Témoignages – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Thu, 06 Aug 2015 23:20:38 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Mon parcours d’homo dans la classe ouvrière, Rachid Stali https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/10/mon-parcours-dhomo-dans-la-classe-ouvriere-rachid-stali/ Fri, 10 Jul 2015 19:54:07 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1654 Continuer la lecture →]]> arb03A l’usine, chaque fois que j’ouvrais mon placard, on me demandait pourquoi je n’avais pas de photos de filles nues comme tous les autres. (Par Rachid Stali)

Le parcours de Rachid est loin d’être un cas isolé, et pourtant, son histoire est celle de millions de travailleurs et de travailleuses dans l’ombre. Si assumer sa sexualité, lorsque celle-ci ne correspond pas à la norme hétérosexuelle reste un parcours du combattant dans toutes les couches de la société, ceci est d’autant plus dur lorsqu’on est ouvrier et que les patrons s’en servent pour nous humilier et nous maintenir sous leur domination. Malheureusement, l’histoire des personnes LGBTI dans la classe ouvrière a souvent été aussi celle de la marginalisation de leur lutte au sein de certaines organisations du mouvement ouvrier. Par exemple, l’homosexualité a été pour les appareils staliniens jusque dans les années 1970 “une tradition étrangère à la classe ouvrière”. Or, comme le récit de Rachid le montre bien, la classe ouvrière est aussi gay, lesbienne, bisexuelle, trans, intersexe, etc. Voici un récit de vie et de lutte contre un système qui exploite, opprime et répand son idéologie dans tous les recoins de la société. [intro du site qui publie, Révolution permanente.com, un courant d’extrême-gauche trotskiste – tout aussi hétérosexiste que les stal dans les années 70, cf. publications du FHAR a propos des articles dans Rouge, journal de la LCR].

Mon père est arrivé d’Algérie en 1947. Il a d’abord travaillé dans les mines du Nord de 47 à 51, puis chez Faure Electroménager, puis chez Porcher, fabriquant d’équipements sanitaires, chez qui il a fini sa carrière. Il s’est marié en 1959 avec ma mère, avec qui il a eu quatre enfants. Je suis le deuxième, né en 1961, un an avant la guerre d’Algérie. A l’âge de 16 ans je savais déjà que j’étais différent.

A quatorze ans, j’avais des copains du quartier avec qui on se posait sur l’herbe l’été parce qu’on n’avait pas d’argent pour partir ailleurs. Tout le monde pense qu’à quatorze ans on s’intéresse aux filles, mais moi je regardais les garçons. Alors que mon frère regardait toujours sous la jupe des filles, je me demandais : « est-ce que je suis normal ? ». Dans ma tête je me disais que j’avais un problème…

A l’époque j’étais apprenti pâtissier en alternance. J’allais à l’école trois semaines, puis trois semaines j’étais en stage. On commençait le travail à quatre heures du matin au lieu de six heures. Le patron disait qu’il fallait fermer sa gueule et les autres employés étaient aussi très désagréables. En fin de comptes, j’étais traité comme un esclave. Je travaillais six jours sur sept et je n’étais même pas payé ! Au bout des trois semaines de travail, on me donnait comme « salaire » deux tartes et une brioche. Quand je rentrais à la maison, mon père était écœuré parce qu’il voyait que son fils, un fils d’immigré, se faisait humilier au travail.

Durant ces années je ne montrais aucun signe de qui j’étais au fond, même si j’avais un penchant pour un copain du quartier. Chaque fois que je le voyais, je vibrais, mais je ne pouvais pas l’exprimer par peur du « qu’en dira-t-on ». Les choses se sont compliquées quand je suis entré dans le monde du travail. Mon père m’avait fait embaucher chez Porcher en 1979, j’avais 18 ans. Le samedi, on sortait en discothèque avec des copains du quartier, et pour montrer que j’étais comme eux, je dansais avec des filles. Et il m’arrivait même d’en embrasser ! Mais je le vivais mal, parce que je savais que j’étais différent. Un jour je me suis regardé dans la glace et je me suis dit : « Je suis pédé, comment je vais faire pour m’en sortir ? » Il y avait une peur par rapport aux autres, tu as 18 ans, tu as peur de ton futur.

A l’usine, chaque fois que j’ouvrais mon placard, on me demandait pourquoi je n’avais pas de photos de filles nues comme tous les autres. Dans la classe ouvrière on a beaucoup de ces photos. Les autres me disaient : « T’as vu la belle chatte ? » Je ne disais rien, je n’en avais rien à foutre, j’étais totalement indifférent. On me demandait : « Ce week-end, c’était comment en discothèque ? T’en as baisé beaucoup ? » Je disais que oui, que j’avais beaucoup flirté. Ce n’était pas possible de dire que j’étais homo, surtout quand tu habitais dans un petit bled comme le mien. Les choses se sont empirées quand un collègue a commencé à me dire tous les lundis : « Ça va artaïl ? », qui veut dire pédé en arabe. Je répondais « ferme ta gueule ! », mais ça me faisait mal, parce que c’était la vérité et j’étais obligé de me protéger.

Je suis parti faire mon service militaire en Algérie de 84 à 86 et ça a été très compliqué. A la caserne, j’étais entouré de beaux garçons, mais je me retenais ! Je savais qu’à la caserne il se passait des choses, je savais que l’homosexualité était présente. J’étais tout le temps partagé entre le désir et l’abstinence. Pendant le ramadan, j’ai même repoussé un garçon parce que je ne voulais pas que ça se sache, et pourtant il était très beau ! Une fois que je suis rentré en France j’ai enchaîné différents boulots. J’ai travaillé quelques années dans un fastfood à Paris, puis je suis parti ensuite en Savoie pour travailler sur les chantiers des Jeux Olympiques pendant deux ans.

Finalement, en 1993, j’ai rencontré quelqu’un, un africain bisexuel, et c’est à ce moment là que j’ai commencé à m’assumer. C’est là que ma vie sexuelle a commencé. Je pense que les ouvriers aussi ont droit à une sexualité et aussi droit au bonheur. La classe ouvrière doit aussi être heureuse ! Avec le recul, j’ai des regrets parce que j’aurais du m’assumer plus tôt, mais la situation ne me le permettait pas, surtout en province et dans un petit bled.

Dans ma famille on commençait à se demander pourquoi je n’étais pas marié alors que tout le monde était casé et avait des enfants, ils voulaient me voir comme eux. A un moment je commençais à être asphyxié par les questions et les histoires de mariage, j’ai donc décidé de faire mon coming out. Je l’ai d’abord annoncé à un de mes frères. A l’époque j’étais très amaigri, j’avais l’air malade, c’est pour ça que mon frère a eu peur quand je lui ai dit que j’avais quelque chose à lui dire, il a pensé que j’allais lui annoncer une maladie. Mon autre frère qui travaille à la SNCF, qui est quelqu’un de très sensible, s’est mis à pleurer en disant que je serai toujours son petit frère, mais qu’il avait peur des agressions possibles (qui à l’époque étaient monnaie courante) et des conséquences auprès de la famille ou dans le quartier. Quant à mon père, il est décédé avant mon coming out. C’était bien sûr une grande douleur, mais je suis content de ne pas lui en avoir parlé, je ne voulais pas le blesser. Mes frères étaient d’accord, je ne sais pas comment il aurait réagi.

En 2005 je suis arrivé dans les cuisines d’un établissement de l’enseignement supérieur. Le chef avait l’air sympa au début et les collègues aussi. En 2007 ils savaient tous que j’étais homo, et le chef disait que ça ne lui posait pas de problème, mais ce n’était pas vrai dans le fond, la suite l’a montré. Il m’invitait dans son bureau, où il me montrait des images porno sur son ordi pour voir ma réaction, ou parfois il me poussait sur une collègue en disant « vas-y ! ». Mais je fermais ma gueule parce que j’étais en CDD ! J’étais le pédé de service et ils me le faisaient tous savoir. Tout ça parce que j’étais précaire. Si je n’avais pas été précaire, je ne me serais pas laissé faire ! Et la direction de l’établissement n’a rien fait pendant des années. C’était vraiment pire qu’à l’usine.

Un jour, après une première assemblée générale, une grève éclate. Je croise le chef et je dis « bonjour chef, vous allez bien ? » et il me répond « ça va petit pédé ? ». Le masque était tombé… Il se servait de ma précarité et de ma sexualité pour m’écraser. Il s’en prenait à moi parce que j’avais décidé de faire grève. Cette grève contre la précarité a aussi servi à dénoncer cette hiérarchie. Des gens étaient en souffrance dans le service parce que le chef était aussi sexiste et raciste, il fallait qu’il parte. A la fin, on a gagné la grève, on a obtenu des CDI et le chef est parti. Malheureusement il a seulement été muté de service, il est toujours là quelque part.

La classe ouvrière a droit au bonheur. On doit défendre la diversité entre les travailleurs et être heureux c’est important. Il y a beaucoup de boulot à faire là-dessus.

Rachid Stali

Publié en juin 2015 par le site Révolution permanente.

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Témoignage d’un migrant, Paris, juillet 2015 https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/10/temoignage-dun-migrant/ Thu, 09 Jul 2015 23:40:08 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1644 Continuer la lecture →]]> noborders_wired_birdJe m’appelle Maurice*, j’ai 20 ans, je viens d’un pays d’Afrique subsaharienne et je suis homosexuel. Je voudrais vous raconter mon histoire. (publié le 5 juillet sur la page Facebook du Comité de soutien des Migrants de la Chapelle)

Alors, je ne sais pas par où commencer. En 2013, je vivais avec mes parents et mes frères et sœurs, j’allais à l’école, et j’avais des amis. Quand je me suis aperçu de mon homosexualité, j’ai fréquenté un homme, et comme c’est mal vu dans mon pays, un ami à moi l’a raconté à mon père. Quand celui-ci a découvert que suis gay, il m’a demandé si c’était vrai, et comme je ne peux pas lutter contre ce que je suis, je lui ai dit la vérité. Mon père ne l’a pas acceptée, il m’a enchaîné et maltraité, il a refusé de m’envoyer à l’école, et a même arrêté de la payer pour que je ne puisse plus assister aux cours. Il m’a dit que je n’étais plus son fils, et tout le monde m’ignorait à la maison. Ils ne me comptaient plus pour les repas, refusaient de me nourrir ou de m’adresser la parole, et m’empêchaient même de sortir. Des fois je m’échappais et ils ne m’ouvraient plus la porte, et je restais des jours et des nuits entières à errer dans les rues. Personne ne voulait m’aider, c’est contre les traditions, contre la culture. À leurs yeux, je suis un criminel, je ne suis plus un homme, je suis condamné. Après un mois à vivre cette situation, ils m’ont abandonné. Ils m’ont dit de quitter la maison. Ils ne voulaient même plus me voir. J’ai donc vécu dans la rue pendant sept mois. Je dormais dehors, et je travaillais au marché la journée pour un salaire ridicule. Les gens que je fréquentais alors n’étaient pas au courant de mon homosexualité, et ceux qui savaient parmi mes amis ou ma famille m’ignoraient ou m’insultaient lorsqu’ils me croisaient dans la rue. Dans mon pays il n’existe pas d’associations pour défendre ou aider les homosexuels. J’étais tout seul, livré à moi-même. J’ai beaucoup souffert, et je souffre encore aujourd’hui.

J’ai alors décidé de quitter mon pays. Le 31 mai 2014, je suis parti en camion pour la Libye, avec le projet de travailler pour ensuite aller en France, terre d’asile et pays des droits de l’Homme, où je pensais pouvoir trouver la liberté d’exister et d’être qui je suis. Ça ne servait à rien de rester dans mon pays, où j’avais tout perdu, et où je ne pouvais pas vivre librement. Je pensais que ça allait être mieux en Libye.

Après 15 jours de voyage en camion dans le désert, en ne mangeant qu’une fois par jour, et en ne buvant qu’un verre d’eau le matin, et un autre le soir, nous sommes arrivés, moi et les 24 autres clandestins, à la frontière libyenne. Là, les douaniers nous ont attrapé, et nous ont amenés à la prison de Ajdabiya. J’ai été emprisonné et torturé pendant huit jours. Ils me demandaient de l’argent pour ma libération. J’ai donc appelé mon père, mais quand il a décroché et que je lui ai raconté la situation, il a dit que ce n’était pas son problème et m’a demandé de ne plus l’appeler. Puis ils m’ont relâché, et je me suis retrouvé de nouveau à la rue, sans rien ni personne. Sans argent, ni travail, ni adresse. J’ai dormi quatre jours dans la rue, puis j’ai rencontré des migrants soudanais. Je leur ai raconté la situation, en taisant le fait que je suis homosexuel. En effet, chez eux aussi, c’est mal vu, et c’est contraire à leur culture. Je ne voulais plus être seul, ni rejeté. J’avais besoin d’amis, de compagnons, et de soutien. Ils m’ont donc accueilli pendant 4 jours, et ils m’ont aidé à trouver un travail dans un restaurant soudanais. J’y ai travaillé pendant un an. En Libye il y a la guerre, et la sécurité est quasi inexistante. J’ai plusieurs fois été menacé, et volé dans la rue, ou dans le restaurant. Des civils entraient parfois armés de kalashnikovs et nous volaient tout. J’avais très peur de mourir.

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Après un an, avec 8 amis soudanais, nous avons payé un passeur pour traverser la Méditerranée et rejoindre l’Italie. La traversée a duré près de deux jours. Nous étions 114 personnes sur un bateau ne pouvant en supporter que 80. Avant de toucher terre, le bateau a calé en pleine mer, juste après avoir franchi la frontière italienne. Nous avons été contraints d’appeler les garde-côtes italiens pour qu’ils viennent à notre secours. On pensait qu’on allait mourir là. La majorité d’entre nous ne savaient pas nager, moi y compris.

Une fois à terre, ils ont relevé nos identités, ont pris les empreintes digitales de la plupart d’entre nous, et j’ai passé quelques heures en rétention. Quand j’en suis sorti, je suis allé me reposer, me laver et manger dans un centre d’accueil, puis je suis parti en direction de Milan. J’ai alors pris un autre train pour me rendre à Paris.

Je suis arrivé à Paris le 6 juin 2015 à 23h15 avec trois de mes compagnons soudanais. Épuisés, sans argent, mais enfin arrivés! On était tellement heureux! Je croyais être arrivé au paradis. En tant que demandeurs d’asile, nous savions qu’en France nous avions droit à un logement. Nous pensions que tout allait être facile. Mais quelle déception… Le soir même, nous nous sommes rendus au commissariat pour leur expliquer notre situation et leur demander de nous guider vers une association ou vers un organisme qui pourrait nous aider, mais ils nous ont rétorqué que tout était fermé, et que nous devions repasser le lendemain vers 9h. Je leur ai demandé où nous pouvions dormir cette nuit et ils nous ont dit qu’ils ne savaient pas. Nous avons passé la première nuit dans une petite rue près de Gare du Nord. Le lendemain à 9h, ils nous ont indiqué l’adresse de France Terre d’Asile, où nous nous sommes rendus, et où ils nous ont donné un rendez-vous pour le 9 Juillet, c’est à dire un mois plus tard. J’ai à nouveau demandé où est-ce que nous étions supposés nous loger en attendant le rendez-vous, et ils m’ont dit qu’ils ne s’occupaient pas du logement, et que pour ça je devais m’adresser à la préfecture.

On était le 8 juin, et ça faisait 6 jours que le campement de migrants de La Chapelle (18ème) avait été violemment démantelé et évacué, et quelques jours que les migrants avaient trouvé refuge sur une esplanade de la Halle Pajol. C’est là que nous nous sommes rendus. Et le jour même, la police a procédé à l’évacuation brutale de ce nouveau campement de fortune. Les policiers entrainaient de force migrants et riverains vers les camions, n’hésitant pas à les brutaliser et à les frapper. Ils nous ont gazé alors que nous nous résistions à nous laisser emmener. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait, ni pourquoi la police était si violente avec nous ; nous n’avions rien fait!!! Nous nous sommes enfui, puis nous nous sommes à nouveau regroupés à Pajol.

Entre temps, l’association Bois Dormoy, qui possède un jardin participatif dans le quartier, avait accepté d’héberger les quelques 200 migrants qui avaient réussi à échapper à l’opération policière. Nous nous y sommes donc rendus, et là tout s’est très vite enchaîné. Nous avons prétendu être mineurs, nous avons rencontré une riveraine, qui nous a emmené chez une amie à elle qui a accepté de nous héberger le temps de trouver une solution. Ça fait maintenant un mois que je vis chez cette personne, qui maintenant sait que je suis majeur, qui est au courant de mon homosexualité, et qui est devenue mon amie. Aujourd’hui nous devons déménager, nous n’avons plus d’appartement, et nous ne trouvons plus de solutions.

Je n’ai avoué mon homosexualité qu’à peu de gens. Je sais que ça sera mal vu auprès des autres réfugiés, et même mes amis avec lesquels je voyage depuis la Libye ne sont pas au courant. Ici je commence peu à peu à m’assumer. J’ai rencontré des gens qui ne me jugent pas pour ma sexualité, et je souhaite continuer dans cette voie, pour enfin pouvoir m’installer quelque part, et enfin pouvoir commencer à être moi. Avoir des droits, être accepté, et être libre d’exister. Voilà mon histoire.

* pour des raisons d’anonymat le prénom a été changé.

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A Marseille, le difficile parcours des travestis algériens https://depavage.noblogs.org/post/2015/06/11/marseille-travestis-algeriens/ Thu, 11 Jun 2015 18:01:32 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1472 Continuer la lecture →]]>

travaljezair« Arrivés dans la cité phocéenne dans les années 1980, de nombreux travestis d’origine algérienne sont aujourd’hui victimes d’agressions physiques et verbales. Une association s’inquiète du rétablissement du délit de racolage passif, voté par le Sénat fin mars. » (Article de Stéphanie Plasse, ma$$média Le Monde Afrique du 29 mai 2015)

« Comme au bled, des personnes nous agressent parce que nous sommes homosexuels et différents, lance Rayane (*). On nous jette des cannettes, on nous insulte, on nous roue de coups. » Rayane a quitté Annaba, une ville de l’est de l’Algérie, pour rejoindre Marseille au milieu des années 1980. C’était à une époque où les Algériens pouvaient facilement obtenir un visa touristique d’une durée de trois mois pour la France. « C’est à cette période, comme l’observe le sociologue Laurent Gaissad, auteur d’une étude sur la prostitution algérienne à Marseille, que la plupart ont décidé de tenter leur chance en se prostituant de l’autre côté de la Méditerranée. »

Issus des milieux populaires, ils venaient de la métropole portuaire d’Annaba et de son arrière-pays, mais aussi d’autres grandes villes côtières comme Oran, Mostaganem ou Skida. Mais, à la différence de Rayane, les Algériens allaient à Marseille pour se constituer un pécule et repartaient ensuite au pays. « Pour beaucoup, la prostitution n’était qu’une étape pour un commerce en Algérie, acheter une voiture ou un appartement », explique Laurent Gaissad.

« L’étape du mariage »

La situation est devenue plus difficile avec le début de la guerre civile en Algérie en 1991, et l’instauration de la loi Pasqua en 1993 pour renforcer les mesures contre l’immigration clandestine. Les déplacements sont rendus compliqués, voire quasi impossibles pour les Algériens ayant fait l’objet d’une mesure d’expulsion en France. « L’étape du mariage est soudain devenue un enjeu collectif pour ces personnes qui souhaitaient rester et qui craignaient de retourner dans leur pays où les homosexuels étaient menacés », souligne Laurent Gaissad.

Depuis 1995, l’association Autres Regards organise des tournées dans les quartiers de la cité phocéenne dans un objectif de prévention, de réduction des risques sexuels et de lutte contre toutes les formes de violences à l’égard des prostitués. Parmi eux, les travestis, qui sont victimes au quotidien d’agressions physiques et verbales. Dans les locaux de l’association, on s’inquiète du rétablissement du délit de racolage passif, voté par le Sénat fin mars, et de la suppression de la pénalisation des clients. « Avec le rétablissement de ce délit, on fragilise et on vulnérabilise ces personnes au lieu de les protéger », s’insurge Jean-Régis Ploton, directeur d’Autres Regards.

Djamel (*) fait partie de ces prostitués algériens qui ont choisi de se marier pour assurer leur sécurité. Dans les années 1990, il a épousé une Française d’origine algérienne pour avoir la nationalité. « Elle était lesbienne et j’étais homosexuel. Ce mariage m’a permis d’avoir des papiers et de préserver l’honneur de nos deux familles. »

A 49 ans, Djamel continue de se prostituer aux abords de l’avenue du Prado à Marseille. « Quand je suis arrivé en 1985 à Paris, j’ai fait la connaissance de prostitués algérois qui s’habillaient en femme. Comme j’avais besoin d’argent, j’ai commencé cette activité. Au bout d’une semaine, je suis redescendue à Marseille et j’ai continué à vendre mes charmes du côté de la gare Saint-Charles », se souvient-il.

« Les clients nous préfèrent en femme »

A cette époque, les prostitués algériens arpentaient les rues de ce quartier de drague masculine, dont la proximité avec la gare et l’autoroute A7 en direction d’Aix-en-Provence et d’Avignon en faisait un lieu très fréquenté.

Aujourd’hui, les prostitués maghrébins ont pris possession d’autres quartiers : rue de la Bibliothèque, rue Adolphe-Thiers, rue de la Rotonde, avenue du Prado… Si ces hommes ont choisi de s’habiller en femme, c’est avant tout par nécessité économique et pour conserver un certain anonymat. « La prostitution en “homme” ne marche pas. Les clients nous préfèrent en “femme”. C’est également mieux pour moi. Dans la journée, je suis en garçon, je passe inaperçu et je peux mener ma vie librement », raconte Djamel. Aujourd’hui, les nouveaux arrivants se font rares. Seuls restent à Marseille les prostitués algériens venus dans les années 1980 qui, malgré les années, et les distances parcourues, vivent encore avec le poids du secret.

(*) Les prénoms ont été modifiés

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Chloé au micro de l’Envolée, 2014 https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/chloe-au-micro-de-lenvolee-2014/ Sun, 15 Feb 2015 17:32:36 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1308 Continuer la lecture →]]> lucie_dejardin0017Incarcérée dans une prison pour hommes, Chloé a mené un combat acharné contre l’administration pénitentiaire et les médecins pour changer de sexe. Sortie de taule après 16 années d’enfermement, elle témoigne au micro de l’émission l’Envolée, sur FPP, en avril 2014.

 

Interview de Chloé qui, à la sortie de 16 années de prison, raconte son parcours de combattante, ses souffrances et ses luttes pour que sa transexualité soit reconnue et respectée, le mépris de l’administration et des services médicaux… et le fait qu’elle n’a rien lâché. Au travers de ce récit, on voit comment la médecine maltraite très souvent les prisonnier-e-s. Et les conséquences désastreuses du fait que la bureaucratie pénitentiaire ne connaît que les cases hommes/femmes traditionnelles.

Cette interview a été diffusée à l’origine dans l’émission L’envolée sur radio FPP à Paris, en avril 2014.

L’Envolée radio, c’est tous les vendredis à 19h sur Fréquence Paris Plurielles. Merci à l’émission Papillon pour avoir récupéré et rediffusé le son ! Et force, courage et détermination à toi Chloé pour tes combats à mener dehors !

 

CHLOE

Lire et écouter le témoignage de Chloé en 2012-2013.

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C’est quoi, la transphobie ?, par Selene https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/03/cest-quoi-la-transphobie-par-selene/ Tue, 03 Feb 2015 15:17:26 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1218 Continuer la lecture →]]> tumblr_lit9wpEfaX1qdkhdgo1_500« S’il existe de tels propos, clairement haineux et méprisants, c’est que notre société toute entière est basée, dans ses valeurs, sur notre mise à l’écart, sur le fait que nous serions une anomalie, une exception monstrueuse. »

Repris du blog Wakening princess, publié le 15 janvier 2015.

C’est le rejet des personnes trans pour ce qu’elles sont.

La partie la plus visible, c’est la partie haineuse ou méprisante. Le sommet de l’iceberg, c’est évidemment les agressions que l’on peut subir au quotidien. Et quand je parle de quotidien, c’est bien que si je sors tous les jours, je vais avoir tendance à être agressée (au moins verbalement) tous les jours, tant que je me situe encore dans une zone d’entre-deux, tant que l’on peut lire sur ma personne des signes visibles appartenant aux deux genres (par exemple, pour mon cas, un habillement clairement féminin avec des traits de visage qui peuvent pour certains être identifiés comme vaguement masculins).

Parlons de faits. Je suis souvent traitée de travelo, que ce soit directement (« hé, sale travelo ! ») ou indirectement (« hé regardez c’est un travelo ! »). Les autres insultes que je peux recevoir sont systématiquement au masculin, négation supplémentaire de ce que je suis. J’arrive assez bien à voir si l’on m’a identifiée comme trans : il me suffit de suivre les regards en coin et plissés, les rires, les murmures entendus de personnes qui sont en train de me regarder ou de me pointer du doigt sans aucune discrétion. Ils sont de plus en plus rares, mais tout récemment, même après deux mois d’hormones (et une apparence qui me permet d’être désignée comme « madame » dans la majorité des magasins), j’ai encore été confrontée à ce genre de propos, et à des débats publics quant à mon genre ; « la vie d’ma mère, j’vous jure c’est un garçon ! ».

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Plus grave… Alors que je n’avais pas encore commencé le traitement hormonal, je ressentais parfois le besoin de faire un tour dans la rue avec une tenue féminine, expérimentant mon genre avec la très mauvaise idée d’attendre pour cela la nuit (cela possède toutefois une raison compréhensible, la nuit il y a moins de monde et donc j’avais moins de risques d’être reconnue par quelqu’un que je connaissais ; et je n’avais pas encore fait mon coming-out public). Cheminant sereinement, je traverse la rue à un passage piéton ; une voiture s’arrête alors. Les fenêtres s’ouvrent, j’entends qu’on m’insulte. « Fils de pute ! », « Sale pédé ! » sont criés. Je feins de ne pas entendre, je continue mon chemin. Le feu passe au vert, la voiture tourne et passe devant moi. Les mêmes insultes fusent de nouveau. J’ignore de nouveau. Je constate finalement qu’au bout de l’avenue… la voiture fait demi-tour. Panique, peur, je me mets à courir, je change de rue le plus vite possible, je me cache derrière une haie. Ce jour-là, j’aurais pu être agressée, j’aurais pu être retrouvée le lendemain matin la gueule en sang ou morte. Les journaux m’auraient alors présentée comme un travesti, ou n’auraient simplement pas parlé de moi (les personnes trans valent moins que les personnes cisgenre aux yeux des médias, même devant la mort).

On en parle peu, mais il existe aussi un important harcèlement transphobe sur Internet. Toute personne s’affichant publiquement comme étant trans, sur les réseaux sociaux, s’expose à une vindicte populaire permanente. Je ne connais pas de personne trans qui n’ait pas été touchée, qui n’ait pas reçu de messages haineux ; et j’en connais qui en reçoivent tous les jours, toutes les heures qui passent. Des messages méprisants, haineux, qui rient de ce qu’on est, de notre apparence, de nos choix. Des propos atroces. J’ai déjà lu que nous étions « Des erreurs de la nature, 100x pire que les pédés »… J’ai déjà lu qu’il fallait nous pousser au suicide. On nous qualifie de monstres, on nie notre genre d’élection, on nous considère ouvertement comme des anomalies à éliminer.

Dans l’échelle des valeurs et des genres, nous valons d’ailleurs encore moins que des femmes cisgenre. Depuis que j’ai commencé mon traitement hormonal, que mon apparence est moins ambiguë, j’ai moins de propositions indécentes. Clairement : on me propose moins souvent de l’argent pour que je me mette à genoux et que je fournisse une fellation. Moins de voitures s’arrêtent à côté de moi pour me proposer de faire un tour. Cela arrive toujours, je me fais toujours siffler et aborder, je subis le sexisme ordinaire, mais l’on me prend moins pour un objet sexuel (oui, j’en suis rendue là).

Comme je le disais, il ne s’agit toutefois que la partie visible de l’iceberg. S’il existe de tels propos, clairement haineux et méprisants, c’est que notre société toute entière est basée, dans ses valeurs, sur notre mise à l’écart, sur le fait que nous serions une anomalie, une exception monstrueuse.

Déjà, parce que de (trop) nombreux psychiatres nous considèrent comme ayant une maladie mentale. J’ai moi-même été confrontée, lors de ma phase d’acceptation et avant mon affirmation publique, à des amis m’assénant que la transidentité (pardon, le « transsexualisme ») était une maladie mentale grave. Qu’il s’agissait d’individus souhaitant arracher leur pénis (étrangement, on en parle d’ailleurs que de ce « sens » là ?) et ne respectant pas leur propre corps. En résumé, une méconnaissance sévère de ce qui constitue notre état, nos besoins. En France, encore, il existe un parcours psychiatrisant et pathologisant, s’auto-proclamant « officiel », la SOFECT. Il s’agit d’une association de praticiens (endocrinologues, psychiatres, chirurgiens…) se faisant fort de prendre en charge le « transsexualisme » (j’emploie les guillemets car il est bien clair que cette prétendue maladie mentale n’existe pas). Bien entendu, aucune personne trans ne fait partie de cette association irrespectueuse de nos parcours de vie. Les personnes concernées sont soumises à des batteries de test, majoritairement psychiatriques, et considérées comme malades. Elles sont souvent désignées avec leur genre de naissance par les soignants, même après une éventuelle réassignation génitale. Elles sont poussées à la chirurgie comme étant un but ultime, alors qu’il ne s’agit pas forcément même d’une étape (personnellement, je n’ai même pas encore envisagée la chose, cela viendra peut-être mais comme je l’ai dit plus tôt, je suis à l’aise avec mon anatomie à ce sujet). Elles sont considérées comme devant absolument être hétérosexuelles dans le genre d’élection (pour le coup, ça me disqualifierait d’office). Elles sont infantilisées, leurs rendez-vous sont pris sans que leur accord ne soit demandé, et leur apparence étant jugée à chaque rendez-vous (mais,  vous prétendez être une femme, pourquoi ne portez-vous pas de jupe ?). On leur prescrit des inhibiteurs de testostérone sans pour autant compléter avec la contrepartie en œstrogènes, pendant plusieurs mois, ce qui provoque de l’ostéoporose et un état de sévère dépression (le corps humain n’est simplement pas fait pour fonctionner sans hormones, cela pose des problèmes graves), ce qui est une usine à suicides et à exclusion sociale. En outre, les chirurgiens sont en France limités en nombre d’interventions génitales par an, ce qui empêche leur spécialisation. Nombre d’entre-nous partent en Thaïlande car les professionnels y possèdent un niveau bien supérieur, de manière incomparable. L’inconvénient majeur, c’est le prix : sans compter le voyage, il faut souvent compter aux alentours de dix-mille euros afin de s’assurer d’une reconstruction parfaite, et rien n’est remboursé par la sécurité sociale dans ce cas.

Trans as in fuck you

La transphobie naît aussi de ce que l’on appelle le cissexisme : le fait de réduire le genre à l’apparence physique, y compris intime ; parce que la société considère les femmes comme des incubateurs sur deux jambes, et surtout les hommes comme des pénis ambulants. Dans ce contexte, le statut des personnes trans est très lié à leur anatomie génitale, ce qui est pourtant très intrusif. De façon saugrenue, une partie du féminisme cisgenre est encore coincé dans ces conceptions, excluant les femmes trans en les voyant comme des prédateurs qui souhaiteraient infiltrer les milieux féminins afin de mieux commettre viols et agressions, et les hommes trans comme étant des victimes du patriarcat étant passées à l’Ennemi (et ignorant totalement l’existence des personnes non-binaires). Heureusement, nous assistons à une vague militante prenant en compte nos vécus et notre véritable nature, et sur laquelle nous pouvons, je le pense, fonder nos espoirs : celui de voir nos identités enfin reconnues et nos êtres enfin libérés de la simple classification biologique. Nous ne sommes aucunement à réduire à nos parties génitales et deux personnes possédant un utérus ne sont pas forcément plus semblables entre elles qu’à une personne en étant dénué. C’est avant tout de cela qu’il s’agit. On considère les hommes et les femmes comme étant des catégories biologiques, scientifiques, et impossibles à transcender, alors qu’il n’y a rien de plus faux. Il s’agit d’un état social et d’une identité, et l’apparence des organes génitaux visibles à la naissance n’est qu’un critère parmi tant d’autres pour que la personne s’affirme un jour être un homme, une femme, un peu des deux ou rien de tout cela ; d’après son ressenti, son vécu, sa manière de se percevoir. C’est une des sources de la transphobie. L’autre jour, je vais à un guichet SNCF pour prendre un billet de train, je présente ma carte jeune, la guichetière hallucine, et en moins d’une minute de conversation, elle me demande si j’ai « fait l’intervention ». Je vous laisse juger de la pertinence de la question en un tel contexte, de la part d’une personne que je ne connais pas… et de l’effet sur ma personne. J’ai été vraiment très choquée.

Selene

Le cissexisme, c’est aussi considérer que l’IVG fait partie du droit des femmes (il y a des hommes qui sont concernés ; cherchez Thomas Beatie sur google si vous avez la curiosité de voir un homme enceint, il a accouché de trois enfants) ; alors que l’on peut simplement parler de personnes possédant un utérus fonctionnel. C’est de dire que quand on a du courage, on a des couilles (enfin, pour le coup, c’est aussi sexiste, tout court).  J’arrête la liste là et je laisse votre imagination travailler sur l’ensemble des propos cissexistes que l’on peut tenir au quotidien. Ces propos n’ont certes rien de dramatiques lorsqu’ils sont pris individuellement ; mais mis bout-à-bout, dans leur ensemble, ils contribuent à signifier que les personnes trans sont anormales, au mieux des exceptions dont il n’est pas forcément pertinent de tenir compte lorsque l’on parle de la généralité.

Pourtant, dans ce contexte, on vit un véritable massacre à notre échelle.

En ayant été éduquée dans une famille particulièrement ouvert d’esprit et aimante, respectueuse et désormais très soutenante, j’ai pourtant attendu l’age de 27 ans pour m’accepter, pour admettre ce que je suis. La transphobie, je l’ai intériorisée, elle m’a poussée à combattre ma véritable nature, à me cacher, à me faire passer mollement pour ce que je n’étais pas. Elle m’a faite souffrir, me faisant concéder à tort que j’étais réduite à une condition d’homme n’acceptant pas sa propre virilité, là où j’étais en fait une femme ayant été assignée mâle à la naissance, conduite à une socialisation d’homme qu’elle n’avait jamais désirée, par défaut et parce qu’on ne lui avait jamais présentée l’alternative comme étant simplement possible. Dans les médias, l’on présente les personnes trans comme étant des hommes ayant voulu devenir des femmes, ce qui est absolument faux, ce qui est un modèle dans lequel il est très difficile de se reconnaître. Bêtement, parce que je n’ai jamais été un homme, et parce que je n’ai jamais voulu devenir une femme : j’ai toujours été une femme, je me suis toujours vue comme telle, je rêvais d’enfin pouvoir être considérée comme telle.

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On nous présente comme des bêtes de foire, on nous pointe du doigt comme étant des curiosités au mieux, des monstres bien plus souvent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les femmes trans sont bien plus visibles que les hommes trans ou les personnes non-binaires : nous sommes bien plus spectaculaires, et avec la grille de lecture sexiste de la société les hommes trans seraient des femmes qui veulent améliorer leur statut, là où les femmes trans subissent de leur plein gré l’humiliation de la féminité, ce qui fait de nous des monstres à exhiber. Dans les œuvres culturelles, il est courant d’humilier les personnages masculins en leur faisant revêtir des atours féminins… et la surprise d’une femme qui est en réalité trans est un ressort comique archi-classique (et insultant)… Quand on pense au nombre de femmes qui sont violées, tuées ou tabassées parce qu’elles se révèlent avoir un pénis (ou en avoir eu un…), non, la blague n’est pas drôle, pas drôle du tout. Pensez-y : je serai peut-être un jour au nombre des victimes.

On considère même que nous ne devons pas nous reproduire. Dans les textes, la République Française exige encore notre stérilité afin de permettre notre changement d’état civil. Dans la théorie, pour avoir enfin un F sur ma carte d’identité, pour que les administrations ne me considèrent plus comme un homme, pour que les guichetiers et guichetières de la SNCF ne me demandent plus ce que j’ai entre les jambes, pour que les recruteurs ne partent plus du principe que je suis un travesti, il me faudra passer devant des experts pouvant affirmer que je ne suis plus capable de procréer. C’est, en soi, une forme d’eugénisme, que l’institution Européenne elle-même dénonce déjà… Sans compter le fait que la procédure de changement d’état civil est longue, coûteuse, humiliante. Ce sont des personnes tierces qui pourront décider de la légitimité de mon genre devant la République, qui auront même le droit de me la refuser, et à qui je devrai dévoiler mon vécu et mon intimité afin d’être reconnue à juste titre.

C’est dans ce contexte que nous vivons. C’est dans ce contexte que chaque jour, des personnes trans, pour la plupart en outre victimes de racisme, sont tuées chaque jour. C’est dans ce contexte que l’écrasante majorité d’entre nous meurent de leur suicide, souvent sans jamais avouer la réalité de la portée de leur geste, dans la honte ; l’autre alternative étant souvent la vie malheureuse passée à se cacher, à ne pas assumer, à pleurer dans son lit en rêvant à une vie que la société ne nous laisse pas espérer. On estime couramment une prévalence de la transidentité de l’ordre du pourcentage, mais c’est sans compter le nombre de personnes qui passent leur vie à se cacher, et celles qui ne dépassent pas l’adolescence, se suicidant en réalisant qu’elles ne pourront, de toutes façons, jamais vivre leur vie. Leelah Alcorn (pareil, vous devez faire fonctionner google si ce nom vous est étranger) en est un exemple très récent, mais qui n’a rien d’une exception. C’est parce qu’elle était blanche, de bonne famille, et qu’elle avait laissé une note de suicide sur Internet, que nous avons pu médiatiser et diffuser l’événement. Mais chaque jour, il y a d’autres Leelah Alcorn, souvent de couleur, souvent pauvres, souvent ignorées et méprisées, et dont on ne connaîtra jamais la véritable raison du suicide, étouffée par la famille proche ou parfois même jamais assumée.

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Moi-même encore, en me regardant nue dans le miroir, j’ai du mal avec l’apparence de mon corps au bout de deux mois d’hormones. Je suis entre-deux, j’ai l’impression, le sentiment d’être un monstre. Pourtant, je sais pertinemment qu’il ne s’agit que d’une injonction sociale. Les canons de beauté sont très binaires, ne tiennent pas en compte de la réalité des personnes, même cisgenre. C’est une machine qui broie les individualités. Je dois m’en extraire. En fait… nous devons toutes et tous nous en extraire.

Il faut absolument que nous cessions de théoriser le vivant en oubliant la réalité de nos vécus, de nos identités, de ce que nous sommes. Nous ne faisons qu’entretenir une usine à dépréciations, à humiliations, à dépressions. Pourtant, ce que nous demandons, c’est simplement que nous acceptions enfin d’aimer l’Humain tel qu’il est, c’est à dire dans sa diversité. Prétendre qu’il existe des personnes normales et d’autres anormales, prétendre qu’il existe un standard, ce n’est ni plus ni moins qu’écraser tout le reste de l’humanité. Nous sommes une espèce particulièrement diverse, il n’existe pas deux individus qui soient identiques, même en prenant en compte le fait qu’il en existe des jumeaux. Aimer l’humanité, être humaniste, c’est aussi non pas tolérer (ce qui induirait une hiérarchie, une gradation, une normalité ne faisant qu’admettre une anomalie) mais bien accepter que les autres puissent ne pas être exactement pareils que nous. C’est respecter les vécus différents, les choix, les identités.

Nous y arriverons, j’y crois fermement, et cette certitude me permet de vivre.
Y’a du boulot. Il faudra de la visibilité, de l’éducation, de la sueur, des larmes.

Mais on y arrivera.

On n’a pas le choix.

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« 5 choses que j’aimerais bien que les mecs gays sachent à mon sujet », Matt Kailey, 2010 https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/03/5-choses-que-jaimerais-bien-que-les-mecs-gays-sachent-a-mon-sujet-matt-kailey-2010/ Tue, 03 Feb 2015 14:27:10 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1233 Continuer la lecture →]]>

6503_NpAdvHover« Beaucoup des hommes gay que je rencontre ne sont même pas au courant que des hommes trans existent au beau milieu d’eux. »

Traduction publiée sur Transmecs & mecs le 30 novembre 2014

 

5 choses que j’aimerais bien que les mecs gays sachent à mon sujet

par Matt Kailey, 2010

En tant que rédacteur en chef pour l’une des plus vieilles publications LGBT du pays – et en tant qu’homme trans s’identifiant comme gay — je passe beaucoup de temps au milieu d’hommes gay non-trans.

Je travaille avec eux, je travaille pour eux, je les interviewe, je passe du temps avec eux, je vais à leurs soirées, je vais aux événements qu’ils organisent, je leur parle, j’écris pour eux, et j’écris sur eux. Et quelquefois je leur fait peur — pas de manière délibérée, mais parce que, en dehors de la communauté militante, beaucoup des hommes gay que je rencontre ne sont même pas au courant que des hommes trans existent au beau milieu d’eux.

Ils s’attendent à ce qu’on puisse nous remarquer d’une manière ou d’une autre, ou encore leur définition de trans regroupe les femmes trans et Chaz Bono — ils ne sont pas du tout familiers de la population plus large des hommes trans.

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Si je vous ai fait peur récemment (ou un jour), voilà ce que j’aimerais que vous sachiez :

  1. Vous n’êtes pas obligés de sortir avec moi ou de coucher avec moi, et vous n’êtes pas transphobes, superficiels, ou des cons, si vous n’en avez pas envie (vous êtes peut-être tout ça, mais votre désintérêt ne signale pas ça automatiquement). Il est fort possible que je n’ai pas envie de sortir ou de coucher avec vous moi non plus. Bavarder de manière amicale peut être une manière pour vous et moi de prendre une décision à ce sujet. Et, des fois, une discussion amicale est juste ça — une discussion amicale, rien de plus. Parfois un cigare est juste un cigare.
  2. Juste parce que j’ai été un peu socialisé de manière féminine, ça ne veut pas dire que j’ai envie de me marier ou même d’être monogame. Vous avez regardé trop de films hétéros sur la chaîne Lifetime.
  3. Vous n’avez pas besoin de faire attention à ce que vous dites en ma présence. C’est ok d’aimer les verges et même de le dire à voix haute. Vous ne me faites pas de peine. Je les aime aussi. Et c’est ok de me dire « ma chérie » et « elle » si vous appelez les autres mecs gays comme ça. Vous n’avez pas à vous excuser et à expliquer que ce n’était pas une erreur et que vous n’êtes pas en train de me manquer de respect et que, vraiment, vous dites ça aux autres mecs gays. Je sais faire la différence.
  4. Si je ne me présente pas à vous comme “Matt Kailey, homme trans”, ce n’est pas parce que j’essaie de vous « tromper ». C’est juste pas nécessaire par moment. Si nous en arrivons au stade de la « conversation amicale », vous serez au courant. Et j’apprendrai probablement des choses à votre sujet que, vous aussi, vous ne m’avez pas dit quand vous m’avez dit votre nom.
  5. Si vous voulez savoir ce que ça fait de coucher « avec une femme », je peux vous présenter à quelques-unes qui pourraient être intéressées. Si vous voulez savoir ce que ça fait de coucher « avec un homme trans », je ne peux probablement pas vous aider, parce que « un » n’est pas un échantillon représentatif. Si vous voulez savoir ce que ça fait de coucher avec moi, ça peut éventuellement s’arranger. (Attention je vous raconte la fin : ce n’est pas trop mal, à ce qu’on m’a dit.)

Mais le thème traversant tout ceci est : relax. Je suis peut-être le premier homme trans que vous ayez jamais rencontré de votre vie. C’est plus probable que non. Je suis juste le premier qui vous en ait parlé ou au sujet de qui vous étiez au courant. Mais, peu importe, vous n’avez pas à faire ou dire quoi que ce soit de différent. Vous n’avez pas à vous comporter différemment.

Je vis comme je suis. Vous avez juste à être qui vous êtes. Quoi qu’il se passe après ça ne pose pas de problème.

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Paragraphe 175 et Triangles roses https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/paragraphe-175-et-triangles-roses/ Wed, 28 Jan 2015 16:27:50 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1174 Continuer la lecture →]]> heinrich-himmlers-secret-shame-1« L’attrait sexuel de l’homme pour l’homme nuit à la bonne marche des affaires. » (Heinrich Himmler)

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand, l’article 334 – alinéa 1 du Code pénal français, les camps. Témoignages de Rudolf Brazda et Pierre Seel.

Paragraph 175

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand en 1871 (reprenant une loi prussienne de 1794)

« § 175 Les actes sexuels contre nature qui sont perpétrés, que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux, sont passibles de prison ; il peut aussi être prononcé la perte des droits civiques. »

En octobre 1934, s’installe au sein de la Gestapo d’un bureau spécial chargé de traiter les affaires homosexuelles (Sonderdezernat Homosexualität), qui se consacre notamment au fichage, et d’une nouvelle intensification de la persécution. Les inculpations au titre du paragraphe 175 sont alors multipliées par 5 entre 1934 et 1935.

Le paragraphe 175 amendé le 28 juin 1935 :

« § 175 Un homme qui commet un acte sexuel avec un autre homme ou qui se laisse utiliser par lui dans ce but est puni de prison. Dans le cas d’un participant qui, au moment des faits, n’avait pas encore 21 ans, le tribunal peut renoncer, dans les cas les plus légers, à punir.

§ 175a Est puni d’une peine de travaux forcés pouvant s’élever jusqu’à dix ans, en cas de circonstances atténuantes d’une peine de prison ne pouvant être inférieure à trois mois :

  1. un homme qui oblige un autre homme, par la force ou par une menace mettant présentement en danger son corps ou sa vie, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  2. un homme qui décide un autre homme, en usant d’une dépendance fondée sur une relation d’autorité, de travail ou de subordination, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  3. un homme de plus de 21 ans qui séduit un mineur masculin de moins de 21 ans , afin qu’il commette avec lui un acte sexuel ou qu’il se laisse utiliser par des hommes en vue d’un tel acte ou qui s’offre dans ce but ;

§ 175b Un acte sexuel contre nature qui est commis par un homme avec un animal est puni de prison ; la perte des droits civiques peut être également prononcée1. »

Entre 1933 et 1945, rien qu’en Allemagne, près de 100.000 hommes (dont la moitié a été condamnée) ont été arrêtés en vertu de la loi qui criminalisait l’homosexualité.

On estime qu’entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été détenus dans des camps de concentration sous le régime nazi.

Ces statistiques ne couvrent cependant pas l’ensemble des cas, les « corrupteurs de la jeunesse », les prostitués et les récidivistes pouvant être directement internés en camp de travail sans jugement. L’« émasculation volontaire » est également « proposée » par la police aux homosexuels poursuivis au titre du paragraphe 175. Quant à la castration forcée, elle n’est imposée que dans certains cas, cette fois au titre de la loi de prévention des maladies héréditaires modifiée en juin 1935, ou de celle sur les crimes sexuels de novembre 1934, sans qu’il soit possible de différencier les homosexuels parmi ceux qui en ont été victimes ; le recours à la castration systématique a été proposé à plusieurs reprises par Himmler, notamment en 1939 puis en 1942, mais n’a pas été retenu.

L’historienne Dagmar Herzog affirme quant à elle qu’entre 46 000 et 50 000 homosexuels auraient été indistinctement emprisonnés ou internés, et qu’entre 5 000 et 10 000 y seraient morts.

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La mort de Gad Beck le 24 juin 2012, considéré comme le dernier survivant gay de l’holocauste, a laissé un vide. Il était le dernier témoin vivant et le représentant d’une période de persécution et de souffrance qui a coûté la vie à des milliers d’homosexuels.

Robert Biedron, un activiste polonais, décrit des scènes d’humiliations quotidiennes pour les homosexuels détenus dans des camps :

«Ils étaient forcés de dormir en chemise de nuit et de garder leurs mains en dehors du lit. A Flossebürg, les homosexuels étaient forcés de fréquenter des prostituées. Les Nazis faisaient même des trous dans les murs pour observer le comportement de leurs prisonniers homosexuels.»

Le témoignage de Rudolf Brazda, survivant, en 2010 :

http://youtu.be/9yPLoH3qyvQ

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« Des jours, des semaines, des mois passèrent. De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l’horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l’épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu’elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp. Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d’autres.

 

Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l’appel. Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l’appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major. J’imaginais qu’il allait encore nous assener sa foi aveugle dans le Reich assortie d’une liste de consignes, d’insultes et de menaces à l’instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s’agissait en fait d’une épreuve autrement plus pénible, d’une condamnation à mort.

  Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l’avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J’avais prié pour qu’il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s’embuèrent de larmes. Il n’avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s’était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j’ai totalement oublié le contenu de l’acte de mise à mort.

Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d’abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d’horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu’il perde très vite connaissance. Depuis, il m’arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n’oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd’hui ? Sont-ils donc tous morts ? Il est vrai que nous étions parmi les pus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d’atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d’autres.

Quant à moi, après des dizaines d’années de silence, j’ai décidé de parler, de témoigner, d’accuser.« 

Extrait de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

Le témoignage de Pierre Seel, en 1993 dans l’émission Là-bas si j’y suis :

 

Le documentaire Paragraph 175 en streaming en 4 parties : http://www.dailymotion.com/video/x3bsd8_paragraphe-175-1-4_news

 

Code pénal et homosexualité en France

Depuis la Révolution française (par la loi du 25 septembre – 6 octobre 1791, qui adopta le Code pénal, dont un fait remarquable est l’absence de mention de la sodomie, considérée jusque là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuels), les rapports homosexuels en privé entre adultes consentants n’étaient plus poursuivis par la loi en France.

Cependant, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s’intensifie sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire autour des groupes d’homosexuels, notamment parisiens. Elle se caractérise par un recensement écrit, sous forme de fiches, des homosexuels identifiés, des prostitués homosexuels et travestis, le tout compilé dans les « registres des pédérastes ». Le but de ce fichage systématique était essentiellement de prévenir les chantages et les scandales publics tout en contrôlant la prostitution. Le fichage des homosexuels par la police s’est poursuivi (officiellement) jusqu’en 1981.

Le régime de Vichy, par la loi du 6 août 1942 modifiant l’alinéa 1 de l’article 334 du Code pénal, établit une distinction discriminatoire dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels :

« Sera puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 2 000 francs à 6 000 francs quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. »

Cette loi crée une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s’agissant de l’âge à partir duquel un mineur civil peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte, sans que cet adulte commette une infraction pénalement réprimée (il faut attendre 21 ans pour les rapports homosexuels et 13 ans pour les rapports hétérosexuels puis 15 ans à partir de 1945). À la Libération, cet alinéa n’est pas abrogé. À peine modifié, ce paragraphe est seulement déplacé à l’alinéa 3 de l’article 331 du Code pénal. Cette nouvelle loi punit

« …d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 francs à 15 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans. »

En 1974, l’âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à 18 ans (la loi change l’âge de majorité de 21 ans à 18 ans dans tous les articles du Code civil et du Code pénal).

En plus de l’article 331 du Code pénal, une seconde loi faisait mention explicitement de l’homosexualité : l’ordonnance du 25 novembre 1960 (créant l’alinéa 2 de l’article 330 du Code pénal), qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels.

Il faudra des années de luttes pour qu’en 1982 le Code pénal ne rende plus répréhensible l’homosexualité en France.

 

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Une pensée pour toutes les autres victimes du nazisme et du régime de Vichy oubliées de la mémoire collective, et pour leurs « descendants » : Tziganes, Noirs, handicapés, asociaux, communistes, slaves, anarchistes, prostituées, Témoins de Jéhovah…

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Violences policières sur un militant du STRASS et violences faites aux travailleurEUSEs du sexe https://depavage.noblogs.org/post/2014/12/17/violences-policieres-sur-un-militant-du-strass-et-violences-faites-aux-travailleureuses-du-sexe/ Wed, 17 Dec 2014 01:47:41 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=778 Continuer la lecture →]]>

10438398_672479749466300_4556258117483162069_nCommuniqués du STRASS, suite à l’arrestation brutale d’un de ses militants qui distribuait capotes et tracts à des travailleuses du sexe, et à l’occasion du 17 décembre, journée contre les violences faites aux travailleuses et travailleurs du sexe.

 

Communiqué du STRASS-Syndicat du travail sexuel, Acceptess-T, Act up Paris, Aides, Cabiria, Collectif 8 Mars pour Toutes, Collectif des Femmes de Strasbourg-Saint Denis, Support Transgenre Strasbourg,

Cette nuit, vers minuit, Thierry Schaffauser, membre fondateur du STRASS distribuait des tracts et des préservatifs lorsqu’il a été interpellé sur le boulevard Barbès dans le 18ème arrondissement.

Il lui a été reproché d’avoir parlé à une travailleuse du sexe.

Deux policiers en civil ont alors commis des actes de violences à son encontre allant jusqu’à l’étrangler et l’étouffer. Il a été menotté les mains dans le dos et conduit au commissariat de la goutte d’or sans se voir notifier les motifs de son arrestation et sans avoir été en mesure de demander l’assistance d’un avocat. La travailleuse du sexe à qui il a parlé et remis des préservatifs a également été arrêtée et emmenée dans le même commissariat.

Des propos homophobes puis racistes ont été tenus lors de l’arrestation tels que « c’est à cause de gens comme vous que des mamas font venir des africaines pour se prostituer en France ».

Thierry Shaffauser à été examiné par un médecin des urgences médico-légales qui lui a délivré 4 jours d´ITT et a constaté de nombreuses lésions directement liées aux conditions disproportionnées et violentes de son interpellation.

Cette arrestation illégale et injustifiée n’est qu’un des nombreux exemples de ce que subissent les travailleurSEs du sexe partout en France, notamment en fin d’année lorsqu’il faut produire des chiffres. Elle confirme les pratiques policières visant à intimider les clients et à leur extorquer des témoignages contre les travailleuses du sexe afin de les arrêter pour racolage.

Elle est également une illustration criante de la pénalisation croissante de la solidarité à l’égard des prostituées. La loi sur le racolage et toute pénalisation du travail sexuel sont en effet une entrave à toute forme de solidarité envers les travailleuses du sexe et ne font que les pousser dans l’isolement complet puisque le simple fait de leur parler rend suspect aux yeux de la police. Si une pénalisation des clients devait être adoptée, cela accroitrait ce type d’incidents et confirmerait qu’il est interdit de leur parler.

Une plainte sera prochainement déposée entre les mains de l’inspection générale de la police nationale, avec constitution du STRASS en tant que partie civile.

Pour dire non à toutes les violences, y compris institutionnelles et policières, nous manifesterons demain le 17 décembre à Paris, Lyon et Toulouse.

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Violences faites aux travailleurSES du sexe : État complice!

Le 17 Décembre est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleurSEs du sexe. Répression, expulsions, viols, agressions, exploitation, injonctions au silence, stigmatisation : les violences auxquelles font face les prostituées et travailleurSEs du sexe sont nombreuses, trop nombreuses.

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Alors que le délit de racolage n’est toujours pas abrogé malgré ses conséquences catastrophiques, régulièrement dénoncées, sur nos conditions de travail et notre santé, les arrêtés municipaux interdisant la présence de travailleurSEs du sexe dans l’espace public se sont multipliés, de Lyon à Toulouse, en passant notamment par Lille et Bordeaux. Sous couvert de lutter contre l’exploitation des prostituées et travailleurSEs du sexe, c’est la répression de ces dernierEs qui s’organise, avec ses conséquences en termes de précarisation, d’augmentation des violences, et de dégradation de notre santé.

La dimension sexiste de politiques qui interdisent l’espace public à un grand nombre de femmes s’allie par ailleurs avec des intérêts racistes d’expulsions des travailleurSEs sans papiers, ailleurs présentées comme uniformément victimes de la traite, mais qu’il conviendrait alors, pour leur bien, de renvoyer dans leurs pays d’origine. Régulièrement, de véritables rafles sont menées, qui ne sont pas sans conséquences non seulement pour les prostituées et travailleurSEs du sexe expulsées, mais aussi pour celles qui restent et doivent vivre dans la peur quotidienne des forces de l’ordre.

Nombreuses sont celles qui savent que prendre la parole en tant que travailleurSE du sexe, c’est s’exposer à une stigmatisation pouvant entrainer ruptures familiales et sociales, Nombreuses sont celles qui n’oseront pas dénoncer les situations d’exploitation dont elles sont victimes par peur de l’expulsion. Cette situation de répression et de stigmatisation ne sert que les intérêts des auteurs de violences, de quelques riverains qui ne veulent pas de putes dans leur quartier, et de celles et ceux qui instrumentalisent ces violences au profit de leur carrière politique.

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Comme un chien, Ji Ro, 2012 https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/11/comme-un-chien-ji-ro-2012/ Sat, 11 Oct 2014 18:02:19 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=433 Continuer la lecture →]]>  

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Octobre 1997. Je grille le train. Je me fais jeter dans ce bled. Je croise trois gars balaises. C’est ma fête. Coups de poing. Coups de pied. Coups de bite. Et maintenant je fais quoi ?

Comme un chien est un livre de Ji Ro. Tiré à peu d’exemplaires, il est difficilement trouvable mais vous trouverez une liste de lieux où il est en dépôt en cliquant là !

Les premiers jours, j’ai l’impression qu’il y a écrit « violé » en gros et en néon sur ma tronche. J’ai l’impression que tout le monde sait. L’épicier, les passants, la boulangère, les gars du coin de la rue. Tout le monde. J’aimerai baisser les yeux pour ne pas voir, comme si mes paupières devaient s’incliner devant l’humiliation. Mais j’ai décidé de marcher, audacieusement, en regardant devant moi, en regardant les gens que je croise. Comme si de rien n’était.
C’est un exercice conscient et volontaire de résistance.
Les premiers jours, les premières semaines après le viol me sont assez pénibles. Mes pensées, mes discussions, sont obsessionnelles et je pense et je raconte et je rabâche cette histoire à longueur de journée. Au petit-déjeuner, à l’heure du thé, à l’apéro. Je me saoule moi-même avec ma salive. Il me faut disséquer ça. Déchiqueter. Détruire.
Heureusement, mes potes sont patientes. Certaines ont elles aussi été violées. J’ai besoin de les entendre.
J’en parle avec quelques copains hétéros. Les plus proches ne savent pas trop quoi dire. Je ne suis pas convaincu qu’un mec puisse avoir de l’empathie pour des drames de pédé. De la compassion peut-être. Ou de la compréhension. Ce n’est pas la même écoute. Pas les mêmes mots. Pas la même langue. Pas la même émotion. Pas la même histoire. C’est comme ça.
Extrait de Ji Ro, Comme un chien, 2012

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« Les queers sont les maoïstes du genre ! » (Hélène Hazéra, On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/les-queers-sont-les-maoistes-du-genre/ Sun, 05 Oct 2014 19:08:53 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=400 Continuer la lecture →]]> Emission On est pas des cadeaux!  de 2012.

Un nouveau volet de la série « En quête de notre histoire », l’histoire des luttes transpédégouines et la vie de personnes qui ont marqué ces luttes. Cette émission est consacrée à Hélène Hazera, à l’occasion d’un entretien réalisé pendant les UEEH en 2010. Dans ce portrait, elle nous raconte son histoire, son parcours de militante dans quelques groupes politiques depuis les années 1970, du FHAR  à Act Up-Paris.

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Au placard dans le placard. (Extrait de La Guillotine du sexe, 1978) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/03/le-placard-dans-le-placard-extrait-de-la-guillotine-du-sexe-1978/ Fri, 03 Oct 2014 15:11:37 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=384 Continuer la lecture →]]> « Le sexe est tabou. Le fait d’en parler, dans certains milieux, avec l’apparence de la liberté, ne change rien au problème. Le sexe n’existe pas en prison. Il ne doit surtout pas exister, sinon il se surajouterait aux autres problèmes et compliquerait encore la situation, qui est déjà assez inextricable comme cela. Et pourtant, il suffirait de regarder la réalité en face pour prendre conscience de la gravité du problème posé : avons-nous le droit de priver un être humain de toute vie sexuelle ? Se taire suffit-il à masquer la vérité ? (…)

Même si, à l’extérieur, des questions se posent et si le dialogue s’ouvre, l’homosexualité reste un ghetto pour beaucoup. En prison, c’est le ghetto dans le ghetto.

Elle reste assez mal portée. C’est le reflet de ce qui se passe ailleurs. Mais cela se manifeste plus brutalement. En taule, un pédé, c’est quelqu’un de faible. Donc on le méprise. Ce n’est pas un homme. Tout devient permis. On peut le racketter, le mettre en quarantaine, ne pas lui parler et lui tourner le dos. (…)

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Dan surprend par son apparence très dure. Il a la trentaine bien tassée, le visage sculpté dans le granit, tel un dieu grec.

    • J’en ai marre, annonce-t-il.

    • Qu’est-ce qui t’arrive ?

    • Je suis au bout du rouleau !

    • Pourtant, tu plaisantes tout le temps. Tu as l’air en pleine forme. Tu remontes le moral aux autres.

Il soupire :

    • Penses-tu ! C’est le masque.

    • Et qu’est-ce qu’il y a derrière ce masque ?

    • Si je te le disais, tu serais sur le cul.

    • Et après ?

    • Mais peut-être aussi ne voudrais-tu plus être mon ami.

    • Ça ne va pas !

    • Si, je sais de quoi je parle. J’ai l’habitude. Mais, après tout, Jacques, tu es mon ami. Je te dois la vérité. Tant pis pour les conséquences. Je suis homosexuel.

    • Ce n’est pas un drame.

    • Si tu le prends comme ça, je sens que je vais déjà aller un peu mieux.

    • Tu croyais vraiment que j’allais te tourner le dos.

    • Oh ! Je n’en sais plus rien. J’en ai tellement vu. J’ai eu tellement de déceptions…

    • Tu déconnes complètement. Après ce que tu as fait pour moi, tu voudrais que j’annule tout pour si peu ?

    • Pour si peu, tu en as de bonnes ! D’abord, c’est vachement important…

    • Oui, mais, enfin, tu me comprends…

    • D’accord. N’oublie pas, quand même, qu’un pédé est mal vu en prison.

    • Et après ?

    • Eh bien ! Il vaut mieux ne pas être ami avec lui.

    • Ah ! Ça, je m’en fous pas mal.

    • Je suis soulagé de t’endre parler comme ça. De toute façon, je ne suis pas repéré en tant qu’homosexuel. Alors, tu ne risques rien à me fréquenter.

    • Même si tu étais connu comme pédé, je resterais ton ami.

    • Mais cela te ferai du tort !

    • Et je continuerai à te parler au vu et au su de tout le monde !

    • Tu es jeune. Tu ne te rends pas compte. En taule, un homo, c’est assimilé à une balance. C’est un enculé. Bien sûr, il y en a qui sont respectés, parce qu’ils se conduisent comme des hommes. Ils n’ont pas donné leurs associés dans leur affaire. Et, quand il faut se bastonner, ils ne se dégonflent pas.

    • Justement, tu es comme ça. Tu ne mouchardes pas et tu sais te battre.

    • Je suis un solitaire et je prèfère casser tout seul. Si un mec me monte sur les pieds, je lui flanque une correction.

    • Alors ?

    • Oui, mais, quand même, il vaut mieux ne pas en être. Comme ça, il n’y a pas d’histoires. On n’a pas à se battre pour prouver qu’on est un homme.

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(…) En prison, comme ailleurs, les préjugés restent rois. Ce n’est pas parce que l’on est opprimé que l’on comprend d’emblée les autres opprimés. Au contraire, bien conditionné par le système, l’individu brimé rejette son semblable, afin de se ranger dans le camps des oppresseurs. Il en devient le complice, ce qui lui donne l’illusion d’être un chef, alors qu’il n’est rien d’autre qu’un chien au service de ses maîtres et un traître auprès de ses frères.

Le cas de Dan est particulier. Il était déjà attiré par les hommes avant son internement. (…)

    • Mais alors, comment fais-tu ici ?

    • Je crève à petit feu. (…) Je souffre comme un damné. Quand j’étais au Quartier A, il m’est arrivé de me taper la tête contre les murs. (…) Ce que j’ai enduré, ce que j’endure est atroce. J’ai besoin d’un homme. Il me faut le contact d’un amant tendre et vigoureux, souvent, tous les jours même. Si je ne l’ai pas, j’ai mal partout, dans tout le corps. Surtout, j’ai besoin de me sentir pénétré par un sexe dur et fort. Il m’est arrivé de passer des nuits blanches. Je me bouffe les poings pour ne pas crier. Je reste des heures le membre en érection. J’ai beau me branler, il reste pareil.

    • Mais le fait d’éjaculer ne te procure pas un soulagement ?

    • Eh non ! Parce que ce n’est pas de ça que j’ai vraiment besoin. Seule, une femme pourrait me comprendre. C’est inhumain de rester enfermer comme cela. J’en pleure de rage et d’impuissance.

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Cette vérité, étalée sur des années, c’est ce qu’il importe d’opposer à tous ceux qui pensent que la prison est un paradis pour les homosexuels.

Le problème est différent pour ceux qui deviennent homosexuels en prison. Tout se passant en vase clos, cela se sait inévitablement. Et c’est la fin, pour celui qui espère garder l’estime des « garçons ». Pour retrouver du prestige, il lui faudra davantage faire ses preuves que n’importe qui.

S’ajoute à cela le jeu avec l’Administration. Les autorités veulent bien fermer les yeux sur certaines pratiques, mais en échange de quelques informations. Et, une fois que le pli est pris, il est difficile d’en sortir. La direction ne comprendrait pas une pareille volte-face et les codétenus ne croieraient pas, eux non plus, une pareille marche arrière. Un donneur est un donneur. On n’imagine pas qu’il devienne un homme. Et, comme pédé s’associe à balance, il est des métamorphoses qui paraissent du domaine de l’impossible.

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Il est rare qu’un détenu, homosexuel avant d’entrer en prison, passe inaperçu parmi ses camarades. Sa personnalité, sa manière d’être, ses tendances profondes apparaissent d’entrée. Au contraire même, il peut, dans certains cas, afficher et revendiquer sa déviance. Beaucoup exhibent leur féminité, en particulier les travestis. (…) Ils viennent troubler les plus purs et les plus durs.

Ils viennent nous rappeller que nous avons tous notre part d’homosexualité. Ils nous disent qu’en passant à l’acte, nous ne faisons que dépasser nos résistances à l’attirance pour notre propre sexe. Ce qui est vrai. Mais il n’est pas acceptable que de telles découvertes soient effectuées à la suite de privations.

De toutes façons, les travestis et les homosexuels trop voyants ne sont pas admis en détention. La Pénitentiaire ne saurait courir le risque de les voir perturber toute une prison. Elle les met à l’isolement. Prison dans la prison. (…) »

Extrait de La Guillotine du sexe, misère sexuelle dans les prisons, Jacques Lesage de La Haye, 1978.

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Commentaire Dépavage :

La Guillotine du sexe dresse un portrait de la prison à travers la misère affective et sexuelle des détenus. Bien que certains passages ne soient pas dénués « d’homo-érotisme », l’auteur, hétérosexuel et imprégné par les pensées de l’époque, la psychologie et la psychanalyse surtout, se permet parfois des analyses moralisatrices voire hétérosexistes. Il assimile parfois l’homosexualité (et le travestissement) au narcissisme voire à un état pathologique.

Un autre passage témoigne du viol d’un détenu, Rocky, qui retourne en prison deux ans après la fin de sa première peine et aurait demandé, lors de son passage devant le Conseil national d’observation de Fresnes, à retourner à Caen pour être avec « son ami ». L’auteur conclue que la prison lui a donné goût à l’homosexualité « et pas n’importe laquelle, celle du giron soumis à son julot » et qualifie la prison de « fabrique de schbems ».

Que des personnes découvrent l’homosexualité en prison est une réalité mais, comme en témoigne tous les détenus et anciens détenus (et ce livre ne fait pas exception), celle-ci reste très mal vue dans l’institution carcérale, à la fois par les détenus, par leurs proches et par la pénitentiaire. Si certains découvrent le plaisir entre hommes en prison, d’autres aussi s’en éloignent, beaucoup trop se tuent ou sont tués à cause de l’enfermemement et de l’homophobie, à cause de la nécessité du silence ou de l’isolement, à cause des agressions et des viols.

Non, la prison n’est pas un « paradis pour les gays » comme le voudrait les clichés alimentés par l’industrie pornographique et les petits bourgeois  qui fantasment sur les « mâles virils » des classes populaires.

Il va s’en dire qu’on ne saurait défendre l’institution carcérale parce qu’elle permettrait de découvrir la sexualité entre hommes, ce qui est une aberration que malheureusement il arrive que l’on entende. On ne saurait non plus la condamner pour la même raison, comme semble le faire Jacques Lesage de La Haye.

Ce n’est pas non plus uniquement parce qu’elle est un enfer pour les pédés qu’il faut en finir avec la taule. Il faut en finir avec tous les enfermements. Une prison qui permettrait aux détenus d’avoir une vie sexuelle, ou même une prison qui serait « gay-friendly », resterait de toutes façons une institution qui prive des individus de leur liberté, une institution au service d’un système politique qui s’en sert comme d’une arme pour inciter les prolétaires à rester dans le rang, enchaînés à l’usine… Si l’institution carcérale est profondément homophobe, hétérosexiste, c’est parce qu’elle est le reflet de cette société. Les différences sociales, liées au genre, à la race ou à la classe, y sont exacerbées.

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En prison, être homosexuel, c’est la pire des choses. Témoignage, 2002. https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/01/en-prison-etre-homosexuel-cest-la-pire-des-choses-temoignage-2002/ Wed, 01 Oct 2014 00:16:51 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=373 Continuer la lecture →]]> 2670-04-Halard

Témoignage recueilli par Act Up, 2002

J’ai vingt-deux ans, je suis homosexuel, je vis avec mon compagnon depuis juillet 1999. Il a trente-trois ans, il est séropositif et a été incarcéré en mars 2001. Nous avons alors été arrêtés ensemble et écroués dans la même maison d’arrêt. J’ai été libéré en mai. Lui est toujours en prison. Ce témoignage le concerne.

Trois mois après son incarcération, en mai, mon ami devient auxiliaire à la maison d’arrêt, son travail consiste à servir la « gamelle » aux autres détenus. En novembre, en compagnie de son codétenu, il surprend un surveillant en train de déchirer une lettre et de voler les timbres contenus dans l’enveloppe. Après vérification des morceaux de papiers, il s’agit du courrier d’un détenu. Mon compagnon interpelle le surveillant pour lui signaler que ce n’est pas légal, l’autre rétorque « ta gueule, PD ! ». Il décide alors de s’adresser au chef de secteur. Après une enquête, il est décidé que le surveillant ne travaillera plus dans le même bâtiment.

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A la même époque, la situation de mon ami se complique. La division où il est affecté apprend qu’il est homosexuel. Et qu’il est séropo. Par crainte de contamination, les détenus réclament qu’il cesse de les servir. Quelques jours après cette plainte, on le transfère. L’Administration pénitentiaire déclare qu’il n’est pas « apte » à exercer ce travail. Il est envoyé dans un autre bâtiment. Deux heures après son arrivée, on le déplace à nouveau. Il atterrit finalement dans la division où le surveillant a été muté. Lorsqu’ils se rencontrent, celui-ci lui glisse : « Pour moi, t’es déjà mort. Tu vas vivre un véritable enfer ». Rapidement, le maton fait circuler la rumeur qu’il est PD, ce qui déclenche insultes et représailles physiques. Agressions, intimidations, pression constante, plus de balade, plus de douche, plus d’appétit, il est terrorisé. En prison, être homosexuel, c’est la pire des choses.

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Mi-décembre 2001, nous obtenons enfin son transfert dans une autre maison d’arrêt. Quelques jours après son arrivée, un médecin lui délivre un certificat médical attestant que c’est un patient particulièrement fragile et sensible, qui doit être placé en isolement en raison de sa pathologie. Le chef de secteur refuse ce certificat médical. Aujourd’hui, mon ami est sous traitement. On lui fournit des médicaments sans qu’il ne connaisse les prescriptions. Depuis un mois et demi, il demande à accéder à son dossier médical. A ce jour nous n’avons toujours aucune réponse.

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Mais le pire s’est produit récemment et au moment où vous lisez ce témoignage, mon ami est dans un service psychiatrique, suite à une tentative de suicide. J’ai effectivement appris récemment qu’il a été violé par trois détenus sous les douches quelques jours avant son transfert. Comme d’habitude en prison, ses cris n’ont pas été entendus. Les trois détenus et les surveillants ont probablement tous supposé qu’un homosexuel apprécierait de se faire enculer violemment par des inconnus. En 11 ans, mon ami aura donc subi deux viols en milieu carcéral. Première incarcération : premier viol : transmission du VIH. Deuxième incarcération : second viol : tentative de suicide.

2002.

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Les étiquettes sexuelles, Q-zine https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/26/qzine-etiquettes/ Thu, 25 Sep 2014 23:47:59 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=295 Continuer la lecture →]]> Publié par Q zine, magazine du Réseau des Jeunes LGBTQ de l’Afrique de l’Ouest (QAYN)

 Décembre 2013.

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par Bonnie Sepora, assistant social et chanteur à Gaborone, Botswana.

 

Chaque fois qu’un mec flirte avec moi, il finit toujours par me demander à un moment ou à un autre, parfois indirectement, mais le plus souvent sans détour, si je suis passif ou versatile. J’en ai l’habitude mais n’empêche que cette question me met toujours mal à l’aise. Il m’est parfois arrivé d’être approché par des mecs qui me disent, droit dans les yeux, que je serais bien à ” pénétrer “. Une fois, un mec s’est même permis de me dire que je ressemblais à quelqu’un qui aimait bien se faire ” piler “.

N’est-ce pas étrange qu’une personne ne sachant rien de moi pense qu’elle a le droit de me coller une étiquette?

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Pourquoi est-ce que le collage d’étiquettes sexuelles semble être le jeu préféré de la plupart des gays? Et pourquoi est ce que chez les gays noirs, ce type de jeu semble avoir une plus grande importance?

Actifs, exclusivement actifs, actif oral, actif-passif ou versatile, versatile-actif, versatile-passif, exclusivement passif, passifs viriles, etc. tant d’étiquettes toutes aussi dénigrantes les unes les autres. Je dis dénigrantes parce que généralement lorsque les gays africains adoptent ces étiquettes, ils mentent. Autrement dit, beaucoup d’entre nous vivent dans un état de déni.

Je n’ai aucun problème avec le fait qu’un mec décide de se coller une étiquette sexuelle, du moment qu’il est honnête avec les raisons de son choix. Par contre, j’ai un problème quand les gays et bisexuels africains utilisent ces étiquettes pour se démarquer de ce qu’ils considèrent comme leur étant inférieurs.

Quand nous nous enfermons dans cette logique selon laquelle, se laisser pénétrer par un autre homme fait de nous un “passif ” et nous enlève une partie de notre masculinité, nous intériorisons inconsciemment ces valeurs religieuses et sociales qui ont justement servies à nous opprimer depuis des décennies et qui n’ont plus leur place dans la vie d’un gay ou d’un bisexuel en ces temps modernes.

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Si vous faites un tour sur Gaydar.co.za ou Adam4Adam.com, vous trouverez un nombre disproportionné de profiles qui se disent actifs. Si 90% d’entre nous sont des actifs, alors qui “se fait piler?”

Curieux que je suis, j’ai décidé de faire un test simple. J’ai créé un profil sur Adam4Adam ; profil sur lequel j’ai indiqué que j’étais “uniquement actif.” Je l’ai baptisé Tumo, lui ai associé un énorme pénis et pris la peine de préciser que celui qui aura la chance de décrocher un rencard avec Tumo devrait s’apprêter à ” se faire péter la rondelle ” (car c’est ce genre de phrases absurdes qui sont courantes sur ce type de sites). Si vous ne trouvez rien de dérangeant dans cette phrase, c’est que vous avez peut-être besoin d’aller voir un psy.

Que pensez-vous qu’il s’est passé? Chaque fois que Tumo se connectait sur le site, de nombreux profils estampillés ” uniquement actifs ” n’arrêtaient pas de le contacter, certains le suppliant presque pour se faire défoncer par son membre disproportionné. Ils lui envoyaient leurs mensurations et en demandaient tous après du ” hard “. Quelques uns demandaient à se “faire inondé” (mais ça c’est toute une autre histoire).

Mes chers frères gays, bisexuels et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, nous sommes tous malades et avons besoin d’aide. Notre déni profond a atteint une dimension psychologique qui frôle le malsain. Que c’est triste que nous ne soyons plus en mesure d’être honnêtes avec nous-mêmes et encore moins avec nos frères gays.

Bien sûr, je n’ai pas été surpris par le résultat de mon expérience. J’ai eu à faire du counselling envers les gays et bisexuels auparavant, alors je suis bien conscient des problèmes que nous avons avec notre sexualité. Dès notre bas-âge, on se fait appelés “tapettes”, “pédés” et j’en passe, des insultes comme pour nous rappeler que nous ne sommes que des créatures ” abominables ” destinées à bruler en enfer. Ce n’est donc pas étonnant de voir que beaucoup d’entre nous finissent par intérioriser tout cela et en arrivent à se détester eux-mêmes. Une réalité que très souvent, nous masquons dans l’alcool et la drogue.

Et puis, il y a l’émasculation des hommes noirs provoqués par le racisme et toutes ses conséquences sur l’appréhension de la psyché masculine africaine, qu’il s’agisse des homosexuels ou des hétérosexuels. La perception sociale que l’on se fait des hommes en Afrique est basée essentiellement sur une exagération et une surévaluation de leur masculinité : le machisme est tout simplement la norme ici.

Il n’est donc pas surprenant qu’il soit si difficile pour beaucoup d’entre nous d’admettre que nous aimons nous faire baisé. Nous percevons les passifs comme étant plus “gays” que les actifs et certains passifs commencent à se voir comme n’étant rien d’autre que de simples réceptacles de bites. Ils deviennent “exclusivement passifs ” – ceux-là à qui la bite ne sert à rien d’autre qu’uriner. À mon avis, ni les mecs ” uniquement actifs ” (c’est-à-dire ces actifs qui ne savent pas ce qu’est un baiser et n’osent faire des fellations), ni les mecs ” exclusivement passifs ” (à qui çà ne pose aucun problème de ne jamais être sucé) ne sont sexuellement ou psychologiquement normaux.

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Les hommes noirs qui se présentent comme étant ” uniquement actifs “, tout en étant dans le déni, posent un énorme problème à notre communauté. Si vous ne pouvez admettre au fond de vous que vous aimez être pénétré, vous êtes moins susceptible d’être prêts pour des rapports sexuels protégés. Lorsque vous êtes obsédé par l’idée de vous coller une étiquette d’actif tout en ayant honte de vos désirs profonds, et qu’il vous arrive de rencontrer quelqu’un qui vous fasse vibrer le rectum, signe annonciateur d’une envie folle de se faire défoncer ; alors, vous êtes également plus susceptibles de vous laisser aller à des choses plus dangereuses et néfastes telles que la cocaïne, la méthamphétamine ou toute autre chose dans le genre. La prochaine chose qui vous arrivera par la suite, sera probablement vous faire défoncer et pisser dessus.

Plus tard, vous ferez une fixation dessus : vous êtes un actif. Mais curieusement, votre corps vous dit le contraire. Et parce que vous êtes un actif et qu’une certaine “Mojita” vous a dit que les actifs ne peuvent pas attraper le VIH, vous ne vous êtes jamais fait dépister. Quelques années plus tard, allongé sur un lit d’hôpital, on vous annonce que vous êtes atteint de SIDA (pas seulement infecté par le VIH, mais déjà atteint de SIDA). Tout cela parce que vous ne pouviez pas accepter que, comme beaucoup d’hommes – comme la plupart des gays et même certains hétéros – Vous aimez être pénétré, parce que c’est sacrément bon.

Bien sûr, il y en a qui ne ressentent pratiquement pas de douleur, les amoureux transis et ceux qui ont tout simplement de nombreux blocages par rapport à tout ce qui se passe en dessous de la ceinture et ne tirent jamais un grand plaisir à se faire pénétrer. Quatre-vingt dix pour cent de la douleur est psychologique et vient des histoires avec lesquelles on vous a bourré le crane.

Cependant, les histoires de honte ou de douleur au sujet de la pénétration ne sont pas les seuls mythes en circulation. En voici un autre qui est tout aussi néfaste. Être un actif ne vous rend pas forcément plus viril que votre partenaire qui peut accepter souffrir de se faire prendre quelques minutes, puis payer lui-même ses propres factures par la suite et vous enculer à votre tour lui aussi. La plupart des mecs ” uniquement actifs ” ont juste une plus grande bite, une allure plus masculine et tout ce qui va avec.

Comme pour toutes ces autres choses que certains mecs qui se disent exclusivement actifs affirment ne pas faire comme sucer une bite, etc. – cela voudrait tout simplement dire qu’il ne trouve pas votre sexe attirant. Si tout ce que vous pouvez faire c’est vous faire sucer et puis défoncer un trou, alors je suis désolé de vous le dire de cette manière mais, sachez que vous n’êtes pas ” un bon coup “. Il existe des gadgets sexuels qui procureraient plus de plaisir que vous à votre partenaire.

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Je terminerai en répétant simplement que toutes ces étiquettes sont fausses. Pire encore, elles nuisent à notre capacité à entretenir des relations à long terme. Et il ne s’agit pas uniquement de mon point de vue ici, car des études l’ont prouvé.

J’aimerais que vous y pensiez plus sérieusement, que vous preniez un moment pour réfléchir à l’étiquette sexuelle que vous utilisez. Cela représente-t-il vraiment qui vous êtes et ce à quoi vous voulez que l’on vous associe en tant que gay ou bisexuel africain? Soyez honnête avec vous-même. Qu’y’a-t-il de mal à dire tout simplement que vous avez envie d’enculer ou de vous faire enculer ce soir ? Cela ne vous reliera pas systématiquement à une étiquette dont vous ne pourrez plus vous défaire. Qu’y’a-t-il de mal à ce que deux africains s’aiment et couchent ensemble, chacun voulant à la fois se faire plaisir et satisfaire l’autre, tout en sachant que leur masculinité ne sera pas compromise à cause de ce qu’ils ressentent ou font ? Être honnête avec vous-même et envers vos amants est une preuve de force et de respect de soi – et qu’y’a-t-il de plus “viril” que cela ?

Relevons le défi ensemble, gais et bisexuels d’Afrique !

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Publié par Q-zine http://q-zine.org/2013/12/31/les-etiquettes-sexuelles/

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Témoignage de Chloé, trans incarcérée à Caen, septembre 2013 https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/09/temoignage-de-chloe-trans-incarceree-a-caen-2013/ Mon, 08 Sep 2014 23:30:57 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=240 Continuer la lecture →]]> Interview de Chloé dans l’émission anti-carcérale « Les murs ont des oreilles », septembre 2013 :

http://hainedeschaines.free.fr/IMG/mp3/lesmursontdesoreilles_itw-chloe.mp3

Dessin prisonnière

Le combat sans fin de Chloé, transsexuelle incarcérée (L’Envolée)

Chloé est incarcérée au centre de détention (CD) de Caen ; depuis 2004, elle se bat pour se faire reconnaître en tant que transsexuelle. Ce combat pour exister en tant que femme se situe à tous les niveaux, vis-à-vis de l’administration pénitentiaire (AP), du corps médical, des prisonniers et de la société en général. De 2004 à 2008, elle est en demande pour intégrer le protocole de soin officiel, passage obligé pour obtenir une modification chirurgicale du sexe avec l’obligation d’être suivi-e par une batterie de médecins (psychiatre, endocrinologue, urologue, etc.). Face aux refus à répétition, elle commence à prendre des hormones de manière non officielle. Puis elle obtient des prescriptions de manière aléatoire en fonction du bon vouloir des psychiatres. En 2007, elle se rend compte qu’un psychiatre lui prescrit des neuroleptiques en lui faisant croire que ce sont des hormones. C’est à cette période qu’elle commence sa vasectomie, puis l’ablation des testicules par ses propres moyens. En effet, lorsqu’elle formule des demandes afin d’être opérée, il lui est répondu de le faire elle-même. Le corps médical sera alors témoin des différentes étapes de ses tâtonnements chirurgicaux, mais refuse d’intervenir tant qu’il n’y a pas de nécroses ou de risques vitaux. De juillet 2008 à mars 2012, suit une série d’opérations qui ne font que répondre en urgence aux complications des actes qu’elle se pratique. Au cours de la dernière opération, les chirurgiens ont mal positionné son urètre, elle devra attendre septembre 2013 pour que cela soit rectifié. C’est dans ce contexte que Chloé a appelé l’émission anticarcérale « Les murs ont des oreilles » à Grenoble, avec qui elle était déjà en contact. Voici la retranscription de cet interview et des extraits de ses courriers.

 – Comment ça va ?

– Mieux maintenant que je suis opérée. Ils ont simplement réparé une erreur qu’un centre hospitalier universitaire (CHU) a fait et qu’il ne veut pas réparer. Ce n’est pas une vaginoplastie. Le CHU de Caen avait positionné l’urètre sept à dix centimètres trop haut. C’est inadmissible et puis pour aller aux toilettes c’était impossible, je t’explique même pas comment je faisais… Du coup, le CHU de Caen a reconnu qu’ils avaient fait une erreur, mais ils n’ont pas voulu faire la chirurgie réparatrice. Ils m’ont dit de me débrouiller, je me suis débrouillée, j’ai trouvé ce CHU où ils ont bien voulu gentiment me mettre un peu plus au monde. L’opération a duré cinq heures…

– Et t’es quand même soulagée ?

– Je vais mieux, beaucoup mieux. Parce qu’il a fait du mieux qu’il pouvait pour que ça soit présentable, pour que ça fasse quand même féminin. Donc c’est certain qu’à présent dans mon cœur c’est autre chose…

– Qu’est-ce que c’est dans ton cœur ?

– Je suis femme, peu importe qui le pense ou qui pense l’inverse, ce n’est pas mon problème. Dans mon cœur, je suis femme. Si on ne m’accepte pas comme ça, je ne vois pas pourquoi moi j’accepterais les gens, alors que moi je ne fais pas d’histoires. Les gens nous regardent différentes, mais c’est leur regard qui fait que l’on est différentes.

– Et ça s’est bien passé avec le personnel de l’hôpital ?

– Avec le personnel de l’hôpital, j’ai été acceptée totalement, très aimable, très gentil. J’ai été tout de suite acceptée comme une femme, tout a été merveilleux.

– Ça a dû te faire du bien…

– Ça fait du bien quand on se réveille et qu’on se met à pleurer en se disant : « c’est fini ». Parce que ça fait quand même deux ans que cette histoire traîne.

– Comment ça se passe pour les permissions ?

– Au début on m’interdisait les permissions, parce qu’ils ne voulaient surtout pas qu’une trans apparaisse dans la ville, surtout en venant d’un CD. Lors des extractions, une fois sur deux, les surveillants ne voulaient pas m’amener parce que j’étais en jupe… Puis ils ont trouvé une solution, ils m’ont dit de me démerder moi-même pour faire mes soins. Du coup, maintenant je n’ai plus de surveillants et j’ai la permission de me faire soigner.

Ils avaient proposé l’Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale de Rennes, parce que c’est un centre hospitalier qui ne s’occupe que des détenus, mais il n’en était pas question. Ils me donnent des permissions pour aller faire des expertises médicales à droite et à gauche, pourquoi j’accepterais de mettre une paire de menottes pour aller à Rennes pour faire soigner quelque chose qu’un CHU, qui est à deux kilomètres, a fait et ne veut pas réparer ? J’ai dit que je n’étais pas d’accord, alors on m’a dit de trouver un CHU. J’ai cherché, j’ai trouvé, j’ai pris un rendez-vous et j’ai demandé une permission. Ils m’ont laissé partir, normalement je devais rentrer vendredi, mais l’opération ayant été beaucoup plus longue et compliquée que prévu, j’ai dû rester quatre jours de plus.

– Et pour tes autres opérations ?

– Les autres fois, c’était avec les menottes et ils étaient tous là… Une des pires fois dont je me souvienne, on m’a posé une sonde [NDLR : dans l’urètre] sans se demander pourquoi c’était bouché, alors que je me l’étais coupé donc forcément c’était bouché. Ils m’ont posé une sonde à vif, ils l’ont enfoncée d’un grand coup alors que j’étais attachée avec les menottes. J’étais allongée par terre parce que je n’arrivais pas à tenir tellement je souffrais. Quand je leur ai demandé de sortir, ils ont refusé, ils se sont simplement tournés.

– Tu crois que tu a été aussi bien accueillie cette fois-ci à l’hôpital parce que tu étais en permission, et donc portant moins le stigmate de prisonnière ?

– Oui, c’est certain. À partir du moment où tu arrives avec ton sac à main, ton petit sac de vêtements et que tu viens te faire opérer, tu es quelqu’un du dehors, c’est pas écrit sur ton front « prison ». Ici, ils ont essayé de comprendre mon combat, ils ont lu tout ce qu’il y avait sur moi sur Internet, ils m’ont dit que c’était inadmissible la manière dont on me traite.

– Comment tu sens ton retour en prison ?

– Pour être franche, on m’a un peu cassé du sucre sur le dos il y a dix jours : ils ont écrit un article dans lequel ils ont mis mon délit. Ça fait seize ans que je n’en parle plus, donc ils ont mis ma vie en danger, parce qu’à présent au CD on connaît mon délit et je peux très facilement me manger un coup de couteau. En révélant mon délit, plus l’indifférence, ils ont appelé au lynchage de ma tête. Comme je suis pacsée avec un monsieur qui ressemble plus à une armoire à glace qu’à un nain de jardin, j’ai un peu la paix. Mais je ne sortirai pas seule ces prochains temps. Je les ai déjà eu les ennuis au CD, faut pas croire que ça va s’arrêter demain parce que je suis avec quelqu’un. Du point de vue des détenus, ça s’est calmé ; c’est du point de vue des surveillants et de la gestion de mon corps que c’est devenu un peu plus compliqué. Parce que dorénavant, je m’assume, je lève la tête et celui qui n’est pas content, c’est très simple : allô, avocat. Alors ils n’apprécient pas, mais moi je n’apprécie pas qu’ils m’embêtent. S’ils ne veulent pas que l’on parle de moi, ils n’ont qu’à pas m’embêter.

– De ce que tu nous avais dit, on avait l’impression que c’était plus simple avec les prisonniers et que c’était avec les matons qu’il y avait des problèmes.

– Tout au début, quand j’ai commencé à m’assumer, c’était avec les détenus que j’avais des problèmes, c’est vrai que ça leur fait bizarre de voir quelqu’un sortir de sa cellule en t-shirt rose et une poitrine qui commence à gonfler. Et le CD de Caen est réputé pour être en majorité des histoires de mœurs. C’est vrai qu’au début, c’est eux : les viols c’est eux, c’est pas les surveillants… Après avoir rencontré mon compagnon, les détenus n’osaient plus s’approcher. Mais les surveillants s’en sont donné à cœur joie : la tantouze, la travelo, la drag-queen, etc. Quand les détenus humilient, ils savent qu’ils risquent quelque chose, alors que les surveillants le font parce qu’ils savent qu’ils ne risquent rien. C’est la loi de l’intérieur, il n’y a pas de loi qui gère les prisons. La loi des prisons, c’est la loi des surveillants. Quand ils font une manifestation, la première chose qu’ils font, c’est qu’ils nous prennent nous, êtres humains, en otage. Ils font un peu ce qu’ils veulent dedans. Sur ma transsexualité, ils y en a qui sont très tolérants, par contre ils y en a qui n’acceptent pas du tout. Mais depuis le suicide de Nathalie, ils ont tendance à mettre le pied sur le frein.

 […]

– Avec tout ce que je me suis fait, ça peut partir en vrille directement, parce que je n’accepte plus, c’est fini. La première personne qui me dit quelque chose, peu importe qui c’est, je redresse la tête et je lui montre les dents. Je ne peux plus accepter, après tout ce que j’ai souffert, de continuer à souffrir, ça doit s’arrêter tout ça. Les transsexuel-le-s en prison, actuellement, c’est une horreur. Je connais une transsexuelle du côté de Saint-Martin-de-Ré qui a failli se suicider, d’autres à Fresnes et à Fleury qui ne vont pas bien. Et moi, j’ai gagné les pages du Journal officiel (JO)1 pour qu’enfin on puisse être reconnu-e. Ça a été discuté à l’Assemblée nationale, c’est dans le JO, c’est monsieur Delarue qui a enquêté, il n’a pas fait ça à la légère. Après le décès de Nathalie, ils se sont un peu posés la question, il ne faudrait pas qu’il y en ait une deuxième.

– Tu es en contact avec le contrôleur général des prisons sur ta situation ou sur la situation des trans en prison?

– Oui, le contrôleur général des prisons a fait les pages du JO, après avoir appris que je m’étais coupé le …, enfin bref, et que j’avais posé ça sur la table. Il était un peu affolé, il a fait une enquête à Fresnes, à Fleury.

 […]

– Dès que quelque chose ne va pas, je tape sur la table, je cherche pas à comprendre. Ils viennent de faire une note sur les transsexuel-le-s, enfin surtout pour moi… Avant j’avais le droit d’être fouillée par une femme pour le haut et par un homme pour le bas, du fait que j’ai des seins et que j’avais encore un truc entre les jambes. C’était pas tout à fait une note, c’était un accord sur papier. Mais la direction de l’AP a pondu une autre note en disant que, dorénavant, je serai fouillée par un homme, intégralement nue si nécessaire. J’ai demandé ce qu’il se passerait si je refusais, ils m’ont répondu qu’ils appelleraient cinq ou six surveillants pour me foutre à terre et à poil. Je leur ai dit qu’il ne serait pas bon de faire ça, parce que la réaction arriverait à vitesse grand V. On a tapé du poing sur la table, Delarue a demandé ce que voulait dire cette note, parce que c’est de l’atteinte à la vie privée d’autrui. Puisqu’ils disent que, comme je suis en détention homme, il faut que je sois fouillée comme un homme, et bien je vais faire comme tous les détenus. En plein été, quand tous les détenus vont bronzer torse nu dehors, moi aussi je vais me mettre torse nu, avec les garçons. Ils m’ont répondu que je n’avais pas le droit de faire ça, il faudrait quand même savoir ce qu’ils veulent ! Les avocats, l’association LGBT de Caen qui s’occupe de moi et des députés suivent l’affaire. Je ne lâche plus rien : si j’apprends qu’il y a une trans en prison qui va pas bien et qui n’obtient pas ce que moi j’ai légalement… Je ne comprends pas pourquoi il y a des demi-mesures, on souffre beaucoup trop parce qu’on est en détention homme, faut arrêter.

– Comment ça se passe pour ton traitement hormonal ?

– Depuis que je me suis coupée les …, mon corps n’a plus d’apport d’hormones et comme j’avais déjà commencé un traitement féminisant, il aurait été dangereux de donner l’inverse, donc mon traitement hormonal c’est à vie.

– Tu n’as pas de problèmes pour le suivre ?

– Ils ne me le bloquent plus. Cependant l’établissement public de santé de Fresnes a décidé de ne plus s’occuper de transsexuel-le-s en prison, c’est-à-dire que les trans qui sont à Caen n’iront jamais à Fresnes. Il faut demander son transfert soit sur Marseille, Bordeaux ou Toulouse. Il n’en est pas question, car elles ont leur famille dans le coin. L’établissement public de Fresnes n’a pas à refuser une patiente, la loi est la loi pour tout le monde, un centre hospitalier ne peut pas sélectionner le genre de patients qu’ils souhaitent soigner. Ils ont tout sur place, ils prétendent que non, mais j’y suis allée pendant six mois, donc je sais qu’ils ont tout. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas, c’est qu’ils ne veulent pas. Actuellement tout-e-s les transsexuel-le-s en prison ne sont pas suivi-e-s. Je suis la seule hormonée. En clair, ils laissent traîner jusqu’à ce que tu sois sorti-e, comme ça tu iras te faire soigner dehors.

– On se demandait si tu allais faire un changement d’état civil.

– Mais c’est fait ! Officiellement je m’appelle Chloé sur ma carte d’identité. J’ai demandé mon changement d’identité sexuelle, j’ai été un peu déçue de la réponse : ils veulent une expertise psychiatrique. Ça fait quand même la neuvième, faut arrêter, il y en a marre des expertises psychiatriques. Je l’ai faite et il a été reconnu qu’il est vraiment souhaitable de changer mon identité sexuelle sur ma carte. Il est également reconnu que le CD, ainsi que la médecine, m’ont bien fait souffrir durant des années, et que ça n’aurait jamais dû arriver. L’ordonnance sera rendue mi-février.

– Tu penses qu’une fois que ça sera définitivement réglé, tu risques d’aller en détention pour femme ?

– Je l’ai déjà demandé, parce qu’il y a une jurisprudence de la cour européenne. Ça fait deux ans qu’ils ne répondent pas. C’est la façon de l’AP : demande-nous ce dont tu as besoin, on t’expliquera comment t’en passer. Il est certain qu’au mois de février, si la justice décide que je suis reconnue comme une femme, dans l’heure qui va suivre, je veux être transférée. Simplement, on m’a bien fait comprendre que jamais ça n’arrivera, parce qu’ils ne veulent pas de jurisprudence en France. Comme je ne suis plus très loin de la fin de peine, ils vont me foutre dehors avant2.

 […]

C’est comme le tract de la CGT3, on m’a traitée nationalement de mâle ou femelle, c’est cadeau. Eux ils ont le droit de faire ça, moi j’ai pas le droit. Il y a dix jours, j’ai été condamnée à payer cinquante euros d’amende et j’ai eu quinze jours de prison supplémentaires parce que j’ai dit « connard ». Mais ce tract de la CGT, ou le premier surveillant qui refuse d’exécuter un ordre de mission parce que je suis en jupe, ça c’est normal. Et nous, quand on dit quelque chose, on se retrouve au quartier disciplinaire. Le tribunal a fait le jugement en terme féminin, j’étais considérée comme une femme de A à Z, et ils ont considéré que le CD s’était bien moqué de moi. Je ne suis pas allée au jugement, le juge avait pourtant dit qu’il fallait m’autoriser à venir en jupe et ça m’a encore été refusé. Donc il [le maton] a gagné seulement cinquante euros et je n’ai gagné que quinze jours. Maintenant ça me fait un peu rire cette histoire ; les détenus du CD, à chaque fois qu’ils me croisent, ils me disent qu’ils vont quand même faire une quête pour lui donner ses cinquante euros… J’avais déjà payé cette dette-là, j’ai quand même fait quatre jours de mitard dans des conditions… je crois que le chenil pour les chiens est plus beau. On ne m’a pas donné mes lunettes, on ne m’a pas donné mon traitement [hormonal], on m’a donné des Efferalgan effervescents mais on ne m’a pas donné de verre d’eau, on ne m’a donné qu’une seule couverture en papier, le mur était plein de moisi…

 […]

Le coup de Nathalie a été le coup de trop, ça peut pas continuer. Je l’ai connue. Elle est arrivée après moi, elle a essayé de se battre, on s’est moqué d’elle. Actuellement je suis la seule personne à être allée sur sa tombe. Elle est enterrée au carré des indigents. Elle n’avait qu’un seul ami, son compagnon, qui était à l’enterrement. Il y avait aussi deux personnes de l’AP pour faire acte de présence, mais à trente mètres de la tombe, histoire de ne pas être sur les photos. Sa famille l’a complètement abandonnée, personne ne s’occupe de la tombe… Quand elle est arrivée, elle est venue me voir ; je lui ai dit qu’il y avait deux manières de se battre, soit en silence, comme pendant la guerre, soit tu te bats en hurlant et tu vas te manger tous les coups. Je lui ai dit de le faire progressivement, c’est-à-dire un peu tous les jours : ce qui est fait est acquis. Au début ça a marché, puis elle a un peu cafouillé, elle était sur une voie de garage. Elle m’a demandé ce qu’elle pouvait faire, je lui ai donné une lettre type à adresser à deux-trois adresses que je connaissais. Sa motivation s’est redéveloppée, mais tout est parti en vrille. L’administration s’en est mêlée, les détenus ont commencé à la taquiner, ils ont commencé à ne plus arrêter de la fouiller à poil pour vérifier, à dire « monsieur », pleins de choses comme ça. Elle s’est retrouvée en quartier différentiel, qui est un quartier d’isolement. Elle était juste en face de chez moi, deux étages en dessous, du coup on voit ce qui se passe, on ne peut rien louper. Un soir, elle a mis une corde, elle s’est accrochée. Elle a sonné avant de s’accrocher dans l’espoir que l’on vienne à son secours, mais on n’est pas venu à son secours ou trop tard, voilà… C’était une petite bonne femme, elle faisait un mètre soixante-cinq, elle se promenait toujours avec son sac à main, jusqu’au jour où on a commencé à lui faire des histoires, et là tout s’est enchaîné…

 […]

 Pour les personnes comme moi, il ne faut jamais baisser la tête, parce que si on baisse une seule fois la tête, on est fini : on a les détenus comme les surveillants sur le dos. C’est très clair, à partir du moment où l’on fait un pas en arrière, c’est fini, on n’est plus crédible, on est faible, on est fragile. C’est seulement quand on redresse la tête et que l’on se dit : « allez, je m’assume », que c’est le bonheur. C’est le pied, le pied total. On rentre le soir dans sa cellule en se disant : « mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis complètement pas bien dans ma tête ? » Mais alors quel bonheur quand tu t’endors et que t’y repenses, tu t’endors avec un sourire. Faut jamais baisser les bras.

Extraits de courriers de Chloé

 23 avril 2012 :

[…] Sur l’administration pénitentiaire, ils ne font que ce qu’ils veulent, quand ils veulent, comme ils veulent. Ce n’est que quand les gens osent réellement taper sur la table que cela bouge, mais dans une courte limite. La prison est une zone de non-droit, où les règlements se font et se défont comme ils le souhaitent. La tolérance, le respect de l’être humain, n’est nullement une chose qui rentre dans leur priorité. La première vision de la détention et de l’administration, ici comme ailleurs, c’est que vous faites votre peine et payez, par quelques moyens que ce soit, les parties civiles. Après on verra s’il reste du temps pour que le SPIP s’occupe de vous, ou mieux occupez-vous de vous-même. Leur blabla qui concerne le SPIP et les réinsertions sont des blagues pour tromper le public. Même si certains y ont droit et se réinsère grâce à ces services, le pourcentage est minime par rapport à ceux qui n’ont jamais été aidés et y sont arrivés par eux-mêmes. […]

23 juillet 2012 :

[…] Tout le monde, médecine, comme administration, comme ami-e, se demande comment j’ai pu ne pas mourir après tout ce que je me suis faite. Même moi par moment, je me demandais si j’avais assez de sang pour vivre, comment j’ai pu ne pas être infectée, faire une septicémie, une hémorragie, une crise cardiaque. Comment j’ai pu faire pour ne pas me pendre quand ils me retiraient les hormones, puis me les rendaient, puis me les retiraient4. Comment j’ai fait pour ne jamais crier au secours. Comment j’ai pu apporter comme cela une testicule dans leur bureau sans crier ma souffrance. Je ne sais pas pourquoi, pourtant il aurait été plus simple pour moi d’éteindre cette lumière, avoir ce repos bien mérité, ne plus souffrir, ne plus avoir peur que l’on me retire mes hormones, ne plus avoir peur de me faire agresser, ne plus me demander ce que je dois faire demain pour survivre, quel combat je devrais encore mener. Moi, à ce jour, je ne cesse de revoir le soir, quand je me couche, les images où je me retirais les testicules, les images de toutes les souffrances, les images de tout ce sang versé. Cela fait partie dorénavant de mon marchand de sable, cela passe en boucle sans que je puisse arrêter ce film d’horreur. Mais s’il fallait refaire ce combat, oui je le referais, pour moi, pour mes sœurs qui souffrent en prison, pour qu’elles n’en viennent pas à se faire ce que moi je me suis faite pour être reconnue. Oui, je referais ce combat, mais avec plus de rage. […]

1Journal officiel du 25 juillet 2010 concernant l’avis du 30 juin 2010 relatif à la prise en charge des personnes transsexuelles incarcérées.

2Chloé est conditionnable depuis 2007.

3Le 9 décembre 2010, la CGT pénitentiaire de Caen publie un tract Bienvenue à Caen…llywood ! dans lequel il est écrit : « […] un autre détenu dont on ne sait s’il est mâle ou femelle et qui nous enquiquine (pour ne pas dire autre chose) et accessoirement nous fait passer pour des cons en extractions… [NDLR : parce que Chloé s’habille en femme] ».

4NDLR : les hormones sont des régulateurs de l’humeur, le changement brutal du taux d’hormones présent dans le corps provoque de graves dépressions et des états suicidaires.

L’Envolée

Les Murs ont des oreilles

Haine des Chaînes

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