gauchistes – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Tue, 28 Jul 2015 18:29:50 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Rencontre avec le collectif Keske-Sor de Diyarbakır (Kurdistan, Turquie) https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/13/le-collectif-keske-sor/ Mon, 13 Jul 2015 21:55:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1713 Continuer la lecture →]]> keskesorRetranscription d’une prise de notes faite lors d’une présentation-discussion avec le collectif LGBTI libertaire Keske-Sor (« arc-en-ciel » en kurde) publiée en mars 2015 sur Ne var ne yok ?.

[méfiance face à l'(homo)nationalisme, y compris de gôche]

Création du collectif

En 2012, une première réunion est organisée avec environ 60 personnes à la période du Newroz (fête kurde). Suite à cela, ils se retrouvent au Newroz avec un certain nombre de camarades : il y a des embrouilles avec les flics (gazage, violence, etc.), du coup le groupe s’est retrouvé éparpillé dans la ville. « On s’est retrouvé séparés et un peu perdus. Cette mauvaise expérience a rendu le groupe fragile et il y a eu des crispations et des tensions entre nous. Des camarades se sont retrouvés seuls face au flics. A partir de là, le groupe a souhaité s’organiser plus et mieux. » Keske-Sor se crée donc comme collectif militant en avril 2012. Des personnes de profils différents compose le groupe : des sans-emplois, des étudiants, des professeurs…

Avec le 1er mai 2012 le groupe scissionne, d’un côté Hebûn, de l’autre Keske-Sor. Avant le 1er mai, un appel avait été lancé pour se réunir, les personnes du futur Hebûn ne voulaient pas venir avec le drapeau arc-en-ciel, par peur des attaques homophobes. Les autres si. C’est ainsi que les positions se sont clarifiées. Dès lors les deux entités ne se sont jamais retrouvées réuni à nouveau. Hebûn s’est, avec le temps, transformé en une organisation plus formelle et institutionnelle, une véritable ONG en fait.

Le groupe Keske-Sor se revendique au contraire plus anarchiste, anti-autoritaire, et refuse la forme associative ou la structure d’organisation, qui, selon ces participants, éloignent le peuple des luttes.

D’où la différence des deux groupes. Au départ, les personnes qui participent au collectif n’étaient pas spécialement engagées sur les luttes LGBT, mais plus sur les questions antimilitaristes et les problématiques du mouvement kurde. Mais avec le temps, ils ont lutté autour de différentes causes, et c’est finalement devenu Keske-Sor LGBTI.

Luttes écologiques

Le collectif est très préoccupé par les questions écologiques, et les luttes contre les projets de grands barrages à Dersim [nom kurde de Tunceli] notamment. Il participe chaque année au Festival Munzur, un camp d’été écologiste qui se déroule à Dersim. Et le collectif Keske-Sor est très présent à Hasankeyf, pour venir grossir le nombre des opposants au projet du barrage local. Ils sont là-bas en liens avec d’autres organisation pour faire leurs actions.

L’an dernier, ils ont mené une lutte pour les jardins d’Esel, et ce sur leur propre initiative : l’État a commencé à couper des arbres pour faire un barrage, mais les camarades ont campé sur place, et ont mis en place des tours de garde.

A Diyarbakır, les luttes écologistes connaissent une forte dynamique en ce moment, et il y a peu de temps a été créée la « Coordination écologiste d’Amed » (nom kurde de Diyarbakır) à laquelle 3 membres de Keske-Sor participent activement.

Enfin, ils ne séparent pas les luttes écolos de la lutte contre la gentrification. Ainsi, un nouveau front s’est ouvert de luttes à propos du projet de construction de résidence pour riches sur le site d’une montagne sacrée pour les Kurdes, non loin de Diyarbakır.

Objection de conscience et antimilitarisme

Keske-Sor a organisé en 2013, sur 2 jours, une conférence sur l’objection de conscience, l’anti-militarisme, et le mouvement pour la paix. Profitant de l’annonce de paix d’Öcalan, ils se lancent dans l’organisation de cette conférence – une première pour à Diyarbakır. C’est une manière de faire entendre l’idée de la paix par plusieurs voies, dans un pays ultra-militariste comme la Turquie, et dans une région comme le Kurdistan en guerre de basse intensité depuis des décennies. 15 mois de service militaire sont obligatoires au sein de l’armée turque – 6ème armée du monde avec 758000 hommes.

En 2013, le collectif organise également une commémoration pour les 34 Kurdes tués à Roboski bombardés par l’armée turque. A cette occasion et pour symboliser le désir de paix, 8 personnes ont déclaré leur objection de conscience.

Luttes féministes et LGBT

En novembre 2013, le collectif organise une conférence sur la lutte des femmes intitulée « De Rojava à Gezi, la lutte des femmes », avec différent-e-s militant-e-s, et des jeunes femmes de la région de Diyarbakır (DTK – Congrès démocratique du Kurdistan, sorte d’assemblée des assemblées du Kurdistan du Nord -, commissions de femmes, etc.)

Keske-Sor fait aussi le suivi du procès pour l’assassinat de Rosin Çiçek, un jeune homme tué en 2012 à Diyarbakır par son père et ses deux oncles à cause de son homosexualité. Ce procès a été long, il y a eu plusieurs manifestations en 2014, de l’agitation faite autour, avec par exemple, des stickers avec différents slogans contre l’homophobie distribués avant le jugement, pour sensibiliser les gens. Il y a eu un changement des jurés en cours de procès et une demande du collectif LGBTI pour qu’il soit présent et représente la partie civile qui a été accepté. Ces deux éléments ont pesé pour la suite. Et même s’il était toujours difficile pour Keske-Sor de pouvoir intervenir au cours des audiences, sa présence a comptée. Et à la dernière audience, le collectif est parvenu à réunir 30 personnes pour se porter partie civile.

Le tribunal a condamné le père à la perpétuité sans remise de peine. Et les deux oncles à la perpétuité. C’est la première fois qu’une telle décision à lieu en Turquie et dans le verdict il était écrit « assassiné à cause de son homosexualité ». « Cette décision a fait écho au-delà de Diyarbakır, le pays sait que ce jeune a été tué pour homophobie. »

En 2014, pendant les élections locales, différentes activités ont été mises en place, en lien avec la municipalité émanant du mouvement kurde. Avant les élections, il y a eu des assemblées de jeunes et de femmes qui ont soumis leur souhaits, leurs revendications et propositions. Différents organismes ont participé et fait des propositions. Par exemple : une permanence de solidarité pour des conseils plus personnalisés, un lieu mis à disposition au sein de la mairie pour sensibiliser les familles, la population, faire des suivis psychologiques. C’est important pour le collectif LGBTI, c’est un moyen de rentrer en lien plus facilement avec la population. Et si la mairie prend en charge ce domaine d’intervention, ça laisse plus de possibilités. L’idée de créer un lieu d’information et de conseil est en étude. Le collectif ne souhaite pas forcément être le porteur du projet, ou l’initiateur, mais voudrait former les personnes de la mairie, et travailler avec elles et eux, en partenariat. Si Keske-Sor veut sensibiliser la mairie, et lui faire reconnaître son existence, c’est avant tout dans un sens tactique, pour que la population ait un accès toujours plus large aux questions liées à l’homophobie. C’est aussi pour que les agresseurs et les religieux comme le Hezbollah, aient un peu moins de marges de manœuvre dans leur discrimination et leurs actions homophobes.

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Véganisme

Keske-Sor se posent aussi des questions autour des problématiques animales et des choix alimentaires. Les membres du collectifs répètent une fois de plus qu’il faut faire toutes les luttes, que tout est lié dans la lutte contre le capitalisme ! « On dit toujours qu’Öcalan est un grand chef de l’armée du PKK, mais on ne souligne jamais qu’il est végétarien. »

Production écrite et travail d’information

Ils n’ont pas encore réalisé de réel travail écrit. Sans avoir fait de recherches poussées, ils ne peuvent pas prétendre à écrire quelque chose de sérieux. Mais ils organisent et participent a beaucoup de débats et discussion pour faire avancer les choses sur ces questions là. Ils alimentent également les médias sociaux sur internet. Et comme ils ne reçoivent aucune aide financière extérieure (« ce sont nos idéaux ! »), ils ont encore du mal à trouver assez d’argent pour imprimer affiches, brochures et livres.

La répression

« On vit toutes sortes de répressions. Sur les sites religieux fascistes, il y a les noms de certains camarades du collectif, en mode fiché, avec des photos… Ils sont montrés comme des pervers.

Mais faut pas penser que tout le monde est homophobe. » « Cette propagande fasciste aussi un moyen de lutter contre les kurdes, en disant qu’eux laisse les LGBTI exister sans les violenter. C’est souvent les journaux extrémistes qui se chargent de faire le travail, pour discréditer les kurdes. »

« Pour les trans et les gays, c’est très dangereux, ils sont souvent confrontés à des violences. Pour les femmes c’est déjà compliqué, être lesbienne ce n’est malheureusement qu’une continuité de l’agression, et de l’harcèlement. » Mais l’homophobie est quand même fortement présente partout et le collectif tente déjà de combattre les comportements violents du quotidien.

Plus d’infos :

Facebook du collectif Keske-Sor.
Voir aussi le site du groupe LGBT radical d’Ankara, KAOS-GL.

03/2015

keskesor

Fight Bachar, fight all nationalism… A bas tous les leaders…

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Le FHAR et le Fléau social, par CM, éditions Blast&Meor https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/15/le-fhar-et-le-fleau-social-par-cm-editions-blastmeor/ Mon, 15 Jun 2015 16:06:39 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1503 Continuer la lecture →]]>

Le Fléau social.02.octobre novembre 1972Le Fléau social est une revue publiée par le Groupe 5 du Front Homosexuel Révolutionnaire (F.H.A.R) entre 1972 et 1974. Les animateurs du blog Fragments d’Histoire de la gauche radicale ont numérisé l’ensemble des numéros. On trouvera les sommaires des cinq numéros (1972-1974) ainsi que les PDF. Les éditions Blast & Meor promettent de rééditer les articles en un recueil, en attendant, voici un texte d’introduction à leur propos, sorti en avril 2015 dans la brochure Du féminisme illustré.

Le FHAR et Le Fléau social

« Vous dites que la société doit intégrer les homosexuels,
moi je dis que les homosexuels doivent désintégrer la société
. » Françoise d’Eaubonne

C’est au creux du MLF que va naître le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire).

Des lesbiennes fuyant ou exclues du club Arcadie (association homophile prout-prout) rejoignent le MLF et invitent leurs copains pédés à certaines réunions.

L’acte fondateur généralement retenu est la perturbation de l’émission de radio de Ménie Grégoire consacrée à l’homosexualité le 10 mars 1971. C’est à la suite de cette action menée à l’initiative du MLF que se constitue le FHAR. L’alliance entre femmes et homosexuels contre cette France phallocrate, réac et poussiéreuse est alors une évidence

En avril c’est un dossier publié dans le journal Tout (numéro interdit) qui détourne le manifeste fémministe : « Nous sommes plus de 343 salopes, nous nous sommes fait enculer par des arabes et nous en sommes fiers ». Le 1er mai, derrière le cortège du MLF, ils sont une cinquantaine d’homosexuels à manifester dans Paris avec pour banderoles : « A bas la dictature des normaux ! », « Mâle, femelle, ras le bol ! ». Les Comité d’Action Lycéen les suivant, un des slogans est « Les lycéens sont mignons ! ».

La même année ils publient chez Champ Libre le pamphlet mythique Rapport sur la normalité.

Le mode de fonctionnement du FHAR est copié sur le MLF : des AG informelles aux Beaux-Arts pour seule structure. Mais cela « donne de fait le pouvoir aux stars. L’enthousiasme chaleureux du début laisse bientôt place à l’agressivité, qui devient un mode de fonctionnement » (Girard). D’une trentaine au début (surtout des femmes) le nombre de participant pourra atteindre à un moment jusqu’à 600 personnes (surtout des hommes). Il faut dire que le lieu est réputé pour la drague et les partouzes.

Outrances, provocations sont au programme des actions, comme lors des obsèques de Pierre Overney en 1972 (c’est peut-être la cause du départ du trotskiste libertaire Daniel Guérin).

Théoriquement, le FHAR est embourbé entre l’affirmation et la critique d’une identité homosexuelle.

Sociologiquement il regroupe majoritairement des étudiants, enseignants et intellectuels ; la plupart de militants sont issus de groupes d’extrême gauche trotskistes ou maoïstes.

1972 est une année charnière pour un jeune FHAR déjà en crise, « comme les autres groupuscules gauchistes » avouera le plus beau de ses chefs, Guy Hocquenghem. Et d’ajouter : « On nous a emprisonnés dans le jeu de la honte que nous avons transformé en jeu de la fierté. Ce n’est jamais que dorer les barreaux de notre cage. Nous ne sommes pas des homosexuels libres et fiers de l’être ».

Fin mai, fatiguées par la misogynie des mecs, des lesbiennes constituent les Gouines rouges et s’éloignent progressivement du FHAR.

En juin, le groupe 5 du FHAR publie le premier numéro de son journal, Le Fléau social (contre la famille, les organisations politiques « dans la fosse à purin ») ; fortement influencé par les situationnistes (sans qu’on puisse le résumé à cela). On y trouve les signatures de Françoise d’Eaubonne, Pierre Hahn et Alain Fleig. C’est ce dernier qui en sera le principal animateur. Il y dénonce en particulier le ghetto commercial homo (pas encore gay) qui commence à se mettre en place et qui, pour lui, n’est que « la soumission de la libido à la loi de la valeur ».

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Mais le Fléau c’est aussi la critique radicale du gauchisme et du militantisme. En désaccord, une partie du groupe 5 rejoint le 11 et commence la publication de L’Antinorm, journal qui va se rapprocher des trotskistes de la LCR. Par rapport à l’extrême gauche, le FHAR laisse donc « échapper deux courants, l’un de haine et l’autre de soumission, respectivement Le Fléau social et L’Antinorm » (Girard).

A partir du n° 3, Le Fléau prend des distances critiques vis-à-vis du FHAR et du MLF ; il cesse progressivement de parler d’homosexualité.

La fin de l’histoire arrive vite, dès 1974. C’est le dernier numéro du Fléau. En février la police investit les Beaux-Arts depuis longtemps désertés.

Difficile de remplir le vide laissé par une météorite en furie. S’y essayent les groupes de libération homosexuels, GLH, au départ créés par des anciens d’Arcadie et des jeunes du FHAR. Les GLH connaissent de nombreuses scissions mais se multiplient en province. Le style est tout autre : abandon de toute prétention révolutionnaire, revendications spécifiques raisonnables (contre les discriminations), volonté de s’adresser à tous les homosexuels, stratégie assumée de contre-culture communautariste, recherche de reconnaissance. Les GLH ont apporté une idée neuve et fondamentale : « le militantisme politique homosexuel transcende l’appartenance à une classe sociale, à une idéologie ou un parti » (Girard)

Ayant pour but de déstabiliser la société et d’abolir la normalité sexuelle, le FHAR reste coincé entre l’apologie du sujet homosexuel et sa critique : après avoir reconstitué le ghetto qu’il dénonçait, il aboutit qu’à une normalité homosexuelle.

C. M.  (pour Blast & Meor)

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Sur le FHAR et Le Fléau social :

Jacques Girard, Le Mouvement homosexuel en France, 1945-1980, Syros, 1981 (à lire absolument !)

FHAR, Rapport contre la normalité, Champ libre, 1971 (réédité par Gaykitschcamp en 2013).

Alain Fleig, Lutte de con et piège à classe, Stock, 1977.

Frédéric Martel, Le Rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968, Seuil, 2008.

Massimo Prearo, Le Moment politique de l’homosexualité. Mouvements, identités et communautés en France, Presses universitaires de Lyon, 2014.

 

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