement était tellement remarquable qu’il fut consigné dans les chroniques officielles.
C’est la particularité de la procédure pénale de la charia qui explique pourquoi aussi peu de peines ont été prononcées. Pour les crimes de type Hadd [5], la charia n’accepte pas les preuves par indices. Toutes les écoles de droit prévoient normalement qu’une condamnation ne peut être prononcée que s’il y a quatre témoins masculins, sans antécédents judiciaires, qui ont vu l’acte litigieux de leurs propres yeux.
L’autre possibilité est que le coupable avoue ses actes : pour cela il faut qu’il avoue quatre fois chez un juge. Mais dans le cas de liwat et de l’adultère, accusations et aveux sont socialement mal vus. Il faut ajouter à cela que si jamais il n’y a pas quatre témoins ou qu’ils se contredisent sur des détails importants, les témoins risquent jusqu’à 80 coups de fouet pour diffamation.
Les juristes n’étaient pas traumatisés par le fait que la procédure pénale rendait presque impossible une condamnation pour liwat ou pour adultère. Bien au contraire, ils ont souvent soulevé ce fait avec approbation comme Ali al-Qari al-Harawi (mort en 1605), un savant de Médine : « C’est parce que Dieu le tout puissant aime que les péchés de ses sujet restent voilés, que l’exigence de réunir quatre témoins pour pouvoir condamner quelqu’un pour adultère a été instaurée. Il est très rare que quatre témoins voient ce péché et cela va donc dans ce sens. »

Les persécutions en Iran

Vers la fin du 19ème siècle, presque tous les pays musulmans, à l’exception de l’Arabie Saoudite, ont aboli la charia en la jugeant mal appropriée pour les poursuites pénales. Elle a été remplacée par le droit anglais ou français. Mais ces deux systèmes de droit présentent une grande différence. Depuis Napoléon, le droit français (mis en place en Egypte et en Turquie) avait complètement dépénalisé les rapports sexuels consentants, alors que le droit anglais (repris par exemple au Pakistan) prévoyait des peines d’emprisonnement allant jusqu’à dix ans pour des rapports sexuels entre hommes.
L’échec du nationalisme panarabe et la montée de l’islamisme ont entraîné, dans les années 1970, la réintroduction de la charia dans toute une série de pays : d’abord en Libye, ensuite au Pakistan, en Iran, au Soudan, en Afghanistan et finalement en 2000 au nord du Nigeria. C’est précisément en Iran, pays sécularisé de force par le Shah, que ce fondamentalisme a pris le plus d’ampleur. Très vite, Khomeiny a identifié « l’homosexualité » avec l’Occident tant haï.
La Fondation Boroumand [6], qui tient à jour une base de données à ce sujet, affirme que les tribunaux révolutionnaires ont fusillé en cinq ans, entre mars 1979 et janvier 1984, pas moins de 98 hommes accusés « d’homosexualité ». Par la suite, entre 1984 et 2004, en application de la charia régulière, au minimum huit hommes ont été exécutés pour des actes de liwat (en persan : lawat). Depuis l’arrivée à la présidence de Mahmud Ahmadinejad, islamiste radical, le nombre de rapports sur de telles exécutions augmente de nouveau. Mais avec la politique de désinformation du gouvernement iranien, il est souvent difficile de connaître les causes exactes d’une exécution. Souvent, des accusations telles que liwat, adultère, trafic de stupéfiants, banditisme ou espionnage sont ajoutées, pêle-mêle. En tout cas, aujourd’hui, les juges iraniens peuvent contourner l’obstacle que représente la procédure pénale de la charia en faisant faire des recherches criminalistiques sur les suspects. Ils peuvent prononcer des peines capitales s’ils trouvent des traces de sperme dans l’anus. La spécificité de l’interprétation shiite de la charia, qui accepte le savoir du juge comme preuve, permet même de maintenir une espèce de vitrine d’État de droit. Amir, un réfugié iranien de 22 ans, cite un juge dans un tribunal de la charia : « Si le médecin peut garantir que ton anus a été pénétré d’une manière ou d’une autre, tu seras condamné à mort. »
Il est important de signaler ici que, dans son délire de persécution, le régime des mollahs utilise déjà le concept moderne d’« homosexualité ». Le néologisme persan hamdschens bazi, qui veut dire « comportement avec quelqu’un du même sexe », en est un bon exemple. La différence avec le concept de liwat est très claire : il ne parle plus d’un acte sexuel spécifique, mais peut englober tout ce qui touche à l’intimité entre deux hommes ou deux femmes, embrasser, étreindre, ou même juste n’importe quelle attitude romantique. Une construction conceptuelle telle que hamdschens bazi sert a politiser « l’homosexualité » dans un sens large et à l’exclure de la société.
Car le problème du régime est bien là. Ali Mahdjoubi, un exilé iranien de gauche, constate que les relations amoureuses au sein du même sexe sont aujourd’hui encore tout à fait courantes dans le quotidien iranien :
« Dans le langage populaire iranien, il n’y a rien d’extraordinaire à ce que deux hommes affirment qu’ils s’aiment ou qu’ils sont amoureux. Cela ne suscite ni soupçon ni méfiance, c’est plutôt accepté avec compréhension. Il serait drôle d’essayer de répertorier, autant dans le langage quotidien que dans le langage intellectuel, toutes les expressions qui parlent des relations entre hommes ainsi que des différents degrés de ces relations amoureuses. »
En 2005 deux jeunes, Ayaz Marhon et Mahmud Asgari, furent pendus à Maschhad. C’est le premier cas qui a eu une résonance médiatique internationale. Il est intéressant de voir quelle stratégie ils ont adoptée pour leur défense. Premièrement, ils ont affirmé qu’ils ne savaient pas que les faits qui leur étaient reprochés étaient passibles de la peine de mort. Vu qu’entre 1984 et 2004, il n’y a eu que très peu de condamnations à mort mises à exécution, leur affirmation peut éventuellement être crédible. Mais leur déclaration était probablement d’ordre stratégique, car selon la charia, connaître la punition est une condition pour que la peine puisse être appliquée. Deuxièmement, ils ont aussi affirmé que tous les jeunes hommes dans leur quartier avaient des relations sexuelles entre eux. Selon Mahdjoubi, cela est tout à fait possible : « A ce que je sache, il n’y avait personne qui n’ait eu des expériences homosexuelles, autant dans mon quartier, où il y avait beaucoup d’enfants, qu’à l’école où j’ai passé douze ans dans des classes non mixtes. (…) Au fond, ce n’était pas un secret, ni à l’école ni dans le quartier, de savoir qui avait des relations sexuelles avec qui et à quel moment. On se racontait mutuellement ses expériences. (…) Si on voulait avoir une relation sexuelle avec un garçon qu’on ne connaissait pas ou qu’on n’osait pas aborder, il y avait toujours quelqu’un pour arranger une rencontre. Il y en avait qui faisaient cela avec beaucoup de délicatesse et qui protégeaient même les deux heureux élus de toute surprise inopinée pendant leur rendez-vous dans les ruines du château de la ville. »
Si les mollahs veulent vraiment nettoyer la société de tout hamschens bazi, ils ont encore du pain sur la planche. Ce travail fera d’eux, contre leur gré, les acteurs d’une modernisation de rattrapage. Ce qui existe déjà chez nous, et dont l’histoire de la mise en place a été tout aussi brutale, doit encore être fabriqué en Iran : une société complètement normalisée au niveau hétérosexuel, une société dans laquelle « l’homosexualité » est construite comme un attribut particulier qui ne peut être vécu que dans les enclos de la subculture des grandes villes.

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Le mythe du progrès occidental

Et c’est ainsi qu’on revient au début de ce texte, avec la question de savoir si on peut opposer l’Occident éclairé à l’islamisme moyenâgeux ? Certainement pas, car c’est au temps des Lumières, au 17ème et au 18ème siècles, que se sont mises en place dans le nord-ouest de l’Europe les structures de base d’un monde hétéronormé, toujours caractéristique de l’Occident d’aujourd’hui. Ces changements se sont accompagnés de persécutions massives comparables à celles de l’Iran d’aujourd’hui.
Voici quelques chiffres pour illustrer ces propos : à Berlin, 6 personnes sur 10 ayant des relations amoureuses homme-homme ou femme-femme ont affirmé avoir déjà pensé à se suicider pour cause de solitude. 18% des personnes interrogées ont déjà fait une ou plusieurs tentatives de suicide. Cela représente quatre à cinq fois plus que la moyenne dans cette classe d’âge. Une étude américaine parmi des adolescentes homo- et bisexuelles atteste qu’elles sont victimes, à cause de leurs orientations sexuelles, d’agressions verbales pour 64% et physiques pour 38%. Un recensement réalisé par un institut de recherche sur la sexualité à Hambourg démontre qu’entre 1970 et 1990, le pourcentage d’adolescents masculins affirmant avoir eu des expériences sexuelles avec d’autres hommes est tombé de 18% à 2%. Ce sont des changements massifs qui prouvent qu’il n’est pas devenu plus facile de nos jours pour un·e adolescent·e de tomber amoureux de quelqu’un du même sexe.
Tout cela devrait mener à plus de remise en question. L’homophobie n’est pas un vestige prémoderne d’un monde dépassé depuis longtemps que les méchants musulmans seraient en train d’introduire aujourd’hui en Allemagne. Non, nous vivons au milieu de cette société homophobe, qui n’a même plus besoin d’inscrire sa violence hétéronormative dans le code pénal, et qui produit de manière hautement efficace une classification dont les mollahs en Iran ne peuvent que rêver.

Georg Klauda

 

 

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ÉLÈVES MODÈLES ET APPRENTIS SORCIERS

Quelle est la part de l’Occident dans l’islam moderne ? Dans le débat actuel sur l’islam, on évoque souvent une identité qui serait incompatible avec les valeurs occidentales. Thomas Bauer, chercheur sur l’islam et le monde arabe à l’université d’Erlangen, montre ici que l’islam moderne, qu’il soit radical ou modéré, ne peut être considéré comme en continuité avec l’islam traditionnel, et qu’il doit plus aux valeurs imposées par la colonisation qu’à ses racines historiques.

Nous, historiens des civilisations, et particulièrement ceux d’entre nous qui travaillent sur les civilisations non européennes, sommes des experts de l’Étranger. Super héros de la lutte contre toute perception eurocentriste des civilisations étrangères, nous sommes des détecteurs d’altérité, découvrant les manières de vivre et de penser d’autres civilisations, et ne nous lassons pas de critiquer les parallèles intempestifs établis entre des phénomènes, semblables en apparence, de ces civilisations et de la nôtre.

Culturalisme et essentialisme

Il y a donc bien longtemps que nous refusons de voir dans l’étranger un simple reflet, même déformé, de notre propre réalité. Mais il semble désormais que la problématique se soit inversée. Aujourd’hui, le regard sur d’autres civilisations est biaisé par ceux qui mettent la priorité sur leur altérité. Ce « culturalisme » a peut-être des racines plus anciennes, mais c’est au cours des dernières décennies qu’il est devenu prédominant dans l’appréhension des autres civilisations.
Aux yeux des culturalistes, il existe des civilisations clairement délimitées entre elles. Chacune de ces civilisations aurait une essence définie qui la structure profondément et n’évolue que très peu au cours de l’Histoire. Les gens seraient si profondément formatés par leur civilisation que même une migration de plusieurs générations ne permettrait pas d’intégration. Cette manière de voir considère toujours la religion et ses normes comme facteur prédominant dans la formation d’une civilisation.
Et il n’y a pas que des gens bêtes et méchants pour partager cette vision culturaliste du monde. Dans ce registre, l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, respectable par ailleurs, a rédigé un article intitulé « Est-ce que les Turcs sont européens ? Non, ils ne correspondent pas ». On voit quelles conséquences politiques une telle manière de voir entraîne. Elle imprègne notre débat sur l’immigration et l’intégration, et celui sur « l’islam » (le seul fait de présupposer qu’il existe un islam prouve qu’on a bien affaire à une vision culturaliste).
De l’autre côté de l’échiquier, on trouve aussi des raisonnements culturalistes. Il existe une islamophilie non critique qui pousse certains à défendre les pires punitions de la charia sous prétexte qu’il s’agit d’une autre culture et qu’il ne faut donc pas la juger selon nos valeurs ; de même quand un chef d’État d’Extrême-Orient se réclame de valeurs soi-disant « asiatiques » pour justifier des violations des droits humains. Le relativisme culturel ne représente souvent qu’une variante du culturalisme.
Évidemment, les chercheurs en sciences sociales et culturelles ont réagi et développé des approches en rupture avec une vision culturaliste unilatérale. (…) Ces recherches démontrent qu’un concept essentialiste passe à côté de la réalité et que les civilisations ne possèdent pas de « nature » immuable. De la même manière que les langues, avant leur normalisation, n’étaient qu’un « continuum » de dialectes, les cultures ne sont qu’un « continuum » d’idées et de systèmes de sens symboliques. Elles sont en mutation permanente et donc en principe perméables, et échappent à toute démarcation.

Continuité ou rupture ?

Ceci est encore plus juste pour l’islam moderne, au sujet duquel l’écart est important entre la perception du public et le regard scientifique. Il existe un quasi consensus entre les spécialistes de l’islam pour affirmer qu’il n’y a pas de continuité directe entre sa version actuelle et l’islam traditionnel, qu’il s’agit au contraire d’un produit du monde moderne globalisé. Cela ne vaut pas uniquement pour l’islam soi-disant modéré, mais aussi pour l’islam fondamentaliste ainsi que pour les idéologies islamistes.
Abdullahi Ahmed AnNa’im, intellectuel soudanais, constate au sujet de la revendication principale de l’islamisme, c’est-à-dire l’instauration d’un État islamique : « N’est-il pas paradoxal que la mise en place d’un État soi-disant ‘islamique’ ainsi que la volonté d’introduire, au nom de l’autodétermination, la charia comme droit positif [7], ne représentent finalement que des traductions de l’État nation européen et du modèle européen du droit positif. Il ne s’agit ni d’une renaissance ‘authentique’ ni d’une continuité cohérente de la tradition historique de l’islam ». Le discours culturaliste ignore cette dimension historique de l’islam moderne et tente d’expliquer ses spécificités à partir d’une nature anhistorique de l’islam, en particulier quand il s’agit des traits négatifs de l’islam contemporain.
Ulrich Greiner, journaliste de renom, a publié dans le journal Die Zeit un cas d’école d’une telle argumentation culturaliste : « Il se peut qu’autrefois l’islam ait représenté une culture de tolérance, mais scruter le passé ne nous mène pas à grand-chose. Comment faut-il comprendre les remarques dans le Coran sur ceux qui ont une croyance différente et sur ceux qui veulent renier leur foi ? La charia est-elle compatible avec notre droit ? Insister pour avoir enfin des réponses à ces questions relève de notre droit, je dirais même de notre devoir. » Ici, la tolérance propre à l’islam est vue comme un hasard temporaire, voire comme un facteur qui diffère momentanément de la « nature » anhistorique de l’islam. On contemple ici l’idée culturaliste selon laquelle il existerait des normes religieuses immuables et sans ambiguïtés.
Dans cette manière de voir, les développements historiques et la pluralité des interprétations des normes, si caractéristiques de l’islam, n’ont pas leur place. Cela donne lieu à une bizarrerie : si des civilisations doivent être différentes, la véritable nature d’une d’entre elles ne peut pas se manifester là où elle coexiste avec d’autres. Appliquer cette pensée culturaliste à l’islam nous conduit au paradoxe suivant : si la pensée ou l’action islamiques correspondent aux valeurs occidentales momentanément en vigueur, il doit s’agir d’un hasard de l’Histoire ou alors éventuellement d’une adaptation dictée par la ruse. Par contre, chaque fois qu’une action ou une pensée islamiques s’opposent aux normes occidentales, c’est la véritable nature anhistorique de l’islam qui se révèle.

Divorce à l’égyptienne

Il y a de nombreux exemples qui montrent à quel point cette vision nie l’interaction entre l’Occident et le monde islamique. Je la résume sous ce que j’appelle « la loi de l’asynchronicité ». Je peux illustrer mon propos par une histoire tragicomique, qu’on pourrait intituler « divorce à l’égyptienne ». C’est l’histoire du divorce d’un politicien égyptien appartenant à l’opposition démocratique, très longuement évoqué dans les colonnes du journal allemand Süddeutsche Zeitung. De toute évidence, il s’agissait de montrer à quel point une politique démocratique avait du mal à exister dans une société dominée par des valeurs islamiques. Mais en vérité cette histoire nous montre bien autre chose : comment l’Occident se trouve confronté à son propre reflet sans le reconnaître.
L’histoire est la suivante : le politicien en question, Ayman Nur, est le fondateur du Parti de l’Avenir et il est considéré comme « l’espoir démocratique ». Comme cela déplaisait au pouvoir, il a été condamné en 2005 à cinq ans de prison pour falsification de documents. Pendant qu’il purgeait sa peine, sa femme Gamila s’est beaucoup engagée pour obtenir sa libération et est ainsi devenue une figure importante de la vie politique. Mais après sa libération, leur bonheur conjugal prit rapidement fin. Quand un quotidien égyptien voulut relater l’affaire, Ayman Nur, mécontent, essaya d’acheter tous les exemplaires de l’édition concernée. Évidemment, le journal égyptien se fit un plaisir de relater toute l’histoire. Le journal allemand présenta l’affaire comme un « mélodrame oriental ».
Mais qu’y a-t-il d’oriental dans cette anecdote ? Bien évidemment – comment pourrait-il en être autrement – c’est la faute de l’islam. « Les valeurs morales, marquées par l’islam, sont sévères. D’éventuels manquements sont gardés secrets. Pour un politicien égyptien, un divorce représente une tare. En Égypte, quelqu’un comme Gerhard Schröder, avec ses trois mariages ratés, ne pourrait pas faire carrière. »
C’est ainsi qu’on nous apprend que ce sont les valeurs islamiques qui transforment une simple histoire de divorce en scandale. Chez nous, où ces valeurs ne comptent pas, personne ne se serait énervé. Mais là, on commence à s’interroger. L’Égypte, depuis les conquêtes islamiques du 7ème siècle jusqu’au 20ème, n’a probablement jamais été gouvernée par un souverain monogame. Le mariage n’est pas un sacrement dans l’islam et n’a jamais été perçu comme quelque chose qui devait durer toute la vie. Parler de « mariage raté » n’a donc pas de sens.
Il y a de nombreux exemples de divorces chez des politiciens musulmans : Saddam Hussein s’est marié trois fois, le Roi Hussein de Jordanie quatre fois (dont deux divorces). Le chef d’État tunisien, le Sultan d’Oman, Kadhafi et le Premier ministre de la Malaisie sont tous divorcés. Ce ne sont donc certainement pas « les valeurs morales sévères de l’islam » qui ont transformé les problèmes conjugaux d’Ayman Nur en scandale. A l’inverse, là où les valeurs occidentales sont en vigueur, les difficultés conjugales posent souvent problème. En Allemagne, en 1967, le populaire animateur de télévision Lou van Burg a dû abandonner son émission parce que la chaîne ZDF estimait ne pas pouvoir le maintenir à son poste à cause d’une histoire privée. Aujourd’hui, c’est le même journal qui rend responsable les valeurs islamiques dans « l’affaire Nur » et qui constate que la CSU (parti chrétien démocrate de droite en Allemagne) n’a pas encore dépassé « l’affaire Seehofer » [8]. Le journal titrait « Les rumeurs dans l’affaire Seehofer inquiètent la CSU, il s’agit d’un séisme pour le parti ».
Apparemment en Allemagne, avec une vie conjugale « pas très nette », on peut être chancelier pour le SPD (parti social démocrate) mais on ne peut pas être président d’un Land pour la CSU. C’est là que réside la clef de « l’affaire » Ayman Nur. La question n’est pas tant de savoir où (dans quel pays ou dans quelle « culture ») un mariage de politicien se défait, mais de voir de quel politicien il s’agit et à quelles valeurs ce politicien se réfère. Regardons encore une fois cette histoire. Une grande partie de la classe moyenne égyptienne soutient les Frères musulmans qui promettent moins de corruption et plus d’égalité sociale. Pour labourer sur leurs terres, l’establishment soutient de plus en plus les cercles religieux, au point que le parti au pouvoir prend aujourd’hui des airs très islamistes. Pour s’opposer à ces deux courants, Ayman Nur avait fondé le Parti de l’avenir comme « troisième voie ». Ayman Nur représente alors la tendance la plus laïque dans la vie politique égyptienne. Au premier abord, il semble absurde que ce soit justement lui qui trébuche sur une question de mœurs conjugales et non pas un politicien religieux. Mais si Ayman Nur avait été un islamiste, le divorce ne lui aurait posé aucun problème. Résumons : en Allemagne, les déboires conjugaux d’un politicien chrétien peuvent faire scandale, mais pas ceux d’un politicien laïc. En Égypte, les problèmes conjugaux peuvent devenir problématiques pour un politicien laïc mais pas pour un islamiste. Cela n’est pas vraiment une contradiction.
Les valeurs qui font que la « question Nur » se transforme en scandale sont exactement les mêmes que celles qui ont transformé les escapades extra-conjugales de Seehofer en scandale. Ce sont les valeurs bourgeoises et conservatrices de la « vieille » Europe. Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, ces valeurs ont été adoptées par l’élite pro-occidentale au Moyen-Orient. Au cours du 20ème, ces valeurs se sont diffusées jusque dans les classes moyennes. En Europe, ces valeurs ont perdu de leur influence dans un processus qu’on aime rattacher à l’année symbolique de 1968. Ce développement n’a pas eu lieu au Moyen-Orient. Par contre, on a oublié, au Moyen-Orient, que nombre de ces valeurs vénérées ont été importées de l’Occident, de même qu’en Occident on oublie que nombre de ces valeurs considérées comme archaïques au Moyen-Orient ont été en vigueur en Europe jusqu’en 1968. Mais le monde arabe, aux yeux des Occidentaux d’aujourd’hui, ne peut être autre chose qu’islamique. C’est pour cela qu’on considère ces valeurs, qui en vérité ne sont rien d’autre qu’un reflet des valeurs occidentales, comme islamiques. Ayman Nur, le leader du Parti de l’avenir, démocratique et pro-occidental, doit aussi sa popularité au fait que lui et sa femme formaient un couple bourgeois de rêve. Ils représentaient le désir d’une citoyenneté occidentale qui anime encore aujourd’hui une partie de la classe moyenne égyptienne. Dans cette optique, il n’est pas surprenant qu’Ayman Nur ait tenté, par tous les moyens, de garder secrets ses déboires conjugaux. C’est le fait de vouloir imiter l’Occident qui rend scandaleux ce qui dans d’autres cercles n’aurait pas posé de problèmes.

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Reflet des valeurs occidentales

L’asynchronicité qu’on voit ici à l’œuvre est symptomatique de l’ensemble du processus d’appropriation des valeurs occidentales. En règle générale, au début c’est la classe moyenne supérieure autochtone qui s’empare des idéaux occidentaux, car en devenant « occidentale », elle espère gagner en prestige et accroître son pouvoir. Être bien vu en Occident veut dire profiter des stratégies occidentales de pouvoirs et d’influences. C’est ainsi qu’on prend de l’avance sur les élites traditionnelles.
Une fois cette stratégie couronnée de succès, et l’ascension sociale réussie, la classe moyenne inférieure commence également à intégrer les valeurs occidentales, pas en tant que telles, mais comme celles de leurs propres élites. Il faut donc un certain temps pour que ces valeurs occidentales, au début intégrées par une petite élite, soient acceptées par une grande partie de la population et considérées comme les siennes.
Mais en Occident, durant le 19ème et le 20ème siècle, les valeurs avaient une durée de vie très limitée, ce qui produit périodiquement des situations paradoxales : des valeurs occidentales sont intégrées par une grande partie de la population d’un pays non occidental, mais ce processus d’intégration s’accomplit à un moment où ces mêmes valeurs n’ont plus cours dans leur zone d’origine et ont été remplacées par d’autres. C’est donc aussi bien au début qu’à la fin de ce processus qu’il y a un décalage. Mais dans les deux cas, le commentateur occidental va considérer la constellation de valeurs en vigueur au Moyen-Orient comme typiquement islamique.
L’enseignement qu’on peut tirer de l’affaire Ayman Nur est donc le suivant : tout n’est pas religieux dans le monde islamique et toutes les valeurs du monde islamique ne relèvent pas de l’islam. Nombre des valeurs et des principes moraux ayant cours au Moyen-Orient sont plutôt le reflet des valeurs occidentales. Il se peut que ces valeurs aient perdu de leur validité en Occident, mais ce n’est pas pour autant, et c’est ce qu’on voit dans le cas d’Ayman Nur, qu’elles sont devenues des valeurs islamiques. (…) Parfois l’Occident est plus islamique que l’islam lui-même.
On peut énumérer indéfiniment des exemples de ce genre. J’en citerai juste quelques-uns : des intellectuels islamiques, et en particulier des théoriciens islamistes, reprennent des idées d’auteurs occidentaux. Par la suite, les observateurs occidentaux analysent ces idées comme étant typiquement islamiques. Sayyid Qutb, le « père » de l’islamisme arabe en fournit un bon exemple. Il ne comprenait pas grand-chose à la théorie de l’islam. Ce sont plutôt deux auteurs européens qui ont forgé sa manière de voir le monde. Le premier était Leopold Weiss, auteur du best-seller L’islam à la croisée des chemins, l’autre était un auteur catholique fondamentaliste, Alexis Carrel (1873-1944), prix Nobel de médecine en 1912 pour ses travaux de chirurgie vasculaire. Dans ses écrits, il mêle catholicisme fondamentaliste et biologisme [9] en une idéologie qui veut recréer un monde selon « les lois de la vie ». Aujourd’hui, en Occident, l’ouvrage principal de Carrel L’homme, cet inconnu (1935) est heureusement largement oublié. Mais là où ses idées continuent d’inspirer l’islamisme, on les prend toujours pour authentiquement locales.

 

Islam et sexualité

La manière dont le monde islamique traite de l’homosexualité fournit un autre exemple [10], particulièrement dramatique. Comme on le sait, le droit islamique classique interdit les rapports sexuels entre hommes. Mais, de toute évidence, pendant plus de mille ans les peines prévues n’ont pas été appliquées une seule fois et du 9ème au 19ème siècles, les poètes arabes et même les juristes religieux ont écrit des centaines de milliers de poèmes d’amour érotique décrivant des relations hommes-hommes. Cette poésie constitue une partie importante de la diversité de la littérature arabe, perse et ottomane. Mais soudainement, dans les décennies post-1830, la poésie homo-érotique disparaît complètement.
Ce n’est pas dans l’islam qu’il faut en chercher la raison mais dans l’adoption des valeurs morales de l’Occident victorien. Aujourd’hui, les valeurs sexuelles victoriennes sont encore profondément enracinées dans une grande partie du monde islamique. C’est pour cette raison que nombre de musulmans ont un rapport ambivalent avec leur propre tradition littéraire qui est à leurs yeux entachée par une décadence morale et donc finalement responsable du déclin de l’islam. Ce qu’un Occidental considère aujourd’hui comme un signe de progrès et de modernité, c’est-à-dire une approche décrispée de l’érotisme homme-homme, était pendant plus de mille ans vu comme une caractéristique du monde islamique.
Au cours du 19ème siècle, les musulmans ont commencé à intégrer des valeurs occidentales entraînant une condamnation draconienne des pratiques et des sentiments homosexuels. Ils ont commencé à croire que c’était en raison des mœurs apparemment trop « légères » de leurs ancêtres que le monde islamique ne parvenait pas à suivre le développement de la modernité occidentale. Aujourd’hui, le monde occidental réclame avec raison la reconnaissance des droits des homosexuels dans les pays islamiques, mais il se trompe quand il considère l’homophobie dans ces pays comme quelque chose de typiquement local. (…) D’ailleurs, dans la majorité des pays arabes, les pratiques homosexuelles ne sont toujours pas poursuivies. Là où des peines sont prévues, elles ne découlent en général pas de la charia mais du droit britannique. Évidemment, elles ont aujourd’hui disparu de ce droit et, dans les pays islamiques, il y a bien longtemps qu’on a oublié leur origine.
Là-bas et en Occident, on considère cette attitude comme typiquement islamique, c’est un cas frappant d’asynchronicité. Il en va de même aujourd’hui pour la pruderie si frappante dans de nombreux pays islamiques. Cette pruderie ne concerne pas seulement les publications occidentales, elle s’étend tout autant aux textes classiques – de la poésie d’Abû Nuwâs du 8ème siècle au recueil des Mille et une Nuits. L’œuvre poétique de « l’architecte » al-Mi’mar est sur le point d’être publiée en Allemagne. Les écrits de ce poète populaire sont insolents, frivoles et explicites au niveau sexuel. La moquerie s’étend également aux questions religieuses. Au 14ème siècle, al-Mi’mar était vénéré non seulement par ses contemporains mais également par les érudits religieux. Aujourd’hui son recueil de poèmes aurait peu de chance d’être publié dans un pays arabe.
Si des textes érotiques de toutes tendances ont été appréciés et respectés pendant plus de mille ans dans le monde islamique, la pruderie ne peut pas faire partie de l’essence de l’islam, même si aujourd’hui, autant en Occident que dans le monde islamique, nombreux sont ceux qui tentent de nous le faire croire. C’est encore une fois le reflet de sa propre image que l’Occident entrevoit dans l’islam, sans vouloir ou sans pouvoir le reconnaître.

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Ambiguïté et variantes

Là où cela se complique encore plus, c’est quand il ne s’agit plus uniquement de quelques valeurs, ou de quelques idées, mais d’un ensemble de grilles de lecture et d’analyses qui sont empruntées à l’Occident. Cela change le rapport à sa propre tradition. De tels changements de structures à l’intérieur des schémas cognitifs sont par nature difficiles à reconnaître, et il faut donc avoir recours au principe philologique selon lequel les textes que les gens d’une culture ont laissés doivent être pris au sérieux et qu’il ne faut pas essayer de les analyser à partir d’un a priori eurocentriste. On trouve alors un point commun structurel derrière les phénomènes décrits. Ce qui caractérise le mieux la différence entre l’islam moderne et l’islam pré-moderne, c’est d’avoir abandonné progressivement l’ancienne « tolérance vis-à-vis de l’ambiguïté » qui avait marqué l’islam d’une manière très particulière pendant longtemps.
A l’époque, dans le monde musulman, on appréciait l’ambiguïté, en tentant de garder son application dans certaines limites sans pour autant vouloir l’éliminer. Au contraire, la modernité occidentale tente de l’éliminer le plus possible. La forme classique de « contrôle de l’ambiguïté » dans le monde islamique a été remplacée, au cours de la modernité, par une tentative radicale « d’élimination de l’ambiguïté ». Ce n’est que dans les domaines de l’art et la littérature qu’elle peut continuer de s’amuser sans faire beaucoup de dégâts.
Voici quelques exemples concernant le Coran : l’école classique, où cohabitent différentes manières de lire ce texte, part de l’idée qu’il a été révélé par Dieu en un grand nombre de lectures différentes. On peut donc dire que le Coran, avec tout son apparat de variantes, est un texte sacré. Afin que cette complexité ne dépasse pas un certain seuil pratique, on s’est mis d’accord, pour le culte et pour des questions juridiques, pour ne faire appel qu’à sept à dix de ces lectures différentes. Elles sont toutes, les unes comme les autres, considérées comme aussi bonnes et valables.
Aujourd’hui, cette pluralité de lectures rencontre de l’opposition, autant chez les musulmans modérés que chez les fondamentalistes. Ce sont autant les musulmans réformateurs, tels que le Pakistanais Shehzad Saleem, que des fondamentalistes, tels que al-Maududi, qui nient l’existence même de différentes lectures du Coran. Sur Internet, des missionnaires protestants et des défenseurs de l’islam se jettent à la tête les différentes lectures et variantes du Coran et de la Bible pour décrier les textes sacrés de la religion des autres. De toute évidence, les variantes ne rentrent pas dans le schéma de religions modernes devenues idéologiquement consistantes. Il en va de même quand il s’agit de l’interprétation du texte du Coran. Les savants classiques étaient fiers de rassembler le plus grand nombre possible d’interprétations d’un passage précis et chacune en soi pouvait être considérée comme juste, ou même plusieurs simultanément.
Pour le savant classique Ibn al-Jazari (mort en 1429), la possibilité de différentes interprétations du Coran était une particularité essentielle voulue par Dieu : « Les savants ont toujours cherché et n’arrêteront jamais de trouver des indications (juridiques) et des arguments dans le Coran que personne jusque-là n’avait encore trouvés sans pour autant l’épuiser pour les générations à venir. Le Coran est comme une immense mer, dont on ne touche jamais le fond et où on n’est jamais arrêté par les rives. C’est pour cela qu’après la venue du prophète, cette communauté n’a plus besoin d’autres prophètes comme c’était le cas pour les peuples précédents. »
Auparavant, les peuples avaient toujours besoin d’une mise à jour du message divin parce que les conditions avaient changé. Selon Ibn al-Jazari, il n’y a plus besoin d’une telle mise à jour parce que chaque génération peut trouver dans le Coran ce dont elle a besoin et ce que les générations précédentes ne pouvaient pas encore y voir. Pour Ibn al-Jazari, c’est justement l’ambiguïté du Coran qui permet d’y trouver des interprétations contemporaines. Cela peut avoir l’air très moderne, mais c’est justement cette ouverture à l’interprétation qui fâche beaucoup de musulmans, tant modérés que fondamentalistes. Ils pensent toujours connaître, pour chaque passage du Coran, la seule interprétation valable pour l’éternité. Mais les commentateurs occidentaux de l’islam ne veulent pas non plus voir un texte ouvert à de différentes interprétations. La citation du journal Die Zeit prétend savoir exactement ce que veulent dire « en réalité » les passages du Coran. Les ambiguïtés du Coran, vantées et appréciées à l’époque classique, sont aujourd’hui au mieux considérées comme une tare, au pire complètement occultées.
L’existence de quatre écoles de droit sunnites était considérée comme un enrichissement, et le fait qu’à l’intérieur de chaque école de droit des opinions différentes puissent cohabiter n’était pas vu comme un problème, mais plutôt comme une opportunité pour se démarquer.

Et le droit islamique ?

Le savant universel As-Suyûtî (décédé en 1505), connu pour sa prétention à avoir toujours raison, a publié un texte dans lequel il écrivait que la divergence d’opinions parmi les savants était un don de Dieu pour sa communauté. Aujourd’hui on ne ressent presque plus rien de cet enthousiasme traditionnel pour la pluralité d’opinions. Vers la fin du 19ème siècle sont apparues des tentatives de codifier le droit islamique, ce qui était contre sa nature. Des États modernes ont besoin de règles claires, et ce ne sont ni les musulmans « modérés », ni leurs concurrents fondamentalistes qui vont avouer qu’il est possible que deux affirmations, apparemment contradictoires puissent être toutes deux à la fois vraies et fausses.
Mais tout indique que c’était précisément l’attitude courante pendant une longue période dans une grande partie du monde islamique pré-moderne. On n’attendait pas du tout de trouver à l’intérieur d’un même discours, sur le droit islamique par exemple, une seule et unique réponse claire. Certains domaines de la vie n’étaient pas du tout régis par un seul discours. Il y en avait toujours plusieurs, religieux et laïcs, qui donnaient des réponses différentes. Ces réponses ne sonnaient souvent pas à l’unisson mais cela ne semblait pas déranger grand monde. Ibn Nubata, par exemple, publiait en 1332, c’est-à-dire deux cents ans avant la parution du Prince de Machiavel, un texte de conseils aux souverains au moins aussi machiavélique. La religion n’y jouait aucun rôle, le Coran et le prophète n’y apparaissaient pas. Le discours moderne sur l’islam ne tient jamais compte de ce texte. Pas plus qu’il ne tient compte des milliers de poèmes consacrés à des souverains, poèmes qui représentaient le principal discours politique de l’islam pré-moderne.
Aujourd’hui, pour reconstruire la pensée politique de cette période, on n’y fait pratiquement jamais référence. Partout en revanche, on a privilégié le discours religieux au point de le considérer comme seul représentatif. Cette vision parcellaire ne correspond pas à la réalité, mais elle a influencé la pensée islamique moderne et c’est ainsi qu’on arrive à un des cas les plus bizarre d’asynchronicité : la similitude entre l’image de l’islam de quelques orientalistes et de l’opinion publique occidentale avec celle que se donne l’islam radical contemporain. Les deux groupes font abstraction de la réalité historique pour s’imaginer une culture complètement basée sur des textes religieux et normatifs, et ils pensent qu’il n’y a qu’une seule et unique interprétation, sans ambiguïté, de ces textes.
Un exemple particulièrement triste de ce développement est celui des hommes et des femmes accusés d’adultère dans les pays islamiques et qui sont menacés ou réellement lapidés. Le cas de l’Iranienne Sakine Ashtiani, et la manière dont les médias occidentaux en ont parlé, en livre un exemple dramatique. Dans le Frankfurter Allgemeinen Zeitung, le cas a été documenté et commenté par Tilman Nagel. En le lisant, on a l’impression qu’il est d’accord avec les islamiques purs et durs sur le principe que dans l’islam l’adultère doit être puni de lapidation. Il ne mentionne pas le fait, pas plus que les juges iraniens, que ce n’était pas le cas avant le 20ème siècle : dans les textes de lois normatifs de l’islam, si l’adultère doit effectivement être puni de lapidation, on trouve tellement d’obstacles procéduraux que dans la plupart des écoles de droit il est pratiquement impossible de prononcer une telle sentence. A cela il faut ajouter que dans l’histoire de l’islam, les règles de la charia sont considérées comme une ligne directrice qui, dans la pratique judiciaire, peut être modifiée et adaptée à d’autres traditions juridiques. Dans ce domaine aussi, il y a pluralité de discours.
Dans les pays centraux de l’islam (pour les autres pays, je ne suis pas assez documenté), il n’existe aucune trace écrite de lapidations, excepté les cas plus ou moins légendaires des débuts de l’islam. Des rebelles et des brigands étaient crucifiés et les poètes en ont fait des poèmes spectaculaires – l’attrait des sensations fortes n’est pas un phénomène nouveau. Beaucoup de chroniqueurs ont décrit en détail les tortures et autres assassinats commis par des seigneurs, mais on ne trouve aucun récit de lapidation de l’an 800 au 20ème siècle, à une exception près, dans l’Empire ottoman aux alentours de 1670 et la motivation, comme dans les cas modernes, en était politique. L’événement avait fait scandale à l’époque et le juge responsable avait été démis de ses fonctions. Le chroniqueur était également choqué. Il ne considérait pas la lapidation comme un acte islamique. Il constatait avec effroi qu’une telle chose ne s’était plus produite depuis l’époque du début de l’islam. Pour lui la lapidation était atavique et inhumaine. Hormis cette exception qui avait fait scandale, il n’y a donc de toute évidence pas eu de lapidation. D’autres peines avaient été mises en place.
Elyse Semerdjian a analysé les archives du tribunal d’Aleppo sur une durée de 360 ans. Elle a constaté qu’entre 1507 et 1866, il y a eu 121 accusations d’actes sexuels illégitimes, mais personne n’avait été lapidé. Durant toute cette période, la punition des femmes accusées et condamnées pour prostitution était de quitter un certain quartier de la ville. On peut alors affirmer que, dans l’islam classique, il y a des situations dans lesquelles une règle juridique est en même temps valable et non valable. Peu de gens critiquaient le principe de la lapidation, mais tous critiquaient son application.
Cette tolérance face à l’ambiguïté juridique est devenue incompréhensible de nos jours. Et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, dans les pays islamiques, contrairement aux mille ans précédents, des hommes et des femmes se font lapider pour adultère même si, pour appliquer ces condamnations à mort, d’autres normes et prescriptions du droit islamique doivent être violées. Mais il semble que ces prescriptions ont moins d’importance que le fait de vouloir démontrer au monde que le droit islamique est clair et sans équivoque. Il apparaît alors qu’un phénomène soi-disant aussi typiquement islamique que celui de la lapidation n’a pas pu être repris directement et sans détours des normes islamiques traditionnelles. Il a fallu d’abord le déclin de la tolérance traditionnelle de l’ambiguïté pour que les normes traditionnelles soient réévaluées et réorganisées. Évidemment je ne veux pas dire ici que la lapidation dans l’islam est importée de l’Occident. Mais aussi abject que cela puisse sonner, il s’agit d’un phénomène lié à la modernisation.

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Tolérance de l’ambiguïté

Pour l’islam, la conséquence de cette perte de la tolérance traditionnelle vis-à-vis de l’ambiguïté est catastrophique. Une grande partie de l’héritage de l’islam avait été produit au sein d’une société dotée d’une très grande tolérance de l’ambiguïté, ce qui permettait par exemple à Ibn Hadjar al-Asqalânî d’être à la fois un savant hadith sévère et d’être vénéré pour ses poèmes homo-érotiques. Aujourd’hui, dans une société pratiquement sans tolérance à l’égard de l’ambiguïté, cet héritage est en train d’être redéfini. Des interprétations et des normes qui pouvaient, dans le passé, coexister de manière égalitaire avec d’autres deviennent aujourd’hui absolues et seules valables, au détriment des autres. Mais les structures dans lesquelles ces éléments traditionnels sont insérés ne sont pas authentiquement islamiques, elles sont formées par une vision du monde et une idéologie occidentale.
La perte de la tolérance de l’ambiguïté dans l’islam ne s’explique pas uniquement par son histoire. Stephen Toumin a montré que ce sont les guerres de religions, entre l’assassinat d’Henri IV et la guerre de Trente Ans, qui ont mis fin en Europe à l’humanisme et au climat de tolérance de la Renaissance. Ce développement n’a touché le monde islamique qu’au cours du 19ème siècle, par adaptation à l’Occident, qui s’avérait plus performant au niveau technique et économique, mais ne pratiquait pas, ou plus, une tolérance à l’ambiguïté comparable à celle de l’islam traditionnel. C’est d’après ces nouveaux paramètres que l’islam s’est complètement restructuré. Mais ce qui à l’époque représentait un effort considérable d’adaptation à un nouvel environnement culturel et politique, et qui a permis au monde islamique d’opposer à l’expansion occidentale sa propre identité culturelle, a abouti à un « piège identitaire » (selon le titre d’un livre d’Amartya Sen). Il faut dire que ce n’est pas uniquement dans le monde islamique qu’on est tombé dans ce piège. En Occident, plus que jamais, on est prêt à considérer l’islam de la fin du 19ème et du 20ème siècles, restructuré d’après les schémas occidentaux, comme le véritable et authentique islam, et de procéder à partir de là à une projection rétrospective sur toute son histoire. Il faut comprendre que l’islam moderne n’est pas juste une continuité de l’islam traditionnel, mais plutôt un conglomérat de visions du monde et d’idéologies modernes et très diverses. Beaucoup d’aspects de l’islam moderne ont en commun d’obéir à l’exigence moderne de la non-ambiguïté qui trouve ses origines en Occident. Des éléments traditionnels sont insérés sélectivement dans ces systèmes d’après l’orientation voulue. Les nouvelles configurations qui naissent sont au moins aussi occidentales qu’islamiques. Et là où l’on pense tomber sur un élément purement islamique, on ne contemple souvent que notre propre reflet, mais décalé dans le temps. Et c’est ainsi qu’en étudiant des caractéristiques d’autres cultures, nous nous étudions toujours aussi nous-mêmes.

Thomas Bauer

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P.S.

Les auteurs
Né en 1974, diplômé de sociologie et d’histoire, responsable pour les questions d’homosexualité dans l’organisation estudiantine AStA à l’université libre de Berlin, Georg Klauda a participé aux débuts de la revue consacrée à l’émancipation sexuelle Gigi. Ses livres ne sont pas encore traduits en français.
Thomas Bauer est chercheur sur l’islam et le monde arabe à l’université d’Erlangen en Allemagne.

Les textes
Ces articles ont été traduits de l’allemand par Paul Braun et sont parus initialement dans Archipel N° 195, 196 et 197 (juillet-août à octobre 2011) pour « Elèves modèles et apprentis sorciers » et dans Archipel N° 190 et 191 (février-mars 2011) pour « Islam homophobe, Occident tolérant ? ».
Ils ont été écrits avant les révolutions dans le monde arabe.

Boîte à Outils Editions – 2012


[1] L’auteur critique l’utilisation du terme d’homosexualité, car c’est un concept élaboré à la fin du 19ème siècle pour désigner un comportement déviant ou une maladie. Il utilise donc des expressions comme « l’amour au sein du même sexe » ou « relation amoureuse entre gens du même sexe ». Cela alourdit certes la lecture, mais sert à insister sur le fait que le concept d’homosexualité a été forgé dans une culture spécifique et à une période déterminée (ndlt)

[2] Nom du Parlement anglais, sous Edward III, qui siégea du 28 avril au 10 juillet 1376. Il tient son nom de « bon parlement » du fait qu’à cette époque, la cour anglaise était considérée par une large majorité de la population comme corrompue et que ses membres manifestaient des efforts sincères pour réformer le gouvernement.

[3] Issu du grec tribein, qui signifie frotter, s’entre frotter. A longtemps désigné la lesbienne en caricaturant ses supposées parodies « viriles ». (ndlt)

[4] Linguiste allemand (1868 – 1956), professeur d’université à Berlin et spécialiste des langues du Moyen-Orient.

[5] Les Hudûd (singulier : Hadd) comprennent les incriminations et les peines définies par le Coran qui ne peuvent être remises en cause par les juges. Le droit musulman considère cette catégorie de crime comme des crimes contre la « Loi de Dieu ». Les peines prévues pour les crimes de type Hadd sont fixes car elles ont été fixées par Dieu et se trouvent explicitement dans le Coran.

[6] www.abfiran.org (en anglais).

[7] Le droit positif est constitué de l’ensemble des règles juridiques en vigueur dans un État ou dans un ensemble d’États, à un moment donné, quelles que soient leurs sources. Pour les théoriciens du droit positif, les règles de droit ne sont pas issues de la nature ou de Dieu, mais des hommes eux-mêmes, ou de leurs activités.

[8] Pendant qu’il était en fonction comme 1er ministre de Bavière pour la CSU, parti catholique traditionnel, il a eu un enfant illégitime issu d’une relation qui durait depuis plusieurs années.

[9] Dans L’homme cet inconnu, il écrit que « la sélection naturelle n’a pas joué son rôle depuis longtemps » et que « beaucoup d’individus inférieurs ont été conservés grâce aux efforts de l’hygiène et de la médecine ». Il plaide pour un eugénisme incluant l’euthanasie de toute une série d’indésirables et le reconditionnement au fouet des délinquants.

[10] Voir texte précédent Islam homophobe, Occident tolérant ?

 

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[radio] Ouganda et fierté Kuchu, dans l’émission « On est pas des cadeaux ! » https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/ouganda-et-fierte-kuchu-dans-lemission-on-est-pas-des-cadeaux/ Fri, 03 Jul 2015 08:17:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1602 Continuer la lecture →]]> uganda-prideUne émission radio consacrée à l’Ouganda et la fierté Kuchu (terme en swahili que les personnes LGBTI utilisent pour parler d’elles-mêmes).

L’idée vient d’abord d’une rencontre avec Frank, un ougandais exilé en France depuis deux ans, en raison de la loi anti-homosexualité votée en décembre 2013. Et aussi des campagnes sur l’Ouganda régulièrement diffusées en France depuis quelques années, à la fois des campagnes médiatiques pour informer sur ces législations et des campagnes militantes en soutien aux LGBT ougandais. L’occasion d’essayer de mieux comprendre ce qui se passe pour ces personnes, à partir de l’expérience de Frank et de son analyse de la situation du pays, qui mêle l’influence historique de l’ancien empire colonial britannique et l’influence internationale actuelle de mouvements évangélistes. On voudrait aussi s’interroger sur ces grandes campagnes internationales de soutien aux lgbt de pays du sud, en particulier sur leurs origines historiques et leurs effets politiques sur les personnes directement concernées.

Bonne écoute !


et pour aller plus loin:

Bombastic, magazine kuchu, témoignages et analyse politique

God loves Uganda, film sur l’influence des mouvements évangélistes sur les politiques homophobes en Ouganda

Call me kuchu, film sur la condition des kuchus en Ouganda

 

On est pas des cadeaux !

(publié le 30 juin 2015)

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Pour plus d’info (en anglais) le site 76 crimes

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[actu] Brésil : deux policiers impliqués dans la mort d’une jeune femme trans’ https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/01/actu-bresil-deux-policiers-impliques-dans-la-mort-dune-jeune-femme-trans/ Wed, 01 Jul 2015 03:16:31 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1580 Continuer la lecture →]]>

copUne enquête policière a révélé cette semaine que deux officiers de la police de Sao Paulo sont responsables de la mort d’une jeune femme trans’ de 18 ans, Laura Vermont. (30 juin 2015)

Sortie avec des ami.e.s dans la soirée du 19 au 20 juin, Laura a été aperçue plusieurs heures plus tard, blessée, le visage ensanglanté et visiblement désorientée. La police est arrivée sur les lieux peu de temps après. Emmenée à l’hôpital, la jeune femme n’a pas survécu à ses blessures.

Selon le site d’informations Brasil Post, les deux policiers présents sur les lieux, Ailton de Jesus et Diego Clemente Mendes, l’ont brutalisée et ont par la suite tenté de dissimuler les faits: ils ont au départ affirmé que Laura Vermont avait tenté de voler leur véhicule de police. Une version mise à mal par le père de la jeune fille qui a déclaré qu’elle ne savait pas conduire. Parmi les nombreuses blessures de la victime, l’enquête a aussi montré qu’elle avait reçu une balle dans le bras. L’un des policiers incriminés dans l’affaire a raconté que Laura Vermont avait opposé «une résistance» et que des moyens «moins létaux s’étaient avérés inefficaces». Les deux policiers ont été conduits à la prison de Presídio Romão Gomes, et mis en examen pour parjure, fraude procédurale et blessures. Pour le moment, aucune accusation d’homicide n’a été retenue. La police de Sao Paulo a déjà été mise en cause en avril dernier, accusée d’avoir maltraité une autre femme trans’, Verônica Bolina.

Samedi 27 juin, un rassemblement en hommage à Laura Vermont et en soutien à sa famille a été organisé. Les militant.e.s ont rappelé l’urgence d’une loi pour protéger la communauté trans’ contre les discriminations et les violences, ainsi que des mesures pour faciliter le changement d’état civil: «Toutes et tous, nous sommes Laura. Combien de morts pour que l’on prenne conscience que quelque chose ne va pas dans ce genre de société?».

«Souvent, lorsque la police est impliquée, il n’y a même pas d’enquête, la parole des policiers suffit! s’indigne Jean Wyllys, député ouvertement gay, sur Facebook. Cette habitude de ne jamais remettre en question les versions des faits proposées par les flics ouvre la porte à l’impunité, voire aux milices. Cela permet aussi de garder cachés d’innombrables assassinats et autres actes de violence. Mais, parfois, les incohérences sont tellement évidentes que la vérité finit par faire surface !

(…) La mort de Laura se résume presque à une statistique invisible, qui prouve, année après année, une dangerosité record de la police brésilienne. Nous exigeons des autorités compétentes une enquête sérieuse sur ce nouveau meurtre lâche contre la communauté LGBT, meurtres dont les victimes sont souvent des personnes trans’ ou travesties, comme nous avions exigé une enquête sur les décès causés par la police dans les communautés pauvres!»
Le Brésil est un pays particulièrement meurtrier pour les personnes trans’. Dans le dernier rapport de Trans Murder Monitoring, le pays comptabilise 113 assassinats dans la communauté trans’ en 2014. La sociologue Berenice Bento a qualifié le phénomène de «transféminicide» pour mettre en lumière les enjeux particuliers de ces violences au Brésil, qui relèvent selon elle d’une vision de la place de la femme dans la société. Début juin, Laura Vermont avait partagé sur les réseaux sociaux la photo du corps d’une femme trans’ assassinée et dénonçait ce meurtre intolérable. À ce jour, environ 70 personnes trans’ sont mortes au Brésil depuis le début de l’année 2015.

Publié par Maëlle Le Corre sur Yagg, média gay pro-flic.

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[actu] New-York : Payés pour manifester contre la gay pride https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/01/actu-new-york-payes-pour-manifester-contre-la-gay-pride/ Wed, 01 Jul 2015 02:51:01 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1567 Continuer la lecture →]]> sanfrancisco« Des journalistes du  New York Times  été intrigués par l’allure de plusieurs hommes portant de larges pancartes clamant que « le judaïsme interdit l’homosexualité » et autres slogans du même acabit. Confinés derrière une barrière, ils sont vêtus du châle de prière juif, mais sont en réalité… des travailleurs mexicains payés pour protester, révèlent-ils aux journalistes. » (blog Le Monde, 29 juin 2015)

Des juifs orthodoxes payent des Mexicains pour manifester à leur place

(AP Photo/Dieu Nalio Chery)

Vous ne pouvez pas aller manifester ? Embauchez quelqu’un pour y aller à votre place ! C’est la bonne idée qu’a eue le Comité juif d’action politique lors de la contre-manifestation qu’ils ont organisée lors du défilé en faveur du mariage homosexuel, dimanche 28 juin à New York.

Des journalistes du quotidien américain The New York Times ont en effet été intrigués par l’allure de plusieurs hommes portant de larges pancartes clamant que « le judaïsme interdit l’homosexualité » et autres slogans du même acabit. Confinés derrière une barrière, ils sont vêtus du châle de prière juif, mais sont en réalité… des travailleurs mexicains payés pour protester, révèlent-ils aux journalistes.
« Ce qu’ils pourraient voir au défilé »

Heshie Freed, un membre du groupe juif orthodoxe basé à Brooklyn, explique que les hommes ont en effet été engagés pour grossir les troupes de leurs manifestants en remplacement d’étudiants juifs qui auraient normalement dû participer à l’événement.

« Les rabbins ont dit que les “yechivah boys” [les jeunes gens étudiant la Torah, le Talmud et le judaïsme] ne devaient pas venir, à cause de ce qu’ils pourraient voir au défilé. »

Ils auraient en effet risqué de croiser plusieurs couples homosexuels en train de s’embrasser – au risque de les choquer. Bloqués par les policiers au croisement de la 5e avenue et de la 15e rue, les contre-manifestants ont également reçu des jets de bouteille d’eau de la part des pro-mariage homosexuel. D’après des témoins, les barrières séparant le groupe juif du reste des manifestants se sont ouvertes et des affrontements ont eu lieu.

Si l’initiative a de quoi surprendre, ce n’est pourtant pas la première du genre. Une société de services américaine, Crowds on Demand, propose en effet de fournir une foule, soit pour accompagner une célébrité, soit pour organiser des manifestations de soutien à la cause de son client. Un journaliste de Vice avait rencontré son créateur Adam Swart à Los Angeles en 2013. Pour cet entrepreneur, la démarche va de soi dans une société de communication et n’est qu’un moyen d’« attirer l’attention ».

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[actu] Istanbul : les anti-émeutes chargent la gay pride https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/29/actu-istanbul-les-anti-emeutes-chargent-la-gay-pride/ Mon, 29 Jun 2015 00:17:33 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1542 Continuer la lecture →]]> istanbulLa police anti-émeutes turque a violemment réprimé dimanche 28 juin la Gay Pride d’Istanbul, lançant des gaz lacrymogène et utilisant des canons à eau pour disperser des milliers de manifestants rassemblées dans le centre. (mis à jour)

publication du site Kedistan :

Décidément Tayyip n’aime pas les pédés, les gouines, les trans et tout ce qui ne lui ressemble pas, et en mois de Ramadan encore moins…

Ce sympathique journée de dimanche devait marquer la fin de la Semaine des Fiertés d’Istanbul, organisée pour la 23ème fois. La gay pride, temps fort de cette semaine d’actions LGBTI était donc sur le point de démarrer à 17h. Des dizaines de milliers de manifestants s’impatientaient sur le lieu de rendez-vous à Taksim, et d’autres continuaient à les rejoindre. Des drapeaux arc en ciel flottaient, les pancartes et banderoles préparées d’avance exposaient des slogans plein d’humour.

Et là, surprise !

Le comité d’organisation apprend que la Préfecture d’Istanbul avait interdit la gay pride au dernier moment, sans aucune annonce préalable. Pourtant cette marche était prévue et organisée depuis des mois.

Si la police anti-émeutes était largement déployée, parée de projectiles lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc ce n’était pas pour rien. C’etait pour faire la fête de cette joyeuse foule, venue parler de l’égalité des droits, revendiquer la liberté, chanter l’amour.

La répression policière fasciste a chargé les couleurs arc-en-ciel, la joie, l’humour et l’enthousiasme.

Le comité organisateur disait dans un communiqué publié aussitôt :

La 13ème marche LGBT qui devait débuter à 17h à Taksim, a été subitement déclarée “interdite” par la Préfecture, en prétextant le Ramadan. La police charge des dizaines de milliers de personnes avec des balles en caoutchouc, gaz lacrymo et canons à eau. Toutes les rues menant vers Taksim et l’avenue Istiklal sont bloquées. Nous appelons le Préfet d’Istanbul, Vasip Şahin, à respecter la Constitution et cesser expressément les attaques ainsi que faire une déclaration publique. Nous invitons tous les participants à garder leur position et attendre à Beyoglu, jusqu’à ce que la marche démarre. Nous appelons nos ami(e)s et soutiens qui ne sont pas sur place à protester là où ils se trouvent, en faisant du bruit avec des casseroles. NOUS SOMMES LA ! NOUS NE PARTIRONS PAS ! HABITUEZ VOUS ! L’amour gagnera ! ‪#‎GelYanima‬ Comité de la 23ème Semaine des Fiertés d’Istanbul

Comme la répression policière n’était pas suffisant, un groupe de civils, nationalistes et islamistes qui s’étaient groupés près de l’avenue Istiklal, ont attaqué les journalistes venus couvrir l’événement, devant les yeux des policiers. Plusieurs d’entre eux ont été blessés, dont un photographe de l’AFP. Une vidéaste également de l’AFP qui filmait la violente intervention des policiers, a été brutalisée par ces derniers. Aux alentours de Taksim, notamment dans le quartier Tophane, des petits groupes de manifestants isolés ont été attaqués par des civiles.

Sommes-nous vraiment surpris ?

Pas vraiment…

Dans un pays où le patriarcat opprime, l’obscurantisme abrutit, le fascisme réprimande, les amoureux de la liberté ont du pain sur la planche. Mais rassurez-vous ils ne chaument pas. Ils luttent avec toute leur force, leur coeur et leur cerveau. Ils utilisent tous les moyens avec humour, créativité et courage. Il va falloir que ceux qui ont la trouille de la liberté s’y habituent. “L’amour gagnera” !

Pour vous mettre au parfum lacrymo stanbouliote… Voir ici quelques vidéos filmées par l’activiste photographe Zafer Kara…

Dépêche fr :

Lorsque des manifestants ont scandé des slogans dénonçant « le fascisme » du régime du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, la police, présente en nombre à l’entrée de la grande artère piétonne d’Istiklal, a chargé la foule, utilisant par endroits des balles en caoutchouc.

Avant le lancement de la marche, de nombreux policiers en tenue ont fermé l’accès à la place Taksim, sur laquelle s’ouvre la rue d’Istiklal, centre de la contestation contre le régime islamo-conservateur de l’été 2013.

Depuis, tout rassemblement est interdit sur la place et ses abords. Un groupe de civils, apparemment des nationalistes et islamistes qui s’étaient réunis près d’Istiklal, là où devait avoir lieu la marche, ont attaqué les journalistes couvrant l’événement, blessant légèrement plusieurs d’entre-eux dont un photographe de l’AFP.

La police n’a pas bronché à cette agression, selon les témoins et les médias. Une vidéaste de l’AFP a, quant à elle, été brutalisée par la police alors qu’elle filmait son intervention musclée. Au moins cinq manifestants ont été interpellés par la police.

Pourtant cette marche devait constituer la 13è édition de la marche des fiertés homosexuelles pour soutenir les droits des LGBT qui s’étaient dans le passé déroulées sans incidents graves en Turquie, où l’homophobie reste répandue, surtout dans les zones rurales.

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« Nous voulions simplement marcher. Cela fait des années que nous marchons ici en paix. nous n’avons ni pierre ni arme, nous voulons juste marcher », a expliqué, très incrédule, à l’AFP Can, un jeune militant LGBT. « Et maintenant ils tirent du gaz sur nous sans aucune impunité », a-t-il regretté.

Cette année, la manifestation a coïncidé avec le mois musulman du Ramadan. Des députés de l’opposition social-démocrate au Parlement qui assistaient au début de la marche ont voulu négocier avec la police et l’un d’eux, Mahmut Tanal, du parti républicain du peuple (CHP) est monté sur un véhicule blindé de la police, selon les images diffusés par les médias.

De nombreux internautes ont fait part de leur indignation après la dispersion de la marche. « Attaquer des gens qui défilent pour soutenir l’amour n’a pas de place dans la démocratie. C’est tout simplement une honte », a lancé sur son compte Twitter Erdem Yener, un comédien connu de Turquie.

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« Aucune quantité d’eau ne peut effacer les valeurs universelles d’égalité, de fierté, de diversité et d’espoir incarné par le drapeau arc-en-ciel », symbole de la communauté homosexuelle, a pour sa part écrit la romancière Elif Shafak.

La place de Taksim est devenue le symbole de la contestation contre Recep Tayyip Erdogan et de son régime pendant près d’un mois en 2013. Un mouvement, réprimé par la police, qui avait gagné toute la Turquie pour dénoncer la dérive conservatrice de l’homme fort du pays. La communauté LGBT était à l’avant front du mouvement qui s’était soldé par la mort de huit personnes.

(Source AFP)

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?t=12&v=MAC17F2nDvk

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[actu] Maroc : condamnation de Lahcen et Mohsine https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/28/maroc-condamnation/ Sun, 28 Jun 2015 20:07:44 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1517 Continuer la lecture →]]> 10487286_771874096190009_7678071024762266365_nLe 19 juin 2015 Lahcen et Mohsine ont été condamné par le tribunal de Rabat à quatre mois de prison ferme pour homosexualité et obscénité. Réactions du collectif Aswat, de la soeur de Lahcen et entretien avec leur avocate.

Voir le précédent article sur leur arrestation.

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Collectif Aswat, 21 juin 2015

Le procès de Lahcen et Mohsine pour Homosexualité ne respectait pas les normes d’un procès équitable [البيان بالعربية بالأسفل]

Ce vendredi 19 Juin , le tribunal de première instance de Rabat a rendu son verdict , Lahcen et Mohsine ont écopé de 4 mois de prison ferme et une amende de 500 DH chacun pour « Homosexualité » et « Obscénité » , les avocat-e-s ont déclaré que le procès n’était point équitable .

Suite à leur arrestation le 3 Juin dernier , les deux jeunes hommes ont été poursuivi pour des actes relevant de la liberté de circulation et autres droits garantis par la constitution ainsi que les lois internationales sur les droits humains .

Maitre Khadija Rougany , avocate des deux détenus , a déclaré au Collectif « Aswat » que plusieurs infractions des conditions de procès équitable y compris les garantis fournis par le code de procédure pénal ont eu lieu ; Maitre Hassan Tass , second avocat des deux jeunes hommes a aussi assuré que le procès n’était pas équitable.
Lahcen et Mohsine ont été sujet de torture physique et psychique, diffamation, incitation à la haine et discrimination, ils ont été forcé à signer les P.V. de par des coups, menaces et violence. Leurs avocat-e-s ainsi que la mère de Mohsine l’ayant visité à la prison de Salé ont confirmés ces faits au Collectif.
La défense s’était vu refuser la demande formulé au parquet pour effectuer un test médical suite aux traces de torture visibles au niveau de leurs visages et sur les images diffusées sur la chaine nationale «Al Oula ». Les objets réquisitionnés, comme l’appareil photo, les téléphones, les sacs, ne comportent aucun élément de preuve. Les avocat-e-s avaient demandé à les voir mais leur requête fut refusé. Ce refus et la non présentation des dites preuves devant les détenus et le tribunal est contraire aux principes d’un procès équitable.
Ces violations , et principalement celle de la présomption de l’innocence avant le début du procès même comme il nous fut déclaré par Maitre Khadija Rougany font que procès ne soit guère équitable : « Le communiqué publié par le Ministère de l’intérieur, la diffamation dont les deux détenus ont été sujet, et la diffusion de leurs images montrant les traces de tortures sont les outils d’une intervention directe sur le pouvoir législatif et juridique ainsi qu’une forme de grande pression afin de l’influencer, le procès en son ensemble et le refus des demandes de la défense est le meilleur exemple de celle-ci ».
Le Collectif « Aswat » fut aussi informé que nombre de personnes dont des journalistes avaient été interdits d’accès au du tribunal lors du procès tout en donnant l’impression que l’audience était public faute de la grande présence au niveau de la salle.
Les familles des deux détenus ont confirmé à « Aswat », qu’elles n’avaient pas été notifiés des arrestations ,et qu’elle ne l’ont su qu’à travers les médias. Les familles et proches vivent dans un état de traumatisme depuis.

La mère de Lahcen a expliqué que la diffamation que le ministère de l’intérieur à orchestré sur les médias et la divulgation de l’identité de son fils en l’accusant d’avoir commis des « actes contre natures » est similaire à une condamnation à mort pour lui et sa famille , au sein d’une société qui refuse cette « accusation », elle a aussi précisé que son état de santé s’est aggravé depuis la prononciation du jugement, et qu’elle a beaucoup de crainte vis-à-vis du futur de son fils – Mohsine – après avoir purgé sa ‘peine’.
Le Collectif « Aswat » à enregistré que l’état de santé de Mohsine actuellement à la prison de Salé est très critique.

Le jugement rendu de 4 mois de prison ferme et 500DH d’amende pour chacun selon l’article 489 pour un acte sexuel entre deux personnes du même sexe est injuste , l’inexistence de preuves, l’usage d’aveux obtenu par la torture , le contexte et les circonstances ne justifiant pas une relation sexuelle entre les deux jeunes hommes en plus du fait que le seul document abordant l’ « Obscenité » était celui présenté par le policier prétendant les avoir arrêtés en flagrant délit font de ce procès , un procès incontestablement inéquitable.

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Le Collectif « Aswat » demande à l’Etat Marocain d’assumer ses obligations constitutionnels et internationales en respectant les principes de non discrimination, de protection de la vie privée et de droit à un procès équitable et ce par :
– L’arrêt des persécutions et d’arrestations de citoyen-ne-s marocain-e-s en raison de leur identité genre ou orientation sexuelle
– L’abrogation de l’article 489 du Code pénal actuel : Punissant « de l’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 200 à 1000DH , à mois que le fait ne constitue une infraction plus grave , quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe »
– La suppression de l’article 489 de l’avant-projet du nouveau code pénal , punissant « de l’emprisonnement six mois à trois ans et d’une amende de 2000 à 20 000 DH , quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe »

Le Collectif Aswat pour la lutte contre la discrimination fondée sur la sexualité et le genre

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Huffington Post Maroc, 21 juin 2015

La sœur de Lahcen, l’un des deux hommes condamnés pour « homosexualité » témoigne

Voir la vidéo (arabe non sous-titré).

TÉMOIGNAGE – Face à la caméra de Febrayer TV, la sœur de Lahcen, accusé d’avoir embrassé un autre homme devant la tour Hassan a fait part de ses impressions au lendemain de la condamnation de son frère à quatre mois de prison ferme et 500 dirhams d’amende pour « outrage public à la pudeur » et « acte contre nature avec un individu du même sexe ».

« Mon frère a été arrêté de manière humiliante », raconte la femme, visiblement désespérée. « Il avait reçu un invité à qui il faisait découvrir Rabat pendant la période Mawazine », poursuit la sœur de Lahcen qui note que son frère « a été violenté physiquement et psychologiquement ».

La jeune femme regrette d’avoir appris la nouvelle « à travers un portail d’information », ce qui a causé par la suite des manifestations à caractère homophobe devant le domicile des deux accusés. Après l’arrestation, pas de nouvelles du frère. « On ne nous a pas dit où il se trouvait. Après avoir cherché, nous l’avons retrouvé dans un état déplorable. Il avait le moral au plus bas », se remémore la sœur du condamné.

La sœur de Lahcen remet aussi en cause les circonstances du procès. « On a demandé à ce qu’ils ramènent son téléphone et son appareil photo avec lesquels il prenait des photos sur le site historique. Pourquoi ont-ils refusé de présenter ces preuves ? », s’insurge-t-elle. « Nous avons été très choqués par la condamnation. Est-il concevable qu’un homme commette des actes impudiques sur un site touristique ? »

« Ma mère est malade. Elle souffre de maladies chroniques, et c’est lui qui nous aide », conclut la sœur du jeune homme qui purge actuellement sa peine de prison, avant de fondre en larmes.

Par Youssef Roudab, mass-média HuffPost, 21 juin 2015
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Huffington Post Maroc, 16 juin 2015

Khadija Rougani, avocate des deux Marocains poursuivis pour homosexualité, dénonce des vices de procédure

HuffPost Maroc: Les deux Marocains qui se seraient embrassés devant la Tour Hassan sont poursuivis pour homosexualité et obscénité. Sur quoi est basée l’accusation?

Khadija Rougani: Sur rien justement, là est tout le problème. Le témoignage du policier en faction à la Tour Hassan est vague. Il y parle de gestes contraires aux bonnes moeurs et qui auraient attiré l’attention des gens, mais sans plus de précision. Nous avons demandé la convocation de ce policier au tribunal pour lui poser des questions sur ce qu’il a réellement vu. Nous avons aussi demandé à avoir accès à l’appareil photo numérique et au téléphone qui auraient servi aux deux accusés pour prendre des clichés. Ces fameuses photos existent-elles? En tout cas l’accusation ne les a pas montrées.

Vous avez demandé l’annulation des aveux des deux accusés, dénonçant au passage un vice de procédure. Sur quoi vous basez-vous?

Je me suis basée sur leurs déclarations. Ils ont affirmé avoir subi des violences physiques et morales durant leur interrogatoire: coups, insultes, humiliation. Nous avons aussi leurs photos prises après leur arrestation et qui ont été diffusées à la presse. Les deux accusés ont des traces de coups au visage.

La diffusion par le ministère de l’Intérieur des photos et des identités des accusés est-elle aussi un vice de procédure?

Oui, bien évidemment. C’est une atteinte au secret de la procédure judiciaire puisque leurs photos et leurs identités ont été diffusées dans la presse et les médias publics avant même que ne soit établie l’accusation. C’est une atteinte flagrante à la présomption d’innocence des deux accusés. Le ministère de l’Intérieur a, qui plus est, émis un communiqué où il a mélangé le cas des Femen expulsées pour s’être embrassées sur l’esplanade de la Tour Hassan et le cas de mes clients. Tout le monde a du coup fait l’amalgame entre un fait avéré, celui des Femen, et une accusation qui reste à prouver.

Lire aussi : les Femen, un féminisme de type néocolonial

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[actu] Maroc : les Femen, Aswat et la répression contre les homos https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/12/actu-maroc-aswat-femen-repression/ Fri, 12 Jun 2015 01:21:05 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1486 Continuer la lecture →]]> 10171738_247656888691995_5726533087249488744_n [Mise à jour : manifestation homophobe devant le domicile des deux personnes arrêtées pour homosexualité.] Réaction du collectif Aswat après « l’action » des Femen et l’arrestation qui s’en est suivi. Puis une tribune de l’écrivain Abdellah Taïa.

Mise à jour du 12 juin 2015. Le mensuel Gay Maroc a fini, suite à la mobilisation du collectif Aswat et des internautes, par retirer de la vente le magazine avec en une « Faut-il brûler les gays ? ». Ce même mensuel avait déjà publié précédemment une une négrophobe (« Le péril noir »).

Lahcen et Mosine , les deux jeunes arrêtés ce 3 juin ont besoin de soutien pour obtenir leur liberté ! D’autant qu’une manifestation homophobe a été organisée le 7 juin devant le domicile des deux jeunes hommes. La manifestation a réuni des dizaines de jeunes du quartier scandant des slogans dénonçant cet acte et réclamant « les peines maximale envers les homosexuels ».  Les deux jeunes, après leur arrestation, ont été outés par la chaîne de télévision nationale Al Aoula qui a publié leurs photos. Le portail Cawalisse avait même révélé leurs noms complets ainsi que les quartiers où ils habitent, ce qui aurait facilité le repérage de leurs domiciles, les exposant aux menaces. Les deux hommes, arrêtés pour « exhibition impudique », risquent jusqu’à trois ans de prison ferme.

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2 et 3 juin 2015. Rabat. Esplanade de la tour Hassan. Deux militantes (blanches, européennes) des Femen ont été appréhendées pour avoir tourné une “séquence obscène au sein de ce lieu de culte, torse nu, en arborant un slogan portant atteinte à la moralité publique » « [« In gay we trust« ]. Elles ont été expulsées. Peu après, au même endroit, deux gays se prennent en photos en s’embrassant. Ils sont marocains. Ils sont arrêtés et emprisonnés.

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Pour rappel, « les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe. » sont passibles d’une peine de trois ans de prison selon l’article 489 du code pénal marocain.

Le Collectif Aswat critique l’action des Femen à Rabat

Après avoir observé un silence prudent au lendemain du « kiss-in » des Femen et des deux gays marocains sur l’esplanade de la Tour Hassan, le collectif Aswat pour la lutte contre l’homophobie s’est finalement prononcé sur ces événements qui ont défrayé la chronique.

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Aswat s’est défendu de tout lien avec l’action des Femen ainsi que l’initiative du groupe britannique Placebo à Mawazine.

L’organisation de ces deux événements « n’est aucunement liée au Collectif Aswat, comme le prétendent et propagent les médias nationaux », selon un communiqué de l’association, qui ajoute qu’Aswat ne peut « guère adhérer ou participer à une activité similaire à celle des Femen » car elle va « à l’encontre de notre vision d’un engagement et d’une lutte pacifique ».

 L’association révèle aussi que les deux homosexuels qui se sont embrassés devant la Tour Hassan « ont pris nombre de photos en guise de souvenir dans différents sites » de Rabat, avant d’être arrêtés par les forces de l’ordre qui « les ont encerclés sur l’esplanade et accusés ultérieurement d’avoir imité l’action des Femen ».

Lire aussi « Les Femen, un féminisme de type néocolonial ».

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Qui va sauver les homosexuels marocains?

(par Abdellah Taïa, écrivain marocain immigré en France)

J’ai vu hier soir un film japonais sur l’esclavage, le chef-d’oeuvre L’intendant Sansho de Kenji Mizoguchi, où un père donne à son fils ce dernier conseil : « L’homme sans pitié est inhumain. Sois dur pour toi et généreux pour autrui. »

Bouleversé par ces mots simples et tellement justes, je n’ai pu m’empêcher de faire immédiatement le lien avec les trois  hommes de Taourirt, cruellement condamnés il y a quelques jours à trois ans de prison (peine maximale) pour « homosexualité » et déjà oubliés par les Marocains. Certes la presse a évoqué leur histoire et Internet a impitoyablement relayé les photos humiliantes, dégradantes, de leur arrestation « en flagrant délit » par la police suite à une dénonciation. Mais depuis, rien. Les homosexuels marocains, ce n’est vraiment pas la priorité pour le pouvoir et les citoyens hétérosexuels de ce pays. C’est de leur faute, n’est-ce pas, « ces pédés » n’avaient qu’à se repentir, se soigner, s’abstenir, bien se cacher…

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L’homosexuel(le) n’est pas un monstre. Ce n’est pas une honte ni un malade. C’est un être humain. C’est ton enfant, ton frère, ta sœur, ton père, ta tante, ton voisin, ton ami(e), ton professeur, ta nièce, ton député, le mécanicien de ton bloc…

Cela fait au moins 10 ans que l’homosexualité est omniprésente dans les médias marocains, largement débattue. L’association LGBT Aswat ne cesse de lancer régulièrement et courageusement des initiatives pour demander sa dépénalisation. Les chanteurs ouvertement homosexuels Elton John, Mika et Ricky Martin ont été officiellement invités à se produire au festival Mawazine et leur concert transmis en direct sur 2M TV *. Mais, malgré cela, l’homosexuel marocain, lui, n’existe toujours pas. Il ne doit surtout pas exister si ce n’est comme un criminel. Quand il habite à Taourirt, là-bas, si loin de Rabat et de Casablanca, son sort n’intéresse personne au Maroc. Qui connaît d’ailleurs l’existence de la ville de Taourirt ? Qui jamais parle de Taourirt ? Ca se trouve où déjà, ce bled ?

Un sondage récent nous apprend que plus de 80% des Marocains se déclarent contre l’homosexualité. Ils assument franchement cette intolérance, cette discrimination, ce racisme : l’homophobie. Quand je lis cela, j’ai honte et j’ai envie de pleurer. Chialer. Tellement c’est insupportable !

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Le Marocain est-il à ce point égoïste, insensible, cruel ? Le malheur et l’injustice que subissent ses frères et sœurs (homosexuels ou pas) ne l’intéressent pas ? Ne le concernent pas ? Pourquoi cette indifférence, ce silence, cette terrifiante politique de l’autruche ?

Pour justifier leur condamnation de l’homosexualité, certains (la plupart en fait) évoquent sans aucune nuance l’islam, le Coran, nos traditions. Nous sommes des Arabes, des musulmans, nous n’acceptons pas parmi nous les invertis, les pervers ! A ceux-là, j’ai envie de répondre ceci : le Coran recommande le pardon, l’islam incite à ne jamais se hâter dans la condamnation de l’autre et nos traditions elles-mêmes ont un cœur tendre pour nous, tous, absolument tous !

Pourquoi alors persister au Maroc dans la cruauté ? Pourquoi la peine maximale de trois ans au mécanicien de Taourirt et à ses deux amis ? Il est vrai qu’ils n’ont pas la chance, eux, d’être de nationalité britannique comme l’homosexuel Ray Cole qui, arrêté à Marrakech fin 2014 avec un Marocain, a été emprisonné puis, suite aux pressions médiatiques de son pays, vite libéré. Il faudra que quelqu’un nous explique officiellement cette différence de traitement. Le Marocain homosexuel est-il plus coupable aux yeux de la justice qu’un Britannique homosexuel ? Au second, on pardonne tout et sur le premier, on s’acharne sans relâche ?

Tout cela est d’une tristesse absolue.

Si j’écris ce texte c’est parce que je me sens plus que solidaire avec le pauvre mécanicien de Taourirt et ses deux amis. Je pense à eux dans leur cellule en ce moment, à comment on les traite, à comment on les regarde. J’imagine tout, facilement. L’horreur. Et je ne cesse de me répéter que, malgré tout ce qu’on dira au Maroc, ils n’ont commis aucun crime. Ils essayaient juste de vivre, de voler un moment de liberté sexuelle que la société et l’État marocains leur interdisent officiellement. Mais où est ce Marocain, ou bien cette Marocaine, qui respecte intégralement tout ce que prévoient la religion et les lois du pays ? Est-ce qu’il/elle existe seulement ? La réponse est évidente. Et pourtant, quand on est « attrapé » au Maroc, on est si seul : plus personne pour vous reconnaître, vous aider, se battre avec vous. Bien au contraire : c’est alors pour beaucoup de monde l’occasion rêvée pour exister en vous enfonçant. Pas de pitié. Pas de générosité. Une mauvaise foi schizophrénique en veux-tu, en voilà.

Les libertés individuelles n’existent pas au Maroc. Il n’y a pas de lois pour protéger les citoyens qui, eux, veulent se libérer des contraintes, des condamnations sociales et assumer leurs choix de vie. Vivre librement ne signifie pas vivre d’une manière sauvage. Cela veut juste dire s’engager dans la société, en étant sincèrement qui on est, cesser de perdre son énergie à vouloir toujours satisfaire des exigences et des traditions depuis longtemps obsolètes.

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Quand est-ce qu’on va enfin comprendre dans ce pays qu’un Marocain libéré et épanoui travaillera mieux, pour lui et pour son groupe, pour la société, pour le monde ? Je ne suis sans doute ni le premier ni le dernier à poser cette question plus que légitime et qui attend toujours une réponse sérieuse, adulte, et non pas un rappel à l’ordre systématique.

Je suis écrivain. Je suis marocain. Je suis homosexuel. Et, sincèrement, j’en ai plus que marre de constater que même ceux qui d’habitude défendent la liberté avec vigueur ne sont jamais là pour soutenir les homosexuels marocains dans leur combat. Ils se dérobent, ils se cachent, après tout ce n’est pas leur problème… Ils ont peur d’être « salis », de perdre leur soit-disant crédibilité dans le milieu où ils évoluent. Il faut d’abord régler tant de questions ici avant d’aborder celle des homosexuels ! Ce n’est pas encore le moment ! Soyez patients ! Etc. Un discours hypocrite tout prêt et resservi à chaque fois avec beaucoup d’aplomb.

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Il n’y a pas si longtemps j’étais encore un adolescent homosexuel dans la ville de Salé livré quotidiennement aux mâles sexuellement frustrés du quartier, insulté, violé, battu, obligé de baisser continuellement la tête dans l’espoir qu’on me laisse tranquille. En vain. Tout le monde savait l’enfer qu’on m’obligeait à vivre. La violence inouïe. Personne ne m’a défendu. Personne. J’ai payé dans mon petit corps le prix des contradictions vertigineuses de ce pays. Ce qui m’est arrivé petit arrive aujourd’hui encore à beaucoup de jeunes Marocains homosexuels. Était-ce de ma faute ? Est-ce de leur faute ? Et que fait l’État pour protéger ces enfants, ces adolescents ?

L’homosexuel(le) n’est pas un monstre. Ce n’est pas une honte ni un malade. C’est un être humain. C’est ton enfant, ton frère, ta sœur, ton père, ta tante, ton voisin, ton ami(e), ton professeur, ta nièce, ton député, le mécanicien de ton bloc… Quelqu’un avec qui nous vivons tous et que nous tuons chaque jour un peu plus. Jusqu’à quand ces horreurs et cette inhumanité ? Qui va sauver enfin les homosexuels marocains ?

*Cette chronique a été écrite quelques jours avant la manifestation des Femen à Rabat et le concert de Placebo. 

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[actu] Corée, Séoul : « La parade aura lieu, interdiction ou pas » https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/actu-coree-seoul-la-parade-aura-lieu-interdiction-ou-pas/ Thu, 11 Jun 2015 19:51:15 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1479 Continuer la lecture →]]> seoulLes organisateurs de la gay pride de Séoul ont annoncé leur intention de maintenir la manifestation prévue fin juin malgré l’interdiction prononcée par la police sous la pression d’associations chrétiennes.

Plus de 20.000 personnes devaient prendre part au défilé gay et lesbien dans les rues de la capitale sud-coréenne le 28 juin à l’issue du Korea Queer Festival. Mais des associations chrétiennes, qui avaient déjà perturbé la gay pride l’an dernier, ont délibérément déclaré auprès des autorités leur intention d’emprunter le même trajet, le même jour à la même heure.

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« Nous ne resterons pas les bras croisés alors que nos valeurs sociales sont menacées (…) et que les vies de nos enfants sont en péril », ont justifié cinq grandes associations protestantes.
Craignant des heurts, la police a annoncé la semaine dernière l’interdiction pure et simple de la gay pride.  Une décision inacceptable pour Woo Ji-Young, directeur du comité organisateur, qui accuse les autorités de céder aux injonctions des groupes religieux.

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« La police devrait protéger la liberté d’expression plutôt que de se faire la complice de ceux qui cherchent à la bâillonner », a-t-il dénoncé. « La parade aura lieu, interdiction ou pas », a-t-il ajouté.
Ces groupes chrétiens, qui revendiquent des millions de fidèles, harcèlent quotidiennement le maire de Séoul, Park Won-Soon, qui avait déposé l’an dernier un projet de charte sur les droits de l’Homme incluant un alinéa sur la protection des minorités sexuelles.

Depuis, des militants se réunissent chaque jour devant l’hôtel de ville en apostrophant l’élu qu’ils surnomment « le maire de Sodome ».

Publié par Le Figaro avec l’AFP le 11 juin.

 

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A Marseille, le difficile parcours des travestis algériens https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/marseille-travestis-algeriens/ Thu, 11 Jun 2015 18:01:32 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1472 Continuer la lecture →]]>

travaljezair« Arrivés dans la cité phocéenne dans les années 1980, de nombreux travestis d’origine algérienne sont aujourd’hui victimes d’agressions physiques et verbales. Une association s’inquiète du rétablissement du délit de racolage passif, voté par le Sénat fin mars. » (Article de Stéphanie Plasse, ma$$média Le Monde Afrique du 29 mai 2015)

« Comme au bled, des personnes nous agressent parce que nous sommes homosexuels et différents, lance Rayane (*). On nous jette des cannettes, on nous insulte, on nous roue de coups. » Rayane a quitté Annaba, une ville de l’est de l’Algérie, pour rejoindre Marseille au milieu des années 1980. C’était à une époque où les Algériens pouvaient facilement obtenir un visa touristique d’une durée de trois mois pour la France. « C’est à cette période, comme l’observe le sociologue Laurent Gaissad, auteur d’une étude sur la prostitution algérienne à Marseille, que la plupart ont décidé de tenter leur chance en se prostituant de l’autre côté de la Méditerranée. »

Issus des milieux populaires, ils venaient de la métropole portuaire d’Annaba et de son arrière-pays, mais aussi d’autres grandes villes côtières comme Oran, Mostaganem ou Skida. Mais, à la différence de Rayane, les Algériens allaient à Marseille pour se constituer un pécule et repartaient ensuite au pays. « Pour beaucoup, la prostitution n’était qu’une étape pour un commerce en Algérie, acheter une voiture ou un appartement », explique Laurent Gaissad.

« L’étape du mariage »

La situation est devenue plus difficile avec le début de la guerre civile en Algérie en 1991, et l’instauration de la loi Pasqua en 1993 pour renforcer les mesures contre l’immigration clandestine. Les déplacements sont rendus compliqués, voire quasi impossibles pour les Algériens ayant fait l’objet d’une mesure d’expulsion en France. « L’étape du mariage est soudain devenue un enjeu collectif pour ces personnes qui souhaitaient rester et qui craignaient de retourner dans leur pays où les homosexuels étaient menacés », souligne Laurent Gaissad.

Depuis 1995, l’association Autres Regards organise des tournées dans les quartiers de la cité phocéenne dans un objectif de prévention, de réduction des risques sexuels et de lutte contre toutes les formes de violences à l’égard des prostitués. Parmi eux, les travestis, qui sont victimes au quotidien d’agressions physiques et verbales. Dans les locaux de l’association, on s’inquiète du rétablissement du délit de racolage passif, voté par le Sénat fin mars, et de la suppression de la pénalisation des clients. « Avec le rétablissement de ce délit, on fragilise et on vulnérabilise ces personnes au lieu de les protéger », s’insurge Jean-Régis Ploton, directeur d’Autres Regards.

Djamel (*) fait partie de ces prostitués algériens qui ont choisi de se marier pour assurer leur sécurité. Dans les années 1990, il a épousé une Française d’origine algérienne pour avoir la nationalité. « Elle était lesbienne et j’étais homosexuel. Ce mariage m’a permis d’avoir des papiers et de préserver l’honneur de nos deux familles. »

A 49 ans, Djamel continue de se prostituer aux abords de l’avenue du Prado à Marseille. « Quand je suis arrivé en 1985 à Paris, j’ai fait la connaissance de prostitués algérois qui s’habillaient en femme. Comme j’avais besoin d’argent, j’ai commencé cette activité. Au bout d’une semaine, je suis redescendue à Marseille et j’ai continué à vendre mes charmes du côté de la gare Saint-Charles », se souvient-il.

« Les clients nous préfèrent en femme »

A cette époque, les prostitués algériens arpentaient les rues de ce quartier de drague masculine, dont la proximité avec la gare et l’autoroute A7 en direction d’Aix-en-Provence et d’Avignon en faisait un lieu très fréquenté.

Aujourd’hui, les prostitués maghrébins ont pris possession d’autres quartiers : rue de la Bibliothèque, rue Adolphe-Thiers, rue de la Rotonde, avenue du Prado… Si ces hommes ont choisi de s’habiller en femme, c’est avant tout par nécessité économique et pour conserver un certain anonymat. « La prostitution en “homme” ne marche pas. Les clients nous préfèrent en “femme”. C’est également mieux pour moi. Dans la journée, je suis en garçon, je passe inaperçu et je peux mener ma vie librement », raconte Djamel. Aujourd’hui, les nouveaux arrivants se font rares. Seuls restent à Marseille les prostitués algériens venus dans les années 1980 qui, malgré les années, et les distances parcourues, vivent encore avec le poids du secret.

(*) Les prénoms ont été modifiés

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Algérie : « Homosexualité, ou la mort sociale » https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/algerie-homosexualite-ou-la-mort-sociale/ Thu, 11 Jun 2015 16:55:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1355 Continuer la lecture →]]>

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Un article sur l’homosexualité en Algérie publié par Le Monde diplomatique en août 2014, un second de juin 2010 du blog A corps à coeur.

Sexe, jeunes et politique en Algérie

Homosexualité, ou la « mort sociale »

par Pierre Daum, août 2014

A première vue, comme le dit Latifa, une lesbienne rencontrée à Oran, « la vie des homosexuels est beaucoup plus simple et joyeuse en Algérie. » En effet, dans cette société où chacun vit cloisonné entre personnes du même sexe depuis le plus jeune âge, les possibilités de rencontres et de plaisirs homosexuels sont beaucoup plus nombreux. A 15 ans ou 25 ans, un garçon peut faire venir son amoureux à la maison, s’enfermer avec lui dans sa chambre, et même lui proposer de passer la nuit, sans que ses parents n’y voient malice. Pareil pour les filles. A 30 ans, 40 ans, deux hommes ou deux femmes peuvent partir en week-end, louer une chambre double à l’hôtel, personne ne dira rien.

Zoheir Djazeiri est un activiste important parmi les homosexuels algériens. Militant à l’association Abu Nawas (1), son action est strictement clandestine, et Zoheir Djazeiri (Zoheir L’Algérien) est un pseudonyme. « Tout cela est vrai, admet-il, mais attention, le pendant négatif est très lourd ! Nous vivons dans une société machiste. Etre homosexuel, pour un mec, c’est se dégrader au niveau inférieur de la femme. » Sans parler de la loi, qui réprime très durement ces pratiques à la fois « contre nature » et interdites par la religion d’Etat, l’islam (article 2 de la Constitution) (2). « Se faire arrêter pour homosexualité signifie la mort sociale, poursuit Zoheir. Tu es obligé de tout quitter : ta ville, ta famille, ton travail, tout ! » Détail important : En Algérie, aucun avocat n’est prêt à défendre publiquement les homosexuels. « Sa carrière serait ruinée. »

Malgré cela, non seulement il est possible d’avoir une vie homosexuelle, avec ses lieux de rendez-vous, ses bars et ses cabarets à Alger, Oran et Bejaia, mais beaucoup d’hétérosexuels algériens ont des pratiques homosexuelles : à l’école, lors du service militaire, à la cité U, etc. « La femme étant un produit rare, on se rabat sur les hommes. », rigole Mourad, 25 ans, rencontré à Alger, qui ne sait pas « si [il] préfère les hommes ou les femmes ». Un universitaire français travaillant sur l’homosexualité masculine à Alger raconte : « Les copains homos que j’ai rencontrés il y a huit ans sont tous en train de se marier. Avec le mariage, ils cessent plus ou moins leur vie homosexuelle. »

Tout engagement social ou politique représente un immense danger. L’association Abu Nawas, qui revendique via le Net 1.500 adhérents, est considérée par l’Etat comme une organisation faisant l’apologie d’un crime. « Nous sommes un noyau d’une vingtaine de militants, tous passibles de 10 ans de prison », explique Zoheir L’Algérien. Lors des mouvements contre un 4e mandat du président Abdelaziz Bouteflika (finalement réélu sur un fauteuil roulant le 17 avril 2014), Zoheir a dû s’enfuir pendant deux mois à l’étranger. Une chaine de télévision avait diffusé un reportage intitulé « Le complot », montrant sa photo entourée d’un cercle. A-t-il eu peur de se faire agresser, voire tuer ? « Non, ce n’est pas ça. Mais comme ma mère et les gens du quartier regardent ces chaines, j’avais trop peur qu’elle apprenne la vérité. »

Pierre Daum, Journaliste.

(1) Voir le site d’Abu Nawas. Il existe une deuxième association homosexuelle en Algérie, Alouen.

(2) L’article 333 du code pénal sanctionne l’« outrage public à la pudeur ». Et l’article 338 mentionne spécifiquement l’homosexualité : « Tout coupable d’un acte d’homosexualité est puni d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 500 à 2.000 DA. » Il est régulièrement appliqué, sans qu’aucun chiffre ne soit disponible.

Être gay en Algérie aujourd’hui

Vivant leur sexualité dans la clandestinité, les gays d’Algérie, occupent de plus en plus l’espace public et font face à une mentalité réactionnaire. Dans ce pays, où le code pénal condamne durement l’homosexualité, les gays sont confrontés à de sévères difficultés. A côté de cette bataille sexuelle, se joue aussi un combat social, déterminant pour leur avenir.

Alger : Avec ses faubourgs, ses minarets, et ses rues où déambulent les passants, un air de paix réside sur cette ville baignée par la mer et le soleil. Il est dix heures du matin. Salim, 25 ans, coiffeur aux allures de mannequin, quitte à pied son domicile afin d’aller au travail. Résidant le quartier populaire de Badjarah, à l’est d’Alger, il fait partie des gays qui vivent cachés.

Bien qu’il ait le sourire auprès de sa clientèle, il ne cache pas son désespoir.  » Je me demande pourquoi je ne suis pas comme les autres, assène le coiffeur. La vie est difficile ; pour échapper au jugement des autres, la seule solution reste la discrétion « Pour faire face à ses soucis du quotidien, Salim s’adonne à un seul plaisir, la musculation.  » Quand je vais à la salle de sport, je me sens radieux. Parfois, on peut faire de formidables rencontres. A la salle, les hommes créent parfois des affinités, alors que sur internet, on ne peut pas savoir qui se cache derrière  » raconte le jeune homme.

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Internet n’arrange pas les choses : Contrairement à certains pays arabo-musulmans, en Algérie, les sites gays ne sont guère bloqués par l‘administration. Nombreux sont les internautes qui surfent sur le web pour rencontrer leur prince charmant. Farouk, 30 ans, conseiller en communication, connaît bien le système.  » Sur le web, il s’agit de faire de la prise de rendez-vous. Pour ne pas se faire avoir, le mieux, c’est d’avoir une webcam, et de donner rendez-vous à la personne sur un lieu neutre « . Le système web n’est que la première étape. Un seul souci, la galère. Beaucoup de gays vivent soit en famille soit en couple avec leur femme. De ce fait, rares sont les gays qui peuvent se permettre de recevoir. Seule alternative : l’hôtel.  » Si on se présente à deux dans certains hôtels, le réceptionniste peut trouver que la situation est louche et nous empêcher de louer une chambre, et là, c’est cause perdue pour les gays « , déclare le conseiller.

Jeu de chat et de souris : Quand on ne trouve pas d’endroits, l’ultime solution est la fréquentation des lieux de dragues. Et là, la situation se complique, au point de voir les homos se faire embarquer par la police. Situés au centre, les principaux lieux de dragues sont l’escalier de la Pêcherie, du nom de Sahat Souhada, ainsi que la Kasbah. Dès la tombée de la nuit, les gays sont nombreux à s’y croiser. Mis à part le fait de jouer au chat et à la souris avec la police, les homos craignent d’être la cible d’agressions homophobes. Le conte de fée pourrait donc avoir des allures de cauchemar. Car c’est aussi dans ce même quartier que résident de nombreux islamistes modérés.  » Venir draguer, c’est bien. Mais même si on ressent l’air frais, dans le fond, c’est une prison, affirme Mahmoud, jeune homme de 26 ans. On a du mal à se libérer, mais les lieux de dragues sont les seuls endroits accessibles  » . Comme beaucoup de jeunes homos, Mahmoud est confronté à des difficultés sociales. Disposant d’un maigre budget, il ne peut que satisfaire ses besoins primaires.  » Si j’avais les moyens de quitter le pays, je l’aurais fait depuis un certain moment, déclare le jeune homme. La société nous rejette et la religion nous condamne. Dans tout ça, personne ne nous écoute « . Pour faire face à cette situation d’extrême précarité, l’instruction reste le seul remède.  » La seule solution, c’est la réussite professionnelle. Plus je me sens démuni, plus je me donne les moyens de me battre « .

La boïte de nuit : un luxe ! Hydra, quartier riche situé sur les hauteurs de la Capitale. C’est dans ce quartier huppé que se situe le principal endroit gay officieux ( sic : officiellement, l‘Algérie ne compte aucun endroit gay ), le bar, le Cappucino. A la terrasse, les familles dévorent des chawarma ( équivalent du kebab, NDRL ), tandis qu’à l‘étage, les gays et lesbiennes de la capitale se rassemblent.

Pour la plupart, ils ont connu Paris et le Marais. L’ambiance est plutôt bon enfant. Détendus comme ils ont l’air, les jeunes passent leur soirées à rigoler et à se connaître.  » Ici, on peut passer de meilleurs moments qu’à Paris. Bien qu’il n’ y ait pas de liberté pour les gays, tout se passe bien au Cappuccino  » résume Lotfi, étudiant en Commerce. Mais ne serait-ce pas juste une façade ? Etant une trentaine à squatter le bar, ils ne sont pas à même de représenter une part importante de la communauté LGBT établie en Algérie. Après la fermeture du bar, à 3 heures du matin, la soirée continue. Descendant la côte à bord de leurs voitures sentant le neuf, les gays les plus aisés passent leur temps à fréquenter les boîtes de nuit les plus denses. Le Pacha, night club côtoyant le prestigieux hôtel, El Djazair ( ancien Saint-Georges ), devient le deuxième quartier général des aficionados du Cappuccino.  » C’est là où y a les hommes les plus sexy de la capitale. En plus, les gens sont ouverts et accueillants, affirme Lotfi, on s’éclate comme au Queen à Paris « . Or, se payer un droit d’accès en boîte, reste bien sûr un luxe pour beaucoup de jeunes à travers le pays.

La santé en question : La situation des LGBT en Algérie est préoccupante. A côté des soucis relatifs à l’identité sexuelle, la communauté homosexuelle doit faire face à la recrudescence des cas de VIH et d‘IST ( Infections sexuellement transmissibles ). A ce jour, deux mille personnes séropositives sont recensées en Algérie. Stigmatisant les sidéens, la population intensifie de façon cruelle la culture du rejet et du mépris. Parmi les plus touchés, on retrouve comme partout : les homosexuels.  » La prévention à l’égard des gays commence à décoller en Algérie, déclare un activiste d’une association locale. Avec l’association Aides Maghreb, on met en place un projet visant à favoriser la prévention auprès de cette catégorie « . N’étant pas clairement informés des risques du VIH, les homosexuels sont en quelque sorte les  » martyrs  » de la maladie. Pour faire face à ce fléau, Yahia et son équipe en appelle à la solidarité internationale.

Ni l’Etat, ni les politiques, et encore moins la population algérienne ne porte une sensibilité à l’égard de la communauté gay. Les homosexuels n’ont qu’une seule envie : partir loin, de manière à échapper à une société qui leur fait tant de mal. La patience reste pour eux le seul moyen de faire face à cette crise sexuelle. Auront-ils assez de courage pour affronter leur différence ? Comme partout dans le monde musulman, les LGBT, n’attendent qu’une seule chose : le changement. La devise du président américain, Barack Obama :  » yes, we can  » , fera-t-elle recette, dans ce pays où le peuple a tant souffert ?

Une pensée : La communauté LGBT d’Algérie commémore tous les 10 octobre une journée internationale pour les droits LGBT en Algérie. Les Algériens et Algériennes du Maghreb, les beurs de France et de Belgique se retrouvent par la pensée en mettant à brûler une bougie chez eux, à la maison, dans leurs chambre, discrètement pour ne pas se faire pincer par les parents, voisins ou autres anti LGBT ou homophobes. Les plus hardis d’entre eux en mettent une à brûler sur le balcon, ou au salon.

Un site à découvrir : G.L.A ( Gays et Lesbiennes d’Algérie ) est un forum fondé par un groupe d’amis, dont l’objectif est de rassembler la communauté, promouvoir les activités des associations à orientation LGBT, échanger sur les sujets qui les intéressent, quel que soit le sexe, la race, la religion, et surtout, l’orientation sexuelle des membres.

Gays et Lesbiennes d’Algérie, Le forum des LGBT algériens : http://gay-lesbienne-dz.positifforum.com/

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[actu] France, Lyon : pas de gay pride dans le quartier des touristes et des fafs !? https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/actu-france-lyon-pas-de-gay-pride-dans-le-quartier-des-touristes-et-des-fafs/ Thu, 11 Jun 2015 15:09:56 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1465 Continuer la lecture →]]> 14283264472_97f8045ae8_oLa Lesbian and Gay Pride de Lyon n’a pas apprécié que le 5e arrondissement leur soit refusé. Dans un communiqué, elle explique que les services de la préfecture du Rhône s’étaient engagés à ne plus organiser de manifestations sur place pour « cause de risques de trouble à l’ordre public ». Sauf que lundi soir, les anti-GPA étaient 400 à se rassembler devant les Assises du Rhône dans le 5e. Articles de mass médias.

Lyon: la Lesbian and Gay Pride interdite de Vieux-Lyon

Publié le 10 juin par le média gay ripoublicain Yagg.

Selon la LGP de Lyon, «en refusant le passage de la 20e marche des fiertés LGBT (…) dans le Ve arrondissement, l’État laisse ainsi cet arrondissement aux mains de l’extrême droite la plus radicale». Lundi 8 juin, la «Manif pour tous» locale manifestait à nouveau contre la GPA.

Le 20 juin prochain, la marche des fiertés lyonnaise, organisée par la Lesbian and Gay Pride (LGP) de Lyon, fêtera sa 20e édition. Les organisateurs/trices de la pride, où 18.000 personnes sont attendues, voulaient donc marquer le coup en défilant par le quai Romain-Rolland dans le Ve arrondissement de Lyon, un coin du Vieux Lyon qu’ils et elles évitent depuis des années parce que les identitaires y ont leur quartier et ont l’habitude de manifester.

Des négociations ont même été entreprises en février dernier, mais «le 24 mars dernier, la préfecture nous a assuré qu’elle ne tolérait plus aucune manifestation dans ce secteur pour cause de risques de troubles à l’ordre public», raconte David Souvestre, secrétaire de la LGP de Lyon à metronews. Un argumentaire qui aurait pu faire retomber la tension si la préfecture n’avait pas autorisé lundi 8 juin un rassemblement anti-gestation pour autrui (GPA), à l’appel de la «Manif pour tous» locale, devant le vieux palais de justice de Lyon situé… quai Romain-Rolland!

«HYPOCRISIE» ET «DOUBLE DISCOURS»
Dans un communiqué daté du 10 juin, «Vieux Lyon: l’extrême droite dicte sa loi au Préfet !», la LGP Lyon a violemment réagi en dénonçant l’hypocrisie et le double discours que laisse supposer cette décision préfectorale. «Dans notre République, l’État ne peut tolérer des no-go-zones pour les LGBT. Nous tenons à rappeler notre attachement au respect inaliénable de la liberté de manifester pourtant bafouée à Lyon», clame Edwige Marty, présidente de la LGP de Lyon.

Car pour l’organisation, cette interdiction fait entièrement le jeu des identitaires. «En refusant le passage de la 20e marche des fiertés LGBT, qui prône pourtant les valeurs de notre pacte républicain, dans le Ve arrondissement, l’État laisse ainsi cet arrondissement aux mains de l’extrême droite la plus radicale». Et la LGP Lyon de prévenir: «En juin 2016, nous manifesterons dans le Ve arrondissement. La Préfecture du Rhône et ses services ont maintenant un an pour s’y préparer». Interrogée par 20 minutes, la préfecture persiste: «Ce n’est pas une question de fond mais bien de sécurité». «L’objectif est d’éviter un blocage complet du centre-ville. Il n’était par ailleurs pas possible d’envisager de bloquer plusieurs ponts au même moment», justifie la préfecture à metronews. De quoi rester perplexe quand on sait que 24000 personnes défilent à Montpellier… Sans difficultés.

par Florian Bardou, journaliste du média gay mainstream Yagg.

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Y a-t-il tout de même des quartiers plus difficiles à vivre que d’autres ces derniers temps ?

D.S. : Pour la Gay pride, la Préfecture refuse que l’on passe dans le 5e arrondissement à cause de la pression d’extrême droite. On a changé le tracé cette année et on voulait passer dans le 5e, devant le Palais de justice, pour montrer qu’aucun quartier n’est infréquentable pour les LGBT. La Gay pride ne passera pas dans le 5e mais nous persistons : nous organisons un buffet inaugural le 12 juin au musée Gadagne pour la quinzaine des cultures LGBT. Il n’est pas normal que l’Etat sanctuarise des quartiers, même si c’est au nom de la sécurité publique.

(extrait d’une interview donnée à LyonCapitale par David Souvestre, membre de la Lesbian & Gay Pride de Lyon, le 17 mai dernier)

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Enracinement. Une «hypocrisie» et un «double discours» que dénonce Edwige Marty, présidente de la Lesbian and Gay Pride de Lyon. La préfecture a en effet autorisé à deux reprises, le 8 et le 18 juin, des rassemblements de militants anti-GPA devant le palais de justice, situé dans le même arrondissement. La première de ces manifestations, dispersée en début de soirée, s’est même reformée vers 22 heures. Cortège à pied suivi de quelques véhicules, banderoles et mégaphone : les habitants du Ve n’ont pas tous apprécié. «Dans notre République, estime Edwige Marty, l’Etat ne peut tolérer des « no-go zones » pour les LGBT et abandonner des quartiers entiers à des groupes factieux.»

«Saint-Jean est à nous !» est devenu le cri de ralliement des groupuscules d’extrême droite, dont l’enracinement dans ce quartier historique remonte à 2010. En cinq ans, au moins une vingtaine d’agressions ont été recensées – des bars et des restaurants (dont des kebabs) étant régulièrement mis à sac.

Il y a d’abord Rebeyne, la branche lyonnaise de Génération identitaire. Puis il y a les ultranationalistes de l’Œuvre française et des Jeunesses nationalistes, théoriquement dissoutes en 2013, après le décès de l’antifa Clément Méric. S’y mêlent les «rats noirs» du GUD (Groupe union défense), une «armée des ombres» d’extraction étudiante, ainsi qu’ils se désignent, recréée à Lyon en 2011. Sans compter les supporteurs ultras de l’Olympique lyonnais, les Bad Gones du virage nord de Gerland et les Cosa Nostra du virage sud (officiellement dissous en 2010), qui s’affilient à l’une ou l’autre des tendances au gré des beuveries.

Plan de LyonPlan de Lyon

«Aberrant». Au-delà de leurs visées racistes, islamophobes, antisémites et homophobes, ils ont en commun cet attachement au Vieux-Lyon, considéré comme le territoire «naturel» de leurs revendications, une «adresse» garante de leur identité. «C’est un piratage de patrimoine, s’insurge un commerçant du quartier. Ils se réclament d’un enracinement historique complètement aberrant.» Et profitent de l’élan de la Manif pour tous pour asseoir leur emprise sur l’espace public. Si les agressions physiques ont un peu diminué cette année, la logique d’occupation territoriale continue de prévaloir. Collage de stickers et tractage dans les boîtes aux lettres, stand d’affiches «Je suis Charlie Martel» devant la cathédrale Saint-Jean ou les entrées de métro, jeu de rôle grandeur nature sur la place du Change… Tous les moyens sont bons pour s’inviter sur la photo souvenir.

1) Le bar «saucisson» des identitaires

Montée du Change et rue Juiverie. Depuis octobre 2010, les identitaires lyonnais de Rebeyne ont ouvert la Traboule, montée du Change, un «lieu de rassemblement de tous les jeunes qui résistent à la culture globale et à la destruction de nos identités», explique leur site internet. L’essayiste antisémite Renaud Camus y tient ce dimanche une réunion publique à l’invitation du Bloc identitaire, sur le thème du «grand remplacement».

La Traboule, c’est un bar avec «saucisson biologique» au menu, mais aussi une bibliothèque, un ciné-club pour le «combat métapolitique» et une salle de sports dédiée aux entraînements de «boxe-défense» de l’association Lugdunum Torgnole. Le local, rarement ouvert en semaine, accueillerait une poignée de personnes le week-end, et plusieurs dizaines lors des événements qui s’y déroulent. Le QG a déjà servi de point de départ et de refuge lors d’agressions.

Autre hobby des membres de cette «simple MJC de droite» : vandaliser les plaques de la rue Juiverie, toute proche. «La pression est insidieuse, voilée», estime Philippe Carry, l’horloger dont la boutique est voisine de la Traboule. L’artisan, membre d’une association de riverains hostile aux identitaires, condamne le «détournement» des symboles de la culture populaire lyonnaise.

Il montre un tract avec Guignol armé d’une batte de base-ball, sous le slogan «Zone anti-racailles» : «Guignol, à l’origine, c’est l’histoire d’un ouvrier canut qui souffre de l’égoïsme des nantis, ouvert aux autres et qui s’attache à casser les barrières», raconte-t-il. Loin des «slogans idéologiques malsains» de l’extrême droite identitaire.

2) Où le foot rallie  les hools

Quartier Saint-Jean. Il est de notoriété publique que les soirs de match, mieux vaut éviter la rue Saint-Jean et ses pubs anglo-saxons où se retrouvent entre autres, autour du foot, les GUDards, les supporteurs radicaux de Gerland et les hooligans. En fonction du score et de la consommation d’alcool, la situation peut rapidement dégénérer, surtout pour les membres de «minorités visibles».

De «vrais gones» et de «vraies fenottes» (des «enfants» en parler lyonnais) : l’une des ficelles rhétoriques de ces groupuscules d’extrême droite consiste à se désigner comme étant les «véritables» récipiendaires des particularismes locaux. «Alors qu’ils ne sont pas du tout représentatifs des habitants, explique Antoine Tasseau, directeur de la MJC du Vieux-Lyon, située place Saint-Jean. Ce quartier est l’un des rares de la ville où l’on trouve encore des familles qui sont là depuis des générations.» Et c’est sur ces «trésors de mémoire» qu’il «faut communiquer», estime Antoine Tasseau : «Le pire serait que cette emprise de l’extrême droite s’ancre dans les mentalités.»

Le porte-parole de Génération identitaire, qui s’était distingué en 2011 avec la «marche des cochons» (immédiatement interdite par le préfet), minimise ce danger au sujet de la population LGBT : «La Gay Pride, on s’en fout complètement, c’est un non-événement pour nous. Ils sont un peu parano à la préfecture.» Et d’ajouter : «Mais si les gays veulent faire du militantisme, ils pourraient essayer de faire passer leur cortège à Vénissieux, en banlieue. Ça, ce serait courageux, un peu punk.»

3) Le repère de l’Œuvre française

Quartier Saint-Georges. En novembre, a été inaugurée en toute discrétion la Maison bleue, le repère d’Alexandre Gabriac (exclu du FN pour un salut nazi) et d’Yvan Benedetti, fondateurs de l’Œuvre française et de sa branche «jeunes», les Jeunesses nationalistes, deux organisations officiellement dissoutes en 2013 après la mort de Clément Méric. Ce local comprendrait, selon leur site internet, une buvette, une «boutique nationaliste» et une salle d’entraînement de boxe.

Rue Saint-Georges, il faut s’attarder pour repérer cette façade aux volets marron continuellement fermés, aux dires du voisinage. Non loin, sur le trottoir d’en face, l’organisation a pignon sur rue, avec le bar Par Saint-Georges. Croix celtiques, écharpes de supporteurs radicaux lyonnais et russes, tête de maure (les racines corses sont l’une des clés de voûte de la geste benedettienne) : la décoration, peu visible de l’extérieur, et les discussions de comptoir ne laissent aucun doute sur l’obédience de ce zinc.

Quelques jours après l’ouverture de la Maison bleue, Alexandre Gabriac et Yvan Benedetti ont été mis en examen pour «reconstitution de ligue dissoute». «L’Œuvre française existe toujours car ce n’est pas à un gouvernement qui a deux ans d’existence de prononcer l’interdiction d’un mouvement qui existe depuis 1968», aurait déclaré Yvan Benedetti au juge. L’instruction est toujours en cours, a indiqué à Libération le procureur de Lyon, Marc Cimamonti. Alexandre Gabriac n’a quant à lui pas souhaité commenter son attachement au Vieux-Lyon.

A Saint-Georges, pour contrer l’emprise des sympathisants d’extrême droite, la résistance a été prise en main par les Irlandais : ils sont une poignée de patrons de pubs qui fonctionnent en réseau. «Quand on exclut un client de chez nous, il est interdit de séjour partout», explique Boris, barman au Johnny’s Kitchen. Le nerf de la guerre, pour décourager les agités des soirs de match : la programmation télé. «Jamais de sports de combats, très peu de foot avec des équipes françaises et surtout des sports gaéliques», résume Boris.

4) La paroisse tradi,  nid de scouts d’Europe

44, rue Saint-Georges et place François Bertras.«L’interculturalité» et la «créolisation» de la société : voilà le fer de lance de la Maison des passages, qui subit régulièrement des tentatives d’intimidation. En 2013, lors d’une soirée littéraire intitulée «Des voix s’élèvent contre le fascisme ordinaire», une vingtaine de militants d’extrême droite ont voulu s’inviter dans la salle. Les organisateurs ont eu le temps de s’enfermer et requièrent depuis une surveillance policière pour ce type d’événement. «C’est vraiment emmerdant», commente Marcel Beauvoir, l’un des fondateurs de l’association, qui regrette le «profil bas» des autorités : «Je rêve d’un édito de Gérard Collomb sur le fait que Lyon soit une ville métissée, qui prendrait le contre-pied de cette bêtise qu’est l’idée d’identité lyonnaise éternelle.» Un discours cher aux voisins de la Maison des passages, les paroissiens de l’église Saint-Georges, des traditionalistes tendance scouts d’Europe. Même s’ils ne revendiquent pas toujours leur proximité avec l’extrême droite, «ces gens qui font la messe en latin ont fait beaucoup de tort à Saint-Georges, un quartier très populaire à la base», pointe Philippe Carry, l’horloger de Saint-Paul.

Maïté DARNAULT Correspondante à Lyon de Libération

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[actu] Burkina-Faso : La justice et le CNT réticents à légiférer sur l’homosexualité https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/actu-burkina-faso-la-justice-et-le-cnt-reticents-a-legiferer-sur-lhomosexualite/ Thu, 11 Jun 2015 13:32:39 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1458 Continuer la lecture →]]>

lavenderlove-credit-corinna-nicoleAu Burkina Faso, il n’existe aucune loi qui interdit ou autorise l’homosexualité. Jusqu’à quand ? s’interroge la journaliste Salifou Ouedraogo, du quotidien BF dans un article publié le 8 juin 2015.

 

 

La reconnaissance des « droits » des homosexuels occupe une place importante dans les critères de financement  de la grande majorité des projets et programmes des pays en développement comme le Burkina Faso. Dans le volet lutte contre le VIH/SIDA, les partenaires financiers exigent la prise en charge des personnes homosexuelles. Même si les pressions internes (religieuses, coutumières et parfois politiques) entravent  l’instauration de la loi, elles ne prennent  pas en compte le silence de la loi qui est en réalité, une autorisation. Au Burkina Faso, il n’existe aucune loi qui interdit ou autorise l’homosexualité. Une « tolérance » qui a permis au réseau des jeunes  LGBTQ (Lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, Queer) d’Afrique de l’Ouest dont le siège est à  Ouagadougou, depuis 2012, de travailler pour un environnement favorable quant au respect et à la protection des droits humains des personnes homosexuelles. Le code pénal en adoption actuellement a mentionné les minorités sexuelles. L’évolution des choses pourrait faciliter la reconnaissance des droits des homosexuels avant la fin de la Transition malgré l’opposition d’un grand nombre de magistrats. Arrêt sur une « pratique étrangère»  qui veut être reconnue légalement comme un « droit de l’homme »  respectant le principe de la « vie privée des hommes » et qui provoque des migraines chez des magistrats, hommes politiques, leaders associatifs, coutumiers et religieux du Burkina.

 

 

 

 

 

 

 

 

S’il y a un sujet qui crée des controverses, voire des frustrations dans bon nombre de pays africains, c’est bien l’homosexualité. Des coutumiers, aux religieux en passant par  les hommes de droit et certains leaders politiques, l’homosexualité est un sujet « hostile », « anti culturel » et « anti religieux ». Les hommes politiques savent qu’évoquer « le droit » des homosexuels lors d’une campagne électorale est synonyme d’échec assuré en Afrique. Conséquence, les législations sont muettes voire superflues dans plusieurs pays. Au Burkina Faso, la législation actuelle ne fait pas mention de l’homosexualité. Pourtant,  ce silence de la loi veut dire en réalité que l’homosexualité est autorisée au Burkina Faso.  «En droit,  ce qui n’est pas interdit est autorisé », soutient un cadre du ministère de la Justice. En d’autres termes, personne ne peut poursuivre quelqu’un sur le sol burkinabè parce qu’il est homosexuel.  Ce qui est une aubaine pour cette couche de notre société.

C’est du même coup, ce qui a poussé le réseau à s’installer au Burkina Faso. Ils étaient déjà près de 600 parmi lesquels on dénombrait 411 Burkinabè de souche en 2012 dont 110  étudiants selon une étude structurelle menée par le QYAN, qui précise d’ailleurs que ce nombre est loin d’être juste. La question se pose  dès lors de savoir s’il  faut parler de « droit » des homosexuels en  Afrique. Méritent-ils d’être protégés? Comment parvenir à  trouver un remède à ce « fléau », vue par certains comme une « nouvelle forme de colonisation », « une déperdition humaine », « un droit d’existence »,  ou simplement des aléas du développement et de la démocratie ? D’aucuns pensent qu’il ne faut même pas en parler. Pour eux, parler de l’homosexualité, c’est la considérer, c’est créer des débats et des frustrations inutiles. Pourtant, des centaines d’enfants du pays des Hommes intègres y trouvent « leur bonheur ».

Il faudrait donc en parler au moment même où le débat fait rage au niveau de la justice. Tout commence à partir de la conférence de presse, organisée par le Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG) sur le bilan 2014 de la SCADD. Lors de ladite conférence, le traitement sérologique des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes revient sur la table. Un homme que nous tairons le nom, se présente comme étant un spécialiste des questions de l’homosexualité. Il affirme que le siège ouest -africain de la promotion des droits des homosexuels se trouve à Ouagadougou, depuis 2011.

Les animateurs de la conférence précise que les courbes des personnes vivant avec le VIH/SIDA pourraient fléchir s’il n’y a pas une prise en compte des personnes homosexuelles qui sont la plupart des bisexuels (hétérosexuels et homosexuels). Quelques jours après, nous entendons que le code pénal actuel est  en révision avec une probabilité élevée que la question de l’homosexualité soit débattue.

La réticence des membres du CNT

Dans l’histoire récente du droit des homosexuels au Burkina Faso, on retient que le président du parti PAREN, Tahirou Barry, a déposé quatre propositions de loi dans le but d’interdire l’homosexualité au Burkina. « Ces propositions n’ont même pas franchi la porte du bureau du président du CNT », nous indique un membre du CNT sous anonymat.   Le président du PAREN nous le confirmera plus tard. Le motif utilisé par le président du CNT, Shériff Sy, « ce n’est pas une priorité pour le moment», nous explique Tahirou Barry.

Selon lui, le PAREN « n’acceptera jamais » que l’homosexualité soit reconnue au Burkina. « On ne va pas laisser notre société revenir à l’état d’animosité », promet-il. Selon certaines indiscrétions, le président du CNT aurait subi des pressions extérieures après l’introduction de la proposition de loi qui « serait votée à l’unanimité sans aucun doute », nous explique un membre du CNT. Quelques jours après le dépôt, l’ambassadeur des Etats- Unis qui était de passage au CNT en aurait profité pour aborder le sujet sur l’introduction de la loi par le PAREN.

La législation sur les  homosexuels divise

Pendant ce temps, le nouveau code pénal en relecture divise les magistrats. A l’atelier de validation du nouveau code, les partenaires ont voulu que la loi pénale qui sera en vigueur désormais « favorise l’homosexualité et sanctionne les discriminations à l’encontre des homosexuels », nous indique, un cadre du ministère de la Justice. Une volonté farouchement rejetée par la grande majorité des hommes de droit qui sont chargés de relire le code, assure-t-il. Par ailleurs, il retiendra « la discrimination fondée sur le sexe », dit-il.

Ce qui veut dire que « la nouvelle loi qui sera adoptée ne permet pas de poursuivre quelqu’un parce qu’il est homosexuel », confie-t-il. Donc, l’homosexualité est permise aujourd’hui et sera permise demain au Burkina suivant le principe judiciaire selon lequel, « ce qui n’est pas interdit, est permis ». Au Burkina Faso, la loi n’autorise le mariage qu’entre «deux personnes de sexes différents ». Ce qui sous-entend qu’aucun officier civil ne peut célébrer un mariage homosexuel au Burkina Faso. Ce qui est certain, c’est que le code actuel va citer clairement l’homosexualité pour la première fois. Ce qui serait une avancée notable pour les défenseurs des droits des homosexuels.

Pour ces derniers, il s’agit d’une question de droits humains et de vie privée de personnes. Il faut donc les protéger et les réguler selon eux. Ils ont donc infiltré des participants au niveau de l’atelier de validation du code pénal pour influencer l’adoption, nous confie un magistrat présent à l’atelier de validation du nouveau code pénal. Ce que Mariam Sako, fondatrice du réseau LGBTI rejette en bloc « Ceci est une affirmation très dangereuse et fausse. L’atelier de validation était une affaire entre les magistrats et le ministère de la Justice, donc pas ouvert au public ». Une chose est sure, le code n’est pas adopté pour l’instant, mais il a été validé au niveau de l’atelier.

Selon les informations qui nous parviennent du côté de la Justice, des tractations seraient en cours pour organiser d’autres ateliers de validation afin de faire glisser un article sur le droit des minorités sexuelles. Au même moment, les associations pour la reconnaissance des droits des homosexuels travaillent à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso  pour pousser les choses à aller vite.   Les actions de l’association « Alternatif Burkina » basée à Bobo Dioulasso tournent mal. Le jeudi 28 mai dernier, les populations improvisent une marche contre les gays de la ville et réclament leur départ du quartier de peur que leurs enfants ne soient « contaminés».

Une semaine plutôt, la Fédération des églises et missions évangéliques (FEME), organise une conférence de presse pour exprimer  son opposition à la volonté de certaines églises françaises de célébrer des mariages homosexuels.  Ils disent se fier à la recommandation biblique (Gn 2 :24) selon laquelle « si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une horreur ; ils seront punis de mort : leur sang (retombera) sur eux ».

Mais il faut savoir que l’homosexualité à plusieurs palettes qui ne se résument pas à la situation de gay même si proportionnellement c’est la catégorie la plus importante.  En 2012, les statistiques du réseau avaient révélé près de 600 homosexuels à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso. Parmi eux, on dénombrait 227 lesbiennes, 322 gays, et 48 bisexuels.

La difficile prise de position de la Transition

Près de trois ans après, des estimations d’une source  sanitaire faisaient état de plus de  5 000 homosexuels  à Bobo Dioulasso uniquement.  La Transition a promis de revoir beaucoup de choses pour que plus rien ne soit comme avant. Avant, on retiendra la sortie de l’ex-maire de la commune de Ouagadougou, Marin Casimir Ilboudo, en 2013. Il avait en son temps exprimé sa volonté d’accorder une forte somme dans le traitement et la prévention du VIH/SIDA au sein des homosexuels.

Des sorties se sont multipliées à travers les médias pour dénoncer cet acte que certains considéraient comme un processus pour  faire reconnaitre et accepter le droit des homosexuels au Burkina Faso. La mairie s’était vite rétractée. Les 30 et 31 octobre2014, « les Burkinabè sont sortis sans considérations d’orientation sexuelle  pour défendre la démocratie », nous dit I. K., homosexuel. Il dit ne pas comprendre comment on peut vouloir d’une démocratie et vouloir brimer les droits de certains citoyens sous couvert d’orientation sexuelle. Après une semaine d’insistance, nous avons réussi à rencontrer un autre homosexuel. Avant qu’il ne puisse nous dire un mot, et comme devant tous les autres que nous avons rencontrés, il nous a fallu défendre notre devoir de protéger notre source qui nous a donné son numéro de téléphone.

Après les tractations, il accorde de nous répondre si nous acceptons ses conditions « pour des raisons de sécurité » : pas de photo bien qu’il garde son casque sur la tête, pas d’enregistrement, pas plus de trois questions. Sous anonymat  et sur une moto crypton sans immatriculation,  il nous avoue qu’il est Burkinabè natif de Ouagadougou. Il accepte même s’exprimer en mooré pour nous le confirmer. Il assure qu’il est gay (partenaire actif « ndlr : il occupe la position de l’homme ») depuis 2004 et son partenaire est Burkinabè aussi. Ils souhaitent être les premiers à se marier au Burkina  une fois leurs droits reconnus.

Il dit même être certain que ça ne prendra pas de temps, parce qu’eux aussi « sont devenus une communauté au Burkina qui ne réclame qu’à être acceptée en tant que citoyen comme tout le monde ».Quant à Steeve, si c’est son prénom,  un autre homosexuel que nous avons rencontré, il avoue sa peur d’évoquer sa situation d’homosexuel. C’est « pourquoi je vous ai donné rendez-vous ici » (ndrl : dans un coin huppé de l’Avenue Kwamé N’Krumah).

Même si ça tourne mal, il y a une possibilité », confie-t-il. Selon lui, ce n’est qu’en 2013 qu’il est devenu homosexuel et il se sent à l’aise. A visage découvert, ce jeune homme mince, coloré de tatouage, ne réclame qu’une chose : « Pouvoir vivre comme les autres sans discrimination et sans avoir peur de marcher dans la rue parce que je suis homosexuel », souhaite-t-il. En un mot, il réclame sa « liberté de vivre ». Cette situation démontre encore que ce phénomène est dur à avaler pour les Burkinabè.

« Nous ne demandons pas un droit supplémentaire »

Après plusieurs échanges électroniques, nous finissons par avoir un rendez-vous avec Mariam Sako alias Armisen, fondatrice et coordonatrice du réseau des jeunes LGBTQ (ndlr : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels, Queer) en Afrique de l’Ouest dénommé QAYN (The Queer Africa Youth Networking), basé à Ouagadougou et  travaillant depuis sa création en 2010 à faire valoir le droit des homosexuels  en Afrique de l’Ouest. Le rejet social oblige la structure de Mariam Armisen à fonctionner depuis lors, dans l’absolue discrétion.

Pas d’événement public, pas d’action publicitaire etc. Pourtant, elle produit des documents, mène des enquêtes, organise des rencontres, etc. Plusieurs documents sont publiés sur le site web et la page facebook du réseau.  « L’accent a été mis sur le Burkina Faso pour une raison stratégique: en tant qu’un des pays francophones de la sous-région qui n’a pas de loi contre l’homosexualité. C’est également le pays que QAYN a choisi pour demander un récépissé comme structure LGBT, la première dans le pays en tant que tel », expliquent les membres du réseau dans un rapport dont nous nous sommes procuré une copie. Armisen n’a pas de complexe. Elle ne mène pas une lutte contre quelqu’un, dit-elle.

Elle ne demande pas non plus « un droit supplémentaire ».  « Nous voulons que nos droits soient reconnus comme les autres citoyens et citoyennes», résume-t-elle la lutte que le réseau a engagée. Alors, nous entamons un long voyage dans l’histoire des homosexuels avec elle.  Une heure durant, cette jeune femme musulmane, originaire de la ville de Bobo Dioulasso, et journaliste de formation, répondra sans détour à toutes nos questions sans pour autant nous laisser la possibilité d’enregistrer. Séance d’écriture d’une lettre pour les Burkinabè afin qu’ils comprennent  que « l’orientation sexuelle  (des homosexuelles) ne nuit à personne » et que « si on est un  pays séculaire et que tous les Burkinabè ont des droits, il faut accepter le droit de tous », estime Sako.

Selon elle, les Burkinabè doivent « parler de la sexualité inclusive » parce que « la sexualité ne se limite pas à la reproduction ». En toute chose, elle ne comprend pas comment « on peut se lever chasser un gouvernement aspirer à un changement social et démocratique, en même temps, lutter contre l’existence d’une partie de la population.». La motivation qui a sous-tendu cette visibilité actuelle des personnes homosexuelles au Burkina Faso, mais également à travers tout le continent, « c’est la liberté à laquelle nous aspirons, surtout les jeunes », poursuit-elle. Mariam Sako continuera son combat même si elle est convaincue que « le taux d’analphabétisme élevé ne permet pas aux populations de comprendre les droits humains ; donc il faut parler de ces questions selon le niveau de l’audience, dans des termes concrètes qui vont au-delà des théories ».

La  communauté des homosexuels est présentative de la population, c’est à dire qu’il y a des personnes de tous les niveaux, que ce soit des hommes et femmes mariés, des hommes politiques, des commerçants et commerçantes du marché, des étudiants, etc. affirme-t-elle. La  communauté des homosexuels est très large. « On les connait. Que ce soit ceux qui sont au gouvernement ou les hommes mariés haut-placés »,  assure-t-elle tout en indiquant qu’elle n’a « pas le droit de les nommer ».  Malgré tout, « le chantage des voisins, des autres,  est réel ».

Malheureusement, « on ne peut pas comprendre l’impact de la stigmatisation sur ces citoyens », s’indigne Mariam.   « Comment vivre avec cette  peur, dans ce climat  d’insécurité toute sa vie ? », s’interroge-t-elle. L’homosexualité est-elle étrangère à l’Afrique ? Mariam Armisen répond par la négative. Selon elle, si « les gens, les coutumiers, les religieux sont honnêtes, ils reconnaitront que l’homosexualité existait » et que ce sont « ces religions exportées qui sont venues combattre une pratique qui existait en Afrique ».

En tout cas, la Bible en parle, ce qui veut dire que ça existait bien avant dans le monde. Jusqu’à présent, il est scientifiquement prouvé que 10%  de la population mondiale  est homosexuelle,  explique Armisen. A en croire Mariam Sako, sur la base des 17 millions d’habitants, on dénombrerait 17 mille homosexuels. Le monde ne peut et ne doit donc pas exercer « une phobie » sur une telle partie de sa population. Selon les religieux, il est impossible d’être homosexuel et d’être religieux conformément aux recommandations des livres saints. « C’est de l’aberration, je suis musulmane », souligne Mariam Sako.

« L’homosexualité est une déviation»

Tout compte fait, la question est complexe  et suscite des débats tranchés et  par moment violents au sein de la société burkinabè. Tout comme les religieux et les coutumiers, certains leaders associatifs disent être prêts à combattre l’homosexualité même s’ils comptent épargner les « homosexuels ».  L’Association pour la promotion d’une démocratie endogène et de la citoyenneté (APRODEC) envisage des actions fortes pour imposer des valeurs endogènes à la jeunesse en combattant farouchement l’homosexualité. Pour elle, « la démocratie telle que appliquée ne s’adapte pas à nos réalités socioculturelles ». Pour le président de l’APRODEC Burkina, Alexandre Le grand Zango, qui préfère parler de « l’homosexualité » et non du « droit des homosexuels », « l’homosexualité est une déviation. Nous sommes par excellence un peuple de croyants. La place de l’homme et de la femme  est prépondérante dans la société. Nous ne voyons pas les homosexuels, nous voyons l’homosexualité. Une question de savoir qu’ils ont des instincts qui ne sont pas forcément ceux du commun des mortels n’engage pas la société.

L’APRODEC  va combattre l’homosexualité. Et se battra toujours pour que l’homosexualité  ne soit ni promue dans notre législation ni promue par les enfants, ni vue comme un exemple à suivre ». La Transition se trouve donc entre le marteau de la société qui rejette l’homosexualité et l’enclume de la démocratie qui accorde toutes les libertés aux citoyens. Même si les députés de la transition ne veulent pas « se salir les mains » en examinant la proposition de loi, il faudrait bien en parler tôt au tard au moment où le nombre de citoyens burkinabè croit au sein des homosexuels et eu égards aux  pressions extérieures.

Ces pressions viennent même de l’Union africaine. Les Directives et Principes sur les Droits Economiques, Sociaux, et Culturels de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples  du 24 octobre 2011, en son titre V définit les groupes vulnérables et désavantagés comme étant  les personnes qui ont été confrontées et/ou continuent de l’être à des obstacles significatifs à la jouissance de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Elles citent entre autres « les victimes d’exploitation sexuelle et économique, les détenus, les lesbiennes, les gays,  les bisexuels, les transgendéristes et les intersexuels ».

Par Salifou OUEDRAOGO

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[actu] Ukraine : retours sur la Kyiv Pride https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/09/actu-ukraine-retours-sur-la-kyiv-pride/ Tue, 09 Jun 2015 18:56:04 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1450 Continuer la lecture →]]> e17746c-0b1e67b64506de6649942d04c975d3fe-360x240Malgré les tensions dans le pays, la menace de l’ultra-droite et l’inaction du gouvernement pro-européen pour l’avancée des droits, la deuxième gay pride d’Ukraine a eu lieu. Elle s’est terminée par des échauffourées entre flics et fascistes au moment de la dispersion. Articles du média gauchiste Révolution permanente et du mass média Le Monde (9 et 6 juin 2015).

Après la dispersion de la Kyiv Pride, le mouvement LGBTI en Ukraine est pris en étau

Le 6 juin, autour de 200 personnes défilaient lors de la deuxième Marche des fiertés organisée en Ukraine, malgré les menaces de la droite ultra-nationaliste qui gagne du terrain après son rôle lors des manifestations de Maïdan. Après quelques minutes de marche les manifestants ont été chargés par plusieurs douzaines de militants néo-nazis. Le résultat final est de plusieurs dizaines de manifestants blessés, entre vingt-cinq et trente contre-manifestants arrêtés et cinq policiers blessés. La Kyiv Pride reflète aujourd’hui la situation tendue dans le pays où le mouvement LGBTI se retrouve pris en étau entre le gouvernement qui les instrumentalise, sans vouloir avancer sur leurs droits, et une extrême-droite fascisante sans contrôle, mais utile objectivement au gouvernement.

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Les illusions de Euromaïdan

Lors de la dernière Moscow Pride, interdite pour la 10ème année consécutive,le gouvernement russe mettait sous les verrous trois organisateurs de la marche, malgré les résolutions (très menaçantes, on peut l’imaginer) de la Cour européenne des droits de l’homme. Alors que les médias européens criaient au scandale et condamnaient la répression que Poutine fait aux LGBTI russes, cette semaine c’est sous le nouveau régime pro-européen, allié à Hollande et Merkel, que l’on agressait les LGBTI.

Une loi semblable à la loi d’interdiction de la « propagande homosexuelle » avait été adoptée en octobre 2012 en Ukraine, pour être rejetée en janvier 2015. Pour les dirigeants pro-UE du nouveau régime, l’homophobie était liée au gouvernement pro-russe précédent, et assurait qu’il n’y aurait plus de nouvelles lois homophobes. La communauté LGBTI espérait qu’une victoire du mouvement pro-européen de Maïdan signifierait l’éloignement du modèle post-soviétique répressif des droits LGBTI. Des manifestant-e-s de la Kyiv Pride de cette année ont déclaré que « nous aussi nous étions sur Maïdan », réclamant la chute deViktor Ianoukovytch dans les manifestations massives où l’on trouvait une droite libérale pro-UE, des jeunes exigeant la « démocratisation » d’un pays soumis aux oligarques et une extrême-droite fascisante autour de Svoboda et Pravyi Sektor.Mais les espoirs ont été vite déçus lorsque le nouveau gouvernement et le parlement majoritairement pro-UE ont refusé d’instituer l’interdiction législative de discrimination pour motif d’orientation sexuelle au travail.

Le nouveau maire de Kiev, Vitali Klitschko, est un personnage avec un long CV. Les médias internationaux l’avaient introduit au monde entier comme l’ancien boxeur professionnel devenu dirigeant de la révolution Euromaïdan. François Hollande l’avait reçu avec le président de l’Ukraine, Petro Porochenko et Bernard Henri-Lévi, en mars 2014 à l’Elysée.

C’est ce même représentant de l’ouverture vers l’Europe qui avait demandé initialement aux organisateurs de la Kyiv Pride d’annuler la marche, car celle-ci « attiserait la haine » dans un pays toujours en guerre civile. Déjà, en 2014, la marche avait été annulée parce que la mairie de Klitschko ne garantissait pas la sécurité de militants LGBTI.

Le mouvement LGBTI dans l’étau

Cette année, les négociations avec la mairie ont duré un mois, avec des rendez-vous quotidiens, sans pour autant que la mairie s’engage à assurer la sécurité des manifestants. Klitschko avait déclaré que s’il respectait les libertés individuelles, il ne « défendait pas les gays et les lesbiennes ». Or quelques jours avant la marche, Porochenko avait affirmé le « droit constitutionnel » à tenir la Kyiv Pride cette année, comme gage aux puissances impérialistes de l’« ouverture » du régime issu des manifestations de Maïdan. Effectivement, une interdiction aurait été difficile à assumer auprèsdes partenaires européens de Porochenko.

Finalement, la police a essayé d’assurer une protection minimale pour les manifestants, notamment parce que des diplomates comme l’ambassadeur suédois ou des représentants du gouvernement allaient se rendre à la manifestation. Des bus étaient même prévus pour assurer l’exfiltration des personnes présentes, sauf que les entreprises de transport n’ont voulu prendre que les journalistes et les ambassadeurs.

Entre les douzaines de contre-manifestants armés de cocktails molotov, couteaux ou pétards explosifs, se trouvait Pravyi Sektor, organisation politique et militaire néo-nazie, qui a joué un rôle majeur dans la révolution Euromaïdan. Aujourd’hui, ils sont plusieurs de leurs militants à combattre les troupes pro-russes dans l’Est de l’Ukraine. Pourtant, il se trouve qu’ils ont quelques points en commun avec la police de Poutine : ils refusent que l’Occident introduise l’ « idéologie LGBT ».

Lorsque Pavlos Fyssas, rappeur antifasciste était assassiné par des militants de Aube Dorée à Athènes, c’est toute la direction du parti néo-nazi grec qui était emprisonnée. Cela montre que malgré la crise la bourgeoisie grecque est encore suffisamment forte pour attaquer et maitriser ce type de groupes d’extrême droite. Au contraire, le régime ukrainien est aujourd’hui trop faible pour le faire. Cela qui explique le fait que les ultra-nationalistes de Pravyi Sektor ou d’autres groupuscules réussissent à s’opposer avec violence aux forces de l’ordre et à blesser plusieurs policiers lors de la Kyiv Pride. La police n’est plus suffisante, depuis les manifestations de Maïdan, pour contrôler et pour réprimer, c’est pour cela que les classes dominantes font appel aujourd’hui à ces groupuscules pour faire le « sale boulot » …

Publié le 09/06/15 sur le média gaucho Révolution permanente.

Une Gay Pride dans la violence à Kiev

Incertaine jusqu’au tout dernier moment, la deuxième Gay Pride de l’histoire ukrainienne s’est tenue, samedi 6 juin à Kiev. Elle s’est achevée dans la violence.

Incertaine jusqu'au tout dernier moment, la deuxième Gay Pride de l'histoire ukrainienne s'est tenue, samedi 6 juin à Kiev. Elle s'est achevée dans la violence.

Les organisateurs de la « marche de l’égalité » avaient multiplié les précautions, et tenu secret jusqu’au dernier instant le lieu du rassemblement. Environ 200 personnes – plus que lors de l’édition 2013 – y ont participé, marchant quelques centaines de mètres le long des rives du Dniepr, dans le quartier excentré d’Obolon, protégées par un déploiement policier extrêmement imposant.

Plusieurs diplomates européens étaient présents, ainsi que deux députés du parti du président, Petro Porochenko. En plus des drapeaux arc-en-ciel et des pancartes réclamant « l’égalité », quelques tambours avaient été sortis pour tenter de donner à l’événement un air festif, malgré les insultes et les menaces lancées par des contre-manifestants d’extrême droite. Comme en réponse au slogan nationaliste « L’Ukraine au-dessus de tout », les marcheurs ont scandé « Les droits de l’homme au-dessus de tout ».

Des groupes d’extrême droite interpellés

Seul incident notable pendant le défilé, un policier a été atteint par une bombe artisanale, laissant derrière lui une large flaque de sang. Mais les organisateurs avaient apparemment négligé un point : le moment de la dispersion du rassemblement. Celui-ci s’est vite mué en une course-poursuite effrénée entre policiers, contre-manifestants masqués et décidés à en découdre, et manifestants pris au piège dans le dédale des cours du quartier. On a pu voir des groupes de manifestants apeurés tenter d’arrêter des véhicules en pleine rue pour échapper aux coups, d’autres essayer d’échapper discrètement à la nasse.

Une trentaine de membres de groupes d’extrême droite ont été interpellés, parfois violemment. Plusieurs blessés ont été emmenés à l’hôpital, dont au moins deux membres des forces de l’ordre.

Les groupes d’extrême droite avaient très ouvertement fait part de leur intention d’empêcher la tenue du défilé. Dmitro Iaroch, dirigeant du parti ultranationaliste Pravy Sektor, avait notamment expliqué que malgré la mobilisation de nombre de ses membres sur le front, son groupe et d’autres groupes seraient bien présents. « Les représentants du mouvement politique et militaire Pravy Sektor seront obligés d’empêcher la réalisation de ces projets destructeurs des valeurs familiales, de la morale et de l’image traditionnelle des êtres humains », écrivait-il sur Facebook.

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« Tout ça sert les ennemis du pays, expliquait avant le début de la marche un jeune homme au look de skinhead mais venu, assurait-il, en « simple voisin ». « Comment vont réagir les gens des régions du Sud et de l’Est, où il y a encore des tensions, en voyant cette horreur ? L’Ukraine est un pays traditionaliste, et on veut nous pousser dans les bras de l’Europe décadente. »

« Les autorités font le minimum »

Avant de faire l’essentiel pour que les violences restent limitées, les autorités avaient de leur côté tout fait pour décourager les organisateurs. Vitali Klitschko, l’ancien boxeur devenu maire de Kiev, a laissé planer jusqu’au dernier jour la menace d’une interdiction, et sans cesse repoussé les réunions consacrées à la sécurité de l’événement. Il a aussi exhorté les organisateurs à reporter la marche « en raison de la guerre qui continue dans l’est de l’Ukraine ». En 2014, il la qualifiait d’« événement de divertissement ».

C’est finalement le président Porochenko qui a paru trancher, vendredi lors d’une conférence de presse. Précisant que lui-même ne participerait pas à l’événement, le président a estimé qu’il ne voyait « aucune raison d’y faire obstruction, s’agissant d’un droit constitutionnel de chaque citoyen ukrainien ».

Une interdiction paraissait également difficile à assumer vis-à-vis des partenaires européens de l’Ukraine. La garantie d’un traitement équitable des personnes homosexuelles sur leur lieu de travail fait par exemple partie des mesures réclamées par l’UE à Kiev avant de lui accorder un régime d’exemption de visa. Mais la loi antidiscrimination votée par le Parlement en 2014 ne fait aucune mention de l’orientation sexuelle.

« Les autorités font le minimum, regrettait dans le défilé Anna Chariguina, un membre du Forum LGBT. Nous aussi, nous étions sur Maïdan, nous espérions que la démocratisation s’accompagnerait de plus de tolérance. Mais le climat est encore menaçant pour ceux d’entre nous qui osent afficher ouvertement leur sexualité. La guerre a radicalisé les esprits et mis sous le tapis ces sujets-là. »

Par Benoît Vitkine, journaliste du mass-média Le Monde, le 6 juin.
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[actu] Péru : « Certains types de comportements… » https://depavage.noblogs.org/post/2015/04/09/actu-peru-certains-types-de-comportements/ Thu, 09 Apr 2015 15:55:36 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1408 Continuer la lecture →]]>

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[actu] Tunisie « Mawjoudin » https://depavage.noblogs.org/post/2015/04/08/actu-tunisie-mawjoudin/ Wed, 08 Apr 2015 17:29:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1388 Continuer la lecture →]]> Manifestation-homosexuels-au-BardoQuelques articles de  la presse mainstream et témoignages sur la lutte des LGBTQI contre l’homophobie la répression de l’homosexualité en Tunisie.

Des homosexuels manifestent à Tunis contre la discrimination

Un petit groupe de militants LGBT du groupe Mawjoudin («Nous existons») a manifesté à l’occasion du défilé qui marquait le Forum social mondial, qui se tient dans la capitale tunisienne.

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«Il est possible de changer les choses, de faire évoluer les mentalités et de casser les préjugés, mais pour réussir, nous devons bouger et être unis. En Tunisie, nous sommes traités comme des pestiférés et beaucoup d’entre nous ont été victimes d’agressions gratuites», a expliqué un jeune gay tunisien au site Kapitalis.net.

Vives réactions
L’événement symbolique a suscité des réactions contrastées sur le web: si beaucoup ont applaudi le courage des militants qui défilaient pour la première fois au grand jour, d’autres se sont montrés indignés ou inquiets devant une «provocation», une semaine après l’attentat du Musée du Bardo, revendiqué par Etat islamique (Daech). «Est-ce le moment? Cela va exciter encore plus les da[e]chiens. La Tunisie n’a pas besoin de cela par les temps qui courent», estime une internaute.

publié le 28 ars 2015 sur le mass média gay suisse 360ch.

TUNIS

Deux militantes pour les droits LGBT attaquées en une semaine

La survenue de deux actes de violences à l’encontre de femmes militantes pour les droits des LGBT en moins d’une semaine a poussé l’association tunisienne Chouf minorities à alerter la communauté internationale. Dans un communiqué, elle révèle qu’une membre du bureau de l’association a été violée. Une autre femme a quant à elle subi des coups en raison de son orientation sexuelle supposée.

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HOMOSEXUALITÉ PÉNALISÉE
Toutes deux ont porté plainte, mais impossible pour elles de mentionner auprès des autorités le fait qu’elles sont proches de la communauté LGBT. En vertu de l’article 230 du Code pénal, l’homosexualité est passible de trois ans d’emprisonnement en Tunisie, et elles auraient perdu le statut de victimes pour endosser celui de coupables.

La première a évoqué son viol sur le Huffington Post Maghreb. Armé d’un couteau, un homme l’a forcée à avoir une relation sexuelle avec lui. Lorsqu’elle est revenue sur les lieux avec la police, elle constate qu’il n’y a «pas de délimitation de la scène de crime et pas de police scientifique présente, on ne cherche pas de preuves sur le site». À l’hôpital, elle a été renvoyée pendant de nombreuses heures de service en service sans être prise en charge tandis que le personnel soignant abordait son cas sans la moindre empathie. La deuxième femme agressée a publié son récit sur le site de Chouf minorities: «Ce n’est pas la première fois que je me fais agresser ni insulter pour être simplement différente, pour ne pas ressembler à ce que je devrais, pour ne pas être cette “fille” qu’ils voient ou plutôt qu’ils aimeraient voir dans les rues», confie-t-elle.

(…) tant que l’homosexualité sera pénalisée, il sera impossible de cibler de façon directe les crimes LGBT-phobes. En attendant, Chouf minorities a adopté une stratégie féministe et veut apprendre aux femmes des techniques pour se protéger. L’association veut également élaborer des plaidoyers qui pourraient permettre, à terme, un plus grand respect des libertés individuelles et, pourquoi pas dans quelques années, l’abrogation de l’article 230.

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Ici, on vous bat, on vous tabasse pour être homosexuel.

Homosexuel ? Ici, on vous bat, on vous tabasse pour être homosexuel. Mère ! Pourquoi m’as-tu mise au monde ? C’est parce que je n’ai pas confirmé avoir été battue la première fois , je ressemble a un garçon ont ils dit ; en le déclarant à la police, « Rentre chez toi », m’ont-ils dit, « pourquoi sors-tu de chez toi en ressemblant à « ça » ? ». Ca a été leur seule et unique réponse.

Ce n’est pas la première fois que je me fais agresser ni insulter pour être simplement différente, pour ne pas ressembler à ce que je devrais, pour ne pas être cette « fille » qu’ils voient ou plutôt qu’ils aimeraient voir dans les rues – je n’appartiens pas à ces rues. Je ne mérite pas ces rues – je suis douloureusement consciente que personne ne pourra rien y faire, personne ne pourra arranger cela, personne ne me rendra mes droits, ni pour cette fois, ni pour toutes celles d’avant. Cette injustice est sans fin, tout comme ma peur. Je suis vidée, épuisée. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Je n’ai jamais été aussi bouleversée. Ces personnes me connaissent très bien, ils me l’ont bien fait savoir. Mon nom complet, où je vis, où je travaille, où je passe mon temps libre, ils savent tout de moi. J’ai été tellement frappée que j’ai senti mon visage se mouvoir, mais ils ont continué à m’écraser la tête, à me marcher sur la tête, et m’ont presque cassé le dos. Ils ont finalement conclu par une affirmation qui rôde dans mon esprit depuis :  « Nous n’allons pas t’épargner, nous reviendrons. » Où est ma place dans tout ça ? Où en suis-je ? Qu’est-ce que je dois faire maintenant dans cette jungle qu’on appelle Tunisie ? Cette Tunisie est censée être ma maison?

Une fois de plus, je me retrouve traînant mon âme et mon corps blessés jusqu’à la police pour entendre ces paroles inutiles et insignifiantes :       « Ils ont fait cela uniquement pour te faire peur. Ils ne s’en prendront pas à toi. Ce n’est rien. Rentre chez toi. Nous t’appellerons quand nous aurons du nouveau. » Cela fait sept jours, uniquement sept jours, mais j’ai l’impression que cela fait sept années. Je me sens suivie constamment, de façon permanente. Chaque ombre, chaque personne que je rencontre dans la rue me fait sursauter de peur. Je me dis au fond de moi que ce doit être l’un d’eux qui est venu pour me tuer, pour me poignarder, pour me faire souffrir. Je sens une menace constante, incessante, partout et de la part de tout le monde. Je ne suis en sécurité nulle part, pas même dans mon lit. Mon cerveau a cessé de fonctionner, pas une idée le traverse, rien, le NÉANT ! Je n’ai pas vraiment vu le visage de mes agresseurs, mais chaque mot résonne encore et encore dans ma tête. Je me rappelle de chaque phrase, de chaque insulte, et je m’en rappellerai jusqu’à mon dernier souffle. Mais je ne laisserai pas cela me changer, me transformer en quelqu’un que je ne suis pas. Cela ne changera pas la personne que je suis et la personne que je VEUX être. Ni maintenant, ni jamais. Peu importe la raison. Je suis là, j’existe ! Quiconque s’oppose à ce que je suis peut venir m’agresser, me battre à nouveau!

Après tout, cette jungle dans laquelle nous vivons le permet. « Il » a été plus fort cette fois-ci. Il m’a battu. Il aurait facilement pu me tuer et personne n’aurait bougé le petit doigt, parce qu’après tout, dans cette jungle, je ne suis qu’une vie insignifiante, qu’une vie en trop.

publié sur Chouf minorities le 22 mars 2015

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Les LGBTQI en Tunisie : entre la politisation de l’intime et la répression sociale

Un an après une nouvelle constitution qualifiée de progressiste, des voix s’élèvent pour réformer certaines lois jugées anticonstitutionnelles ou encore liberticides, à l’exemple de la loi 230 du code pénal qui condamne « la sodomie consentante entre adultes ». Si la relation amoureuse entre deux personnes du même sexe n’est pas condamnée explicitement par la loi, la Tunisie reste un pays homophobe où les personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) sont forcées à cacher leurs tendances sexuelles, à quitter le pays, ou à encaisser les conséquences judiciaires et les agressions physiques et morales impunies.

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Dans un café culturel au centre-ville de Tunis, il s’arrange bien pour choisir une table isolée où personne ne peut deviner ce qu’il fait derrière son écran. Autour, des jeunes en groupe, remplissent le café de papotages et de fumée. Sensible à l’odeur du tabac, «Aziz» reste quand même fidèle à ce coin, connu pour sa tolérance envers ses semblables. Ses cheveux noirs tombent avec fluidité sur son front pour cacher ses sourcils danses et foncés. Ses grands yeux noirs, son nez ajusté et ses joues mates et lisses, ne laissent aucun doute sur son jeune âge. «Aziz» vient de fêter ses 21 ans avec son nouvel amant au Sud.

Il relâche sa silhouette fine sur la chaise et dévie avec élégance les coins de la table par ses jambes longues. Il commence à parler de ses dernières vacances avec beaucoup d’humour. Puis, il vire au sérieux :

Nous sommes tout le temps obligés de nous cacher ou de faire semblant. Au fil du temps, la prudence finit par devenir de la paranoïa. Nous avons peur de l’espionnage sur Internet et de l’écoute téléphonique. La loi 230 du code pénal nous pèse de plus en plus. Quelques-uns prétendent avoir une copine, d’autres se marient carrément pour faire taire les rumeurs et se faire accepter par la société. Mais la majorité garde ce meilleur ami-amant que tout le monde matte avec méfiance. Personnellement, je refuse de jouer cette comédie. Avec le temps, j’ai appris à voler quelques moments de bonheur et d’intimité en sécurité et sans faire du bruit. Ma famille et mes amis proches sont au courant et ça ne me gêne pas tant que ça …explique Aziz.

Photographe à ses temps libres, Aziz est encore étudiant. Il se renferme de plus en plus dans un milieu d’artistes qui a l’avantage de rarement intimider les homosexuels. Concernant la loi 230, il pense que c’est le moment de la révoquer. « Mais la priorité reste sans doute, le changement des mentalités. Même si la loi change, le chemin reste long vers une égalité véritable. La discrimination actuelle me fait, petit à petit, perdre le sentiment d’appartenance à ce pays», ajoute Aziz avec amertume.

Militant de Droit de l’Homme depuis des années, «A» n’était pas seulement engagé dans le combat pour la cause des LGBT mais aussi dans plusieurs autres combats d’égalités et de libertés. Même s’il garde l’anonymat, plusieurs le reconnaissent en tant qu’initiateur de mouvement contre la politique de discrimination des homosexuels en Tunisie. Bientôt, son association de lutte contre l’homophobie sera mise en place pour créer « une sorte de refuge pour toutes les personnes LGBT ».

Je peux vous confirmer que je n’ai pas fait face à des incidents homophobes dans ma vie. Je ne me vois pas en tant que victime et je ne me considère pas comme minorité. Déjà, ce terme péjoratif n’est pas justifié car on ne peut jamais savoir si la communauté gay est minoritaire ou pas. À ce que je sache, jusqu’à maintenant, nous n’avons pas inventé de machine qui détecte l’orientation sexuelle de chacun. On ne pourra jamais savoir ce qui se passe entre les murs, ironise «A».

«A» considère que la constitution doit protéger la vie intime de ses citoyens. Selon lui, l’article 230 du code pénal est anticonstitutionnel. « Je demande aux députés à qui j’ai donné ma voix de supprimer l’article 230 du code pénal. 3 ans de prison ferme c’est trop et c’est stupide. À quoi bon s’occuper de la sexualité d’autrui ? À quoi bon chercher ce qui se passe dans le lit de X ou de Y? C’est de la violation de la vie intime. Si nous laissons cette porte ouverte, plusieurs autres droits vont être bafoués au nom du conformisme et de la religion » s’indigne «A».

Parmi les droits-de-l’hommistes, rares sont ceux qui affichent leur soutien à la cause des LGBT. Même certaines associations comme l’ATL (l’association qui lutte contre la transmission de maladies sexuellement transmissibles) s’arrêtent au niveau social et médical. La société civile ne met pas le doigt sur ce qui dérange le plus: le tabou de la sexualité dans la loi tunisienne.

Plusieurs nous disent que ce n’est pas le moment. C’est un faux argument, car si selon vous, l’État est occupé par la lutte antiterroriste, comment trouve-t-on le temps d’arrêter un tunisien et un suédois et de les condamner à 3 ans et 2 ans de prison ferme? Je fais là un appel aux pseudo-activistes, qui croient que les droits LGBT ne sont pas nécessaires: Arrêtez de lutter pour les droits humains! Si vous y croyez réellement, vous n’allez jamais les diviser ou les trier selon vos désirs, ajoute «A» en colère.

Il était bref au téléphone et voulait s’assurer que nous n’allions ni filmer ni mentionner son nom. « Je suis un homme marié. J’ai deux enfants et une famille … mais … je peux témoigner. Je le fais pour vous » nous dit «S» pour s’assurer de notre discrétion. Dans la réception d’un hôtel au centre-ville, il nous accueille avec un sourire gêné. Enveloppé dans un long manteau noir, «S» garde une légère barbe de lassitude. Ses yeux clairs et sa chevelure lisse, racontent une jeunesse révolue plutôt séduisante.

Jadis, je prenais ma sexualité à la légère. Je pensais que ma différence n’était qu’un cauchemar qui hantait mes nuits et nourrissait mes moments de solitude. J’étais et je suis encore l’homme correct qui incarne l’idéal tunisien. Après des études supérieures en architecture, je me suis marié avec une fille de bonne famille. J’avais hâte de me marier en pensant que cela allait corriger mes fantasmes. J’ai des enfants que j’adore. J’ai réussi ma vie professionnelle… Mais je ne suis pas heureux, avoue «S» avec regrets.

« Toute ma vie se résumait à vouloir cacher mes désirs. Je suis arrivé au point de refuser de faire la bise entre cousins ou amis (dit-il en rigolant). Jusqu’au jour où j’ai commencé à fréquenter des forums sur Internet. Même derrière mon pseudonyme, j’étais timide et très méfiant. Petit à petit, je me suis lâché tout en gardant mon identité cachée. Je n’ai jamais accepté de rencontrer des LGBT en groupe. Ces derniers organisent, régulièrement, des rencontres. J’optais plutôt pour les discussions privées à caractère érotique. J’ai eu quelques aventures, mais sans succès… Ma jeunesse passée, il y avait peu de propositions attirantes et vraiment sincères », raconte «S».

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Sans aucun espoir de changement, «S» n’espère rien pour lui mais plutôt pour les générations futures. Il estime que sa réussite sociale n’est qu’un mensonge. « Une maison de carton fragile, qui peut s’effondrer à tout moment », rajoute «S» pour décrire sa vie.

Je suis d’une famille normale de classe moyenne. J’entretenais une relation très solide avec mon père qui me comprenait beaucoup plus que ma mère. Malheureusement, il est décédé il y a quelques années. Avec ma mère, cela n’a jamais été vraiment facile. Nous sommes très différentes l’une de l’autre, commence à raconter «K».

Elle a 25 ans et vit chez sa mère. En relation amoureuse avec une jeune femme depuis des années, «K» ne s’affiche pas en tant que lesbienne. Elle craint, comme la plupart de ses semblables, la répression et l’exclusion de la société. Militante dans un parti de gauche progressiste, «K» affirme que l’existence d’une loi contre l’homosexualité installe chez elle, même implicitement, « une peur permanente de se trouver un jour, dénoncée par des ennemis ou des inconnus ».

Concernant ses expériences elle affirme : « après l’université, j’ai vécu plusieurs aventures mais je n’ai jamais été satisfaite. Et puis, tout d’un coup, j’ai décidé de m’ouvrir sur d’autres horizons. Quand j’ai côtoyé des lesbiennes, ce fut comme une révélation! J’ai compris que j’avais trouvé ma place et que c’est ce que je cherchais depuis tout ce temps! Au début, j’étais sur un nuage. Le monde des homosexuels me paraissait vaste, riche et sans fin. Puis, plus le temps passait plus je me rendais compte des problèmes. Tout d’un coup, mon monde est devenu progressivement petit par les restrictions et l’obligation de faire attention partout. C’est devenu invivable », se désole «K» avant de confirmer qu’elle ne quittera jamais la Tunisie et qu’elle continuera la lutte pour arracher ses droits.

La Tunisie s’accroche encore à la politisation de l’intime, qui stigmatise le mouvement de libération individuelle récemment commencé. Depuis le 14 Janvier, quelques médias ont parlé de l’homosexualité en gardant une approche moralisatrice pour éviter les critiques. Le seul homme politique qui a osé en parler, est Samir Dilou, à l’époque où il était ministre des Droits de l’Homme. Son seul commentaire consistait à aider les personnes LGBT à se faire soigner d’« une déviation psychologique ». En contrepartie, les efforts de la société civile demeurent invisibles et n’arrivent pas à briser le silence. Si selon «A», la volonté de mobilisation manque considérablement chez les grandes structures de la société civile, les victimes, quant à elles, évitent la confrontation et préfèrent rester dans l’ombre.

Trouvé sur Nawaat, presse tunisienne, 28 février 2015.

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[actu] USA : proposition de loi pour tirer à vue sur les homosexuels https://depavage.noblogs.org/post/2015/04/07/actu-usa-proposition-de-loi-pour-tirer-a-vue-sur-les-homosexuels/ Tue, 07 Apr 2015 17:21:33 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1378 Continuer la lecture →]]> flingueUn Chrétien américain a déposé en toute légalité une initiative visant l’autorisation de tuer gays et lesbiennes sans autre forme de procès.
publié le 11 mars 2015 sur le site gay suisse 360ch

Comme une lettre à la poste. Matthew McLaughlin, habitant de Sacramento aux Etats-Unis, a déposé une initiative, moyennant 200 dollars, pour légaliser la chasse aux homosexuels. Avec l’aval du procureur général, le bien nommé «Sodomite Suppression Act» (Loi pour la suppression des sodomites, en bon français) autoriserait toute personne, voyant des individus de mêmes sexes entrer en contact pour des «gratifications sexuelles», de tirer à vue façon chasse aux pigeons ou par «tout autre procédé approprié». Bang bang, he shot me down…

Une question de prévention…

Ce sympathique chrétien invoque, évidemment, les forces divines: «[Les relations sexuelles entre personnes de même sexe] est un crime abominable que Dieu Tout-Puissant nous ordonne de supprimer par la douleur pour éviter notre destruction totale, comme il a renversé Sodome et Gomorrhe.» Pour Matthew McLaughlin, prévenant, estime qu’il est mieux que les hétérosexuels tuent les homos (d’une balle dans la tête de préférence) ici et maintenant plutôt que de souffrir en Enfer plus tard. Merci bien.

Le Sodomite Suppression Act (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

En plus de la chasse à l’homo, et de sa mise à mort, le «Sodomite Suppression Act» interdirait aux gays et lesbiennes d’occuper des fonctions publiques. Si cela ne suffisait pas, les homosexuels pourraient faire une croix sur les allocations et l’aide sociale. Une loi qui va à l’encontre des autres? Pas de problème, Matthew McLaughlin a pensé à tout: «Toutes les lois en conflit avec celle-ci sont invalides», est-il écrit dans le texte. Il ne reste plus que 365’000 citoyens de l’Etat de Californie, où se trouve Sacramento, signent l’initiative pour qu’elle soit discutée. Alors que les Etats-Unis sont en train de s’ouvrir au mariage homosexuel, force est de constater qu’à chaque fois qu’un sujet de société d’envergure est débattu, les extrêmes se réveillent.

(via la presse gaie mainstream Queerty)

 

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[actu] Brésil : une milice de gladiateurs pentecôtistes https://depavage.noblogs.org/post/2015/03/27/actu-bresil-une-milice-de-gladiateurs-pentecotistes/ Fri, 27 Mar 2015 17:47:07 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1361 Continuer la lecture →]]> 4100728100Au Brésil, l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu (EURD), une Eglise Pentecôtiste, annonce avoir formé une milice baptisée « Gladiators autel », qui a pour mission de « aller en enfer pour sauver âmes » . Selon un député brésilien, l’Eglise veut préparer une armée d’hommes, la plupart jeunes, pour tuer tous les athées et les homosexuels.

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L’Eglise existe depuis 1977.

Lu sur le webzine Ekivox :

Il y a plusieurs mois, j’ai écrit un article sur l’évangélisme de l’Église Universelle du Royaume de Dieu, secte pentacostale née et développée au Brésil. Je dressais dans “l’Évangile selon Macedo” un portrait peu flatteur de ce mouvement religieux de grande ampleur. Et bien ça ne fait qu’empirer…

Il y a quelques semaines ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux des vidéos mettant en scène des groupes d’évangélistes à l’organisation clairement militaire. Ces vidéos ont évidemment créé des débats plutôt vifs sur une organisation qui prône l’intolérance religieuse dans un pays où la diversité des cultes est une donnée primordiale : que ce soit les religions de matrice africaine comme l’umbanda ou le candomblé, les religions chrétiennes du catholicisme aux témoins de Jehova, ou les spiritistes kardecistes, une relative paix religieuse avait finalement réussi à s’installer au Brésil, malgré sa longue et douloureuse histoire.

On comprend donc l’inquiétude des prêtres de cultes de matrice africaine qui, comme le montre une lettre ouverte de la Casa de Oxumaré au gouvernement brésilien, craignent une recrudescence des actes de violences à leur encontre.

Dans les innombrables commentaires laissés sur les réseaux sociaux, on distingue évidemment deux types de réactions : ceux qui comparent le mouvement G. A. à de nouvelles croisades, au film “La Vague” ou aux groupes paramilitaires religieux tels que Boko Haram ou l’E. Islamique. Ceux-ci évidemment s’inquiètent d’un mouvement qui a soulevé plus de 4 000 jeunes en si peu de temps, mouvement d’autant plus préoccupant qu’il existe au Brésil un terreau fertile pour les milices de toutes sortes.

Mais il y a aussi ceux qui pensent le mouvement comme une “action sociale” (sic.)… c’est vrai que personne n’avait pensé au bouclier et à l’épée comme logo pour vendre des biscuits dans le bus, ça va faire un carton…

Il ne s’agissait pas ici de faire une description exhaustive de ce qui se passe de l’autre coté du monde, simplement de transmettre quelques échos. Comme quoi la généralisation de la violence religieuse n’est pas une exclusivité islamiste…

R.B.

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En bonus, quelques illustrations de la vertu et de la pudibonderie chrétienne vue par quelques auteurs anticléricaux et libertins :

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Sat 3 Sade 1 tirette 3 Academie des dames 2

Cap 6 Devéria 4

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Chloé au micro de l’Envolée, 2014 https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/chloe-au-micro-de-lenvolee-2014/ Sun, 15 Feb 2015 17:32:36 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1308 Continuer la lecture →]]> lucie_dejardin0017Incarcérée dans une prison pour hommes, Chloé a mené un combat acharné contre l’administration pénitentiaire et les médecins pour changer de sexe. Sortie de taule après 16 années d’enfermement, elle témoigne au micro de l’émission l’Envolée, sur FPP, en avril 2014.

 

Interview de Chloé qui, à la sortie de 16 années de prison, raconte son parcours de combattante, ses souffrances et ses luttes pour que sa transexualité soit reconnue et respectée, le mépris de l’administration et des services médicaux… et le fait qu’elle n’a rien lâché. Au travers de ce récit, on voit comment la médecine maltraite très souvent les prisonnier-e-s. Et les conséquences désastreuses du fait que la bureaucratie pénitentiaire ne connaît que les cases hommes/femmes traditionnelles.

Cette interview a été diffusée à l’origine dans l’émission L’envolée sur radio FPP à Paris, en avril 2014.

L’Envolée radio, c’est tous les vendredis à 19h sur Fréquence Paris Plurielles. Merci à l’émission Papillon pour avoir récupéré et rediffusé le son ! Et force, courage et détermination à toi Chloé pour tes combats à mener dehors !

 

CHLOE

Lire et écouter le témoignage de Chloé en 2012-2013.

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[actu] Angola : un baiser entre hommes à la télé… et des chanteuses trans et gays ! https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/11/actu-angola-un-baiser-gay-a-la-tele-et-des-clips-trans-et-gays/ Wed, 11 Feb 2015 02:04:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1280 Continuer la lecture →]]> gay-lionsUne brève à propos de la diffusion d’un baiser gay à une heure de grande écoute sur la télé angolaise… Et à l’occase, des clips des artistes angolais trans et gay Titica et Edy Sex.

 
 

Angola : Un baiser gai à la télévision suscite une polémique

Publié par l’afp, média béni des colonies, le 4 février 2014.

Une société de production audiovisuelle angolaise a présenté des excuses publiques mercredi pour avoir diffusé une série dans laquelle deux hommes s’embrassaient, ce qui a provoqué une polémique dans le pays.

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« Nous présentons nos sincères excuses à tous ceux qui se sont sentis offensés », a indiqué la société de production Semba Comunicaçao, citée par l’agence de presse gouvernementale Angop, promettant de « faire quelques corrections dans la présentation de certains contenus sensibles ».

Cette déclaration intervient après la diffusion fin janvier d’un épisode de la série angolaise à succès intitulée « Jikulumessu », dans lequel deux homosexuels s’embrassaient.

Ce baiser gai, diffusé après le journal du soir, à une heure de grande écoute, a suscité une polémique dans un pays à la forte tradition catholique et où l’homosexualité est un tabou – même si elle n’est pas illégale -, déclenchant une avalanche de critiques sur les réseaux sociaux.

La télévision publique angolaise a annoncé cette semaine la suspension de la diffusion de la série pour des raisons techniques.

En réaction, « Coréon Du», le concepteur de la série et patron de Semba Comunicaçao, qui n’est autre que l’un des fils du président angolais José Eduardo dos Santos, a dénoncé sur son compte Facebook un « acte de censure ».

« La télénovela Jikulumessu aborde plusieurs sujets sociaux sensibles, dont la violence juvénile, la délinquance, la corruption, la polygamie, l’homosexualité et la prostitution, avec l’objectif d’attirer l’attention sur leur existence et de lancer un débat à leur propos », s’est défendue la société de production citée par Angop.

La société de « Coréon Du» avait déjà été accusée de promouvoir l’homosexualité lors de la diffusion d’une première série télévisée, « Windeck », aujourd’hui exportée au Portugal et au Brésil.

José Paulino dos Santos, plus connu sous son nom d’artiste « Coréon Du», est le fils du président angolais et de l’une de ses anciennes compagnes, Maria Luisa Abrantes, qui est à la tête de l’Agence nationale pour l’investissement privé.

 

Titica, chanteuse trans angolaise

«Je jouais avec des poupées, je ne restais qu’avec des filles et je faisais tout comme une femme. Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais je savais que j’étais différente des autres enfants.»

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«Les gens sont encore bien fermés sur le sujet mais, grâce à Dieu, les mentalités commencent à s’ouvrir et ça va continuer. De plus en plus de gens vont s’habituer…»

«J’ai même été battue à cause de mes préférences sexuelles, les gens sont très sévères envers les personnes comme moi.»

« La Titica que vous voyez aujourd’hui en face de vous, c’était celle qui était enfouie tout au fond de moi. »

Depuis 2013, la chanteuse est ambassadrice auprès de l’UNAIDS (ONUSIDA).

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Edy Sex, chanteur gay angolais

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[actu] Tunisie : répression et témoignages https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/11/actu-tunisie-repression-et-temoignages/ Tue, 10 Feb 2015 23:44:20 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1257 Continuer la lecture →]]> shamsLa presse mainstream occidentale se soucie des lois réprimant l’homosexualité en Tunisie à l’occasion de la condamnation d’un Suédois à une peine de deux ans de prison. A lire aussi la réaction d’une association et des témoignages datant d’il y a quelques mois trouvés sur le blog de l’association Kelmty.

 

Présente dans le code pénal avant le renversement de Ben Ali, la loi réprimant la sodomie était alors relativement peu appliquée. Avec l’arrivée d’Ennahdha (islamistes modérés) au gouvernement jusqu’en 2014, il semble que la situation se soit tendue, comme en témoignait alors les lgbt qui ont pris la parole et les assos de préventions des MST qui relataient un retour à un certain ordre moral en terme de sexualité. Pour l’instant, le « nouveau » pouvoir (qui a des liens avec la dictature déchue), n’en décide pas autrement…

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Tunisie: Un Suédois condamné à deux ans de prison pour homosexualité

Un Suédois a été condamné à deux ans de prison pour homosexualité en Tunisie, a indiqué samedi la diplomatie suédoise, précisant que l’affaire avait été évoquée entre représentants des deux pays.

«Nous avons discuté du cas avec des représentants tunisiens et souligné la conception de la Suède selon laquelle l’égalité des droits quelle que soit l’orientation sexuelle est un principe démocratique fondamental», a déclaré une porte-parole du ministère des Affaires étrangères suédois. Contacté par l’AFP, le ministère tunisien des Affaires étrangères a confirmé la condamnation, sans autres précisions dans l’immédiat.

Les pratiques homosexuelles passibles de trois ans de prison ferme

«L’homme, âgé d’une cinquantaine d’années, a été condamné le 4 février à deux ans d’emprisonnement pour des actes homosexuels», selon la porte-parole. Selon le quotidien Aftonbladet, l’homme, domicilié en France depuis quelques années, aurait fait appel du jugement.

L’homosexualité est considérée comme un délit en Tunisie, précise la diplomatie suédoise sur son site consacré aux conseils aux voyageurs. Selon le Code pénal tunisien, les pratiques homosexuelles sont passibles de trois ans de prison ferme.

(Publié par le massmédia 20minutes avec l’AFP le 7 février 2015).

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Communiqué de l’association tunisienne Damj

Nous, activistes de « Damj pour l’égalité et la justice » dénonçons la condamnation du ressortissant suédois.

L’homosexualité en Tunisie est réprimée et toute personne susceptible d’avoir un « comportement homosexuel » est passible de trois ans de prison ferme et d’une amende comme le mentionne l’article 230 du code pénal tunisien.

Cet article du code pénal tunisien n’a plus sa place dans la Tunisie d’aujourd’hui.

Rappelons que l’article 21 de la constitution de la deuxième République précise que :

– Les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune.

L’article 24 indique que :

-L’État protège la vie privée, l’inviolabilité du domicile, la confidentialité des correspondances, des communications et des données personnelles.

Dans ce sens, nous exhortons les autorités tunisiennes à abroger l’article 230 du code pénal. Cet article est une atteinte aux valeurs universelles des Droits Humains et nous rêvons d’une Tunisie meilleure où tous les citoyens soient traités sur le même pied d’égalité.

En Tunisie, les condamnations selon l’article 230 du code pénal reste très peu nombreuses. Face à l’absence de statistiques, nous nous référons aux cas, jugés notamment selon les articles 226 ou 226 bis, que nous traitons depuis la création de notre association en aôut 2011 pour la défense des droit des minorités et des groupes marginalisés en Tunisie.

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Etre gay en Tunisie « T’es pédé ou quoi ? »

Trouvé sur Kelmty.

Trois ans après le prin­temps arabe, être gay ou bi­sexuel reste un tabou et un acte ré­pré­hen­sible en Tu­ni­sie. Pour­tant la jeune gé­né­ra­tion homo compte bien se battre pour ses droits. En­core faut-il faire preuve de co­hé­sion. Et de cou­rage, aussi.

Jan­vier 2011 a été un mo­ment par­ti­cu­lier. Pen­dant les ma­ni­fes­ta­tions contre le dic­ta­teur Ben Ali, de jeune tu­ni­siens et tu­ni­siennes ont dé­gainé le dra­peau arc-en-ciel, sym­bole de la com­mu­nauté LGBT. Ce, pour la pre­mière fois, en pu­blic. Ràm’y a sau­ve­gardé une photo de l’évé­ne­ment sur son or­di­na­teur por­table. Dans un café de La Marsa, le quar­tier chic de Tunis, il la montre fiè­re­ment. Ça ne le dé­range pas que d’autres per­sonnes puissent la voir. Ici, dans ce lieu, il n’a pas à se ca­cher. Le café pour­rait se trou­ver aussi bien à Ber­lin ou Paris.  Hips­ter, jeune, la seule dif­fé­rence tient dans ce vent froid venu de la mer Mé­di­ter­ra­née qui souffle sur la ter­rasse.

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Ràm’y est assis là, il fume et ra­conte. Sa mère sait qu’il est ho­mo­sexuel. Pas son père. Lui, ça lui est égal. Il vit sa vie. Sur Fa­ce­book, il poste des pho­tos et des textes sur les ho­mo­sexuels, les bi­sexuels ou les les­biennes. Il ne mâche pas ses mots. Même si la plu­part des gens en sont dé­ran­gés et même s’il re­çoit ré­gu­liè­re­ment des com­men­taires tel que « T’es pédé ou quoi ? ». « Je veux que les gens s’y ha­bi­tuent. Avec le temps, l’ho­mo­sexua­lité va de­ve­nir quelque chose de nor­mal », com­mente-t-il. Ram’y s’ex­prime de ma­nière éton­nam­ment ré­flé­chie pour ses 20 ans. Il a beau­coup de plans pour son futur et sou­haite que, dans l’ave­nir, il soit plus fa­cile d’être homo en Tu­ni­sie. « J’ai­me­rais qu’il y ait plus de pos­si­bi­li­tés pour nous : une gay pride, un groupe d’en­traide, plus d’ac­cep­ta­tion. »

Il en va du de­ve­nir de jeunes gens dont l’iden­tité sexuelle est désap­prou­vée en Tu­ni­sie, par l’État et par la so­ciété. Le pa­ra­graphe 204, qui condamne un acte sexuel entre deux per­sonnes de même sexe jus­qu’à trois ans d’em­pri­son­ne­ment, n’est peut-être pas sou­vent mis en ap­pli­ca­tion, mais il rap­pelle que les ho­mo­sexuels et les les­biennes peuvent être pour­sui­vis à n’im­porte quel mo­ment à cause de leur iden­tité sexuelle. Pour la so­ciété tu­ni­sienne, les gays res­tent un tabou, tout comme les trans­sexuels.

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MARIÉ DEUX FOIS POUR PA­RAÎTRE HÉ­TÉ­RO­SEXUEL

Methi connaît bien ce rejet (le nom a été changé, nda). Au­jour­d’hui, il ha­bite à deux heures et demi de Tunis. Il avait be­soin d’avoir une cer­taine dis­tance avec sa fa­mille, « d’air pour res­pi­rer ». De­puis son stu­dio, il a vue sur la plage d’une ville tou­ris­tique de la côte est de la Tu­ni­sie. Des pein­tures à l’huile de fo­rêts vertes sont ac­cro­chées dans son ap­par­te­ment. Des fo­rêts al­le­mandes. Methi adore l’Al­le­magne. Il a vécu là-bas pen­dant sept ans et y a fait des études d’al­le­mand. Ça a été la pé­riode pen­dant la­quelle il s’est senti le plus libre de sa vie, ra­conte-t-il. Il a main­te­nant 35 ans. Il sait de­puis sa pu­berté qu’il est bi­sexuel, avec une pré­fé­rence pour les hommes. À l’époque, il n’était pas ques­tion de faire son co­ming-out. Au­jour­d’hui non plus. « Trop dan­ge­reux ». Sous la pres­sion fa­mi­liale, il a épousé par deux fois la même femme avec la­quelle il a eu un en­fant. Il est main­te­nant, pour la se­conde fois, di­vorcé. Et seul.

La ré­vo­lu­tion n’a pas changé grand-chose pour lui, tout comme pour beau­coup d’autres ho­mo­sexuels et bi­sexuels de plus de 30 ans. « La si­tua­tion n’est pas de­ve­nue si dif­fi­cile pour les ho­mo­sexuels sous Ben Ali car ils ne dé­ran­geaient pas son pou­voir », ex­plique Methi. Il craint même une dé­té­rio­ra­tion dans le cas où le mou­ve­ment sa­la­fiste, conser­va­teur, aug­men­te­rait en puis­sance.

Pour Methi, c’est clair : il va de nou­veau se ma­rier et vivre à la ma­nière d’un hé­téro. Par contre, il pense que les jeunes tu­ni­siens de­vraient bé­né­fi­cier du chan­ge­ment. « In­ter­net n’a pas seule­ment amené la ré­vo­lu­tion jus­qu’ici mais a aussi per­mis de ras­sem­bler de jeunes gens par­ta­geant les mêmes idées. C’est ça la vé­ri­table ré­vo­lu­tion », dit-il.

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LE PRE­MIER MA­GA­ZINE gay N’A PAS LA VIE FA­CILE

Le world wide web per­met aux ho­mo­sexuels de se re­trou­ver. La plate-forme de ren­contre pla­ne­tro­meo met des hommes en contact avec d’autres hommes – que ce soit pour le sexe, la re­cherche d’une re­la­tion ou pour se faire de nou­veaux amis. Sur Fa­ce­book, de nom­breux homos ont un deuxième pro­fil ano­nyme pour échan­ger avec d’autres et s’or­ga­ni­ser. De la même ma­nière, on y trouve des sites comme Kelmty, la pre­mière or­ga­ni­sa­tion LGBT de Tu­ni­sie à être ac­tive en ligne. Des ac­ti­vistes ont aussi créé le pre­mier ma­ga­zine homo de Tu­ni­sie sur In­ter­net : le Gay Day Ma­ga­zine. Après un ex­cellent dé­part, le site In­ter­net n’est ce­pen­dant plus que ra­re­ment ac­tua­lisé. De­puis que le mi­nistre tu­ni­sien pour les droits de l’homme a mis pu­bli­que­ment le ma­ga­zine au pi­lori, son fon­da­teur vit dans la peur. « Il dé­mé­nage presque tous les deux mois pour ne pas être trouvé », ex­plique Ali.

L’étu­diant de 25 ans s’in­ves­tit pour le ma­ga­zine, entre autres, comme ad­mi­nis­tra­teur web. Il est aussi actif à Am­nesty In­ter­na­tio­nal. C’est l’un de ces jeunes tu­ni­siens qui ap­par­tiennent à un ré­seau et se battent pour une dé­mo­cra­ti­sa­tion au sens large. Au lieu de pas­ser ses soi­rées de­vant la té­lé­vi­sion, il par­ti­cipe à des groupes de dis­cus­sion dans des centres cultu­rels al­ter­na­tifs. Ses amis et lui ne sont pas là par passe-temps. Ils veulent faire avan­cer les choses, dont les droits des ho­mo­sexuels. Mais ça de­mande du temps. Ali at­tend le bon mo­ment pour de­ve­nir actif. Ça le dif­fé­ren­cie d’autres gens qui, après la ré­vo­lu­tion, ont créé ra­pi­de­ment des ini­tia­tives : « tous ont com­mencé quelque chose sans sa­voir ce qu’ils vou­laient faire concrè­te­ment et quels étaient leurs buts ».

MÊME AU SEIN DE LA COM­MU­NAUTÉ LA SO­LI­DA­RITÉ MANQUE

Ali agit, lui, de ma­nière plus calme. Jus­qu’ici, il ana­lyse et ré­flé­chit à une stra­té­gie que le mou­ve­ment homo pour­rait adop­ter. Il dis­cute avec des ac­ti­vistes d’autres pays, cherche des conseils, es­saye de se mettre en contact avec d’autres homos. Et la der­nière tâche n’est vrai­ment pas fa­cile. Beau­coup ont peur que leur en­ga­ge­ment ne mène à un co­ming-out in­vo­lon­taire. Il n’existe pas de com­mu­nauté fixe d’ho­mos réunis au­tour des mêmes buts. Il y a bien des groupes in­for­mels de gays et de les­biennes dans les dif­fé­rents quar­tiers de Tunis, mais ceux-ci sont  par­tiel­le­ment en com­pé­ti­tion. « Si nous ne sommes pas so­li­daires entre nous, c’est dur de re­ce­voir de la so­li­da­rité de l’ex­té­rieur », dit Ali.

Pour lui, trois ans après la ré­vo­lu­tion, le mou­ve­ment homo se trouve tou­jours pra­ti­que­ment au point de dé­part. Mais le temps presse. Il y a en­core beau­coup de gays qui, comme Methi, sont for­cés au ma­riage et à une vie de fausse ap­pa­rence à cause du tabou de la so­ciété. Mau­vaise pers­pec­tive.

 Source: cafebabel.fr
 
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Vivre son homosexualité en Tunisie

La rédaction de Za-gay a accueilli un membre de kelmty qui a accepté de répondre aux questions des membres de Za-gay autour du thème de l’homosexualité en Tunisie.

Question basique et sûrement clichée mais : te considères-tu musulman pratiquant alors que ta religion condamne fortement l’homosexualité ? Et si oui, n’est-ce pas difficile d’allier religion et sexualité, d’être jugé et parfois même méprisé par des personnes qui se basent sur une interprétation d’un texte religieux ? – Question posée par Lermb, Drakon & Horus30 

Mahdy : C’est un peu dur de faire l’équilibre entre le culte et la sexualité et donner un avantage au culte ne ferait qu’aggraver la situation par un profond sentiment de culpabilité et de mensonge donc je préfère rester neutre et garder une petite partie de moi qui croit que Dieu pourrait me donner la force de comprendre et de me pardonner quelque chose que je n’ai pas choisi.

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• L’Albanie est un pays à majorité musulmane et dont le gouvernement s’est apprêté il y a environ huit mois à légaliser le mariage homosexuel. Il est possible que le mariage homosexuel soit légalisé en Albanie avant un bon nombre d’autres pays européens, comme la France par exemple. Qu’est-ce que ça t’inspire ? – Question posée par Mastermasque

Mahdy : Il ne faut pas oublier d’une part que l’Albanie grâce à sa situation géographique, se trouve à l’est d’une Europe qui l’influence en terme de libertés et d’autre part l’Albanie est un pays seulement  à majorité musulmane, alors que la Tunisie est véritablement un pays fondé sur la Charia, ce qui implique l’éthique et les règles de l’islam, pas en tout évidemment mais elle suit quelques règles aberrantes pour satisfaire les esprits islamistes les plus révoltés contre l’homosexualité.

• Historiquement les relations homosexuelles discrètes étaient plus faciles en orient qu’en occident. Mais alors qu’en occident les conditions des gays s’améliorent, j’ai le sentiment qu’en orient elles se dégradent (et plus généralement en Afrique). Penses-tu que j’ai tort ? – Question posée par Allomat69

Mahdy : Les facteurs historiques influent beaucoup, il faut prendre en compte qu’en occident suite à l’humanisme et à la révolution européenne, les occidentaux ont réussi à surmonter leur Église et leur religion dont les règles absurdes étiquetaient tout, pour bâtir des règles éliminant la majeure intrusion de l’Église qui contenait elle-même des pratiques homosexuelles même si c’était plus toléré en Orient et en Afrique.

 Certains pays continuent et ont toujours des rites anti homosexuels, souvent très extrémistes pour préserver leurs bonnes mœurs comme dans des pays centre africains avec la lapidation ou encore en Iran avec la pendaison publique. Les habitudes se perpétuent à travers les générations et s’incrustent pour faire naître l’homophobie ou bien la tolérance.

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• Ce que j’aimerais savoir, c’est comment est vue l’homosexualité féminine, par rapport à l’homosexualité masculine, est-ce qu’il y a vraiment une différence de perception dans la société tunisienne ou alors c’est vu de la même manière ? – Question posée parMastermasque.

Mahdy : Les stéréotypes de l’homosexualité féminine et masculine sont les mêmes pour toutes les personnes, chez les hommes c’est quelque chose de tabou le gay tunisien et une  » folle  » efféminée toujours en compagnie de filles et obsédé par le look ou l’apparence féminine, réticent à toute activité physique et autres choses considérées comme véritablement masculines.

On les insulte, on les exclue, on essaye de prouver qu’avec une présence masculine dans leur entourage leur homosexualité peut disparaître. Si le garçon n’est pas efféminé et s’avoue homosexuel il n’est pas forcément réprimandé ; s’il est passif c’est considéré comme de la curiosité, si il est actif cela est complètement normal, mais seuls les gays actifs sont totalement acceptés par la société, voire même cela est source de fierté.

Le sujet de l’homosexualité ne se limite alors qu’à qui pénètre qui et à si la personne est féminine ou masculine. Les gays actifs excluent même les gays passifs, même s’ils ont à peu près les mêmes orientations sexuelles.

Pour l’homosexualité féminine, elle est minimisée à un jeu entre amies qui sont extrêmement excitées mais ne voulant pas perdre leur virginité, la perte de la virginité étant considérée comme une honte pour la fille et sa famille. C’est alors considéré comme un jeu qui n’aura aucune fin et il sera dit que la fille en question finira par se rappeler de la présence masculine, se soumettra et finira par se marier.

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Dans des pays où on est toujours entre mecs, et ou on se tient par la main, ce n’est pas bien difficile d’avoir discrètement un copain non marié, même bi. Dans ces conditions, est-ce indispensable de faire son coming-out ? Au regard de la culture arabe, finalement, est-ce que ça choque tant que ça deux homosexuel(le)s qui vivent ensemble, ou alors c’est le fait qu’ils se disent homosexuels ou commencent à revendiquer des droits ?  Question posée par Allomat69 & Mastermasque

Mahdy : Dire « je suis homo et je l’assume et c’est comme ça » est extrêmement rare en Tunisie, se cacher est tellement devenu une habitude que l’assumer ne devient plus nécessaire, car l’habitude d’être caché est là, donc revendiquer un droit de quelque chose d’illégitime est insensé pour les homosexuels tunisiens.

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• Malgré le fait que le Codé Pénal tunisien sanctionne « la sodomie entre adultes consentants » de trois mois à trois ans de prison, les homosexuels ou homosexuelles prennent tout de même le risque de s’afficher ? Au Maroc par exemple, Abdellah Taïa qui est écrivain a pris le risque de s’affirmer homosexuel dans un de ses livres. Toi, par exemple où as-tu déjà affiché ton homosexualité et vis-à-vis de qui, comment ont-ils réagi ? Que crains-tu exactement si tes parents étaient amenés à l’apprendre ? – Question posée par Mastermasque & Horus30

Mahdy : Cette loi est juste un terrain d’entente entre tout le monde, cette loi existe mais presque jamais appliquée pour ne pas faire de polémiques et attiser la colère et pour ne pas donner une mauvaise image du Maghreb.

Pour moi, mon homosexualité et ma famille est une très longue histoire mais avouer qu’on est gay est très dur il faut une énorme confiance et surtout généralement le coming-out se fait par consentement mais pas par surprise.

• Sais-tu comment se passe les rencontres homosexuelles en Tunisie, est-ce qu’il y a des lieux de rencontre, est-ce que tout passe par internet, ou est-ce que les homosexuels prennent le risque d’aborder les gens dans la rue ? Toi, par exemple comment fais-tu, as-tu des connaissances, des amis homosexuels, enfin si tu as déjà rencontré d’autres homosexuels ? – Question posée par Horus30 & Mastermasque

Mahdy : La plupart des rencontres se passent au centre ville de Tunis, mais ces rencontres sont basées sur la connaissance par internet et certains prennent ce risque. Dans mon cas, je connais pas mal d’homos que je considère comme des amis alors pour m’engager dans une relation, c’est par internet que je peux faire de nouvelles connaissances. 

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Depuis quand sais-tu que tu es homosexuel ? Tu as mis du temps pour l’accepter ? Est-ce que tu as déjà parlé de ta sexualité à quelqu’un, ne serait-ce qu’un étranger qui vit à l’autre bout du monde, ou pas du tout ? – Question posée parMastermasque

Mahdy : Je pense que je suis homo depuis ma naissance. C’est à l’âge de 15 ans que j’ai compris ce que signifiait le mot « homosexuel », à l’âge de 17 ans j’ai eu des problèmes dans mon lycée à cause de ma sexualité et j’ai été obligé de le révéler à quelques amies mais heureusement « elles » ont été compréhensives.

• Les homosexuels ou homosexuelles, qui finissent par se marier et mener une double-vie, à ton avis, sont-ils nombreux ? Tu y songes ? Question posée par Mastermasque

Mahdy : Pour ma part, j’ai déjà entendu parler de quelques cas mais ça reste rare. En ce qui me concerne, je veux me marier avec une lesbienne. 

Est-ce que tu penses que depuis le départ de Ben Ali et la révolution qui se passe actuellement en Tunisie, cela pourrait changer des choses pour la situation des homosexuel(le)s Tunisiens, notamment en matière de libertés et de droit, des associations se sont-elles d’ailleurs déjà manifestées ? Ou au contraire n’as-tu pas peur que la situation puisse se dégrader si un parti islamiste venait au pouvoir ?
Car il semblerait que si on suit l’interprétation qui est faite des textes religieux, c’est la peine de mort qui préconisée pour les homosexuels. Bien que cette interprétation soit sans doute contestable, il semblerait que dans le Coran, il y ait aussi un passage sur les éphèbes qui sont promis au paradis qui est très ambigu, de même la peine capitale est préconisée pour beaucoup de choses. – Question posée par Ikiroh, Mastermasque, Drakon & Roquy69

Mahdy : Oui, depuis le départ de Ben Ali et la révolution qui se passe actuellement en Tunisie cela va je pense dégrader la situation des homosexuels car à mon avis le parti islamiste va avoir le pouvoir et ça risque de tourner mal.

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• Il a été dit lors d’une émission que la France était bien au courant de la « dictature » en Tunisie, qu’est-ce que tu penses de ça ? – Question posée par Drakon

Mahdy : La France était toujours là pour savoir tout ce qui se passait en Tunisie dans tous les domaines que ce soit politiques sociaux ou économiques,  en maintenant des relations qui favorisaient la dictature Ben Ali. 

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 • Il y a une chose qui m’a étonné, c’est ta présence sur Za-gay, il me semblait que les sites répertoriés gays étaient automatiquement censurés en Tunisie. Et donc, je me demande tout simplement si je me trompe ou si t’as usé de méthodes pour contourner cette censure ? – Question posée par Mastermasque

Mahdy : Za-gay, Tetu et d’autres sites n’ont pas été censuré en Tunisie  à mon avis car ils ne sont pas des sites pornographiques. Après la révolution, la censure a été enlevée et tous les sites sont désormais accessibles

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• Mehdi Ben Attia est aussi tunisien, il a réalisé un film sur l’homosexualité nommé « Le Fil » qui se passe en Tunisie, il me semble qu’il est interdit en Tunisie, malgré cela en as-tu eu des échos ? – Question posée par Mastermasque

 

 » Il s’agit de comprendre qu’à l’inverse des autres minorités, les homosexuels doivent apprendre à faire face à la discrimination seuls. Tous les noirs naissent de parents noirs, les arabes de parents arabes, les juifs de parents juifs. Face à un monde extérieur hostile, ils grandissent avec la certitude réconfortante de se savoir entourés par leurs semblables, leurs familles, leurs communautés, au sein desquelles ils se sentent protégés de l’intolérance des masses. Aucun homosexuel ne naît de parents homosexuels. Chacun d’entre nous doit faire face seul au sentiment d’être un étranger dans sa propre famille, à la négation de l’éventualité de notre différence, au potentiel rejet de ceux qui nous sont les plus chers. Au mépris, au dégoût, à l’horreur dans le regard de nos parents, nos frères, nos sœurs. »

Bizerte_tag la rue et la colère pas les tribunes, ni les discours

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C’est quoi, la transphobie ?, par Selene https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/03/cest-quoi-la-transphobie-par-selene/ Tue, 03 Feb 2015 15:17:26 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1218 Continuer la lecture →]]> tumblr_lit9wpEfaX1qdkhdgo1_500« S’il existe de tels propos, clairement haineux et méprisants, c’est que notre société toute entière est basée, dans ses valeurs, sur notre mise à l’écart, sur le fait que nous serions une anomalie, une exception monstrueuse. »

Repris du blog Wakening princess, publié le 15 janvier 2015.

C’est le rejet des personnes trans pour ce qu’elles sont.

La partie la plus visible, c’est la partie haineuse ou méprisante. Le sommet de l’iceberg, c’est évidemment les agressions que l’on peut subir au quotidien. Et quand je parle de quotidien, c’est bien que si je sors tous les jours, je vais avoir tendance à être agressée (au moins verbalement) tous les jours, tant que je me situe encore dans une zone d’entre-deux, tant que l’on peut lire sur ma personne des signes visibles appartenant aux deux genres (par exemple, pour mon cas, un habillement clairement féminin avec des traits de visage qui peuvent pour certains être identifiés comme vaguement masculins).

Parlons de faits. Je suis souvent traitée de travelo, que ce soit directement (« hé, sale travelo ! ») ou indirectement (« hé regardez c’est un travelo ! »). Les autres insultes que je peux recevoir sont systématiquement au masculin, négation supplémentaire de ce que je suis. J’arrive assez bien à voir si l’on m’a identifiée comme trans : il me suffit de suivre les regards en coin et plissés, les rires, les murmures entendus de personnes qui sont en train de me regarder ou de me pointer du doigt sans aucune discrétion. Ils sont de plus en plus rares, mais tout récemment, même après deux mois d’hormones (et une apparence qui me permet d’être désignée comme « madame » dans la majorité des magasins), j’ai encore été confrontée à ce genre de propos, et à des débats publics quant à mon genre ; « la vie d’ma mère, j’vous jure c’est un garçon ! ».

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Plus grave… Alors que je n’avais pas encore commencé le traitement hormonal, je ressentais parfois le besoin de faire un tour dans la rue avec une tenue féminine, expérimentant mon genre avec la très mauvaise idée d’attendre pour cela la nuit (cela possède toutefois une raison compréhensible, la nuit il y a moins de monde et donc j’avais moins de risques d’être reconnue par quelqu’un que je connaissais ; et je n’avais pas encore fait mon coming-out public). Cheminant sereinement, je traverse la rue à un passage piéton ; une voiture s’arrête alors. Les fenêtres s’ouvrent, j’entends qu’on m’insulte. « Fils de pute ! », « Sale pédé ! » sont criés. Je feins de ne pas entendre, je continue mon chemin. Le feu passe au vert, la voiture tourne et passe devant moi. Les mêmes insultes fusent de nouveau. J’ignore de nouveau. Je constate finalement qu’au bout de l’avenue… la voiture fait demi-tour. Panique, peur, je me mets à courir, je change de rue le plus vite possible, je me cache derrière une haie. Ce jour-là, j’aurais pu être agressée, j’aurais pu être retrouvée le lendemain matin la gueule en sang ou morte. Les journaux m’auraient alors présentée comme un travesti, ou n’auraient simplement pas parlé de moi (les personnes trans valent moins que les personnes cisgenre aux yeux des médias, même devant la mort).

On en parle peu, mais il existe aussi un important harcèlement transphobe sur Internet. Toute personne s’affichant publiquement comme étant trans, sur les réseaux sociaux, s’expose à une vindicte populaire permanente. Je ne connais pas de personne trans qui n’ait pas été touchée, qui n’ait pas reçu de messages haineux ; et j’en connais qui en reçoivent tous les jours, toutes les heures qui passent. Des messages méprisants, haineux, qui rient de ce qu’on est, de notre apparence, de nos choix. Des propos atroces. J’ai déjà lu que nous étions « Des erreurs de la nature, 100x pire que les pédés »… J’ai déjà lu qu’il fallait nous pousser au suicide. On nous qualifie de monstres, on nie notre genre d’élection, on nous considère ouvertement comme des anomalies à éliminer.

Dans l’échelle des valeurs et des genres, nous valons d’ailleurs encore moins que des femmes cisgenre. Depuis que j’ai commencé mon traitement hormonal, que mon apparence est moins ambiguë, j’ai moins de propositions indécentes. Clairement : on me propose moins souvent de l’argent pour que je me mette à genoux et que je fournisse une fellation. Moins de voitures s’arrêtent à côté de moi pour me proposer de faire un tour. Cela arrive toujours, je me fais toujours siffler et aborder, je subis le sexisme ordinaire, mais l’on me prend moins pour un objet sexuel (oui, j’en suis rendue là).

Comme je le disais, il ne s’agit toutefois que la partie visible de l’iceberg. S’il existe de tels propos, clairement haineux et méprisants, c’est que notre société toute entière est basée, dans ses valeurs, sur notre mise à l’écart, sur le fait que nous serions une anomalie, une exception monstrueuse.

Déjà, parce que de (trop) nombreux psychiatres nous considèrent comme ayant une maladie mentale. J’ai moi-même été confrontée, lors de ma phase d’acceptation et avant mon affirmation publique, à des amis m’assénant que la transidentité (pardon, le « transsexualisme ») était une maladie mentale grave. Qu’il s’agissait d’individus souhaitant arracher leur pénis (étrangement, on en parle d’ailleurs que de ce « sens » là ?) et ne respectant pas leur propre corps. En résumé, une méconnaissance sévère de ce qui constitue notre état, nos besoins. En France, encore, il existe un parcours psychiatrisant et pathologisant, s’auto-proclamant « officiel », la SOFECT. Il s’agit d’une association de praticiens (endocrinologues, psychiatres, chirurgiens…) se faisant fort de prendre en charge le « transsexualisme » (j’emploie les guillemets car il est bien clair que cette prétendue maladie mentale n’existe pas). Bien entendu, aucune personne trans ne fait partie de cette association irrespectueuse de nos parcours de vie. Les personnes concernées sont soumises à des batteries de test, majoritairement psychiatriques, et considérées comme malades. Elles sont souvent désignées avec leur genre de naissance par les soignants, même après une éventuelle réassignation génitale. Elles sont poussées à la chirurgie comme étant un but ultime, alors qu’il ne s’agit pas forcément même d’une étape (personnellement, je n’ai même pas encore envisagée la chose, cela viendra peut-être mais comme je l’ai dit plus tôt, je suis à l’aise avec mon anatomie à ce sujet). Elles sont considérées comme devant absolument être hétérosexuelles dans le genre d’élection (pour le coup, ça me disqualifierait d’office). Elles sont infantilisées, leurs rendez-vous sont pris sans que leur accord ne soit demandé, et leur apparence étant jugée à chaque rendez-vous (mais,  vous prétendez être une femme, pourquoi ne portez-vous pas de jupe ?). On leur prescrit des inhibiteurs de testostérone sans pour autant compléter avec la contrepartie en œstrogènes, pendant plusieurs mois, ce qui provoque de l’ostéoporose et un état de sévère dépression (le corps humain n’est simplement pas fait pour fonctionner sans hormones, cela pose des problèmes graves), ce qui est une usine à suicides et à exclusion sociale. En outre, les chirurgiens sont en France limités en nombre d’interventions génitales par an, ce qui empêche leur spécialisation. Nombre d’entre-nous partent en Thaïlande car les professionnels y possèdent un niveau bien supérieur, de manière incomparable. L’inconvénient majeur, c’est le prix : sans compter le voyage, il faut souvent compter aux alentours de dix-mille euros afin de s’assurer d’une reconstruction parfaite, et rien n’est remboursé par la sécurité sociale dans ce cas.

Trans as in fuck you

La transphobie naît aussi de ce que l’on appelle le cissexisme : le fait de réduire le genre à l’apparence physique, y compris intime ; parce que la société considère les femmes comme des incubateurs sur deux jambes, et surtout les hommes comme des pénis ambulants. Dans ce contexte, le statut des personnes trans est très lié à leur anatomie génitale, ce qui est pourtant très intrusif. De façon saugrenue, une partie du féminisme cisgenre est encore coincé dans ces conceptions, excluant les femmes trans en les voyant comme des prédateurs qui souhaiteraient infiltrer les milieux féminins afin de mieux commettre viols et agressions, et les hommes trans comme étant des victimes du patriarcat étant passées à l’Ennemi (et ignorant totalement l’existence des personnes non-binaires). Heureusement, nous assistons à une vague militante prenant en compte nos vécus et notre véritable nature, et sur laquelle nous pouvons, je le pense, fonder nos espoirs : celui de voir nos identités enfin reconnues et nos êtres enfin libérés de la simple classification biologique. Nous ne sommes aucunement à réduire à nos parties génitales et deux personnes possédant un utérus ne sont pas forcément plus semblables entre elles qu’à une personne en étant dénué. C’est avant tout de cela qu’il s’agit. On considère les hommes et les femmes comme étant des catégories biologiques, scientifiques, et impossibles à transcender, alors qu’il n’y a rien de plus faux. Il s’agit d’un état social et d’une identité, et l’apparence des organes génitaux visibles à la naissance n’est qu’un critère parmi tant d’autres pour que la personne s’affirme un jour être un homme, une femme, un peu des deux ou rien de tout cela ; d’après son ressenti, son vécu, sa manière de se percevoir. C’est une des sources de la transphobie. L’autre jour, je vais à un guichet SNCF pour prendre un billet de train, je présente ma carte jeune, la guichetière hallucine, et en moins d’une minute de conversation, elle me demande si j’ai « fait l’intervention ». Je vous laisse juger de la pertinence de la question en un tel contexte, de la part d’une personne que je ne connais pas… et de l’effet sur ma personne. J’ai été vraiment très choquée.

Selene

Le cissexisme, c’est aussi considérer que l’IVG fait partie du droit des femmes (il y a des hommes qui sont concernés ; cherchez Thomas Beatie sur google si vous avez la curiosité de voir un homme enceint, il a accouché de trois enfants) ; alors que l’on peut simplement parler de personnes possédant un utérus fonctionnel. C’est de dire que quand on a du courage, on a des couilles (enfin, pour le coup, c’est aussi sexiste, tout court).  J’arrête la liste là et je laisse votre imagination travailler sur l’ensemble des propos cissexistes que l’on peut tenir au quotidien. Ces propos n’ont certes rien de dramatiques lorsqu’ils sont pris individuellement ; mais mis bout-à-bout, dans leur ensemble, ils contribuent à signifier que les personnes trans sont anormales, au mieux des exceptions dont il n’est pas forcément pertinent de tenir compte lorsque l’on parle de la généralité.

Pourtant, dans ce contexte, on vit un véritable massacre à notre échelle.

En ayant été éduquée dans une famille particulièrement ouvert d’esprit et aimante, respectueuse et désormais très soutenante, j’ai pourtant attendu l’age de 27 ans pour m’accepter, pour admettre ce que je suis. La transphobie, je l’ai intériorisée, elle m’a poussée à combattre ma véritable nature, à me cacher, à me faire passer mollement pour ce que je n’étais pas. Elle m’a faite souffrir, me faisant concéder à tort que j’étais réduite à une condition d’homme n’acceptant pas sa propre virilité, là où j’étais en fait une femme ayant été assignée mâle à la naissance, conduite à une socialisation d’homme qu’elle n’avait jamais désirée, par défaut et parce qu’on ne lui avait jamais présentée l’alternative comme étant simplement possible. Dans les médias, l’on présente les personnes trans comme étant des hommes ayant voulu devenir des femmes, ce qui est absolument faux, ce qui est un modèle dans lequel il est très difficile de se reconnaître. Bêtement, parce que je n’ai jamais été un homme, et parce que je n’ai jamais voulu devenir une femme : j’ai toujours été une femme, je me suis toujours vue comme telle, je rêvais d’enfin pouvoir être considérée comme telle.

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On nous présente comme des bêtes de foire, on nous pointe du doigt comme étant des curiosités au mieux, des monstres bien plus souvent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les femmes trans sont bien plus visibles que les hommes trans ou les personnes non-binaires : nous sommes bien plus spectaculaires, et avec la grille de lecture sexiste de la société les hommes trans seraient des femmes qui veulent améliorer leur statut, là où les femmes trans subissent de leur plein gré l’humiliation de la féminité, ce qui fait de nous des monstres à exhiber. Dans les œuvres culturelles, il est courant d’humilier les personnages masculins en leur faisant revêtir des atours féminins… et la surprise d’une femme qui est en réalité trans est un ressort comique archi-classique (et insultant)… Quand on pense au nombre de femmes qui sont violées, tuées ou tabassées parce qu’elles se révèlent avoir un pénis (ou en avoir eu un…), non, la blague n’est pas drôle, pas drôle du tout. Pensez-y : je serai peut-être un jour au nombre des victimes.

On considère même que nous ne devons pas nous reproduire. Dans les textes, la République Française exige encore notre stérilité afin de permettre notre changement d’état civil. Dans la théorie, pour avoir enfin un F sur ma carte d’identité, pour que les administrations ne me considèrent plus comme un homme, pour que les guichetiers et guichetières de la SNCF ne me demandent plus ce que j’ai entre les jambes, pour que les recruteurs ne partent plus du principe que je suis un travesti, il me faudra passer devant des experts pouvant affirmer que je ne suis plus capable de procréer. C’est, en soi, une forme d’eugénisme, que l’institution Européenne elle-même dénonce déjà… Sans compter le fait que la procédure de changement d’état civil est longue, coûteuse, humiliante. Ce sont des personnes tierces qui pourront décider de la légitimité de mon genre devant la République, qui auront même le droit de me la refuser, et à qui je devrai dévoiler mon vécu et mon intimité afin d’être reconnue à juste titre.

C’est dans ce contexte que nous vivons. C’est dans ce contexte que chaque jour, des personnes trans, pour la plupart en outre victimes de racisme, sont tuées chaque jour. C’est dans ce contexte que l’écrasante majorité d’entre nous meurent de leur suicide, souvent sans jamais avouer la réalité de la portée de leur geste, dans la honte ; l’autre alternative étant souvent la vie malheureuse passée à se cacher, à ne pas assumer, à pleurer dans son lit en rêvant à une vie que la société ne nous laisse pas espérer. On estime couramment une prévalence de la transidentité de l’ordre du pourcentage, mais c’est sans compter le nombre de personnes qui passent leur vie à se cacher, et celles qui ne dépassent pas l’adolescence, se suicidant en réalisant qu’elles ne pourront, de toutes façons, jamais vivre leur vie. Leelah Alcorn (pareil, vous devez faire fonctionner google si ce nom vous est étranger) en est un exemple très récent, mais qui n’a rien d’une exception. C’est parce qu’elle était blanche, de bonne famille, et qu’elle avait laissé une note de suicide sur Internet, que nous avons pu médiatiser et diffuser l’événement. Mais chaque jour, il y a d’autres Leelah Alcorn, souvent de couleur, souvent pauvres, souvent ignorées et méprisées, et dont on ne connaîtra jamais la véritable raison du suicide, étouffée par la famille proche ou parfois même jamais assumée.

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Moi-même encore, en me regardant nue dans le miroir, j’ai du mal avec l’apparence de mon corps au bout de deux mois d’hormones. Je suis entre-deux, j’ai l’impression, le sentiment d’être un monstre. Pourtant, je sais pertinemment qu’il ne s’agit que d’une injonction sociale. Les canons de beauté sont très binaires, ne tiennent pas en compte de la réalité des personnes, même cisgenre. C’est une machine qui broie les individualités. Je dois m’en extraire. En fait… nous devons toutes et tous nous en extraire.

Il faut absolument que nous cessions de théoriser le vivant en oubliant la réalité de nos vécus, de nos identités, de ce que nous sommes. Nous ne faisons qu’entretenir une usine à dépréciations, à humiliations, à dépressions. Pourtant, ce que nous demandons, c’est simplement que nous acceptions enfin d’aimer l’Humain tel qu’il est, c’est à dire dans sa diversité. Prétendre qu’il existe des personnes normales et d’autres anormales, prétendre qu’il existe un standard, ce n’est ni plus ni moins qu’écraser tout le reste de l’humanité. Nous sommes une espèce particulièrement diverse, il n’existe pas deux individus qui soient identiques, même en prenant en compte le fait qu’il en existe des jumeaux. Aimer l’humanité, être humaniste, c’est aussi non pas tolérer (ce qui induirait une hiérarchie, une gradation, une normalité ne faisant qu’admettre une anomalie) mais bien accepter que les autres puissent ne pas être exactement pareils que nous. C’est respecter les vécus différents, les choix, les identités.

Nous y arriverons, j’y crois fermement, et cette certitude me permet de vivre.
Y’a du boulot. Il faudra de la visibilité, de l’éducation, de la sueur, des larmes.

Mais on y arrivera.

On n’a pas le choix.

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« 5 choses que j’aimerais bien que les mecs gays sachent à mon sujet », Matt Kailey, 2010 https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/03/5-choses-que-jaimerais-bien-que-les-mecs-gays-sachent-a-mon-sujet-matt-kailey-2010/ Tue, 03 Feb 2015 14:27:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1233 Continuer la lecture →]]>

6503_NpAdvHover« Beaucoup des hommes gay que je rencontre ne sont même pas au courant que des hommes trans existent au beau milieu d’eux. »

Traduction publiée sur Transmecs & mecs le 30 novembre 2014

 

5 choses que j’aimerais bien que les mecs gays sachent à mon sujet

par Matt Kailey, 2010

En tant que rédacteur en chef pour l’une des plus vieilles publications LGBT du pays – et en tant qu’homme trans s’identifiant comme gay — je passe beaucoup de temps au milieu d’hommes gay non-trans.

Je travaille avec eux, je travaille pour eux, je les interviewe, je passe du temps avec eux, je vais à leurs soirées, je vais aux événements qu’ils organisent, je leur parle, j’écris pour eux, et j’écris sur eux. Et quelquefois je leur fait peur — pas de manière délibérée, mais parce que, en dehors de la communauté militante, beaucoup des hommes gay que je rencontre ne sont même pas au courant que des hommes trans existent au beau milieu d’eux.

Ils s’attendent à ce qu’on puisse nous remarquer d’une manière ou d’une autre, ou encore leur définition de trans regroupe les femmes trans et Chaz Bono — ils ne sont pas du tout familiers de la population plus large des hommes trans.

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Si je vous ai fait peur récemment (ou un jour), voilà ce que j’aimerais que vous sachiez :

  1. Vous n’êtes pas obligés de sortir avec moi ou de coucher avec moi, et vous n’êtes pas transphobes, superficiels, ou des cons, si vous n’en avez pas envie (vous êtes peut-être tout ça, mais votre désintérêt ne signale pas ça automatiquement). Il est fort possible que je n’ai pas envie de sortir ou de coucher avec vous moi non plus. Bavarder de manière amicale peut être une manière pour vous et moi de prendre une décision à ce sujet. Et, des fois, une discussion amicale est juste ça — une discussion amicale, rien de plus. Parfois un cigare est juste un cigare.
  2. Juste parce que j’ai été un peu socialisé de manière féminine, ça ne veut pas dire que j’ai envie de me marier ou même d’être monogame. Vous avez regardé trop de films hétéros sur la chaîne Lifetime.
  3. Vous n’avez pas besoin de faire attention à ce que vous dites en ma présence. C’est ok d’aimer les verges et même de le dire à voix haute. Vous ne me faites pas de peine. Je les aime aussi. Et c’est ok de me dire « ma chérie » et « elle » si vous appelez les autres mecs gays comme ça. Vous n’avez pas à vous excuser et à expliquer que ce n’était pas une erreur et que vous n’êtes pas en train de me manquer de respect et que, vraiment, vous dites ça aux autres mecs gays. Je sais faire la différence.
  4. Si je ne me présente pas à vous comme “Matt Kailey, homme trans”, ce n’est pas parce que j’essaie de vous « tromper ». C’est juste pas nécessaire par moment. Si nous en arrivons au stade de la « conversation amicale », vous serez au courant. Et j’apprendrai probablement des choses à votre sujet que, vous aussi, vous ne m’avez pas dit quand vous m’avez dit votre nom.
  5. Si vous voulez savoir ce que ça fait de coucher « avec une femme », je peux vous présenter à quelques-unes qui pourraient être intéressées. Si vous voulez savoir ce que ça fait de coucher « avec un homme trans », je ne peux probablement pas vous aider, parce que « un » n’est pas un échantillon représentatif. Si vous voulez savoir ce que ça fait de coucher avec moi, ça peut éventuellement s’arranger. (Attention je vous raconte la fin : ce n’est pas trop mal, à ce qu’on m’a dit.)

Mais le thème traversant tout ceci est : relax. Je suis peut-être le premier homme trans que vous ayez jamais rencontré de votre vie. C’est plus probable que non. Je suis juste le premier qui vous en ait parlé ou au sujet de qui vous étiez au courant. Mais, peu importe, vous n’avez pas à faire ou dire quoi que ce soit de différent. Vous n’avez pas à vous comporter différemment.

Je vis comme je suis. Vous avez juste à être qui vous êtes. Quoi qu’il se passe après ça ne pose pas de problème.

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[actu] Lituanie : le baiser homosexuel jugé excentrique par la justice https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/01/actu-lituanie-le-baiser-homosexuel-juge-excentrique-par-la-justice/ Sun, 01 Feb 2015 22:49:02 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1211 Continuer la lecture →]]>

lituanie_a-cote-d-un-militant-oppose-a-la-gay-pride-le-27-juillet-2013-a-vilniusUn jeune couple lituanien qui avait posté une photo d’eux sur Facebook s’est retrouvé bombardé de messages haineux. C’est leur faute, a estimé un tribunal.

Publié le 31 janvier par la presse gay suisse mainstream 360°.
 

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Vivre son homosexualité au grand jour n’est pas toujours une partie de plaisir, en Lituanie, membre de l’Union européenne [en Suisse et en France non plus, Nddp]. Dans ce pays balte régulièrement tenté par les législations homophobes, la justice vient d’infliger une douche froide à deux étudiants. L’association LGBT nationale LGL avait porté plainte au nom de ce jeune couple gay, après qu’ils avaient avaient été bombardés d’insultes et de menaces à cause d’une photo postée sur Facebook. Le cliché d’un simple baiser avait déclenché une avalanche de messages haineux. Certains disaient que les jeunes hommes allaient être «démolis», «brûlés» et qu’ils allaient se «faire éclater la tête». En tout, la LGL avait dénoncé 29 internautes.

«Ils auraient dû prévoir qu’un acte aussi excentrique était susceptible décourager la compréhension et la tolérance»

Portée en décembre devant le procureur général de Lituanie, la plainte a été jetée à la corbeille, mercredi, par le tribunal de Klaipéda, la troisième ville du pays. Le juge a refusé d’entamer une instruction, estimant qu’il ne s’agissait pas d’incitation à la violence contre des homosexuels, mais d’un regrettable «usage de langage inapproprié pour exprimer son opposition aux relations homosexuelles». Les deux jeunes hommes «auraient dû prévoir qu’un acte aussi excentrique (un baiser entre deux amoureux de même sexe, ndlr) était susceptible décourager la compréhension et la tolérance commune auprès des gens de notre société qui ont des vues et des opinions différentes.» Auparavant, le ministère public avait fait savoir qu’il était aussi de son devoir de «protéger la famille traditionnelle». La LGL a prévu de faire recours.

 

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[actu] Turquie : une prison réservée pour les LGBT ? https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/actu-turquie-une-prison-reservee-pour-les-lgbt/ Wed, 28 Jan 2015 18:16:52 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1192 Continuer la lecture →]]> PrisonerSolidarityHeartsAprès avoir été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination envers un détenu homosexuel, la Turquie a lancé la construction d’une prison qui n’accueillera que des détenus LGBT. Il s’agit d’une mauvaise solution.

En Turquie, les personnes LGBT (Lesbienne, gay, bi et trans) incarcérées sont soumises à de nombreuses discriminations. « Quand je suis arrivé en prison, je n’ai pas dévoilé mon orientation sexuelle. Mais l’administration pénitentiaire a vite découvert que j’étais homosexuel après avoir vu que j’avais participé à des manifestations LGBT », raconte un détenu à une journaliste d’Al-Monitor.

« Ils ont voulu me faire passer une visite médicale. J’ai refusé, parce que cette visite comporte un examen anal. Ils m’ont alors obligé à aller voir un psychiatre, parce que pour eux l’homosexualité est une maladie, et il me fallait donc un rapport médical. Ce rapport leur aurait permis de me mettre en cellule d’isolement, mais le psychiatre a refusé de rédiger le rapport. »

Le détenu, Koyuncu, explique comment il a commencé à faire l’objet d’insultes, d’agressions et de harcèlement, même de la part des gardiens. Jusqu’à ce qu’il finisse par craquer et décide d’accepter l’isolement que la prison cherchait à lui imposer depuis le début.

« La loi turque précise que l’isolement est réservé aux détenus condamnés à une peine de prison à vie, à ceux souffrant d’une maladie contagieuse et à ceux qui font l’objet de sanctions disciplinaires. La douzaine de détenus LGBT placés à l’isolement le sont donc en toute illégalité », pointe Al-Monitor.

Discrimination

Après qu’un détenu a porté plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), celle-ci a rejeté l’argument de la Turquie expliquant que les détenus LGBT pouvaient être placés à l’isolement « pour leur sécurité ». La CEDH a convenu qu’il s’agissait bien d’un cas de discrimination.

« Le résultat de cette décision de la CEDH, c’est que le ministère de la Justice turc a reconsidéré la question des détenus LGBT et a décidé de construire une prison uniquement pour eux », raconte Al-Monitor. Pour les personnes LGBT, cette solution n’est pas satisfaisante. Deux associations ont publié un communiqué pour expliquer qu’un tel projet ne ferait qu’accroître les discriminations.

« Si je peux choisir, je préfère évidemment être incarcéré dans une prison spéciale plutôt que de me retrouver à l’isolement. Mais la vraie solution, ce serait d’améliorer les conditions de détention. (…) A mon avis, il devrait y avoir des quartiers LGBT dans toutes les prisons », conclut Koyuncu.

Info issue du massmédia Courrier International, 23 janvier 2015.
 
 
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