GLH – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Tue, 28 Jul 2015 18:29:50 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Le FHAR et le Fléau social, par CM, éditions Blast&Meor https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/15/le-fhar-et-le-fleau-social-par-cm-editions-blastmeor/ Mon, 15 Jun 2015 16:06:39 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1503 Continuer la lecture →]]>

Le Fléau social.02.octobre novembre 1972Le Fléau social est une revue publiée par le Groupe 5 du Front Homosexuel Révolutionnaire (F.H.A.R) entre 1972 et 1974. Les animateurs du blog Fragments d’Histoire de la gauche radicale ont numérisé l’ensemble des numéros. On trouvera les sommaires des cinq numéros (1972-1974) ainsi que les PDF. Les éditions Blast & Meor promettent de rééditer les articles en un recueil, en attendant, voici un texte d’introduction à leur propos, sorti en avril 2015 dans la brochure Du féminisme illustré.

Le FHAR et Le Fléau social

« Vous dites que la société doit intégrer les homosexuels,
moi je dis que les homosexuels doivent désintégrer la société
. » Françoise d’Eaubonne

C’est au creux du MLF que va naître le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire).

Des lesbiennes fuyant ou exclues du club Arcadie (association homophile prout-prout) rejoignent le MLF et invitent leurs copains pédés à certaines réunions.

L’acte fondateur généralement retenu est la perturbation de l’émission de radio de Ménie Grégoire consacrée à l’homosexualité le 10 mars 1971. C’est à la suite de cette action menée à l’initiative du MLF que se constitue le FHAR. L’alliance entre femmes et homosexuels contre cette France phallocrate, réac et poussiéreuse est alors une évidence

En avril c’est un dossier publié dans le journal Tout (numéro interdit) qui détourne le manifeste fémministe : « Nous sommes plus de 343 salopes, nous nous sommes fait enculer par des arabes et nous en sommes fiers ». Le 1er mai, derrière le cortège du MLF, ils sont une cinquantaine d’homosexuels à manifester dans Paris avec pour banderoles : « A bas la dictature des normaux ! », « Mâle, femelle, ras le bol ! ». Les Comité d’Action Lycéen les suivant, un des slogans est « Les lycéens sont mignons ! ».

La même année ils publient chez Champ Libre le pamphlet mythique Rapport sur la normalité.

Le mode de fonctionnement du FHAR est copié sur le MLF : des AG informelles aux Beaux-Arts pour seule structure. Mais cela « donne de fait le pouvoir aux stars. L’enthousiasme chaleureux du début laisse bientôt place à l’agressivité, qui devient un mode de fonctionnement » (Girard). D’une trentaine au début (surtout des femmes) le nombre de participant pourra atteindre à un moment jusqu’à 600 personnes (surtout des hommes). Il faut dire que le lieu est réputé pour la drague et les partouzes.

Outrances, provocations sont au programme des actions, comme lors des obsèques de Pierre Overney en 1972 (c’est peut-être la cause du départ du trotskiste libertaire Daniel Guérin).

Théoriquement, le FHAR est embourbé entre l’affirmation et la critique d’une identité homosexuelle.

Sociologiquement il regroupe majoritairement des étudiants, enseignants et intellectuels ; la plupart de militants sont issus de groupes d’extrême gauche trotskistes ou maoïstes.

1972 est une année charnière pour un jeune FHAR déjà en crise, « comme les autres groupuscules gauchistes » avouera le plus beau de ses chefs, Guy Hocquenghem. Et d’ajouter : « On nous a emprisonnés dans le jeu de la honte que nous avons transformé en jeu de la fierté. Ce n’est jamais que dorer les barreaux de notre cage. Nous ne sommes pas des homosexuels libres et fiers de l’être ».

Fin mai, fatiguées par la misogynie des mecs, des lesbiennes constituent les Gouines rouges et s’éloignent progressivement du FHAR.

En juin, le groupe 5 du FHAR publie le premier numéro de son journal, Le Fléau social (contre la famille, les organisations politiques « dans la fosse à purin ») ; fortement influencé par les situationnistes (sans qu’on puisse le résumé à cela). On y trouve les signatures de Françoise d’Eaubonne, Pierre Hahn et Alain Fleig. C’est ce dernier qui en sera le principal animateur. Il y dénonce en particulier le ghetto commercial homo (pas encore gay) qui commence à se mettre en place et qui, pour lui, n’est que « la soumission de la libido à la loi de la valeur ».

fléau social 01

Mais le Fléau c’est aussi la critique radicale du gauchisme et du militantisme. En désaccord, une partie du groupe 5 rejoint le 11 et commence la publication de L’Antinorm, journal qui va se rapprocher des trotskistes de la LCR. Par rapport à l’extrême gauche, le FHAR laisse donc « échapper deux courants, l’un de haine et l’autre de soumission, respectivement Le Fléau social et L’Antinorm » (Girard).

A partir du n° 3, Le Fléau prend des distances critiques vis-à-vis du FHAR et du MLF ; il cesse progressivement de parler d’homosexualité.

La fin de l’histoire arrive vite, dès 1974. C’est le dernier numéro du Fléau. En février la police investit les Beaux-Arts depuis longtemps désertés.

Difficile de remplir le vide laissé par une météorite en furie. S’y essayent les groupes de libération homosexuels, GLH, au départ créés par des anciens d’Arcadie et des jeunes du FHAR. Les GLH connaissent de nombreuses scissions mais se multiplient en province. Le style est tout autre : abandon de toute prétention révolutionnaire, revendications spécifiques raisonnables (contre les discriminations), volonté de s’adresser à tous les homosexuels, stratégie assumée de contre-culture communautariste, recherche de reconnaissance. Les GLH ont apporté une idée neuve et fondamentale : « le militantisme politique homosexuel transcende l’appartenance à une classe sociale, à une idéologie ou un parti » (Girard)

Ayant pour but de déstabiliser la société et d’abolir la normalité sexuelle, le FHAR reste coincé entre l’apologie du sujet homosexuel et sa critique : après avoir reconstitué le ghetto qu’il dénonçait, il aboutit qu’à une normalité homosexuelle.

C. M.  (pour Blast & Meor)

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Sur le FHAR et Le Fléau social :

Jacques Girard, Le Mouvement homosexuel en France, 1945-1980, Syros, 1981 (à lire absolument !)

FHAR, Rapport contre la normalité, Champ libre, 1971 (réédité par Gaykitschcamp en 2013).

Alain Fleig, Lutte de con et piège à classe, Stock, 1977.

Frédéric Martel, Le Rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968, Seuil, 2008.

Massimo Prearo, Le Moment politique de l’homosexualité. Mouvements, identités et communautés en France, Presses universitaires de Lyon, 2014.

 

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Démystifier la beauté, GLH, 1975 https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/25/demystifier-la-beaute-glh-1975/ Mon, 25 Aug 2014 00:36:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=33 Continuer la lecture →]]> Beauté et homosexualité : ça y est,on va tomber dans tous les clichés, de ceux de l’imagerie de l’éphèbe grec, ou de ceux de l’écriture esthétisante, de Wilde à Proust, bref de tout ce qui falsifie l’homosexualité en y amalgamant jeunesse, beauté, culture et fric ; une telle vision ne recouperait que le discours des homosexuels bourgeois, qui est aussi celui de France-Soir1. Car l’essentiel n’est pas l’objet de beauté mais bien plutôt sa résonance sociale, c’est-à-dire le désir qu’il engendre, refoulé ou réalisé, dans ou malgré les structures sociales : voilà l’homosexualité de notre quotidien, celle de la rue, du travail, de la structure familiale, partout explicite ou partout latente, mais partout à l’œuvre. Et la beauté, quelle que soit l’idée qu’on en a ou qu’on nous enseigne, ne manque pas d’y participer.

La société a un discours sur la beauté, même qu’elle en propose partout le modèle ; de quoi ? de la beauté ou de la société ? Des deux: c’est le blanc mec, mince, viril, entreprenant, également intelligent et cultivé mais juste ce qu’il faut.

Pour la femme, ses critères de beauté sont ceux qui siéent à sa docilité : minette, épouse comblée, mère épanouie, ménagère aux jolies mains, vieille dame digne, ou pute exutoire : de l’enfance au troisième âge, de la famille aux mass médias, au milieu de toutes ses servitudes, elle a parfois cinq minutes pour « se faire une beauté ».

Le but est d’autant mieux atteint que le modèle, à incarner et à faire vivre chez l’autre, toujours remémorisé, est ressenti comme absence et comme manque de beauté à combler. Beauté et rôle social sont présentés comme logiquement liés.

la quête des corps

La beauté de la jeunesse c’est l’exaltation du corps viril, du sport aux Jeunesses Hitlériennes, de la promotion sociale à la bagnole de sport, des pubs qui utilisent des sujets de plus en plus jeunes à l’industrie internationale du jeans. Autant d’amalgames beauté/jeunesse qui déclenchent la contemplation et la consommation, soutiennent l’ordre socio-économique, tandis que, sur le refoulement et la sublimation, prospère la misère sexuelle.

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Steven-Klein-Homotography-04

L’homosexualité n’échappe pas à la rentabilisation des critères de beauté, impuissante qu’elle est à se démarquer de façon cohérente ou significative du culte de la virilité ou de l’image aliénée de la femme. Le culte du cuir, du blouson, du motard, enfourchant et domptant sa machine entre les cuisses, ou celui, plus complexe, du travesti qui reprend à son compte les attributs de séduction —par mimétisme ou provocation — de la femme, l’illustrent bien.

La quête des corps, la drague, se font certainement de façon plus souple chez les homosexuels, mais l’imagerie sociale ne les traverse pas moins et permet la rentabilisation.

Ce sont les revues pornos qui n’offrent à la masturbation que des étalages des musculatures huilées, de corps dénudés aux positions phallocrates.

C’est cette désincarnation fascinante et frustrante de l’image de deux corps jeunes et « beaux » qui nous fait marcher et courir au fond des cinés pornos pour y subir, dans la passivité obligatoire, la vision d’un film surtaxé et débile (« II s’agit de durcir davantage votre sexe Monsieur le Ministre » disait un député R.I. à l’assemblée nationale lors du récent débat sur la pornographie ; charmant lapsus !).

dictature de l’œil

 

On interdit une revue de petites annonces sexuelles et on publie l’Histoire d’O dans l’Express, ce qui est nettement plus rentable (augmentation de la diffusion – et du phallocratisme – de 30 %).

La même fascination par l’écriture et l’image passe par les stars de la pop music et du cinéma : Marylin Monroe et Mick Jagger, références, parmi d’autres, des homosexuels, qui se révèlent des écrans à phantasmes parfaits.

Il y a aussi la destruction systématique ces mois-ci, des tasses de Paris, et parallèlement l’ouverture de boites, ce qui permet de canaliser les homosexuels vers des lieux moins libres et gratuits, plus contrôlables et payants.

Hors de la consommation et de la dictature de l’oeil, point de salut. Le discours libéral s’aligne sur la rentabilisation. Si cette dernière est combattue, la tolérance laisse la place à la répression. Si on est homosexuel, alors il faut vivre caché, être riche ou gigolo, consommer l’image et pratiquer le voyeurisme. Ce qui nous force à la construction d’une identité qui sera homosexuelle et bourgeoise ou ne sera pas.

A travers ces pratiques, la communication reste une illusion : le chantage à l’image, le jeu de la séduction, ne conduisent pas à la jouissance authentique, ce que la beauté laissait sous-entendre. Et sur fond de rareté, le pédé solitaire erre, dans la rue, dans le métro, les yeux écarquillés de frustrations, entre le boulot désérotisé pour raisons de production, et la famille désérotisée pour raisons de reproduction. Nous sommes loin des visions du couple micheton-gigolo diffusé aux masses par France-Soir1.

Nous avons tous connu de douloureux retours à la réalité quand nous avons l’imprudence de cautionner ceux qui s’imposaient à nous par leur seule présence séduisante. Ces belles gueules ou ces beaux corps ne présentaient pas leur beauté comme un simple hasard de naissance mais comme un privilège aristocratique. Et notre crédit aux critères de beauté est proportionnel à notre faculté de tomber amoureux. Cette abnégation de soi et cette fuite de la réalité extérieure sont légitimées curieusement par l’idéologie internationale du couple et de la fidélité, quand ce n’est pas, pour les hétérosexuels comme pour nous déjà aux Pays-Bas, par celle très officielle du mariage.

étiquetage

Il y a aussi ce carburant efficace au maintien de la notion de beauté qu’est le phantasme, qui nomadise le désir, et du coup désexualise la plupart de nos rencontres quotidiennes.

L’étiquette sexuelle, sociale et revendiquée comme telle, est répressive pour tous et réduit et hiérarchise par le processus de la sélection, bref divise pour mieux régner ; le pédéraste (beau = jeune), le gérontophile (beau = vieux), le nécrophile (beau = mort), le voyeur (beau = image), l’homosexuel (beau =homme), l’hétérosexuel (beau = femme), bref nous tous crispons notre désir au lieu de l’écouter ; mon corps, ton corps, sont morcelés comme des quartiers de boeuf, en morceaux de choix et en rébus. Les localisations officielles du désir sur le corps, appelées zones érogènes, se maintiennent par le refus d’en érotiser d’autres, pour finalement ne jamais aboutir à l’entière érotisation du corps, comme notre sélection à celle du corps social.

Le refus individuel et social d’une prise de conscience globale du corps construit la Beauté, ce problème aussi vivace que mensonger.

La répression sexuelle et son ombre, l’autorépression, institutionnalisent la sublimation, et transforment les super mysogynes en homosexuels débiles, les folles en super militaires, les phallocrates en dragueurs de boîtes, les pédérastes en excellents pédagogues comme les incestueux en parents modèles ou les paranos du trou du cul en hétérosexuels exemplaires : un caractère clos est davantage construit sur ses répulsions que sur ses désirs, ou sur son idée de ce qui est laid plutôt que de ce qui pourrait être authentique. Et cela ne serait pas important si la société n’offrait pas à de tels caractères la possibilité d’appliquer immédiatement dans le champ social leurs répulsions destructrices, et ce dans la plus pure légalité.

Séduire, faire phantasmer et sublimer, la beauté est efficace pour capter et fixer le désir, nous faire courir toute notre vie à la poursuite de son incarnation, et en fait considérer l’humanité d’un oeil blasé, désérotisé, désengagé. C’est pourquoi il est urgent de briser, chez l’autre comme en soi, la prise de pouvoir par le seul pouvoir de la beauté et de l’image, dont participe notre sélection du passant comme le charme discret de Giscard.

 


décryptage

De notre inconscient le plus profond à notre geste le plus raffiné, du regard qu’on porte à autrui, qu’autrui porte sur nous à celui qu’on se porte à soi, nous le voyons clairement, la beauté interfère, et fait jouer tous les processus sociaux et individuels que nous avons essayé de décrire. Et si certains homosexuels ont réussi

à construire d’autres modes de vie que celui de couple-refuge — d’autres relations que celles de possédant/possédé et de masculin/féminin, ou de vivre hors des composantes mysogine et phallocrate que leur octroie leur statut de mec — ils n’en sont pas moins parfois à la merci de la beauté comme fausse échelle de valeurs.

Nous-mêmes, au sein du Groupe de Libération Homosexuelle, avons beaucoup de difficultés à démystifier la beauté, et nous parvenons mal à ce qu’elle ne joue pas son rôle, manifeste au niveau du désir, ou latent au niveau de nos situations de groupe. Peut-être que ces difficultés, par le fait qu’elles sont dites et débattues, concourent néanmoins à nous construire une lucidité dont d’autres groupes manquent d’où souvent leur irréalisme et parfois celui de leur lutte. Le travail du G.L.H. se situe autant dans le décryptage d’une vraie histoire de l’homosexualité, dans celui de l’utilisation de l’homosexualité latente par la société, que dans la création de nouveaux rapports entre nous, et insérés dans la perspective d’une lutte globale contre toutes les normalités.

Groupe de Libération Homosexuelle

1. « La Rue Sainte Anne est devenue l’un des centres de la prostitution masculine à Paris. Sur les trottoirs, des Bentley bleu métallisé, des Rolls blanches : sur ce qui reste de trottoir, une trentaine de jeunes gens, visage couvert de fond de teint, héritiers lointains de ces éphèbés qui, au temps d’Oscar Wilde, traversaient les salons un lys à la main. Entre les voitures, les boîtes et la faune du trottoir un mouvement perpétuel s’établit. Les riverains se sont plaints et trois conseillers de Paris viennent d’attirer l’attention du préfet de police sur ces faits. »

France-Soir du 25 octobre 1975.

In Sexpol #6 « Beauté Laideur » – décembre 1975

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