déportation / goulag – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Thu, 06 Aug 2015 23:20:38 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Paragraphe 175 et Triangles roses https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/paragraphe-175-et-triangles-roses/ Wed, 28 Jan 2015 16:27:50 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1174 Continuer la lecture →]]> heinrich-himmlers-secret-shame-1« L’attrait sexuel de l’homme pour l’homme nuit à la bonne marche des affaires. » (Heinrich Himmler)

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand, l’article 334 – alinéa 1 du Code pénal français, les camps. Témoignages de Rudolf Brazda et Pierre Seel.

Paragraph 175

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand en 1871 (reprenant une loi prussienne de 1794)

« § 175 Les actes sexuels contre nature qui sont perpétrés, que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux, sont passibles de prison ; il peut aussi être prononcé la perte des droits civiques. »

En octobre 1934, s’installe au sein de la Gestapo d’un bureau spécial chargé de traiter les affaires homosexuelles (Sonderdezernat Homosexualität), qui se consacre notamment au fichage, et d’une nouvelle intensification de la persécution. Les inculpations au titre du paragraphe 175 sont alors multipliées par 5 entre 1934 et 1935.

Le paragraphe 175 amendé le 28 juin 1935 :

« § 175 Un homme qui commet un acte sexuel avec un autre homme ou qui se laisse utiliser par lui dans ce but est puni de prison. Dans le cas d’un participant qui, au moment des faits, n’avait pas encore 21 ans, le tribunal peut renoncer, dans les cas les plus légers, à punir.

§ 175a Est puni d’une peine de travaux forcés pouvant s’élever jusqu’à dix ans, en cas de circonstances atténuantes d’une peine de prison ne pouvant être inférieure à trois mois :

  1. un homme qui oblige un autre homme, par la force ou par une menace mettant présentement en danger son corps ou sa vie, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  2. un homme qui décide un autre homme, en usant d’une dépendance fondée sur une relation d’autorité, de travail ou de subordination, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  3. un homme de plus de 21 ans qui séduit un mineur masculin de moins de 21 ans , afin qu’il commette avec lui un acte sexuel ou qu’il se laisse utiliser par des hommes en vue d’un tel acte ou qui s’offre dans ce but ;

§ 175b Un acte sexuel contre nature qui est commis par un homme avec un animal est puni de prison ; la perte des droits civiques peut être également prononcée1. »

Entre 1933 et 1945, rien qu’en Allemagne, près de 100.000 hommes (dont la moitié a été condamnée) ont été arrêtés en vertu de la loi qui criminalisait l’homosexualité.

On estime qu’entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été détenus dans des camps de concentration sous le régime nazi.

Ces statistiques ne couvrent cependant pas l’ensemble des cas, les « corrupteurs de la jeunesse », les prostitués et les récidivistes pouvant être directement internés en camp de travail sans jugement. L’« émasculation volontaire » est également « proposée » par la police aux homosexuels poursuivis au titre du paragraphe 175. Quant à la castration forcée, elle n’est imposée que dans certains cas, cette fois au titre de la loi de prévention des maladies héréditaires modifiée en juin 1935, ou de celle sur les crimes sexuels de novembre 1934, sans qu’il soit possible de différencier les homosexuels parmi ceux qui en ont été victimes ; le recours à la castration systématique a été proposé à plusieurs reprises par Himmler, notamment en 1939 puis en 1942, mais n’a pas été retenu.

L’historienne Dagmar Herzog affirme quant à elle qu’entre 46 000 et 50 000 homosexuels auraient été indistinctement emprisonnés ou internés, et qu’entre 5 000 et 10 000 y seraient morts.

Timm1

La mort de Gad Beck le 24 juin 2012, considéré comme le dernier survivant gay de l’holocauste, a laissé un vide. Il était le dernier témoin vivant et le représentant d’une période de persécution et de souffrance qui a coûté la vie à des milliers d’homosexuels.

Robert Biedron, un activiste polonais, décrit des scènes d’humiliations quotidiennes pour les homosexuels détenus dans des camps :

«Ils étaient forcés de dormir en chemise de nuit et de garder leurs mains en dehors du lit. A Flossebürg, les homosexuels étaient forcés de fréquenter des prostituées. Les Nazis faisaient même des trous dans les murs pour observer le comportement de leurs prisonniers homosexuels.»

Le témoignage de Rudolf Brazda, survivant, en 2010 :

http://youtu.be/9yPLoH3qyvQ

Timm5

« Des jours, des semaines, des mois passèrent. De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l’horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l’épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu’elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp. Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d’autres.

 

Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l’appel. Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l’appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major. J’imaginais qu’il allait encore nous assener sa foi aveugle dans le Reich assortie d’une liste de consignes, d’insultes et de menaces à l’instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s’agissait en fait d’une épreuve autrement plus pénible, d’une condamnation à mort.

  Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l’avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J’avais prié pour qu’il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s’embuèrent de larmes. Il n’avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s’était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j’ai totalement oublié le contenu de l’acte de mise à mort.

Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d’abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d’horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu’il perde très vite connaissance. Depuis, il m’arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n’oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd’hui ? Sont-ils donc tous morts ? Il est vrai que nous étions parmi les pus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d’atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d’autres.

Quant à moi, après des dizaines d’années de silence, j’ai décidé de parler, de témoigner, d’accuser.« 

Extrait de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

Le témoignage de Pierre Seel, en 1993 dans l’émission Là-bas si j’y suis :

 

Le documentaire Paragraph 175 en streaming en 4 parties : http://www.dailymotion.com/video/x3bsd8_paragraphe-175-1-4_news

 

Code pénal et homosexualité en France

Depuis la Révolution française (par la loi du 25 septembre – 6 octobre 1791, qui adopta le Code pénal, dont un fait remarquable est l’absence de mention de la sodomie, considérée jusque là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuels), les rapports homosexuels en privé entre adultes consentants n’étaient plus poursuivis par la loi en France.

Cependant, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s’intensifie sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire autour des groupes d’homosexuels, notamment parisiens. Elle se caractérise par un recensement écrit, sous forme de fiches, des homosexuels identifiés, des prostitués homosexuels et travestis, le tout compilé dans les « registres des pédérastes ». Le but de ce fichage systématique était essentiellement de prévenir les chantages et les scandales publics tout en contrôlant la prostitution. Le fichage des homosexuels par la police s’est poursuivi (officiellement) jusqu’en 1981.

Le régime de Vichy, par la loi du 6 août 1942 modifiant l’alinéa 1 de l’article 334 du Code pénal, établit une distinction discriminatoire dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels :

« Sera puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 2 000 francs à 6 000 francs quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. »

Cette loi crée une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s’agissant de l’âge à partir duquel un mineur civil peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte, sans que cet adulte commette une infraction pénalement réprimée (il faut attendre 21 ans pour les rapports homosexuels et 13 ans pour les rapports hétérosexuels puis 15 ans à partir de 1945). À la Libération, cet alinéa n’est pas abrogé. À peine modifié, ce paragraphe est seulement déplacé à l’alinéa 3 de l’article 331 du Code pénal. Cette nouvelle loi punit

« …d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 francs à 15 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans. »

En 1974, l’âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à 18 ans (la loi change l’âge de majorité de 21 ans à 18 ans dans tous les articles du Code civil et du Code pénal).

En plus de l’article 331 du Code pénal, une seconde loi faisait mention explicitement de l’homosexualité : l’ordonnance du 25 novembre 1960 (créant l’alinéa 2 de l’article 330 du Code pénal), qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels.

Il faudra des années de luttes pour qu’en 1982 le Code pénal ne rende plus répréhensible l’homosexualité en France.

 

heinrich-himmlers-secret-shame-1

Une pensée pour toutes les autres victimes du nazisme et du régime de Vichy oubliées de la mémoire collective, et pour leurs « descendants » : Tziganes, Noirs, handicapés, asociaux, communistes, slaves, anarchistes, prostituées, Témoins de Jéhovah…

]]>
2000 ans d’homophobie en 60 citations, 2003 https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/2000-ans-dhomophobie-en-60-citations-2003/ Tue, 27 Jan 2015 23:13:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1083 Continuer la lecture →]]>

Mais qu’est-ce qui pourrait bien « rassembler » Himmler, Proudhon, Boutin, Mugabe, Eminem, Lacan, le Pape Jean-Paul II,  le Rabbin Sitruk et l’Ayatollah Musava Ardelsili… ?

Préambule au Dictionnaire de l’homophobie, sous la direction de Louis-Georges Tin, 2003

Les photos de manifs illustrant l’article sont celles de la mobilisation homophobe en faveur du mariage hétérosexuel (2013-2014). Les autres sont (aussi) des documents historiques.

Préambule au Dictionnaire de l’homophobie, Louis-Georges Tin, 2003

Florilège ? Pas vraiment. Un florilège est un bouquet de vers ou de poèmes, choisis pour leur beauté et pour leur grâce. Or il s’agit ici de propos homophobes divers, plus ou moins bêtes et méchants selon les cas. Anti-florilège donc, non pas pour constituer un bêtisier ou un catalogue raisonné de la haine, mais pour faire entendre quelques voix, quelques cris illustrant le propos, avant de passer à l’analyse proprement dite [1]. Dans ce triste voisinage se côtoient des personnages sinistres comme Himmler et des figures honorables, à l’instar de saint Paul. Dès lors, il ne s’agit pas, en pratiquant l’amalgame, de suggérer que tous ces gens se valent, dans une sorte de commune et ténébreuse ignominie, mais plutôt de montrer que les discours homophobes se retrouvent dans des contextes extrêmement variés, traversant les âges et les clivages, se chargeant chaque fois de significations très différentes… mais toujours homophobes.

Quoi qu’il en soit, cette sélection ne saurait constituer un échantillon représentatif, car au-delà des déclarations publiques plus ou moins tonitruantes, l’homophobie ordinaire se loge plutôt dans les interstices du silence. Silence, la nuit, des agressions physiques ou des brutalités policières ; silence, le jour, des petits mots et des non-dits. Dans la plupart des pays du monde, ces violences physiques, morales ou symboliques constituent en fait l’essentiel de l’homophobie, celle que les mots ne disent pas…

hommen

Version théologico-politique

« L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux » (Lévitique, 18, 22).

« Ni fornicateurs, ni idolâtres, ni dépravés, ni sodomites, ni voleurs, ni cupides, pas plus qu’ivrognes, insulteurs ou rapaces n’hériteront du royaume de Dieu » (Saint Paul, Corinthiens, 6, 9-10).

« Pas un seul autre vice ne pourrait être raisonnablement comparé à celui-ci, qui l’emporte sur tous les autres en impunité. Car ce vice apporte avec lui la mort du corps et la destruction de l’âme ; il souille la chair, étouffe la lumière de l’intelligence, jette l’Esprit saint hors de son temple, le cœur de l’homme, et installe à sa place le diable, l’éveille à des mauvais désirs ; il ferme absolument l’esprit à la vérité ; il trompe et oriente vers le mensonge ; il jette des rets sur le chemin et, quand un homme tombe dans la fosse, lui ferme toute fuite ; il ouvre les portes de l’enfer et ferme celles du Paradis » (Saint Pierre Damien, Liber Gomorrhianus, vers 1050).

« Celui qui est sodomite prouvé, doit perdre les couilles, et s’il le fait une seconde fois, il doit perdre le membre ; et s’il le fait une troisième fois, il doit être brûlé »

250px-Templars_on_Stake

« Femme qui le fait doit à chaque fois perdre un membre, et la troisième fois, doit être brûlée. Et tous leurs biens sont au roi » (Jostice et Plet, « ancienne coutume d’Orléans », vers 1260).

« Qui erre contre la foi, comme en mécréance, de laquelle il ne veut venir à voie de vérité, ou qui fait sodomiterie, il doit être brûlé » (Philippe de Beaumanoir, Les Coutumes de Beauvaisis, vers 1285).

« Dans chaque temple ou lieu de culte important, ils ont un homme ou deux, ou davantage, habillés en femmes depuis l’enfance, parlant comme les femmes et les imitant en manières, en vêtement et en tout. Les hommes, particulièrement les chefs, ont des relations charnelles impures avec eux les fêtes et les jours saints, comme s’il s’agissait d’un rite ou d’une cérémonie. Je le sais parce que j’en ai puni deux » (Cieza de Léon, Chroniques du Pérou, 1533).

« Si un homme consent à être sodomisé, les coupables seront condamnés au port de la cangue pendant un mois et à 100 coups de bâton » (Code de la dynastie Qing [Da Qing lüli], 1734).

« Je respecte les homosexuels comme je respecte les infirmes. Mais s’ils veulent transformer leur infirmité en santé, je dois dire que je ne suis pas d’accord » (Mgr Elchinger, évêque de Strasbourg, 1982).

« Dans certains domaines, tenir compte de la tendance sexuelle n’est pas une discrimination injuste, par exemple dans le placement des enfants à adopter ou leur mise en garde, dans l’engagement d’enseignants et d’entraîneurs sportifs et dans le recrutement militaire » (Cardinal Ratzinger, Jean-Paul II, Certaines considérations concernant la réponse à des propositions de loi sur la non-discrimination des personnes homosexuelles, 1992).

« S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (Catéchisme de l’Église catholique, 2357 à 2359, 1997).

CEC_2_357

« Pour les homosexuels, l’islam a prescrit les peines les plus sévères […] Après que la preuve a été établie conformément à la sharia, il faudra se saisir de la personne, la maintenir debout, la partager en deux avec une épée et soit lui trancher la tête, soit la fendre en deux tout entière. Il (ou elle) tombera […] Après sa mort, il faudra dresser un bûcher, placer le cadavre dessus, y mettre le feu et le brûler, ou bien l’emporter sur une montagne et le précipiter. Puis les morceaux du cadavre devront être rassemblés et brûlés. Ou alors, il faudra creuser un trou, y faire un feu et l’y jeter vivant. Nous n’avons pas de telles punitions pour d’autres crimes » (Ayatollah Musava Ardelsili, Téhéran, 1998).

Version laïque

« Sans aller jusqu’à la mort, je regrette que cette infamie qui commence à se propager parmi nous, soit traitée avec tant d’indulgence. Je voudrais qu’elle fût, dans tous les cas, assimilée au viol, et punie de vingt ans de réclusion » (Pierre-Joseph Proudhon, Amour et mariage, 1858).

proudhonhelene-builly-costume3pieces

« L’homosexualité fait échouer tout rendement […] Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l’Allemagne, la fin du monde germanique » (Heinrich Himmler, Discours du 18 février 1937).

himmler2

heinrich-himmlers-secret-shame-1

« Dans la société soviétique, de saine moralité, l’homosexualité est réprimée en tant que dépravation sexuelle et punie par la loi, sauf en cas de désordre psychique […]. Dans les pays bourgeois, l’homosexualité, signe de la décomposition morale des classes dirigeantes, est en fait impossible à punir » (Encyclopédie soviétique, « Homosexualité », t. 12, 1952).

urss

« Il faut sanctionner le prosélytisme homosexuel. En effet, le plus grave péril qui menace la terre, c’est la dénatalité du monde occidental affronté à la surnatalité du Tiers Monde. De ce fait, j’estime que l’homosexualité conduit, si elle se développe, à la fin du monde » (Jean-Marie Le Pen, président du Front national, Fréquence gaie, 1984).

« À moins d’un heureux hasard médical, d’ici trois ou quatre ans, parmi les options à débattre, il faudra envisager l’extermination des homosexuels » (Dr Paul Cameron, Conservative Political Action Conférence, 1985).

« L’hétérosexualité, c’est mieux » (Édith Cresson, Premier ministre, 1991).

« Je confesse qu’il doit y avoir des homosexuels au Front national, mais il n’y a pas de folles. Elles sont invitées à aller voir ailleurs » (J.-M. Le Pen, Université d’été du FN, septembre 1995).

faf

« Les homosexuels sont pires que les porcs et les chiens » (M. Mugabe, président du Zimbabwe, 1995).

« Si vous me demandez si un instituteur homosexuel déclaré peut enseigner, ma réponse est non. Ce serait peu éducatif et moralement inopportun qu’une personne homosexuelle déclarée ou qui considère la pédophilie, somme toute, comme une forme d’amour, puisse enseigner. Ils devraient être exclus de la fonction publique » (Gianfranco Fini, leader du mouvement politique italien, Alleanza Nazionale, 1998).

« Je ne peux être favorable à ceux que j’appelle les fossoyeurs de l’humanité, ceux qui n’assurent pas l’avenir, les homosexuels » (François Abadie, sénateur du Parti radical de gauche, Nouvel Observateur, juin 2000).

« Il n’est pas bon qu’un homme aille avec un autre homme, ou une femme, avec une autre femme. Cela va à l’encontre de la tradition africaine et des enseignements de la Bible » (Daniel Arap Moi, président du Kenya, 2000).

« Les lesbiennes utilisent l’orifice de vie dans leurs ébats. Par contre les homosexuels utilisent l’orifice de déjection » (Didier Ratsiraka, président de Madagascar, La Tribune de Madagascar, 27 mars 2001).

manif-pour-tous-4

Version scientifique

« Le pédéraste contrevient à l’hygiène, à la netteté et il ignore la lustration qui purifie. L’état des fesses, le relâchement du sphincter, l’anus en entonnoir ou bien la forme et la dimension du pénis signent l’appartenance à l’espèce nouvelle. Monstre dans la nouvelle galerie des monstres, le pédéraste a partie liée avec l’animal ; dans ses coïts, il évoque le chien. Sa nature l’associe à l’excrément » (Ambroise Tardieu, Études médico-légales sur les attentats aux mœurs, 1857).

« L’homosexualité est un stigmate fonctionnel de dégénérescence et une tare névro-psychopathologique » (Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis, 1886).

« L’homosexualité est la négation de la volonté humaine dans un de ses points les plus sensibles, car la volonté humaine porte d’une façon vivante en elle l’idéal d’une perpétuation. Ce simple fait suffit pour imposer l’hétérosexualité en tant que norme, et pour placer toute perversion, y compris la masturbation, au rang du crime, de l’égarement ou du péché » (Dr Alfred Adler, Le Problème de l’homosexualité, 1917).

26janv2014_jourdecolere1

« En trente-huit ans, l’école n’a produit aucun homosexuel. La raison en est que la liberté donne des enfants sains » (Dr Alexander-Sutherland Neill, Libres Enfants de Summerhill, 1960).

« Que l’on ne vienne pas nous dire, sous prétexte que c’était une perversion reçue, approuvée, voire fêtée, que ce n’était pas une perversion. L’homosexualité n’en reste pas moins ce que c’est : une perversion » (Lacan, Séminaire, vol. VIII, « Le Transfert », 1960-1961).

lacan

« L’homosexuel pur, indemne de tout potentialité de névrose, me paraît exceptionnel, nous ne le rencontrons pas dans nos cabinets de consultations » (Dr Marcel Eck, Sodome, 1966).

« L’homosexualité reste l’impasse de la non-fraternité et de la non-vie » (Dr Éliane Amado Lévy-Valensi, Le Grand Désarroi : aux sources de l’énigme homosexuelle, 1973).

« Ce virus [HIV] a eu le génie de s’attaquer à ceux qui ont transformé la physiologie de la reproduction en plaisirs frelatés […] En cette période où tout ce qui est contre la morale, même naturelle, est admiré, ce virus savait où frapper » (Pr German, président de l’Académie de pharmacie, 1991).

« L’homosexualité fait partie des états premiers de la sexualité humaine, elle ne représente pas la fin de la sexualité, qui, dans le meilleur des cas, s’achemine vers l’hétérosexualité. L’homosexualité n’est pas du tout un choix d’objet parmi d’autres mais un complexe qui signe l’échec de l’intériorisation de l’autre » (Tony Anatrella, prêtre et psychanalyste, Le Monde, 10 octobre 1998).

homophobe

Version littéraire

« Imaginez-vous ce que sont exactement les pratiques sexuelles entre deux hommes, et essayez de ne pas vomir » (Camille Mauclair, Les Marges, mars 1926).

« J’estime que cette perversion d’un instinct naturel, comme bien d’autres perversions, est un indice de la profonde décadence sociale et morale d’une certaine partie de la société actuelle » (Henri Barbusse, Les Marges, mars 1926).

« Pour qui a la responsabilité de parler et de nommer dans un contexte éducatif, d’enseignement, d’accompagnement, de régulation ou d’élaboration des normes, il m’apparaît relever de l’honnêteté intellectuelle et morale que d’oser affirmer la non-équivalence entre les forme d’affectivité homosexuelle ou hétérosexuelle. À la différence d’autres qualifications évoquées plus haut, des expressions comme “forme anormative de la sexualité” ou “conduites objectivement déficientes” ne me paraissent ni blessantes ni humiliantes pour les personnes. Qui ne connaît des déficiences en certains aspects de sa personnalité, en sa sexualité particulièrement ? La sexualité n’est pas seulement le lieu de nos capacités et de nos performances, elle est aussi celui de nos vulnérabilités et de nos défaillances » (Xavier Lacroix, L’Amour du semblable, Questions sur l’homosexualité, 1995).

« Je vais faire pousser des cris, mais je suis prêt à affirmer qu’on ne peut pas être homosexuel et heureux » (Sébastien, Ne deviens pas gay tu finiras triste, 1998).

« Mes mots sont comme un poignard à bord dentelé, ils te poignarderont dans la tête, que tu sois un pédé ou une gouine. […] Si je déteste les pédés ? La réponse est oui » (Eminem, The Marshall Mathers LP, 2000).

eminem_3504_812755_answer_4_xlarge

Version défaitiste [2]

« La raison pour laquelle le couple homosexuel n’a pas accès au mariage est que celui-ci est l’institution qui inscrit la différence des sexes dans l’ordre symbolique, en liant couple et filiation » (Irène Théry, « Le cus en question », Notes de la Fondation Saint-Simon, cf. aussi Esprit, octobre 1997).

« Sodome réclame droit de cité » (H. Lécuyer, in « La Notion juridique de couple », Economica, 1998).

« Nous voilà revenus aux temps barbares » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

inquistion

« Où placera-t-on la frontière, pour un enfant adopté, entre l’homosexualité et la pédophilie ? » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

« Ce sont les fondements de la civilisation et de la démocratie qui seraient remis en cause » (Christine Boutin, députée UDF, membre du conseil pontifical de la Famille, Le Mariage des homosexuels ?, 1998).

« S’il y a des pédés ici, je leur pisse à la raie » (Michel Meylan, député DL, 1998).

« C’est l’homosexualité et toutes les perversions sexuelles qui envahissent la littérature, le cinéma, le théâtre, les médias et assaillent les très jeunes sans défenses appropriées » (tract de l’Association Avenir de la culture, 1998).

« Impropre à assurer le renouvellement des membres qui composent celle-ci [la société], l’homosexualité est, par nature, un comportement mortel pour la société. Ce n’est pas là une appréciation d’ordre moral et subjectif, mais une constatation biologique élémentaire » (Jean-Luc Auber, note sous arrêt Cour de cassation 3e Civ. du 17 décembre 1997, Recueil Dalloz, 1998, 9e cahier Jurisprudence).

« Il ne peut y avoir aucune équivalence entre couples hétérosexuels et couples homosexuels. Cette évidence ne s’inspire d’aucune considération morale ou intégriste » (Jean-François Mattei, député DL, 1998).

« Toutes les études sociologiques ont prouvé que généralement le couple homosexuel a des revenus supérieurs au couple hétérosexuel pour d’évidentes raisons. Il est donc déraisonnable d’offrir à tous les mêmes avantages dès lors que les justifications de ces avantages manquent » (Bernard Beignier, « Une nouvelle proposition de la loi relative au cus : copie à revoir », Droit de la famille, Jurisclasseur, Chronique, avril 1997).

-

« Accepter que des couples puissent se constituer autrement que dans la relation conjugale d’un homme et d’une femme, c’est aller contre l’équilibre naturel établi par Dieu. Sous couvert de démocratie, notre société tend à légiférer selon l’évolution des mœurs. […] Lorsque l’homme porte atteinte à la nature, il porte atteinte à Dieu et à lui-même » (Joseph Sitruk, Grand Rabbin de France, Le Figaro, 2 juillet 1996).

« Stérilisez-les ! » (Pierre Lellouche, député RPR, 1998).

« Ne voient-ils donc pas que Pacs et clone, c’est la même chose ? À savoir la primauté du même au détriment de l’altérité. À savoir, la remise en question radicale de l’opposition incontournable et de la nécessaire complémentarité homme-femme » (Simone Korff-Sausse, psychanalyste, Libération, 1998).

« Un tas de pédés, de folles, de gouines, de timbrés, de malheureux, de malheureuses, d’escrocs, de minus habens, de camés, de lecteurs de Cyril Collard, vont enfin pouvoir se promener dans la rue comme monsieur et madame, après la sortie de la messe, avec le saint-honoré » (National Hebdo, 10 septembre 1998).

fev2014_manifpourtous3

« Le fait de confier des enfants à des couples d’homosexuels masculins (comme cela se produira un jour ou l’autre par l’évolution logique si le Pacs est adopté), ce fait-là ne manquera donc pas d’accroître encore les risques pédophiliques qui sont déjà en plein essor » (Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Figaro, 19 octobre 1998).

« C’est une révolution. Voulez-vous que demain, à la porte de l’école, un couple d’homosexuels regarde sortir vos enfants ou vos petits-enfants ? Voulez-vous qu’ils aient pour petits camarades des enfants de leur âge qui n’auront pas de maman, mais deux “papa” ? Voulez-vous payer plus d’impôts uniquement pour que des invertis vivant en couple en payent moins ? Demain, la cohabitation homosexuelle va être reconnue à l’égal du mariage… Et le mariage lui-même sera rendu obsolète ! […] Vous le savez, l’offensive du lobby homosexuel est le fer de lance de la destruction des principes essentiels de notre civilisation » (tract de l’Association Avenir de la culture, 1998).

printempsfrancais2013

« Ce projet suscite une répulsion profonde, y compris chez les électeurs socialistes. C’est une législation de temps de décadence, pire que celle de la fin de l’Empire romain » (Jean Foyer, ancien garde des Sceaux, 1998).

« Votre révolution du Pacs, c’est le retour à la barbarie » (Philippe de Villiers, député, 1998).

« Il y a des zoophiles aussi » (Jacques Myard, député RPR, 1998).

« Pas de neveux pour les tantouzes ! » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

« Les homosexuels d’aujourd’hui sont les pédophiles de demain » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

« Les pédés au bûcher ! » (slogan de la manifestation anti-Pacs du 31 janvier 1999).

printempsfrançais2013_2

Notes

[1] Ce « florilège » a été publié en préambule du Dictionnaire de l’homophobie, coordonné par Louis-Georges Tin.

[2] Il s’agit ici, plus précisément, des propos apocalyptiques tenus par les adversaires du PACS au moment où celui-ci a commencé à entrer dans l’agenda politique.

1920226_10153201288614838_2666722179230094642_n

]]>
Cuba : Les homosexuels après la Révolution cubaine https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/15/homosexuels-apres-la-revolution-cubaine/ Sat, 15 Nov 2014 00:00:02 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=649 Continuer la lecture →]]> dd3ecbdcd3e8930f310f6a7067007d11-4_3Fragments du livre “Cuba. Depuis la Révolution de 1959″ de Samuel Farber, publiés en décembre 2011 sur le site HAVANA TIMES.

Même si les femmes cubaines n’ont pas été autorisées à s’organiser de façon indépendante pour articuler et défendre leurs intérêts, elles bénéficièrent de différentes manières du processus révolutionnaire. Certaines formes de sexisme patriarcal ont été affaibli, comme le pouvoir des hommes au foyer.

L’intégration des femmes dans les forces productives et la mise en œuvre sporadique de politiques d’action positive ont conduit à une  plus grande différenciation professionnelle chez les femmes et a augmenté le nombre de femmes ayant des postes importants dans l’économie et la société.

Cependant, il se passa le contraire pour les cubains gays, qui ont beaucoup souffert, surtout pendant les trente premières années de la Révolution. Pour des raisons discutées plus en avant, le gouvernement cubain contraint les gays à sortir du placard et il politisa la situation afin d’accentuer leur oppression. Dans le cadre de ce processus, les leaders révolutionnaires ont créés un climat dans l’opinion qui, en plus de ne pas tenir compte de l’oppression des homosexuels comme problème important, présentait la vie des homosexuels comme une manifestation de la décadence sociale.

Par exemple, quand en 1967, la Chambre des Lords a accepté le rapport Wolfenden et qu’il abolit les lois contre la sodomie en Grande-Bretagne, la presse cubaine présenta l’événement comme un exemple de déclin de l’Empire britannique. Bohemia, la revue le plus influente à Cuba, présenta le début du mouvement de libération gay aux États-Unis avec une caricature qui montrait d’une manière très désobligeante deux hommes en train de se marier dans une église. (160)

Une longue série d’événements marquent les moments les plus forts dans la trajectoire de la persécution des homosexuels cubains menée par le gouvernement révolutionnaire. Déjà en 1962, le gouvernement mena un raid massif, connu comme “la nuit des trois P” – pour prostitas, proxenetas et pajaros*. Des milliers de personnes furent arrêtés et transportés au siège de la police et dans les prisons de La Havane. L’opération” inclut des raids aveugles dans certains quartiers, tels que celui de Colon près de la Vieille Havane et connus pour avoir une forte concentration de prostituées. Ceci a été accompagné par des détentions ciblés de personnes qui avaient  été signalés comme sexuellement déviantes dans les listes préparées par les CDRs**. C’est ainsi que le célèbre dramaturge Virgilio Piñeira finit par être arrêté à son domicile dans la banlieue de La Havane. (161)

Dans son discours du 13 mars 1963, à l’Université de La Havane, Fidel Castro attaqua les enfants oisifs de la bourgeoisie qui imitaient Elvis Presley et organisaient des “spectacles efféminés gratuits” et il souligna que ce n’était pas facile de rééduquer un adulte homosexuel ou, selon ses propres mots, “un arbre qui avait poussé tordu”. Aucune mesure drastique ne fut prise contre les homosexuels, mais pour les jeunes qui aspiraient devenir homosexuels ce fut une autre affaire. Fidel ajouta qu’il avait observé que la campagne cubaine ne pas produisait pas d’homosexualité en tant que sous-produit 162.

Puis, en 1965, le gouvernement créa les UMAPS*, où durant environ trois ans les homosexuels avec les Témoins de Jéhovah gay, de nombreux catholiques pratiquants, des membres des sociétés secrètes afro-cubaines comme les Abakuá**** et d’autres “déviants ont été obligés de fournir leur force de travail de façon mal rémunérés, ils ont été enrégimentées par l’État cubain. (163) À la même époque, le gouvernement créa également le Centre pour l’éducation spéciale pour les enfants considérés comme “efféminés” et pour les enfants de mères célibataires, qui sont considérés comme des enfants courant le “risque” de devenir homosexuels. Il fut nécessaire de séparer ces enfants des écoles publiques, car on croyait qu’ils pouvaient “infecter” leurs camarades de classe. (164)

a3aJulianAbalongHORIZWLg

L’année révolutionnaire international de 1968 coïncida avec une “offensive révolutionnaire” sur l’île dirigée par l’État cubain. Mais cette attaque n’était pas une attaque contre les structures puissantes et oppressive de l’État ou du secteur privé comme cela arriva dans les villes de Mexico, de Chicago, de Paris et de Prague, mais contre les secteurs les plus pauvres et les plus marginaux de ce qui restait de la bourgeoisie cubaine.

Pour s’assurer qu’il ne restait plus aucun recoin de l’économie cubaine hors de son pouvoir et de son contrôle, l’État s’empara et ferma toutes les petites entreprises, y compris les nombreux petits bars et les petites caves du pays.

cuba gay castro fidel raul homosexual travesti marica

Cette offensive s’est accompagnée d’une nouvelle persécution des homosexuels et des prostituées. Dans son discours du 28 septembre 1968, pour marquer le huitième anniversaire de la fondation des CDR, Fidel Castro dénonça la jeunesse cubaine qui selon lui vivait de façon “extravagante”. Cela comprenait ceux qui portaient des cheveux longs et qui s’habillaient de façon élégante, signe d’une dégénérescence morale qui finirait par les amener au sabotage politique et économique.

Selon Castro, ces jeunes tentaient d’introduire dans le pays une version renouvelée du Printemps de Prague avec des prostituées dans les rues, la traite des blanches, le parasitisme et l’affaiblissement idéologique. Il proposa comme moyen de les rééduquer de façon disciplinaire de les contraindre à des travaux à la campagne. (165)

Aux déclarations de Castro et d’autres porte-paroles de la Révolution, suivirent une série de raids contre des garçons et des hommes aux cheveux longs à qui on taillait publiquement les cheveux par la force et contre les filles accusées d’être des débauchées en s’habillant en minijupe et que l’on envoyait au travail forcé dans les campagnes. 165 En février de cette même année Castro purgea et emprisonna la micro faction” des vieux communistes et en août il soutenu l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie.

Suivi le “Quinquenio gris”***** qui débuta en 1971 avec la décision du Congrès national de la culture et de l’éducation de ne plus tolérer “les homosexuels reconnus» en dépit de leur “valeur artistique” pour l’influence qu’ils pourraient avoir sur la jeunesse cubaine. Les homosexuels qui pouvaient directement influencer la jeunesse par la voie artistique et culturelle seraient  transférés à d’autres organisations que celles de la culture et de l’éducation..

Le Congrès décida également d’exclure de tous les groupes d’artistes représentant de Cuba à l’étranger quiconque sape le prestige de la Révolution. (166) Certains artistes et certains intellectuels parvinrent à repousser les effets drastiques des résolutions de 1971 en raison de leurs liens avec des institutions qui jouissaient d’un certain degré d’influence sur Fidel Castro, en partie parce qu’ils étaient dirigés par des personnalités de renommée internationale. Ce fut le cas du Ballet national d’Alicia Alonso, de l’ICAIC (Institut cubain de l’art cinématographique et de l’industrie) d’Alfredo Guevara et de la Casa de las Americas (Maison des Amériques), le centre culturel de renommée international de La Havane dirigé par Haydée Santamaria.

La marginalisation officielle des homosexuels fut anticipée par l’Université de La Havane quand elle inaugura, à la moitié des années soixante, une campagne homophobique qui dura trois années, au cours desquelles on distribua de la littérature contre les homosexuels en encourageant les étudiants à répudier les malades, on jugea ainsi publiquement plus d’une centaine de personnes. Les dépurations contraignaient les étudiants inscrits dans certains départements à participer à de grandes assemblées et à contester les attitudes et le comportement politique de leurs compagnons.

Le “jury” de l’organisation officielle des étudiants et de la Jeunesse communiste appela plusieurs personnes à témoigner en public, mais beaucoup craignaient de défendre les étudiants accusés par peur de finir par être accusés eux-mêmes. L’objectif de ces purges était les “contre-révolutionnaires” et les homosexuels, qui la plupart du temps finirent par subir des verdicts unanimes de culpabilité suivis par leur expulsion de l’université et l’enregistrement des délibérations de l’assemblée dans leurs dossiers personnels (dossiers tenus constamment par l’Etat au sujet des performances individuelles et au sujet du comportement au travail). Des dossiers qui commencèrent à être utilisés à cette époque. Les purges devinrent si fréquentes qu’à la fin de 1965, le leader de l’Union communiste promis de les conduire en dehors des heures scolaires. (167)

Les années quatre-vingt ont débuté avec l’exode de Mariel****** au printemps de 1980. Le gouvernement  utilisa cette opportunité pour non seulement pour ridiculiser et attaquer les homosexuels, mais aussi pour les forcer à quitter le pays. Il y eut des Cubains “normaux” qui se firent passer pour des homosexuels pour obtenir du gouvernement les permis et le visa nécessaire pour quitter l’île. Selon les estimations du Groupe homosexuel national de travail  des États-Unis, 125 000 personnes quittèrent Cuba à cette époque, entre 2000 et 10 000 d’entre eux étaient gays et lesbiennes. (168)

Peu de temps après l’exode de Mariel la crise du sida éclata aux États-Unis, dans d’autres pays et enfin elle arriva à Cuba. Le gouvernement cubain a réagi en adoptant certaines mesures parmi les plus dures au monde. En 1986, il ordonna des tests obligatoires pour détecter l’infection par le VIH. Les premiers tests furent consacrés aux groupes à risque : ceux qui avaient voyagé à l’étranger après 1975, spécialement ceux qui avaient servi comme soldats en Afrique. En avril 1991, 9 771 691 personnes, presque toute la population de l’île, avait subi les tests. Ceux qui furent déclarés positif pour le VIH (902 cas au début de 1993) ont été mis en quarantaine dans des sanatoriums et lorsqu’ils atteignirent un stade avancé du sida ont les transféra vers des hôpitaux. (169)

Tout en reconnaissant que les personnes infectées reçurent une bonne attention médicale et qu’ils jouirent de bonnes conditions de vie dans les sanatoriums, et même si la politique d’isolement parvint à réduire la propagation, le gouvernement cubain fut critiqué au niveau international pour la dureté inutile de sa politique et la manière impitoyable par laquelle il exerça son contrôle. Cette politique força des gens en bonne santé à vivre de façon recluse et improductive en attendant que leur SIDA se développe, un processus qui pouvait durer plusieurs années, pour enfin finir leur vie à l’hôpital.

Comme le signala Marvin Leiner, le gouvernement eut recours à la politique d’isolement des malades, au lieu de mettre en place un programme éducatif sur le sida. À l’égal de la réponse des victoriens anglais à la crise de la syphilis et de la gonorrhée en son temps, les dirigeants cubains ont essayé de maîtriser le sida en évitant un débat public et une campagne d’éducation sur le sexe sûr pour limiter la transmission du virus (170).

La politique d’isolement fut abandonné dans les années quatre-vingts dix, mais les premiers choix que le gouvernement adopte pour faire face au SIDA sont très révélateurs de l’énorme pouvoir du Léviathan cubain et de son attitude historique envers les choses du sexe et de l’éducation sexuelle.

160. Allen Young, Gays under the Cuban Revolution (San Francisco: Grey Fox Press, 1981), 31.

161. Carlos Franqui, Portrait de famille avec Fidel (Barcelone: Editorial Seix Barral, 1981), 280-86; Manuel Zayasl, “Carte de l’homophobie”, cubaencuentro, 15 février 2010, http://

cubaencuentro.com/es/cuba/articulos/mapa-de-la-homofobia-10736.

162. Departamento de Versiones Taquigráficas del Gobierno Revolucionario, “Discours prononcé par le Commandant Fidel Castro Ruz, premier ministre du gouvernement révolutionnaire de Cuba, à la cérémonie de clôture pour commémorer le sixième anniversaire de l’assaut du palais présidentiel célébré sur les marches de l’Université de La Havane, 13 mars 1963″, cuba.cu, www.cuba.cu/gobierno/discursos/1963/esp/f130363e.html.

163. Ian Lumsden, Machos, Maricones and Gays: Cuba and Homosexuality, Philadelphie : Temple University Press, 1996, 65-70.

164. Lillian Guerra, Gender Policing, Homosexuality and the New Patriarchy of the Cuban Revolution, 1965-1970, Social History, 35, n°. 3 (August 2010): 274.

165. Hugh Thomas, Cuba : The Pursuit of Freedom, New York: Harper and Row, 1971, 1435, Guerra, «Genre de police, l’homosexualité et le Patriarcat Nouveau”, 271.

166. Citation tirée de sélections revue hebdomadaire Granma, le 9 mai 1971, 5, dans l’affaire Young, Gays sous la Révolution cubaine, 32-33.

167. Jeunes, Gays sous la Révolution cubaine, 53; Guerre, “Gender Policing, Homosexuality and the New Patriarchy,” 271.

168. Young, Gays under the Cuban Revolution, 34-35.

169. Marvin Leiner, Sexual Politics in Cuba: Machismo, Homosexuality and AIDS, Boulder, CO: Westview Press, 117-18.

170. Ibid., 122, 138.

*Oiseaux, l’un des nombreux termes péjoratifs utilisés à Cuba pour désigner les hommes homosexuels)

**Les Comités de défense de la Révolution ont été créés en 1960 pour faire face aux sabotages et actions ennemies, ils ont ensuite évolués selon les besoins. Les CDR existent dans chaque rue, ils s’occupent du nettoyage, des dons de sang, des vaccinations, mais aussi de la surveillance des habitants du quartier. Il s’agit d’un véritable réseau d’espionnage gouvernemental.

***Entre 1965 et 1967, des centaines d’homosexuels hommes et femmes, et de travestis furent envoyés dans des unités militaires d’aide à la production (UMAP). Il s’agissait de camps de concentration où ils devaient être “rééduqués”: les prisonniers vivaient dans des conditions très difficiles, ils étaient astreints au travail forcé, étaient mal nourris et subissaient des mauvais traitements.

****Abakuá est une fraternité masculine afro-cubaine à rites initiatiques. Ses  groupes fermés ont tous pour emblème le léopard , preuve de prouesse virile au combat et d’autorité politique dans leurs communautés. Le système de croyances et de rites Abakuá dérive de ceux des esprits censés vivre dans la forêt.

*****  Le “quinquenio gris”, les quinze années grises durant lesquelles on officialisa le “réalisme socialiste” comme unique voie possible pour les artistes en les soumettant à la censure.

******L’exode de Mariel eu lieu entre avril et octobre 1980. Le régime de Fidel Castro expulsa près de 125 000 cubains, considérés comme contre-révolutionnaires. Ils embarquent au port de Mariel en direction des côtes de Floride.

CUBA SINCE THE REVOLUTION OF 1959
A Critical Assessment
Copyright Samuel Farber 2011.
(www.haymarketbooks.org)

Trouvé sur www.polemicacubana.fr

]]>