Afrique subsaharienne – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Tue, 28 Jul 2015 18:28:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 [Livre] La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/27/livre-la-main-devant-le-soleil-experiences-militantes-et-homosexualites-en-afrique-francophone/ Mon, 27 Jul 2015 18:13:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1754 Continuer la lecture →]]> devantlesoleil-ariane Extraits de l’introduction et de la préface (par Patrick Awondo) du livre La Main devant le soleil, Expériences militantes et homosexualités en Afrique francophone, 2014, Éditions Le Tamis, Marseille.

devantlesoleil-couv

Du déni à la reconnaissance

(Extrait de l’introduction)

Dans la nuée des idées reçues et colportées sur le continent africain, celle selon laquelle l’homosexualité serait une déviance d’origine « occidentale », étrangère aux « cultures africaines », persiste et signe d’une encre tenace, et en fait couler abondamment sur les pages de presses. Ce rejet farouche découle des relations socio-politiques complexes, historiquement sédimentées, qui lient le continent avec le reste du monde. Des travaux récents montrent, en effet, comment l’entreprise coloniale a pu propager ses propres conceptions des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, notamment par le biais de lois répressives des métropoles promulguées dans les colonies. Le plus souvent maintenues par les administrations des États devenus indépendants, ces dispositions répressives ont été réappropriées et retournées de manière inédite contre les anciennes puissances coloniales. Ainsi, pour beaucoup, l’homosexualité incarne aujourd’hui « l’Occident décadent », et la lutte contre cet héritage exogène présumé est utilisée comme un moyen d’affirmation de la singularité et de la souveraineté des États africains face à la communauté internationale.

Le milieu scientifique a, quant à lui, longtemps ajouté son silence à propos des pratiques homosexuelles sur le continent. Alors que des ouvrages et témoignages historiques, parfois antérieurs au XXe siècle, évoquaient l’existence de pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, il faut attendre les années 2000 pour que les chercheurs en sciences sociales s’intéressent à la question et fassent, selon l’expression de Christophe Broqua, la « découverte scientifique » de l’homosexualité en Afrique – masculine, essentiellement. Cette « découverte » est étroitement liée à la lutte contre le sida, mais avec un décalage surprenant. En effet, dès l’apparition de l’épidémie du VIH/sida dans les années 1980, les homosexuels masculins sont considérés, aux États-Unis et en Europe, comme un « groupe à risque » et focalisent l’attention des chercheurs. Mais tandis que l’épidémie se répand rapidement sur le continent africain, sa transmission hétérosexuelle est la seule à être reconnue et prise en charge. Après deux décennies de latence, la lutte contre le sida joue finalement un rôle dans le processus de visibilisation de ces pratiques.

En effet, quelques travaux précurseurs lèvent peu à peu le voile sur les pratiques homosexuelles du continent et témoignent de la vulnérabilité, tant sociale que sanitaire, des hommes concernés. Les conférences internationales sur le sida de Bangkok (2004) et de Toronto (2006) impulsent rapidement une dynamique de recherche d’envergure internationale, s’attachant à documenter les pratiques des hommes ayant des relations homosexuelles dans des contextes sociaux, économiques et sanitaires variés. Ainsi, ces premières études montrent que, sur le continent africain, ces hommes sont fortement exposés au risque de contracter le virus : en plus des risques accrus de transmission par voie anale, les discriminations et stigmatisations dont ils sont l’objet les éloignent des consultations médicales et des contenus de la prévention, amplifiant les risques de contamination. En objectivant la dimension homosexuelle de l’épidémie en Afrique, ces études légitiment la prise en charge de ces hommes par la santé publique qui, dès lors, les affecte à la catégorie de « groupe-cible » des actions mondiales de lutte contre le sida.

(…)

devantlesoleil-a

(Extrait de la préface)

par Patrick Awondo

(…) Au cours des deux dernières décennies, l’oeuvre de documentation des expériences africaines au sujet de l’homosexualité, a surtout porté l’accent sur l’analyse des polémiques et des dynamiques liées à l’homophobie. Il est vrai qu’il se passe difficilement un mois entier sans qu’un acte d’homophobie ne soit signalé dans l’un des pays concernés par les récits présentés dans ce livre. Par ailleurs, il reste beaucoup à dire sur les dispositifs légaux à l’encontre des pratiques homosexuelles et des identités de genre non-hétérosexuel, ou sur les discriminations dans l’accès aux services de santé pour une partie des personnes concernées. De façon générale, les personnes affichant leur engagement, en tant que personnes homosexuelles militant contre le sida, en payent le lourd tribut. Les narrateurs des récits présentés dans ce recueil, vivent un quotidien tissé de peurs, dans lequel la violence risque à chaque instant un devenir endémique. Les figures de cette brutalité, à laquelle les militants africains doivent faire face, oscillent entre persécution policière et harcèlement familial. Ce tableau s’inscrit dans des contextes où pèse un certain conservatisme culturel et religieux et où s’exercent des politiques néfastes aux libertés individuelles. Il en va de même des accusations faites aux personnes homosexuelles d’appartenir à des cercles ésotériques, dans lesquels l’homosexualité serait une modalité de passation du pouvoir, et par conséquent, une figure du « mal » – accusations renforcées, en Afrique Centrale, par un retour en force de l’exorcisme. Dans ce sillage, sont entretenues des confusions scandaleuses entre homosexualité et franc-maçonnerie, ou encore homosexualité et pédophilie. Dans la banalisation de la parole de haine anti-homosexuelle, le Christianisme et l’Islam sont engagés dans une course effrénée dont les résultats, en terme de renforcement des stéréotypes et de stigmatisation des personnes soupçonnées d’homosexualité, sont nettement perceptibles. La force de tels imaginaires ne devrait pas être négligée. Partout, les médias répandent impunément des idées liberticides, sexistes et homophobes. Sous le fallacieux couvert d’une moralisation des sociétés, ces « paniques morales » ouvrent une véritable chasse aux sorcières. Qui a oublié la publication de ces listes de personnalités camerounaises accusées d’homosexualité, et ses conséquences dramatiques ? Le même scénario s’est reproduit deux ans plus tard au Sénégal, accompagné cette fois des photographies de jeunes hommes accusés d’homosexualité, et aboutissant aux mêmes résultats, c’est-à-dire des arrestations de personnes jugées comme transgressant les normes de sexualité et de genre. Autant de situations de violence qui font reculer la réponse à l’épidémie du sida, pourtant décrétée comme enjeu majeur de santé publique.

La « question homosexuelle » semble alors, le plus souvent, être un instrument dans les mains de personnalités de tous ordres – journalistes, responsables religieux, intellectuels, politiciens ou jeunes leaders en quête de popularité – qui usent de postures pseudomoralistes et nationalistes légitimant leur discours et participent à faire de l’homosexualité une figure de l’anti-impérialisme culturel. Encouragés par les manifestations anti-homosexuelles de pays occidentaux comme la France, où une partie de la population s’est opposée au « mariage pour tous », les anti-homosexuels rêvent, depuis le continent africain, à une coalition transnationale. La question de la possibilité d’une mobilisation à même de freiner le développement de l’homophobie se pose, dès lors, chez les observateurs de tous les horizons.

(…)

Lire la totalité de la préface en pdf.

devantlesoleil-hector

« Qu’on le veuille ou non, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes existent. Il faut faire avec cette population. Comme on dit chez nous, on ne cache pas le soleil avec la main. Tu as beau le cacher, le soleil est toujours là ! Ces hommes existent, on le sait. Il faut s’occuper d’eux, et c’est tout. »

La main devant le soleil sur le site des Éditions Le Tamis.

]]>
En Afrique, l’homosexualité est traditionnelle, mais… (interview, avril 2012) https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/13/en-afrique-lhomosexualite/ Mon, 13 Jul 2015 15:55:49 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1691 Continuer la lecture →]]> 1368780564744En Afrique, l’homosexualité est traditionnelle, mais elle prend maintenant des formes inspirées par l’Occident. Interview de Patrick Awondo, anthropologue, réalisée en avril 2012 par Eric O. Lembembe, journaliste camerounais assassiné en juillet 2013.

L’homosexualité a une longue histoire en Afrique, dit l’anthropologue Patrick Awondo, contrairement aux affirmations de politiciens qui la considèrent comme une importation occidentale récente.

Mais Awondo admet dans une interview le mois dernier que deux éléments clés dans le débat sur l’homosexualité en Afrique est venu de l’Ouest – en premier lieu, les lois de l’époque coloniale contre les activités homosexuelles et, plus récemment, l’émergence des mobilisations homosexuelles qui demandent des droits basés sur ses pratiques sexuelles.

Patrick Awondo (Photo par Eric O. Lembembe)

« L’homosexualité a toujours existée, mais certaines des formes actuelles de son identification ou des mobilisations qui accompagnent cette identification sont nées à un endroit précis avant d’inspirer d’autres contrées du monde dont l’Afrique », at-il dit.

Awondo était au Cameroun le mois dernier pour coordonné sessions de formation sur le VIH / SIDA.

Citant des documents historiques au sujet des pratiques homosexuelles en Afrique, Awondo mentionné des mœurs homosexuelles au Cameroun, Zimbabwe, Burkina Faso et Bénin.

Il est utile pour les Africains de connaître les pratiques anciennes telles que les rois Mossi qui avaient des relations sexuelles avec leurs pages et les mariages entre des femmes au Dahomey, il a dit.

Savoir les vérités historiques nous permet d’éviter les contre-vérités, a-t-il dit.

Awondo est docteur en sociologie politique et anthropologie de la santé de l’ École des hautes études en sciences sociales (EHESS-Paris).

Propos recueillis par Eric O. Lembembe, journaliste Camerounais, le 27 avril 2012 à Yaoundé.

Depuis quand travaillez-vous avec le Réseau Africain des Formations sur le VIH/SIDA ?

Session de formation au Cameroun géré par le Réseau africain de formation sur le VIH / Sida.

(Photo par Eric O. Lembembe)

Je suis associé à ce panel depuis son montage à Ouagadougou (Burkina Faso) en mars 2011 par les Docteurs Jean-Baptiste Guiard-Scmidt et Steave Nemandé, en tant que “expert anthropologue”. J’ai notamment coordonné les deux sessions concernant d’une part le volet socio-anthropologique des questions concernant le groupe dit “MSM” (men who have sex with men), précisément la question de l’identité sexuelle et du comportement sexuel ou encore l’histoire de ce groupe sur le continent et les perceptions que les gens en ont.

Pourquoi au fond c’est si difficile pour les gens sur le continent africain (comme ailleurs aussi) d’accepter l’émergence d’un groupe homosexuel. D’autre part, j’ai aidé à retracer l’implication du mouvement associatif dans la lutte contre le SIDA sur le continent africain.

Comment en fait des personnes se mobilisent autour de ces enjeux pour permettre une plus grande visibilité et ce que cela fait à la question cruciale de la lutte contre le SIDA pour ces populations les plus à risque. Il s’agit en fait de montrer la différence entre l’identité sexuelle et le comportement sexuel qui dans une logique de santé publique est le plus important pour les professionnels de santé que nous formons.

De plus en plus de nos jours, lors des débats sur l’homosexualité en Afrique, il y a une certaine opinion qui laisse croire que la pratique vient d’ailleurs. Que cela n’a jamais existé sous nos cieux, d’où son rejet total. D’entrée de jeu, peut-on dire que l’homosexualité en Afrique est une occidentalisation des mœurs ?

Au regard des travaux d’historiens, d’anthropologues et même dans une certaine mesure d’archéologues, il est difficile de dire que l’homosexualité est une occidentalisation des mœurs, puisqu’il semble de plus en plus clair que des groupes sur toute l’étendue du continent ont connu dans leur histoire des pratiques homosexuelles.

Ces cas sont documentés. Mais, il est clair que comme partout dans le monde, les sociétés humaines ont souvent opposées une très forte résistance à la “normalisation” de l’homosexualité. En réalité soucieuse de se reproduire, toutes les sociétés du monde, ont souvent regardé l’homosexualité ou les pratiques homosexuelles comme un danger pour la survie du groupe ou pour son équilibre. Un argument qui du reste n’a jamais été vérifié.

Ce qui peut être considéré de mon point de vue comme une “occidentalisation” c’est à la fois la pénalisation de l’homosexualité par les Etats postcoloniaux, puisque comme nous le savons , la plupart des lois introduites contre l’homosexualité le sont sur le modèle des anciennes tutelles coloniales; mais aussi l’émergence d’un groupe social et politique qui revendique l’identité homosexuelle comme une identité politique, c’est-à-dire qui demande des droits basés sur ses pratiques sexuelles, et en fait une question citoyenne.

On peut en effet considérer que l’émergence des mobilisations homosexuelles, de l’identité homosexuelle en tant marqueur social d’un style de vie, des lieux particuliers, bref une certaine identification à l’homosexualité, ce qu’on nomme la “culture gay” et qui est née aux Etats-Unis à la fin des années 60 avant de “gaer” l’Europe de l’Ouest. Oui, cette forme d’identification à ce groupe particulier aux revendications et styles de vie bien spécifiques, cela peut constituer dans une certaine mesure une ” occidentalisation “.

Mais comprenons-nous bien, cela est une “occidentalisation” comme on pourrait dire de la démocratie qu’elle est occidentale, puisque sa forme actuelle a émergé à partir d’un lieu précis qui est l’Occident, ou du moins une partie de ce que l’on nomme l’Occident; mais le principe de la recherche de la liberté est historiquement universelle. Pour faire simple, l’homosexualité a toujours existée, mais certaines des formes actuelles de son identification ou des mobilisations qui accompagnent cette identification sont nées à un endroit précis avant d’inspirer d’autres contrées du monde dont l’Afrique.

Y a-t- il donc des traces dans l’histoire des mœurs africaines de la pratique de l’homosexualité ? Si possible, quelques exemples.

En tant que spécialiste de sciences sociales, je ne peux que vous renvoyer à des travaux venant de ces disciplines là. Je citerai pour faire court un très bel ouvrage de Murray et Roscoe publié en 1998 qui a pour titre – Boy wives and female husband. Studies of African homosexualities – qui est en fait un recueil de récits des premiers travaux d’ethnologues et même parfois d’explorateurs lors des premiers contacts avec les Africains.

Ces récits rapportent des discours sur l’homosexualité, chez ce que l’on appelait alors les “indigènes”. Cet ouvrage rapporte des histoires concernant l’ensemble du continent. Je citerai également le travail d’un historien comme Marc Epprecht, notamment son très bel ouvrage – Hungoschani. A story of a dissident sexuality in southern Africa – qui retrace la trajectoire historique des pratiques homosexuelles dans la zone de l’actuelle Zimbabwé.

J’ai moi-même repris certains de ces travaux dans ma thèse et j’y ai consacré un chapitre à retrouver les discours anciens sur la perception de l’homosexualité chez les Béti du Cameroun à partir des rituels précoloniaux comme le “Mevungu”, qui était un rituel ayant court dans une société secrète féminine.

L’analyse des discours “indigènes” recueillis par les premiers ethnologues permet d’avoir une idée de ce que représentait l’homosexualité, mais surtout et c’est le plus intéressant, l’existence d’un discours sur la question qui montre tout cela a existé. Maintenant, on est dans l’époque contemporaine dans un contexte de resignification considérable d’un certain nombre de faits, mais cela évidemment est un autre débat.

Comment les homosexuels africains vivaient-ils avant l’ère de mondialisation ( ou de la colonisation) ?

C’est difficile de répondre à une telle question, dans la mesure où comme je l’ai dit, il n’y avait pas vraiment la catégorie reconnue aujourd’hui comme “homosexuel”. Pour autant, ce que montre les travaux que j’ai cité plus haut c’est que les situations étaient très variées selon que l’on se situait dans une région ou dans une autre et au-delà des régions, selon les classes d’âges et aussi les caractéristiques sociologiques.

Concrètement, les pratiques homosexuelles n’avaient pas le même sens selon qu’on était par exemple Roi, comme chez les Mossi de l’actuel Burkina Faso, ou selon qu’on était un Page, au service du Roi dans la même région et dans le même groupe. Les Pages par exemple de jeunes hommes parfois travestis en femme et au service du Roi pouvaient jouer le rôle dévolu aux femmes dans certaines circonstances où il lui était interdit de toucher aux femmes. Ce dernier avait alors des pratiques homosexuelles avec ses Pages et cela était plus ou moins reconnu et “institutionnalisé”.

Melville Herkovits a aussi décrit des “mariages” entre femmes dans l’ancien royaume Dahomey, soit l’actuel Bénin. Dans ce cas les femmes nantis et souvent plus âgées prenaient pour épouse des femmes parfois en l’absence d’hommes, ces épouses pouvaient avoir des amants et les enfants étaient reconnus comme ceux de la “femme-époux”. Il y a toutes sortes de configurations sur le continent et le travail d’historicisation doit continuer, non pas par simple propagande, mais parce qu’il est bon que notre histoire soit faite, toute l’histoire même celle dont certains ne veulent pas. Ça permet d’éviter les contre-vérités.

 

Pourquoi les relations sexuelles en personnes de même sexe sont- elles très mal perçues en Afrique ? De quoi ont peur les personnes non homosexuelles ?

J’ai évoqué certains éléments plus, entre autres l’histoire récente du continent Africain, la question de la colonisation, mais aussi des faits universels comme la dimension hétéronormée des sociétés humaines, ou encore la resignification d’un certain nombre de choses à l’époque contemporaine. Le fait par exemple que les pratiques rituelles de l’époque ancienne soient considérées comme constituantes de l’identité homosexuelle actuelle. Bref, il y a beaucoup de causes, pas une seule. Cet ensemble de causes peut aussi se résumer par ce que j’appelle “les tensions postcoloniales”.

Ces tensions surviennent entre les anciennes puissances coloniales comme la France et les pays Africains comme le Cameroun. Le fait est que certaines de ces anciennes puissances coloniales sont considérées et se posent comme des “leaders moraux” pour ce qui est de la défense des minorités sexuelles, même si cela peut parfois se discuter. Les injonctions constantes de ces “leaders moraux” qui essayent notamment d’influencer la dépénalisation universelle de l’homosexualité, provoquent des réactions conservatrices dans de nombreux pays.

Un cas concret ?

A titre d’exemple, le financement de l’Union Européenne à des associations Camerounaises s’occupant des personnes aux pratiques homosexuelles en vue de renforcer leurs capacités en 2011 a provoqué de très vives réactions d’indignation d’une partie de l’opinion médiatique et de la classe politique, qui s’alignait ainsi de façon presque populiste à ces opinions. Ce type de situations ravive le souvenir de la colonisation et l’homosexualité se retrouve au cœur d’un procès postcolonial.

Les gens sur le continent fortement incité dans ce sens par un contexte généralisé de “moralisation” des mœurs publiques, sont amenés à considérer l’homosexualité comme une expression de la décadence de l’occident. L’autre enjeu actuel sur le continent africain, c’est celui des stratégies morales des leaders politiques qui s’appuie sur une critique morale de la société pour se légitimer dans l’espace public. C’est que l’anthropologue Saskia Weiringa appelait les “stratégies morales sexuelles”.

Nous observons toutes sortes d’acteurs politiques qui usent de ces “stratégies morales” pour se faire connaitre. C’est le cas de tous ces groupes de jeunes sur le continent qui publient des textes “contre l’homosexualité” mais où en réalité ils tentent de faire entendre leur voix sur d’autres questions, comme la corruption, le népotisme, la prévarication des dirigeants etc.

A côté de tout ceci, il y a évidemment l’hétérosexisme qui là aussi est un fait universel, même si dans les analyses de l”homophobie africaine”, on tente de montrer que c’est un cas particulier. La résistance de la “norme d’hétérosexualité” et de son double la phallocratie, c’est-à-dire le pouvoir des hommes sont à considérer sérieusement. Tout ces faits et d’autres peuvent expliquer la perception négative de l’homosexualité sur le continent.

SONY DSC

A lire : L’homosexualité dans les représentations sociales camerounaises : esquisse d’une anthropologie à partir des Beti, par Simon Patrick Awondo, 2006.

]]>
[actu] Cameroun : les forces de l’ordre torturent et menacent les activistes https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/12/actu-cameroun-les-forces-de-lordre-torturent-et-menacent-les-activistes/ Sun, 12 Jul 2015 14:49:24 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1656 Continuer la lecture →]]> ???????????????????????????????Tentatives de racket, dénonciations, harcèlement, cambriolages, coups, arrestations, assassinats… sont les armes utilisées pour tenter de déstabiliser et de réduire au silence les activistes qui dénoncent l’homophobie et luttent contre la répression de l’homosexualité au Cameroun.

[Repères] Le Cameroun est un pays qui a été colonisés par la Grande Bretagne, l’Allemagne et la France. Dans les année soixante, l’armée française à aider le régime à mener une opération de répression de grande ampleur : guerre psychologique, torture, exécutions sommaires…
En 1982, Paul Biya succède à Ahmadou Ahidjo à la tête de la République du Cameroun. Il est encore aujourd’hui au pouvoir.
En février 2008, un mouvement populaire contre le projet de modification de la constitution par Biya est réprimé dans le sang. En savoir plus.

La situation des personnes homosexuelles :

L’article 347bis du code pénal camerounais « puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs (CFA) toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe. »

« Les lesbiennes, les homosexuels, les hommes qui couchent avec les hommes, les femmes qui couchent avec les femmes, les hommes efféminés… tout cela est réprimé par la loi. (…) Ce sont des personnes animées par un esprit diabolique » Donatus Sembé, officier de gendarmerie en charge de l’arrestation de 7 hommes « en flagrant délit d’homosexualité et la prostitution » à Yaoundé en septembre 2014.

Roger Jean-Claude Mbédé, condamné en 2011 à 3 ans de prison pour homosexualité, est décédé le 10 janvier 2014. Il est mort après sa libération, isolé de sa famille et faute de ne pouvoir payer les soins dont il avait besoin. Il avait été reconnu coupable d’avoir envoyé par SMS « Je suis très amoureux de toi » à un autre homme.

cameroun-roger-allout

Eric Lembembe, militant de la cause homosexuelle, collaborateur de l’ONG Humans Right Watch a été torturé et assassiné en juillet 2013.   (En savoir plus.)

cameroon_gay_activist-ericLembembe.jpeg-073f7_0

Dans l’actualité récente, les persécutions continuent. Le 30 juin 2015, le domicile de la directrice du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale a été cambriolé, énième acte d’intimidation à l’égard de militants contre la répression au Cameroun…

Lire Le potentat sexuel. À propos de la sodomie, de la fellation et autres privautés postcoloniales, article d’Achille Mbembe, dans le quotidien camerounais « Le Messager », en 2006.

Le président de Humanity First séquestré et arnaqué

Témoignage publié le 25 juin 2015.

Alors qu’il revenait d’un séjour en Europe, Jules ELOUNDOU, président d’Humanity Firstk s’est vu accusé d’homosexualité, après que ses amis venus l’attendre, aient été agressés, séquestrés par un sergent-chef de gendarmerie.

Il est un peu plus de 1 heure du matin, ce mercredi 24 juin, quand l’avion  transportant Jules ELOUNDOU  atterrit à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Celui-ci revient d’un séjour en Europe.
Il est alors interpellé par le sergent chef de gendarmerie, TAGNE Joël, qui lui fait comprendre qu’il a surpris deux  amis, venus l’attendre en train de s’amouracher.

Il demande alors à Jules, de lui verser la somme de 200 euros, afin qu’il n’intente pas une procédure judiciaire contre eux. L’un de ces amis, JP, fait des signes des yeux, insistants à Jules, pour lui demander de ne pas croire ce que ce sergent prétend.

Jules tombant de nue, balaie cette proposition, en répondant au sergent-chef qu’il n’a rien à payer, parce qu’il n’y comprend d’ailleurs rien, et qu’il n’a pas d’argent à donner. Devant les accusations  insistantes de TAGNE Joël, qui prétend toujours avoir surpris une scène d’amour entre JP et Gaël, les deux amis venus accueillir Jules, celui-ci répond au gendarme, qu’il connait les mœurs de JP, et quand bien même ces deux là seraient homosexuels, ce n’est a pas en public qu’il viendrait s’amouracher, car dit-il, « il y a le cadre privé pour le faire ! ».

Se rendant compte de la ferme résistance de Jules, TAGNE Joël change de ton, et accuse Jules d’être lui-même un homosexuel. Il retient alors les pièces d’identité de Jules, après avoir confisqué, quelques heures auparavant, celles de JP et Gaël. Jules entre alors dans une exaspération, et s’exclame à voix haute, « dans quel pays vit-on comme ça ? » devant une foule de voyageurs. Il dénonce des pratiques abusives et restrictives des libertés individuelles.

Face à cet énervement de Jules qui attire l’attention des usagers de l’aéroport, TAGNE Joel, le gendarme, se sentant humilié se met à sont tour à menacer Jules et ses amis, il les insulte avec des termes : « des sales pédés comme vous». Il les met  au défi « appelez qui vous voudrez ici; c’est moi qui commande. Je vous tue si je veux ! »

La tension monte alors d’un cran et Jules et ses amis sont retenus par le gendarme. Leurs pièces d’identité sont jetées et éparpillées au loin. Plus grave, le gendarme fait appel à ses collègues en renfort. Dans cette équipe constituée aussi de femmes, Jules et ses deux compagnons d’infortune essuient toutes les insultes dégradantes. Ils sont tenus d’être les responsables de toutes les tares de la Société camerounaise, car comme le déclare une d’entre eux : « C’est à cause des pédés comme vous que nous n’avançons pas professionnellement. Vous bloquez le pays, partout ! ».

Le mauvais film continue. Jules et ses amis, pris de cours, ne peuvent que compter sur leur fibre activiste pour résister à ce torrent d’acharnement et de persécution.

Même le taximan qui a conduit JP et Gale à l’aéroport est aussi accusé d’être homosexuel, car lui balance-t-on, « il faut être un pédé pour accepter transporter des pédés ».

Le cauchemar avait commencé quelques heures plus tôt, quand JP et Gaël qui font des tours au hall de l’aéroport, en attendant que l’avion, qui est en retard, atterrisse, sont interpellés par ce gendarme. Il leur demande de se présenter. Gaël à qui JP avait remis sa carte nationale d’identité, sort leurs pièces à tous les deux. Le gendarme lui demande alors pourquoi il détient la carte de JP, et de déduire, que « c’est parce que vous êtes un couple ». Il poursuit en disant « Vous ne saviez pas, mais je vous file depuis, et je vous ai vu vous amouracher ». Ce qui est complètement faux, puisque ces deux là, visitaient tout simplement les galeries dans l’aéroport.

TAGNE Joël, le gendarme, retiens alors leurs pièces d’identité, et les conduit dans un premier temps, dans une sorte de cellule, là à l’aéroport. Il  profère des injures.

Dévoilant ses véritables motivations visant à extorquer de l’argent, il propose, à JP et Gaël qui sont retenus, de les relâcher contre une somme de $274 (130.000 FCFA), que ces derniers devront demander à Jules,  dès son atterrissage. Une somme qui lui sera remise en échange de leur liberté.
Ayant décliné son offre, il s’en est suivi des injures de toutes sortes et des coups sévères en l’endroit des deux jeunes garçons et c’est manu militari que Mr le sergent TAGNE Joël les traine arguant qu’il allait les garder en cellule pour homosexualité. Il regrette d’ailleurs publiquement de ne pas avoir son arme sur lui, pour les éliminer.

Néanmoins, le gendarme se rue sur Gaël, le roue de coups, et le blesse sur plusieurs parties du corps, au bas des lèvres, et lui enfonce la jambe.
Malgré autant d’hostilité et de violences, le courage de Jules, militant convaincu des droits humains des LGBT, JP et Gaël ne cèdent pas. Leur ténacité en est certainement venue à faire vaciller TAGNE Joël, et tous ses collègues, puisque à 4 heures du matin, les trois victimes sont relâchées. Au passage, Jules aura perdu son téléphone, et le gendarme aura quand même réussi à les racketter en les faisant payer le parking à 3.000 FCFA (environ $6), pourtant institué à 500 FCFA (environ $1).

Une plainte collective des trois victimes a été déposée. Gaël qui a été blessé, a établit un certificat médical.  Par ailleurs, un avocat  a été saisi pour suivre ce dossier.

L’auteur de cet article est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun.

cameroun-clubadouala

Cameroun: ‘Les forces de l’ordre torturent et menacent’

Publié le 27 juin 2015

Après l’incident du mercredi, quand le président de Humanity First Cameroun a été séquestré et arnaqué  par un gendarme, l’association a publié cette déclaration:

Face à tous ces cas de violences favorisés par l’article 347 bis du code pénal camerounais,  on en vient à se demander si les forces de l’ordre Camerounaises sensées garantir l’ordre et la sécurité des citoyens, sont conscientes de ces missions ? Ces dernières au contraire torturent et menacent de mort des personnes sans défenses mais aussi livrent les livrent à la vindicte populaire à leur guise.

Nous demandons donc aux autorités judiciaires que justice soit rendu, que les torts causés aux victimes soient réparés, et enfin que les responsables de ces actes sont punis conformément à la législation en vigueur.

Nous demandons aussi au gouvernement d’abroger cette article 347 bis qui sert de prétexte à toutes les formes de violation des droits de certaines personnes aujourd’hui au Cameroun et aussi qui restreint les libertés individuelles notamment celle de jouir librement de son orientation sexuelle et ce dans le respect des autres.

Informations trouvées sur le blog 76 crimes.

camroon-wrongs-to-gay-rights-2013-v8-022013-lt-steel-blue-backgrd

]]>
Témoignage d’un migrant, Paris, juillet 2015 https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/10/temoignage-dun-migrant/ Thu, 09 Jul 2015 23:40:08 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1644 Continuer la lecture →]]> noborders_wired_birdJe m’appelle Maurice*, j’ai 20 ans, je viens d’un pays d’Afrique subsaharienne et je suis homosexuel. Je voudrais vous raconter mon histoire. (publié le 5 juillet sur la page Facebook du Comité de soutien des Migrants de la Chapelle)

Alors, je ne sais pas par où commencer. En 2013, je vivais avec mes parents et mes frères et sœurs, j’allais à l’école, et j’avais des amis. Quand je me suis aperçu de mon homosexualité, j’ai fréquenté un homme, et comme c’est mal vu dans mon pays, un ami à moi l’a raconté à mon père. Quand celui-ci a découvert que suis gay, il m’a demandé si c’était vrai, et comme je ne peux pas lutter contre ce que je suis, je lui ai dit la vérité. Mon père ne l’a pas acceptée, il m’a enchaîné et maltraité, il a refusé de m’envoyer à l’école, et a même arrêté de la payer pour que je ne puisse plus assister aux cours. Il m’a dit que je n’étais plus son fils, et tout le monde m’ignorait à la maison. Ils ne me comptaient plus pour les repas, refusaient de me nourrir ou de m’adresser la parole, et m’empêchaient même de sortir. Des fois je m’échappais et ils ne m’ouvraient plus la porte, et je restais des jours et des nuits entières à errer dans les rues. Personne ne voulait m’aider, c’est contre les traditions, contre la culture. À leurs yeux, je suis un criminel, je ne suis plus un homme, je suis condamné. Après un mois à vivre cette situation, ils m’ont abandonné. Ils m’ont dit de quitter la maison. Ils ne voulaient même plus me voir. J’ai donc vécu dans la rue pendant sept mois. Je dormais dehors, et je travaillais au marché la journée pour un salaire ridicule. Les gens que je fréquentais alors n’étaient pas au courant de mon homosexualité, et ceux qui savaient parmi mes amis ou ma famille m’ignoraient ou m’insultaient lorsqu’ils me croisaient dans la rue. Dans mon pays il n’existe pas d’associations pour défendre ou aider les homosexuels. J’étais tout seul, livré à moi-même. J’ai beaucoup souffert, et je souffre encore aujourd’hui.

J’ai alors décidé de quitter mon pays. Le 31 mai 2014, je suis parti en camion pour la Libye, avec le projet de travailler pour ensuite aller en France, terre d’asile et pays des droits de l’Homme, où je pensais pouvoir trouver la liberté d’exister et d’être qui je suis. Ça ne servait à rien de rester dans mon pays, où j’avais tout perdu, et où je ne pouvais pas vivre librement. Je pensais que ça allait être mieux en Libye.

Après 15 jours de voyage en camion dans le désert, en ne mangeant qu’une fois par jour, et en ne buvant qu’un verre d’eau le matin, et un autre le soir, nous sommes arrivés, moi et les 24 autres clandestins, à la frontière libyenne. Là, les douaniers nous ont attrapé, et nous ont amenés à la prison de Ajdabiya. J’ai été emprisonné et torturé pendant huit jours. Ils me demandaient de l’argent pour ma libération. J’ai donc appelé mon père, mais quand il a décroché et que je lui ai raconté la situation, il a dit que ce n’était pas son problème et m’a demandé de ne plus l’appeler. Puis ils m’ont relâché, et je me suis retrouvé de nouveau à la rue, sans rien ni personne. Sans argent, ni travail, ni adresse. J’ai dormi quatre jours dans la rue, puis j’ai rencontré des migrants soudanais. Je leur ai raconté la situation, en taisant le fait que je suis homosexuel. En effet, chez eux aussi, c’est mal vu, et c’est contraire à leur culture. Je ne voulais plus être seul, ni rejeté. J’avais besoin d’amis, de compagnons, et de soutien. Ils m’ont donc accueilli pendant 4 jours, et ils m’ont aidé à trouver un travail dans un restaurant soudanais. J’y ai travaillé pendant un an. En Libye il y a la guerre, et la sécurité est quasi inexistante. J’ai plusieurs fois été menacé, et volé dans la rue, ou dans le restaurant. Des civils entraient parfois armés de kalashnikovs et nous volaient tout. J’avais très peur de mourir.

beattheborder

Après un an, avec 8 amis soudanais, nous avons payé un passeur pour traverser la Méditerranée et rejoindre l’Italie. La traversée a duré près de deux jours. Nous étions 114 personnes sur un bateau ne pouvant en supporter que 80. Avant de toucher terre, le bateau a calé en pleine mer, juste après avoir franchi la frontière italienne. Nous avons été contraints d’appeler les garde-côtes italiens pour qu’ils viennent à notre secours. On pensait qu’on allait mourir là. La majorité d’entre nous ne savaient pas nager, moi y compris.

Une fois à terre, ils ont relevé nos identités, ont pris les empreintes digitales de la plupart d’entre nous, et j’ai passé quelques heures en rétention. Quand j’en suis sorti, je suis allé me reposer, me laver et manger dans un centre d’accueil, puis je suis parti en direction de Milan. J’ai alors pris un autre train pour me rendre à Paris.

Je suis arrivé à Paris le 6 juin 2015 à 23h15 avec trois de mes compagnons soudanais. Épuisés, sans argent, mais enfin arrivés! On était tellement heureux! Je croyais être arrivé au paradis. En tant que demandeurs d’asile, nous savions qu’en France nous avions droit à un logement. Nous pensions que tout allait être facile. Mais quelle déception… Le soir même, nous nous sommes rendus au commissariat pour leur expliquer notre situation et leur demander de nous guider vers une association ou vers un organisme qui pourrait nous aider, mais ils nous ont rétorqué que tout était fermé, et que nous devions repasser le lendemain vers 9h. Je leur ai demandé où nous pouvions dormir cette nuit et ils nous ont dit qu’ils ne savaient pas. Nous avons passé la première nuit dans une petite rue près de Gare du Nord. Le lendemain à 9h, ils nous ont indiqué l’adresse de France Terre d’Asile, où nous nous sommes rendus, et où ils nous ont donné un rendez-vous pour le 9 Juillet, c’est à dire un mois plus tard. J’ai à nouveau demandé où est-ce que nous étions supposés nous loger en attendant le rendez-vous, et ils m’ont dit qu’ils ne s’occupaient pas du logement, et que pour ça je devais m’adresser à la préfecture.

On était le 8 juin, et ça faisait 6 jours que le campement de migrants de La Chapelle (18ème) avait été violemment démantelé et évacué, et quelques jours que les migrants avaient trouvé refuge sur une esplanade de la Halle Pajol. C’est là que nous nous sommes rendus. Et le jour même, la police a procédé à l’évacuation brutale de ce nouveau campement de fortune. Les policiers entrainaient de force migrants et riverains vers les camions, n’hésitant pas à les brutaliser et à les frapper. Ils nous ont gazé alors que nous nous résistions à nous laisser emmener. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait, ni pourquoi la police était si violente avec nous ; nous n’avions rien fait!!! Nous nous sommes enfui, puis nous nous sommes à nouveau regroupés à Pajol.

Entre temps, l’association Bois Dormoy, qui possède un jardin participatif dans le quartier, avait accepté d’héberger les quelques 200 migrants qui avaient réussi à échapper à l’opération policière. Nous nous y sommes donc rendus, et là tout s’est très vite enchaîné. Nous avons prétendu être mineurs, nous avons rencontré une riveraine, qui nous a emmené chez une amie à elle qui a accepté de nous héberger le temps de trouver une solution. Ça fait maintenant un mois que je vis chez cette personne, qui maintenant sait que je suis majeur, qui est au courant de mon homosexualité, et qui est devenue mon amie. Aujourd’hui nous devons déménager, nous n’avons plus d’appartement, et nous ne trouvons plus de solutions.

Je n’ai avoué mon homosexualité qu’à peu de gens. Je sais que ça sera mal vu auprès des autres réfugiés, et même mes amis avec lesquels je voyage depuis la Libye ne sont pas au courant. Ici je commence peu à peu à m’assumer. J’ai rencontré des gens qui ne me jugent pas pour ma sexualité, et je souhaite continuer dans cette voie, pour enfin pouvoir m’installer quelque part, et enfin pouvoir commencer à être moi. Avoir des droits, être accepté, et être libre d’exister. Voilà mon histoire.

* pour des raisons d’anonymat le prénom a été changé.

unbordered

]]>
[radio] Ouganda et fierté Kuchu, dans l’émission « On est pas des cadeaux ! » https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/ouganda-et-fierte-kuchu-dans-lemission-on-est-pas-des-cadeaux/ Fri, 03 Jul 2015 08:17:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1602 Continuer la lecture →]]> uganda-prideUne émission radio consacrée à l’Ouganda et la fierté Kuchu (terme en swahili que les personnes LGBTI utilisent pour parler d’elles-mêmes).

L’idée vient d’abord d’une rencontre avec Frank, un ougandais exilé en France depuis deux ans, en raison de la loi anti-homosexualité votée en décembre 2013. Et aussi des campagnes sur l’Ouganda régulièrement diffusées en France depuis quelques années, à la fois des campagnes médiatiques pour informer sur ces législations et des campagnes militantes en soutien aux LGBT ougandais. L’occasion d’essayer de mieux comprendre ce qui se passe pour ces personnes, à partir de l’expérience de Frank et de son analyse de la situation du pays, qui mêle l’influence historique de l’ancien empire colonial britannique et l’influence internationale actuelle de mouvements évangélistes. On voudrait aussi s’interroger sur ces grandes campagnes internationales de soutien aux lgbt de pays du sud, en particulier sur leurs origines historiques et leurs effets politiques sur les personnes directement concernées.

Bonne écoute !


et pour aller plus loin:

Bombastic, magazine kuchu, témoignages et analyse politique

God loves Uganda, film sur l’influence des mouvements évangélistes sur les politiques homophobes en Ouganda

Call me kuchu, film sur la condition des kuchus en Ouganda

 

On est pas des cadeaux !

(publié le 30 juin 2015)

uganda-pride-piratestyle

Pour plus d’info (en anglais) le site 76 crimes

]]>
[actu] Le Mozambique dépénalise l’homosexualité https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/01/actu-le-mozambique-depenalise-lhomosexualite/ Wed, 01 Jul 2015 03:02:21 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1575 Continuer la lecture →]]>

moçambikLe Mozambique a supprimé la loi de pénalisation de l’homosexualité en vigueur depuis le code pénal colonial de  1886. (via AFP 29/06/2015)

L’homosexualité n’est plus un délit au Mozambique. Un nouveau code pénal y est entré en vigueur lundi 29 juin, dans lequel les relations homosexuelles sont dépénalisées. Promulgué en décembre dernier par le président sortant, Armando Guebuza, le nouveau code pénal ne sanctionne également plus l’avortement, à la suite de la mobilisation l’année dernière de nombreuses organisations de défense des droits.

L’ancien code pénal, adopté en 1886 au temps de la colonisation portugaise, prévoyaient l’application de « mesures de sécurité » contre les personnes « s’engageant habituellement dans des actes contre nature ».

Une disposition qui aurait pu être utilisée pour persécuter les homosexuels, les exposant à des peines de travail forcé pouvant aller jusqu’à trois ans, mais qui n’a jamais été appliquée depuis l’indépendance du pays en 1975. Au Mozambique, l’intolérance envers les couples de même sexe est moins marquée que chez certains voisins d’Afrique australe.

moçambicgay

« Une victoire symbolique »

Certains parlent toutefois de « victoire symbolique ». « Cela ne va pas fondamentalement changer grand chose pour nous », a confié à l’AFP Frank, un étudiant en communication de 22 ans, qui milite pour l’association Lambda de défense des droits LGBT. « L’inclusion sociale reste le principal défi », a t-il ajouté, refusant de donner son nom. D’ailleurs, Lambda, l’unique association pour les droits LGBT du pays, n’a toujours pas été officiellement reconnue par l’État mozambicain, alors qu’une demande en ce sens a été faite en 2008.

L’entrée en vigueur du nouveau code pénal est en outre généralement accueillie dans une certaine indifférence. « La plupart des Mozambicains ne nie pas l’homosexualité, mais on ne peut pas dire non plus qu’elle soit acceptée », complète Dércio Tsandzana, un blogueur et activiste influent. Lundi, aucun événement spécifique n’était prévu pour célébrer ce qui dans d’autres pays de la région apparaîtrait comme une avancée majeure pour les droits LGBT.

Les actes de violences contre les homosexuels sont très rares, voire inexistants au Mozambique, pays lusophone d’Afrique australe entouré de pays anglophones hostiles à l’homosexualité. Robert Mugabe, le président du Zimbabwe voisin, est réputé pour sa croisade anti-homosexuels. En Afrique du Sud, où le mariage entre personnes de même sexe a pourtant été légalisé en 2006, les actes de violence homophobe sont fréquents. L’homosexualité reste illégale dans une grande majorité des 54 pays d’Afrique.

moçambique

]]>
[actu] Burkina-Faso : La justice et le CNT réticents à légiférer sur l’homosexualité https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/actu-burkina-faso-la-justice-et-le-cnt-reticents-a-legiferer-sur-lhomosexualite/ Thu, 11 Jun 2015 13:32:39 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1458 Continuer la lecture →]]>

lavenderlove-credit-corinna-nicoleAu Burkina Faso, il n’existe aucune loi qui interdit ou autorise l’homosexualité. Jusqu’à quand ? s’interroge la journaliste Salifou Ouedraogo, du quotidien BF dans un article publié le 8 juin 2015.

 

 

La reconnaissance des « droits » des homosexuels occupe une place importante dans les critères de financement  de la grande majorité des projets et programmes des pays en développement comme le Burkina Faso. Dans le volet lutte contre le VIH/SIDA, les partenaires financiers exigent la prise en charge des personnes homosexuelles. Même si les pressions internes (religieuses, coutumières et parfois politiques) entravent  l’instauration de la loi, elles ne prennent  pas en compte le silence de la loi qui est en réalité, une autorisation. Au Burkina Faso, il n’existe aucune loi qui interdit ou autorise l’homosexualité. Une « tolérance » qui a permis au réseau des jeunes  LGBTQ (Lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, Queer) d’Afrique de l’Ouest dont le siège est à  Ouagadougou, depuis 2012, de travailler pour un environnement favorable quant au respect et à la protection des droits humains des personnes homosexuelles. Le code pénal en adoption actuellement a mentionné les minorités sexuelles. L’évolution des choses pourrait faciliter la reconnaissance des droits des homosexuels avant la fin de la Transition malgré l’opposition d’un grand nombre de magistrats. Arrêt sur une « pratique étrangère»  qui veut être reconnue légalement comme un « droit de l’homme »  respectant le principe de la « vie privée des hommes » et qui provoque des migraines chez des magistrats, hommes politiques, leaders associatifs, coutumiers et religieux du Burkina.

 

 

 

 

 

 

 

 

S’il y a un sujet qui crée des controverses, voire des frustrations dans bon nombre de pays africains, c’est bien l’homosexualité. Des coutumiers, aux religieux en passant par  les hommes de droit et certains leaders politiques, l’homosexualité est un sujet « hostile », « anti culturel » et « anti religieux ». Les hommes politiques savent qu’évoquer « le droit » des homosexuels lors d’une campagne électorale est synonyme d’échec assuré en Afrique. Conséquence, les législations sont muettes voire superflues dans plusieurs pays. Au Burkina Faso, la législation actuelle ne fait pas mention de l’homosexualité. Pourtant,  ce silence de la loi veut dire en réalité que l’homosexualité est autorisée au Burkina Faso.  «En droit,  ce qui n’est pas interdit est autorisé », soutient un cadre du ministère de la Justice. En d’autres termes, personne ne peut poursuivre quelqu’un sur le sol burkinabè parce qu’il est homosexuel.  Ce qui est une aubaine pour cette couche de notre société.

C’est du même coup, ce qui a poussé le réseau à s’installer au Burkina Faso. Ils étaient déjà près de 600 parmi lesquels on dénombrait 411 Burkinabè de souche en 2012 dont 110  étudiants selon une étude structurelle menée par le QYAN, qui précise d’ailleurs que ce nombre est loin d’être juste. La question se pose  dès lors de savoir s’il  faut parler de « droit » des homosexuels en  Afrique. Méritent-ils d’être protégés? Comment parvenir à  trouver un remède à ce « fléau », vue par certains comme une « nouvelle forme de colonisation », « une déperdition humaine », « un droit d’existence »,  ou simplement des aléas du développement et de la démocratie ? D’aucuns pensent qu’il ne faut même pas en parler. Pour eux, parler de l’homosexualité, c’est la considérer, c’est créer des débats et des frustrations inutiles. Pourtant, des centaines d’enfants du pays des Hommes intègres y trouvent « leur bonheur ».

Il faudrait donc en parler au moment même où le débat fait rage au niveau de la justice. Tout commence à partir de la conférence de presse, organisée par le Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG) sur le bilan 2014 de la SCADD. Lors de ladite conférence, le traitement sérologique des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes revient sur la table. Un homme que nous tairons le nom, se présente comme étant un spécialiste des questions de l’homosexualité. Il affirme que le siège ouest -africain de la promotion des droits des homosexuels se trouve à Ouagadougou, depuis 2011.

Les animateurs de la conférence précise que les courbes des personnes vivant avec le VIH/SIDA pourraient fléchir s’il n’y a pas une prise en compte des personnes homosexuelles qui sont la plupart des bisexuels (hétérosexuels et homosexuels). Quelques jours après, nous entendons que le code pénal actuel est  en révision avec une probabilité élevée que la question de l’homosexualité soit débattue.

La réticence des membres du CNT

Dans l’histoire récente du droit des homosexuels au Burkina Faso, on retient que le président du parti PAREN, Tahirou Barry, a déposé quatre propositions de loi dans le but d’interdire l’homosexualité au Burkina. « Ces propositions n’ont même pas franchi la porte du bureau du président du CNT », nous indique un membre du CNT sous anonymat.   Le président du PAREN nous le confirmera plus tard. Le motif utilisé par le président du CNT, Shériff Sy, « ce n’est pas une priorité pour le moment», nous explique Tahirou Barry.

Selon lui, le PAREN « n’acceptera jamais » que l’homosexualité soit reconnue au Burkina. « On ne va pas laisser notre société revenir à l’état d’animosité », promet-il. Selon certaines indiscrétions, le président du CNT aurait subi des pressions extérieures après l’introduction de la proposition de loi qui « serait votée à l’unanimité sans aucun doute », nous explique un membre du CNT. Quelques jours après le dépôt, l’ambassadeur des Etats- Unis qui était de passage au CNT en aurait profité pour aborder le sujet sur l’introduction de la loi par le PAREN.

La législation sur les  homosexuels divise

Pendant ce temps, le nouveau code pénal en relecture divise les magistrats. A l’atelier de validation du nouveau code, les partenaires ont voulu que la loi pénale qui sera en vigueur désormais « favorise l’homosexualité et sanctionne les discriminations à l’encontre des homosexuels », nous indique, un cadre du ministère de la Justice. Une volonté farouchement rejetée par la grande majorité des hommes de droit qui sont chargés de relire le code, assure-t-il. Par ailleurs, il retiendra « la discrimination fondée sur le sexe », dit-il.

Ce qui veut dire que « la nouvelle loi qui sera adoptée ne permet pas de poursuivre quelqu’un parce qu’il est homosexuel », confie-t-il. Donc, l’homosexualité est permise aujourd’hui et sera permise demain au Burkina suivant le principe judiciaire selon lequel, « ce qui n’est pas interdit, est permis ». Au Burkina Faso, la loi n’autorise le mariage qu’entre «deux personnes de sexes différents ». Ce qui sous-entend qu’aucun officier civil ne peut célébrer un mariage homosexuel au Burkina Faso. Ce qui est certain, c’est que le code actuel va citer clairement l’homosexualité pour la première fois. Ce qui serait une avancée notable pour les défenseurs des droits des homosexuels.

Pour ces derniers, il s’agit d’une question de droits humains et de vie privée de personnes. Il faut donc les protéger et les réguler selon eux. Ils ont donc infiltré des participants au niveau de l’atelier de validation du code pénal pour influencer l’adoption, nous confie un magistrat présent à l’atelier de validation du nouveau code pénal. Ce que Mariam Sako, fondatrice du réseau LGBTI rejette en bloc « Ceci est une affirmation très dangereuse et fausse. L’atelier de validation était une affaire entre les magistrats et le ministère de la Justice, donc pas ouvert au public ». Une chose est sure, le code n’est pas adopté pour l’instant, mais il a été validé au niveau de l’atelier.

Selon les informations qui nous parviennent du côté de la Justice, des tractations seraient en cours pour organiser d’autres ateliers de validation afin de faire glisser un article sur le droit des minorités sexuelles. Au même moment, les associations pour la reconnaissance des droits des homosexuels travaillent à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso  pour pousser les choses à aller vite.   Les actions de l’association « Alternatif Burkina » basée à Bobo Dioulasso tournent mal. Le jeudi 28 mai dernier, les populations improvisent une marche contre les gays de la ville et réclament leur départ du quartier de peur que leurs enfants ne soient « contaminés».

Une semaine plutôt, la Fédération des églises et missions évangéliques (FEME), organise une conférence de presse pour exprimer  son opposition à la volonté de certaines églises françaises de célébrer des mariages homosexuels.  Ils disent se fier à la recommandation biblique (Gn 2 :24) selon laquelle « si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une horreur ; ils seront punis de mort : leur sang (retombera) sur eux ».

Mais il faut savoir que l’homosexualité à plusieurs palettes qui ne se résument pas à la situation de gay même si proportionnellement c’est la catégorie la plus importante.  En 2012, les statistiques du réseau avaient révélé près de 600 homosexuels à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso. Parmi eux, on dénombrait 227 lesbiennes, 322 gays, et 48 bisexuels.

La difficile prise de position de la Transition

Près de trois ans après, des estimations d’une source  sanitaire faisaient état de plus de  5 000 homosexuels  à Bobo Dioulasso uniquement.  La Transition a promis de revoir beaucoup de choses pour que plus rien ne soit comme avant. Avant, on retiendra la sortie de l’ex-maire de la commune de Ouagadougou, Marin Casimir Ilboudo, en 2013. Il avait en son temps exprimé sa volonté d’accorder une forte somme dans le traitement et la prévention du VIH/SIDA au sein des homosexuels.

Des sorties se sont multipliées à travers les médias pour dénoncer cet acte que certains considéraient comme un processus pour  faire reconnaitre et accepter le droit des homosexuels au Burkina Faso. La mairie s’était vite rétractée. Les 30 et 31 octobre2014, « les Burkinabè sont sortis sans considérations d’orientation sexuelle  pour défendre la démocratie », nous dit I. K., homosexuel. Il dit ne pas comprendre comment on peut vouloir d’une démocratie et vouloir brimer les droits de certains citoyens sous couvert d’orientation sexuelle. Après une semaine d’insistance, nous avons réussi à rencontrer un autre homosexuel. Avant qu’il ne puisse nous dire un mot, et comme devant tous les autres que nous avons rencontrés, il nous a fallu défendre notre devoir de protéger notre source qui nous a donné son numéro de téléphone.

Après les tractations, il accorde de nous répondre si nous acceptons ses conditions « pour des raisons de sécurité » : pas de photo bien qu’il garde son casque sur la tête, pas d’enregistrement, pas plus de trois questions. Sous anonymat  et sur une moto crypton sans immatriculation,  il nous avoue qu’il est Burkinabè natif de Ouagadougou. Il accepte même s’exprimer en mooré pour nous le confirmer. Il assure qu’il est gay (partenaire actif « ndlr : il occupe la position de l’homme ») depuis 2004 et son partenaire est Burkinabè aussi. Ils souhaitent être les premiers à se marier au Burkina  une fois leurs droits reconnus.

Il dit même être certain que ça ne prendra pas de temps, parce qu’eux aussi « sont devenus une communauté au Burkina qui ne réclame qu’à être acceptée en tant que citoyen comme tout le monde ».Quant à Steeve, si c’est son prénom,  un autre homosexuel que nous avons rencontré, il avoue sa peur d’évoquer sa situation d’homosexuel. C’est « pourquoi je vous ai donné rendez-vous ici » (ndrl : dans un coin huppé de l’Avenue Kwamé N’Krumah).

Même si ça tourne mal, il y a une possibilité », confie-t-il. Selon lui, ce n’est qu’en 2013 qu’il est devenu homosexuel et il se sent à l’aise. A visage découvert, ce jeune homme mince, coloré de tatouage, ne réclame qu’une chose : « Pouvoir vivre comme les autres sans discrimination et sans avoir peur de marcher dans la rue parce que je suis homosexuel », souhaite-t-il. En un mot, il réclame sa « liberté de vivre ». Cette situation démontre encore que ce phénomène est dur à avaler pour les Burkinabè.

« Nous ne demandons pas un droit supplémentaire »

Après plusieurs échanges électroniques, nous finissons par avoir un rendez-vous avec Mariam Sako alias Armisen, fondatrice et coordonatrice du réseau des jeunes LGBTQ (ndlr : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels, Queer) en Afrique de l’Ouest dénommé QAYN (The Queer Africa Youth Networking), basé à Ouagadougou et  travaillant depuis sa création en 2010 à faire valoir le droit des homosexuels  en Afrique de l’Ouest. Le rejet social oblige la structure de Mariam Armisen à fonctionner depuis lors, dans l’absolue discrétion.

Pas d’événement public, pas d’action publicitaire etc. Pourtant, elle produit des documents, mène des enquêtes, organise des rencontres, etc. Plusieurs documents sont publiés sur le site web et la page facebook du réseau.  « L’accent a été mis sur le Burkina Faso pour une raison stratégique: en tant qu’un des pays francophones de la sous-région qui n’a pas de loi contre l’homosexualité. C’est également le pays que QAYN a choisi pour demander un récépissé comme structure LGBT, la première dans le pays en tant que tel », expliquent les membres du réseau dans un rapport dont nous nous sommes procuré une copie. Armisen n’a pas de complexe. Elle ne mène pas une lutte contre quelqu’un, dit-elle.

Elle ne demande pas non plus « un droit supplémentaire ».  « Nous voulons que nos droits soient reconnus comme les autres citoyens et citoyennes», résume-t-elle la lutte que le réseau a engagée. Alors, nous entamons un long voyage dans l’histoire des homosexuels avec elle.  Une heure durant, cette jeune femme musulmane, originaire de la ville de Bobo Dioulasso, et journaliste de formation, répondra sans détour à toutes nos questions sans pour autant nous laisser la possibilité d’enregistrer. Séance d’écriture d’une lettre pour les Burkinabè afin qu’ils comprennent  que « l’orientation sexuelle  (des homosexuelles) ne nuit à personne » et que « si on est un  pays séculaire et que tous les Burkinabè ont des droits, il faut accepter le droit de tous », estime Sako.

Selon elle, les Burkinabè doivent « parler de la sexualité inclusive » parce que « la sexualité ne se limite pas à la reproduction ». En toute chose, elle ne comprend pas comment « on peut se lever chasser un gouvernement aspirer à un changement social et démocratique, en même temps, lutter contre l’existence d’une partie de la population.». La motivation qui a sous-tendu cette visibilité actuelle des personnes homosexuelles au Burkina Faso, mais également à travers tout le continent, « c’est la liberté à laquelle nous aspirons, surtout les jeunes », poursuit-elle. Mariam Sako continuera son combat même si elle est convaincue que « le taux d’analphabétisme élevé ne permet pas aux populations de comprendre les droits humains ; donc il faut parler de ces questions selon le niveau de l’audience, dans des termes concrètes qui vont au-delà des théories ».

La  communauté des homosexuels est présentative de la population, c’est à dire qu’il y a des personnes de tous les niveaux, que ce soit des hommes et femmes mariés, des hommes politiques, des commerçants et commerçantes du marché, des étudiants, etc. affirme-t-elle. La  communauté des homosexuels est très large. « On les connait. Que ce soit ceux qui sont au gouvernement ou les hommes mariés haut-placés »,  assure-t-elle tout en indiquant qu’elle n’a « pas le droit de les nommer ».  Malgré tout, « le chantage des voisins, des autres,  est réel ».

Malheureusement, « on ne peut pas comprendre l’impact de la stigmatisation sur ces citoyens », s’indigne Mariam.   « Comment vivre avec cette  peur, dans ce climat  d’insécurité toute sa vie ? », s’interroge-t-elle. L’homosexualité est-elle étrangère à l’Afrique ? Mariam Armisen répond par la négative. Selon elle, si « les gens, les coutumiers, les religieux sont honnêtes, ils reconnaitront que l’homosexualité existait » et que ce sont « ces religions exportées qui sont venues combattre une pratique qui existait en Afrique ».

En tout cas, la Bible en parle, ce qui veut dire que ça existait bien avant dans le monde. Jusqu’à présent, il est scientifiquement prouvé que 10%  de la population mondiale  est homosexuelle,  explique Armisen. A en croire Mariam Sako, sur la base des 17 millions d’habitants, on dénombrerait 17 mille homosexuels. Le monde ne peut et ne doit donc pas exercer « une phobie » sur une telle partie de sa population. Selon les religieux, il est impossible d’être homosexuel et d’être religieux conformément aux recommandations des livres saints. « C’est de l’aberration, je suis musulmane », souligne Mariam Sako.

« L’homosexualité est une déviation»

Tout compte fait, la question est complexe  et suscite des débats tranchés et  par moment violents au sein de la société burkinabè. Tout comme les religieux et les coutumiers, certains leaders associatifs disent être prêts à combattre l’homosexualité même s’ils comptent épargner les « homosexuels ».  L’Association pour la promotion d’une démocratie endogène et de la citoyenneté (APRODEC) envisage des actions fortes pour imposer des valeurs endogènes à la jeunesse en combattant farouchement l’homosexualité. Pour elle, « la démocratie telle que appliquée ne s’adapte pas à nos réalités socioculturelles ». Pour le président de l’APRODEC Burkina, Alexandre Le grand Zango, qui préfère parler de « l’homosexualité » et non du « droit des homosexuels », « l’homosexualité est une déviation. Nous sommes par excellence un peuple de croyants. La place de l’homme et de la femme  est prépondérante dans la société. Nous ne voyons pas les homosexuels, nous voyons l’homosexualité. Une question de savoir qu’ils ont des instincts qui ne sont pas forcément ceux du commun des mortels n’engage pas la société.

L’APRODEC  va combattre l’homosexualité. Et se battra toujours pour que l’homosexualité  ne soit ni promue dans notre législation ni promue par les enfants, ni vue comme un exemple à suivre ». La Transition se trouve donc entre le marteau de la société qui rejette l’homosexualité et l’enclume de la démocratie qui accorde toutes les libertés aux citoyens. Même si les députés de la transition ne veulent pas « se salir les mains » en examinant la proposition de loi, il faudrait bien en parler tôt au tard au moment où le nombre de citoyens burkinabè croit au sein des homosexuels et eu égards aux  pressions extérieures.

Ces pressions viennent même de l’Union africaine. Les Directives et Principes sur les Droits Economiques, Sociaux, et Culturels de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples  du 24 octobre 2011, en son titre V définit les groupes vulnérables et désavantagés comme étant  les personnes qui ont été confrontées et/ou continuent de l’être à des obstacles significatifs à la jouissance de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Elles citent entre autres « les victimes d’exploitation sexuelle et économique, les détenus, les lesbiennes, les gays,  les bisexuels, les transgendéristes et les intersexuels ».

Par Salifou OUEDRAOGO

]]>
[actu] Angola : un baiser entre hommes à la télé… et des chanteuses trans et gays ! https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/11/actu-angola-un-baiser-gay-a-la-tele-et-des-clips-trans-et-gays/ Wed, 11 Feb 2015 02:04:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1280 Continuer la lecture →]]> gay-lionsUne brève à propos de la diffusion d’un baiser gay à une heure de grande écoute sur la télé angolaise… Et à l’occase, des clips des artistes angolais trans et gay Titica et Edy Sex.

 
 

Angola : Un baiser gai à la télévision suscite une polémique

Publié par l’afp, média béni des colonies, le 4 février 2014.

Une société de production audiovisuelle angolaise a présenté des excuses publiques mercredi pour avoir diffusé une série dans laquelle deux hommes s’embrassaient, ce qui a provoqué une polémique dans le pays.

angolatv

« Nous présentons nos sincères excuses à tous ceux qui se sont sentis offensés », a indiqué la société de production Semba Comunicaçao, citée par l’agence de presse gouvernementale Angop, promettant de « faire quelques corrections dans la présentation de certains contenus sensibles ».

Cette déclaration intervient après la diffusion fin janvier d’un épisode de la série angolaise à succès intitulée « Jikulumessu », dans lequel deux homosexuels s’embrassaient.

Ce baiser gai, diffusé après le journal du soir, à une heure de grande écoute, a suscité une polémique dans un pays à la forte tradition catholique et où l’homosexualité est un tabou – même si elle n’est pas illégale -, déclenchant une avalanche de critiques sur les réseaux sociaux.

La télévision publique angolaise a annoncé cette semaine la suspension de la diffusion de la série pour des raisons techniques.

En réaction, « Coréon Du», le concepteur de la série et patron de Semba Comunicaçao, qui n’est autre que l’un des fils du président angolais José Eduardo dos Santos, a dénoncé sur son compte Facebook un « acte de censure ».

« La télénovela Jikulumessu aborde plusieurs sujets sociaux sensibles, dont la violence juvénile, la délinquance, la corruption, la polygamie, l’homosexualité et la prostitution, avec l’objectif d’attirer l’attention sur leur existence et de lancer un débat à leur propos », s’est défendue la société de production citée par Angop.

La société de « Coréon Du» avait déjà été accusée de promouvoir l’homosexualité lors de la diffusion d’une première série télévisée, « Windeck », aujourd’hui exportée au Portugal et au Brésil.

José Paulino dos Santos, plus connu sous son nom d’artiste « Coréon Du», est le fils du président angolais et de l’une de ses anciennes compagnes, Maria Luisa Abrantes, qui est à la tête de l’Agence nationale pour l’investissement privé.

 

Titica, chanteuse trans angolaise

«Je jouais avec des poupées, je ne restais qu’avec des filles et je faisais tout comme une femme. Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais je savais que j’étais différente des autres enfants.»

titica

«Les gens sont encore bien fermés sur le sujet mais, grâce à Dieu, les mentalités commencent à s’ouvrir et ça va continuer. De plus en plus de gens vont s’habituer…»

«J’ai même été battue à cause de mes préférences sexuelles, les gens sont très sévères envers les personnes comme moi.»

« La Titica que vous voyez aujourd’hui en face de vous, c’était celle qui était enfouie tout au fond de moi. »

Depuis 2013, la chanteuse est ambassadrice auprès de l’UNAIDS (ONUSIDA).

titica0

Edy Sex, chanteur gay angolais

edysex2

edysex

]]>
[actu] Nigéria : arrestation de 12 prétendus homosexuels https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/actu-nigeria-arrestation-de-12-pretendus-homosexuels/ Wed, 28 Jan 2015 17:17:54 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1184 Continuer la lecture →]]> police-islamique

Kano (Nigeria)  – Douze jeunes hommes ont été arrêtés à Kano, grande ville du nord du Nigeria, sous l’accusation de préparer un « mariage gay ».

 
 
 
nigerians-gay
 
Information issue de la presse fromage AFP.

L’homosexualité est interdite par la législation fédérale au Nigeria, où a été votée l’an dernier une nouvelle loi interdisant le mariage entre personnes du même sexe.

Dans les Etats du nord, où la charia (loi islamique) s’applique parallèlement aux systèmes judiciaires étatique et fédéral, l’homosexualité est passible de la peine de mort, mais cette peine est très rarement prononcée.

Les 12 hommes, dont la plupart sont des adolescents, ont été arrêtés lundi dans un hôtel populaire des faubourgs de la ville, a indiqué Aminu Daurawa, le chef de la Hisbah, l’agence chargée de faire respecter la charia.

« Nous avons 12 hommes en détention, dont +la mariée+. Nous les avons arrêtés dans la salle où devait se tenir un mariage gay », a déclaré M. Daurawa à l’AFP. « Nos hommes ont investi la salle alors que le mariage allait commencer ».

De nombreuses personnes ont réussi à s’enfuir pendant l’opération, a-t-il ajouté.

Un des participants arrêtés, Faruk Maiduguri, 18 ans, a expliqué à la presse, dans les locaux de la Hisbah, que lui et ses amis célébraient en fait un anniversaire.

« C’était ma fête d’anniversaire, pas un mariage gay », a-t-il lancé, en larmes.

M. Daurawa a affirmé que les suspects, qui viennent de Kano et d’autres villes du nord (Maiduguri, Kaduna et Bauchi) et du sud-ouest (Ibadan et Osogbo), « avaient une apparence et un comportement féminins », ce qui a entraîné leur arrestation.

Il n’a pas précisé s’ils allaient être poursuivis mais leurs familles ont été convoquées.

En janvier 2014, une dizaine d’hommes accusés d’organiser un mariage homosexuel avaient été arrêtés et inculpés à Bauchi par la police islamique. Certains avaient été relâchés et d’autres libérés sous caution. [Et ce suite à la mobilisation qui s’organise face à la répression, comme en témoigne les photos.]

Condamnée par la communauté internationale, la « loi sur le mariage entre personnes du même sexe du Nigeria » punit d’une peine allant jusqu’à 14 ans de prison toute personne engagée dans une union homosexuelle.

nigeria-sodomy-laws-gay-lgbt-news

[Dans le même temps, dans le Nord, Boko Haram persécute (aussi) les gays : certains sont exhibés sur Internet avant d’être humiliés et tués.]

]]>