Construction et privilèges masculins – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Tue, 28 Jul 2015 18:43:54 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 L’Efféminisme Révolutionnaire, New York, 1972 https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/28/leffeminisme-revolutionnaire-new-york-1972/ Tue, 28 Jul 2015 18:26:46 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1777 Continuer la lecture →]]> fhar-journalTraduction d’un tract distribué par les efféministes révolutionnaires à New York le 26 juin 1972 parue dans Antinorm numéro 2 (journal « des groupes » du FHAR, février mars 1973).

Le Mouvement de l’Efféminisme Révolutionnaire

L’Efféminisme Révolutionnaire est un nouveau mouvement politique en train de se former grâce aux pédés de tout le pays qui veulent lutter contre leur propre sexisme masculin et contre leur oppression. C’est la fois une analyse est un plan d’action.

Pendant ces dernières années, des pédés ont développé l’analyse efféministe en lisant et en écoutant l’analyse féministe du sexisme et de la virilité fasciste, et, au sein de petits groupes, en se parlant de leur oppression et de leurs rôles oppresseurs. Nous reconnaissons deux choses fondamentales, en nous :
1) en tant que pédés, nous sommes opprimés par le sexisme qui assigne à chacun une place, suivant son sexe, dès l’enfance ;
2) en tant qu’hommes, nous sommes des chauvinistes mâles et, par conséquent, nous opprimons toutes les femmes.

Nous reconnaissons que dans la lutte contre notre oppression, nous ne devons pas opprimer les femmes, car nous voulons la fin de toute oppression. Ainsi, nous luttons pour la fin de tous les privilèges que nous avons en tant qu’hommes et nous luttons pour nous déviriliser sans, d’aucune façon, parodier les femmes. D’une façon nouvelle, nous luttons pour être enragés et militants face à notre oppression, sans être compétitifs, dominateurs… masculins. Nous nous efforçons de ne jamais rien faire qui s’oppose à la lutte féministe, et de ne jamais essayer de définir cette lutte à la place des femmes. Nous nous rendons compte que les pédés – et tous les autres – ne seront libres qu’au moment où la virilité fasciste sera détruite.

Notre lutte pour nous déviriliser signifie beaucoup de choses :
– ressentir nos émotions et lutter pour changer celles qui oppriment les autres (par exemple, des sentiments misogynes, racistes) ;
– apprendre à pleurer ;
– se rendre vulnérable aux autres ;
– devenir sensible aux sentiments des autres ;
– apprendre à partager ;
– apprendre à critiquer et à se critiquer.

En outre, il y a beaucoup de choses que nous, en tant que pédés, nous pouvons faire pour lutter contre la virilité fasciste telle qu’elle se manifeste au dehors :
– s’occuper des enfants ;
– apprendre à ne plus détester nos mères ;
– apprendre à ne plus nous allier avec nos pères ;
– attaquer les institutions masculines, nos ennemies… l’Église, la psychiatrie, le capitalisme, la pédagogie ;
– attaquer les organes de la culture (masculine) sexiste : cinémas, journaux ;
– apprendre à voir combien la « contre-culture » est une nouvelle manifestation du chauvinisme mâle ;
– apprendre à se défendre. On en aura besoin.

« The Gay Liberation » est un complot sexiste. Commencez à le miner, bâtissez l’Efféminisme Révolutionnaire.

New York, juin 1972.

Effeminism

]]>
Discours sur les mouvements de libération des femmes et des homosexuels, Huey Newton, 1970 https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/discours-sur-les-mouvements-de-liberation-des-femmes-et-des-homosexuels-huey-newton-1970/ Wed, 28 Jan 2015 02:21:21 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1151 Continuer la lecture →]]> huey1« Il n’y a rien qui indique qu’un homosexuel ne puisse pas être un révolutionnaire. Et peut-être que je fais passer certains de mes préjugés lorsque je dis que « même un homosexuel peut être révolutionnaire ». Bien au contraire, un homosexuel est peut-être encore plus révolutionnaire.

Discours de Huey Newton, fondateur du Black Panthers Party, prononcé le 15 août 1970

huey3

Ces derniers années se sont développés de forts mouvements de libération chez les femmes et les homosexuels. Il y a eu des doutes quant à la manière de se positionner par rapport à ces mouvements.

Quelles que soient vos opinions ou insécurités personnelles quant à l’homosexualité et les différents mouvements de libération des homosexuels et des femmes (et je parle des homosexuels et des femmes en tant que groupe opprimé), nous devrions essayer de nous unir à eux de manière révolutionnaire. Je dis « quelles que soient vos insécurités » car comme nous le savons trop bien, parfois notre premier réflexe est de vouloir frapper un homosexuel au visage, et de vouloir qu’une femme se taise. Nous voulons frapper l’homosexuel parce que nous avons peur d’en être un nous-même; nous voulons frapper les femmes ou les faire taire car nous avons peur qu’elles nous castrent, ou qu’elles aient des couilles là où nous n’en avons pas.

huey

Nous devons nous sentir en sécurité en nous-mêmes et donc avoir du respect et de l’empathie pour toutes les personnes opprimées. Nous ne devons pas avoir la même attitude raciste dont les racistes blancs font preuve envers notre peuple car nous sommes noirs et pauvres. Bien souvent le blanc le plus pauvre est aussi le plus raciste car il a peur de perdre quelque chose, ou de découvrir quelque chose qu’il n’a pas. Nous sommes donc une menace pour lui. Ce fonctionnement psychologique est à l’oeuvre lorsque nous voyons des gens opprimés et que nous sommes en colère après eux à cause de leur comportement ou de leur déviance par rapport aux normes établies.

N’oublions pas que nous n’avons pas établi de système de valeurs révolutionnaire; nous sommes seulement en train de le mettre en place. Je n’ai pas souvenir que nous ayons défini des valeurs qui disent qu’un révolutionnaire doive tenir des propos insultants envers les homosexuels, ou qu’un révolutionnaire doive s’assurer que les femmes ne s’expriment pas à propos de leur oppression particulière. De fait, il s’agit de l’opposé: nous disons que nous reconnaissons le droit des femmes à être libres. Nous n’avons presque rien dit à propos des homosexuels, mais nous devons nous relier au mouvement homosexuel car il est bien réel. Je sais, de par mes lectures, mon expérience et mes observations que nul dans la société n’accorde de liberté ou d’autonomie aux homosexuels. Ils sont peut-être la population la plus opprimée de la société. Et qu’est ce qui a fait d’eux des homosexuels ?

huey2

C’est sans doute un phénomène que je ne comprends pas entièrement. Certains disent qu’il s’agit de la décadence du capitalisme. Je ne sais pas si c’est le cas; je préfère en douter. Mais quelle que soit la raison, nous savons que l’homosexualité existe, et nous devons la comprendre dans sa forme la plus pure: c’est à dire qu’un personne devrait disposer de la liberté d’user de son corps de la manière qu’elle souhaite.

Il ne s’agit pas de promouvoir des aspects de l’homosexualité que nous ne considérerions pas comme révolutionnaire. Mais il n’y a rien qui indique qu’un homosexuel ne puisse pas être un révolutionnaire. Et peut-être que je fais passer certains de mes préjugés lorsque je dis que « même un homosexuel peut être révolutionnaire ». Bien au contraire, un homosexuel est peut-être encore plus révolutionnaire. Lorsque nous organisons des conférences révolutionnaires, des rassemblements, des manifestations, il devrait y avoir une participation totale des mouvements de libérations des femmes et des homosexuels. Certains groupes sont peut-être plus radicaux que d’autres, mais nous ne devrions pas utiliser les actions des uns pour les désigner tous comme réactionnaires ou contre-révolutionnaires car ce n’est pas le cas. Nous devrions agir envers ces groupes comme nous agissons envers un autre groupe se définissant comme révolutionnaire. Nous devrions essayer de juger, d’une manière ou d’une autre, s’il fonctionnent de manière réellement révolutionnaire et d’une situation réellement oppressive (et nous reconnaissons que lorsqu’il s’agit de femmes elles sont très probablement opprimées). S’ils font des choses non révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, critiquons cette action. Si nous sentons que le groupe désire être révolutionnaire dans ses actes mais se trompe dans son interprétation de la philosophie révolutionnaire, ou ne comprends pas la dialectique des forces sociales en opération, nous devons critiquer cela et ne pas les critiquer en tant que femmes essayant d’être libre. La même chose s’applique pour les homosexuels. Nous ne devrions jamais taxer un mouvement de malhonnêteté lorsqu’en fait il s’efforce d’être honnête. Ils font des erreurs honnêtes; les amis ont le droit de commettre des erreurs. L’ennemi n’a pas le droit car son existence est une erreur dont nous souffrons. Mais le front de libération des femmes et le front de libération des homosexuels sont nos amis, nos alliés potentiels, et nous avons besoin d’autant d’alliés que possible.

03-09-69-B-AK.tif

Nous devrions discuter volontairement des insécurités que beaucoup de gens ont envers l’homosexualité. Quand je parle d’insécurités, je parle de la peur qu’ils soient une menace pour notre virilité. Je comprends cette peur. A cause du long procédé de conditionnement qui instille l’insécurité dans le mâle américain, l’homosexualité peut produire certains rejets en nous. J’ai moi-même des rejets vis-à-vis de l’homosexualité masculine. D’un autre côté, je n’en ai aucun envers l’homosexualité féminine. Cela est déjà un fait en lui-même. Je pense que c’est sans doute car l’homosexualité masculine est une menace pour moi, alors que l’homosexualité féminine ne l’est pas. Nous devrions être prudent lorsque nous employons des termes qui pourraient blesser nos amis. Les mots « pédale » et « salope » devraient être éliminés de notre vocabulaire, et nous devrions plus particulièrement ne pas utiliser de noms attribués aux homosexuels pour désigner les ennemis du peuple, comme Nixon ou Mitchell. Les homosexuels ne sont pas les ennemis du peuple.

Nous devrions essayer de former des coalitions avec les groupes de libération des femmes et des gays. Nous devons toujours nous comporter envers les forces sociales de la manière la plus appropriée.

huey_newton

]]>
Comme un chien, Ji Ro, 2012 https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/11/comme-un-chien-ji-ro-2012/ Sat, 11 Oct 2014 18:02:19 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=433 Continuer la lecture →]]>  

commeunchien

Octobre 1997. Je grille le train. Je me fais jeter dans ce bled. Je croise trois gars balaises. C’est ma fête. Coups de poing. Coups de pied. Coups de bite. Et maintenant je fais quoi ?

Comme un chien est un livre de Ji Ro. Tiré à peu d’exemplaires, il est difficilement trouvable mais vous trouverez une liste de lieux où il est en dépôt en cliquant là !

Les premiers jours, j’ai l’impression qu’il y a écrit « violé » en gros et en néon sur ma tronche. J’ai l’impression que tout le monde sait. L’épicier, les passants, la boulangère, les gars du coin de la rue. Tout le monde. J’aimerai baisser les yeux pour ne pas voir, comme si mes paupières devaient s’incliner devant l’humiliation. Mais j’ai décidé de marcher, audacieusement, en regardant devant moi, en regardant les gens que je croise. Comme si de rien n’était.
C’est un exercice conscient et volontaire de résistance.
Les premiers jours, les premières semaines après le viol me sont assez pénibles. Mes pensées, mes discussions, sont obsessionnelles et je pense et je raconte et je rabâche cette histoire à longueur de journée. Au petit-déjeuner, à l’heure du thé, à l’apéro. Je me saoule moi-même avec ma salive. Il me faut disséquer ça. Déchiqueter. Détruire.
Heureusement, mes potes sont patientes. Certaines ont elles aussi été violées. J’ai besoin de les entendre.
J’en parle avec quelques copains hétéros. Les plus proches ne savent pas trop quoi dire. Je ne suis pas convaincu qu’un mec puisse avoir de l’empathie pour des drames de pédé. De la compassion peut-être. Ou de la compréhension. Ce n’est pas la même écoute. Pas les mêmes mots. Pas la même langue. Pas la même émotion. Pas la même histoire. C’est comme ça.
Extrait de Ji Ro, Comme un chien, 2012

]]>
Au placard dans le placard. (Extrait de La Guillotine du sexe, 1978) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/03/le-placard-dans-le-placard-extrait-de-la-guillotine-du-sexe-1978/ Fri, 03 Oct 2014 15:11:37 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=384 Continuer la lecture →]]> « Le sexe est tabou. Le fait d’en parler, dans certains milieux, avec l’apparence de la liberté, ne change rien au problème. Le sexe n’existe pas en prison. Il ne doit surtout pas exister, sinon il se surajouterait aux autres problèmes et compliquerait encore la situation, qui est déjà assez inextricable comme cela. Et pourtant, il suffirait de regarder la réalité en face pour prendre conscience de la gravité du problème posé : avons-nous le droit de priver un être humain de toute vie sexuelle ? Se taire suffit-il à masquer la vérité ? (…)

Même si, à l’extérieur, des questions se posent et si le dialogue s’ouvre, l’homosexualité reste un ghetto pour beaucoup. En prison, c’est le ghetto dans le ghetto.

Elle reste assez mal portée. C’est le reflet de ce qui se passe ailleurs. Mais cela se manifeste plus brutalement. En taule, un pédé, c’est quelqu’un de faible. Donc on le méprise. Ce n’est pas un homme. Tout devient permis. On peut le racketter, le mettre en quarantaine, ne pas lui parler et lui tourner le dos. (…)

Guillotine_du_sexe

Dan surprend par son apparence très dure. Il a la trentaine bien tassée, le visage sculpté dans le granit, tel un dieu grec.

    • J’en ai marre, annonce-t-il.

    • Qu’est-ce qui t’arrive ?

    • Je suis au bout du rouleau !

    • Pourtant, tu plaisantes tout le temps. Tu as l’air en pleine forme. Tu remontes le moral aux autres.

Il soupire :

    • Penses-tu ! C’est le masque.

    • Et qu’est-ce qu’il y a derrière ce masque ?

    • Si je te le disais, tu serais sur le cul.

    • Et après ?

    • Mais peut-être aussi ne voudrais-tu plus être mon ami.

    • Ça ne va pas !

    • Si, je sais de quoi je parle. J’ai l’habitude. Mais, après tout, Jacques, tu es mon ami. Je te dois la vérité. Tant pis pour les conséquences. Je suis homosexuel.

    • Ce n’est pas un drame.

    • Si tu le prends comme ça, je sens que je vais déjà aller un peu mieux.

    • Tu croyais vraiment que j’allais te tourner le dos.

    • Oh ! Je n’en sais plus rien. J’en ai tellement vu. J’ai eu tellement de déceptions…

    • Tu déconnes complètement. Après ce que tu as fait pour moi, tu voudrais que j’annule tout pour si peu ?

    • Pour si peu, tu en as de bonnes ! D’abord, c’est vachement important…

    • Oui, mais, enfin, tu me comprends…

    • D’accord. N’oublie pas, quand même, qu’un pédé est mal vu en prison.

    • Et après ?

    • Eh bien ! Il vaut mieux ne pas être ami avec lui.

    • Ah ! Ça, je m’en fous pas mal.

    • Je suis soulagé de t’endre parler comme ça. De toute façon, je ne suis pas repéré en tant qu’homosexuel. Alors, tu ne risques rien à me fréquenter.

    • Même si tu étais connu comme pédé, je resterais ton ami.

    • Mais cela te ferai du tort !

    • Et je continuerai à te parler au vu et au su de tout le monde !

    • Tu es jeune. Tu ne te rends pas compte. En taule, un homo, c’est assimilé à une balance. C’est un enculé. Bien sûr, il y en a qui sont respectés, parce qu’ils se conduisent comme des hommes. Ils n’ont pas donné leurs associés dans leur affaire. Et, quand il faut se bastonner, ils ne se dégonflent pas.

    • Justement, tu es comme ça. Tu ne mouchardes pas et tu sais te battre.

    • Je suis un solitaire et je prèfère casser tout seul. Si un mec me monte sur les pieds, je lui flanque une correction.

    • Alors ?

    • Oui, mais, quand même, il vaut mieux ne pas en être. Comme ça, il n’y a pas d’histoires. On n’a pas à se battre pour prouver qu’on est un homme.

BoiteCrumb8

(…) En prison, comme ailleurs, les préjugés restent rois. Ce n’est pas parce que l’on est opprimé que l’on comprend d’emblée les autres opprimés. Au contraire, bien conditionné par le système, l’individu brimé rejette son semblable, afin de se ranger dans le camps des oppresseurs. Il en devient le complice, ce qui lui donne l’illusion d’être un chef, alors qu’il n’est rien d’autre qu’un chien au service de ses maîtres et un traître auprès de ses frères.

Le cas de Dan est particulier. Il était déjà attiré par les hommes avant son internement. (…)

    • Mais alors, comment fais-tu ici ?

    • Je crève à petit feu. (…) Je souffre comme un damné. Quand j’étais au Quartier A, il m’est arrivé de me taper la tête contre les murs. (…) Ce que j’ai enduré, ce que j’endure est atroce. J’ai besoin d’un homme. Il me faut le contact d’un amant tendre et vigoureux, souvent, tous les jours même. Si je ne l’ai pas, j’ai mal partout, dans tout le corps. Surtout, j’ai besoin de me sentir pénétré par un sexe dur et fort. Il m’est arrivé de passer des nuits blanches. Je me bouffe les poings pour ne pas crier. Je reste des heures le membre en érection. J’ai beau me branler, il reste pareil.

    • Mais le fait d’éjaculer ne te procure pas un soulagement ?

    • Eh non ! Parce que ce n’est pas de ça que j’ai vraiment besoin. Seule, une femme pourrait me comprendre. C’est inhumain de rester enfermer comme cela. J’en pleure de rage et d’impuissance.

BoiteCrumb2

Cette vérité, étalée sur des années, c’est ce qu’il importe d’opposer à tous ceux qui pensent que la prison est un paradis pour les homosexuels.

Le problème est différent pour ceux qui deviennent homosexuels en prison. Tout se passant en vase clos, cela se sait inévitablement. Et c’est la fin, pour celui qui espère garder l’estime des « garçons ». Pour retrouver du prestige, il lui faudra davantage faire ses preuves que n’importe qui.

S’ajoute à cela le jeu avec l’Administration. Les autorités veulent bien fermer les yeux sur certaines pratiques, mais en échange de quelques informations. Et, une fois que le pli est pris, il est difficile d’en sortir. La direction ne comprendrait pas une pareille volte-face et les codétenus ne croieraient pas, eux non plus, une pareille marche arrière. Un donneur est un donneur. On n’imagine pas qu’il devienne un homme. Et, comme pédé s’associe à balance, il est des métamorphoses qui paraissent du domaine de l’impossible.

BoiteCrumb5

Il est rare qu’un détenu, homosexuel avant d’entrer en prison, passe inaperçu parmi ses camarades. Sa personnalité, sa manière d’être, ses tendances profondes apparaissent d’entrée. Au contraire même, il peut, dans certains cas, afficher et revendiquer sa déviance. Beaucoup exhibent leur féminité, en particulier les travestis. (…) Ils viennent troubler les plus purs et les plus durs.

Ils viennent nous rappeller que nous avons tous notre part d’homosexualité. Ils nous disent qu’en passant à l’acte, nous ne faisons que dépasser nos résistances à l’attirance pour notre propre sexe. Ce qui est vrai. Mais il n’est pas acceptable que de telles découvertes soient effectuées à la suite de privations.

De toutes façons, les travestis et les homosexuels trop voyants ne sont pas admis en détention. La Pénitentiaire ne saurait courir le risque de les voir perturber toute une prison. Elle les met à l’isolement. Prison dans la prison. (…) »

Extrait de La Guillotine du sexe, misère sexuelle dans les prisons, Jacques Lesage de La Haye, 1978.

BoiteCrumb3

Commentaire Dépavage :

La Guillotine du sexe dresse un portrait de la prison à travers la misère affective et sexuelle des détenus. Bien que certains passages ne soient pas dénués « d’homo-érotisme », l’auteur, hétérosexuel et imprégné par les pensées de l’époque, la psychologie et la psychanalyse surtout, se permet parfois des analyses moralisatrices voire hétérosexistes. Il assimile parfois l’homosexualité (et le travestissement) au narcissisme voire à un état pathologique.

Un autre passage témoigne du viol d’un détenu, Rocky, qui retourne en prison deux ans après la fin de sa première peine et aurait demandé, lors de son passage devant le Conseil national d’observation de Fresnes, à retourner à Caen pour être avec « son ami ». L’auteur conclue que la prison lui a donné goût à l’homosexualité « et pas n’importe laquelle, celle du giron soumis à son julot » et qualifie la prison de « fabrique de schbems ».

Que des personnes découvrent l’homosexualité en prison est une réalité mais, comme en témoigne tous les détenus et anciens détenus (et ce livre ne fait pas exception), celle-ci reste très mal vue dans l’institution carcérale, à la fois par les détenus, par leurs proches et par la pénitentiaire. Si certains découvrent le plaisir entre hommes en prison, d’autres aussi s’en éloignent, beaucoup trop se tuent ou sont tués à cause de l’enfermemement et de l’homophobie, à cause de la nécessité du silence ou de l’isolement, à cause des agressions et des viols.

Non, la prison n’est pas un « paradis pour les gays » comme le voudrait les clichés alimentés par l’industrie pornographique et les petits bourgeois  qui fantasment sur les « mâles virils » des classes populaires.

Il va s’en dire qu’on ne saurait défendre l’institution carcérale parce qu’elle permettrait de découvrir la sexualité entre hommes, ce qui est une aberration que malheureusement il arrive que l’on entende. On ne saurait non plus la condamner pour la même raison, comme semble le faire Jacques Lesage de La Haye.

Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’elle est un enfer pour les pédés qu’il faut en finir avec la taule. Il faut en finir avec tous les enfermements. Une prison qui permettrait aux détenus d’avoir une vie sexuelle, ou même une prison qui serait « gay-friendly », resterait de toutes façons une institution qui prive des individus de leur liberté, une institution au service d’un système politique qui s’en sert comme d’une arme pour inciter les prolétaires à rester dans le rang, enchaînés à l’usine… Si l’institution carcérale est profondément homophobe, hétérosexiste, c’est parce qu’elle est le reflet de cette société. Les différences sociales, liées au genre, à la race ou à la classe, y sont exacerbées.

004062014155413000000expo_gay_dakar_600

]]>
Violence sexuelle dans les prisons pour hommes https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/01/violence-sexuelle-dans-les-prisons-pour-hommes/ Wed, 01 Oct 2014 00:04:17 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=349 Continuer la lecture →]]> Le point de vue d’une psychologue, Evelyne Josse, 2013

vlcsnap-2014-08-30-16h43m01s148

Les prisons, un univers viril

Dans l’univers carcéral, la virilité tient lieu d’identité pour les détenus au détriment des spécificités telles que les différents domaines d’activité (travail, activités de loisirs, etc.) et les liens sociaux (famille, amis, voisinage, collègues, etc.) sur lesquelles reposait leur identité pré-carcérale.

L’incarcération, une perte d’identité

L’incarcération a pour conséquence de déposséder les individus de leur identité personnelle et sociale et d’invalider les compétences et les expériences dont ils pouvaient faire état dans la société. Elle leur impose un univers social confiné, très différent du leur qui les plonge dans une situation où ils sont privés de pouvoir. En effet, l’administration pénitentiaire exerce un contrôle jusque dans les plus petits détails de la vie quotidienne : horaires des repas, du lever et du coucher, composition des menus, programme et type d’activité, accès aux biens de consommation, etc.

Affirmer sa virilité pour être respecté

Partout dans le monde, les rapports de genre sont organisés selon une hiérarchie où les hommes occupent la position dominante et les femmes, une position de subordination. La virilité distingue non seulement les hommes des femmes mais elle classe également les individus masculins selon un axe vertical au sommet duquel se hissent les hommes « dignes de ce nom » et au bas duquel sont relégués les « sous-hommes » assimilés aux femmes.

Dans les communautés carcérales régies par la loi du plus fort, les hommes sont en compétition, ce qui concoure au renforcement des critères et des valeurs propres à l’identité masculine et à la surenchère des marqueurs de virilité. Les individus doivent être capables d’affirmer leur masculinité et de passer pour des « durs » sous peine d’être considérés comme des « tapettes », des « femmelettes » ou des « chochottes », de perdre leur honneur et d’être déconsidérés, voire maltraités.

prison_man

De la virilité au virilisme

Cet impératif de virilité, appelé virilisme, se marque par une exacerbation d’attitudes et de comportements virils. Le virilisme se manifeste principalement par l’agressivité, par la volonté de dominer et de conquérir, y compris sexuellement, par le rejet d’attitudes et de comportements considérés comme des signes de faiblesse tels que pitié, compassion, indulgence, sentiments amoureux, etc. ainsi que par le culte des caractéristiques extérieures de masculinité qui, selon les cultures, se traduit par la musculation du corps, notamment grâce au sport, les cheveux courts ou rasés, le port de la barbe ou de la moustache, les tatouages, un comportement sexuel dominateur, etc.

1234664_168161316721091_1945398425_n

Violence entre prisonniers

La violence structure le collectif carcéral en établissant une hiérarchie entre prisonniers.

« Fuck or fight », « baiser ou combattre »

Dans l’univers pénitentiaire, les violences verbales, physiques et sexuelles infligées à autrui servent à structurer les relations entre les prisonniers ainsi qu’à définir la répartition du pouvoir entre eux.

Chacun gagne sa place en se mesurant aux autres. Face à la provocation ou à l’intimidation d’un codétenu, il est impossible de fuir. Il n’existe dès lors que deux options : « fuck or fight », « baiser ou combattre », selon la paraphrase du célèbre « flight or fight », « fuir ou combattre » du spécialiste du stress Walter Cannon. S’il refuse de se soumettre, l’individu n’a qu’une issue : faire ses preuves, se battre pour son honneur, prouver qu’il est un homme.

Les détenus capables de se faire respecter deviennent des leaders. Ceux qui ne peuvent opposer une résistance efficace deviennent des subordonnés au plan physique, mental, financier et/ou sexuel. La violence produit ainsi des masculinités inégales ; elle départage les individus en deux classes : celle des hommes dignes de ce nom capables d’affirmer leur virilité et celle des sous-hommes.

3059800356

Les « vrais hommes »

Les « vrais hommes » doivent leur supériorité hiérarchique à leurs prouesses criminelles. En effet, ils peuvent généralement se vanter d’un lourd passé déterminé par l’activité criminelle. Ils démontrent à tout moment leur sens de l’honneur et leur volonté de dominer : ils sont violents en réponse à toute provocation ou intimidation et refusent la négociation. On les reconnaît également à leur apparence virile : musculature développée, tatouage, etc.

Les « sous-hommes »

Les « sous-hommes » regroupent les homosexuels, les bisexuels, les transsexuels et les travestis car ils n’attestent pas d’un comportement sexuel dominant et ne répondent donc pas aux canons de la virilité.

Les victimes d’agressions sexuelles sont également exclues de la communauté virile car selon le mythe un homme ne peut être forcé à accomplir quelque acte que ce soit et préfère mourir plutôt que de céder sa virginité anale.

Les détenus qui présentent, ou à qui l’on prête, des qualités physiques ou psychologiques associées aux stéréotypes féminins sont également bannis du groupe des « durs ». C’est le cas des individus petits, minces, aux traits délicats, imberbes, à la peau douce, portant les cheveux longs, maniérés, de caractère sensible, timide et pacifique.

vlcsnap-2014-08-30-16h37m46s72

Parmi les sous-hommes, on retrouve également les prisonniers ayant transgressé le code d’honneur propre à l’identité masculine : les « pointeurs », individus écroués pour avoir violenté une personne vulnérable (un enfant, une personne âgée, un handicapé ou une femme), parce qu’ils ont bafoué la règle prescrivant de protéger les plus faibles et les « balances », parce qu’elles ont enfreint la loi du milieu en trahissant leurs amis.

Les violences sexuelles dans les institutions pénitentiaires

Selon diverses études, un détenu Américain sur cinq serait soumis par ses pairs à diverses pressions pour se livrer à des actes sexuels et un sur dix serait victime de viol (1). 25% des prisonniers Australiens âgés de 18 à 25 ans déclarent quant à eux avoir été agressés sexuellement (2).

Des victimes « coupables »

Les violences sexuelles subies par les détenus soulèvent peu d’intérêt dans la population générale. Ils ne bénéficient pas de la compassion accordée aux « victimes innocentes », celles dont la responsabilité dans le processus de victimisation n’est pas mise en cause.

feet

Implicitement, on attribue aux prisonniers un rôle actif dans la genèse des agressions dont ils sont l’objet dans la mesure où ils ont provoqué les conditions de leur avènement. « Vous vous êtes livrés à des pratiques déviantes et condamnables, vous vous êtes mis dans cette situation, assumez-en les conséquences », voilà ce que pense de nombreuses personnes. Le détenu victime est considéré comme aussi coupable que son agresseur, par exemple, lorsqu’il est agressé par un de ses pairs, voire davantage, par exemple, lorsqu’il est condamné pour pédophilie.

Frustrations sexuelles ?

Les relations sexuelles contraintes entre détenus ne peuvent être uniquement attribuées aux frustrations sexuelles. En effet, nul besoin de forcer ou d’agresser autrui pour satisfaire ses pulsions sexuelles. La majorité des prisonniers se contente d’ailleurs de la masturbation, du recours à la pornographie, d’échanges homosexuels consentis et d’ébauches de relations sexuelles dans les parloirs. De plus, le fait que les agressions soient perpétrées par des hétérosexuels qui à priori n’éprouvent pas de désirs pour leurs pairs masculins conduit à chercher d’autres explications.

vlcsnap-2014-08-30-16h41m09s41

L’exercice du pouvoir

Le véritable enjeu de la violence sexuelle porte en fin de compte sur l’exercice du pouvoir. Le viol et autres agressions sexuelles servent aux détenus à prouver leur puissance, tant à eux-mêmes qu’à leurs compagnons, à confirmer leur appartenance à un groupe dominant et à défendre leur place en son sein.

Selon la conception machiste, être un homme, c’est être supérieur aux femmes ou à leurs équivalents symboliques, la féminité représentant l’antithèse méprisable de la virilité. Les détenus tentent donc de se démarquer au maximum de tout stéréotype féminin en affichant continuellement leur masculinité tant dans leur comportement que dans leur discours.

12 Eadweard Muybridge

Les hommes « femmes » et les hommes « hommes »

Dans la conception des détenus, le partenaire soumis, passif dans la pénétration ou actif dans la fellation et dans la masturbation, est considéré comme homosexuel ou plus précisément, comme un équivalent symbolique féminin. Dans la sodomie, il est pénétré comme l’est une femme, voire même jouit d’une manière comparable. La passivité sexuelle, consentante ou forcée, corrompt son identité sexuée. Elle lui dérobe sa virilité. Il acquiert une réputation de « tapette », de « pédé » mais aussi de « pute », de « salope », de « femmelette », de « gonzesse ».

L’homme dominant, quant à lui, se comporte sexuellement comme il le ferait avec une compagne et éprouve des sensations physiques similaires à celles ressenties dans les rapports hétérosexuels. Il prouve qu’il est un homme en étant sexuellement actif : il entretient une activité sexuelle et il asservit sexuellement son partenaire en lui assignant un rôle de femme. Il affirme et consolide ainsi sa virilité.

marc-armando-s-est-suicide-dans-les-deux-heures-qui-ont-suivi-son-arrivee-a-la-prison-des-baumettes-a-marseille-photo-afp

Bibliographie

- « L’atlas de la Sexualité dans le monde » cité par Massardier, http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/conf/confvictime/prvictimes.html)
- Cabelguen M. (2006), « Dynamique des processus de socialisation carcérale », Champ pénal, http://champpenal.revues.org/document513.html
- Donaldson S. (1993), “A Million Jockers, Punks, and Queens, Stop Prisoner Rape : Sex among American Male Prisoners and its Implications for Concepts of Sexual Orientation”, Stop Prisoner Rape, http://www.spr.org/en/docs/doc_01_lecture.asp
- Human Rights Watch (2001), « No escape : Male Rape In U. S. Prisons », http://www.hrw.org/reports/2001/prison/report.html
- Knowles G. J., “Male Prison Rape : A Search for Causation and Prevention”, The – Howard Journal Vol 38 No 3. Aug 99 ISSN 0265-5527, pp. 267-282, http://www.spr.org/pdf/knowles2.pdf
- Struckman-Johnson C., Struckman-Johnson D., « Sexual Coercion Rates in Seven Midwestern Prisons for Men”, 80 The Prison Journal 379 (2000), http://www.spr.org/pdf/struckman.pdf
- Welzer-Lang D., Mathieu L. (1997), « Les abus dits sexuels en prison : une affaire d’hommes », http://www.traboules.org/text/txtpris.html

Par Evelyne Josse, psy, en 2013

 

Brisons les murs

]]>
Les étiquettes sexuelles, Q-zine https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/26/qzine-etiquettes/ Thu, 25 Sep 2014 23:47:59 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=295 Continuer la lecture →]]> Publié par Q zine, magazine du Réseau des Jeunes LGBTQ de l’Afrique de l’Ouest (QAYN)

 Décembre 2013.

IDAHOT13

par Bonnie Sepora, assistant social et chanteur à Gaborone, Botswana.

 

Chaque fois qu’un mec flirte avec moi, il finit toujours par me demander à un moment ou à un autre, parfois indirectement, mais le plus souvent sans détour, si je suis passif ou versatile. J’en ai l’habitude mais n’empêche que cette question me met toujours mal à l’aise. Il m’est parfois arrivé d’être approché par des mecs qui me disent, droit dans les yeux, que je serais bien à ” pénétrer “. Une fois, un mec s’est même permis de me dire que je ressemblais à quelqu’un qui aimait bien se faire ” piler “.

N’est-ce pas étrange qu’une personne ne sachant rien de moi pense qu’elle a le droit de me coller une étiquette?

vlcsnap-2013-10-28-19h17m59s0

Pourquoi est-ce que le collage d’étiquettes sexuelles semble être le jeu préféré de la plupart des gays? Et pourquoi est ce que chez les gays noirs, ce type de jeu semble avoir une plus grande importance?

Actifs, exclusivement actifs, actif oral, actif-passif ou versatile, versatile-actif, versatile-passif, exclusivement passif, passifs viriles, etc. tant d’étiquettes toutes aussi dénigrantes les unes les autres. Je dis dénigrantes parce que généralement lorsque les gays africains adoptent ces étiquettes, ils mentent. Autrement dit, beaucoup d’entre nous vivent dans un état de déni.

Je n’ai aucun problème avec le fait qu’un mec décide de se coller une étiquette sexuelle, du moment qu’il est honnête avec les raisons de son choix. Par contre, j’ai un problème quand les gays et bisexuels africains utilisent ces étiquettes pour se démarquer de ce qu’ils considèrent comme leur étant inférieurs.

Quand nous nous enfermons dans cette logique selon laquelle, se laisser pénétrer par un autre homme fait de nous un “passif ” et nous enlève une partie de notre masculinité, nous intériorisons inconsciemment ces valeurs religieuses et sociales qui ont justement servies à nous opprimer depuis des décennies et qui n’ont plus leur place dans la vie d’un gay ou d’un bisexuel en ces temps modernes.

   tumblr_m0mua1Ener1qceuzao1_1280

Si vous faites un tour sur Gaydar.co.za ou Adam4Adam.com, vous trouverez un nombre disproportionné de profiles qui se disent actifs. Si 90% d’entre nous sont des actifs, alors qui “se fait piler?”

Curieux que je suis, j’ai décidé de faire un test simple. J’ai créé un profil sur Adam4Adam ; profil sur lequel j’ai indiqué que j’étais “uniquement actif.” Je l’ai baptisé Tumo, lui ai associé un énorme pénis et pris la peine de préciser que celui qui aura la chance de décrocher un rencard avec Tumo devrait s’apprêter à ” se faire péter la rondelle ” (car c’est ce genre de phrases absurdes qui sont courantes sur ce type de sites). Si vous ne trouvez rien de dérangeant dans cette phrase, c’est que vous avez peut-être besoin d’aller voir un psy.

Que pensez-vous qu’il s’est passé? Chaque fois que Tumo se connectait sur le site, de nombreux profils estampillés ” uniquement actifs ” n’arrêtaient pas de le contacter, certains le suppliant presque pour se faire défoncer par son membre disproportionné. Ils lui envoyaient leurs mensurations et en demandaient tous après du ” hard “. Quelques uns demandaient à se “faire inondé” (mais ça c’est toute une autre histoire).

Mes chers frères gays, bisexuels et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, nous sommes tous malades et avons besoin d’aide. Notre déni profond a atteint une dimension psychologique qui frôle le malsain. Que c’est triste que nous ne soyons plus en mesure d’être honnêtes avec nous-mêmes et encore moins avec nos frères gays.

Bien sûr, je n’ai pas été surpris par le résultat de mon expérience. J’ai eu à faire du counselling envers les gays et bisexuels auparavant, alors je suis bien conscient des problèmes que nous avons avec notre sexualité. Dès notre bas-âge, on se fait appelés “tapettes”, “pédés” et j’en passe, des insultes comme pour nous rappeler que nous ne sommes que des créatures ” abominables ” destinées à bruler en enfer. Ce n’est donc pas étonnant de voir que beaucoup d’entre nous finissent par intérioriser tout cela et en arrivent à se détester eux-mêmes. Une réalité que très souvent, nous masquons dans l’alcool et la drogue.

Et puis, il y a l’émasculation des hommes noirs provoqués par le racisme et toutes ses conséquences sur l’appréhension de la psyché masculine africaine, qu’il s’agisse des homosexuels ou des hétérosexuels. La perception sociale que l’on se fait des hommes en Afrique est basée essentiellement sur une exagération et une surévaluation de leur masculinité : le machisme est tout simplement la norme ici.

Il n’est donc pas surprenant qu’il soit si difficile pour beaucoup d’entre nous d’admettre que nous aimons nous faire baisé. Nous percevons les passifs comme étant plus “gays” que les actifs et certains passifs commencent à se voir comme n’étant rien d’autre que de simples réceptacles de bites. Ils deviennent “exclusivement passifs ” – ceux-là à qui la bite ne sert à rien d’autre qu’uriner. À mon avis, ni les mecs ” uniquement actifs ” (c’est-à-dire ces actifs qui ne savent pas ce qu’est un baiser et n’osent faire des fellations), ni les mecs ” exclusivement passifs ” (à qui çà ne pose aucun problème de ne jamais être sucé) ne sont sexuellement ou psychologiquement normaux.

gwbTumblr4-14BkissDuo

Les hommes noirs qui se présentent comme étant ” uniquement actifs “, tout en étant dans le déni, posent un énorme problème à notre communauté. Si vous ne pouvez admettre au fond de vous que vous aimez être pénétré, vous êtes moins susceptible d’être prêts pour des rapports sexuels protégés. Lorsque vous êtes obsédé par l’idée de vous coller une étiquette d’actif tout en ayant honte de vos désirs profonds, et qu’il vous arrive de rencontrer quelqu’un qui vous fasse vibrer le rectum, signe annonciateur d’une envie folle de se faire défoncer ; alors, vous êtes également plus susceptibles de vous laisser aller à des choses plus dangereuses et néfastes telles que la cocaïne, la méthamphétamine ou toute autre chose dans le genre. La prochaine chose qui vous arrivera par la suite, sera probablement vous faire défoncer et pisser dessus.

Plus tard, vous ferez une fixation dessus : vous êtes un actif. Mais curieusement, votre corps vous dit le contraire. Et parce que vous êtes un actif et qu’une certaine “Mojita” vous a dit que les actifs ne peuvent pas attraper le VIH, vous ne vous êtes jamais fait dépister. Quelques années plus tard, allongé sur un lit d’hôpital, on vous annonce que vous êtes atteint de SIDA (pas seulement infecté par le VIH, mais déjà atteint de SIDA). Tout cela parce que vous ne pouviez pas accepter que, comme beaucoup d’hommes – comme la plupart des gays et même certains hétéros – Vous aimez être pénétré, parce que c’est sacrément bon.

Bien sûr, il y en a qui ne ressentent pratiquement pas de douleur, les amoureux transis et ceux qui ont tout simplement de nombreux blocages par rapport à tout ce qui se passe en dessous de la ceinture et ne tirent jamais un grand plaisir à se faire pénétrer. Quatre-vingt dix pour cent de la douleur est psychologique et vient des histoires avec lesquelles on vous a bourré le crane.

Cependant, les histoires de honte ou de douleur au sujet de la pénétration ne sont pas les seuls mythes en circulation. En voici un autre qui est tout aussi néfaste. Être un actif ne vous rend pas forcément plus viril que votre partenaire qui peut accepter souffrir de se faire prendre quelques minutes, puis payer lui-même ses propres factures par la suite et vous enculer à votre tour lui aussi. La plupart des mecs ” uniquement actifs ” ont juste une plus grande bite, une allure plus masculine et tout ce qui va avec.

Comme pour toutes ces autres choses que certains mecs qui se disent exclusivement actifs affirment ne pas faire comme sucer une bite, etc. – cela voudrait tout simplement dire qu’il ne trouve pas votre sexe attirant. Si tout ce que vous pouvez faire c’est vous faire sucer et puis défoncer un trou, alors je suis désolé de vous le dire de cette manière mais, sachez que vous n’êtes pas ” un bon coup “. Il existe des gadgets sexuels qui procureraient plus de plaisir que vous à votre partenaire.

tumblr_m6m43pjCbT1r8xoupo1_500

Je terminerai en répétant simplement que toutes ces étiquettes sont fausses. Pire encore, elles nuisent à notre capacité à entretenir des relations à long terme. Et il ne s’agit pas uniquement de mon point de vue ici, car des études l’ont prouvé.

J’aimerais que vous y pensiez plus sérieusement, que vous preniez un moment pour réfléchir à l’étiquette sexuelle que vous utilisez. Cela représente-t-il vraiment qui vous êtes et ce à quoi vous voulez que l’on vous associe en tant que gay ou bisexuel africain? Soyez honnête avec vous-même. Qu’y’a-t-il de mal à dire tout simplement que vous avez envie d’enculer ou de vous faire enculer ce soir ? Cela ne vous reliera pas systématiquement à une étiquette dont vous ne pourrez plus vous défaire. Qu’y’a-t-il de mal à ce que deux africains s’aiment et couchent ensemble, chacun voulant à la fois se faire plaisir et satisfaire l’autre, tout en sachant que leur masculinité ne sera pas compromise à cause de ce qu’ils ressentent ou font ? Être honnête avec vous-même et envers vos amants est une preuve de force et de respect de soi – et qu’y’a-t-il de plus “viril” que cela ?

Relevons le défi ensemble, gais et bisexuels d’Afrique !

lavenderlove-credit-corinna-nicole

Publié par Q-zine http://q-zine.org/2013/12/31/les-etiquettes-sexuelles/

]]>
Consentement… un truc de pédé ? https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/08/consentement-un-truc-de-pede/ Sun, 07 Sep 2014 22:27:52 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=232 Continuer la lecture →]]> http://infokiosques.net/IMG/pdf/consentement_un_truc_de_pede-32p-A5-fil.pdf

Cette brochure aborde la question du consentement à partir du point de vue et du vécu de garçons qui couchent avec d’autres garçons. Elle a l’intention d’en montrer les spécificités et les enjeux particuliers en même temps qu’elle insiste sur l’importance de se sentir concerné personnellement par cette question (du consentement) quand on est gay/pédé. Elle est composé par deux textes qui partent de vécus personnels : une traduction de l’anglais du texte « Positive consent for dudes who get it on with dudes », suivie par un deuxième texte qui revient plus sur des histoires de constructions sociales de genre et de rapports de domination.

arton1067

 

]]>