Audio, radio – Dépavage https://depavage.noblogs.org Dép' (pédés - "HSH", "homos", "gays"-) et luttes sociales >> Revue de presse, archives et contributions Thu, 06 Aug 2015 23:20:38 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 [radio] Ouganda et fierté Kuchu, dans l’émission « On est pas des cadeaux ! » https://depavage.noblogs.org/post/2015/07/03/ouganda-et-fierte-kuchu-dans-lemission-on-est-pas-des-cadeaux/ Fri, 03 Jul 2015 08:17:42 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1602 Continuer la lecture →]]> uganda-prideUne émission radio consacrée à l’Ouganda et la fierté Kuchu (terme en swahili que les personnes LGBTI utilisent pour parler d’elles-mêmes).

L’idée vient d’abord d’une rencontre avec Frank, un ougandais exilé en France depuis deux ans, en raison de la loi anti-homosexualité votée en décembre 2013. Et aussi des campagnes sur l’Ouganda régulièrement diffusées en France depuis quelques années, à la fois des campagnes médiatiques pour informer sur ces législations et des campagnes militantes en soutien aux LGBT ougandais. L’occasion d’essayer de mieux comprendre ce qui se passe pour ces personnes, à partir de l’expérience de Frank et de son analyse de la situation du pays, qui mêle l’influence historique de l’ancien empire colonial britannique et l’influence internationale actuelle de mouvements évangélistes. On voudrait aussi s’interroger sur ces grandes campagnes internationales de soutien aux lgbt de pays du sud, en particulier sur leurs origines historiques et leurs effets politiques sur les personnes directement concernées.

Bonne écoute !


et pour aller plus loin:

Bombastic, magazine kuchu, témoignages et analyse politique

God loves Uganda, film sur l’influence des mouvements évangélistes sur les politiques homophobes en Ouganda

Call me kuchu, film sur la condition des kuchus en Ouganda

 

On est pas des cadeaux !

(publié le 30 juin 2015)

uganda-pride-piratestyle

Pour plus d’info (en anglais) le site 76 crimes

]]>
Chloé au micro de l’Envolée, 2014 https://depavage.noblogs.org/post/2015/02/15/chloe-au-micro-de-lenvolee-2014/ Sun, 15 Feb 2015 17:32:36 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1308 Continuer la lecture →]]> lucie_dejardin0017Incarcérée dans une prison pour hommes, Chloé a mené un combat acharné contre l’administration pénitentiaire et les médecins pour changer de sexe. Sortie de taule après 16 années d’enfermement, elle témoigne au micro de l’émission l’Envolée, sur FPP, en avril 2014.

 

Interview de Chloé qui, à la sortie de 16 années de prison, raconte son parcours de combattante, ses souffrances et ses luttes pour que sa transexualité soit reconnue et respectée, le mépris de l’administration et des services médicaux… et le fait qu’elle n’a rien lâché. Au travers de ce récit, on voit comment la médecine maltraite très souvent les prisonnier-e-s. Et les conséquences désastreuses du fait que la bureaucratie pénitentiaire ne connaît que les cases hommes/femmes traditionnelles.

Cette interview a été diffusée à l’origine dans l’émission L’envolée sur radio FPP à Paris, en avril 2014.

L’Envolée radio, c’est tous les vendredis à 19h sur Fréquence Paris Plurielles. Merci à l’émission Papillon pour avoir récupéré et rediffusé le son ! Et force, courage et détermination à toi Chloé pour tes combats à mener dehors !

 

CHLOE

Lire et écouter le témoignage de Chloé en 2012-2013.

]]>
Paragraphe 175 et Triangles roses https://depavage.noblogs.org/post/2015/01/28/paragraphe-175-et-triangles-roses/ Wed, 28 Jan 2015 16:27:50 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=1174 Continuer la lecture →]]> heinrich-himmlers-secret-shame-1« L’attrait sexuel de l’homme pour l’homme nuit à la bonne marche des affaires. » (Heinrich Himmler)

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand, l’article 334 – alinéa 1 du Code pénal français, les camps. Témoignages de Rudolf Brazda et Pierre Seel.

Paragraph 175

Le paragraphe 175 du Code pénal allemand en 1871 (reprenant une loi prussienne de 1794)

« § 175 Les actes sexuels contre nature qui sont perpétrés, que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux, sont passibles de prison ; il peut aussi être prononcé la perte des droits civiques. »

En octobre 1934, s’installe au sein de la Gestapo d’un bureau spécial chargé de traiter les affaires homosexuelles (Sonderdezernat Homosexualität), qui se consacre notamment au fichage, et d’une nouvelle intensification de la persécution. Les inculpations au titre du paragraphe 175 sont alors multipliées par 5 entre 1934 et 1935.

Le paragraphe 175 amendé le 28 juin 1935 :

« § 175 Un homme qui commet un acte sexuel avec un autre homme ou qui se laisse utiliser par lui dans ce but est puni de prison. Dans le cas d’un participant qui, au moment des faits, n’avait pas encore 21 ans, le tribunal peut renoncer, dans les cas les plus légers, à punir.

§ 175a Est puni d’une peine de travaux forcés pouvant s’élever jusqu’à dix ans, en cas de circonstances atténuantes d’une peine de prison ne pouvant être inférieure à trois mois :

  1. un homme qui oblige un autre homme, par la force ou par une menace mettant présentement en danger son corps ou sa vie, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  2. un homme qui décide un autre homme, en usant d’une dépendance fondée sur une relation d’autorité, de travail ou de subordination, à commettre un acte sexuel avec lui ou à se laisser utiliser par lui dans ce but ;
  3. un homme de plus de 21 ans qui séduit un mineur masculin de moins de 21 ans , afin qu’il commette avec lui un acte sexuel ou qu’il se laisse utiliser par des hommes en vue d’un tel acte ou qui s’offre dans ce but ;

§ 175b Un acte sexuel contre nature qui est commis par un homme avec un animal est puni de prison ; la perte des droits civiques peut être également prononcée1. »

Entre 1933 et 1945, rien qu’en Allemagne, près de 100.000 hommes (dont la moitié a été condamnée) ont été arrêtés en vertu de la loi qui criminalisait l’homosexualité.

On estime qu’entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été détenus dans des camps de concentration sous le régime nazi.

Ces statistiques ne couvrent cependant pas l’ensemble des cas, les « corrupteurs de la jeunesse », les prostitués et les récidivistes pouvant être directement internés en camp de travail sans jugement. L’« émasculation volontaire » est également « proposée » par la police aux homosexuels poursuivis au titre du paragraphe 175. Quant à la castration forcée, elle n’est imposée que dans certains cas, cette fois au titre de la loi de prévention des maladies héréditaires modifiée en juin 1935, ou de celle sur les crimes sexuels de novembre 1934, sans qu’il soit possible de différencier les homosexuels parmi ceux qui en ont été victimes ; le recours à la castration systématique a été proposé à plusieurs reprises par Himmler, notamment en 1939 puis en 1942, mais n’a pas été retenu.

L’historienne Dagmar Herzog affirme quant à elle qu’entre 46 000 et 50 000 homosexuels auraient été indistinctement emprisonnés ou internés, et qu’entre 5 000 et 10 000 y seraient morts.

Timm1

La mort de Gad Beck le 24 juin 2012, considéré comme le dernier survivant gay de l’holocauste, a laissé un vide. Il était le dernier témoin vivant et le représentant d’une période de persécution et de souffrance qui a coûté la vie à des milliers d’homosexuels.

Robert Biedron, un activiste polonais, décrit des scènes d’humiliations quotidiennes pour les homosexuels détenus dans des camps :

«Ils étaient forcés de dormir en chemise de nuit et de garder leurs mains en dehors du lit. A Flossebürg, les homosexuels étaient forcés de fréquenter des prostituées. Les Nazis faisaient même des trous dans les murs pour observer le comportement de leurs prisonniers homosexuels.»

Le témoignage de Rudolf Brazda, survivant, en 2010 :

http://youtu.be/9yPLoH3qyvQ

Timm5

« Des jours, des semaines, des mois passèrent. De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l’horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l’épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu’elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp. Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d’autres.

 

Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l’appel. Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l’appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major. J’imaginais qu’il allait encore nous assener sa foi aveugle dans le Reich assortie d’une liste de consignes, d’insultes et de menaces à l’instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s’agissait en fait d’une épreuve autrement plus pénible, d’une condamnation à mort.

  Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l’avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J’avais prié pour qu’il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s’embuèrent de larmes. Il n’avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s’était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j’ai totalement oublié le contenu de l’acte de mise à mort.

Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d’abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d’horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu’il perde très vite connaissance. Depuis, il m’arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n’oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd’hui ? Sont-ils donc tous morts ? Il est vrai que nous étions parmi les pus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d’atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d’autres.

Quant à moi, après des dizaines d’années de silence, j’ai décidé de parler, de témoigner, d’accuser.« 

Extrait de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

Le témoignage de Pierre Seel, en 1993 dans l’émission Là-bas si j’y suis :

 

Le documentaire Paragraph 175 en streaming en 4 parties : http://www.dailymotion.com/video/x3bsd8_paragraphe-175-1-4_news

 

Code pénal et homosexualité en France

Depuis la Révolution française (par la loi du 25 septembre – 6 octobre 1791, qui adopta le Code pénal, dont un fait remarquable est l’absence de mention de la sodomie, considérée jusque là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuels), les rapports homosexuels en privé entre adultes consentants n’étaient plus poursuivis par la loi en France.

Cependant, une police administrative est mise en place dès avant la Révolution et s’intensifie sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire autour des groupes d’homosexuels, notamment parisiens. Elle se caractérise par un recensement écrit, sous forme de fiches, des homosexuels identifiés, des prostitués homosexuels et travestis, le tout compilé dans les « registres des pédérastes ». Le but de ce fichage systématique était essentiellement de prévenir les chantages et les scandales publics tout en contrôlant la prostitution. Le fichage des homosexuels par la police s’est poursuivi (officiellement) jusqu’en 1981.

Le régime de Vichy, par la loi du 6 août 1942 modifiant l’alinéa 1 de l’article 334 du Code pénal, établit une distinction discriminatoire dans l’âge de consentement entre rapports homosexuels et hétérosexuels :

« Sera puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 2 000 francs à 6 000 francs quiconque aura soit pour satisfaire les passions d’autrui, excité, favorisé ou facilité habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de vingt et un ans, soit pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de vingt et un ans. »

Cette loi crée une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s’agissant de l’âge à partir duquel un mineur civil peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte, sans que cet adulte commette une infraction pénalement réprimée (il faut attendre 21 ans pour les rapports homosexuels et 13 ans pour les rapports hétérosexuels puis 15 ans à partir de 1945). À la Libération, cet alinéa n’est pas abrogé. À peine modifié, ce paragraphe est seulement déplacé à l’alinéa 3 de l’article 331 du Code pénal. Cette nouvelle loi punit

« …d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 francs à 15 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans. »

En 1974, l’âge de majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissé à 18 ans (la loi change l’âge de majorité de 21 ans à 18 ans dans tous les articles du Code civil et du Code pénal).

En plus de l’article 331 du Code pénal, une seconde loi faisait mention explicitement de l’homosexualité : l’ordonnance du 25 novembre 1960 (créant l’alinéa 2 de l’article 330 du Code pénal), qui doublait la peine minimum pour outrage public à la pudeur quand il s’agissait de rapports homosexuels.

Il faudra des années de luttes pour qu’en 1982 le Code pénal ne rende plus répréhensible l’homosexualité en France.

 

heinrich-himmlers-secret-shame-1

Une pensée pour toutes les autres victimes du nazisme et du régime de Vichy oubliées de la mémoire collective, et pour leurs « descendants » : Tziganes, Noirs, handicapés, asociaux, communistes, slaves, anarchistes, prostituées, Témoins de Jéhovah…

]]>
À l’Ombre de la Taule (On est pas des cadeaux !) https://depavage.noblogs.org/post/2014/11/06/pdkdo-taule/ Thu, 06 Nov 2014 16:12:30 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=613 Continuer la lecture →]]>

L’émission On est pas des Cadeaux parle des conditions de détentions en prison pour les Transpédégouines.

womenprison

Cette réclusion qui concerne actuellement 70.000 personnes dans les prisons françaises. La prison est un des moyens utilisés par l’état, pour gérer les populations les plus pauvres. Aujourd’hui, il nous paraît important de dénoncer le traitement que subissent les prisonnières trans, pédé, gouines, mais nous sommes en solidarité avec l’ensemble des détenus. Car, enfermer les gens pour les accompagner vers la réinsertion, est pour nous une aberration. Donc oui, en effet nous sommes A-BO-LI-TIO-NISTES, point barre.

]]>
L’épidémie n’est pas finie ! (On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/lepidemie-nest-pas-finie/ Sun, 05 Oct 2014 21:47:09 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=420 Continuer la lecture →]]> On est pas des cadeaux, émission transpédégouine et féministe, septembre 2014

Le 12 Avril 2014 avait lieu à Lyon, une lecture de soutien à ActUp Paris. ActUp est une association d’activistes en luttes contre le sida. Illes ont depuis fin 2013 des problèmes financiers qui pourraient les faire arrêter.

Pour mieux connaître leurs luttes et implications dans ce domaine, nous diffusons aujourd’hui l’intégralité de la lecture animée qui retrace des années de révoltes.

 

]]>
« Les queers sont les maoïstes du genre ! » (Hélène Hazéra, On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/05/les-queers-sont-les-maoistes-du-genre/ Sun, 05 Oct 2014 19:08:53 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=400 Continuer la lecture →]]> Emission On est pas des cadeaux!  de 2012.

Un nouveau volet de la série « En quête de notre histoire », l’histoire des luttes transpédégouines et la vie de personnes qui ont marqué ces luttes. Cette émission est consacrée à Hélène Hazera, à l’occasion d’un entretien réalisé pendant les UEEH en 2010. Dans ce portrait, elle nous raconte son histoire, son parcours de militante dans quelques groupes politiques depuis les années 1970, du FHAR  à Act Up-Paris.

]]>
Bash Back ! (On est pas des cadeaux) https://depavage.noblogs.org/post/2014/10/02/bash-back-on-est-pas-des-cadeaux/ Thu, 02 Oct 2014 18:57:32 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=397 Continuer la lecture →]]>

Emission de radio On est pas des cadeaux !

http://blogs.radiocanut.org/onestpasdescadeaux/files/2013/01/BashBackemissionremontee128.mp3

L’histoire du mouvement anarcho queer américain Bash Back ! nous est racontée par un pédé de Millwaukee qui a participé à son émergence. A travers le récit des actions dans leur diversité de ce réseau actif entre 2008 et 2009 aux Etats-unis, revenons sur des thèmes majeurs qui secouent notre lutte de transpédégouines radicales : Qu’est ce que ça veut dire de lier une analyse anticapitaliste et radicalement anarchiste à notre envie de mettre fin à l’hétéropatriarcat ? Quelle place pour la violence en tant que stratégie ? Qu’est ce que la violence au fond ? Croyons nous que nous arriverons à nous faire accepter dans un monde meilleur ou s’agit il juste de montrer qu’on se laissera pas faire ?

queer bashcat and all

]]>
Riposter à l’homophobie (avril 2013) https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/24/riposter-a-lhomophobie-2013/ Wed, 24 Sep 2014 14:12:20 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=277 Continuer la lecture →]]> Un extrait de l’émission Haine des Chaînes du 22 avril 2013, avec un sample d’un film de Téchiné, des extraits de propos haineux au cours du débat autour du mariage pour tous, un tour de l’actualité homophobe, le chant du FHAR, et un appel à riposter…

 

tumblr_mksbsqersU1reb7sio1_500

Désintégrer les intégrismes sans s’intégrer

L’existence d’une visibilité homosexuelle dans notre petit monde occidental laisserait à penser que tous les hommes attirés par d’autres hommes y seraient désormais libres de s’affirmer, de se marier et de mener une existence comparable à celle des couples hétérosexuels.

Parce qu’il existe des lieux où l’on peut consommer de la rencontre et de la culture gay moyennant finances, parce qu’il y a désormais des lois pour dénoncer l’homophobie, parce que l’on peut même avoir un statut légal pour fonder un couple ou bientôt une famille… on veut nous faire croire que le combat contre l’oppression morale qui condamne l’attirance sexuelle pour une personne du même sexe serait bientôt dépassé ou qu’il se situerait seulement dans le champ de la légalité…

Il n’en est rien ! Au boulot, dans la rue, dans les halls, au comptoir, dans les taules ou les HP… parce que nous n’avons pas les privilèges économiques qui nous en préservent, nous subissons toujours le joug de la morale phallocrate et l’incapacité de transcender la norme et la bienséance hétérosexuelle. Si la répression à notre encontre n’est plus inscrite dans la loi, elle est encore bien présente dans les esprits et se transforme trop souvent en diverses agressions.

Avouer son homosexualité, que ce soit à sa famille, à ses potes ou à ses collègues, ne se fait jamais sans difficulté, d’autant plus si l’on habite à la campagne ou en banlieue ou si l’on bosse dans certains corps de métiers à forte présence masculine. Le pédé est encore souvent considéré comme un être immature, voire un sous-homme, un dépravé, un dégénéré ou un malade, quelqu’un à qui l’on ne peut faire confiance, quelqu’un qui devrait avoir honte…

Pire, désormais, le pédé est associé au cliché qu’en on fait les médias : un être frivole qui se complet dans un consumérisme à outrance, dans le monde des apparences, du fashion et du sexe-marchandise… Pour un peu, nous serions tous semblables à un Delanoë, un Jean-Paul Gautier ou à tel imbécile de série télé ou de une de magazine. Les revendications partielles, l’identitarisme et leur récupération par le système capitaliste ont achevé de caricaturer une « culture gaie » qui sert de repoussoir pour les uns et d’arguments pour tous ceux pour qui l’homosexualité n’est qu’une déviance de bourgeois, d’occidentaux ou de mécréants, c’est selon.

Alors, à quoi bon sortir de l’ombre, si c’est pour être sous les projecteurs de cette société marchande ? A quoi bon sortir du placard pour se laisser enfermer dans les ghettos créés par et pour la bourgeoisie ?

Nous haïssons les réacs de tous poils et de toutes confessions qui eux, ne voudraient plus nous voir ni nous entendre, oui, nous les haïssons et nous voudrions les combattre jusqu’au dernier…

Mais, pour autant, nous ne nous laisserons pas instrumentaliser ni récupérer par les « homosexuels bien pensants », ni par ceux qui nous tolèrent simplement pour stigmatiser d’autres cultures et exalter leur fierté nationale ou républicaine.

Nous refusons de respecter les « bonnes mœurs » et de nous conformer à la norme du couple, de la famille nucléaire.

Nous ne voulons pas d’une intégration ou d’une quelconque reconnaissance sociale trop étroite pour nos aspirations à la différence et à la liberté.

Nous refusons d’être des victimes et préférons rendre les coups de mille manières plutôt que d’en appeler à la protection policière et aux compensations judiciaires.

Nous ne correspondrons pas aux rôles qu’ils veulent nous assigner.

Nous ne visons pas à aménager cette société capitaliste et patriarcale.

Nous ne voulons œuvrer qu’à sa destruction, à la liquidation de toutes formes de dominations.

Quelques pédés prêts à riposter, avril 2013.

street-art-man-with-bat-by-homo-riot-in-silverlake-2

]]>
Témoignage de Chloé, trans incarcérée à Caen, septembre 2013 https://depavage.noblogs.org/post/2014/09/09/temoignage-de-chloe-trans-incarceree-a-caen-2013/ Mon, 08 Sep 2014 23:30:57 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=240 Continuer la lecture →]]> Interview de Chloé dans l’émission anti-carcérale « Les murs ont des oreilles », septembre 2013 :

http://hainedeschaines.free.fr/IMG/mp3/lesmursontdesoreilles_itw-chloe.mp3

Dessin prisonnière

Le combat sans fin de Chloé, transsexuelle incarcérée (L’Envolée)

Chloé est incarcérée au centre de détention (CD) de Caen ; depuis 2004, elle se bat pour se faire reconnaître en tant que transsexuelle. Ce combat pour exister en tant que femme se situe à tous les niveaux, vis-à-vis de l’administration pénitentiaire (AP), du corps médical, des prisonniers et de la société en général. De 2004 à 2008, elle est en demande pour intégrer le protocole de soin officiel, passage obligé pour obtenir une modification chirurgicale du sexe avec l’obligation d’être suivi-e par une batterie de médecins (psychiatre, endocrinologue, urologue, etc.). Face aux refus à répétition, elle commence à prendre des hormones de manière non officielle. Puis elle obtient des prescriptions de manière aléatoire en fonction du bon vouloir des psychiatres. En 2007, elle se rend compte qu’un psychiatre lui prescrit des neuroleptiques en lui faisant croire que ce sont des hormones. C’est à cette période qu’elle commence sa vasectomie, puis l’ablation des testicules par ses propres moyens. En effet, lorsqu’elle formule des demandes afin d’être opérée, il lui est répondu de le faire elle-même. Le corps médical sera alors témoin des différentes étapes de ses tâtonnements chirurgicaux, mais refuse d’intervenir tant qu’il n’y a pas de nécroses ou de risques vitaux. De juillet 2008 à mars 2012, suit une série d’opérations qui ne font que répondre en urgence aux complications des actes qu’elle se pratique. Au cours de la dernière opération, les chirurgiens ont mal positionné son urètre, elle devra attendre septembre 2013 pour que cela soit rectifié. C’est dans ce contexte que Chloé a appelé l’émission anticarcérale « Les murs ont des oreilles » à Grenoble, avec qui elle était déjà en contact. Voici la retranscription de cet interview et des extraits de ses courriers.

 – Comment ça va ?

– Mieux maintenant que je suis opérée. Ils ont simplement réparé une erreur qu’un centre hospitalier universitaire (CHU) a fait et qu’il ne veut pas réparer. Ce n’est pas une vaginoplastie. Le CHU de Caen avait positionné l’urètre sept à dix centimètres trop haut. C’est inadmissible et puis pour aller aux toilettes c’était impossible, je t’explique même pas comment je faisais… Du coup, le CHU de Caen a reconnu qu’ils avaient fait une erreur, mais ils n’ont pas voulu faire la chirurgie réparatrice. Ils m’ont dit de me débrouiller, je me suis débrouillée, j’ai trouvé ce CHU où ils ont bien voulu gentiment me mettre un peu plus au monde. L’opération a duré cinq heures…

– Et t’es quand même soulagée ?

– Je vais mieux, beaucoup mieux. Parce qu’il a fait du mieux qu’il pouvait pour que ça soit présentable, pour que ça fasse quand même féminin. Donc c’est certain qu’à présent dans mon cœur c’est autre chose…

– Qu’est-ce que c’est dans ton cœur ?

– Je suis femme, peu importe qui le pense ou qui pense l’inverse, ce n’est pas mon problème. Dans mon cœur, je suis femme. Si on ne m’accepte pas comme ça, je ne vois pas pourquoi moi j’accepterais les gens, alors que moi je ne fais pas d’histoires. Les gens nous regardent différentes, mais c’est leur regard qui fait que l’on est différentes.

– Et ça s’est bien passé avec le personnel de l’hôpital ?

– Avec le personnel de l’hôpital, j’ai été acceptée totalement, très aimable, très gentil. J’ai été tout de suite acceptée comme une femme, tout a été merveilleux.

– Ça a dû te faire du bien…

– Ça fait du bien quand on se réveille et qu’on se met à pleurer en se disant : « c’est fini ». Parce que ça fait quand même deux ans que cette histoire traîne.

– Comment ça se passe pour les permissions ?

– Au début on m’interdisait les permissions, parce qu’ils ne voulaient surtout pas qu’une trans apparaisse dans la ville, surtout en venant d’un CD. Lors des extractions, une fois sur deux, les surveillants ne voulaient pas m’amener parce que j’étais en jupe… Puis ils ont trouvé une solution, ils m’ont dit de me démerder moi-même pour faire mes soins. Du coup, maintenant je n’ai plus de surveillants et j’ai la permission de me faire soigner.

Ils avaient proposé l’Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale de Rennes, parce que c’est un centre hospitalier qui ne s’occupe que des détenus, mais il n’en était pas question. Ils me donnent des permissions pour aller faire des expertises médicales à droite et à gauche, pourquoi j’accepterais de mettre une paire de menottes pour aller à Rennes pour faire soigner quelque chose qu’un CHU, qui est à deux kilomètres, a fait et ne veut pas réparer ? J’ai dit que je n’étais pas d’accord, alors on m’a dit de trouver un CHU. J’ai cherché, j’ai trouvé, j’ai pris un rendez-vous et j’ai demandé une permission. Ils m’ont laissé partir, normalement je devais rentrer vendredi, mais l’opération ayant été beaucoup plus longue et compliquée que prévu, j’ai dû rester quatre jours de plus.

– Et pour tes autres opérations ?

– Les autres fois, c’était avec les menottes et ils étaient tous là… Une des pires fois dont je me souvienne, on m’a posé une sonde [NDLR : dans l’urètre] sans se demander pourquoi c’était bouché, alors que je me l’étais coupé donc forcément c’était bouché. Ils m’ont posé une sonde à vif, ils l’ont enfoncée d’un grand coup alors que j’étais attachée avec les menottes. J’étais allongée par terre parce que je n’arrivais pas à tenir tellement je souffrais. Quand je leur ai demandé de sortir, ils ont refusé, ils se sont simplement tournés.

– Tu crois que tu a été aussi bien accueillie cette fois-ci à l’hôpital parce que tu étais en permission, et donc portant moins le stigmate de prisonnière ?

– Oui, c’est certain. À partir du moment où tu arrives avec ton sac à main, ton petit sac de vêtements et que tu viens te faire opérer, tu es quelqu’un du dehors, c’est pas écrit sur ton front « prison ». Ici, ils ont essayé de comprendre mon combat, ils ont lu tout ce qu’il y avait sur moi sur Internet, ils m’ont dit que c’était inadmissible la manière dont on me traite.

– Comment tu sens ton retour en prison ?

– Pour être franche, on m’a un peu cassé du sucre sur le dos il y a dix jours : ils ont écrit un article dans lequel ils ont mis mon délit. Ça fait seize ans que je n’en parle plus, donc ils ont mis ma vie en danger, parce qu’à présent au CD on connaît mon délit et je peux très facilement me manger un coup de couteau. En révélant mon délit, plus l’indifférence, ils ont appelé au lynchage de ma tête. Comme je suis pacsée avec un monsieur qui ressemble plus à une armoire à glace qu’à un nain de jardin, j’ai un peu la paix. Mais je ne sortirai pas seule ces prochains temps. Je les ai déjà eu les ennuis au CD, faut pas croire que ça va s’arrêter demain parce que je suis avec quelqu’un. Du point de vue des détenus, ça s’est calmé ; c’est du point de vue des surveillants et de la gestion de mon corps que c’est devenu un peu plus compliqué. Parce que dorénavant, je m’assume, je lève la tête et celui qui n’est pas content, c’est très simple : allô, avocat. Alors ils n’apprécient pas, mais moi je n’apprécie pas qu’ils m’embêtent. S’ils ne veulent pas que l’on parle de moi, ils n’ont qu’à pas m’embêter.

– De ce que tu nous avais dit, on avait l’impression que c’était plus simple avec les prisonniers et que c’était avec les matons qu’il y avait des problèmes.

– Tout au début, quand j’ai commencé à m’assumer, c’était avec les détenus que j’avais des problèmes, c’est vrai que ça leur fait bizarre de voir quelqu’un sortir de sa cellule en t-shirt rose et une poitrine qui commence à gonfler. Et le CD de Caen est réputé pour être en majorité des histoires de mœurs. C’est vrai qu’au début, c’est eux : les viols c’est eux, c’est pas les surveillants… Après avoir rencontré mon compagnon, les détenus n’osaient plus s’approcher. Mais les surveillants s’en sont donné à cœur joie : la tantouze, la travelo, la drag-queen, etc. Quand les détenus humilient, ils savent qu’ils risquent quelque chose, alors que les surveillants le font parce qu’ils savent qu’ils ne risquent rien. C’est la loi de l’intérieur, il n’y a pas de loi qui gère les prisons. La loi des prisons, c’est la loi des surveillants. Quand ils font une manifestation, la première chose qu’ils font, c’est qu’ils nous prennent nous, êtres humains, en otage. Ils font un peu ce qu’ils veulent dedans. Sur ma transsexualité, ils y en a qui sont très tolérants, par contre ils y en a qui n’acceptent pas du tout. Mais depuis le suicide de Nathalie, ils ont tendance à mettre le pied sur le frein.

 […]

– Avec tout ce que je me suis fait, ça peut partir en vrille directement, parce que je n’accepte plus, c’est fini. La première personne qui me dit quelque chose, peu importe qui c’est, je redresse la tête et je lui montre les dents. Je ne peux plus accepter, après tout ce que j’ai souffert, de continuer à souffrir, ça doit s’arrêter tout ça. Les transsexuel-le-s en prison, actuellement, c’est une horreur. Je connais une transsexuelle du côté de Saint-Martin-de-Ré qui a failli se suicider, d’autres à Fresnes et à Fleury qui ne vont pas bien. Et moi, j’ai gagné les pages du Journal officiel (JO)1 pour qu’enfin on puisse être reconnu-e. Ça a été discuté à l’Assemblée nationale, c’est dans le JO, c’est monsieur Delarue qui a enquêté, il n’a pas fait ça à la légère. Après le décès de Nathalie, ils se sont un peu posés la question, il ne faudrait pas qu’il y en ait une deuxième.

– Tu es en contact avec le contrôleur général des prisons sur ta situation ou sur la situation des trans en prison?

– Oui, le contrôleur général des prisons a fait les pages du JO, après avoir appris que je m’étais coupé le …, enfin bref, et que j’avais posé ça sur la table. Il était un peu affolé, il a fait une enquête à Fresnes, à Fleury.

 […]

– Dès que quelque chose ne va pas, je tape sur la table, je cherche pas à comprendre. Ils viennent de faire une note sur les transsexuel-le-s, enfin surtout pour moi… Avant j’avais le droit d’être fouillée par une femme pour le haut et par un homme pour le bas, du fait que j’ai des seins et que j’avais encore un truc entre les jambes. C’était pas tout à fait une note, c’était un accord sur papier. Mais la direction de l’AP a pondu une autre note en disant que, dorénavant, je serai fouillée par un homme, intégralement nue si nécessaire. J’ai demandé ce qu’il se passerait si je refusais, ils m’ont répondu qu’ils appelleraient cinq ou six surveillants pour me foutre à terre et à poil. Je leur ai dit qu’il ne serait pas bon de faire ça, parce que la réaction arriverait à vitesse grand V. On a tapé du poing sur la table, Delarue a demandé ce que voulait dire cette note, parce que c’est de l’atteinte à la vie privée d’autrui. Puisqu’ils disent que, comme je suis en détention homme, il faut que je sois fouillée comme un homme, et bien je vais faire comme tous les détenus. En plein été, quand tous les détenus vont bronzer torse nu dehors, moi aussi je vais me mettre torse nu, avec les garçons. Ils m’ont répondu que je n’avais pas le droit de faire ça, il faudrait quand même savoir ce qu’ils veulent ! Les avocats, l’association LGBT de Caen qui s’occupe de moi et des députés suivent l’affaire. Je ne lâche plus rien : si j’apprends qu’il y a une trans en prison qui va pas bien et qui n’obtient pas ce que moi j’ai légalement… Je ne comprends pas pourquoi il y a des demi-mesures, on souffre beaucoup trop parce qu’on est en détention homme, faut arrêter.

– Comment ça se passe pour ton traitement hormonal ?

– Depuis que je me suis coupée les …, mon corps n’a plus d’apport d’hormones et comme j’avais déjà commencé un traitement féminisant, il aurait été dangereux de donner l’inverse, donc mon traitement hormonal c’est à vie.

– Tu n’as pas de problèmes pour le suivre ?

– Ils ne me le bloquent plus. Cependant l’établissement public de santé de Fresnes a décidé de ne plus s’occuper de transsexuel-le-s en prison, c’est-à-dire que les trans qui sont à Caen n’iront jamais à Fresnes. Il faut demander son transfert soit sur Marseille, Bordeaux ou Toulouse. Il n’en est pas question, car elles ont leur famille dans le coin. L’établissement public de Fresnes n’a pas à refuser une patiente, la loi est la loi pour tout le monde, un centre hospitalier ne peut pas sélectionner le genre de patients qu’ils souhaitent soigner. Ils ont tout sur place, ils prétendent que non, mais j’y suis allée pendant six mois, donc je sais qu’ils ont tout. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas, c’est qu’ils ne veulent pas. Actuellement tout-e-s les transsexuel-le-s en prison ne sont pas suivi-e-s. Je suis la seule hormonée. En clair, ils laissent traîner jusqu’à ce que tu sois sorti-e, comme ça tu iras te faire soigner dehors.

– On se demandait si tu allais faire un changement d’état civil.

– Mais c’est fait ! Officiellement je m’appelle Chloé sur ma carte d’identité. J’ai demandé mon changement d’identité sexuelle, j’ai été un peu déçue de la réponse : ils veulent une expertise psychiatrique. Ça fait quand même la neuvième, faut arrêter, il y en a marre des expertises psychiatriques. Je l’ai faite et il a été reconnu qu’il est vraiment souhaitable de changer mon identité sexuelle sur ma carte. Il est également reconnu que le CD, ainsi que la médecine, m’ont bien fait souffrir durant des années, et que ça n’aurait jamais dû arriver. L’ordonnance sera rendue mi-février.

– Tu penses qu’une fois que ça sera définitivement réglé, tu risques d’aller en détention pour femme ?

– Je l’ai déjà demandé, parce qu’il y a une jurisprudence de la cour européenne. Ça fait deux ans qu’ils ne répondent pas. C’est la façon de l’AP : demande-nous ce dont tu as besoin, on t’expliquera comment t’en passer. Il est certain qu’au mois de février, si la justice décide que je suis reconnue comme une femme, dans l’heure qui va suivre, je veux être transférée. Simplement, on m’a bien fait comprendre que jamais ça n’arrivera, parce qu’ils ne veulent pas de jurisprudence en France. Comme je ne suis plus très loin de la fin de peine, ils vont me foutre dehors avant2.

 […]

C’est comme le tract de la CGT3, on m’a traitée nationalement de mâle ou femelle, c’est cadeau. Eux ils ont le droit de faire ça, moi j’ai pas le droit. Il y a dix jours, j’ai été condamnée à payer cinquante euros d’amende et j’ai eu quinze jours de prison supplémentaires parce que j’ai dit « connard ». Mais ce tract de la CGT, ou le premier surveillant qui refuse d’exécuter un ordre de mission parce que je suis en jupe, ça c’est normal. Et nous, quand on dit quelque chose, on se retrouve au quartier disciplinaire. Le tribunal a fait le jugement en terme féminin, j’étais considérée comme une femme de A à Z, et ils ont considéré que le CD s’était bien moqué de moi. Je ne suis pas allée au jugement, le juge avait pourtant dit qu’il fallait m’autoriser à venir en jupe et ça m’a encore été refusé. Donc il [le maton] a gagné seulement cinquante euros et je n’ai gagné que quinze jours. Maintenant ça me fait un peu rire cette histoire ; les détenus du CD, à chaque fois qu’ils me croisent, ils me disent qu’ils vont quand même faire une quête pour lui donner ses cinquante euros… J’avais déjà payé cette dette-là, j’ai quand même fait quatre jours de mitard dans des conditions… je crois que le chenil pour les chiens est plus beau. On ne m’a pas donné mes lunettes, on ne m’a pas donné mon traitement [hormonal], on m’a donné des Efferalgan effervescents mais on ne m’a pas donné de verre d’eau, on ne m’a donné qu’une seule couverture en papier, le mur était plein de moisi…

 […]

Le coup de Nathalie a été le coup de trop, ça peut pas continuer. Je l’ai connue. Elle est arrivée après moi, elle a essayé de se battre, on s’est moqué d’elle. Actuellement je suis la seule personne à être allée sur sa tombe. Elle est enterrée au carré des indigents. Elle n’avait qu’un seul ami, son compagnon, qui était à l’enterrement. Il y avait aussi deux personnes de l’AP pour faire acte de présence, mais à trente mètres de la tombe, histoire de ne pas être sur les photos. Sa famille l’a complètement abandonnée, personne ne s’occupe de la tombe… Quand elle est arrivée, elle est venue me voir ; je lui ai dit qu’il y avait deux manières de se battre, soit en silence, comme pendant la guerre, soit tu te bats en hurlant et tu vas te manger tous les coups. Je lui ai dit de le faire progressivement, c’est-à-dire un peu tous les jours : ce qui est fait est acquis. Au début ça a marché, puis elle a un peu cafouillé, elle était sur une voie de garage. Elle m’a demandé ce qu’elle pouvait faire, je lui ai donné une lettre type à adresser à deux-trois adresses que je connaissais. Sa motivation s’est redéveloppée, mais tout est parti en vrille. L’administration s’en est mêlée, les détenus ont commencé à la taquiner, ils ont commencé à ne plus arrêter de la fouiller à poil pour vérifier, à dire « monsieur », pleins de choses comme ça. Elle s’est retrouvée en quartier différentiel, qui est un quartier d’isolement. Elle était juste en face de chez moi, deux étages en dessous, du coup on voit ce qui se passe, on ne peut rien louper. Un soir, elle a mis une corde, elle s’est accrochée. Elle a sonné avant de s’accrocher dans l’espoir que l’on vienne à son secours, mais on n’est pas venu à son secours ou trop tard, voilà… C’était une petite bonne femme, elle faisait un mètre soixante-cinq, elle se promenait toujours avec son sac à main, jusqu’au jour où on a commencé à lui faire des histoires, et là tout s’est enchaîné…

 […]

 Pour les personnes comme moi, il ne faut jamais baisser la tête, parce que si on baisse une seule fois la tête, on est fini : on a les détenus comme les surveillants sur le dos. C’est très clair, à partir du moment où l’on fait un pas en arrière, c’est fini, on n’est plus crédible, on est faible, on est fragile. C’est seulement quand on redresse la tête et que l’on se dit : « allez, je m’assume », que c’est le bonheur. C’est le pied, le pied total. On rentre le soir dans sa cellule en se disant : « mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis complètement pas bien dans ma tête ? » Mais alors quel bonheur quand tu t’endors et que t’y repenses, tu t’endors avec un sourire. Faut jamais baisser les bras.

Extraits de courriers de Chloé

 23 avril 2012 :

[…] Sur l’administration pénitentiaire, ils ne font que ce qu’ils veulent, quand ils veulent, comme ils veulent. Ce n’est que quand les gens osent réellement taper sur la table que cela bouge, mais dans une courte limite. La prison est une zone de non-droit, où les règlements se font et se défont comme ils le souhaitent. La tolérance, le respect de l’être humain, n’est nullement une chose qui rentre dans leur priorité. La première vision de la détention et de l’administration, ici comme ailleurs, c’est que vous faites votre peine et payez, par quelques moyens que ce soit, les parties civiles. Après on verra s’il reste du temps pour que le SPIP s’occupe de vous, ou mieux occupez-vous de vous-même. Leur blabla qui concerne le SPIP et les réinsertions sont des blagues pour tromper le public. Même si certains y ont droit et se réinsère grâce à ces services, le pourcentage est minime par rapport à ceux qui n’ont jamais été aidés et y sont arrivés par eux-mêmes. […]

23 juillet 2012 :

[…] Tout le monde, médecine, comme administration, comme ami-e, se demande comment j’ai pu ne pas mourir après tout ce que je me suis faite. Même moi par moment, je me demandais si j’avais assez de sang pour vivre, comment j’ai pu ne pas être infectée, faire une septicémie, une hémorragie, une crise cardiaque. Comment j’ai pu faire pour ne pas me pendre quand ils me retiraient les hormones, puis me les rendaient, puis me les retiraient4. Comment j’ai fait pour ne jamais crier au secours. Comment j’ai pu apporter comme cela une testicule dans leur bureau sans crier ma souffrance. Je ne sais pas pourquoi, pourtant il aurait été plus simple pour moi d’éteindre cette lumière, avoir ce repos bien mérité, ne plus souffrir, ne plus avoir peur que l’on me retire mes hormones, ne plus avoir peur de me faire agresser, ne plus me demander ce que je dois faire demain pour survivre, quel combat je devrais encore mener. Moi, à ce jour, je ne cesse de revoir le soir, quand je me couche, les images où je me retirais les testicules, les images de toutes les souffrances, les images de tout ce sang versé. Cela fait partie dorénavant de mon marchand de sable, cela passe en boucle sans que je puisse arrêter ce film d’horreur. Mais s’il fallait refaire ce combat, oui je le referais, pour moi, pour mes sœurs qui souffrent en prison, pour qu’elles n’en viennent pas à se faire ce que moi je me suis faite pour être reconnue. Oui, je referais ce combat, mais avec plus de rage. […]

1Journal officiel du 25 juillet 2010 concernant l’avis du 30 juin 2010 relatif à la prise en charge des personnes transsexuelles incarcérées.

2Chloé est conditionnable depuis 2007.

3Le 9 décembre 2010, la CGT pénitentiaire de Caen publie un tract Bienvenue à Caen…llywood ! dans lequel il est écrit : « […] un autre détenu dont on ne sait s’il est mâle ou femelle et qui nous enquiquine (pour ne pas dire autre chose) et accessoirement nous fait passer pour des cons en extractions… [NDLR : parce que Chloé s’habille en femme] ».

4NDLR : les hormones sont des régulateurs de l’humeur, le changement brutal du taux d’hormones présent dans le corps provoque de graves dépressions et des états suicidaires.

L’Envolée

Les Murs ont des oreilles

Haine des Chaînes

]]> « Théorie de la pute » https://depavage.noblogs.org/post/2014/08/30/theorie-de-la-pute/ Fri, 29 Aug 2014 22:03:58 +0000 http://depavage.noblogs.org/?p=143 Continuer la lecture →]]> Un montage qui s’inspire assez peu fidèlement d’extraits de « Théorie de la Pute », traduction d’un pamphlet écrit par le mouvement queer insurrectionnaliste américain « Bash Back ! », (qui signifie riposter à l’agression des queers, des trans, des putes, des gouines ou des pédés)… On peut trouver la traduction originale dans la brochure « Queer ultraviolence » et ci-dessous.

Montage extrait de l’émission Haine des Chaînes du 1er avril 2013 (voir). Vous pouvez aussi le télécharger.

3413574667

Théorie de la Pute

Pour la pute, il est extrêmement important d’être à tout moment magnifique, à la fois en apparence et intellectuellement. En tant que fidèles déviantEs de la féminité, nous nous devons dans une certaine mesure d’afficher une haine bien sentie à l’égard de toute ce qui est immaculé et fade. Les petits garçons et les petites filles ont besoin de plus de modèles d’obscénité dans leur vie ; de plus de salopes magnifiques et cinglées à admirer. IlLEs doivent apprendre ce que c’est de vouloir, d’être des putes incapables de ravaler et réprimer leurs émotions.

« On ne naît pas pute, on le devient » ne veut rien dire, alors fermez vos putain de cahiers. Nous sommes des contradictions à la démarche fière, et on n’en a rien à battre. Si tu nous cherches, on va t’anéantir toi ainsi que tout ce qui t’est cher. Si tu baises avec nous, on te brisera le cœur ou on tombera peut-être amoureuSEs pour mieux te haïr à jamais. On est accros au dégoût de la société, Jeunes-Filles corrompues qui ne connaissent aucune retenue.

On veut tout détruire, en talons aiguilles sertis de diamants. La violence de nos désirs laisse un arrière goût qui ne ressemble à celui d’aucun autre fluide corporel, c’est un venin mortel que seuls les corps les plus masochistes peuvent déguster et atteindre en rampant pour en redemander. On invite des hommes chez nous, en attendant la dégradation qui garantira notre vengeance, et d’ici-là on se fourre leurs bites dans la bouche, et on avale. Rien à foutre.

10712839_735744386499260_793444294132777205_n

On contemple l’image de notre corps dans chaque reflet qui croise notre chemin, et on ne peut s’empêcher de passer la journée à baiser avec nous-mêmes, tellement notre beauté est incroyable. On arbore notre manque d’assurance tel une couronne dorée qui scintille sur nos jolies têtes ; fièrEs (ou honteuSEs) de nos nombreuses imperfections, à en crever. Nous sommes horriblement vaniteuSEs, et toutes les putes savent que seule une autre pute peut les satisfaire.

Être pute n’est pas une sexualité, une chose pareille n’existe pas. Nos orgasmes sont inséparables de notre haine, de notre sens de la mode et de nos peurs ; rien ne nous fait jouir qui ne nous révolte également, d’une manière ou d’une autre. Nous faisons l’expérience de ce monde comme s’il était un terrain de jeu, trop laid et étriqué pour nos fantasmes ; aucune des zones délimitées par le « sexe » ne peut contenir ces pensées cochonnes. Le sexe, pour nous, c’est faire tourner les têtes, se râper les genoux, et pisser n’importe où, mais surtout pas dans les toilettes.

Si tu vois une pute descendre une rue animée d’un pas chaloupé, tu remarqueras peut-être ses sourcils froncés alors qu’elle marmonne rageusement. C’est parce que ta présence la dérange. Chaque corps insignifiant qui la frôle risque d’être en proie à sa haine. La haine la fait bander. Elle ne perd pas une seconde à former des hypothèses sur toi en fonction de ce que tu portes – tes chaussures ne sont pas assez féroces, ta démarche n’est pas assez sexy, ton regard n’est pas assez intense. Tu n’es rien comparéE aux personnes sublimes qui se cachent dans la ruelle, à l’affût, prêtEs à t’agresser.

La politique n’intéresse pas la pute, la pute est la politique. SéduitE par la douleur incessante qu’est vivre, mourir et souffrir, elle se nourrit à la fois de sa peur de touts petits riens et de l’ivresse de n’avoir rien à perdre. Elle pense que toute tentative de parler de ce monde avec logique n’est que pure illusion : la rationalité, cette activité inutile, typique des connards bredouillants. Tenter de définir son contexte ou d’analyser son existence est tout à fait futile ; absolument rien ne fait sens chez elle. La pute n’a d’intérêt critique que pour l’astrologie, préférant l’opinion des constellations de nos cieux aux élucubrations de quelque vieux blanc à l’agonie.

Brillamment amère, la pute s’accroche au chagrin et à la colère comme à des pierres précieuses qui sertissent son cœur ; ses traumatismes coulent et palpitent avec amour dans ses veines, tels de minuscules éclats de verre. Elle aspire en partie à la tristesse et à la déception dont elle connaît la vérité ; elle est emplie de vide et d’ennui en son absence. Pour elle, voir le monde à travers le chagrin, c’est voir en couleur, sentir la sensation de la vie picoter dans chaque terminaison nerveuse de son corps. Sans lui, la joie aussi lui échappe.

La pute est tout à fait exposée – elle est une blessure à vif, qui suppure une excrétion douce et mortelle sur toute chose, toute personne qui la touche. Elle est nue, et dissimule ce qui lui est sacré aux yeux des autres, à jamais, dans la fente de son entre-jambes. Si tu y regardes de trop près, prépare-toi à ce qu’elle te brise un membre, la lèvre, ton putain de cœur, car tu ne peux atteindre ce qui lui est précieux. Sale espèce humaine de merde.

Une vraie pute sait, au fond d’elle-même, pourquoi ce monde fait semblant de la détester. Toute sa vie, elle a été dotée d’un charme irrésistible qui, doublé d’une versatilité inconvenante, a le pouvoir de révéler les plus indésirables de leurs désirs à ceLLEux qui l’entourent. Les messieurs mariés (et leurs épouses mortes d’ennui) se trémoussent à n’en plus pouvoir à la vue de son cul, alors que les universitaires desséchés se mouillent les lèvres avec enthousiasme, excitéEs par son esprit vulgaire. Lorsqu’elle quitte la pièce, un énorme soupir de soulagement se fait entendre : on n’est plus obligéEs de regarder ses perversités frémissantes en face. SeulEs dans leurs chambres modernes, ilLEs se branlent honteusement sur son image, en se détestant en silence et en maudissant la routine grossière de leur vie.

Elle rit aussi facilement qu’elle pleure. Lorsque Mercure est dans sa phase rétrograde, elle sait que la catastrophe est assurée si elle sort de son lit. Mais même le foutu alignement des planètes, qui travaille main dans la main avec cette société triviale et méprisable, ne peut empêcher sa folie de déteindre sur son entourage et son environnement. Les circonstances qui les font pleurer, elle et les autres putes, créent aussi des hystériques en puissance ; des îlots autrefois isolés dans la folie se rejoignent alors pour partager une bonne rigolade, et peut-être aussi une petite vengeance.

La pute est une salope, oui, mais c’est aussi unE clochardE et unE jeune délinquantE ; c’est une pédale, une queen, une gouine en colère, un manarchist insurrectionnaliste en talons hauts, unE travelo tyrannique. Elle est tout et rien, tout le monde et personne à la fois. Glamour sous ses nombreux déguisements et transparentE dans ses désirs obscènes. Elle déborde d’amour pour ceLLEux qui répandent la haine, toujours enchantéE par la beauté cachée sous cette stérile économie des corps. Rien ne lui donne plus de plaisir que de cracher au visage de l’humanité, en riant à gorge déployée alors que les gouttes de ses crachats puants dégoulinent sur les mentons pointus, avant de s’écraser avec délectation sur le trottoir sale qui se déroule sous ses pieds

Bash Back !

10421210_687455907994775_5429634860466170557_n

 

Et quelques samples de journaux des années 60, du film J’embrasse pas et de propos de manifestantes à Toulouse, extrait de la même émission :

 

jembrassepas1991avisnapn

j_embrasse_pas

]]>