gouines – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Sun, 15 Feb 2015 19:54:33 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 En finir avec le placard, brochure https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/en-finir-avec-le-placard-brochure/ Sun, 15 Feb 2015 17:58:57 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1314 Continuer la lecture →]]> prisongay

Recueil de textes de prisonnièrEs politiques LGBT américainEs et de groupes queer de soutiens aux prisonnierEs.

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LA BROCHURE AU FORMAT PDF :

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« Les militant.e.s (radicaux) de la fin des 1980s et des 1990s doivent se réapproprier l’histoire de la résistance qui a éclos, puis s’est poursuivie tout au long des 1970s et des 1980s. Tant que le gouvernement et les médias continueront de définir qui et quoi est important, les vraies leçons contenues dans nos expériences et celles des autres seront perdues. Les gens n’ont pas entendu parler de nous (sauf un vague souvenir de gros titres – et encore) parce qu’il y a une vraie stratégie gouvernementale de contre-insurrection pour enterrer les révolutionnaires qui ont été capturé.e.s. Je suis en prison depuis six ans, et j’ai passé plus de la moitié du temps à l’isolement ou dans des quartiers d’isolement à des milliers de kilomètres de ma communauté et de ma famille. Mon expérience ressemble à celle des 100-150 prisonnier.e.s politiques aux USA. Si les individus de différents mouvements (c’est-à-dire, les noir.e.s, les portoricain.ne.s, les amérindien.ne.s et les mouvements blancs qui ont vu la nécessité d’organiser la résistance à l’oppression) sont détruits, c’est une façon de délégitimer les revendications de ces mouvements. Je suis en prison depuis six ans, et j’ai passé plus de la moitié du temps à l’isolement ou dans des quartiers d’isolement à des milliers de kilomètres de ma communauté et de ma famille. Mon expérience ressemble à celle des 100-150 prisonnier.e.s politiques aux USA. Si les individus de différents mouvements (c’est-à-dire, les noir.e.s, les portoricain.ne.s, les amérindien.ne.s et les mouvements blancs qui ont vu la nécessité d’organiser la résistance à l’oppression) sont détruits, c’est une façon de délégitimer les revendications de ces mouvements. »

« Quand les opprimé.e.s se battent pour la liberté, en utilisant des moyens violents parmi d’autres moyens, alors je pense qu’il faut les soutenir. Auriez-vous condamné des esclaves africain.ne.s aux USA pour avoir tué leurs maitre.sse.s ou pour avoir usé de violences dans leur combat pour la liberté ? Pour moi, la question est comment nous combattons effectivement – et humainement – pour l’émancipation. En construisant la lutte, nous devons être capable d’autocritique et autant conscient.e.s de comment nous luttons que de pour quoi nous luttons. Mais je pense aussi que nous devons nous battre pour gagner – et je pense que ça veut dire s’engager dans un combat pour le pouvoir. »

« C’est important pour notre mouvement de se préoccuper de tou.te.s les prisonnier.e.s, et je pense que c’est tout particulièrement important pour le mouvement gay et lesbien que nous nous occupions de lutter contre les attaques à l’encontre des prisonnier.e.s gays/lesbiennes et de soutenir tou.te.s les prisonnier.e.s infecté.e.s par le VIH. Se préoccuper de tou.te.s les prisonnier.e.s et du rôle répressif et d’enfermement qu’a la prison dans notre société est une autre façon de se battre contre le racisme, puisque la majorité des prisonnier.e.s viennent de communautés du Tiers Monde. Les prisonnier.e.s sont enfermé.e.s – loin des yeux, loin du coeur – et les rares droits qui ont été obtenus dans les luttes menées par les prisonnier.e.s sont réduits ou sapés. Les droits humains sont quasi-inexistants en prison, et s’il n’y a pas de soutien communautaire ni de conscientisation, le gouvernement peut continuer son escalade dans sa politique répressive, et les conditions vont continuellement empirer. C’est tout particulièrement vrai pour les prisonnier.e.s infecté.e.s par le VIH, puisque la stigmatisation du SIDA est encore pire en prison que dans le reste de la société. Les prisonnier.e.s infecté.e.s par le VIH meurent plus rapidement que les malades dehors car les traitements sont intermittents et limités, et les conditions de vie sont si mauvaises. Donc je ne dirais jamais aux gens de soutenir les prisonnier.e.s politiques comme si c’était opposé au soutien des autres prisonnier.e.s. Il n’y a pas de contradictions entre nos intérêts en prison. »

« Je crois que toute lutte venant d’abord de « gens blancs de la classe moyenne » risque de ne pas être pertinent si elle ne s’allie pas avec les luttes des personnes opprimées. Dans ce pays, nous avons vu souvent des populations déjà privilégiées être soudoyées. Quand cela arrive, non seulement les choses restent pareilles, mais elles empirent. Mais au-delà de ça, je ne pense pas qu’on puisse être vraiment des êtres humains si on ne se bat pas pour tou.te.s les opprimé.e.s. Sinon, notre lutte est aussi individualiste et raciste que le reste de la société dominante. Dans ce cas, nous ne gagnerons rien qui vaille de mener une lutte. Je pense que le mouvement queer doit discuter avec les autres mouvements et les autres communautés afin de trouver des stratégies communes et de comprendre comment nous soutenir mutuellement. Je pense que nous avons besoin de parler aux groupes qui luttent pour la libération nationale afin de définir notre agenda politique et notre stratégie – par exemple, quelles revendications devons nous porter dans la lutte contre le VIH qui puissent aider les autres communautés luttant contre le VIH ? C’est une lutte, pas forcément un processus facile, mais c’est crucial. C’est vrai également que notre mouvement a déjà appris des autres mouvements – souvent sans même le réaliser ou le reconnaitre. Nous avons en particulier assimilé des concepts stratégiques développés (au prix cher) par la lutte de libération noire, depuis le mouvement des droits civiques jusqu’au Black power et à la lutte pour les droits humains. Ce n’est pas par hasard que les leaders de Stonewall* étaient des gays et des lesbiennes du Tiers Monde. Je pense donc qu’il est important de reconnaitre, quand se pose la question des alliances et des coalitions, que nous n’avons pas besoin d’« inclure » les autres gens – nous avons besoin de nous allier avec eux.elles, d’apprendre d’eux.elles, et de nous battre à leurs côtés. Nous devons les soutenir. Et nous devons nous battre pour eux.elles comme pour nous, car dès que nous acceptons les divisions ou ignorons l’urgence de lutter contre le racisme, nous perdons. »

« Le mouvement homosexuel tel qu’il est aujourd’hui constitué est réapparu depuis que je suis en prison, donc je n’ai pas participé à son développement. Je ne pense pas que le mouvement homosexuel soit pertinent pour les autres personnes oppressées et pour les luttes que celles-ci mènent sans une analyse anti-impérialiste des racines de l’oppression des homosexuel.le.s et donc, une pratique qui mette en place un changement. En d’autres termes, un mouvement conduit par des hommes blancs de la classe moyenne – même ceux opprimés en raison de leur orientation / identité sexuelle – qui n’accorderaient pas du pouvoir (au sein du mouvement) à des hommes et des femmes du Tiers Monde, en s’occupant de leur agenda politique, ne sera jamais qu’un mouvement réformiste. Un mouvement pour les droits des homosexuel.le.s qui ne lutte pas pour les droits (humains et démocratiques) de ceux.celles dans le besoin, en particulier ceux.celles qui sont oppressé.e.s en tant que nationalité, installe une compétition entre les luttes plutôt qu’une opposition radicale et cohérente au gouvernement. »

« Les hors-la-loi sexuels de toutes sortes ont toujours lutté pour une transformation radicale de la société. Par exemple, des gays noirs ont été des leaders et des participants clés de la lutte pour les droits civiques, depuis Bayard Rustin jusqu’à James Baldwin. Et depuis les émeutes de Stonewall* de 1969, des milliers de lesbiennes, de gays, de bisexuel.le.s, de personnes transgenres et à deux spiritualités ont participé, en étant out, à toutes les grandes luttes pour la justice sociale. Depuis les mouvements contre la guerre du Vietnam et pour la libération des femmes des années 1960 et 1970 jusqu’aux mouvements contre l’apartheid et pour l’indépendance de Porto-Rico dans les années 1980 et 1990, pour ne citer que quelques exemples, les queers ont été là, à la fois en tant qu’individus et en tant que groupes, revendiquant fièrement nos sexualités. »

« Quiconque est soucieux.se de la lutte des queers et contre le VIH devrait aussi être scandalisé.e de l’imminente exécution de Mumia. Beaucoup d’entre nous ont fait l’expérience de violences policières violemment homophobes et sérophobes* à l’égard de nos mouvements. L’injustice à l’égard de Mumia se nourrit de son histoire comme journaliste et comme militant engagé contre les violences policières, et son appartenance antérieure au Black Panther Parthy a été utilisée pour inciter le jury à le condamner à mort. Cela en fait un cas emblématique. Si Mumia peut être exécuté sans avoir eu un procès équitable, c’est un précédent dangereux qui autoriserait une intensification de la répression contre toutes les sortes de militant.e.s. C’est pourquoi des groupes qui travaillent rarement ensemble se sont unis aujourd’hui dans l’action. De plus, beaucoup d’entre nous s’opposent à l’utilisation de la peine de mort en général. »

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Retour sur 5 fantasmes qui circulent autour de la PMA … et des luttes féministes https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/25/5-fantasmes-autour-de-la-pma/ Tue, 25 Nov 2014 15:35:13 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=690 Continuer la lecture →]]> family_by_pyxelated-d50fh1kAu nom de la critique de la technologie, un certain nombre d’idées commencent à circuler dans les revues libertaires qui ont de moins en moins avoir avec la PMA et de plus en plus avoir avec des fantasmes sur la PMA… et sur le féminisme. Voici le top 5 des idées incongrues qui circulent aujourd’hui sur la Procréation médicale assistée (PMA).

1) La PMA c’est la marchandisation du vivant et l’avènement de la technoscience ? En France, lors des débats sur le mariage pour tous, la revendication des lesbiennes pour l’accès à la PMA était une revendication d’égal accès à un don de sperme. La PMA en France est un don de sperme, aujourd’hui autorisé de façon anonyme pour les héteros stériles dans les banques de sperme et remboursé par la sécurité sociale. Si le don de fluide corporel doit être questionné au regard de la technoscience, il est étrange que ce débat arrive avec la PMA alors que le don de sang existe depuis bien plus longtemps. Pourquoi porter systématiquement le débat de la PMA sur la « marchandisation » et la « médicalisation » et nier qu’aujourd’hui, le don de sperme est gratuit, anonyme et remboursé par la sécurité sociale pour les hétéros ? Le don de sperme artisanal ouvre quant à lui droit à une filiation alors qu’il faudrait justement pouvoir distinguer « donneur » et « parent » : si on peut être les deux, ce n’est pas toujours le cas. Il s’agit ici du risque de voir le géniteur revendiquer en toute légalité son rôle de père et sa paternité sur l’enfant au couple de femmes à qui il a « donné » son sperme. Comme l’indique Aude Vidal [1] , un couple de lesbiennes n’a pas à subir les intrusions d’un donneur dans leur vie. La revendication porte sur le droit de ne pas être à la merci d’un bon copain qui décidera peut-être un jour, quand le gosse sera propre ou qu’il sera devenu intéressant, de faire valoir ses droits de donneur, pardon de père. Pour toutes ces raisons, il faut des banques de spermes gratuites pour toustes.

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2) Si on se bat pour la PMA, on nie les problèmes de pollution qui sont responsables des problèmes d’infertilité massive ? Les lesbiennes n’ont pas de problème d’infertilité massive. Il n’y a aucun lien entre la revendication portée par les lesbiennes et les problèmes de pollution. Les lesbiennes revendiquent l’égal accès à un don de sperme (légal pour les héteros, illégal pour les lesbiennes). Comment rattacher la question de la pollution à la question du don de sperme pour les lesbiennes ? S’il n’y a pas de lutte secondaire, pourquoi faut-il choisir entre luttes féministes, sociales et luttes écolo : ne peut-on pas lutter pour la justice sociale, contre une société hétéronormée et contre la destruction capitaliste ?

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3) Ne faudrait-il pas plutôt avoir recours à l’adoption contre la marchandisation du vivant inhérente à la PMA ? Dans notre contexte, au nom de quel principe, l’adoption serait-elle, en soit, plus noble et plus propre que la PMA ? On pourrait estimer que depuis le séisme d’Haiti en 2010 [2] ou même le scandale de l’association de l’Arche de Zoe au Tchad en 2007 (les enfants victimes du Darfour), trop souvent, l’adoption rime avec transaction et trafic. De même, le pouvoir médical est également présent lorsque les futurs parents hétéros doivent cocher une case des listes des maladies et/ou handicaps qu’ils sont prêts à accepter ou pas au sein de leur futur foyer. Voir en l’adoption une alternative non marchande et non médicale à la PMA est un positionnement plus que douteux d’autant plus que les lesbiennes et homosexuels n’ont pas le droit d’adopter à l’étranger dans la plupart des pays.

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4) Les lesbiennes revendiquent le « Droit d’avoir un enfant », la preuve qu’elles sont consuméristes ? Il n’y a jamais eu de revendication du « droit d’avoir un enfant » durant les manifs de 2013-2014 en défense du mariage pour tous. C’est au sein du Lmpt (La manif pour tous) que cette expression sémantique est née pour ridiculiser et décrédibiliser la revendication d’accès des lesbiennes à la PMA et à l’adoption [3]. Puis, lorsque les sénateurs ont déposé un recours au conseil constitutionnel contre la loi du mariage pour tous, ils ont repris l’expression en indiquant que les droits « de » l’enfant devaient primer sur le droit « à » l’enfant . C’est avec ces mots que les sénateurs ont formulé le recours au conseil constitutionnel : « Le législateur consacre donc la volonté d’adultes de s’affranchir de toutes références à la procréation pour avoir un droit à l’enfant et s’approprier l’enfant afin d’établir à son égard un lien de filiation qui fasse délibérément obstacle à la vraisemblance biologique. Ainsi, en permettant l’adoption plénière par des couples de même sexe, le législateur méconnait l’intérêt général et notamment l’intérêt de l’enfant. » [4] Pourquoi parle-t-on de “droit à l’enfant” uniquement dans le cadre des couples homosexuels ? Pourquoi parler de « droit à l’enfant » au lieu de parler d’égal accès à l’adoption et à la PMA comme les hétéros ?

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5) On ne peut pas nier qu’il y a une différence des sexes dans notre société ? Le féminisme s’est battu contre l’idéologie naturaliste. Ainsi, détruire la différence des sexes, c’est supprimer la hiérarchie qui existe actuellement entre deux termes dont l’un est référé à l’autre, et infériorisé dans cette comparaison. On ne peut revendiquer le « droit à la différence », car cela signifie le droit à l’oppression. Cela ne signifie pas que « nous voulons devenir des hommes », car dans le même temps que nous détruisons l’idée de « La Femme », nous détruisons aussi l’idée de « l’Homme ». C’est le système patriarcal qui nous pose « différentes » pour justifier notre exploitation, la masquer. C’est lui qui nous impose l’idée d’une « nature », d’une « essence » féminine.[5]

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Aujourd’hui, lorsque LMPT (la manif pour tous) ou autres revendiquent qu’un enfant a besoin d’un papa et d’une maman, c’est bien l’ensemble des femmes qui sont renvoyées à la cuisine, à leur rôle, à leur place.

C’est bien une attaque contre toutes les femmes. Et il faut bien dénoncer ce discours patriarcal et lesbophobe.

 

SCAM (section carrément anti-masculiniste) scam(at)riseup.net

Vu
 
Texte publié le novembre 2014 sur Paris-Luttes.info

> Lire aussi, sur le même sujet :

Retour sur le passage d’Alexis Escudero à Paris et son livre « La reproduction artificielle de l’humain »

Hervé Le Meur ou la faillite de l’écologie à prétention radicale

 

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À l’Ombre de la Taule (On est pas des cadeaux !) https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/06/pdkdo-taule/ Thu, 06 Nov 2014 16:12:30 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=613 Continuer la lecture →]]>

L’émission On est pas des Cadeaux parle des conditions de détentions en prison pour les Transpédégouines.

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Cette réclusion qui concerne actuellement 70.000 personnes dans les prisons françaises. La prison est un des moyens utilisés par l’état, pour gérer les populations les plus pauvres. Aujourd’hui, il nous paraît important de dénoncer le traitement que subissent les prisonnières trans, pédé, gouines, mais nous sommes en solidarité avec l’ensemble des détenus. Car, enfermer les gens pour les accompagner vers la réinsertion, est pour nous une aberration. Donc oui, en effet nous sommes A-BO-LI-TIO-NISTES, point barre.

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Pédés et gouines : l’horrible engeance, Guy Hocquenghem, novembre 1972 https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/04/pedes-et-gouines-lhorrible-engeance-guy-hocquenghem-nov-1972/ Tue, 04 Nov 2014 17:15:52 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=567 Continuer la lecture →]]> 10562462_723226721084360_5823855265200496531_oL’horrible engeance. Couple banal. Mal mariés : qu’est-ce qu’ils ont à faire ensemble, pédés et gouines, puisqu’ils ne veulent pas se faire l’amour ?

Ça n’avait donc rien d’évident, cette association. Les pédés passent pour misogynes, c’est connu. Ils ont le culte de la bite et de la virilité. Ah, les femmes, les affreuses, les rancunières, celles qui nous volent nos hommes…

Est-ce que les pédés ne demandent pas à être traitées en femmes, alors que les femmes, justement, en ont marre ?

Et pourtant: aux U.S.A., dès le début du Gay Liberation Front (front de libération homosexuelle) en juin 69, après la mort d’un jeune pédé au cours d’une descente de flics dans une « boîte », le Women’s Lib soutient. En France c’est encore plus net : l’initiative vient des femmes. Du M.L.F. d’abord : dès son apparition, il crée les conditions d’une nouvelle compréhension de ce qu’on appelle les luttes. Le champ politique se sexualise, ou, plutôt, l’union pour la lutte des gens concernés par la même situation « privée » devient possible. On est femme avant d’être trotskiste ou maoïste, pourquoi pas pédé ? C’était la vie privée, donc privée de sens politique, ça devient un combat… Les signes s’inversent : dans le privé les pédés haïssent les femmes. Dans la lutte, ils se retrouvent côte à côte. D’ailleurs les femmes prennent aussi l’initiative sur la question homosexuelle. Il existait un club homosexuel en France, feutré et discret : Arcadie. Les femmes qui y étaient se regroupent en liaison avec le M.L.F. : elles imitent les pédés, et, en mars 71, 1e groupe en question se manifeste successivement à la Mutualité, en attaquant un meeting contre l’avortement, en sabotant une émission de Ménie Grégoire sur l’homosexualité. Le mot « hétéroflic » apparaît. Puis c’est le numéro 12 de Tout qui paraît au moment du débat de l’Observateur sur l’avortement auquel pédés et femmes participent activement. Ce sont les gouines qui ont commencé. La majorité du M.L.F. est d’ailleurs réticente, voire franchement critique, à l’égard de cet avorton dernier venu, le Fhar, qui copie le fonctionnement du M.L.F. (assemblée générale hebdomadaire aux Beaux-Arts), en mime le style (chansons, week-end ensemble, amour entre nous, guerre aux phallocrates). Même le numéro 12 de Tout contient un « manifeste de 348 salopes qui se sont fait enculer par les Arabes »…

Une nouvelle logique politique apparaît : des rapports entre pédés et femmes avaient été jusque-là marqués par les culpabilisations qu’entraîne une conception du désir fondée sur le manque et la castration. Les uns et les autres découvrent qu’au fond la castration on s’en fout, qu’on peut jouir sans obéir ni transgresser la loi du phallus. Et puis, qu’il y a des cibles communes: la famille hétérosexuelle reproductrice, etc… On se retrouve pour dénoncer ce rôle. Côté M.L.F., on s’habitue à retrouver les pédés dans chaque manif. Ça paraît tout naturel. Au fond, on ne sait pas très bien pourquoi sinon qu’en principe « ce ne sont pas des hommes comme les autres » puisqu’on a le même ennemi : le phallocratisme, les rouleurs de mécanique qui cassent la gueule aux pédés et sifflent les nanas. En caricaturant, on peut dire que les femmes du M.L.F étaient les vrais Jules du Fhar, politiquement parlant. La plupart des initiatives venaient d’elles.

Face au petit monde gauchiste, les pédés continuaient à jouir de la position enviable – et enviée – d’être les seuls hommes à discuter avec les femmes du M.L.F. Position qu’il importait de sauvegarder. A l’inverse, les femmes montraient avec des pédés leur capacité à parler à des hommes ou du moins à des gens déclarés physiologiquement tels. Cohabitant dans la préparation ration des actions, dans les discussions en petits groupes, certains pédés et certaines femmes finirent par se faire d’authentiques déclarations d’amour, toutes platoniques d’ailleurs. L’affreux rapport de pénétration étant exclu de part et d’autre, et comme on n’avait pas trouvé – on ne l’a toujours pas trouvé d’ailleurs – comment vivre nos relations, on en est venu à confondre la complicité à l’égard d’un même adversaire et un véritable rapport libidinal.

Le Fhar a toujours gardé un côté irresponsable ; une incapacité à penser stratégie. Pas le M.L.F. Les femmes, la moitié de l’humanité, une communauté réelle, ce n’est guère comparable au mouvement brownien de quelques centaines de pédés. Le M.L.F pèse lourd face au Fhar. Pour les femmes, les pédés parlent beaucoup de sexe et peu d’amour. Ce sont des obsédés sexuels, leurs fantasmes tournent autour du sordide ou de l’abject de la pissotière ou des bosquets des Tuileries.

1620886_614525458621154_2135733793_nLes femmes au contraire, tendaient haut la bannière du véritable amour, de la chaleur affective, des vastes et profonds sentiments dont elles constataient l’absence dans le monde des hommes. Les femmes se battaient au nom de l’amour, les pédés au nom du sexe. Mille fois le débat revint, et notamment lors du dernier week-end que quelques copains du Fhar et quelques copines du M.L.F. ont passé ensemble. « Vos histoires d’enculage, c’est du sado-masochisme, nous on veut l’amour. Remontez au-dessus de la braguette », disent-elles. A quoi les pédés répondent : « Mais c’est tout ce qu’on a voulu nous obliger à faire depuis toujours. Sublimer, réaliser l’assomption du sexe homosexuel pour le transformer en affectivité épurée : on n’en veut plus. » Problème: les filles ont expliqué qu’elles en avaient marre de se faire siffler par les mecs dans la rue. A quoi les pédés ont répondu qu’ils ne demandaient que ça, eux : qu’on les siffle, qu’on leur mette la main au cul. Que c’était pour ça qu’ils allaient au Maroc ou en Tunisie. Peut-être faudrait-il qu’on se promène deux à deux, un pédé + une femme, et qu’on détourne les hommages proposés à l’une vers l’autre… Mais surtout, nous est apparu de façon croissante le caractère bloquant de ces statuts, de ces rencontres institutionnelles de groupe à groupe, de ces rapports de puissance à puissance, les pédés, femmes, gouines : on n’est pas seulement ça.

Oui, les pédés et les nanas sont de plus ou moins bon gré collés ensemble : peut-être qu’il n’y a pas besoin de maintenir indéfiniment cette séparation des sexes, elle-même fille de la société hétérosexuelle familiale.

Pédés, gouines, femmes, femmes-pédés, pédés-gouines: moins on a de statuts et de rôles entre nous, mieux on se porte. A chacun ses sexes, et à tous tous les sexes. Et tous les branchements. Une fois éliminés les phallocrates, cela va de soi.

Guy Hocquenghem,in Actuel, n°25, novembre 1972

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