Dépoussiérages – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Sun, 09 Aug 2015 14:29:17 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! Le Fléau Social, juin 1972 https://depavage.noblogs.org/post/2015/08/01/cours-camarade/ Sat, 01 Aug 2015 18:45:19 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1787 Continuer la lecture →]]> vlcsnap-2013-06-21-19h47m58s255Édito du numéro 1 du Fléau social, journal du groupe 5 du FHAR. « Si on s’appelle Le Fléau Social c’est cause de l’amendement Mirguet de 1962 qui nous assimile à l’alcoolisme et à la tuberculose. Ouai ! »     fléau-social-01

Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! Depuis le temps qu’on en parlait, depuis le temps qu’on nous le demandait, eh bien c’est fait, le F.H.A.R. (ou ce qu’il en reste) a un journal. Comme tout le monde, on a notre joujou, notre gadget, le réceptacle et le média de toutes nos bonnes pensées du soir. Cette feuille de chou que vous avez entre les mains est un journal du F.H.A.R., ça ne signifie nullement qu’il soit le journal du F.H.A.R., il a été conçu par un groupe, minoritaire comme tout groupe, issu du F.H.A.R., membre de l’I.H.R., et qui, en ayant archi-marre de la pagaille et du bordel sciemment entretenu, a décidé de se donner à lui-même un instrument de travail et de diffusion de ce travail. Ce canard, on l’a voulu clair, simple et facile à lire. On aurait pu comme c’est à la mode le faire avec plein de couleurs et puis un air un peu bricolé de traviole, ça aurait été très dans le vent, très « in », mais les modes, on s’en branle. Certains diront qu’il est chiant, eh bien il est l’image de la vie qu’on mène, moderne et glacée. Notre chaleur humaine et notre joie de vivre, c’est pas dans du papier journal qu’on l’enveloppe. En exergue, il faudrait noter cette phrase : C’est que toute pensée dès qu’on la fixe devient débile et est forcément dépassée. Sur cette bonne parole (c’est sûrement encore un masque), il faudrait préciser pour que la récupération soit tout à fait claire notre conception d’un front homosexuel d’action révolutionnaire et pour la raison énoncée plus haut c’est pas facile. Pour commencer, on est censé être un mouvement politique volontairement inorganisé (pas de centralisme), un front c’est-à-dire un large éventail de filles et de garçons de tous âges que rassemble une lutte spécifique : la lutte sur le front sexuel et non pas seulement homosexuel et encore, cette approche est-elle une manière d’aborder le sujet plus vaste qu’est la révolution communiste globale.

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On s’explique, l’oppression dont sont victimes celles et ceux qui ne baisent pas comme le voudrait l’évangile n’est que l’épigone le plus voyant d’une répression beaucoup plus subtile dont sont victimes sur le plan sexuel tous les individus. En effet, le sexe est ce qu’il y a de plus fort et de plus vivant dans l’homme, c’est sa force vive et toute cette formidable énergie est entièrement canalisée au profit de la société : au profit de la reproduction, au profit de la famille (structure aliénante et réduite de la société) et au profit de la production-consommation. Eu schématisant, on peut dire que les structures économiques de la société capitaliste bourgeoise et judéo-chrétienne reposent sur des pulsions sexuelles déviées de leur objet, d’où la hantise qu’a toujours manifesté cette société dès qu’on aborde ce sujet, dès qu’on essaye d’analyser ces problèmes autrement que sur le plan strictement individuel et « médical ». Les rapports « spectaculaires-marchands » qui régissent cette société sont des rapports sexuels déviés et les rapports dits sexuels sont devenus des rapports spectaculaires-marchands (voir problème du désir). La société judéo-chrétienne n’est qu’une énorme supercherie et tous ses prétendus idéaux sont faussés à la base, d’où l’échec de toutes les tentatives révolutionnaires qui n’osent pas remettre en question les «valeurs traditionnelles » que sont : la sexualité dite « normale », la famille, la situation de la femme, l’Etat, le pouvoir, le travail, la production et les notions mêmes de société, de culture et de civilisation (piège à con). Heureusement, depuis 1968, et, n’en déplaise aux révolutionnaires professionnels, tout cela bouge et est remis en question, d’où la naissance et l’intérêt d’un mouvement comme le F.H.A.R. qui, à la limite, se situe comme une structure d’accueil pour tous ceux qui pensent que la révolution c’est d’abord dans leur tête et dans slip qu’elle doit se faire ou, plus exactement, que repenser les rapports économiques est inutile si on ne repense pas en même temps les rapports sociaux et les rapports sexuels, si on ne transforme pas radicalement en même temps les codes de référence (culture) de la société aliénée.

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QUELQUES PROPOSITIONS :

1″ L’homosexualité, ça n’existe pas (seulement dans la tête de ceux qui se croient hétéros ou que les prétendus hétéros ont réussi à persuader qu’ils étaient homos, ouf!).

2″ L’hétérosexualité n’existe pas davantage, la sexualité ne peut être que globale et ne souffre pas de partition ou de division, toute spécification est arbitraire et illusoire et les comportements fixés ne le sont que face aux archétypes que propose notre culture.

3″ Toute spécialisation est inventée et flattée par la classe dominante pour favoriser les uns au détriment des autres et vice versa afin de mieux s’imposer ; d’ailleurs, les transgressions quand elles n’entraînent pas une modification du statut social sont parfaitement tolérées.

4″ Homos et hétéros sont à titre égal les victimes du système, ils sont simplement utilisés, exploités et opprimés à des niveaux différents.

5″ Normal et naturel sont des mots à bannir, rien de ce qui touche à l’homme n’est naturel, en quittant le règne animal pour devenir social, le bipède humain a abandonné tout naturel, il s’est dégagé de la nature. Rien de ce qui est spécifiquement humain n’est naturel.

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AUTRES PROPOSITIONS :

6″ Repenser l’éducation des enfants dans un sens non autoritaire assurant leur libre développement (rien à voir avec les expériences-bidon, type méthode Frenet ou Summerhill).

7″ Destruction de la famille en tant que mini-société répressive et hiérarchisée.

8″ Destruction de tous les rôles.

9″ Destruction de toute « échelle de valeur», les valeurs sont une notion bourgeoise.

10″ La culture est une notion bourgeoise.

11″ Toute domination physique ou intellectuelle d’un individu sur un autre est une déviation de l’instinct sexuel non épanoui (domination des hommes sur les femmes, des adultes sur les enfants).

12″ Le but de la révolution n’est pas la prise du pouvoir par le « prolétariat », c’est la destruction de l’idée même de pouvoir et de prolétariat.

13″ Le concept de «lutte des classes » est à repenser complètement.

14″ La démocratie est une latrine.

15″ Autogestion généralisée de la vie.

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PROPOSITION SUBSIDIAIRE :

L’esprit fait plus de chemin que le cœur mais va moins loin. Le projet révolutionnaire global qui semblait utopique autrefois est aujourd’hui parfaitement réalisable dans les sociétés occidentales grâce à l’accumulation du capital, grâce aux « progrès» techniques réalisés.

Ces quelques propositions au hasard parmi tant d’autres ne constituent absolument pas une plate-forme politique, ce sont simplement des idées de discussion.

Si nous voulons faire la révolution, il faut nous en donner les moyens et pas seulement les moyens techniques mais aussi les moyens moraux, c’est-à-dire les motivations. Ça n’est pas sur des problèmes de salaire ou d’aménagement du travail qu’on mobilisera les masses pour autre chose qu’un aménagement du système.

Changer la vie, c’est bien joli, mais, comme disait Léon (Trotro) « pour changer la vie, faut d’abord la connaître », et pour l’instant nous n’en sommes qu’à la survie à l’intérieur d’un système injustifiable et dégradant.

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On le voit, il n’est pas pour nous question de nous cantonner sur le terrain d’une lutte pour la «révolution sexuelle» laquelle est totalement récupérée, le cul, ça se vend bien et les pédés, croyez-moi, il y a tout un marché (et les gouines donc !), la prospection ne fait que commencer, suffit de jeter un oeil sur les films qui sortent en ce moment sur le sujet, c’est encore timide mais la saloperie gagne, la gangrène s’étale. Bien sûr, avec l’étiquette d’homosexuel, qu’on assume volontairement la liaison avec les luttes ouvrières, ça va pas être du gâteau, le mythe du prolo à gros bras et grosse pine et de la femme reproductrice a les reins solides et pourtant c’est là qu’il va falloir frapper.

Libérer les bourgeois n’a aucun intérêt, bien que ce soit pourtant eux qui les premiers viennent au F.H.A.R., qui prennent les attitudes les plus radicales en apparence, tentant de monopoliser le mouvement et nous offrant en spectacle le psychodrame de leurs contradictions intimes et de leur paranoïa dont on a vraiment rien à foutre. La lutte des classes, c’est d’abord à l’intérieur du mouvement qu’on doit la mener contre ceux qui imposent la violence et le terrorisme de l’intellect ou qui confondent maquillage et révolution, Mme Arthur et Rosa Luxemburg. Tout ça, c’est très rapide, c’est des idées jetées comme ça, c’est à vous et à nous de les développer et de les mettre dès maintenant en pratique. La révolution, ça n’attend .pas, elle est déjà commencée. « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi… »

 

GROUPE 5 du FHAR.

in Le Fléau Social n°1 – juin 1972

 

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photos tirées du film Le Sexe des anges de Lionel Soukaz (1977)
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L’Efféminisme Révolutionnaire, New York, 1972 https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/28/leffeminisme-revolutionnaire-new-york-1972/ Tue, 28 Jul 2015 18:26:46 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1777 Continuer la lecture →]]> fhar-journalTraduction d’un tract distribué par les efféministes révolutionnaires à New York le 26 juin 1972 parue dans Antinorm numéro 2 (journal « des groupes » du FHAR, février mars 1973).

Le Mouvement de l’Efféminisme Révolutionnaire

L’Efféminisme Révolutionnaire est un nouveau mouvement politique en train de se former grâce aux pédés de tout le pays qui veulent lutter contre leur propre sexisme masculin et contre leur oppression. C’est la fois une analyse est un plan d’action.

Pendant ces dernières années, des pédés ont développé l’analyse efféministe en lisant et en écoutant l’analyse féministe du sexisme et de la virilité fasciste, et, au sein de petits groupes, en se parlant de leur oppression et de leurs rôles oppresseurs. Nous reconnaissons deux choses fondamentales, en nous :
1) en tant que pédés, nous sommes opprimés par le sexisme qui assigne à chacun une place, suivant son sexe, dès l’enfance ;
2) en tant qu’hommes, nous sommes des chauvinistes mâles et, par conséquent, nous opprimons toutes les femmes.

Nous reconnaissons que dans la lutte contre notre oppression, nous ne devons pas opprimer les femmes, car nous voulons la fin de toute oppression. Ainsi, nous luttons pour la fin de tous les privilèges que nous avons en tant qu’hommes et nous luttons pour nous déviriliser sans, d’aucune façon, parodier les femmes. D’une façon nouvelle, nous luttons pour être enragés et militants face à notre oppression, sans être compétitifs, dominateurs… masculins. Nous nous efforçons de ne jamais rien faire qui s’oppose à la lutte féministe, et de ne jamais essayer de définir cette lutte à la place des femmes. Nous nous rendons compte que les pédés – et tous les autres – ne seront libres qu’au moment où la virilité fasciste sera détruite.

Notre lutte pour nous déviriliser signifie beaucoup de choses :
– ressentir nos émotions et lutter pour changer celles qui oppriment les autres (par exemple, des sentiments misogynes, racistes) ;
– apprendre à pleurer ;
– se rendre vulnérable aux autres ;
– devenir sensible aux sentiments des autres ;
– apprendre à partager ;
– apprendre à critiquer et à se critiquer.

En outre, il y a beaucoup de choses que nous, en tant que pédés, nous pouvons faire pour lutter contre la virilité fasciste telle qu’elle se manifeste au dehors :
– s’occuper des enfants ;
– apprendre à ne plus détester nos mères ;
– apprendre à ne plus nous allier avec nos pères ;
– attaquer les institutions masculines, nos ennemies… l’Église, la psychiatrie, le capitalisme, la pédagogie ;
– attaquer les organes de la culture (masculine) sexiste : cinémas, journaux ;
– apprendre à voir combien la « contre-culture » est une nouvelle manifestation du chauvinisme mâle ;
– apprendre à se défendre. On en aura besoin.

« The Gay Liberation » est un complot sexiste. Commencez à le miner, bâtissez l’Efféminisme Révolutionnaire.

New York, juin 1972.

Effeminism

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Paragraphe 175 et Triangles roses https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/paragraphe-175-et-triangles-roses/ Wed, 28 Jan 2015 16:27:50 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1174 Continuer la lecture →]]> heinrich-himmlers-secret-shame-1« L’attrait sexuel de l’homme pour l’homme nuit à la bonne marche des affaires. » (Heinrich Himmler)

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand, l’article 334 – alinéa 1 du Code pénal français, les camps. Témoignages de Rudolf Brazda et Pierre Seel.

Paragraph 175

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand en 1871 (reprenant une loi prussienne de 1794)

« § 175 Les actes sexuels contre nature qui sont perpétrés, que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux, sont passibles de prison ; il peut aussi être prononcé la perte des droits civiques. »

En octobre 1934, s’installe au sein de la Gestapo d’un bureau spécial chargé de traiter les affaires homosexuelles (Sonderdezernat Homosexualität), qui se consacre notamment au fichage, et d’une nouvelle intensification de la persécution. Les inculpations au titre du paragraphe 175 sont alors multipliées par 5 entre 1934 et 1935.

Le paragraphe 175 amendé le 28 juin 1935 :

« § 175 Un homme qui commet un acte sexuel avec un autre homme ou qui se laisse utiliser par lui dans ce but est puni de prison. Dans le cas d’un participant qui, au moment des faits, n’avait pas encore 21 ans, le tribunal peut renoncer, dans les cas les plus légers, à punir.

§ 175a Est puni d’une peine de travaux forcés pouvant s’élever jusqu’à dix ans, en cas de circonstances atténuantes d’une peine de prison ne pouvant être inférieure à trois mois :

  1. un homme qui oblige un autre homme, par la force ou par une menace mettant présentement en danger son corps ou sa vie, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  2. un homme qui décide un autre homme, en usant d’une dépendance fondée sur une relation d’autorité, de travail ou de subordination, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  3. un homme de plus de 21 ans qui séduit un mineur masculin de moins de 21 ans , afin qu’il commette avec lui un acte sexuel ou qu’il se laisse utiliser par des hommes en vue d’un tel acte ou qui s’offre dans ce but ;

§ 175b Un acte sexuel contre nature qui est commis par un homme avec un animal est puni de prison ; la perte des droits civiques peut être également prononcée1. »

Entre 1933 et 1945, rien qu’en Allemagne, près de 100.000 hommes (dont la moitié a été condamnée) ont été arrêtés en vertu de la loi qui criminalisait l’homosexualité.

On estime qu’entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été détenus dans des camps de concentration sous le régime nazi.

Ces statistiques ne couvrent cependant pas l’ensemble des cas, les « corrupteurs de la jeunesse », les prostitués et les récidivistes pouvant être directement internés en camp de travail sans jugement. L’« émasculation volontaire » est également « proposée » par la police aux homosexuels poursuivis au titre du paragraphe 175. Quant à la castration forcée, elle n’est imposée que dans certains cas, cette fois au titre de la loi de prévention des maladies héréditaires modifiée en juin 1935, ou de celle sur les crimes sexuels de novembre 1934, sans qu’il soit possible de différencier les homosexuels parmi ceux qui en ont été victimes ; le recours à la castration systématique a été proposé à plusieurs reprises par Himmler, notamment en 1939 puis en 1942, mais n’a pas été retenu.

L’historienne Dagmar Herzog affirme quant à elle qu’entre 46 000 et 50 000 homosexuels auraient été indistinctement emprisonnés ou internés, et qu’entre 5 000 et 10 000 y seraient morts.

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La mort de Gad Beck le 24 juin 2012, considéré comme le dernier survivant gay de l’holocauste, a laissé un vide. Il était le dernier témoin vivant et le représentant d’une période de persécution et de souffrance qui a coûté la vie à des milliers d’homosexuels.

Robert Biedron, un activiste polonais, décrit des scènes d’humiliations quotidiennes pour les homosexuels détenus dans des camps :

«Ils étaient forcés de dormir en chemise de nuit et de garder leurs mains en dehors du lit. A Flossebürg, les homosexuels étaient forcés de fréquenter des prostituées. Les Nazis faisaient même des trous dans les murs pour observer le comportement de leurs prisonniers homosexuels.»

Le témoignage de Rudolf Brazda, survivant, en 2010 :

http://youtu.be/9yPLoH3qyvQ

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« Des jours, des semaines, des mois passèrent. De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l’horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l’épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu’elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp. Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d’autres.

 

Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l’appel. Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l’appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major. J’imaginais qu’il allait encore nous assener sa foi aveugle dans le Reich assortie d’une liste de consignes, d’insultes et de menaces à l’instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s’agissait en fait d’une épreuve autrement plus pénible, d’une condamnation à mort.

  Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l’avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J’avais prié pour qu’il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s’embuèrent de larmes. Il n’avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s’était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j’ai totalement oublié le contenu de l’acte de mise à mort.

Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d’abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d’horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu’il perde très vite connaissance. Depuis, il m’arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n’oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd’hui ? Sont-ils donc tous morts ? Il est vrai que nous étions parmi les pus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d’atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d’autres.

Quant à moi, après des dizaines d’années de silence, j’ai décidé de parler, de témoigner, d’accuser.« 

Extrait de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

Le témoignage de Pierre Seel, en 1993 dans l’émission Là-bas si j’y suis :

 

Le documentaire Paragraph 175 en streaming en 4 parties : http://www.dailymotion.com/video/x3bsd8_paragraphe-175-1-4_news

 

Code pénal et homosexualité en France

Depuis la Révolution française (par la loi du 25 septembre – 6 octobre 1791, qui adopta le Code pénal, dont un fait remarquable est l’absence de mention de la sodomie, considérée jusque là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuels), les rapports homosexuels en privé entre adultes consentants n’étaient plus poursuivis par la loi en France.

Cependant, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s’intensifie sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire autour des groupes d’homosexuels, notamment parisiens. Elle se caractérise par un recensement écrit, sous forme de fiches, des homosexuels identifiés, des prostitués homosexuels et travestis, le tout compilé dans les « registres des pédérastes ». Le but de ce fichage systématique était essentiellement de prévenir les chantages et les scandales publics tout en contrôlant la prostitution. Le fichage des homosexuels par la police s’est poursuivi (officiellement) jusqu’en 1981.

Le régime de Vichy, par la loi du 6 août 1942 modifiant l’alinéa 1 de l’article 334 du Code pénal, établit une distinction discriminatoire dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels :

« Sera puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 2 000 francs à 6 000 francs quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. »

Cette loi crée une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s’agissant de l’âge à partir duquel un mineur civil peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte, sans que cet adulte commette une infraction pénalement réprimée (il faut attendre 21 ans pour les rapports homosexuels et 13 ans pour les rapports hétérosexuels puis 15 ans à partir de 1945). À la Libération, cet alinéa n’est pas abrogé. À peine modifié, ce paragraphe est seulement déplacé à l’alinéa 3 de l’article 331 du Code pénal. Cette nouvelle loi punit

« …d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 francs à 15 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans. »

En 1974, l’âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à 18 ans (la loi change l’âge de majorité de 21 ans à 18 ans dans tous les articles du Code civil et du Code pénal).

En plus de l’article 331 du Code pénal, une seconde loi faisait mention explicitement de l’homosexualité : l’ordonnance du 25 novembre 1960 (créant l’alinéa 2 de l’article 330 du Code pénal), qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels.

Il faudra des années de luttes pour qu’en 1982 le Code pénal ne rende plus répréhensible l’homosexualité en France.

 

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Une pensée pour toutes les autres victimes du nazisme et du régime de Vichy oubliées de la mémoire collective, et pour leurs « descendants » : Tziganes, Noirs, handicapés, asociaux, communistes, slaves, anarchistes, prostituées, Témoins de Jéhovah…

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Discours sur les mouvements de libération des femmes et des homosexuels, Huey Newton, 1970 https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/discours-sur-les-mouvements-de-liberation-des-femmes-et-des-homosexuels-huey-newton-1970/ Wed, 28 Jan 2015 02:21:21 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1151 Continuer la lecture →]]> huey1« Il n’y a rien qui indique qu’un homosexuel ne puisse pas être un révolutionnaire. Et peut-être que je fais passer certains de mes préjugés lorsque je dis que « même un homosexuel peut être révolutionnaire ». Bien au contraire, un homosexuel est peut-être encore plus révolutionnaire.

Discours de Huey Newton, fondateur du Black Panthers Party, prononcé le 15 août 1970

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Ces derniers années se sont développés de forts mouvements de libération chez les femmes et les homosexuels. Il y a eu des doutes quant à la manière de se positionner par rapport à ces mouvements.

Quelles que soient vos opinions ou insécurités personnelles quant à l’homosexualité et les différents mouvements de libération des homosexuels et des femmes (et je parle des homosexuels et des femmes en tant que groupe opprimé), nous devrions essayer de nous unir à eux de manière révolutionnaire. Je dis « quelles que soient vos insécurités » car comme nous le savons trop bien, parfois notre premier réflexe est de vouloir frapper un homosexuel au visage, et de vouloir qu’une femme se taise. Nous voulons frapper l’homosexuel parce que nous avons peur d’en être un nous-même; nous voulons frapper les femmes ou les faire taire car nous avons peur qu’elles nous castrent, ou qu’elles aient des couilles là où nous n’en avons pas.

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Nous devons nous sentir en sécurité en nous-mêmes et donc avoir du respect et de l’empathie pour toutes les personnes opprimées. Nous ne devons pas avoir la même attitude raciste dont les racistes blancs font preuve envers notre peuple car nous sommes noirs et pauvres. Bien souvent le blanc le plus pauvre est aussi le plus raciste car il a peur de perdre quelque chose, ou de découvrir quelque chose qu’il n’a pas. Nous sommes donc une menace pour lui. Ce fonctionnement psychologique est à l’oeuvre lorsque nous voyons des gens opprimés et que nous sommes en colère après eux à cause de leur comportement ou de leur déviance par rapport aux normes établies.

N’oublions pas que nous n’avons pas établi de système de valeurs révolutionnaire; nous sommes seulement en train de le mettre en place. Je n’ai pas souvenir que nous ayons défini des valeurs qui disent qu’un révolutionnaire doive tenir des propos insultants envers les homosexuels, ou qu’un révolutionnaire doive s’assurer que les femmes ne s’expriment pas à propos de leur oppression particulière. De fait, il s’agit de l’opposé: nous disons que nous reconnaissons le droit des femmes à être libres. Nous n’avons presque rien dit à propos des homosexuels, mais nous devons nous relier au mouvement homosexuel car il est bien réel. Je sais, de par mes lectures, mon expérience et mes observations que nul dans la société n’accorde de liberté ou d’autonomie aux homosexuels. Ils sont peut-être la population la plus opprimée de la société. Et qu’est ce qui a fait d’eux des homosexuels ?

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C’est sans doute un phénomène que je ne comprends pas entièrement. Certains disent qu’il s’agit de la décadence du capitalisme. Je ne sais pas si c’est le cas; je préfère en douter. Mais quelle que soit la raison, nous savons que l’homosexualité existe, et nous devons la comprendre dans sa forme la plus pure: c’est à dire qu’un personne devrait disposer de la liberté d’user de son corps de la manière qu’elle souhaite.

Il ne s’agit pas de promouvoir des aspects de l’homosexualité que nous ne considérerions pas comme révolutionnaire. Mais il n’y a rien qui indique qu’un homosexuel ne puisse pas être un révolutionnaire. Et peut-être que je fais passer certains de mes préjugés lorsque je dis que « même un homosexuel peut être révolutionnaire ». Bien au contraire, un homosexuel est peut-être encore plus révolutionnaire. Lorsque nous organisons des conférences révolutionnaires, des rassemblements, des manifestations, il devrait y avoir une participation totale des mouvements de libérations des femmes et des homosexuels. Certains groupes sont peut-être plus radicaux que d’autres, mais nous ne devrions pas utiliser les actions des uns pour les désigner tous comme réactionnaires ou contre-révolutionnaires car ce n’est pas le cas. Nous devrions agir envers ces groupes comme nous agissons envers un autre groupe se définissant comme révolutionnaire. Nous devrions essayer de juger, d’une manière ou d’une autre, s’il fonctionnent de manière réellement révolutionnaire et d’une situation réellement oppressive (et nous reconnaissons que lorsqu’il s’agit de femmes elles sont très probablement opprimées). S’ils font des choses non révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, critiquons cette action. Si nous sentons que le groupe désire être révolutionnaire dans ses actes mais se trompe dans son interprétation de la philosophie révolutionnaire, ou ne comprends pas la dialectique des forces sociales en opération, nous devons critiquer cela et ne pas les critiquer en tant que femmes essayant d’être libre. La même chose s’applique pour les homosexuels. Nous ne devrions jamais taxer un mouvement de malhonnêteté lorsqu’en fait il s’efforce d’être honnête. Ils font des erreurs honnêtes; les amis ont le droit de commettre des erreurs. L’ennemi n’a pas le droit car son existence est une erreur dont nous souffrons. Mais le front de libération des femmes et le front de libération des homosexuels sont nos amis, nos alliés potentiels, et nous avons besoin d’autant d’alliés que possible.

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Nous devrions discuter volontairement des insécurités que beaucoup de gens ont envers l’homosexualité. Quand je parle d’insécurités, je parle de la peur qu’ils soient une menace pour notre virilité. Je comprends cette peur. A cause du long procédé de conditionnement qui instille l’insécurité dans le mâle américain, l’homosexualité peut produire certains rejets en nous. J’ai moi-même des rejets vis-à-vis de l’homosexualité masculine. D’un autre côté, je n’en ai aucun envers l’homosexualité féminine. Cela est déjà un fait en lui-même. Je pense que c’est sans doute car l’homosexualité masculine est une menace pour moi, alors que l’homosexualité féminine ne l’est pas. Nous devrions être prudent lorsque nous employons des termes qui pourraient blesser nos amis. Les mots « pédale » et « salope » devraient être éliminés de notre vocabulaire, et nous devrions plus particulièrement ne pas utiliser de noms attribués aux homosexuels pour désigner les ennemis du peuple, comme Nixon ou Mitchell. Les homosexuels ne sont pas les ennemis du peuple.

Nous devrions essayer de former des coalitions avec les groupes de libération des femmes et des gays. Nous devons toujours nous comporter envers les forces sociales de la manière la plus appropriée.

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Adresse à ceux qui se croient « normaux », FHAR, 1971 https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/19/adresse-aux-normaux-fhar/ Sun, 18 Jan 2015 23:39:03 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=845 Continuer la lecture →]]> vlcsnap-2013-06-21-19h52m25s97Vous ne vous sentez pas oppresseurs. Vous baisez comme tout le monde, ça n’est pas votre faute s’il y a des malades ou des criminels. Vous n’y pouvez rien, dites-vous, si vous ôtes tolérants. Votre société, car si vous baisez comme tout le monde, c’est bien la vôtre, nous a traité comme un fléau social pour l’État, l’objet de mépris pour les hommes véritables, sujet d’effroi pour les mères de famille. Les mêmes mots qui servent à nous désigner sont vos pires insultes.

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Avez-vous jamais pensé à ce que nous ressentons, quand vous mettez à la suite ces mots « salaud, ordure, tapette, pédé » ? Quand vous dites à une fille : « sale gouine » ?
Vous protégez vos filles et vos fils de notre présence comme si nous étions des pestiférés.
Vous êtes individuellement responsable de l’ignoble mutilation que vous nous avez fait subir en nous reprochant notre désir.
Vous qui voulez la révolution, vous avez voulu nous imposer votre répression. Vous combattiez pour les noirs et vous traitiez les flics d’enculés, comme s’il n’existait pas de pire injure.
Vous, adorateurs du prolétariat, avez encouragé de toutes vos forces le maintien de l’image virile de l’ouvrier, vous avez dit que la révolution serait le fait d’un prolétariat mâle et bourru, à grosse voix, baraqué et roulant des épaules.
Savez-vous ce que c’est, pour un jeune ouvrier, que d’être homosexuel en cachette? Savez-vous, vous qui croyez à la vertu formatrice de l’usine, ce que subit celui que ses copains d’atelier traitent de pédale ?
Nous le savons, nous, parce que nous nous connaissons entre nous, parce que nous seuls, nous pouvons le savoir.
Nous sommes avec les femmes le tapis moral sur lequel vous essuyez votre conscience.
Nous disons ici que nous en avons assez, que vous ne nous casserez plus la gueule, parce que nous nous défendrons, que nous pourchasserons votre racisme contre nous jusque dans le langage.
Nous disons plus : nous ne nous contenterons pas de nous défendre nous allons attaquer.
Nous ne sommes pas contre les « normaux », mais contre la société « normale ». Vous demandez : « Que pouvons-nous faire pour vous ? » Vous ne pouvez rien faire pour nous tant que vous resterez chacun le représentant de la société normale, tant que vous vous refuserez à voir tous les désirs secrets que vous avez refoulés.
Vous ne pouvez rien pour nous tant que vous ne faites rien pour vous-mêmes.
FHAR, Avril 1971

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Pédés et gouines : l’horrible engeance, Guy Hocquenghem, novembre 1972 https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/04/pedes-et-gouines-lhorrible-engeance-guy-hocquenghem-nov-1972/ Tue, 04 Nov 2014 17:15:52 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=567 Continuer la lecture →]]> 10562462_723226721084360_5823855265200496531_oL’horrible engeance. Couple banal. Mal mariés : qu’est-ce qu’ils ont à faire ensemble, pédés et gouines, puisqu’ils ne veulent pas se faire l’amour ?

Ça n’avait donc rien d’évident, cette association. Les pédés passent pour misogynes, c’est connu. Ils ont le culte de la bite et de la virilité. Ah, les femmes, les affreuses, les rancunières, celles qui nous volent nos hommes…

Est-ce que les pédés ne demandent pas à être traitées en femmes, alors que les femmes, justement, en ont marre ?

Et pourtant: aux U.S.A., dès le début du Gay Liberation Front (front de libération homosexuelle) en juin 69, après la mort d’un jeune pédé au cours d’une descente de flics dans une « boîte », le Women’s Lib soutient. En France c’est encore plus net : l’initiative vient des femmes. Du M.L.F. d’abord : dès son apparition, il crée les conditions d’une nouvelle compréhension de ce qu’on appelle les luttes. Le champ politique se sexualise, ou, plutôt, l’union pour la lutte des gens concernés par la même situation « privée » devient possible. On est femme avant d’être trotskiste ou maoïste, pourquoi pas pédé ? C’était la vie privée, donc privée de sens politique, ça devient un combat… Les signes s’inversent : dans le privé les pédés haïssent les femmes. Dans la lutte, ils se retrouvent côte à côte. D’ailleurs les femmes prennent aussi l’initiative sur la question homosexuelle. Il existait un club homosexuel en France, feutré et discret : Arcadie. Les femmes qui y étaient se regroupent en liaison avec le M.L.F. : elles imitent les pédés, et, en mars 71, 1e groupe en question se manifeste successivement à la Mutualité, en attaquant un meeting contre l’avortement, en sabotant une émission de Ménie Grégoire sur l’homosexualité. Le mot « hétéroflic » apparaît. Puis c’est le numéro 12 de Tout qui paraît au moment du débat de l’Observateur sur l’avortement auquel pédés et femmes participent activement. Ce sont les gouines qui ont commencé. La majorité du M.L.F. est d’ailleurs réticente, voire franchement critique, à l’égard de cet avorton dernier venu, le Fhar, qui copie le fonctionnement du M.L.F. (assemblée générale hebdomadaire aux Beaux-Arts), en mime le style (chansons, week-end ensemble, amour entre nous, guerre aux phallocrates). Même le numéro 12 de Tout contient un « manifeste de 348 salopes qui se sont fait enculer par les Arabes »…

Une nouvelle logique politique apparaît : des rapports entre pédés et femmes avaient été jusque-là marqués par les culpabilisations qu’entraîne une conception du désir fondée sur le manque et la castration. Les uns et les autres découvrent qu’au fond la castration on s’en fout, qu’on peut jouir sans obéir ni transgresser la loi du phallus. Et puis, qu’il y a des cibles communes: la famille hétérosexuelle reproductrice, etc… On se retrouve pour dénoncer ce rôle. Côté M.L.F., on s’habitue à retrouver les pédés dans chaque manif. Ça paraît tout naturel. Au fond, on ne sait pas très bien pourquoi sinon qu’en principe « ce ne sont pas des hommes comme les autres » puisqu’on a le même ennemi : le phallocratisme, les rouleurs de mécanique qui cassent la gueule aux pédés et sifflent les nanas. En caricaturant, on peut dire que les femmes du M.L.F étaient les vrais Jules du Fhar, politiquement parlant. La plupart des initiatives venaient d’elles.

Face au petit monde gauchiste, les pédés continuaient à jouir de la position enviable – et enviée – d’être les seuls hommes à discuter avec les femmes du M.L.F. Position qu’il importait de sauvegarder. A l’inverse, les femmes montraient avec des pédés leur capacité à parler à des hommes ou du moins à des gens déclarés physiologiquement tels. Cohabitant dans la préparation ration des actions, dans les discussions en petits groupes, certains pédés et certaines femmes finirent par se faire d’authentiques déclarations d’amour, toutes platoniques d’ailleurs. L’affreux rapport de pénétration étant exclu de part et d’autre, et comme on n’avait pas trouvé – on ne l’a toujours pas trouvé d’ailleurs – comment vivre nos relations, on en est venu à confondre la complicité à l’égard d’un même adversaire et un véritable rapport libidinal.

Le Fhar a toujours gardé un côté irresponsable ; une incapacité à penser stratégie. Pas le M.L.F. Les femmes, la moitié de l’humanité, une communauté réelle, ce n’est guère comparable au mouvement brownien de quelques centaines de pédés. Le M.L.F pèse lourd face au Fhar. Pour les femmes, les pédés parlent beaucoup de sexe et peu d’amour. Ce sont des obsédés sexuels, leurs fantasmes tournent autour du sordide ou de l’abject de la pissotière ou des bosquets des Tuileries.

1620886_614525458621154_2135733793_nLes femmes au contraire, tendaient haut la bannière du véritable amour, de la chaleur affective, des vastes et profonds sentiments dont elles constataient l’absence dans le monde des hommes. Les femmes se battaient au nom de l’amour, les pédés au nom du sexe. Mille fois le débat revint, et notamment lors du dernier week-end que quelques copains du Fhar et quelques copines du M.L.F. ont passé ensemble. « Vos histoires d’enculage, c’est du sado-masochisme, nous on veut l’amour. Remontez au-dessus de la braguette », disent-elles. A quoi les pédés répondent : « Mais c’est tout ce qu’on a voulu nous obliger à faire depuis toujours. Sublimer, réaliser l’assomption du sexe homosexuel pour le transformer en affectivité épurée : on n’en veut plus. » Problème: les filles ont expliqué qu’elles en avaient marre de se faire siffler par les mecs dans la rue. A quoi les pédés ont répondu qu’ils ne demandaient que ça, eux : qu’on les siffle, qu’on leur mette la main au cul. Que c’était pour ça qu’ils allaient au Maroc ou en Tunisie. Peut-être faudrait-il qu’on se promène deux à deux, un pédé + une femme, et qu’on détourne les hommages proposés à l’une vers l’autre… Mais surtout, nous est apparu de façon croissante le caractère bloquant de ces statuts, de ces rencontres institutionnelles de groupe à groupe, de ces rapports de puissance à puissance, les pédés, femmes, gouines : on n’est pas seulement ça.

Oui, les pédés et les nanas sont de plus ou moins bon gré collés ensemble : peut-être qu’il n’y a pas besoin de maintenir indéfiniment cette séparation des sexes, elle-même fille de la société hétérosexuelle familiale.

Pédés, gouines, femmes, femmes-pédés, pédés-gouines: moins on a de statuts et de rôles entre nous, mieux on se porte. A chacun ses sexes, et à tous tous les sexes. Et tous les branchements. Une fois éliminés les phallocrates, cela va de soi.

Guy Hocquenghem,in Actuel, n°25, novembre 1972

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« Une lutte pour l’individu, le contraire d’une lutte individuelle », le FHAR répond à Roland Castro, 1971 https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/24/tract-du-fhar/ Fri, 24 Oct 2014 02:04:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=462 Continuer la lecture →]]> L498xH362_jpg_1331668818_l-75e81Nous sommes contre l’homosexualité comme nous sommes contre l’hétérosexualité ; ce sont des mots qui ne prennent une réalité que dans un contexte social déterminé ; il faut détruire ce contexte social et les mots n’auront plus de sens. Il en va de même pour les rapports hommes-femmes pour la famille et pour la notion de pouvoir : nous sommes contre quiconque prétend prendre le pouvoir, de quelque idéologie qu’il se réclame  ; le pouvoir n’est pas à prendre, c’est la notion de pouvoir qui est à détruire.

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Front homosexuel d’action révolutionnaire, 1971

]]> Queer Nation Manifesto https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/08/queer-nation-manifesto/ Wed, 08 Oct 2014 15:29:40 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=429 Continuer la lecture →]]> Brochure à télécharger sur infokiosques.net !

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Ils nous ont appris que les bons queers ne se mettent pas en colère. Ils nous l’ont si bien appris que nous ne faisons pas que leur cacher notre colère, nous nous la cachons les unEs aux autres. Nous nous la cachons à nous-mêmes. Nous la cachons par l’abus de substances et le suicide et en visant haut avec l’espoir de prouver notre valeur.

Queer Nation était un groupe queer (transpédégouine) radical fondé en mars 1990 à New York aux Etats Unis par des militantEs d’ACT UP. Les quatres activistes à l’origine du groupe étaient outragéEs par l’augmentation de la violence homophobe et lesbophobe dans les rues et les préjugés dans les arts et les médias. Le groupe est connu pour ses stratégies « dans ta face », ses slogans, et la pratique du « outing » (le fait de révéler publiquement, sans son consentement, qu’une personnalité a des relations homosexuelles). Queer Nation était un groupe d’action directe, se démarquant ainsi des associations lesbiennes, gaies, bi et trans assimilationnistes.

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Le texte est un manifeste initialement distribué en 1990 par des personnes marchant aux côtés du contingent d’Act Up à la Gay Pride de New York.

Etre queer n’a rien à voir avec un droit à la vie privée, il s’agit de la liberté à être public, à être ni plus ni moins que ce que nous sommes. Cela signifie se battre contre l’oppression chaque jour, l’homophobie, le racisme, la misogynie, le sectarisme des hypocrites religieux et notre propre haine de nous-même (on nous a soigneusement appris à nous haïr nous mêmes). Et maintenant bien sûr cela signifie combattre un virus également, et tous ces homophobes qui utilisent le SIDA pour nous effacer de la surface de la Terre. Etre queer signifie mener une vie différente. Il ne s’agit pas de la tendance dominante, de profit sur la marge, de patriotisme, de patriarcat ou d’être assimiléE. Il ne s’agit pas de PDG, de privilèges ou d’élitisme mais d’être dans les marges, de se définir, il s’agit de niquer son genre, de secrets, de ce qui est sous la ceinture et tout au fond du coeur ; il s’agit de la nuit. Etre queer émane de la base parce que nous savons que chacunE de nous, chaque corps, chaque chatte, chaque coeur et cul et bite est un monde de plaisir qui attend d’être exploré. ChacunE de nous est un monde d’infinies possibilités. Nous sommes une armée parce que nous devons l’être.

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Abû Nuwâs, poésie arabe https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/abu-nuwas/ Sun, 05 Oct 2014 19:48:26 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=402 Continuer la lecture →]]> أبو نواس الحسن بن الهانئ الحكمي

Abû Nuwâs  est un poète arabo-persan, né entre 747 et 762 à Ahvaz (Iran actuel), mort dans sa cellule à Bagdad (Irak actuel) en 815.

A l’heure où l’islamophobie et l’homophobie nous inondent de leur odeur nauséabonde, ses textes intemporels nous amènent un peur d’air frais du Moyen-Âge…

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M’aimes tu 

Quand j’ai vu ce beau jeune homme
il riait à belles dents

Nous étions tous deux, en somme,
seuls avec Dieu, cependant, 

Il mit sa main dans la mienne
et me fit tout un discours. 

Puis me dit:” Est-ce que tu m’aimes?”
“Oui, au-delà de l’amour”

“Donc, dit-il , tu me désires?”
“Tout est désirable en toi”

“Crains Dieu alors, oublie-moi!”
“Si mon cœur veut m’obéir.”

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L’amour en fleur 

Je meurs d’amour pour lui, en tous points accompli
et qui se perd en attendant de la musique

Mes yeux ne quittent pas son aimable physique
sans que je me merveille à le voir si joli. 

Sa taille est un roseau, sa face est une lune
et sa joue en feu ruisselle la beauté

Je meurs d’amours pour toi, mais garde mon secret:
le lien qui nous unit est une corde sûre. 

Que de temps il fallut, pour te créer, aux anges!
tant pis pour les envieux : je chante ta louange.

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Me tuera-t-il? 

Ses larmes coulent sur les roses de ses joues
parce que je l’ai embrassé à l’improviste.
Mais quand je lui tendis un verre, déjà ivre,
il défit sa ceinture en faisant un mou.
Malheur à moi, quand il sortira du sommeil
de l’ivresse! Me tuera-t-il à son réveil?
Pour, des yeux, me punir de sa mésaventure?
N’ai-je pas dérangé le nœud de sa ceinture?

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Au bain maure 

Ce que les pantalons ont caché se révèle.
Tout est visible. Rince toi l’œil à loisir.

Tu vois une croupe, un dos mince et svelte
et rien ne pourrait gâcher ton plaisir.

On se chuchote des formules pieuses…
Dieu, que le bain est une chose délicieuse!

Même qu’en venant avec leurs serviettes,
les garçons du bain ont troublé la fête.

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Pour si peu 

Je lui demande quelque chose
“Oh non, j’ai honte” m’a-t-il dit,
“Va voir un autre et propose
ce que nos pères ont interdit”

Je lui dis: “Je ne veux rien d’autre.”
“C’est mal, dit-il, c’est une faute.”
Et il voile sa jeune peur
D’un pan d’étoffe des ses pleurs. 

 

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Le groupe Lesbien et Gay de soutien aux mineurs, UK 1984-85 https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/04/le-groupe-lesbien-et-gay-de-soutien-aux-mineurs-uk-1984-85/ Thu, 04 Sep 2014 14:18:13 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=216 Continuer la lecture →]]> Texte en anglais trouvé sur le site anar britannique Libcom.org, dans sa rubrique « History », sous le titre « 1984-85: Lesbian and Gay Miners’ Support Group ».
La traduction a été réalisée par le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation (CATS) de Caen en septembre 2011. ablogm.com/cats/

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Une courte histoire du Groupe Lesbien et Gay de Soutien aux Mineurs qui fut mis en place durant la grève des mineurs en 1984-85 et qui défia les préjugés portés par beaucoup de gens dans le mouvement ouvrier.

Avant la grève des mineurs il aurait été très difficile d’imaginer un minibus de mineurs grévistes circulant dans la vallée de Dulais en Galles du Sud avec sur ses portes et sur son tableau de bord un slogan disant :
« Ce véhicule a été donné par le Groupe Lesbien et Gay de Soutien aux Mineurs ».
En fait, en février 1985, il y avait 11 Groupes Lesbiens et Gays de Soutien aux Mineurs dans tout le pays. 6 d’entre eux ont répondu à notre enquête.
En décembre 1984, rien que le groupe de Londres avait réuni 11 000 £ grâce à un mélange de collectes dans les pubs, les clubs et les rues, de prestations, de fêtes et d’autres évènements. L’événement phare fut certainement le « Pits and Perverts gig» (littéralement le « concert des puits de mines et des pervers-es » NDT) à l’Electric Ballroom où Bronsky Beat était en haut de l’affiche et qui rapporta 5 650 £. Lors du concert David Donovan, un mineur des Galles du Sud déclara : « Vous avez gagné votre badge « Cole not Dole » (« Du charbon pas le chômage » NDT), et vous connaissez le sens du mot harcèlement, comme nous. Maintenant nous porterons votre badge sur nous, nous vous soutiendrons. Les choses ne changeront pas en une nuit mais maintenant 140 000 mineurs savent qu’il y a d’autres causes et d’autres problèmes. Nous savons pour les noirs, les gays et le désarmement nucléaire. Et nous ne serons jamais plus les mêmes. »
L’existence et l’activité des nombreux groupes prouvent que beaucoup de lesbiennes et gays soutenaient les mineurs. Comme le groupe de Southampton le remarquait dans sa réponse à notre enquête :
« Nos meilleures expériences furent de rencontrer des mineurs qui venaient en ville depuis Abercynon. Après être descendus ici de manière répétée et avoir rencontré des socialistes politiquement actifs, les voyant collecter de l’argent, de la nourriture et des vêtements et travailler d’une manière générale en soutien aux grévistes, leurs attitudes furent obligées de changer juste du fait de leurs propres expériences, parce qu’ils savaient que nous sommes justes des gens ordinaires, et des gens qui soutenaient leur lutte […] Ils ont dû changer beaucoup de leurs attitudes et comme cela a souvent été dit, les choses ne furent plus jamais les mêmes ».

Formation et activités
Les Groupes Lesbiens et Gays de Soutien aux Mineurs qui ont répondu à notre enquête furent formés plus tard que les autres groupes. Le groupe de Londres fut le premier à être créé en juillet 1984 et il démarra avec 11 membres. 6 mois plus tard, il était passé à 50. Répondant à notre questionnaire, ils et elles déclarèrent que la formation du groupe fut « l’un des développements les plus importants et positifs dans la communauté lesbienne et gay de Londres en 1984. »
Le Groupe Lesbien et Gay de Soutien aux Mineurs du Lothian (une région d’Écosse NDT) fut créé 2 mois plus tard en septembre 1984 avec 12 membres rassemblant chaque semaine 40 £ pour le centre gréviste de White Craige dans le Lothian de l’Est.
Les « Lesbiennes Contre les Fermetures de Mines », de Londres, suivirent en novembre 1984, impliquant plus de 20 femmes. Elles collectaient 50 £ par semaine pour le Groupe d’Action des Femmes de Rhodisia, à Worksop, et déclaraient : « Les activités des femmes dans la grève (les femmes des mineurs NDT) avaient évidemment une influence majeure sur nous ». Le soutien lesbien et gay aux mineurs a reçu une bonne couverture dans la presse de gauche et syndicale. À la « rencontre de la marge » des lesbiennes et gays, à laquelle participèrent 250 personnes, lors de la conférence du Parti Travailliste en octobre 1984, le NUM qui dominait la conférence*, envoya le message de soutien suivant :
« Nous soutenons les libertés civiles et la lutte des lesbiennes et des gays. Nous nous réjouissons des liens établis dans les Galles du Sud et ailleurs. Notre lutte est la votre. Victoire pour les mineurs. »
Et le Groupe de Soutien des Femmes de Notts, à qui le Groupe de Lesbiennes et de Gays de Londres « Soutenez Les Mineurs » avait donné 250 £ en décembre 1984, écrivait : « J’écris au nom du Groupe de Soutien des Femmes de Notts pour vous exprimer notre gratitude pour le soutien et la solidarité que vous avez montré en formant le Groupe de Lesbiennes et de Gays de Londres « Soutenez Les Mineurs ». Nous vous envoyons également notre solidarité totale et notre soutien dans la lutte contre toutes les formes d’oppression et de préjugés basés sur la sexualité. Nos luttes font parti, et sont des parcelles, du même combat. Nous vous sommes particulièrement reconnaissantes de nous avoir constamment tenu informées de vos activités et d’avoir contribué matériellement au soutien de groupes afin que la lutte puisse continuer jusqu’à la victoire. »

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Cet article est repris du site web « Hayes People’s History » et peut être trouvé là bas.

Note du traducteur :
* Le NUM est le National Union of Mineworkers, le syndicat des mineurs participant à la confédération TUC, Trade Union Congress, le grand syndicat réformiste, social-démocrate anglais. Son poids politique au sein du Parti Travailliste, parti qui est historiquement l’émanation politique des syndicats anglais, était fort à cette époque.
Le NUM, contraint par sa base à entrer dans une lutte longue (un an de grève environ) et très violente, fit beaucoup pour freiner et finalement étouffer la lutte des mineurs, lutte qui se termina par une lourde
défaite ouvrière.

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« Nous ne sommes pas capitalisables, nous sommes ingouvernables ! », Queerage, 1994 https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/31/ingouvernables/ Sun, 31 Aug 2014 13:04:30 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=163 Continuer la lecture →]]> ingouvernables

Vous nous avez imposé l’hétérosexualité comme seul modèle de sensibilité, de sensualité et de sexualité. Les garçons aiment les filles et les filles aiment les garçons. Votre conception de l’amour s’est limitée à la procréation de chair à canon, alors que la notre appartenait déjà au monde des désirs, du plaisir, de l’affection et des étoiles.

Puis, vous n’avez cessé de propager la haine des queers*, la haine des différences. Vous nous avez brûlé-es, enfermé-es, chassé-es, déporté-es, gaz-es, dénoncé-es, psychiatrisé-es, étudié-es, ghéttoïsé-es, expérimenté-es, nié-es puis attesté-es, testé-es, contesté-es et détesté-es.

Votre hétérosexisme n’a fait que nourrir notre rage. Votre haine n’a fait qu’embellir nos amours.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous ne voulons ni de votre sexualité bénétier ni de votre normalité, ni de votre ennui ni de votre aliénation, ni de votre intégration dans ce système patriarcapitaliste, raciste, nourrit de la domination des un-es sur les autres.

Votre intégration c’est la désintégration de nos passions.

Nous ne cherchons pas à imiter ceux qui nous ont constamment réprimé-es. Vos images, vos clichées, vos jouissances virtuelles et marchandes ne nous intéressent pas. Nos amours et nos sentiments ne se normalisent pas, nos corps ne se commercialisent pas.
Nous ne sommes pas capitalisables, nous sommes ingouvernables !

QuEErAge

*Nous sommes queers parce que nous ne sommes pas hétéros, mais bisexuelles, lesbiennes, gays, travestis, transexuel-les, transgenres…

Tiré de Star, n°2, sept 94, « le zine de celles et de ceux qui rêvent de toucher les étoiles »
« Notre but : en finir avec le patriarcat. Nos moyens : Se battre avec rage pour aimer sans contrainte, sans ordre moral, sans sexisme et sans homophobie »
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Démystifier la beauté, GLH, 1975 https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/25/demystifier-la-beaute-glh-1975/ Mon, 25 Aug 2014 00:36:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=33 Continuer la lecture →]]> Beauté et homosexualité : ça y est,on va tomber dans tous les clichés, de ceux de l’imagerie de l’éphèbe grec, ou de ceux de l’écriture esthétisante, de Wilde à Proust, bref de tout ce qui falsifie l’homosexualité en y amalgamant jeunesse, beauté, culture et fric ; une telle vision ne recouperait que le discours des homosexuels bourgeois, qui est aussi celui de France-Soir1. Car l’essentiel n’est pas l’objet de beauté mais bien plutôt sa résonance sociale, c’est-à-dire le désir qu’il engendre, refoulé ou réalisé, dans ou malgré les structures sociales : voilà l’homosexualité de notre quotidien, celle de la rue, du travail, de la structure familiale, partout explicite ou partout latente, mais partout à l’œuvre. Et la beauté, quelle que soit l’idée qu’on en a ou qu’on nous enseigne, ne manque pas d’y participer.

La société a un discours sur la beauté, même qu’elle en propose partout le modèle ; de quoi ? de la beauté ou de la société ? Des deux: c’est le blanc mec, mince, viril, entreprenant, également intelligent et cultivé mais juste ce qu’il faut.

Pour la femme, ses critères de beauté sont ceux qui siéent à sa docilité : minette, épouse comblée, mère épanouie, ménagère aux jolies mains, vieille dame digne, ou pute exutoire : de l’enfance au troisième âge, de la famille aux mass médias, au milieu de toutes ses servitudes, elle a parfois cinq minutes pour « se faire une beauté ».

Le but est d’autant mieux atteint que le modèle, à incarner et à faire vivre chez l’autre, toujours remémorisé, est ressenti comme absence et comme manque de beauté à combler. Beauté et rôle social sont présentés comme logiquement liés.

la quête des corps

La beauté de la jeunesse c’est l’exaltation du corps viril, du sport aux Jeunesses Hitlériennes, de la promotion sociale à la bagnole de sport, des pubs qui utilisent des sujets de plus en plus jeunes à l’industrie internationale du jeans. Autant d’amalgames beauté/jeunesse qui déclenchent la contemplation et la consommation, soutiennent l’ordre socio-économique, tandis que, sur le refoulement et la sublimation, prospère la misère sexuelle.

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L’homosexualité n’échappe pas à la rentabilisation des critères de beauté, impuissante qu’elle est à se démarquer de façon cohérente ou significative du culte de la virilité ou de l’image aliénée de la femme. Le culte du cuir, du blouson, du motard, enfourchant et domptant sa machine entre les cuisses, ou celui, plus complexe, du travesti qui reprend à son compte les attributs de séduction —par mimétisme ou provocation — de la femme, l’illustrent bien.

La quête des corps, la drague, se font certainement de façon plus souple chez les homosexuels, mais l’imagerie sociale ne les traverse pas moins et permet la rentabilisation.

Ce sont les revues pornos qui n’offrent à la masturbation que des étalages des musculatures huilées, de corps dénudés aux positions phallocrates.

C’est cette désincarnation fascinante et frustrante de l’image de deux corps jeunes et « beaux » qui nous fait marcher et courir au fond des cinés pornos pour y subir, dans la passivité obligatoire, la vision d’un film surtaxé et débile (« II s’agit de durcir davantage votre sexe Monsieur le Ministre » disait un député R.I. à l’assemblée nationale lors du récent débat sur la pornographie ; charmant lapsus !).

dictature de l’œil

 

On interdit une revue de petites annonces sexuelles et on publie l’Histoire d’O dans l’Express, ce qui est nettement plus rentable (augmentation de la diffusion – et du phallocratisme – de 30 %).

La même fascination par l’écriture et l’image passe par les stars de la pop music et du cinéma : Marylin Monroe et Mick Jagger, références, parmi d’autres, des homosexuels, qui se révèlent des écrans à phantasmes parfaits.

Il y a aussi la destruction systématique ces mois-ci, des tasses de Paris, et parallèlement l’ouverture de boites, ce qui permet de canaliser les homosexuels vers des lieux moins libres et gratuits, plus contrôlables et payants.

Hors de la consommation et de la dictature de l’oeil, point de salut. Le discours libéral s’aligne sur la rentabilisation. Si cette dernière est combattue, la tolérance laisse la place à la répression. Si on est homosexuel, alors il faut vivre caché, être riche ou gigolo, consommer l’image et pratiquer le voyeurisme. Ce qui nous force à la construction d’une identité qui sera homosexuelle et bourgeoise ou ne sera pas.

A travers ces pratiques, la communication reste une illusion : le chantage à l’image, le jeu de la séduction, ne conduisent pas à la jouissance authentique, ce que la beauté laissait sous-entendre. Et sur fond de rareté, le pédé solitaire erre, dans la rue, dans le métro, les yeux écarquillés de frustrations, entre le boulot désérotisé pour raisons de production, et la famille désérotisée pour raisons de reproduction. Nous sommes loin des visions du couple micheton-gigolo diffusé aux masses par France-Soir1.

Nous avons tous connu de douloureux retours à la réalité quand nous avons l’imprudence de cautionner ceux qui s’imposaient à nous par leur seule présence séduisante. Ces belles gueules ou ces beaux corps ne présentaient pas leur beauté comme un simple hasard de naissance mais comme un privilège aristocratique. Et notre crédit aux critères de beauté est proportionnel à notre faculté de tomber amoureux. Cette abnégation de soi et cette fuite de la réalité extérieure sont légitimées curieusement par l’idéologie internationale du couple et de la fidélité, quand ce n’est pas, pour les hétérosexuels comme pour nous déjà aux Pays-Bas, par celle très officielle du mariage.

étiquetage

Il y a aussi ce carburant efficace au maintien de la notion de beauté qu’est le phantasme, qui nomadise le désir, et du coup désexualise la plupart de nos rencontres quotidiennes.

L’étiquette sexuelle, sociale et revendiquée comme telle, est répressive pour tous et réduit et hiérarchise par le processus de la sélection, bref divise pour mieux régner ; le pédéraste (beau = jeune), le gérontophile (beau = vieux), le nécrophile (beau = mort), le voyeur (beau = image), l’homosexuel (beau =homme), l’hétérosexuel (beau = femme), bref nous tous crispons notre désir au lieu de l’écouter ; mon corps, ton corps, sont morcelés comme des quartiers de boeuf, en morceaux de choix et en rébus. Les localisations officielles du désir sur le corps, appelées zones érogènes, se maintiennent par le refus d’en érotiser d’autres, pour finalement ne jamais aboutir à l’entière érotisation du corps, comme notre sélection à celle du corps social.

Le refus individuel et social d’une prise de conscience globale du corps construit la Beauté, ce problème aussi vivace que mensonger.

La répression sexuelle et son ombre, l’autorépression, institutionnalisent la sublimation, et transforment les super mysogynes en homosexuels débiles, les folles en super militaires, les phallocrates en dragueurs de boîtes, les pédérastes en excellents pédagogues comme les incestueux en parents modèles ou les paranos du trou du cul en hétérosexuels exemplaires : un caractère clos est davantage construit sur ses répulsions que sur ses désirs, ou sur son idée de ce qui est laid plutôt que de ce qui pourrait être authentique. Et cela ne serait pas important si la société n’offrait pas à de tels caractères la possibilité d’appliquer immédiatement dans le champ social leurs répulsions destructrices, et ce dans la plus pure légalité.

Séduire, faire phantasmer et sublimer, la beauté est efficace pour capter et fixer le désir, nous faire courir toute notre vie à la poursuite de son incarnation, et en fait considérer l’humanité d’un oeil blasé, désérotisé, désengagé. C’est pourquoi il est urgent de briser, chez l’autre comme en soi, la prise de pouvoir par le seul pouvoir de la beauté et de l’image, dont participe notre sélection du passant comme le charme discret de Giscard.

 


décryptage

De notre inconscient le plus profond à notre geste le plus raffiné, du regard qu’on porte à autrui, qu’autrui porte sur nous à celui qu’on se porte à soi, nous le voyons clairement, la beauté interfère, et fait jouer tous les processus sociaux et individuels que nous avons essayé de décrire. Et si certains homosexuels ont réussi

à construire d’autres modes de vie que celui de couple-refuge — d’autres relations que celles de possédant/possédé et de masculin/féminin, ou de vivre hors des composantes mysogine et phallocrate que leur octroie leur statut de mec — ils n’en sont pas moins parfois à la merci de la beauté comme fausse échelle de valeurs.

Nous-mêmes, au sein du Groupe de Libération Homosexuelle, avons beaucoup de difficultés à démystifier la beauté, et nous parvenons mal à ce qu’elle ne joue pas son rôle, manifeste au niveau du désir, ou latent au niveau de nos situations de groupe. Peut-être que ces difficultés, par le fait qu’elles sont dites et débattues, concourent néanmoins à nous construire une lucidité dont d’autres groupes manquent d’où souvent leur irréalisme et parfois celui de leur lutte. Le travail du G.L.H. se situe autant dans le décryptage d’une vraie histoire de l’homosexualité, dans celui de l’utilisation de l’homosexualité latente par la société, que dans la création de nouveaux rapports entre nous, et insérés dans la perspective d’une lutte globale contre toutes les normalités.

Groupe de Libération Homosexuelle

1. « La Rue Sainte Anne est devenue l’un des centres de la prostitution masculine à Paris. Sur les trottoirs, des Bentley bleu métallisé, des Rolls blanches : sur ce qui reste de trottoir, une trentaine de jeunes gens, visage couvert de fond de teint, héritiers lointains de ces éphèbés qui, au temps d’Oscar Wilde, traversaient les salons un lys à la main. Entre les voitures, les boîtes et la faune du trottoir un mouvement perpétuel s’établit. Les riverains se sont plaints et trois conseillers de Paris viennent d’attirer l’attention du préfet de police sur ces faits. »

France-Soir du 25 octobre 1975.

In Sexpol #6 « Beauté Laideur » – décembre 1975

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Chers ex-contestataires, G.Hocquenghem, 1986 https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/25/chers-ex-contestataires-hocquenghem-1986/ Mon, 25 Aug 2014 00:20:13 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=30 Continuer la lecture →]]> Chers ex-contestataires, le retour de la droite ne vous rendra pas votre jeunesse. Mais c’est bien la gauche au pouvoir qui vous l’a fait perdre. Définitivement. Ce fut sous Mitterrand que vous vous êtes « normalisés » ; et sous Fabius que vous avez viré votre cuti. Pour devenir les néo-bourgeois des années 1980, les maos-gauchos-contestos crachant sur leur passé ont profité de l’hypocrisie nationale que fut le pouvoir socialiste. Sous lui, ils s’installèrent dans tous les fromages. Plus que personne, ils s’en goinfrèrent. Deux reniements ainsi se sont alliés : celui des « ex » de Mai 68 devenus conseillers ministériels, patrons de choc ou nouveau guerriers en chambre, et celui du socialisme passé plus à droite que la droite. Votre apostasie servit d’aiguillon à celle de la gauche officielle.

Extrait de Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Guy Hocquenghem, 1986

 

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